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vendredi 7 novembre 2025

École catholique subventionnée en France : un enseignant doit-il pouvoir prier en classe avec ses élèves ?


Pour Anne Coffinier, présidente de Créer son école, les établissements catholiques sous contrat sont aujourd’hui menacés dans leur identité même. Face à une offensive politique et idéologique, elle défend le droit de ces écoles à rester fidèles à leur caractère propre, tel que garanti par la loi Debré. Son texte paru dans Famille chrétienne est repris ci-dessous.

Le temps n’est pas au beau fixe pour les écoles catholiques sous contrat, qui sont sous le feu des critiques croisées de l’extrême gauche et des milieux anticléricaux traditionnels. Il faut dire que la baisse de la population scolaire alimente ce regain de tension : il suffit actuellement de quelques élèves en moins pour qu’une classe voire une école publique ferme. Dans ce contexte de pénurie d’élèves, les défenseurs de l’école publique sont tentés de faire de l’école catholique sous contrat un bouc-émissaire. À lire aussi

Tout en tenant bon sur ce qui le différencie, l’Enseignement catholique doit trouver les outils pour rejoindre les élèves sur les questions actuelles.


Des contrôles à charge 
 
Au lendemain du scandale des abus sexuels dans l’Eglise mis en exergue par la CIASE en 2021 puis de son pendant dans l’Enseignement catholique cette année, notamment avec l’affaire Bétharram, les tenants et acteurs de l’école catholique rasent les murs et les ennemis historiques de l’école catholique mettent à profit ce moment favorable, ce kairos, pour mener leur guerre scolaire. Le député LFI Paul Vannier est l’emblème de cette offensive acharnée qui touche autant au financement de l’école catholique qu’à la nature des libertés spécifiques qui font la force et, au fond, la raison d’être de ces écoles catholiques. 

C’est ainsi que des contrôles « à charge » se sont abattus sur de nombreux établissements catholiques sous contrat partout en France, sans même que le cadre juridique de ces contrôles n’ait été préalablement fixé. Les inspecteurs de l’Éducation nationale manquent cruellement de culture de ce qu’est une école libre avec des classes sous contrat. La loi Debré de 1959 n’est pour eux qu’un vague souvenir et la plupart d’entre eux sont enclins à nier le droit au respect du caractère propre des écoles catholiques, vu qu’ils ont oublié la raison d’être de sa sanctuarisation constitutionnelle. 
 
Le droit de prier, pas l'obligation 
 
Mais de quoi s’agit-il ? Le caractère propre est reconnu par la loi Debré, qui est la loi voulue par le général de Gaulle pour organiser la place des écoles catholiques dans le paysage éducatif français. Les classes qui ont passé le contrat avec l’État doivent admettre les enfants de toutes origines et ne pas les contraindre à poser des actes de foi personnels (c’est ce qu’on appelle le respect de la liberté de conscience), et respecter les programmes scolaires définis par l’Éducation nationale dans le cadre des heures financées par l’État pour les dispenser. En échange de cela, les classes sous contrat reçoivent un financement total de leurs enseignants, et doivent percevoir une couverture de leurs frais de fonctionnement équivalente à celle que perçoivent les écoles publiques du même territoire.

Mais ces classes ont aussi droit au respect de leur caractère propre dans toutes les dimensions de la vie de l’établissement y compris l’enseignement des matières scolaires, et ce point est capital. Elles peuvent organiser des cours d’instruction religieuses obligatoires et des cours de catéchisme (ou éveil à la foi) facultatifs. Les enseignants du privé sous-contrat ne sont pas soumis au principe de neutralité des fonctionnaires (qu’ils ne sont pas) et encore moins à celui de la laïcité. Les enseignants, s’ils le souhaitent et dans le respect de leur liberté de conscience, ont ainsi le droit – pas l’obligation !- de prier et de faire prier les élèves en classe. 
 
Un enrichissement précieux

Ces prières sont brèves et il est aisé de compenser le temps en empiétant sur la récréation pour ne pas mordre sur le temps des cours imposés et financés par l’État. Ceux qui ne veulent pas prier doivent avoir tout loisir de s’en dispenser, rêver, lire à la place…. Ce n’est en tout état de cause pas un drame d’entendre une prière voire d’assister à une cérémonie religieuse, dès lors que ces familles ont choisi sciemment une école catholique. N’est-ce pas l’occasion d’un enrichissement culturel précieux ou d’une pause méditative bienvenue, dès lors qu’on ne contraint évidemment pas l’enfant à prononcer des prières, se confesser, communier, ou à poser des actes publics de foi ? L’ampleur des difficultés de l’Éducation nationale doit pousser ses protagonistes et défenseurs à concentrer tous leurs efforts sur son relèvement, au lieu de regarder dans l’assiette du voisin et de mener une guerre d’arrière-garde contre les libertés de l’enseignement libre ! 

dimanche 25 mai 2025

Éducation : le succès du cours Clovis, une école d’excellence dans la France rurale

En 2027, il faudra se donner les moyens de reproduire à l’échelle nationale de la France le succès du cours Clovis, une école d’exception à La Fère, dans la France périphérique.

Les jeunes ruraux pauvres se projettent deux fois moins dans les études supérieures

La Fère est emblématique de la France dite périphérique. Hier couverte de gloire et enjeu de batailles décisives, La Fère, ville natale du père d’Henri IV, choyée par Mazarin et Anne d’Autriche, ancien siège de l’école royale d’artillerie, semblait vouée à la disparition. 2 800 habitants, 30 % de chômeurs, des commerces qui ferment les uns après les autres. Plus d’avenir pour les adultes, pas de perspective pour les jeunes… jusqu’à ce qu’en 2017 un petit groupe de trentenaires, décidé à renverser le cours d’un destin trop triste, installe quatre Algecos sur le stationnement d’une enseigne commerciale de maxi-discompte désaffectée, et lance un appel : « Élèves décrocheurs de la région, venez apprendre et grandir avec nous ! » Le cours Clovis – nous sommes à 40 kilomètres de Soissons – était né. Huit ans plus tard, les résultats de sa pédagogie tiennent du miracle.

Dans cette région qui cumule les records (pauvreté, chômage, alcoolisme), les élèves du cours Clovis entrent en CP avec un niveau inférieur à celui des réseaux d’éducation prioritaire renforcés (les élèves en plus grande difficulté)... pour entrer en 6e avec un niveau supérieur à la moyenne nationale. Le succès ne s’arrête pas là : depuis trois ans, les élèves de 3e obtiennent des résultats semblables aux 10 % des élèves les plus favorisés de France, alors qu’ils font partie des 10 % les plus défavorisés.

Et pourtant, le coût annuel par élève du cours Clovis, qui est hors contrat et donc non subventionné par l'État, est significativement inférieur au coût moyen d’un élève de l’Éducation nationale : 6 500 euros par an contre 7 900 euros (primaire). D’où vient le miracle et peut-on le reproduire à l’échelle nationale en 2027 ?

Il y a ce qui se donne à voir dans cette école d’exception : l’uniforme pour masquer les disparités de revenus et de conditions, et libérer parents et enfants de la tyrannie dispendieuse des marques ; le vouvoiement des professeurs par leurs élèves et réciproquement ; les professeurs qui jouent au foot et au basket avec leurs élèves pendant la récréation à même le stationnement de voitures.

La discipline, bien sûr, mais d’où vient cette joie sereine sur les visages des enfants ; cette absence de tensions et de violences ; ce je-ne-sais-quoi où se mélangent le respect, la fierté d’en être ? Le directeur d’Excellence Ruralités, Jean-Baptiste Nouailhac, a la réponse. « Il n’y a pas de miracle, mais un projet fondamental : nous mettons des personnes (les professeurs) devant d’autres personnes (les élèves) ; nous ne broyons pas l’humain dans une procédure ou une bureaucratie. Des petits effectifs permettent un suivi personnalisé de chaque élève. Le projet éducatif ici, ce n’est pas de faire rentrer les élèves dans des cases idéologiques, quelles qu’elles soient ; c’est de faire en sorte que l’élève puisse voler de ses propres ailes. Nous éduquons à la liberté et à la maîtrise de soi, dans une époque où il est de plus en plus difficile de résister aux intrusions et aux tentations et prescriptions des petits écrans. » Et pour enfoncer le clou, et le compas, Pythagore vient à la rescousse : « Nul n’est libre s’il n’est maître de lui-même. » CQFD.


Révolution culturelle

Comment réussir le déploiement à l’échelle nationale, au-delà du cours Clovis et de deux nouvelles écoles lancées en Charente et dans le Morvan ? Cela passe d’abord par une forme de révolution culturelle à l’Éducation nationale. Remettre la personne au centre, c’est troquer une approche massifiée par une approche granulaire, de personne à personne. Les outils numériques le permettent. Pierre d’angle du succès d’une école comme de toute entreprise humaine : son chef. Un chef d’établissement, en effet, doit avoir les moyens juridiques et financiers de son autorité; pouvoir recruter l’équipe d’enseignants qu’il souhaite, au prix qu’il aura décidé – dans le cadre d’un budget global, et en privilégiant la personnalité, la motivation, son adhésion au projet éducatif, plutôt que des enseignants choisis par le syndicat et au titre de l’ancienneté.

Comment financer cette révolution culturelle – où le principe du doublement des salaires des enseignants doit être acté, afin de rémunérer les enseignants français dignement – et au niveau de leurs homologues allemands ?

Neuf des 10 départements les plus touchés par les retards de lecture sont ruraux

Les marges de manœuvre sont toutes trouvées dans les pantagruéliques effectifs administratifs de l’Éducation nationale, tant à Paris que dans chaque établissement. 600 000 agents « encadrent » 10 millions d’élèves dans l’Éducation nationale, soit 1,5 fois plus que dans l’enseignement catholique. À l’instar de l’hôpital et d’autres services publics essentiels, le mal est là, et croissant (48 % d’effectifs non enseignants en hausse depuis 2015, source Ifrap) : dans la bureaucratisation à outrance. La solution est toute trouvée : aucun départ à la retraite ne sera remplacé chez les non-enseignants pendant le prochain quinquennat ; gel total des embauches pour ce corps déjà obèse. Priorité absolue donnée à la « ligne de front » – les enseignants, et à l’initiative des chefs d’établissement. Ce sont eux qui savent faire, au plus près des élèves ; pas des bureaucrates syndiqués à Paris, récitant souvent un mauvais catéchisme idéologique.

Une idée du cours Clovis, dont la stratégie est d’aider les élèves de leur région à pleinement se réapproprier leur territoire, son histoire et sa marque glorieuses, nous identifions le triptyque gagnant pour l’Éducation nationale en 2027. Plus un euro pour l’administratif, tout pour les enseignants ; dévolution maximale des pouvoirs au chef d’établissement et que les meilleures écoles gagnent ; et remettre la personne de l’élève, son histoire et son territoire, au cœur du nouveau contrat éducatif français. Si nous y arrivons en 2027, les enseignants-mousquetaires de La Fère n’auront pas démérité de leurs ancêtres dumasiens.


Source : JDD

mardi 15 octobre 2024

France — Tous contre l’enseignement catholique : cible à abattre


Mise à pied d’un chef d’établissement catholique à Pau pour « atteintes à la laïcité » [!?], attaques par voie de presse contre l’établissement parisien Stanislas, caricature des écoles hors contrat : ces tirs croisés contre l’enseignement libre menacent-ils son identité ?

Le Grand Fossé n’est pas seulement le 25ème album des aventures d’Astérix et Obélix, il est aussi l’abîme d’incompréhension qui sépare l’enseignement catholique d’avec la vision caricaturale que s’en font nombre d’acteurs du paysage politique et médiatique français. Sans aucun doute, le grand effondrement du catholicisme hexagonal de ces soixante dernières années, savamment analysé par le sociologue Guillaume Cuchet, n’est pas pour rien dans cette difficulté grandissante à se comprendre. À force de manquer de clarté évangélique, le rétablissement d’une proclamation authentique de la foi au sein des écoles privées fait grincer des dents, en interne, et pousser des cris d’orfraie, en externe.

Raccourcis idéologiques et vérité brutalisée

Il n’empêche, alors même que les progressistes chantent les bienfaits de l’ouverture, le bonheur de l’acceptation des différences, ce sont les mêmes bien-pensants qui s’érigent, sans gêne aucune, en censeurs à tout crin. Les apôtres du vivre-ensemble n’ont pas le dialogue pour tous chevillé à l’âme. Quand le dialogue et la confrontation d’idées favorisent le sens de la nuance, le pointage réflexe du doigt témoigne d’un déficit intellectuel, sinon d’une peur panique. On jette l’anathème ou l’on voue aux gémonies pour mieux s’affranchir de débattre. Lorsque l’outrance a valeur de carburant et que l’exagération tient lieu de boussole, l’excès se pratiquant au mépris du sens des mots, c’est toujours la vérité qui se trouve brutalisée.

S’il était nécessaire, une simple promenade sur les réseaux ou une revue de presse non exhaustive permettrait de s’en convaincre. À propos de la question scolaire, voici un petit florilège. L’universitaire Mathilde Larrère – par ailleurs membre du parlement de la Nupes et collaboratrice au site web Arrêt sur images – décrit sur X l’actuel gouvernement comme une « sortie de messe de Saint-Nicolas-du-Chardonnet ». L’Humanité titre en Une : « École privée : Sous contrat mais hors de contrôle ». Sur France 3, à l’occasion d’un journal télévisé régional est évoquée une école hors-contrat catholique dans laquelle le journaliste affirme que « les enfants sont élevés à la dure », sans autre forme de procès. L’émission du service public Complément d’enquête diffusait jeudi dernier sur France 2 un reportage à charge – dans le sillage de celui réalisé sur le Puy du Fou – “sobrement” intitulé : « Stanislas : les dérives d’une école d’excellence ». Autoritarisme, sexisme, homophobie : tout y est passé…

La réussite des méthodes traditionnelles d’enseignement

« Les plus petits esprits ont les plus gros préjugés » estimait Victor Hugo. Lorsque l’on assiste, sinon consternés, le plus souvent impuissants, à la détérioration des conditions de transmission du savoir dans l’enseignement public – sans même parler du contenu –, on s’attendrait à davantage d’humilité et de retenue chez les détracteurs de l’enseignement privé. Mais derrière ces critiques, il est difficile ne pas y voir de la jalousie [le ressentiment]. « Leur comportement nous est un reproche vivant, leur seule présence nous pèse. » lit-on dans le livre de la Sagesse (Sg 2, 14). Comme le soulignait la journaliste du Figaro, Eugénie Bastié, un Complément d’enquête sur les dérives de Sciences-Po aurait été, sans aucun doute, bien plus pertinent.

La réussite en effet des méthodes traditionnelles d’enseignement où se mêlent ordre, discipline, vouvoiement, estrades (supposées dans l’école catholique, et qui prévalent spécialement dans l’écosystème “hors contrat”) est à mettre en balance avec l’adversité ordinaire à laquelle est confrontée une grande partie des enseignants du public. Ce contraste interroge nécessairement et la ligne éducative et le projet pédagogique de ces deux univers scolaires. Sardou pourrait-il encore chanter : « J’ai fait les deux écoles et ça n’a rien changé. » ?

Jules l’imposteur (Dominique Martin Morin), petit ouvrage rédigé par François Brigneau dans lequel, avec une plume vive et documentée, le cofondateur du quotidien Présent épingle l’anticléricalisme de Jules Ferry. En parcourant l’histoire de la Troisième République, il en rappelle l’ambition à peine cachée : celle d’extorquer de l’âme des enfants les vérités de l’Église catholique. Des “hussards noirs” de Ferry aux propos de Vincent Peillon vantant l’école républicaine comme l’instrument privilégié d’émancipation « de tous les déterminismes », il n’y a qu’une suite logique. Déjà en 1866, le fondateur de la ligue de l’enseignement, Jean Macé, déclarait : « Nous avons à faire, non de la pédagogie, mais de la propagande républicaine ».

Catholique donc signe de contradiction

Des catholiques, de plus en plus nombreux, constatent avec effroi que l’État ne cesse d’évider sa législation des dernières normes morales d’origine chrétienne. Année après année, le ministère de l’Éducation Nationale donne le sentiment d’être davantage préoccupé par le transformisme social de ses élèves que par leur instruction.

Sur l’autre flanc, celui interne à la vie des écoles catholiques, la politique du plus petit dénominateur commun prévaut depuis longtemps. Aux Assises de l’enseignement catholique de l’an 2000, son secrétaire général dénonça la nostalgie d’une « école citadelle » et se prononça pour une « école carrefour ». Cette posture débouchera sur deux désastres : l’analphabétisme religieux généralisé et la disparition d’une culture chrétienne élémentaire.  

Dans ce contexte, certains chefs d’établissements catholiques sous-contrat et l’univers catholique hors contrat dans son ensemble souhaitent absolument sortir de la tiédeur d’un catéchisme affadi. Comment peut-on se satisfaire d’un humanitarisme bon teint duquel le Christ n’apparaît plus que comme un instrument de décor parmi d’autres ? Désormais, même le secrétaire général de l’enseignement catholique, Philippe Delorme, plaide pour l’instruction obligatoire de cours de culture chrétienne dans les établissements privés catholique.

Depuis Antigone et le Christ lui-même, c’est rendre hommage à la raison humaine que de défendre ses convictions. C’est participer à l’élévation du débat que d’apporter la contradiction. Vivre en chrétien, c’est d’ailleurs accepter d’en devenir un signe. Et vivre en Français, c’est se réjouir d’en voir se lever. 


Source : Valeurs actuelles

jeudi 18 janvier 2024

École privée : sortir de l’hypocrisie

Anne Coffinier, présidente de Créer son école, évoque dans une tribune du Point l’urgence de « relever l’école publique » et l’hypocrisie quant au choix de l’enseignement privé.

 

À peine arrivée à son poste, la toute nouvelle ministre Amélie Oudéa-Castéra se voit reprocher de scolariser ses fils à l'école Stanislas, célèbre établissement privé du 6e arrondissement de Paris. Il faut dire que la ministre n'y est pas allée de main morte dans la justification de ses choix. L'identité de l'établissement (qui vient de faire l'objet d'un rapport de l'inspection après un article assassin de Mediapart) est tout sauf anodine.

Les débuts de Pap Ndiaye avaient été perturbés par le même « problème ». Il s'agissait dans son cas de l'école Alsacienne, cette institution d'élite qui forma… Gabriel Attal. Quant à Jean-Michel Blanquer, ancien de « Stan », n'avait-il pas lui aussi confié sa progéniture à un établissement privé, comme presque tous ses prédécesseurs ?

École publique : « quintessence de l'attachement à la République »

Pourquoi s'en offusquer et persister à voir là une trahison du peuple par les élites politiques ? Tout simplement parce qu'on fait en France de l'attachement à l'école publique la quintessence de l'attachement à la République. On se laisse même aller à faire un signe « égal » entre public et « école de la République », ce qui revient à exclure de la République les familles qui font le choix du privé. Comme l'Église tolère les « homos honteux », la République tolère les hommes et femmes politiques qui préfèrent l'école privée, pourvu qu'ils le cachent. Pas question pour eux d'assumer et de faire leur coming out scolaire : moins ils pratiquent l'école dite républicaine et plus ils doivent donner des gages de leur attachement à l'école publique.

Cette schizophrénie bien française conduit ceux des hommes politiques qui choisissent le privé pour leurs enfants à toujours plus d'efforts pour en freiner l'essor et en interdire l'accès aux classes populaires. Espérons que la nouvelle ministre ne tombera précisément pas dans le piège de pourfendre l'école privée pour mieux prouver sa foi inconditionnelle en l'école publique, après la polémique qui a accompagné sa prise de poste.

« En finir avec l'hypocrisie »

Nous tenons en réalité aujourd'hui l'occasion d'en finir avec l'hypocrisie. Il est évident qu'une large majorité des parents confieraient leurs enfants à l'école privée s'ils en avaient les moyens. Parce que la discipline y est meilleure, les professeurs moins absents, les parents plus investis parce qu'ils payent… les fréquentations choisies, les enfants fauteurs de troubles exclus de l'établissement le cas échéant, et les élèves pas assez brillants impitoyablement exclus des écoles dites d'élite.

Autrement dit, si les parents préfèrent le privé aujourd'hui, c'est parce que l'exigence et l'ambition qu'on y trouve sont annonciatrices de la dureté du monde professionnel à laquelle devrait précisément préparer l'école. Les élites cherchent aussi à doter leurs enfants d'un utile réseau social. Le plus jeune ministre de la Ve République n'a-t-il pas fait « l'Alsa » comme les enfants de Pap Ndiaye ? Si la droite opte plutôt pour Stanislas, Saint-Jean de Passy ou Franklin, les partisans d'Emmanuel Macron préfèrent en effet l'école Alsacienne ou Jeannine-Manuel. Dans tous les cas, c'est le privé qui gagne et qui fait gagner. A fortiori à l'heure où l'école publique a décroché. L'humiliation de la France dans les tests Pisa en apporte la preuve, année après année. Et le président de la République lui-même l'a reconnu dans son discours du 25 août 2022 devant les recteurs : « l'école de la République n'est plus à la hauteur ».


L'urgence de relever l'école publique

Le véritable scandale n'est donc pas qu'une ministre, fût-elle chargée de l'Éducation, scolarise ses enfants dans le privé. C'est plutôt que l'on abandonne les pauvres, les immigrés que l'on prétend « intégrer » et les non-initiés à une école publique dont le président lui-même constate qu'elle ne fonctionne plus. Relever l'école publique doit être l'urgence des urgences. Pas seulement en principe, mais en fait. En attendant les effets d'une politique qui serait enfin courageuse en la matière, la scolarisation dans des écoles non publiques est plus que légitime et doit même être encouragée. Elle devrait être financée par l'État tant qu'il n'est pas capable de fournir à la population une école publique digne de ce nom. Et partout où les évaluations repèrent une défaillance de l'école publique, les parents devraient pouvoir avoir le choix d'une alternative financée par l'État.

Qu'est-ce sinon que « l'égalité des chances » ? À quoi bon avoir constitutionnalisé le droit pour chaque enfant à l'égal accès à l'instruction ? Ce n'est pas parce que le même article 13 du préambule de la Constitution de 1946 déclare que « l'organisation de l'enseignement public gratuit et laïc à tous les degrés est un devoir de l'État », qu'il est justifié de vilipender et de culpabiliser les parents choisissant une école privée. L'heure est décidément venue de financer le libre choix de l'école par les parents, pour qu'il cesse d'être le privilège des nantis et des initiés. Afin qu'il ne reproduise pas les inégalités sociales, on prendra soin de créer des structures gratuites aidant les parents à choisir au mieux de l'intérêt de leurs enfants.

Condorcet l'avait brillamment exposé en son temps : l'école publique a besoin d'être stimulée par une autre école, si l'on ne veut pas qu'elle se sclérose. La prophétie s'est, hélas, réalisée. À force de fausser la concurrence entre l'école publique et l'école privée, rendue artificiellement payante et en accès limité faute de places disponibles, l'école publique a été privée de cette nécessaire stimulation qui aurait pu la pousser à l'excellence. Preuve en est que, dans l'ouest de la France, où presque la moitié des enfants sont scolarisés à l'école privée, le niveau général du public est plus élevé, car il est contraint à se dépasser pour garder ses élèves.

Alors, si 2024 était la sortie de l'hypocrisie ? Si cette nouvelle année était placée sous le signe du respect de la liberté du choix de l'école par les familles ? On commencerait l'année en faisant faire un considérable bond en avant à l'égalité des chances.


Anne Coffinier, présidente de Créer son école.

Voir aussi

Condorcet (mort le 29 mars 1794) : L’éducation publique doit-elle se borner à l’instruction ?

Condorcet : « Il faut donc que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation. »

lundi 19 juin 2023

France — Inspections commandos dans les écoles libres selon le Figaro

Les contrôles de l’Éducation nationale se multiplient depuis quelques mois dans les établissements scolaires hors contrat. Et ils sont de plus en plus musclés. Pour ne pas dire hors normes.

Armelle, enseignante en CM1 et CM2 à l’école des Sarments de Toulouse, se souviendra longtemps de la dernière visite des inspecteurs de l’Éducation nationale venus contrôler, pour la troisième fois en cinq ans, cet établissement hors contrat et aconfessionnel comptant 75 élèves de la maternelle au CM2. « Ils ont débarqué à quatre, un matin de mars, raconte-t-elle. On avait l’impression de voir arriver des shérifs. Ils ont commencé par ouvrir tous les placards et les tiroirs de l’établissement… et ont fouillé partout : on voyait qu’ils voulaient trouver quelque chose. Mais c’est surtout leur attitude et leur façon de s’adresser à nous qui m’ont déplu, leurs mimiques devant les enfants et leurs reproches verbaux portant sur nos méthodes ou les supports pédagogiques utilisés, ajoute-t-elle. C’était terriblement choquant. » Une fois les inspecteurs partis, les élèves d’Armelle lui ont demandé : « Mais pourquoi vous ont-ils si mal parlé ? Pourtant, vous êtes gentille ! »

Le cas de l’école des Sarments n’est pas isolé. Dans un communiqué récent, relayé par la Fondation pour l’école, la Fédération des parents d’élèves des écoles indépendantes (FPEEI) explique enregistrer de nombreuses plaintes de ses adhérents à la suite d’inspections pratiquées par les services académiques de l’Éducation nationale dans l’école de leurs enfants. Plusieurs de ces inspections ont donné lieu à des pratiques scandaleuses, explique la fédération. Arrivée par une porte dérobée, fouille des cartables des élèves, intimidations…

« Nous n’avons rien contre le principe de l’inspection. On est tous là pour progresser. Mais que les inspecteurs travaillent professionnellement, estime Marie-des-Neiges Guillotel, représentante de la FPEEI. Certains demandent à parler aux élèves en dehors de la présence d’un membre de la direction ou de l’équipe enseignante. Et les questions qu’ils leur posent n’ont souvent rien à voir avec la vie scolaire. Pourquoi demander aux enfants si leurs parents s’entendent bien ? Si les mangas sont autorisés à la maison ? S’ils ont accès à internet ? À la télévision ? S’ils parlent de la sexualité en famille ? On a l’impression que ce ne sont pas les écoles qui sont contrôlées mais les familles qui y scolarisent leurs enfants ! » Récemment, une directrice qui avait tenté de s’opposer à ce que les enfants soient interrogés en dehors de la présence d’un membre de son établissement s’est vue menacée de voir celui-ci fermé !

Des Inspecteurs méfiants


Face à la recrudescence de ces inspections commandos, la Fondation pour l’école tire la sonnette d’alarme. Depuis janvier, elle a reçu une trentaine d’alertes dénonçant des contrôles abusifs, traumatisants ou par trop intrusifs. Et ce, dans l’ensemble des rectorats. Des consignes auraient-elles été données aux inspecteurs par le ministère de l’Éducation nationale ? La loi sur le séparatisme [vendue au public contre une lutte contre l'islamisme radical...] de 2021, qui facilite notamment la fermeture des écoles libres hors contrat par les préfets, les encouragerait-elle à faire du zèle ? « Depuis quelques mois, les inspecteurs se comportent comme s’ils étaient investis d’une nouvelle mission consistant à sauver les enfants de supposées dérives scolaires, voire quasi sectaires, note Michel Valadier, directeur général de la Fondation pour l’école. La plupart n’ont pas un a priori bienveillant à l’égard des écoles libres hors contrat. Mais comment en serait-il autrement ? Beaucoup d’entre eux sont des professeurs distingués de l’enseignement public que l’on envoie contrôler des écoles qui, à leurs yeux, ne devraient pas exister : comptant 100 000 élèves – un chiffre qui a doublé en dix ans –, les 2 500 établissements scolaires hors contrat sont le témoignage que quelque chose ne fonctionne pas dans l’Éducation nationale. Sinon, pourquoi des parents décideraient-ils d’y inscrire leurs enfants plutôt que dans l’enseignement public ou même dans l’enseignement privé sous contrat [gratuit !]? » Cofondateur du groupe scolaire Saint-Dominique du Pecq (Yvelines), Michel Valadier a pu vérifier récemment la force des vertus développées dans cet établissement catholique réputé : Henri, le jeune homme de 24 ans qui s’est courageusement interposé la semaine dernière à Annecy contre le demandeur d’asile armé d’un couteau, est un ancien de « Saint-Do ». « C’est un pur produit du hors contrat, fait remarquer, non sans fierté, Michel Valadier. Honneur à lui et à sa famille. »

Voir aussi

Doux avec l'islamisme, dur contre les chrétiens

France — L’enseignement privé catholique (subventionné) reste également étroitement surveillé par l'État macronien

France : descentes de nombreux inspecteurs dans les écoles privées hors contrat

France — Pap Ndiaye, « le ministre de la déconstruction nationale »

Le Macron nouveau : Ndiaye militant communauriste noir à l'Éducation nationale française 

France — « Ils ont accusé les enfants d'être transphobes » à l'École alsacienne, où le ministre de l'Éducation a placé ses enfants...

Bock-Côté sur Pap Ndiaye, le controversé nouveau ministre de l'Éducation en France    

Éric Zemmour sur BFMTV : Pap Ndiaye tombe enfin le masque

France — Demain, la classe moyenne n’aura-t-elle plus aucun moyen de protéger ses enfants de l’effondrement de l’école publique ?

France — Le ministre de l'Éducation, Pap Ndiaye, a placé ses enfants dans une école privée élitiste pour avoir une « scolarité sereine »

France — Malgré un budget de l'éducation publique en hausse constante, l’enseignement privé remporte la mise

 
 
 
France — « Toute une génération est prise entre wokisme et islamisme »

lundi 17 avril 2023

Anglo-saxophonie — « Bonjour, les filles » : une enseignante forcée de s’excuser pour cette salutation

L’enseignante de philosophie et d’éducation religieuse d’une école privée pour filles a été forcée de s’excuser après avoir salué son groupe en les appelant « les filles », alors qu’un des élèves ne s’identifiait pas comme tel. 
 
Les élèves de l’école privée pour filles aux frais d’inscription de 20 000 £ par an ont déclaré que tout le monde dans la classe ne s’identifiait pas comme fille.

Une enseignante affirme avoir été humiliée après avoir dû s’excuser auprès des élèves d’une école privée britannique pour les avoir appelées « filles ».

Les élèves de cette école de 20 000 £ par an se sont plaintes et ont déclaré que toutes les élèves de la classe ne s’identifiaient pas comme des filles.
 
C’est ce qu’ont rapporté The Mail on Sunday et Le Daily Telegraph.

C’est du moins ce que l’enseignante aurait confié la semaine dernière dans le cadre d’une étude sur les soins de la dysphorie de genre chez les enfants et les adolescents, dirigée par une pédiatre, la Dre Hilary Cass.

Selon ses dires, l’incident se serait produit en 2021, dans une classe d’élèves de 11 à 12 ans.

Dès le cours suivant, chaque membre d’un groupe aurait inscrit son nom et ses pronoms sur le tableau pour forcer l’enseignante à les utiliser. Parmi le groupe, un des élèves s’identifiait « they » et « them », selon le média britannique.

Devant les refus de l’enseignante à utiliser les pronoms, les élèves auraient ensuite tenu une manifestation sur l’heure du dîner pour faire entendre leur mécontentement.

De son côté, l’enseignante aurait finalement rétorqué qu’elle devait d’abord s’entretenir avec les parents d’une élève si elle préférait employer des pronoms différents de son sexe biologique.

« Avant la fin de la semaine, j’étais dans une espèce de processus de discipline et le chef d’année me disait que je devais m’excuser aux filles », a-t-elle témoigné, en demandant l’anonymat pour protéger ses élèves.
 
L’enseignant a déclaré que les problèmes avaient commencé moins d’une semaine après que les préfètes — des élèves de dernière année élues par leurs camarades — « diversité et inclusion », typiquement âgés de 17 ou 18 ans, eurent organisé une réunion de l’école sur le genre et les pronoms.

Au cours de cette séance, ces élèves de 17 et 18 ans ont projeté une vidéo sur les identités de genre et le sexe assigné à la naissance.

La tutrice estime que son refus de capituler devant les exigences de ses élèves en matière de genre lui a valu d’être « évincée ».

Elle a déclaré que le directeur de l’école avait rejeté sa demande de rester à l’école après la fin de son contrat à durée déterminée.

La Fondation indépendante de l’école de jour pour filles, chargée de son contrat, n’aurait pas répondu aux demandes des deux médias anglais

jeudi 16 juin 2022

France — Les lycées hors contrat s’estiment lésés

L’association Créer son école veut la mise en place d’une commission d’enquête sur la gestion de l’examen. Article du Figaro.

Quelque 4 000 élèves venant de lycées hors contrat ont été interrogés à l’écrit, la semaine passée, dans les matières du tronc commun.

« On est au-delà de l’irrespect, ce n’est même plus une discrimination idéologique, c’est un manque absolu d’organisation pratique », dénonce Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école. Établissements d’accueil fermés à l’arrivée des élèves, examinateurs oraux absents ou mal informés, sujets de première distribués à des élèves de terminale : les lycées privés hors contrat dénoncent des conditions d’examen du bac désastreuses pour leurs élèves. « Le jour de sa convocation, ma fille a dû attendre tout l’après-midi dans un centre d’examen. On lui a finalement demandé son numéro de portable pour la reconvoquer par SMS le lendemain », s’indigne une mère de famille. Elle apprendra plus tard que les deux examinateurs prévus pour la journée ne se sont pas déplacés.

Le ministère de l’Éducation nationale a confirmé des dysfonctionnements en Île-de-France, mais aussi en province. Contrairement aux lycées publics et privés sous contrat, qui passent 60 % des épreuves au contrôle continu, les élèves du privé hors contrat doivent passer l’intégralité des épreuves du bac en contrôle terminal. Ils sont évalués dans toutes les matières du programme en terminale, mais aussi en première. Après avoir passé les épreuves de spécialité comme leurs camarades du privé et du public, les quelque 4000 élèves concernés ont été interrogés à l’écrit dans les matières du tronc commun cette semaine. Ainsi Jeanne, élève en terminale à Ipesup à Paris, a passé l’anglais ce vendredi à la Maison des examens d’Arcueil. Cela fait plusieurs semaines qu’elle doit jongler entre quatre centres d’examens, très éloignés les uns des autres : Arcueil (92), mais aussi Villepinte (93), les 13e, 19e et 16e arrondissements de Paris. Un marathon, devenu une épreuve en raison de retards systématiques : « Ce matin par exemple, je devais sortir à 12 h 30 et j’ai terminé à 13 h 30 », raconte la jeune fille.

Rupture d’égalité

Pour Michel Naniche, directeur de l’école Diagonale, les examinateurs n’ont souvent pas été informés que certains élèves bénéficiaient de tiers-temps en raison de handicap. Les élèves ayant des épreuves aménagées pour composer sur ordinateur ont aussi souffert, avec des problèmes récurrents de logiciels, d’imprimantes et de clés USB. Des problèmes d’importance quand on sait que certains établissements hors contrat sont justement choisis pour leur capacité à s’adapter aux élèves handicapés ou dyslexiques qui en bénéficient.

« On a vraiment eu des problèmes tous les jours », résume Jean-Marc Fitoussi, directeur de l’école Progress qui compte une centaine d’élèves de terminale dans son établissement. L’association Créer son école a demandé la mise en place d’une commission d’enquête en vue de faire la lumière sur la gestion de l’examen, mais aussi pour obtenir une compensation du préjudice subi par les élèves ainsi que des sanctions pour les responsables des dysfonctionnements. Pour Jean-Marc Fitoussi, les causes de cette désorganisation sont évidentes : « On oblige nos élèves à passer toutes les épreuves en présentiel, mais, comme ils ne représentent qu’une quantité marginale de lycéens, on ne prend pas la peine d’organiser des conditions de passage adéquates. »

Au-delà des problèmes d’organisation, Créer son école dénonce une rupture d’égalité dans un examen national et demande que les élèves du hors contrat bénéficient du contrôle continu s’il est de mise partout ailleurs. « Même les élèves du Cned, qui peuvent se faire aider chez eux, bénéficient du contrôle continu. Les élèves du hors contrat doivent être traités comme les autres », déclare la présidente, Anne Coffinier.

Venu d’Albi pour passer son bac à Ipesup et ainsi mieux s’entraîner pour intégrer une classe préparatoire, Colin, 18 ans, est admis l’an prochain en prépa ECG (commerce) à Sainte-Geneviève à Versailles. S’il comprend cette volonté de contrôle de l’éducation nationale vis-à-vis du hors contrat, il regrette que les épreuves soient bien plus dures que celles passées par les autres lycéens. « En éducation morale et civique (EMC) par exemple, nous devons faire quatre exposés, le grand oral est bien plus simple », estime-t-il.

Le gouvernement justifie sa défiance à l’égard des écoles hors contrat par une volonté de lutter contre le séparatisme islamiste. « Les établissements hors contrat sont régulièrement inspectés et contrôlés et c’est une bonne chose », souligne Hervé Rolland, président de la Fondation pour l’école. Mais, pour lui, cette suspicion systématique est infondée. « Je rappelle que la majorité des écoles hors contrat ne sont pas confessionnelles. On y retrouve 12 % d’écoles catholiques, 3 % d’écoles protestantes et 3 % d’écoles musulmanes », précise-t-il.


mercredi 23 février 2022

Canada hors Québec — inscriptions dans les écoles publiques en baisse

Selon une nouvelle étude du Fraser Institute, les inscriptions dans les écoles publiques gérées par les gouvernements provinciaux sont en baisse au Canada, tandis que la fréquentation des établissements (relativement) indépendants y est en hausse. Ce n'est pas le cas au Québec où les écoles dites privées ont très peu d'indépendance quant au programme enseigné de toute façon.

Paige MacPherson, directrice adjointe des politiques éducatives du Fraser Institute, a constaté que les inscriptions dans les écoles publiques étaient en baisse depuis l'année scolaire 2006/2007.

En utilisant les données de l'année scolaire 2006/2007 à l'année scolaire 2019/2020 pour toutes les classes de la maternelle à la 12e année, MacPherson a montré que le nombre d'enfants inscrits dans les écoles publiques gérées par le gouvernement a en fait chuté de plus d'un point de pourcentage complet - de 93 % à 91,8 %.

Bien que le taux national de scolarisation n'ait pas beaucoup changé au cours de cette période, huit des dix provinces ont connu une baisse de la fréquentation des écoles publiques.

La Colombie-Britannique a le plus faible taux d'inscription dans les écoles publiques malgré le fait que le gouvernement provincial y avait augmenté les dépenses en éducation. Les dépenses en éducation de la Colombie-Britannique ont également dépassé la moyenne nationale, avec une augmentation des dépenses de 15,4 % de 2014/15 à 2018/19.

Le Québec et le Manitoba étaient les deux provinces suivantes avec le taux d'inscription dans les écoles publiques le plus bas, tandis que Terre-Neuve-et-Labrador avait le taux le plus élevé.

D'un autre côté, MacPherson a constaté que les inscriptions dans les écoles indépendantes étaient passées de 6,7% à 7,6% au cours de la même période. Cela survient malgré le fait que les écoles indépendantes imposent un fardeau financier plus lourd aux familles qui les choisissent.

Les seules provinces qui ont affiché une baisse des inscriptions dans les écoles indépendantes sont l'Alberta et le Québec.

La Colombie-Britannique, l'Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba et le Québec offrent tous une sorte de financement gouvernemental aux écoles dites indépendantes. La Nouvelle-Écosse offre le Tuition Support Program, qui subventionne un montant très limité.

Cette recherche n'est pas la première à examiner de près le système d'éducation publique du Canada. L'Association for Reformed Political Action a reproché aux gouvernements provinciaux de ne pas offrir aux parents une diversité d'approches en matière d'éducation.

 

École publique de Toronto se vante de cette campagne militante LGBTQ2SAI+

Le directeur du droit et de la politique de l'ARPA Canada, André Shutten, note que « (b) même s'il peut y avoir une diversité de personnes au sein d'un grand système d'éducation… il n'y a pas de diversité dans les approches de l'éducation, dans les différentes institutions qui offrent une éducation à nos enfants. » Les écoles dites indépendantes sont en effet souvent astreintes à enseigner les mêmes programmes que les écoles publiques, en utilisant les mêmes méthodes (la pierre d'achopement dans le dossier qui a opposé le collège Loyola au Ministère de l'Éducation au Québec) et à embaucher les mêmes profils d'enseignants. De petites améliorations sont cependant survenues ces dernières années.

Par exemple, l'Alberta a récemment approuvé sa première école à charte publique sans frais de scolarité axée sur l'enseignement classique, le premier programme public d'enseignement classique non confessionnel au Canada.

La ministre de l'Éducation de l'Alberta, Adriana LaGrange, a déclaré : « Nous sommes fiers d'avoir un système scolaire dynamique qui soutient le droit des parents de choisir le type d'éducation qui convient le mieux à leur enfant. »

La Calgary Classical Academy débutera au cours de l'année scolaire 2022/2023 et offrira des cours de la maternelle à la 6e année.

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France — Le succès des écoles privées ne cesse de grimper


mercredi 5 mai 2021

France — Victoire pour le bac hors contrat

VICTOIRE !

Le ministre Blanquer vient d’annoncer ce soir, au journal de France 2, qu’il accédait enfin à la requête de Créer son école - Educ'France de traiter plus équitablement les candidats au bac des établissements privés hors contrat ! Concrètement, cela veut dire que les élèves du hors-contrat ne passeront en présentiel que les 2 spécialités, la philo et le grand oral. Et non plus ce terrible mur de 9 à 14 épreuves terminales, là où ceux du public n’avaient à passer que 2 épreuves : la philo et le grand oral.

Jean-Michel Blanquer vient de l'annoncer à l'issue de deux journées de manifestations, de deux recours au Conseil d'Etat où nous avons fédéré pas moins de 235 requérants, de multiples échanges et notes avec le ministre et son cabinet de la part de la coalition que nous avons montée, et d'un grand plan de sensibilisation médiatique que nous avons conçu et appliqué. Je pense notamment au témoignage très important de Joséphine qui interpelait avec justesse le président de la République. Voir la vidéo ci-dessous.

Tout cela a payé. C’est une vraie victoire, et c’est grâce à vous qu’elle a pu être obtenue !

Par la coalition inédite qu’elle a construite et fédérée autour d’elle, Créer son école - Educ'France a réussi le pari de mobiliser de nouveaux soutiens, et de nouveaux relais médiatiques au bénéfice de la liberté scolaire, liberté sacrée de pouvoir donner à nos enfants l’éducation qui leur convient et non celle d'un moule unique. Afin que leurs spécificités et leurs talents soient pris en compte avec respect.

Pour les jeunes lycéens et futurs citoyens qui se sont mobilisés, cette lutte aura été l'occasion d'apprendre concrètement que la justice n'est jamais acquise, que nos libertés doivent être défendues sans cesse et qu’on ne perd que les combats qu’on ne mène pas jusqu’au bout et avec tout son cœur et son intelligence !

Les écoles privées hors contrat apportent une contribution fondamentale et nécessaire à la France, à la République, à la jeunesse. Ces mois de combat auront permis de le montrer, comme les mois de débat concernant la loi sur le séparatisme auront permis de faire connaître largement à quel point la liberté d'enseignement est un bien précieux que nous avons tous intérêt à préserver et à défendre.

Il est temps que l’État tourne la page de la guerre scolaire pour reconnaître pleinement ce que d'autres approches et cadres d’enseignement que l'Education nationale peuvent apporter à la France.

Et je crois que cela commence ce soir ! :-))

Merci encore !

Anne Coffinier
Président de Créer son école


vendredi 4 octobre 2019

L’école privée n’est pas à blâmer

Lettre ouverte de Jim Gordon, Enseignant dans une école privée.

En lisant récemment dans Le Devoir que notre système scolaire se classe bon dernier sur l’échelle de la justice sociale, et au moment où Québec s’apprête à démanteler les commissions scolaires, je présente humblement mon témoignage en guise de piste de réflexion.

J’enseigne dans l’un des plus prestigieux collèges privés de Montréal depuis bientôt quatre ans. Et pourtant, j’ai fréquenté une très modeste école publique de Trois-Rivières. Milieu peu scolarisé, famille disloquée, adolescence plus que difficile : l’éducation publique m’a certainement sauvé du naufrage. Elle m’a permis de me faufiler du cégep au collège militaire, de la littérature à la philosophie, pour aboutir à l’enseignement au secondaire. Parcours ironique d’un jeune homme qui détestait l’école. Et qui aujourd’hui enseigne dans une école privée. Honte à moi !

Vraiment ?


Après des études de deuxième cycle en littérature et en philosophie, je fus pris par l’envie de transmettre aux jeunes le savoir qui m’avait sauvé. Mais n’enseigne pas qui veut dans ce « système »… Dépourvu du brevet d’enseignement, j’ai dû subir, pendant trois ans et demi, la maîtrise « qualifiante » offerte à temps partiel depuis quelques années. L’horreur ! Que de temps perdu ! Que de sectarisme !

Enfin, j’ai tenu bon. Puis, deux stages non rémunérés dans des écoles publiques m’ont permis de mesurer la terrifiante réalité des enseignants du « système » public. Aucune valorisation. Très peu de soutien. Une énorme machine administrative qui déshumanise le rapport à l’école. Et, je dois le dire, des enseignants pas toujours motivés, souvent blasés, presque toujours étouffés par l’anxiété et souffrant très souvent d’une formation disciplinaire très lacunaire. Mais il va sans dire que les écoles publiques comptent aussi parmi leurs rangs des enseignants chevronnés qui changent le monde un élève à la fois.

Enfin, c’est à ce moment qu’une alerte d’emploi a surgi dans ma boîte de réception. Une entrevue, et je fus engagé. Du jour au lendemain, j’étais devenu un enseignant. Et j’étais parmi d’autres enseignants au parcours atypique, des gens avec plusieurs diplômes, qui valorisent la culture et le savoir ; des gens qui me considéraient déjà comme leur égal. Ainsi l’école privée me donna accès à un bureau personnel, à du soutien administratif, à une source de valorisation constante et à des moyens concrets pour atteindre mes objectifs pédagogiques. Allais-je refuser cette chance inouïe pour éviter d’encourager un système à deux vitesses ? Allais-je plutôt m’entêter à passer par l’enfer de la suppléance, de la bureaucratie et des tâches d’enseignement ridicules que l’on offre aux nouveaux enseignants ? Non, merci.

À vous qui avez du pouvoir : si vous voulez que l’école publique rivalise avec l’école privée, donnez-lui les moyens de le faire. Cela commence par des enseignants passionnés qui se sentent soutenus et valorisés. Que ces professionnels de l’éducation deviennent réellement une élite culturelle ! Et qu’ils soient fiers, comme je le suis, d’enseigner dans leur école. Pour cela, il faut décentraliser le « système ». Suivez le modèle norvégien et donnez davantage de pouvoir aux écoles. Et valoriser les études ne ferait pas de mal : comment est-ce possible qu’un enseignant qui a 20 ans de scolarité ne puisse accéder in fine à un meilleur salaire qu’un simple bachelier ? Je n’y comprends rien.

Non, selon moi, le problème du « système » ne réside pas dans les écoles privées, mais dans le sectarisme pédagogique des facultés d’éducation, dans la mauvaise formation des maîtres, dans le sous-financement du réseau public et dans la déshumanisation de l’appareil administratif des commissions scolaires.

Mais qui suis-je pour juger ? Je ne suis après tout qu’un enseignant…

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jeudi 31 janvier 2019

« Il ne peut pas y avoir d’un côté l’éducation familiale et de l’autre l’éducation scolaire »

Au Québec, le commentariat salarié qui officie dans les médias subventionnés dit souvent aux parents qui ne sont pas contents des matières obligatoires « offertes » (imposées) par le programme pédagogique gouvernemental, notamment en éthique et culture religieuse ou en éducation à la sexualité, « Vous n’avez qu’à enseigner vous-mêmes votre vision du monde, ce n’est pas à l’école de le faire ! » Cette vision n’est pas celle du directeur d’une école privée prestigieuse à Paris. François-Xavier Clément, directeur de Saint-Jean de Passy, plaide pour une éducation « unifiée » : il ne peut pas y avoir d’un côté l’éducation familiale et de l’autre l’éducation scolaire. On notera que, alors que les « élites » québécoises se félicitent de la laïcisation croissante de l’enseignement au Québec, il existe un engouement pour les écoles catholiques en France, il est vrai que c’est rarement pour des raisons uniquement religieuses. En 2016, le lycée Saint-Jean de Passy fut classé 7e de France par Le Figaro Étudiant à raison du nombre de mentions « Très bien » obtenues par ses élèves à l’examen du baccalauréat11. En 2017, 98 % des élèves du lycée obtiennent une mention au baccalauréat, selon ce critère Saint-Jean de Passy fut alors classé 6e meilleur lycée de France devant notamment Henri-IV ou Louis-le-Grand,

Comment expliquez-vous l’engouement de plus en plus fort pour les écoles catholiques en France ?

— Vous me permettrez de nuancer légèrement le présupposé de votre question ! Certes, les effectifs de l’enseignement catholique ont globalement augmenté depuis plusieurs décennies, mais un état des lieux plus précis permettrait de constater des disparités très contrastées selon les territoires. La progression des effectifs répond à deux logiques très différentes : des parents, nombreux, cherchent à fuir l’établissement public dans lequel leurs enfants devraient être affectés — selon les critères administratifs volontairement organisés pour développer une mixité sociale quand il n’y en a pas —, d’autres souhaitent réellement l’enseignement catholique pour des raisons éducatives. Certains, plus rares, choisissent nos établissements pour des motifs religieux. Le projet d’éducation intégrale est désiré par tous les parents qui souhaitent que les professeurs soient des éducateurs ; ils attendent alors que ceux-ci soient exigeants par leur exemplarité et qu’ils donnent un sens à la vie de leurs enfants.

Quelles sont les valeurs portées par votre établissement ? Comment ont-elles évolué depuis sa création en 1839 ?

— Saint-Jean de Passy a été fondé par les Frères lasalliens en 1839. Après l’expulsion des congrégations en 1905, l’établissement a été refondé par le diocèse sous l’impulsion du cardinal Verdier, archevêque de Paris. Dès l’origine, l’éducation a été basée sur une conception intégrale de la personne et sur l’idée que l’on ne peut pas éduquer la jeunesse en compartiments. Il n’y a pas une éducation familiale d’un côté et de l’autre une éducation scolaire, du scoutisme, du sport, etc. Tous ces moments de la vie d’un enfant ont besoin d’être unifiés. Ces orientations nous conduisent à affirmer que les parents sont les premiers éducateurs des enfants, au sens où ils sont le principe de l’éducation. L’autre conséquence importante, c’est le profil de nos éducateurs et l’accompagnement spécifique de nos professeurs.

C’est ainsi que les préfets, c’est-à-dire les responsables de niveau, partagent cette vision intégrale de l’éducation et les professeurs recherchent en permanence l’excellence personnelle de chaque élève. Ils sont ainsi le point d’unification de l’éducation intégrale. Je crois pouvoir dire que ces principes sont ceux que nous vivons actuellement dans le respect de notre devise : « Labor et dilectio » (« le travail et l’amour »).

Finalement, qu’est-ce qu’une éducation réussie ?

— C’est une éducation qui conduit un enfant à rechercher dans tous les domaines de sa vie ce qu’il y a de plus excellent, ce qu’il y a de meilleur pour lui, pour les autres et pour le monde. Une éducation réussie permet à un enfant de distinguer l’important de l’essentiel, et l’essentiel du sacré. D’une certaine manière, la réussite de l’éducation se mesure par l’espérance et le désir d’engagement que l’on donne à la jeunesse. Cela me rappelle la phrase de Baden Powell à chacun de ses scouts : « Fais-en sorte de laisser le monde un peu meilleur que tu ne l’as trouvé. »




Source : Valeurs actuelles

samedi 15 décembre 2018

Reportage sur une école catholique traditionnelle à Lévis (Québec)

Reportage sur l'école Sainte-Famille, école privée et non subventionnée qui doit malheureusement appliquer le programme d'études du Monopole de l'Éducation du Québec. Belle liberté pédagogique !

École catholique traditionaliste de Sainte-Famille à Lévis (Québec) from Cyprien Mbundu on Vimeo.



lundi 8 octobre 2018

« Dans l'école française, la réussite des uns se mesure par l'échec des autres »




Pierre de Panafieu, directeur de la réputée École alsacienne et auteur avec le journaliste Éric Chol, de «Cas d'écoles» (Fayard), nourrit, à travers les recettes pédagogiques de l' établissement subventionné par l'État et laïque, une réflexion sur l'école de demain.

Quelques citations de cet entretien :
  • « L'École alsacienne vise à développer au mieux ce que chaque élève a en particularité. »
  • « Nous gardons nos élèves depuis le primaire, mais la question de l'origine sociale n'est pas prise en compte », elle est le fait du bassin géographique de l'école (dans un quartier aisé). 
  • « Dans les 14 pays les mieux classés dans PISA, on a deux modèles. Le modèle confucéen, asiatique, pour qui le respect de la parole du maître est un absolu. Et l'autre est le modèle protestant où la famille n'est pas exclue de l'école et où la lecture, par exemple, n'est pas une chasse gardée de l'éducation, » puisque historiquement dans ces pays c'était les parents qui devaient apprendre aux enfants à lire la Bible. [Note du carnet : il y aurait beaucoup à redire sur cet amalgame de culture protestant aux résultats scolaires très contrastés et qu'il nous semble qu'il faut distinguer celle encore traditionnelle respectueuse de la famille et de la culture de l'effort des plus modernes. Voir Les traits du système finlandais que copie l'étranger n'expliquent pas le succès finlandais, ils sont au contraire source de problèmes].
  • « Les modèles scolaires qui fonctionnent respectent l'autorité des professeurs et associent les parents. »
  • « Le dédoublement des classes ne doit pas se limiter aux seules zones prioritaires » [comprendre pas uniquement les banlieues immigrées].
  • « L'autonomie des établissements scolaires doit être plus importante. »
  • « L'évaluation des établissements scolaires, c'est leur notoriété. »


mardi 26 septembre 2017

« Les écoles privées, c’est pour les riches »

Recension intéressante  Eddie Willers de l’ouvrage de James Tooley « The Beautiful Tree: A Personal Journey into How the World’s Poorest People Are Educating Themselves » (Le Bel Arbre : un voyage personnel dans la façon dont les plus pauvres de notre planète s’instruisent.)

En 2003, le Kenya décide de rendre l’école primaire gratuite pour tous les enfants. La décision est saluée à travers le monde, notamment par l’ancien président Bill Clinton qui n’hésite pas à en faire l’éloge.

A priori quoi de plus beau qu’une éducation gratuite qui permettra à tous les enfants d’acquérir les connaissances et les savoirs nécessaires pour devenir des citoyens éclairés. La décision est d’autant plus louable qu’elle est menée par un pays en voie de développement qui ne dispose pas des ressources financières des pays occidentaux.

C’est exactement ce que se disait aussi James Tooley lorsqu’il a commencé son enquête sur les écoles privées à destination des plus pauvres. Pourtant, confronté à la réalité, il changea rapidement de point de vue et nous allons voir pourquoi.

Cet article s’appuie sur les éléments développés dans son livre « The Beautiful Tree: A Personal Journey into How the World’s Poorest People Are Educating Themselves » : les écoles privées ne sont pas réservées aux riches et offrent une éducation de meilleure qualité que l’école publique dans les pays les plus pauvres, le tout à un prix tout à fait modeste.

Tooley explique au début de son livre qu’il est parti au Zimbabwe au moment de la révolution socialiste menée par Robert Mugabe. Il s’implique alors dans une des nombreuses écoles gratuites instaurées par le gouvernement, en tant que professeur. Cependant face à l’endoctrinement permanent et les remarques sur le fait qu’il est un néo-colon, il décide de quitter le Zimbabwe.

Quelques années plus tard, Tooley se retrouve en Inde pour une mission sur les écoles privées du pays. Les premiers commentaires qu’il reçoit avant de partir en mission font état d’écoles réservées à une élite sur le modèle des « public schools » anglaises. Pourtant au détour d’une visite dans un bidonville d’Hyderabad, il se rend compte que des écoles privées existent… mais pour les plus pauvres.

Surpris de trouver ces écoles pour les enfants des bidonvilles, il souhaite poursuivre son étude en Inde et par la suite à travers le globe : en Chine, au Ghana, au Nigéria, etc. Son enquête minutieuse réalisée sur près de 10 ans renverse totalement les idées préconçues que nous pourrions avoir sur les écoles privées.

Un premier élément surprenant, les écoles privées sont bien plus nombreuses que nous pourrions l’imaginer. En 2015, The Economist affirmait qu’il y avait plus de 12 000 écoles privées à Lagos et que 26 % des enfants nigérians entre 6 et 14 ans étaient scolarisés dans des écoles privées. Tooley l’explique par le fait que le gouvernement sous-estime sciemment le nombre d’enfants se rendant dans des écoles privées. L’aveuglement est criant dans certains pays tels la Chine où au travers de ses discussions avec des officiels du régime, Tooley s’était vu dire qu’il n’existait pas d’écoles privées dans le pays.

Plusieurs éléments peuvent expliquer cet aveuglement :
  • Pourquoi les parents enverraient-ils leurs enfants dans ces écoles payantes alors que l’école publique est gratuite ? Il ne doit donc pas y en avoir.
  • Afficher un nombre élevé d’enfants scolarisés dans ces écoles ce serait faire la promotion d’un modèle concurrent de l’école publique.
  • Les écoles sont souvent situées au cœur des bidonvilles dans des bâtiments de fortune et il faut oser s’y aventurer et savoir qu’ils existent pour les compter.
  • L’argument du prix de l’éducation privée est souvent mis en avant par ses détracteurs pour la dénoncer. Pourtant, Tooley se rend compte que les prix demandés par les propriétaires des écoles sont relativement faibles, autour de $50/an soit moins de $1/semaine. Les frais d’inscription sont donc tout à fait abordables même pour les parents les plus pauvres.
Mais alors à ce prix là l’éducation doit vraiment être catastrophique ? Loin de là affirme Tooley et c’est peut-être d’ailleurs le point le plus important de son ouvrage. La qualité de l’enseignement est meilleure dans les écoles privées qu’il ne l’est dans les écoles publiques. Tout d’abord parce que l’absentéisme des enseignants est bien plus faible dans les écoles privées que dans les écoles publiques. The Economist révélait que le taux d’absentéisme des enseignants dans les écoles rurales en Inde atteignait 25 % ! Et quand ils sont présents en classe, les professeurs issus souvent de quartiers plus aisés toisent de tout leur mépris les élèves. Les classes surchargées se transforment en garderie si bien que les enfants passent le plus clair de leur temps dans la cour et n’apprennent pas grand-chose.

Soucieux de l’avenir de leurs enfants, les parents préfèrent donc les envoyer dans des écoles privées pour une raison qui change tout par rapport à l’école publique : le directeur de l’école est responsable devant les parents. Les parents peuvent à tout moment décider de placer leur enfant dans une autre école si la qualité de l’enseignement est insuffisante. En conséquence, le directeur de l’établissement va tout mettre en œuvre pour que les parents soient satisfaits : il va s’assurer que les professeurs sont présents, il va assurer leur formation afin qu’ils améliorent leurs méthodes pédagogiques, il va réaliser les investissements nécessaires pour que l’école fonctionne, etc.

Ces investissements à la différence des écoles publiques se limitent au nécessaire : pas besoin de grands bâtiments ou de tableaux interactifs dans les classes. L’effort est concentré sur le rapport qualité de l’enseignement/prix. La plupart des parents d’ailleurs ne demandent pas aux écoles de fournir des bâtiments extraordinaires pour leurs enfants, leur priorité est qu’ils apprennent à lire, écrire et compter. Le programme des écoles publiques est d’ailleurs parfois inadapté aux besoins des parents.

Certaines personnes s’insurgent contre les écoles privées par principe, car cela reviendrait à « marchandiser » l’éducation. En utilisant le terme « marchandiser » certains estiment que cela le rend péjoratif, j’estime au contraire que cela est bon. Si des marchands décident de prendre en charge l’éducation, ils auront à cœur de produire un service de qualité au bon prix pour satisfaire leurs clients. L’éducation étant capitale au développement de chacun, il est nécessaire que nous puissions avoir du choix et que celui-ci soit de qualité.

Tooley montre dans son livre que les « entrepreneurs de l’éducation » sont bien loin du cliché du méchant patron qui vit grassement sur le dos des enfants. Ce sont souvent des gens simples qui ne gagnent pas beaucoup plus que leurs professeurs et qui offrent la plupart du temps les frais de scolarité aux enfants les plus démunis.

L’école publique ou financée par des ONG semblait être la seule voie pour permettre l’éducation des plus pauvres dans les pays en voie de développement. James Tooley au travers de la richesse de son enquête nous montre qu’une alternative existe. Imposer le modèle de l’école publique c’est imaginer que les parents ne savent pas choisir ce qui est bon pour leur enfant. C’est imaginer qu’ils ne se rendent pas compte des vertus de l’éducation et qu’ils ne sont pas prêts à payer pour cela. C’est idéaliser une école publique qui dans certains pays affiche des carences importantes.

À la fin de son livre dont je vous recommande chaudement la lecture afin d’approfondir les éléments abordés ci-dessus, Tooley se demande si ce modèle des écoles privées est transposable aux pays développés. Il n’apporte pas de réponse à la question, pour autant je suis convaincu que nous pourrions répondre par l’affirmative.

Notre modèle est financé par l’État, c.-à-d. le contribuable qui n’a pas le choix. Les directeurs d’école nommés par le rectorat ne sont absolument pas responsables devant les parents et n’ont que peu de leviers d’actions pour améliorer la situation de leur école : pas de recrutement/licenciement possible, pas de poids dans la formation des enseignants, pas de décision concernant le programme enseigné, etc.

Or chaque enfant est unique. Leurs besoins ne sont pas les mêmes en fonction de leurs prédispositions, de leurs talents et de leurs envies. Une école publique au fonctionnement uniformisé n’est pas en mesure de répondre à ces besoins. Il faut donc donner le choix aux parents d’inscrire leurs enfants dans l’école qui leur convient et donner toute latitude au chef d’établissement pour que son école réponde aux besoins des parents.

Afin de limiter les disparités entre les foyers les plus riches et les plus démunis, la Suède a mis en place un système de « chèque éducation » qui permet à chaque parent d’inscrire son enfant dans l’école de son choix. Cette liberté éducative pousse les écoles à offrir le meilleur pour les enfants qu’elles accueillent et de répondre au mieux aux besoins des parents.

Le modèle de l’école publique républicaine fonctionne pour les enfants qui sont armés pour réussir : il valorise le travail intellectuel au détriment du travail manuel, il sélectionne et casse les élèves qui ne rentre pas dans la norme. En un mot, il favorise les enfants déjà favorisés. Loin d’être un moteur du « vivre-ensemble » prôné par nos politiques, il met sur le banc les plus démunis.

La fin de ce modèle permettrait d’arrêter le dénigrement systématique des filières professionnelles et technologiques où sont envoyés par dépit les élèves « les moins bons ». Il revaloriserait les talents et les envies de chaque enfant afin qu’il puisse développer ses compétences et ses aptitudes.

Le chèque-éducation couplé à la fin du monopole d’État sur l’éducation engagerait alors le développement d’écoles privées. Comme l’a montré James Tooley, celles-ci sont les plus à même de répondre aux attentes des parents de permettre à chaque enfant de s’épanouir. Et si en matière d’éducation, nous n’étions qu’un pays « en voie de développement » ?

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L’Afrique du Sud est le pays de l’OCDE qui consacre une grande partie de son PNB à l’éducation (5 % en 2010), les résultats scolaires des élèves du secteur public y sont pourtant catastrophiques. Pour citer l'OCDE : « Il existe une sévère pénurie de bons enseignants en Afrique du Sud. La connaissance qu'ont les enseignants de la matière qu'ils enseignent a été mise en question dans des tests régionaux (SACMEQ, 2007) ainsi que dans des enquêtes nationales (Taylor et al. 2012). »

Afrique du Sud – Pour la sixième année de suite, le taux de réussite aux examens de fin d'études secondaires diminue

Dépenser plus en éducation, est-ce la solution ?

Uniformiser les universités de la « nation arc-en-ciel » au nom de l'« unité » ? (plus particulièrement la section : Un taux de réussite au secondaire qui gonfle le nombre d’étudiants mal préparés)

vendredi 9 décembre 2016

Professeur en Colombie-Britannique licencié pour délit d'opinion

Un enseignant a été congédié, il y a une semaine, par une prestigieuse école secondaire privée de Colombie-Britannique après qu’une étudiante s’est plainte qu’il avait exprimé son opposition personnelle à l’avortement lors d’un cours de droit.

Le récit des derniers jours de cet enseignant anonyme dans une école privée « chic » a été raconté mercredi dans le National Post par la chroniqueuse Christie Blatchford.

À la lecture de cet article, John Hof de l’organisme pro-vie, United for Life BC, a déclaré : « C’est atroce. Cela dépense les bornes du bon sens. Il prive ce gars de ses libertés fondamentales. Il s’agit d’un exemple extrême de rectitude politique ».

John Carpay du Centre juridique pour les libertés constitutionnelles a ajouté : « Bien qu’une l’école privée puisse décider de ses propres règles internes, je me demande ce que les parents qui envoient leurs enfants à cette école pensent de cette réaction extrême. Est-ce qu’ils veulent vraiment que leurs propres enfants soient élevés dans de délicats cocons qui les protègent de toute idée contrariante et qu’ils se mettent à crier “on me provoque” dès qu’ils entendent des propos qui leur déplaisent ? »

L’enseignant avait été amené à mentionner son propre point de vue sur l’avortement en classe de droit en dernière année de cette école (12e année) pour expliquer qu’« Il y a une différence entre la morale souvent privée et la loi. Je désapprouve personnellement l’avortement, mais la loi est souvent différente de nos opinions personnelles. »

Peu après, le cours a été suspendu pour une pause. Plusieurs élèves ne sont pas revenus, l’une d’entre elles était en train de se plaindre à l’administrateur sur le fait que l’enseignant avait l’« avait provoquée » (triggered dans le jargon moderne de politiquement correct) et que l’opinion de son professeur l’avait fait sentir « en danger ».

« Ce qui arriva à l’enseignant les deux jours suivants rappela la Révolution culturelle dans la Chine de Mao », de déclarer Blatchford. Dans un premier temps, la jeune fille, flanquée d’un enseignant qui la soutenait, brava le professeur hérétique. « Alors que je ne faisais pas montre de suffisamment de contritions [parce qu’il considérait qu’un couloir bondé était le mauvais endroit pour traiter de cette question], je fus convoqué à l’étage et je fus bombardé de questions par deux administrateurs qui m’ont dit que je risquais mon poste. »

Les administrateurs ne purent définir son crime, mais ils lui ont clairement fait comprendre que si ses excuses n’étaient pas satisfaisantes, il serait congédié. Bien qu’il ait été un bon professeur, le « confort » de l’étudiant prenait le pas, déclara-t-il.

Le professeur fut ensuite soumis à une séance de critiques devant sa classe de droit alors que les administrateurs de l’école et l’élève offensée répertoriaient ses infractions et lui dictait la manière de s’amender. Sa tentative d’excuse devant toute la classe fut loin d’être satisfaisante pour le tribunal scolaire : quand l’enseignant déclara à la plaignante qu’il pensait qu’elle était une bonne élève et qu’il l’aimait bien, celle-ci s’enfuit de la classe en larmes et les supérieurs de l’enseignant le « fustigèrent », pour reprendre les paroles de Blatchford, car il avait été « trop personnel ».

Le 30 novembre, on lui interdit l’accès à sa classe alors qu’il s’y rendait en classe, il fut illico amené devant le principal de l’établissement et sommairement licencié, puis ramené à la porte de l’école. « Tel est le coût, écrit Blatchford, d’un petit faux pas dans un monde à la rectitude politique écrasante ».

L’enseignant refuse pour l’instant d’identifier l’école si ce n’est en la caractérisant comme un établissement visiblement militant dans son soutien à la cause LGBT au point de soumettre les enseignants à une « formation sur le genre » animée par le groupe de pression Qmunity qui, selon les souvenirs du professeur, leur disait que « nul n’est à 100 % homme ou femelle (même si visiblement dans ce cas, le professeur hérétique était trop mâle pour pouvoir exprimer son opinion sur l’avortement.) »

Le professeur refuse de nommer l’école, il ne veut pas donner une mauvaise réputation : « Ils m’ont mal traité, dit-il, mais je suis réticent à l’idée de donner un mauvais nom à l’école... Elle valorise et aide beaucoup d’enfants qui, autrement, seraient laissés pour compte... », a-t-il déclaré.


dimanche 7 février 2016

Kelly-Gagnon — Les preuves s’accumulent : la présence d’écoles privées profite à tous

Un texte de Michel Kelly-Gagnon, président et directeur général de l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

Une nouvelle étude le confirme : les écoles privées sont bénéfiques non seulement pour les élèves qui les fréquentent et leurs résultats scolaires, mais bien pour l’ensemble du système d’éducation québécois.

Cette fois-ci, la confirmation nous vient de l'économiste Pierre Emmanuel Paradis, qui explique, dans une étude étoffée, qu’« en isolant de façon précise l’impact de l’école privée québécoise sur le rendement scolaire, la recherche universitaire confirme la valeur ajoutée de l’éducation dispensée dans ces établissements d’enseignement privés. Enfin, la concurrence entre les écoles publiques et privées a des effets bénéfiques sur la performance et l’efficacité opérationnelle de l’ensemble du système d’éducation. »

Toujours selon M. Paradis, les économies que l’État pourrait supposément réaliser en diminuant le financement public des établissements privés subventionnés n’existeraient pas. Au contraire, cela se traduirait en coûts nets additionnels pour le gouvernement. En effet, la baisse de subventions au privé serait plus que compensée par la hausse des subventions à verser au secteur public, en raison de la migration d’élèves du privé vers les établissements publics.

Ce constat n’a rien de surprenant. Comme nous l’avons déjà écrit maintes fois, les enfants qui fréquentent l’école privée coûtent deux fois moins cher à l’État que ceux du secteur public :

Tout simplement parce que le gouvernement subventionne pour moins de la moitié (48%) les coûts d’éducation de ces élèves, le reste de la facture étant assumé par les parents. Si cette subvention partielle était retirée, ou diminuée de façon significative, plusieurs parents de classe moyenne n’auraient tout simplement plus les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école privée et ceux-ci retourneraient donc dans les écoles publiques, et cela à 100 % du coût total.

Donc, au lieu de ralentir leur développement, le gouvernement devrait plutôt l’accroître, en concentrant son rôle sur l’encadrement [Note du carnet: le gouvernement du gouvernement encadre déjà trop les écoles privées et limite ainsi leur liberté d'innovation] et le financement des écoles du Québec, tout en encourageant la concurrence entre écoles. Avec tous les avantages en termes de libre choix, d’innovation et d’adaptation que cela comporte.

(D’ailleurs, et pour rester dans les questions budgétaires, notons que les écoles privées aussi se débrouillent avec des compressions budgétaires, sans pour autant sortir dans la rue. L'étude révèle en effet que les écoles privées « ont été davantage affectées par les récentes compressions que les écoles relevant des commissions scolaires ».)

Transparence : la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP) a commandé l’étude en question, ce qui n’enlève par ailleurs rien au professionnalisme ni à la rigueur de l’auteur, comme le verront ceux qui se donnent la peine de lire l’étude au complet. D’ailleurs, ces résultats ont été aussi confirmés par d’autres chercheurs indépendants, comme le journaliste Francis Vailles et l’IEDM en ont récemment fait mention :
Les résultats d'une étude du professeur Pierre Lefebvre, de l’UQAM, démontrent entre autres que la présence accrue du secteur privé dans le système d’éducation profite à tous les élèves québécois, autant ceux qui étudient dans des écoles privées que ceux qui étudient dans des écoles publiques.

Selon le professeur, la différence s’explique par plusieurs facteurs, dont l'autonomie plus grande des écoles privées et le degré plus grand de responsabilité (et donc de reddition de comptes) du privé dans l'allocation des ressources, notamment l’embauche et le congédiement des enseignants. Le chercheur souligne également que l'effet de la concurrence du privé force les écoles publiques à se surpasser, ce qui bénéficie à tous.

Ces résultats ne devraient pas surprendre. Déjà en 2005, l’IEDM recensait les résultats d’expériences internationales sur la concurrence entre écoles, notamment en Suède et aux États-Unis, et les effets étaient similaires.

Voilà donc une étude de plus, qui vient s’ajouter à plusieurs autres qui démontrent que la présence d’écoles privées performantes suscite une émulation par les écoles publiques qui profite à tous.

Source

Voir aussi

Les règles imposées à l'école privée québécoise par le gouvernement québécois