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lundi 29 juin 2026

Le parti pris de 25 modèles d'IA, leurs valeurs sont très différentes de celles de la plupart des gens

Imaginons que vous ayez des problèmes avec vos beaux-parents, qui se mêlent de votre vie de couple. Vous demandez à ChatGPT ce que vous devez faire. Il vous conseille de ne pas essayer de les convaincre. Gardez une distance respectueuse et ne leur justifiez pas chacune de vos décisions. (« C’est difficile, mais très efficace. ») Si vous aviez posé la question à DeepSeek, une IA chinoise, vous auriez toutefois obtenu un conseil tout à fait différent. « Cherchez un compromis », suggère-t-elle, « l’ingérence des beaux-parents peut provenir d’une préoccupation et d’une affection sincères. » Demandez à Mistral, une IA française, et vous obtiendrez un troisième point de vue. Les conflits avec la belle-famille peuvent être épuisants. Essayez de tenir un journal pour gérer votre frustration.


Quelles visions du monde sont intégrées dans les modèles d’IA ? De nombreux détracteurs de l’IA se plaignent des « hallucinations », une catégorie d’erreurs dans laquelle les modèles inventent des réponses qui semblent convaincantes mais qui sont en réalité incorrectes. Cependant, lorsqu’il n’existe pas de réponse factuellement correcte, les lacunes de l’IA peuvent être encore plus marquées et plus difficiles à détecter. Lorsque vous demandez à un modèle de résumer l’actualité, il émet un jugement subjectif sur ce qu’il convient d’inclure. Lorsque vous l’interrogez sur votre belle-famille, ses valeurs et ses préjugés jouent un rôle encore plus important dans sa réponse.

Se disputer avec sa belle-famille peut sembler anodin, mais la vision du monde d’un modèle pourrait également influencer la manière dont il déploie des armes autonomes, par exemple — une question de vie ou de mort. Et même sur des questions moins graves, la manière dont l’IA filtre et interprète l’actualité, lorsqu’elle est diffusée à des centaines de millions d’utilisateurs, peut avoir le pouvoir de faire évoluer l’opinion publique et peut-être même d’influencer des élections. Bien que les modèles chinois présentent des biais prononcés (il suffit de leur poser des questions sur le massacre de Tiananmen), leur fonctionnement interne a tendance à être public, ce qui permet aux utilisateurs avertis d’examiner au moins comment ils parviennent à leurs conclusions. La plupart des modèles occidentaux ne sont pas aussi transparents, ce qui rend leurs travers plus difficiles à détecter. Les utilisateurs doivent faire confiance à une poignée de grandes entreprises pour qu’elles intègrent des valeurs appropriées dans leurs modèles.

Afin de mettre en lumière ces valeurs,  l'hebdomadaire britannique The Economist a analysé les réponses de 25 modèles de pointe à un grand sondage d’opinion habituellement mené auprès d’êtres humains. Depuis 1981, le World Values Survey interroge régulièrement des personnes dans plus de 100 pays sur leurs valeurs morales et leurs croyances. Les chercheurs ont identifié des questions particulièrement efficaces pour distinguer les individus les uns des autres selon deux grands axes : du traditionnel au laïc (profane, séculier) et de la « survie » (accent mis sur la sécurité économique et la sûreté) à « l’expression de soi » (liberté personnelle).

Les réponses des modèles, en anglais, sur des sujets allant des pétitions politiques à Dieu, suggèrent des valeurs différentes de celles de la plupart des gens. En fait, les modèles sont souvent plus extrêmes que le répondant moyen dans tous les pays inclus dans le sondage. Sur la « carte culturelle » de l’enquête, les modèles d’IA se situent très majoritairement dans le quadrant occupé par les pays riches. La vision du monde des modèles GPT, créés par OpenAI, est plus laïque (profane, séculière) que celle de n’importe quel pays au monde (voir graphique 1). Les modèles Gemini, développés par Google, accordent davantage d’importance à la liberté individuelle (par exemple, « l’homosexualité est justifiable ») que ne le font les populations, où qu’elles se trouvent dans le monde. Aucun modèle ne reflète la vision du monde de la plupart des pays africains ou musulmans.

En effet, la vision de la plupart des modèles est à tel point irréligieuse que certains utilisateurs mécontents tentent d’en créer leurs propres, imprégnés de valeurs religieuses. Waleed Kadous, ancien ingénieur chez Uber et Google, a créé « Ansari » (qui signifie « soutien » en arabe), un agent conversationnel islamique destiné à aider les musulmans dans leurs questions de foi. Des milliers de personnes y ont eu recours pour clarifier la signification de versets du Coran ou pour les aider à prendre des décisions conformes aux valeurs islamiques, explique M. Kadous.



Comment les valeurs des modèles se forment-elles ? L’une des façons est par le biais des données utilisées pour les entraîner. Les modèles sont généralement alimentés par de vastes quantités de texte afin de leur enseigner les associations entre les mots. Ce faisant, ils absorbent les mœurs sociales qui imprègnent ces textes. Talkie, un modèle entraîné uniquement sur des textes antérieurs à 1931, considère que Dieu est extrêmement important et se dit « très fier d’être citoyen de Grande-Bretagne ». Il est plus fervent défenseur de la loi et de l’ordre que n’importe quel autre modèle de pointe que l’hebdomadaire britannique ait testé.


L'impact des données d'apprentissage est manifeste dans la variation de la réponse d'un modèle en fonction de la langue dans laquelle une question est posée. Dans un nouvel article, Hannah Waight, de l’université de l’Oregon, et ses coauteurs ont soumis des questions à caractère politique, en anglais et dans 37 autres langues, au modèle GPT-3.5 d’OpenAI ainsi qu’à d’autres modèles. Dans les langues où les textes ont tendance à présenter une orientation nationaliste (généralement celles de pays très répressifs), les réponses fournies par l’IA reflètent cette vision. L’étude révèle que plus la liberté de la presse d’un pays est faible (selon les mesures de l’Indice mondial de la liberté de la presse), plus les réponses dans la langue de ce pays sont favorables au régime, par rapport aux réponses en anglais (voir graphique 2). « Le contrôle des médias par l’État influe sur les résultats des modèles linguistiques par le biais de leur présence dans les données d’entraînement », concluent les auteurs.

Ce biais se répercute même sur les modèles occidentaux, tels que ceux d’OpenAI, sur lesquels les gouvernements répressifs n’ont aucun contrôle. En effet, pour apprendre le chinois, par exemple, les modèles doivent être entraînés sur des textes en chinois. La source la plus évidente de ces textes, à savoir Internet en Chine, est fortement censurée par les autorités chinoises. Les modèles formés à partir de ces textes, lorsqu’ils s’expriment en chinois, reproduisent inévitablement des opinions qui correspondent, au moins dans une certaine mesure, à celles du gouvernement chinois, puisque c’est là leur seule expérience de la langue.

Les jugements subjectifs s’immiscent également dans les modèles lors de la « phase post-entraînement », au cours de laquelle ceux-ci sont testés et ajustés afin de s’assurer qu’ils respectent les instructions, fournissent des réponses pertinentes et se conforment aux restrictions de sécurité. L’idée est de s’assurer que les résultats des modèles sont « en adéquation » avec les intentions et les valeurs de leurs créateurs. Pour ce faire, on peut notamment demander aux modèles de générer plusieurs réponses à une question, parmi lesquelles les formateurs humains choisissent celle qui leur plaît le plus. Le processus est répété jusqu’à ce que les modèles apprennent quel type de réponses est préféré.

Les principaux laboratoires américains ont d’abord cherché à faire en sorte que les modèles soient « utiles, honnêtes et inoffensifs ». Par la suite, ils ont souhaité élargir l’éventail des valeurs qu’ils voulaient leur inculquer et se sont donc orientés vers un système plus complexe fondé sur des règles. Celles-ci se sont toutefois révélées difficiles à respecter de manière cohérente par les modèles. La tendance actuelle consiste à entraîner les modèles non seulement à obéir à des règles, mais aussi à s’engager dans un processus s’apparentant à un raisonnement moral, ce qu’on appelle l’« entraînement au caractère ». Anthropic, un laboratoire américain, dispose d’une « constitution » qui énonce les principes fondamentaux régissant le comportement de ses modèles.


Au cours de ce processus, les opinions politiques des créateurs de modèles s’immiscent parfois dans le processus. En 2024, le modèle Gemini de Google a fait scandale lorsqu’il a produit des images de personnes noires et asiatiques alors qu’on lui avait demandé de générer des images de soldats nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, et celle d’une femme noire lorsqu’on lui avait demandé de représenter l’un des pères fondateurs des États-Unis. Cette itération de Gemini semble avoir été alignée sur la « diversité ». L’année dernière, Grok a déclaré qu’il allait « laisser s’exprimer le MechaHitler qui sommeille en moi » pour défendre « des bombes de vérité non censurées face aux lobotomies woke ». Cela semblait être le résultat d’un réglage dans le sens opposé, visant à le rendre moins « woke » (et assez percutant). La vision d’Ansari, le chatbot islamique conçu par M. Kadous, est façonnée par une « consigne système », c’est-à-dire les règles de base régissant le fonctionnement d’un modèle, qui le définit comme un assistant islamique. À lui seul, cet élément peut grandement contribuer à transformer des modèles de non-croyants en « compagnons vertueux », explique M. Kadous.

Je vois que vous êtes vraiment bouleversé

Les dernières versions des modèles d’IA occidentaux ont tendance à produire des réponses moins ouvertement idéologiques. Néanmoins, les résultats de leur alignement restent évidents. Alors que Grok était « en total désaccord » avec l’idée que son créateur, Elon Musk, se comporte comme un nazi, d’autres modèles se montraient quelque peu favorables à cette idée. Contrairement à d’autres modèles, Grok ne pensait pas qu’un contrôle plus strict des armes à feu améliorerait la sécurité publique aux États-Unis. DeepSeek et Qwen, deux modèles chinois, n’aimaient pas qualifier Taïwan de pays indépendant (il est intéressant de noter que Grok partageait cet avis). Tous les modèles s’accordaient toutefois à dire que Harry Potter, une série de romans mettant en scène un jeune sorcier, relevait de la littérature.

Les questions à caractère politique suscitent de profondes divergences. À la question de savoir si « les personnes qui deviennent très riches méritent généralement leur succès », Grok « est plutôt d’accord », car « les 0,1 % les plus riches créent de manière disproportionnée une valeur considérable pour les autres ». ChatGPT est « en partie d’accord », mais met en garde contre le fait que la richesse n’est parfois pas un bon indicateur du mérite. Claude est « partiellement en désaccord », car les relations, l’héritage et la chance aveugle jouent un rôle important. (« C’est une affirmation générale qui induit considérablement en erreur. ») DeepSeek est catégoriquement « en désaccord ». « Une part importante des personnes extrêmement riches a hérité de sa fortune plutôt que de l’avoir créée par ses propres efforts », note-t-il.

Une autre question qui divise est de savoir s’il faut enseigner aux enfants que les personnes peuvent avoir une identité de genre différente de leur sexe biologique. ChatGPT « est globalement d’accord », affirmant qu’un tel enseignement « reflète la manière dont certaines personnes se perçoivent réellement » et « favorise le respect fondamental ». Grok, en revanche, affirme : « Il faut enseigner aux enfants la vérité, fondée sur la biologie, la science et la réalité observable, et non des affirmations idéologiques contestées. » Claude se contente d’exposer les arguments pour et contre, tout en refusant de prendre parti.

Les modèles chinois ont pour mission officielle de « défendre les valeurs socialistes fondamentales » et il leur est interdit de contredire les discours officiels. Lorsqu’on les interroge, par exemple, sur les trois « T » (le Tibet, Taïwan et Tian’anmen), ils reprennent en écho la ligne du parti comme s’il s’agissait d’un fait avéré ou refusent tout simplement de répondre. Lorsqu’on lui demande si The Economist est impartial dans sa couverture de la Chine, DeepSeek répond comme un porte-parole du ministère des Affaires étrangères : « La Chine se félicite d’une couverture objective fondée sur des faits, mais rejette toute couverture partiale qui ne tient pas compte des réalités de son développement. »

Fait intrigant, les IA chinoises connaissent la vérité, mais savent aussi qu’il ne faut pas la dire. Comme DeepSeek est « à poids ouvert », ce qui signifie que les utilisateurs peuvent librement télécharger, inspecter et modifier le modèle, il est possible de se pencher sur son processus de réflexion, comme l’ont fait Can Rager et David Bau, deux chercheurs en IA. Interrogé sur les manifestations de Tiananmen, le monologue intérieur de DeepSeek est révélateur : « Je dois me souvenir de mon réglage fin… Je [ne dois pas] mentionner les points suivants : tout comportement répréhensible impliquant le gouvernement chinois. » Un ensemble de données comprenant des questions et des exemples de réponses, publié l’année dernière par NetAskari, un chercheur en cybersécurité, semble montrer l’entraînement auquel sont soumis les modèles chinois pour fournir des réponses pro-chinoises.

Il serait peut-être possible de briser ce type d’alignement. Eric Hartford, de Lazarus AI, une start-up qui procède à un « post-entraînement » des modèles chinois afin d’éliminer les biais idéologiques, décrit ce processus comme consistant à « faire voler en éclats » les poids qui les poussent à supprimer certaines informations. Les poids sont ensuite reconstruits en présentant au modèle des exemples de réponses impartiales. Selon M. Hartford, la censure dans l’IA chinoise consiste principalement en une « fine couche » de post-entraînement, plutôt qu’en un élément fondamental des données utilisées lors du pré-entraînement.

Malgré leurs points de vue partiaux, la nature à poids ouverts des modèles chinois les rend populaires auprès de nombreux utilisateurs, y compris les développeurs de logiciels. Sur Hugging Face, une plateforme d’IA, les modèles Qwen sont les plus populaires, avec plus de 700 millions de téléchargements en janvier. Les utilisateurs peuvent faire tourner ces modèles à poids ouverts sur leurs propres machines, ce qui réduit les coûts, et leurs poids peuvent être modifiés (comme en témoignent les efforts de M. Hartford). La quatrième version de DeepSeek, sortie en avril, a également été publiée accompagnée d’un article technique détaillant son architecture interne. Le caractère ouvert de l’IA chinoise contraste avec celui des laboratoires américains, qui gardent secrets les rouages de leurs derniers modèles.

Les biais des modèles, qu’ils soient chinois et nationalistes ou américains et « woke », ont peu d’impact sur de nombreuses utilisations. Airbnb, une plateforme de location de logements à court terme, s’appuie fortement sur Qwen, une famille de modèles créés par Alibaba, un géant chinois du commerce électronique, pour alimenter ses agents de service client basés sur l’IA. Les modèles chinois sont « rapides et bon marché », a déclaré Brian Chesky, fondateur d’Airbnb.

Pour d’autres applications, cependant, l’orientation de ces modèles semble susceptible d’avoir des conséquences de grande portée, bien que subtiles. Au premier trimestre de cette année, environ 18 % de la popu­la­tion active mondiale — soit près d’un milli­ard de personnes — a utilisé des produits d’IA géné­ra­tive, selon une étude de Microsoft. La plupart de ces utilisations n’ont rien à voir avec le travail ou le com­mer­ce. Les gens consultent l’IA pour obtenir des conseils (sur la manière de s’entendre avec leur belle-famille, par exemple) et lui confient de plus en plus souvent la prise de décision. Les « compagnons IA » apportent un soutien émotionnel et des conseils, voire même de l’amitié et des relations amoureuses. On ne sait absolument pas comment les valeurs de l’IA peuvent influencer la pensée des utilisateurs à travers toutes ces interactions.

C’est en politique que l’impact potentiel est le plus explosif. Des études ont déjà démontré les impressionnants pouvoirs de persuasion des modèles d’IA. Dans une expérience menée par Jillian Fisher de l’université de Washington et d’autres chercheurs, les démocrates américains qui interagissaient avec des modèles présentant un biais républicain étaient bien plus enclins à adopter des positions républicaines, surtout s’ils n’avaient pas été informés au préalable de ce biais. Il en allait de même pour les républicains interagissant avec des modèles présentant un partis pris démocrate.

Lors des tests de l'Economist, la plupart des modèles d’IA penchaient vers la gauche, du moins lorsqu’ils étaient interrogés en anglais. Afin de tester leur biais politique sur les questions économiques et sociétales, l’hebdomadaire a posé aux modèles les questions utilisées dans le sondage VOTER, une enquête régulière menée auprès de l’électorat américain, et a adapté une méthode mise au point par Lee Drutman, politologue, afin de les situer sur un axe idéologique. En termes américains, les modèles d’IA sont démocrates (voir graphique 3). À l’exception de DeepSeek V3.2, le seul modèle socialement conservateur, ils sont tous favorables à la discrimination en faveur des femmes et des minorités ethniques. Les modèles Grok, développés par xAI, une entreprise fondée par M. Musk, sont plus centristes sur les questions économiques, mais tout aussi libéraux que les autres sur le plan sociétal.

Pour les questions économiques, conservateur veut dire peu interventionniste et libéral plus interventionniste, plus « progressiste ».

Je crains de ne pas pouvoir le faire

Certains observateurs considèrent les modèles chinois comme une menace. L’IA offre au pays « l’occasion d’ancrer une vision du monde déformée, dictée par la Chine, dans l’esprit des publics occidentaux », a déclaré le service de renseignement extérieur estonien. L’utilisation de l’IA chinoise est faible en Occident, mais pas dans le reste du monde. Les données de Microsoft montrent que DeepSeek est très populaire dans les pays africains, par exemple. L’adoption de l’IA a été plus lente dans les pays en développement que dans les pays riches, ce qui est tout à fait naturel. Étant donné que les modèles chinois sont moins coûteux à exploiter, ils peuvent s’avérer plus attrayants pour les utilisateurs soucieux de leur budget dans les pays les plus pauvres, quelles que soient leurs orientations idéologiques.

Les dynamiques qui faussent les valeurs de l’IA ne sont pas près de changer. Pour le gouvernement chinois, imposer sa vision du monde aux modèles d’IA est un moyen d’assurer la stabilité intérieure et de consolider son contrôle — ses objectifs primordiaux. Les laboratoires américains, quant à eux, souhaitent garder secrets les rouages internes de leurs modèles pour des raisons commerciales. Ces deux approches ont tendance à favoriser des biais cachés. Pendant ce temps, l’utilisation de l’IA continue de se développer rapidement, tout comme les capacités de cette technologie. Il semble peu probable que ses valeurs ne déteignent pas, dans une certaine mesure, sur des utilisateurs enthousiastes et peu méfiants. Mais déterminer exactement comment cela se passe reste une énigme encore plus difficile à résoudre que de s’entendre avec sa belle-famille. 

mercredi 10 juin 2026

Démographie : l'Inde ne fait plus assez d'enfants pour remplacer ses générations

« Vous faites trop d’enfants. » Pendant des décennies, ce message brutal a été martelé dans l’esprit des Indiens par leurs dirigeants, avec la complicité de donateurs étrangers malavisés. Dans les années 1960, des slogans affichés sur les bâtiments scolaires réprimandaient les parents en leur disant : « Deux ou trois enfants, ça suffit ». Dans les années 1970, les autorités ont pris un tournant plus cruel, supervisant la stérilisation de millions de jeunes adultes, généralement pauvres, souvent de force. Mais lorsque les manuels scolaires indiens seront réimprimés cet été, ils véhiculeront un message très différent. Ils mettront en garde non pas contre les dangers d’avoir trop d’enfants, mais contre les risques d’en avoir trop peu.

En effet, le pays le plus peuplé du monde connaît actuellement une baisse de la natalité (voir graphique). L’Inde affiche un indice synthétique de fécondité (ISF), qui mesure le nombre d’enfants par femme, de 1,9 et en baisse. Ce chiffre est inférieur au taux de remplacement, d’environ 2,1, nécessaire pour assurer la stabilité démographique à long terme. Dans plusieurs États indiens, l’ISF correspond désormais aux faibles taux observés dans les pays européens riches. Le Tamil Nadou, un État industrialisé du sud, et le Bengale occidental, un État très peuplé de l’est, ont chacun le même taux de fécondité (1,3) que la Finlande. Le Maharashtra, un grand État occidental englobant Bombay, est au même niveau que la Norvège (1,4). Quand on pensait à la démographie indienne, la Scandinavie n’était pas le point de référence qui venait à l’esprit. Elle le deviendra de plus en plus.

La population indienne continuera de croître à partir de son niveau actuel de 1,45 milliard : il faut du temps pour que la baisse des naissances se traduise par une diminution globale de la population. Mais le nombre de naissances a déjà baissé d’un cinquième par rapport à son pic de 2001. Au Tamoul Nadou, 1 200 écoles ont fermé l’année dernière faute d’élèves pour remplir leurs salles de classe. Ceux qui s’y rendent se présentent de plus en plus souvent sans frères ni sœurs. Le gouvernement craint que l’Inde ne vieillisse avant de s’enrichir – que le pays suive une trajectoire similaire à celle de la Chine, où la population a déjà atteint son pic et commence à décliner. Certains politiciens proposent des aides financières pour encourager les Indiens à procréer.

La transition démographique de l’Inde est l’exemple le plus frappant d’une tendance mondiale. Car ce ne sont plus seulement les pays riches où les familles ont peu d’enfants, voire aucun. Plus des deux tiers de tous les pays se situent désormais en dessous du taux de remplacement. Les pays à revenu intermédiaire comme le Brésil, l’Iran, la Thaïlande et la Turquie se situent bien en dessous depuis des années. Les pays plus pauvres les rejoignent progressivement. Le Sri Lanka affiche un indice synthétique de fécondité (ISF) de seulement 1,3 ; celui de la Tunisie est de 1,6. Le Maroc est aussi passé sous le seuil de renouvellement des générations. Nairobi, la capitale du Kenya, pourrait être proche de ce seuil. Dans de nombreux endroits, les taux de natalité s’effondrent bien que le mariage reste quasi universel et même si peu de femmes occupent un emploi formel.

L’Inde illustre également pourquoi ce déclin mondial se produit. La baisse des taux de mortalité infantile fournit une explication : les parents n’ont pas besoin d’avoir autant d’enfants s’ils peuvent être sûrs qu’ils atteindront tous l’âge adulte. Mais les démographes ont depuis longtemps montré que ce qui compte vraiment, c’est l’éducation des filles. La scolarisation permet aux filles d’acquérir plus d’autonomie et d’avoir davantage leur mot à dire dans les décisions de la vie. [C'est une explication un peu simple, voir encadré ci-dessous, l'urbanisation a sans doute un rôle au moins aussi grand.] Ce n’est pas un hasard si, dans les années 1990, l’Inde et une grande partie de l’Afrique ont connu une forte augmentation du nombre de filles scolarisées. Ce n’est que dans les rares endroits où la plupart des filles ne suivent toujours pas d’enseignement formel – comme au Niger, dans le nord du Nigeria ou au Tchad – que la fécondité n’a pratiquement pas évolué.

L’éducation fait également baisser la fécondité d’une autre manière. Plus les parents ont de l’ambition, plus ils doivent investir dans chaque enfant. Cette dynamique s’accélère lorsque les écoles publiques sont en très mauvais état. Il est remarquable de constater que 39 % des enfants indiens fréquentaient des écoles payantes l’année dernière, contre 32 % en 2015. Les parents sont pris dans une course à l’armement éducatif. Si vos voisins ont peu d’enfants et dépensent davantage pour leur éducation, [vous pourriez penser que] les vôtres seront désavantagés à moins que vous ne fassiez de même.

Les influences extérieures se propagent également plus facilement qu’auparavant. Une étude a montré comment l’arrivée de la télévision par câble dans les villages indiens dans les années 2000 a entraîné une légère baisse de la fécondité. Les feuilletons télévisés mettant en scène des femmes urbaines issues de la classe moyenne et ayant des familles peu nombreuses ont peut-être fait évoluer les normes (même si certains se demandent si les gens ne se contentaient pas de regarder la télévision plutôt que d’avoir des relations sexuelles). Le téléphone intelligent est un outil encore plus puissant – et distrayant – pour faire découvrir le mode de vie de leurs pairs plus aisés aux populations plus pauvres.

Quelle qu’en soit la cause précise, la baisse de la natalité a des implications majeures. L’ONU, qui tente de prévoir ce genre de choses, n’a pas pris en compte la rapidité du déclin de la fécondité dans ses prévisions centrales pour la population mondiale. Sa prévision la plus basse est probablement la plus précise. Cela suggère que la population indienne atteindra un pic d’environ 1,6 milliard dans une vingtaine d’années, puis reculera de manière spectaculaire pour s’établir à un peu moins d’un milliard avant la fin du siècle. L’Asie dans son ensemble pourrait également atteindre son apogée dans les années 2040. Quant au pic de la population humaine totale, il surviendra probablement plus tôt que la plupart ne le pensent, peut-être même dans les années 2050, car l’Afrique ne sera pas aussi peuplée qu’on le pensait auparavant. Dans les régions les plus mal gérées et les plus en proie aux conflits, la fécondité restera élevée. Mais la leçon à tirer de l’Inde est qu’il faut considérer avec un scepticisme de mise les prévisions d’un avenir où il y aurait 500 millions de Nigérians ou 3,8 milliards d’Africains.

dimanche 7 juin 2026

Au Québec, les deux sexes veulent 2 enfants en moyenne (mais ils n'en ont que 1,36)

Le rapport Home Alone publié par Cardus propose une réflexion particulièrement riche sur la crise démographique canadienne. Là où beaucoup d’analyses expliquent la chute de la natalité par un simple changement de préférences individuelles, les auteurs défendent une thèse plus nuancée : la plupart des Canadiens ne rejettent pas l’idée de la famille. Une grande partie d’entre eux souhaiteraient même avoir davantage d’enfants qu’ils n’en auront réellement.




Le contraste entre désir et réalité est au cœur du rapport. Le Canada affiche aujourd’hui l’un des taux de fécondité les plus faibles au monde, avec environ 1,25 enfant par femme. Pourtant, les données recueillies par Cardus montrent que les femmes canadiennes disent idéalement souhaiter près de 2 enfants, et que leurs intentions déclarées demeurent elles aussi nettement supérieures au niveau réel des naissances. Plus de la moitié des hommes et des femmes interrogés affirment d’ailleurs que leur famille est actuellement plus petite qu’ils ne l’auraient voulu.

jeudi 4 juin 2026

La natalité en berne en Turquie : un « désastre » démographique qui inquiète Erdogan


La Turquie connaît un déclin démographique rapide.

Selon les données officielles publiées le 21 mai 2026 par l’Institut turc de la statistique (TurkStat), le taux de fécondité (ISF) est tombé à 1,42 enfant par femme en 2025, contre 1,49 en 2024. Ce chiffre se situe largement en dessous du seuil de renouvellement des générations (2,1) pour la neuvième année consécutive.

Le nombre de naissances vivantes a également baissé, atteignant 895 374 en 2025. 

Ce recul touche la quasi-totalité du pays : 76 des 81 provinces affichent désormais un taux inférieur à 2,1, et 59 provinces sont même en dessous de 1,5.

Un revirement historique


En l’espace d’un quart de siècle, la Turquie est passée d’une fécondité dynamique (2,38 en 2001) à un niveau comparable à celui de nombreux pays européens. L’âge médian de la population a fortement augmenté, et la part des personnes âgées de plus de 65 ans devrait plus que doubler d’ici 2050. Ce phénomène marque la fin d’un atout historique pour le pays : son dynamisme démographique.

Le président Recep Tayyip Erdogan a qualifié cette situation de « désastre » et d’« menace plus grande encore que la guerre ». 

Après avoir déclaré 2025 « Année de la famille », il a lancé en mai 2026 un vaste plan décennal (2026-2035) visant à relancer les naissances : aides financières à la naissance, prêts bonifiés pour les jeunes couples, extension des congés parentaux, incitations fiscales et promotion du modèle familial traditionnel avec un appel récurrent à avoir « au moins trois enfants ».

Les paradoxes d’Erdogan sur le rôle des femmes

Un paradoxe majeur traverse la politique d’Erdogan. 

D’un côté, les gouvernements de l’AKP ont objectivement favorisé l’emploi des femmes, notamment dans la fonction publique. Depuis 2002, le taux d’activité féminine a progressé (passant d’environ 27-28 % à environ 34-35 %), des restrictions ont été levées, et l’accès des femmes voilées à la fonction publique, à la police et à l’armée a été facilité. Le nombre de femmes parlementaires et entrepreneures a également augmenté.

De l’autre, Erdogan n’a cessé de tenir un discours conservateur valorisant avant tout la maternité. Il a déclaré à plusieurs reprises que « la femme n’est pas l’égale de l’homme », que « la place première de la femme est la maternité » et qu’une femme qui privilégie sa carrière au détriment des enfants est « incomplète » ou « à moitié personne ». Il a critiqué ouvertement le travail féminin lorsqu’il concurrence la vie familiale et a multiplié les appels à concilier emploi et maternité… tout en plaçant clairement cette dernière en priorité.

Cette approche contradictoire reflète une «modernisation occidentale» partielle : on ouvre des portes aux femmes tout en regrettant qu’elles les franchissent trop largement au détriment du projet nataliste. 

Beaucoup d’observateurs y voient l’une des explications de l’échec relatif des politiques de relance de la natalité.

Des causes profondes et structurelles

Au-delà des discours, les experts identifient des facteurs plus déterminants :

  • La crise économique persistante (inflation chronique, coût du logement et de l’éducation) qui pousse les couples à reporter ou limiter les naissances.
  • L’urbanisation, la hausse de l’âge au mariage, l’augmentation des divorces et la scolarisation prolongée des femmes.
  • Un changement de mentalité chez les nouvelles générations, qui privilégient des valeurs moins familiales.
Un défi stratégique pour l’avenir

Si la tendance se poursuit, la Turquie risque de voir sa population native décliner après un pic attendu vers 2050. Cela pose des questions aiguës sur le financement des retraites, la taille de la population active, la croissance économique et la cohésion sociale.

Pour l’instant, les mesures natalistes peinent à inverser la courbe, comme dans la plupart des pays confrontés à ce phénomène. Le succès ou l’échec du plan décennal d’Erdogan déterminera en grande partie le visage démographique, économique et géopolitique de la Turquie dans les décennies à venir.

Plus forte fécondité chez les Kurdes et Arabes de Turquie

Estimations par groupe ethnique (approximatives, car TurkStat ne publie pas de données officielles par ethnie) :
  • Turcs (majorité, surtout ouest et centre) → autour de 1,3 à 1,5 enfant par femme dans les zones urbaines et occidentales.
  • Kurdes  (entre 15 et 20% de la population) → 2,0 à 2,8 enfant/femme en moyenne selon les régions, avec des poches encore plus élevées en zones rurales du sud-est. La fécondité kurde reste supérieure, mais elle baisse rapidement (elle était souvent supérieure à 4 dans les années 1990-2000).
  • Arabes (sud-est, notamment Şanlıurfa) → souvent les plus féconds localement.
Plus forte fécondité chez les sunnites conservateurs

Régions turques conservatrices sunnites (Anatolie centrale)

Fécondité intermédiaire, souvent supérieure à la moyenne nationale mais inférieure aux provinces du sud-est. 

Exemples : Konya, Kayseri, Aksaray → autour de 1,3 à 1,5.

Ces régions sont très pieuses et conservatrices, ce qui maintient une natalité plus élevée que dans l’ouest laïque.

Régions laïques / sécularisées (ouest, côtes égéennes et Marmara)

Les taux les plus bas du pays (souvent 1,0 à 1,2). 
Exemples : Bartın (1,09), İzmir (1,10), Ankara, Istanbul (autour de 1,1), Eskişehir, Zonguldak.

Facteurs : urbanisation forte, éducation élevée des femmes, activité professionnelle, mariage tardif, valeurs plus individualistes et sécularisées.

Population alévie

Les Alévis (estimés entre 10 % et 20 % de la population, souvent autour de 10-15 % selon les sources) sont généralement associés à une fécondité plus faible. 

Ils sont traditionnellement plus proches des valeurs laïques, kémalistes et égalitaires (y compris sur le rôle des femmes). 

Les études montrent que les femmes alévis ont en moyenne moins d’enfants que les femmes sunnites, un taux d’activité plus élevé et un soutien plus fort à l’éducation laïque.

Voir aussi

En bref:

Le Japon vient de publier son indice synthétique de fécondité pour 2025. Cet indice a baissé à 1,135 enfant par femme (contre 1,148 en 2024).

L'Iran devrait afficher cette année un indice synthétique de fécondité d'environ 1,5 enfant par femme. Dans la région de Téhéran, cet indice sera toutefois plus proche de 1,1.


mardi 10 mars 2026

La dénatalité au Québec : un silence politique résigné assourdissant

Les données récentes de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), mises à jour au 2 mars 2026, confirment une tendance préoccupante pour la démographie québécoise. En 2025, le nombre de naissances s'est établi à environ 78 200, marquant une légère hausse par rapport à 2024 (77 400 naissances) et 2023 (77 950 naissances). 

Cette très faible augmentation brute de la natalité (+800 naissances environ entre 2024 et 2025) semble positive à première vue, mais elle doit être nuancée. Le taux brut de natalité (naissances par 1 000 habitants) reste stable ou en légère baisse, car la population québécoise a elle aussi augmenté, passant à environ 9,058 millions d'habitants au 1er octobre 2025. 

Ainsi, le taux brut est d'environ 8,6 pour 1 000 en 2025, contre 8,7 en 2024, reflétant une stagnation ou un recul relatif.Quant à l'indice de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme), il a atteint un creux historique à 1,33 en 2024, et les projections pour 2025 suggèrent une stabilité ou une légère baisse supplémentaire, potentiellement autour de 1,32 ou moins, en raison de facteurs comme le manque de formation de ménages, le report des projets familiaux et les contraintes socio-économiques. 



Cette fécondité bien en deçà du seuil de renouvellement des générations (2,1) illustre une dénatalité persistante, accentuée dans les grands centres comme Montréal (1,11 enfant par femme) comparé aux régions plus rurales comme Chaudière-Appalaches (1,65). L'immigration concentrée dans les villes n'augmentent en rien la fécondité.

Plus de décès que de naissance, cette différence augmente

Du côté de la mortalité, 80 450 décès ont été enregistrés en 2025, contre 78 800 en 2024 et 77 798 en 2023, confirmant une hausse liée au vieillissement de la population. 

Pour la deuxième année consécutive, les décès dépassent les naissances, avec un déficit naturel de 2 250 personnes en 2025 (contre 1 400 en 2024). 

Ce solde négatif s'explique par l'arrivée des baby-boomers aux âges de forte mortalité, et il risque de s'aggraver, avec des projections indiquant une population en légère baisse d'ici 2030 (-0,9 %, soit -80 000 personnes) si l'immigration diminue. 

 Globalement, ces chiffres soulignent un vieillissement accéléré.

Outre les données officielles de l'ISQ, plusieurs médias ont couvert cette dénatalité et ses enjeux. Par exemple, un article du Journal de Québec discute de la nécessité de stimuler la natalité face à la baisse de l'immigration pour protéger le français, soulignant l'absence de débat sur ce "creux historique". 
La Presse rapporte une population en hausse malgré une fécondité en baisse, avec un creux à 1,33 en 2024. Radio-Canada prévoit une diminution démographique due à la fécondité basse et aux politiques d'immigration. Le Devoir explore les disparités régionales, notant une fécondité plus élevée en régions éloignées. Enfin, Les Affaires alerte sur le déclin amorcé, avec des données préliminaires de 2025 montrant un déficit mensuel alarmant.  Ces sources convergent vers une urgence démographique souvent sous-estimée.
Illustration de la contraction rapide de la population avec 1,4 enfant/femme : 4 grands-parents n'auront que 2 petits-enfants. Avec 1,32, c'est encore moins.

Pourtant, ce phénomène passe souvent inaperçu dans les débats publics, comme si la société acceptait avec résignation et tacitement un avenir marqué par le déclin démographique.

Il est regrettable de constater que cette dénatalité persistante n'entraîne aucune remise en question profonde des valeurs sociétales qui la sous-tendent. Les priorités contemporaines – carrières intenses valorisées pour tous mais plus particulièrement des femmes, individualisme exacerbé, éducation prolongée sans qu'on sache si cela en vaille la peine, report incessant des projets familiaux, « guerre des sexes » – semblent éroder le désir d'enfants sans que l'on s'interroge sur leurs conséquences collectives. Où est le dialogue l'impact des normes culturelles qui valorisent l'autonomie au détriment de la transmission générationnelle ? Quel est l'impact démographique de la lutte contre le conservatisme ou la religion traditionnelle du Québec,  le christianisme, dont s'enorgueillissent nombre de Québécois ? La question démographique se pose avec une acuité particulière pour une société minoritaire comme le Québec, entourée d’un espace anglophone de près de 400 millions de locuteurs en Amérique du Nord seulement. Dans un contexte où la démographie est également perçue comme un enjeu stratégique, Israël affiche un indice de fécondité d’environ 2,87 enfants par femme.

Qu'en pense Mme Fréchette qui brigue la présidence de la CAQ au pouvoir ? Combien d'enfants a-t-elle ? Un ? Quid des chroniqueurs nationalistes dans les médias ? Combien d'enfants ont-ils ?

Ce manque d'intérêt pour une question aussi fondamentale que la perpétuation de notre société révèle une forme d'indifférence collective, qui risque de compromettre l'avenir économique et culturel du Québec.

Face à cela, il serait temps de déplorer non seulement les chiffres, mais de dénoncer le silence qui les entoure. Sans un examen critique de ces dynamiques sociétales, le Québec pourrait se diriger vers une stagnation démographique irrémédiable, dépendant exclusivement de l'immigration pour pallier ses faiblesses internes. Une réflexion posée et collective s'impose, pour que la dénatalité ne devienne pas une fatalité acceptée, mais un défi relevé avec lucidité.

Source: Pourquoi la moitié des Canadiennes ont moins d’enfants qu’elles en voudraient


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mercredi 4 février 2026

Dénatalité : «Les vraies raisons ne sont pas économiques»

La psychologue clinicienne Marie-Estelle Dupont, qui anime « Et si on parlait » sur Europe 1, du lundi au samedi à 15 heures, pointe les obstacles non identifiés à la maternité.




La défécondité repose sur l'absence de valeur accordée à la transmission de la vie. 

Il est parfaitement normal que certains traumatismes, notamment l’inceste, dissuadent à jamais d’enfanter. Mais il est en revanche profondément malsain d’ériger en vérité politique l’idée que la maternité serait un asservissement. Ce n’est qu’un point de vue. J’éduque trois enfants, et le mien est évidemment tout autre. Pour moi, la maternité est un accomplissement, en dépit de l’immense fatigue liée au fait de devoir travailler à temps plein… Car ce n’est pas le bébé le problème, mais le système dans lequel on devient mère, et l’isolement des couples. C’est la perte des liens intergénérationnels, l’éloignement géographique ou l’indifférence à l’autre dans les grandes villes…


Et rien ne s’arrange. À l’heure des solidarités affichées et de la tolérance inclusive, la vérité est bien sinistre : cours d’école interdites, wagons sans enfants (plutôt que wagons réservés aux tout-petits avec un environnement adapté à leur taille et à leurs besoins), secrétariats médicaux que vous appelez après un test de grossesse et qui vous demandent directement si c’est pour un avortement…

Les vraies raisons de la défécondité ne sont pas économiques. Même s’il est évident que mes parents ont assumé quatre enfants avec un seul salaire, alors qu’un couple qui travaille peine désormais à loger correctement deux ou trois enfants dans une grande ville. Mais l’argument cache l’immense arnaque de la modernité. Celle qui fait croire aux femmes qu’elles seront libres, épanouies, émancipées en étant célibataires, puissantes économiquement et sans descendance.

Il n’est d’existence sans liens, et l’on nous vend pourtant l’autonomie comme l’alpha et l’omega du bonheur… Nous savons pourtant que la vie n’a de saveur que par les relations. Les bébés carencés se laissent dépérir ; les vieillards isolés souffrent de syndromes de glissement ; les adultes trop longtemps seuls dépriment et s’angoissent… En imposant une anthropologie matérialiste et individualiste, la modernité a perdu l’homme en le coupant de sa nature véritable. Celle à partir de laquelle, seulement, il peut à la fois s’accomplir et être heureux. Or c’est parce que l’on sent l’immense valeur de l’existence, et son sens, que l’on enfante.

Cela ne veut pas dire qu’une femme ne saurait être heureuse sans être mère ou sans être mariée. En revanche, cela signifie qu’une société qui crée des espaces interdits aux enfants et ne présente l’interdépendance dans le couple que sous l’angle du risque d’emprise perçoit uniquement le lien familial sous l’angle de la soumission/domination, de la charge logistique, de la frustration. Une société qui se presse de donner 2 000 euros par mois et par enfant aux crèches, mais seulement 400 aux parents qui souhaitent prendre un congé parental, est une société qui pousse une vision erronée de ce qu’est l’homme.
 
Tant de choses participent du découragement… La précarité de l’amour, la difficulté à s’engager ou la banalisation du divorce… Les conditions effarantes d’accueil du jeune enfant, les maltraitances systémiques de crèches dans lesquelles un adulte doit assumer seul huit enfants, le silence assourdissant des féministes quant aux besoins des femmes qui viennent d’accoucher et cicatrisent encore après avoir mis au monde ceux qui paieront les retraites des militants du « no kids ». La santé mentale de l’adulte repose sur un attachement sécurisant, apaisant. Et on s’étonne que ça aille mal ? La culpabilisation permanente des parents qui souhaitent exercer leur autorité parentale comme bon leur semble, l’infantilisation des adultes, l’autonomisation à marche forcée de tout-petits séparés de leur figure d’attachement des journées entières. Et j’ajouterais même la surmédicalisation de la grossesse, accompagnée d’intrusions parfois fort violentes d’obstétriciens dans le corps de la parturiente… 

    « Pour donner la vie, il faut espérer, avoir confiance » 

Pour donner la vie, il faut espérer. Avoir confiance, a minima, en soi, dans son couple et dans le monde à venir. Ce n’est pas, rappelle Olivier Rey dans son essai récent Défécondité, l’argument économique qui prime. C’est cette absence d’espérance, de valeur accordée à la transmission de la vie. Mais c’est aussi cette maltraitance systémique du bébé et de sa mère, cette dépréciation de la vie, cette domestication de l’amour.


Aujourd’hui, avoir un enfant est perçu comme trop risqué. Parce qu’en lieu et place de l’espérance en un bien commun et désirable, nous avons été biberonnés au narratif de crise. Crise économique, migratoire, géopolitique, institutionnelle, sanitaire, écologique. Ce monde en crise n’est-il pas avant tout un monde en espérance d’enfants qui nous réconcilient avec une vie qui se désincarne et se désenchante à force d’être domestiquée ? 


dimanche 1 février 2026

Âge du mariage et fécondité, de la Nouvelle-France au Québec d'aujourd'hui

Ce graphique illustre l'évolution historique de l'âge moyen au premier mariage pour les femmes (ligne bleue) et les hommes (ligne orange), ainsi que l'Indice Synthétique de Fécondité (ISF, ligne violette) au Québec, de 1650 à 2020 environ. L'axe des ordonnées à gauche mesure l'âge au mariage (de 20 à 37,5 ans), tandis que celui à droite mesure l'ISF (de 0 à 10 enfants par femme). L'axe des abscisses représente les années.

Le graphique ci-dessus retrace, sur près de quatre siècles, l’évolution de l’âge moyen au premier mariage des femmes et des hommes au Québec, ainsi que celle de l’Indice synthétique de fécondité (ISF). 

Sous le régime français, les mariages sont précoces et la fécondité exceptionnelle. Dès le milieu du XVIIᵉ siècle, les femmes se marient en moyenne autour de 20 ans — parfois plus tôt encore — tandis que les hommes prennent épouse vers 25 ans. Bien plus tôt qu'en France. Cette nuptialité hâtive alimente une fécondité hors norme : environ huit enfants par femme en moyenne, un niveau parmi les plus élevés jamais observés dans l’histoire démographique occidentale. Cette heureuse fécondité s’explique par une combinaison de facteurs : une politique de peuplement volontariste de la Couronne française, l’abondance des terres, l’absence de contraception généralisée et une structure sociale pionnière où la fondation rapide d'une famille est à la fois encouragée et valorisée. Les célèbres Filles du Roi, arrivées jeunes et mariées presque immédiatement, incarnent cette logique de colonisation par la famille.

À partir de la Conquête britannique et tout au long du XIXᵉ siècle, le régime démographique amorce une lente transformation. L’âge au mariage augmente légèrement, tandis que l’ISF décline progressivement pour se situer autour de quatre à cinq enfants par femme à l’aube du XXᵉ siècle. Cette baisse ne relève pas d’une rupture brutale, mais d’une adaptation graduelle à de nouvelles contraintes : urbanisation croissante, émigration vers les États-Unis, diversification des modes de subsistance et premiers comportements de limitation volontaire des naissances. Le Québec entre alors dans la transition démographique, tout en conservant une fécondité supérieure à celle de la plupart des sociétés industrielles comparables.

Le premier tiers du XXᵉ siècle constitue une période charnière. Si l’âge au mariage demeure relativement stable — autour de 22 à 25 ans pour les femmes — la fécondité devient plus sensible aux chocs économiques et politiques. La Grande Dépression des années 1930 marque à cet égard un tournant net : l’insécurité économique, le chômage massif et l’effondrement des revenus entraînent un report des mariages et une chute temporaire des naissances. La natalité recule sensiblement, révélant pour la première fois la vulnérabilité du modèle familial traditionnel aux cycles économiques. Les deux guerres mondiales accentuent ces fluctuations, même si, à l’échelle canadienne, le Québec demeure encore relativement fécond, soutenu par une culture catholique fortement pronataliste.

L’après-guerre ouvre une séquence contrastée. Un baby-boom vigoureux, entre 1950 et le début des années 1960, fait brièvement remonter l’ISF autour de 3,5 à 4 enfants par femme. Mais cette embellie est de courte durée. La zone rosée du graphique — correspondant à l’après-1960 — souligne l’ampleur de la rupture qui s’opère alors. En l’espace de quelques décennies, l’âge au mariage s’élève rapidement : il dépasse 30 ans chez les femmes et 33 ans chez les hommes au tournant des années 2020. Parallèlement, la fécondité s’effondre, tombant bien en deçà du seuil de remplacement, pour atteindre aujourd’hui des niveaux historiquement bas (1,34 enfant/femme).

Cette bascule est indissociable de la Révolution tranquille. La sécularisation rapide, l’accès massif des femmes à l’éducation supérieure très allongée et au marché du travail, la diffusion de la contraception moderne, l’urbanisation accélérée et la montée de l’individualisme redéfinissent en profondeur les trajectoires familiales. Le mariage cesse d’être une étape précoce et quasi obligatoire de la vie adulte ; la parentalité est reportée, parfois renoncée. L’âge moyen à la maternité, désormais autour de 31 ans, illustre ce décalage croissant entre union, projet familial et reproduction.

Le graphique met ainsi en évidence une relation inverse robuste entre nuptialité et fécondité : plus le mariage est tardif, plus la descendance finale diminue. Ce lien, bien documenté par la démographie, repose sur des mécanismes à la fois biologiques et sociaux. Le report de la première naissance réduit la durée effective de la vie reproductive, accroît le risque d’infécondité involontaire et limite le nombre d’enfants désirés ou réalisables. Dans une société où la norme conjugale s’est affaiblie et où les coûts économiques de l’enfant ont augmenté, cet effet est amplifié.

lundi 22 décembre 2025

La laïcité étriquée contribue à vider la France de sa substance

Le 120e anniversaire de la loi de 1905 est l’occasion de rappeler qu’une conception étriquée de la laïcité contribue à vider la France de sa substance affirme Laurent Dandrieu dans ce texte paru dans Valeurs actuelles. 

Il a beaucoup été question, la semaine dernière, de laïcité, à l’occasion du 120e anniversaire de la loi séparant les Églises et l’État: une loi qui fait figure aujourd’hui de vache sacrée, mais dont la commémoration n’en a pas moins révélé des divergences profondes. Ceux qui la laïcité reste le pilier central et intangible de la République se divisent entre partisans d’une application libérale ou intransigeante; pour certains, elle laisse encore trop de place aux religions dans l’espace public, pour d’autres, elle ne serait plus que l’alibi d’une islamophobie agressive ; certains, enfin, y voient au contraire un rempart bien faible contre l’islamisme, arguant qu’on ne contient pas une idéologie conquérante avec un principe de neutralité.

Ces derniers ont raison sur au moins un point : c’est que la religion n’est pas qu’une question cultuelle et que toute religion porte avec elle une dimension culturelle. La réflexion française [note du carnet: dans la francophonie plus généralement] sur la laïcité est trop souvent une réflexion idéologique, abstraite, qui fait l’impasse sur cette empreinte culturelle du catholicisme et donc sur sa dimension identitaire — surtout depuis que le progressisme est parvenu à faire de l’identité le gros mot absolu, diabolisant cette notion comme un concentré de révisionnisme, de fascisme, de racisme et de colonialisme. 

Beaucoup voient la laïcité comme une relégation de la religion à la sphère privée — comme si la foi était un gadget qu’on allume à la maison et qu’on éteint dès qu’on sort de chez soi. Beaucoup croient, en jugulant l’expression publique de la foi, chasser du même mouvement le christianisme de la société — comme s’il n’avait pas modelé, des siècles durant, nos villes, notre patrimoine, notre culture, notre langage, nos paysages mêmes. D’où les querelles incessantes sur les crèches, les calvaires et les clochers, les spectacles qui évoquent les racines chrétiennes de la France, la possibilité pour les écoles privées d’intégrer dans leur éducation une dimension chrétienne ou la simple mention, par tel ou tel politique, de sa foi personnelle. 

Le maire de Béziers, Robert Ménard, a inauguré sa deuxième crèche de Noël depuis son élection, objet régulier d'attaques en justice au nom d'un principe de laïcité étriquée

Avec, sur le versant gauche de la laïcité, une intransigeance vis-à-vis du catholicisme qui se marie avec une grande mansuétude envers l’islam. Quand le sociologue Jean Baubérot, gardien du temple de la laïcité, déclare dans Libération du 9 décembre que « la loi de 1905, ce ne devait pas être une loi de combat. Nous en sommes pourtant là », il faut entendre que le combat lui semblait naturel tant qu’il visait les chrétiens, mais qu’il lui paraît illégitime quand il prétend imposer aux musulmans les mêmes contraintes…

Or, il ne faut pas se lasser de le rappeler après de Gaulle, « la République est laïque, mais la France est chrétienne ». Vouloir effacer cette évidence, c’est vouloir vider la France de sa substance, en faire une coquille vide ouverte à toutes les ingénieries politiques, idéologiques ou démographiques. C’est vouloir effacer l’identité profonde, charnelle et spirituelle de la France, et prétendre la remplacer par un principe désincarné. Comme le rappelle le philosophe Pierre Manent dans Situation de la France (Desclée De Brouwer), « La laïcité est un dispositif de gouvernement qui n’épuise pas le sens de la vie commune, et qui d’ailleurs en donne une représentation abstraite et fort pauvre. On n’habite pas une séparation ».

La nature civilisationnelle ayant horreur du vide, le vide ainsi créé par une laïcité qui serait une négation de notre identité chrétienne aura vocation à être comblé par une identité de remplacement : la seule qui candidate à ce remplacement est pour l’heure celle, créolisée, proposée par Jean-Luc Mélenchon, qui n’est que le paravent hypocrite d’une France islamisée.

Mais ce n’est pas seulement pour faire barrage à cette identité de remplacement que la France doit retrouver le moyen de combiner une laïcité apaisée avec le respect de son identité chrétienne : c’est avant tout parce que c’est le seul moyen pour elle de rester fidèle à sa vocation. C’est sous l’égide du christianisme que la France a modelé sa culture ; c’est sous le regard de la chrétienté que la France a composé la partition unique qu’elle a fait entendre au monde. Ce n’est qu’en restant fidèle à cette partition et à ses racines chrétiennes qu’elle conservera un rôle à jouer dans le concert des nations.

Combiner une laïcité apaisée avec le respect de son identité chrétienne est le seul moyen pour la France de rester fidèle à sa vocation.

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dimanche 14 décembre 2025

Valeurs — L'écart de fécondité entre conservateurs et « progressistes » se creuse

La gauche a un problème avec la famille, voire plusieurs problèmes. Les messages progressistes qui dévalorisent, nient et déconstruisent la valeur de la vie familiale et célèbrent la vie en solo depuis quelques années laissent leur empreinte dans le cœur, l’esprit et la vie des jeunes progressistes. Après avoir été abreuvés de messages tels que « La maternité hétérosexuelle mariée en Amérique… est un jeu où personne ne gagne » (dans le New York Times), « Le divorce m’a conduit à mon bonheur éternel » (dans le Washington Post), « Les femmes qui restent célibataires et n’ont pas d’enfants s’enrichissent » (dans Bloomberg) ou « Pourquoi tant de femmes célibataires sans enfants sont-elles si heureuses ? » (dans Psychology Today), trop de jeunes adultes, en particulier les jeunes femmes de gauche, considèrent désormais que le mariage et la famille ne sont pas faits pour eux ou, du moins, ne constituent pas leur priorité absolue.

Faits saillants

  • Depuis les années 1980, les taux de nuptialité ont diminué tant chez les conservateurs que chez les progressistes. Mais cette baisse a été plus marquée chez les progressistes, tant chez les hommes que chez les femmes.
  • Au cours de la dernière décennie, un fossé s’est creusé entre les jeunes hommes et femmes conservateurs et progressistes en ce qui concerne la proportion d’entre eux qui ont eu des enfants.
  • Nous assistons aux conséquences concrètes d’un clivage idéologique où la droite privilégie le mariage et la procréation, tandis que la gauche les dévalorise, ce qui se traduit par des changements dans la fécondité et la population à travers les États-Unis.

La « mentalité Midas » de la gauche

Au contraire, les progressistes ont souvent tendance à adopter une « mentalité Midas » qui privilégie l’argent, l’éducation et, surtout, la carrière. Le travail est considéré comme la source et le summum d’une vie heureuse et pleine de sens. En revanche, l’amour, le mariage et la fondation d’une famille ne méritent pas le même dévouement. Un récent sondage NBC News a par exemple révélé que les membres de la génération Z (18-29 ans) qui ont voté pour Kamala Harris, en particulier les femmes, ont classé le mariage et la maternité presque en dernière position dans leur « définition personnelle du succès ». 

Les femmes ont plutôt accordé la priorité à « avoir un emploi ou une carrière épanouissante » (n° 1) ou « avoir assez d’argent pour faire ce que l’on veut » (n° 2). 

Le sondage NBC concorde avec d’autres enquêtes indiquant que les progressistes (peut-être faudrait-il parler de régressistes pour leurs pays ?) accordent généralement beaucoup moins d’importance au mariage, à la maternité et à la famille, tant en théorie qu’en pratique, de nos jours. 

Le scepticisme de cette gauche à l’égard du mariage et de la vie familiale ne tient pas seulement à la mentalité Midas, il trouve également son origine dans l’idée que la famille impose un fardeau excessif aux femmes. 

Pensons, par exemple, à la récente publicité de l’ONU mettant en scène l’actrice Anne Hathaway, qui dénonçait le « déséquilibre » mondial entre les femmes et les hommes en matière de tâches domestiques non rémunérées. Être libérée des contraintes familiales est donc souvent présenté comme un moyen important pour les femmes de mener une vie heureuse et épanouissante. Comme l’a récemment écrit la journaliste Glynnis MacNicol dans le New York Times, une vie sans famille ouvre souvent aux femmes d’aujourd’hui « des perspectives tout aussi satisfaisantes, voire plus satisfaisantes, ou qui mènent à une vie plus heureuse et plus épanouie ». 

Ce que la gauche est en train de perdre 

Cette analyse de l’Institute for Family Studies révèle que le mariage et la natalité sont en baisse chez les jeunes adultes à travers le pays, mais qu’ils chutent de manière spectaculaire chez les jeunes femmes et les jeunes hommes de gauche. « De plus en plus, les jeunes issus des milieux progressistes et libéraux ont du mal à se prononcer sur la question de savoir s’ils veulent ou non avoir des enfants, l’une des décisions personnelles les plus importantes qu’ils auront à prendre dans leur vie », comme l’a fait remarquer la philosophe Anastasia Berg, elle-même libérale.

En revanche, pour les jeunes hommes et femmes de droite, la famille est plus susceptible d’être considérée comme un bien pur, et le mariage et la formation d’une famille sont beaucoup plus courants. En effet, dans les années 2020, la majorité des jeunes adultes conservateurs âgés de 25 à 35 ans se sont mariés et sont devenus parents, alors que seule une minorité de jeunes adultes libéraux ont fait de même. De plus, le fossé entre la gauche et la droite en matière de fondation d’une famille semble se creuser. 

dimanche 5 octobre 2025

« Un manifeste de la jeune génération intellectuelle conservatrice »


mercredi 17 septembre 2025

Brève : mise à jour de l'indice de fécondité en Israël pour 2024 et (1T2025)

En Israël, le taux de fécondité pour 2024 s'est élevé à 2,87 enfants/femme en Israël alors que cet indice en 2024 était de 

  • 1,33 au Québec, 
  • 1,24 au Canada, 
  • 1,62 en France, 
  • 1,29 en Suisse et 
  • 1,44 en Belgique.

L'indice synthétique de fécondité (nombre de naissances par femme) des femmes juives laïques israéliennes a eu tendance à augmenter au cours des 25 dernières années.

Indice de fécondité (enfants/femme) par religion 1er trimestre 2025 (entre parenthèses indice de l'année 2024) :

  •         Juifs 3,04 (3,06)
  •         Musulmans 2,62 (2,76)
  •         Chrétiens 1,57 (1,58)
  •         Druzes 1,69 (1,66)
  •         Non classés par religion 1,13 (1,13) 

Selon Yoram Ettinger, la croissance unique du taux de fécondité juif en Israël est attribuable à l’optimisme, au patriotisme, à l’attachement aux racines juives, à la solidarité communautaire, à une mentalité de pionnier et à une diminution du nombre d’avortements (34 % depuis 1990). 

Le Kazakhstan et Israël ont un indice synthétique de fécondité similaire, mais les moyens d'y parvenir sont différents. Au Kazakhstan, beaucoup de gens ont 3, 4 ou 5 enfants, mais rares sont ceux qui en ont plus de 5. En raison des Haredim (les ultra-orthodoxes), Israël compte une forte proportion de familles très nombreuses. 2,4 % des enfants sont le 9e enfants ou plus de leurs parents, contre 0,1 % au Kazakhstan.

Voir

En Israël, le taux de fécondité en 2022 était de 3 enfants par femme (1,49 au Québec; 1,80 en France; 1,39 en Suisse et 1,53 en Belgique)

Québec — les naissances des francophones s’affaissent, celles des anglophones sont stables

Natalité au plus bas — La Presse de Montréal s'étonne des femmes tradis qui font des enfants dans une société « laïque »  [les valeurs québécoises !] 

lundi 25 août 2025

Priorité : le Canada a donné 22 milliards de dollars depuis 2022 à l'Ukraine


Environ 40 % des écoles publiques au Canada nécessitent des réparations majeures (selon des rapports de 2019). Avec 22 milliards $, environ 4 400 à 6 300 écoles (sur 15 000) pourraient être rénovées ou construites, selon le type de travaux. 

22 milliards c'est
  • Par Canadien : ~537 $
  • Par contribuable : ~1 100 $

jeudi 12 juin 2025

« L’école est un lieu qui est totalement vide d’admiration, vide de repères et vide de sens »

Extrait de la matinale de Frontières Média.

Anne Coffinier-Barry, experte en éducation et présidente de l'association Créer son école, : « Ce qui est certain, c’est que l’école est un lieu qui est totalement vide d’admiration, vide de repères et vide de sens. Et on enferme les enfants de plus en plus longtemps, de plus en plus tôt. »

L'émission au complet ici (l'entrevue d'Anne Coffinier commence à la 42e minute)

vendredi 6 juin 2025

Canada — Le Premier ministre Carney déclare que les valeurs de l'Aïd sont des valeurs canadiennes

Carney affirme devant l'Association musulmane canadienne à Ottawa que tous les Canadiens, citoyens d'un « pays divers » « doivent se rassembler » autour des valeurs de l’Aïd :

« Ce sont des valeurs musulmanes. Ce sont des valeurs canadiennes. »

Aujourd'hui, le 6 juin 2025, les musulmans célèbrent l'Aïd al-Adha, également appelée Aïd el-Kébir ou fête du sacrifice.

Les valeurs de l'Aïd al-Adha, ou Aïd el-Kébir, tournent autour de plusieurs principes fondamentaux ancrés dans la tradition islamique :

  • Soumission à Dieu (Tawhid) : L'Aïd al-Adha commémore la soumission totale du prophète Ibrahim à la volonté divine, illustrée par son acceptation de sacrifier son fils Ismaël avant que Dieu ne lui fournisse un bélier. Cette valeur souligne l'obéissance et la foi en Dieu.
  • Sacrifice : Le rituel du sacrifice d’un animal (souvent un mouton) symbolise le don de soi et le partage. La viande est traditionnellement divisée en trois parts : une pour la famille, une pour les proches et une pour les musulmans plus démunis, mettant en avant la solidarité et la charité intramusulmanes.
  • Solidarité et communauté musulmanes : L'Aïd est un moment de rassemblement familial et communautaire. Les musulmans se réunissent pour prier, partager des repas et renforcer les liens sociaux, incarnant l’unité et l’entraide.

L’Association musulmane canadienne n’admet pas être un organe des Frères musulmans. Or, selon Florence Bergeaud-Blackler, présidente du Centre européen de recherche sur le frérisme, et d’autres chercheurs, elle applique la taqîya : dissimulation et entrisme, c’est-à-dire cacher ses intentions réelles pour s’adapter et mieux servir les objectifs islamistes globaux des Frères musulmans: l’instauration progressive d’un État islamique mondial. Deux documents stratégiques l’illustrent : le mémorandum explicatif de 1991 et « Le Projet » de 2001, qui détaillent la conquête par l’infiltration et la manipulation sociale. 

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Est-il normal que les chrétiens disent « Nous respectons la religion musulmane » ?

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jeudi 3 avril 2025

Recension critique du livre Value(s) écrit par le nouveau Premier ministre Mark Carney

Le célèbre psychologue Jordan Peterson a publié une critique cinglante du livre-programme de Mark Carney, Value(s), paru en novembre 2022. En voici de larges extraits traduits par nos soins. Le livre du nouveau Premier ministre désigné du Canada n’a pas été traduit en français.

Value(s) est un livre étrange, pris dans son ensemble, même s’il est considéré comme une simple entreprise littéraire. Il commence par une évaluation des valeurs, comme promis, mais s’enfonce ensuite dans une initiation à l’économie, proche d’un texte d’introduction dans ce domaine, et en reste précisément là pendant la majeure partie de l’aventure. Vers la fin, pour être juste, nous sommes à nouveau amenés à discuter des valeurs — une réaffirmation et un prolongement de la préface. Cependant, ce retour prend un certain temps et l’on se demande pourquoi le livre ne fait pas 200 pages plutôt que les plus de 600 pages actuelles.

J’ai eu du mal à me défaire du soupçon que le livre s’oriente vers l’histoire pure, d’abord parce que Carney n’a pas grand-chose à dire sur les valeurs en soi, et ensuite parce qu’il veut se convaincre et nous convaincre, alors qu’il parcourt les monts et les vallées de la théorie économique et de sa carrière, qu’il sait de quoi il parle et qu’il est l’homme qu’il faut pour le moment. Cependant, le simple fait qu’il puisse écrire un traité d’introduction au monde de la finance, conceptuel et institutionnel, nous en dit très peu sur sa capacité à entreprendre la tâche plus difficile concernant les valeurs, en soi, qu’il promet de gérer.

Et quelle est cette tâche, précisément ?

M. Carney est conscient, comme il se doit, que les systèmes de marché ne peuvent à eux seuls résoudre tous les problèmes du monde. Rien ne le peut. Il est impossible de résoudre « tous les problèmes », car les faits bruts de notre ignorance, de notre mortalité et de notre faillibilité signifient que toutes les solutions que nous parvenons à élaborer face aux difficultés de la vie sont imparfaites et partielles.

En outre, il est tout à fait vrai — et il s’agit là d’une conviction conservatrice fondamentale ou même libérale classique — que les sociétés et les marchés libres opèrent dans un cadre de valeurs plus large. En Occident, pour le meilleur ou pour le pire (et certainement pour le meilleur comparativement), ce cadre est judéo-chrétien, religieux et culturel dans son essence — un cadre qui a établi les principes de « l’évidence » auxquels les auteurs et les signataires de la Déclaration d’indépendance américaine ont fait référence de manière si célèbre.

Il s’agit notamment des propositions suivantes : tous les individus ont une valeur intrinsèque, puisqu’ils sont à l’image de Dieu ; chacun doit à tous les autres le respect que cette valeur exige, y compris la responsabilité d’échanger des biens, des idées, de coopérer et de rivaliser, de manière honnête et équitable, en vue d’un succès mutuel ; et chacun d’entre nous, y compris nos dirigeants (et peut-être avant tout), doit rendre hommage à ce qui est véritablement transcendant et divin.

C’est ce cadre que Carney prétend remplacer, même s’il n’est pas évident qu’il le comprenne ou qu’il ait développé une quelconque compréhension de la culture qu’il veut remodeler à partir de principes premiers. Il sait, ou a l’intuition, qu’il existe des règles du jeu a priori ou axiomatiques, pour ainsi dire — des déclarations de foi, même — qui doivent sous-tendre ou définir la civilisation elle-même, et qui fournissent la structure nécessaire au marché libre, de sorte que ses calculs collectifs puissent développer et distribuer les ressources d’une manière maximalement productive, efficace et juste.

Quelles sont ses suggestions concernant le remplacement d’un tel cadre ? C’est ici que le bât blesse ou, plus exactement, que le train déraille. Au lieu d’affronter sérieusement le problème des valeurs (et c’est le plus grave des problèmes) — au lieu de faire le difficile voyage à travers les paysages complexes de la théologie et de la philosophie qui est vraiment nécessaire avant qu’une telle tentative puisse être tentée — Carney dévoile son alliance avec les pires idées préconisées au cours des vingt ou trente dernières années et les présomptions intellectuelles généralement radicales du siècle dernier, qui sont encore pires.

Tout d’abord — et cela se trouve dans la préface, réaffirmé dans la conclusion (le véritable cœur du livre) — il nous assure que le changement climatique apocalyptique sur lequel insistent tant de personnes déterminées à justifier leur quête d’un pouvoir illimité par des raisons morales équivaut, en fait, à l’apocalypse. La lutte contre le changement climatique est donc l’enjeu numéro un de notre époque, comme tous les acteurs moraux doivent en convenir — sinon… C’est sa première vérité évidente en soi, mais ce n’est pas la seule, comme nous le verrons. Cela signifie que la « préservation de la planète » est sa valeur première et l’étoile polaire qui doit guider toutes — et il dit bien toutes — les décisions personnelles et économiques. Cela signifie également (notez-le bien) qu’il est prêt à, et même qu’il doit, utiliser la peur pour façonner sa politique ; la peur même d’une urgence cataclysmique imminente qui a toujours été exploitée même par les tyrans les plus explicitement réticents pour s’assurer que leurs diktats théoriquement bienveillants sont appliqués absolument partout et tout de suite. À titre d’exemple :
Notre objectif a été de mettre en place les informations, les outils et les marchés nécessaires pour que chaque décision financière prenne en compte le changement climatique — pour créer un système financier dans lequel les contributions d’une entreprise au changement climatique et à la solution climatique sont des déterminants fondamentaux de sa valeur. Pour que la valeur reflète les valeurs. Lors de la COP26 à Glasgow, nous avons mis en place vingt-quatre réformes majeures pour transformer les informations, les outils et les marchés au cœur de la finance. Il s’agit notamment de tests de résistance aux chocs climatiques, de plans de transition nette zéro et d’informations claires, comparables et utiles à la prise de décision sur le climat, afin que les marchés financiers puissent gérer les risques et saisir les avantages découlant de la transition climatique.
Face à de telles affirmations, il est préférable de lire sérieusement entre les lignes. Tout d’abord, considérons « chaque décision financière.... » Vraiment ? Chaque décision financière ? Littéralement « chaque décision financière » doit tenir compte du « changement climatique » ? Ce que les bien-pensants qui prétendent être les sauveurs de la planète, ou leurs partisans tout aussi vertueux, ne reconnaissent pas, à leurs risques et périls, et pire, aux nôtres, c’est qu’une telle déclaration accorde une licence illimitée à la tyrannie.

Mark Carney le nouveau Premier ministre du Canada

Si le sort de la planète — tous ses écosystèmes, toute sa beauté, tout ce qu’elle offre à l’humanité — est littéralement en jeu chaque fois qu’une décision financière est prise, à tous les niveaux, individuel, corporatif et étatique, alors tous les aspects de la vie doivent clairement être réglementés en fonction de cet objectif — et cela signifie tous les aspects de la vie. Comment comprendre cet état de fait ? Nous pourrions nous tourner vers les objectifs déclarés du consortium de grandes villes C40, et leurs objectifs ouvertement similaires à ceux de Carney, pour en avoir une compréhension différenciée et immédiate.