lundi 31 mai 2021

États-Unis — Princeton supprime l’obligation de faire du latin ou du grec pour les études classiques

L’université Princeton a approuvé les changements de programme dans les départements de sciences politiques, de religion et des études classiques (antiquité latine ou grecque) en avril. Le département de sciences politiques a ajouté un parcours en race et identité, tandis que la religion et les classiques ont « augmenté la souplesse » en ce qui concerne les majeurs, y compris l’élimination de l’obligation pour ceux qui se spécialisent dans les études classiques, de suivre des cours de grec ou de latin.

« Dans les classiques, deux changements majeurs ont été apportés. La filière “classiques”, qui exigeait une maîtrise intermédiaire du grec ou du latin pour faire de ces études une “majeure” de ce champ d'études a été supprimée, de même que l’obligation pour les étudiants de suivre des cours de grec ou de latin. Les étudiants sont toujours encouragés à suivre des cours de l’une ou l’autre des langues si cela correspond à leurs intérêts dans le département. L’étendue des offres reste la même, a déclaré Josh Billings, directeur des études de premier cycle et professeur de classiques. Les changements donnent finalement aux étudiants plus d’opportunités de se spécialiser dans les classiques. »

Les discussions sur ces changements sont antérieures à l’appel du président de l’université Princeton, Christopher Eisgruber, pour lutter contre le racisme systémique à l’Université, a déclaré Billings. Ces changements sont cependant devenus plus urgents après cet appel et les émeutes raciales qui se sont produites l’été dernier. « Nous pensons qu’avoir de nouvelles perspectives dans le domaine améliorera le domaine », a-t-il déclaré. « Avec des gens qui arrivent qui n’ont peut-être pas étudié les classiques au lycée et qui n’ont peut-être pas eu d’exposition préalable au grec et au latin, nous pensons que le fait d’avoir ces étudiants dans le département en fera une communauté intellectuelle plus dynamique. »

À quand ne plus obliger d’apprendre les mathématiques en sciences ce qui « en fera une communauté intellectuelle plus dynamique » ?

Selon le site Web des admissions de premier cycle de Princeton, le coût total pour assister à Princeton est de 77 690 $ pour l’année scolaire 2020-2021. Ce total comprend 56 010 $ pour les frais de scolarité, 10 690 $ pour frais de chambre, 7 490 $ pour la pension (les repas), 3 500 $ en dépenses diverses. Cette estimation totale n’inclut pas les frais de voyage, qui, selon Princeton, peuvent varier de 300 $ à 5 000 $ par an.

Source : Alumni Weekly de Princeton

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Les latinistes noteront que le locatif de domus est domi (à la maison, chez soi), mais qu’il ne s’applique pas ici puisqu’il y a mouvement et que l’accusatif domum s’impose donc. La phrase corrigée par le généreux et convaincant pédagogue nocturne est donc correcte : Romani ite domum. En outre, ire se conjugue eo, is, it à l’indicatif présent et non io, is, it (à 1 min 17 s).

 

 

 

 

La Chine va autoriser les familles à avoir trois enfants


La Chine a décidé d’abroger la limite de deux enfants par couple et d’autoriser les familles à avoir jusqu’à trois enfants, en réponse au vieillissement de sa population, a annoncé lundi l’agence Chine nouvelle.

Cette décision survient quelques semaines après la publication des résultats du dernier recensement décennal, qui ont révélé une forte baisse du taux de natalité dans le pays le plus peuplé du monde.

« En réponse au vieillissement de la population […], un couple est autorisé à avoir trois enfants », a rapporté l’agence de presse officielle, citant les conclusions d’une réunion du bureau politique du Parti communiste dirigée par le président Xi Jinping.

Début mai, les résultats du recensement réalisé en 2020 ont révélé un vieillissement plus rapide que prévu de la population chinoise.

L’année dernière, marquée par l’épidémie de COVID-19, le nombre des naissances est tombé à 12 millions, contre 14,65 millions en 2019. Cette année-là, le taux de natalité (10,48 naissances pour 1000 habitants) était déjà au plus bas depuis la fondation de la Chine communiste en 1949.

Après plus de trois décennies de « politique de l’enfant unique », la Chine a assoupli ses règles en 2016, autorisant tous les Chinois à avoir un deuxième enfant. Mais sans parvenir à faire repartir la natalité.

Le taux de natalité de 2020 a également sonné l’alarme. Les mères chinoises ont eu environ 12 millions de bébés en 2020, soit une baisse de plus de deux millions de naissances depuis 2019 et plus de cinq millions de naissances depuis 2016, l’année où Xi a inversé la politique de l’enfant unique.

« Si aucune politique d’intervention énergique n’est introduite, le taux de fécondité de la Chine pourrait devenir le plus bas du monde », a averti le Global Times à la mi-mai.

Le taux de natalité en Chine est actuellement d’environ 1,3 naissance par mère ; La « fertilité de remplacement », c’est-à-dire le nombre d’enfants que chaque femme dans un pays devrait avoir pour assurer le renouvellement de la population, est de 2,1.

Les experts occidentaux en démographie ont contesté les statistiques officielles des naissances du Parti communiste chinois.

« Mes estimations montrent que la taille actuelle de la population chinoise devrait être de 1279 milliards à la fin de 2019, soit 121 millions de moins que les 1,4 milliard officiellement déclarés », a déclaré Yi Fuxian, universitaire de l’Université du Wisconsin-Madison, dans une interview en janvier. « Le nombre réel de naissances en Chine l’année dernière devrait être d’environ 10 millions au lieu de 14,65 millions, comme le rapporte le Bureau national des statistiques. »

Un autre expert, Liang Jianzhang, a déclaré à l’époque que la Chine devrait s’attendre à une baisse de plus de 30 % du nombre de femmes en âge de procréer au cours de la prochaine décennie, ce qui dévasterait son taux de natalité indépendamment des limites artificielles du gouvernement sur la taille des familles.

Les raisons de la baisse de la natalité sont multiples : recul du nombre des mariages, hausse du coût des logements et de l’éducation, fertilité plus tardive pour les femmes qui privilégient davantage leur carrière.

Selon le South China Morning Post, un sondage effectué en mars a révélé que 67 % des millénariaux citaient « l’incapacité de trouver une aide domestique » comme principale raison pour laquelle ils n’auraient pas de deuxième enfant. Parmi les autres préoccupations majeures figurent la « pression financière » et le manque de soutien pour les femmes. 

 

À l’autre bout de la pyramide des âges, la Chine comptait l’an dernier plus de 264 millions de personnes âgées de 60 ans et plus, soit quatre fois la population totale de la France.

Cette classe d’âge constitue désormais 18,7 % du total, soit une hausse de 5,44 points de pourcentage par rapport au recensement de 2010. À l’inverse, la population d’âge actif (15 à 59 ans) ne représente plus que 63,35 % du total, en repli de 6,79 points sur 10 ans.

En mars, le Parlement a voté un projet de relèvement progressif de l’âge de départ à la retraite au cours des cinq prochaines années, au grand dam d’une bonne partie de l’opinion publique.

Sources : AFP, South China Morning Post

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dimanche 30 mai 2021

Nicholas Wade : L'hypothèse la plus plausible est que la Covid-19 soit sortie du labo de Wuhan

L'hypothèse selon laquelle la Covid-19 proviendrait d'un laboratoire a gagné de plus en plus de terrain ces derniers mois. Autrefois rejetée comme une théorie marginale de vieux grincheux (de surcroît trumpistes), elle est lentement devenue audible dans les cercles scientifiques respectables.

Pressée par les Républicains au Sénat américain, la directrice du CDC américain a déclaré le 19 mai 2021 qu’il était «possible» que Covid ait pu fuir d’un laboratoire alors que des «preuves circonstancielles importantes» émergent.

Nicholas Wade, un ancien journaliste scientifique du New York Times, a apporté une contribution significative au débat. Il a récemment publié un article détaillant comment la théorie de la fuite de la Covid 19 d'un laboratoire n'est plus seulement une possibilité, elle l'est désormais (selon lui) l'explication la plus probable.

Il est interrogé ci-dessous par Andrew Bolt à la télévision australienne. La vidéo est sous-titrée en français.

Nicholas Wade s'est également entretenu, mais plus longuement, avec Freddie Sayers sur LockdownTV. La vidéo en anglais (non sous-titrée) est incrustée ci-dessous.

En voici quelques extraits traduits.

Émergence naturelle, une conjecture sans preuve:

Toute l'idée [de la théorie de l'émergence naturelle] repose sur une seule conjecture: qu'elle a suivi la piste du SRAS-1 et du MERS, et les nombreux autres virus qui ont apparu chez animaux. Mais il n'y a aucune preuve directe d'émergence naturelle… Il n'y a aucune trace de SRAS-2 émergeant dans l'environnement naturel selon le même schéma que le SRAS-1.

- Nicholas Wade

Sur le manque de preuves:

Lorsque la commission de l’OMS est allée à Pékin, cela a semblé à première vue une victoire propagandiste pour les Chinois parce qu’ils n'arrêtaient pas de dire: «La fuite de laboratoire est tellement ridicule que nous allons à peine nous pencher sur celle-ci». Ce qui était également clair, c’était que les Chinois n’avaient pas été en mesure de fournir la moindre preuve en faveur de l’hypothèse de l’émergence naturelle. Donc, chaque mois qui passe pendant lequel on ne fournit pas de preuves de la théorie de l'émergence naturelle vous oblige à considérer plus fortement l'hypothèse que le virus d'est échappé d'un laboratoire.

- Nicholas Wade

Sur la dissimulation chinoise:

Les autorités chinoises contrôlent très attentivement toutes les informations qui en sortent. Donc, fondamentalement, ils ont mis sous scellés toutes les informations… toutes les bases de données chinoises concernant les virus des chauves-souris ont été rendues inaccessibles… Je pense qu'il y a une sorte de modèle dans ce que font les autorités chinoises. Et cela signifie qu’ils verrouillent toutes les informations en général, je pense qu’il n’est pas illogique de supposer que toutes les informations qu’ils diffusent sont diffusées dans un but bien précis.

- Nicholas Wade

Pourquoi les virologues ne s’expriment-ils pas?

Cela aurait été très dangereux pour eux. Parce que malheureusement, on ne jouit plus de la liberté d’expression sur les campus universitaires. Et pour les virologues, leur carrière dépend de l'octroi de subventions par d'autres virologues. La façon dont les subventions sont distribuées aux États-Unis et au Royaume-Uni se fait par le biais d'un comité d'examen par les pairs composé d'experts virologues qui examinent les demandes de subvention d'autres virologues. Donc, si vous faite un pas de côté, et si vous dites que le SRAS-2 s'est peut-être échappé du laboratoire, alors bonne chance pour que votre subvention soit renouvelée.

- Nicholas Wade

Sur le rôle de Facebook:

Le comportement de Facebook a été assez incroyable. C’est presque comme s’ils étaient sous le contrôle du gouvernement chinois, car mon article [censuré à l'époque par Facebook] était accompagné par un message [ajouté par Facebook] orientant les lecteurs vers un site de propagande chinois. J'étais assez étonné que Facebook se comporte de cette manière. Et cela montre les graves limites de son système actuel pour traiter le contenu qu'il diffuse.

- Nicholas Wade

Comment la fuite du laboratoire s'est-elle produite?

Les chercheurs essayaient de prendre une longueur d'avance sur la nature en essayant de prédire les ajustements qui pourraient être nécessaires pour faire d'un virus animal un agent pathogène humain. Ils ont donc essayé de reproduire ces étapes en laboratoire, ce qui est très dangereux. Si vous réussissez, vous avez un pathogène dangereux.

- Nicholas Wade

Sur la Dr Shi Zhengli, surnommée « Madame Chauve-Souris »

Elle est bien connue en Chine pour la collecte des virus de chauve-souris, ce qu’elle fait depuis une vingtaine d’années. Dans le cadre de son travail sur ces virus de chauve-souris, elle est allée travailler avec Ralph Baric en Caroline du Nord, qui est le principal expert américain des coronavirus. Il avait mis au point une technique de transfert de protéines spiculaires [dites spike, spicule ou S] d'un virus à un autre pour les rendre plus infectieux dans le but d'essayer de prédire de futures épidémies. Elle et Baric ont donc publié un article en 2015, dans lequel ils décrivent comment ils ont engendré un nouveau virus. Les scientifiques appellent cela une chimère, car il s’agit d’un mélange de deux génomes. Ils ont engendré un virus chimère qui avait la propriété d'infecter les humains.

- Nicholas Wade

Autre étude du Pr Angus Dalgleish et du Dr Birger Sørensen va dans le même sens

Résumé de cette étude

  • La COVID-19 « n’a AUCUN ancêtre naturel crédible » et a été créée par des scientifiques chinois qui ont ensuite essayé de couvrir leurs traces à l’aide d’une « rétro-ingénierie » pour donner l’impression qu’il provenait naturellement de chauves-souris, selon l’étude.
  • Les chercheurs ont trouvé des « empreintes digitales uniques » dans des échantillons de COVID-19 qui, selon eux, ne pourraient provenir que d’une manipulation dans un laboratoire.
  • Le nouvel article de 22 pages est rédigé par le professeur britannique Angus Dalgleish et le scientifique norvégien Dr Birger Sørensen qui sera publié dans le Quarterly Review of Biophysics Discovery.
  • L’étude a montré qu’il existe des preuves suggérant que des scientifiques chinois ont engendré le virus alors qu’ils travaillaient sur un projet de gain de fonction dans un laboratoire de Wuhan.
  • La recherche sur le gain de fonction, qui a été temporairement interdite aux États-Unis, consiste à modifier les virus naturels pour les rendre plus infectieux afin d’étudier leurs effets potentiels sur les humains.
  • Selon l’article, des scientifiques chinois ont pris l’« épine dorsale » naturelle des coronavirus trouvés dans des chauves-souris cavernicoles chinoises et y ont introduit, ont épissé, un nouveau spicule, transformant de la sorte le virus en COVID-19 mortel et hautement transmissible.
  • Les chercheurs concluent que le COVID-19 « n’a pas d’ancêtre naturel crédible » ; ils pensent également que les scientifiques ont procédé à une ingénierie inverse des versions du virus pour dissimuler leurs traces.
  • « Nous pensons qu’on a créé des virus par ingénierie inversée », a déclaré Dalgleish au Daily Mail. « Ils ont changé le virus, puis ont essayé de faire croire que c’était déjà dans une séquence il y a des années. »

Un diagramme du coronavirus de l’étude montre six « empreintes digitales » identifiées par les deux scientifiques, qui, selon eux, montrent que le virus doit avoir été créé dans un laboratoire
 

  • L’étude souligne également « la destruction, la dissimulation ou la contamination délibérées des données » dans les laboratoires chinois et note que « les scientifiques qui souhaitaient partager leurs découvertes n’ont pas pu le faire ou ont disparu ».
  • Jusqu’à récemment, la plupart des experts avaient catégoriquement nié que les origines du virus n’étaient rien d’autre qu’une infection naturelle passant des animaux aux humains.
  • Plus tôt cette semaine, le Dr Anthony Fauci a défendu le financement américain de l’Institut de virologie de Wuhan, affirmant que la subvention de 600 000 dollars n’avait pas été approuvée pour la recherche sur le gain de fonction. Il n’a cependant pu garantir que de telles recherches n’aient pas été menées à Wuhan.

Autres études qui appellent à creuser l’origine de la Covid

En février 2020, un chercheur en biomécanique moléculaire de l’Université de technologie de Chine du Sud, Botao Xiao, a publié un article affirmant que « le coronavirus tueur provenait probablement d’un laboratoire de Wuhan », soulignant les problèmes de sécurité à l’institut.

En novembre de l’année dernière, un article du bio-ingénieur Rossana Segreto et du généticien Youri Deiguine a admis que « la structure génétique du SRAS-CoV-2 n’exclut pas une origine de laboratoire » et a noté des caractéristiques du virus « qui pourraient être le résultat de techniques de manipulation en laboratoire telles que la mutagenèse dirigée »

 Le même mois, David Relman, un microbiologiste de l’Université de Stanford qui a travaillé sur des initiatives de biosécurité pour le gouvernement, a écrit un article de journal pour la National Academy of Scientists selon lequel « il manque de nombreux détails clés dans l’histoire d’origine » du Covid-19, notamment une histoire plausible du virus et une explication quant à la façon dont le premier humain a été infecté

Plus tôt ce mois-ci, 18 scientifiques éminents ont publié une lettre dans la principale revue Science, appelant à une nouvelle enquête sur les origines du virus, ajoutant que « les théories de la libération accidentelle d’un laboratoire et des retombées zoonotiques restent toutes deux viables ».
 

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The Lab-Leak Theory: Inside the Fight to Uncover COVID-19’s Origins (Vanity Fair)

Québec — « On diplôme des analphabètes fonctionnels au secondaire »

Éléonore Bernier-Hamel a été estomaquée en corrigeant la dissertation finale de ses étudiants en littérature québécoise cette semaine. En dix ans d’enseignement au collégial, elle n’avait jamais vu des lacunes aussi flagrantes en français. Plus de la moitié de ses élèves ont échoué. La moyenne du groupe a été de 65 %. Elle avait pourtant abaissé ses exigences à cause des difficultés de l’enseignement à distance.

« Mon Dieu, ce n’était pas facile, cette session. Plusieurs élèves n’avaient pas les compétences de base en littératie. Ils avaient d’énormes difficultés à comprendre un texte simple. J’ai l’impression que plusieurs d’entre eux sont passés à travers les mailles du filet », raconte l’enseignante de littérature au cégep régional de Lanaudière à Terrebonne, dans la couronne nord de Montréal.

Elle n’est pas la seule à remarquer une baisse des aptitudes des cégépiens à s’exprimer et à comprendre les œuvres littéraires. Huit enseignantes établies dans six régions du Québec ont confié au Devoir avoir constaté que leurs élèves ont de sérieuses lacunes en français. L’enseignement presque entièrement à distance depuis le mois de mars 2020 a porté un dur coup à la motivation des étudiants. À leur capacité de concentration. À leur réussite, aussi.

Les résultats officiels de la session qui s’achève seront compilés dans les prochaines semaines. Mais les enseignantes consultées s’inquiètent déjà des difficultés sans précédent de leurs élèves en français. Elles estiment que le problème est plus profond que les seuls défis liés à la pandémie.

« Je me questionne sur le contenu des cours au secondaire, dit Éléonore Bernier-Hamel. Je m’interroge sur le programme, pas sur les profs. Les élèves arrivent avec une série de lacunes qu’on doit essayer de rattraper au collégial. J’ai l’impression qu’on diplôme des analphabètes fonctionnels au secondaire. Il y en a plein au cégep. »

La prof de littérature estime que plusieurs de ses étudiants seraient incapables d’aider des enfants de sixième année du primaire à faire leurs devoirs. Bien sûr, une bonne partie de ses élèves réussissent très bien, mais elle est étonnée par le niveau général de « médiocrité » de certains groupes.

À cause des perturbations liées à la pandémie, Éléonore Bernier-Hamel a fait lire trois ouvrages relativement simples à ses élèves, plutôt que quatre, comme en temps normal : La Scouine d’Albert Laberge, La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette et L’homme rapaillé de Gaston Miron.

Résultat : pénible. Grandes difficultés à lire, à comprendre et à produire un discours critique sur ces œuvres. Manque de culture. Plusieurs cégépiens connaissent mal la Grande Noirceur, la Révolution tranquille, Duplessis.

Tricherie et plagiat

Annie Rousseau, enseignante de littérature au collège de Rosemont, constate les mêmes lacunes chez ses élèves. La moitié d’un de ses groupes aurait échoué cette session si elle l’avait évaluée avec les mêmes critères qu’en temps normal. Le tiers n’a finalement pas eu la note de passage, parce qu’elle a adapté l’évaluation au contexte de l’enseignement à distance.

Pour elle, la pandémie a réellement perturbé l’enseignement. Les résultats des élèves sont tellement mauvais qu’elle a douté d’elle-même en tant que prof. Elle estime aussi que la tricherie et le plagiat n’ont jamais été aussi répandus que depuis l’implantation de l’enseignement virtuel.

« Le concept de fraude et de plagiat est extrêmement flou dans les circonstances actuelles. Les élèves se font aider de toutes sortes de façons, même par leurs parents. Ils communiquent entre eux pendant les évaluations. Mais ils sont convaincus qu’ils ont le droit d’avoir de l’aide », raconte Annie Rousseau.

Les élèves ne sont pas tous égaux devant la pandémie. L’enseignante devine que certains d’entre eux n’ont pas d’ordinateur, ou le partagent avec d’autres membres de leur famille. Plusieurs n’ont pas de lieu tranquille pour suivre leurs cours en ligne.

Catherine Guénette, prof de littérature au collège de Maisonneuve, soupçonne elle aussi qu’une partie de ses élèves font leurs travaux sur leur téléphone. Elle voit souvent des phrases illisibles dans des questionnaires qu’elle organise sur la plateforme Forms — signe possible que les étudiants écrivent sur un miniclavier de téléphone et sans véritable logiciel de correction.

« Je note davantage de graves problèmes en compréhension en lecture et surtout en écriture : des phrases sans sens, des textes sans ponctuation, des erreurs de vocabulaire de base », remarque elle aussi Chantale Girard, enseignante de littérature au cégep de Chicoutimi.

And to speak English... le plus tôt possible si vous êtes francophone au Québec. François Legault a ainsi parlé de renforcer les programmes d'anglais intensif quand il présentait la loi 101 renforcée...

Manque de maturité

« L’enseignement à distance remet la responsabilité de la réussite dans les mains des étudiants, et c’est une erreur de croire que les cégépiens ont la maturité nécessaire pour se prendre en charge par eux-mêmes », ajoute-t-elle. Tous les profs le disent : en classe, ils vont au-devant des jeunes plus timides ou en difficulté. Ce qui est à peu près impossible à accomplir devant un écran d’ordinateur, surtout quand la vaste majorité des étudiants gardent leur caméra fermée.

La pandémie a mis en relief une possible faille du système scolaire, affirme de son côté Elisabeth Rousseau, enseignante en littérature au collège André-Grasset : les étudiants dits « ordinaires » qui ont généralement réussi à l’école, mais qui arrivent désorganisés au cégep. « Les plus problématiques ne sont pas les élèves en difficulté, qui ont des besoins particuliers, dit-elle. Ce sont plutôt ceux qui croient comprendre, qui ont toujours eu 80 %, mais qui ne savent pas lire correctement. On dirait que ces étudiants-là ne veulent pas apprendre. »

Elle croit que le programme pédagogique en lecture rate la cible dès le niveau primaire. « Les devoirs [au primaire], c’est n’importe quoi. Les enfants lisent avec des œillères pour trouver les réponses aux questions, mais ils n’apprennent pas à décoder le sens du texte. C’est extrêmement préoccupant », dit Elisabeth Rousseau.

Baudelaire retiré du plan de cours, trop compliqué

La gestion de la pandémie a accéléré la baisse du niveau de français des élèves, mais le déclin a commencé bien avant, estime Sophie Milcent, enseignante de littérature au collège Mérici, un établissement privé de Québec. La prof, qui enseigne depuis 20 ans, constate depuis plusieurs années un manque de vocabulaire et de culture générale des jeunes.

« J’ai réduit de beaucoup la matière enseignée ainsi que mes attentes », dit-elle. Sophie Milcent a retiré Baudelaire de ses plans de cours. Trop compliqué pour les élèves, qui manquent de connaissances en histoire et en culture religieuse pour comprendre le contexte. Blaise Cendrars y figure toujours, mais donne des maux de tête aux jeunes.

L’enseignante reste optimiste malgré les hauts et les bas du système scolaire. « Ce n’est pas la catastrophe », relativise-t-elle. « Je ne crois pas que tout se déglingue, ajoute Elisabeth Rousseau. Oui, on remarque de grandes difficultés, mais en général, nos étudiants s’en sortent correctement. »

Le défi est d’intéresser les jeunes à l’importance de maîtriser le français, souligne Rosalie Grenier, enseignante au cégep de Thetford. « Ils demandent à quoi ça sert, le français. Je leur dis que ça peut servir à obtenir une promotion au travail ou même à rencontrer quelqu’un : si tu fais 16 fautes en trois phrases sur Tinder, tu vas peut-être donner une première impression négative. »

Source

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samedi 29 mai 2021

Le français écrit au primaire pâtit de la gestion de la COVID-19

La maîtrise de la grammaire et de l’écriture chez les élèves en a pris un coup à la suite de la gestion de la Covid-19, selon une étude réalisée auprès d’enseignants québécois.

La gestion de la pandémie par le Monopole de l'éducation qui a souvent fermé les écoles (contrairement à la Suède qui les a gardées ouvertes) a entraîné son lot de retards scolaires, mais au primaire, c’est surtout la maîtrise de la grammaire et de l’écriture qui en a pris un coup, selon une enquête réalisée auprès d’enseignants québécois.

Ces résultats sont tirés d’une étude sur l’impact de la COVID-19 dans le milieu scolaire, réalisée par une équipe de chercheurs de l’UQAM en partenariat avec le ministère de l’Éducation.

Près de 500 enseignants provenant de trois centres de services de la grande région de Montréal y ont participé en décembre et en janvier.

Les effets négatifs de la gestion gouvernementale de la pandémie chez les élèves du primaire se font d’abord sentir au niveau de la grammaire et de l’écriture, selon les institutrices interrogées.

«Pour le primaire, il semble que la discipline qui ait été la plus impactée soit le français», a affirmé le chercheur principal de cette étude, Patrick Charland, lors d’un colloque visant à faire le bilan de cette année scolaire en contexte de pandémie.

Au secondaire, la pandémie a surtout eu des effets négatifs au niveau de la capacité d’attention et d’organisation des élèves, selon les enseignants interrogés.

Élèves plus faibles

Ces résultats démontrant l’impact négatif de la gestion de la pandémie sur la maîtrise du français écrit au primaire concordent avec les conclusions d’une autre étude réalisée en janvier par Catherine Turcotte, Marie-Hélène Giguère et Nathalie Prévost.

Ces professeures au département d’éducation de l’UQAM ont interrogé 175 enseignants du primaire pour en savoir davantage sur les compétences de leurs élèves en lecture et en écriture en contexte de pandémie.

Les profs interrogés affirment que leurs élèves avaient des habiletés plus faibles à la rentrée que lors des années passées (de 71% à 78%) et s’inquiètent particulièrement de la maîtrise de l’orthographe grammaticale chez une majorité de leurs élèves.

En lecture, c’est la fluidité et la compréhension de longs textes qui les préoccupent le plus.

Source: Journal de Montréal et UQAM


Histoire — la traite esclavagiste a-t-elle permis le décollage économique de l'Occident ?

La recherche historique démontre que, contrairement aux certains préjugés courants, la traite esclavagiste ne fut en réalité qu’une composante économiquement secondaire, car peu rentable, du commerce que les Européens faisaient avec leurs partenaires africains. Les révolutions industrielles anglaise et française ne s’expliquent nullement par la traite négrière, bien au contraire.

La côte d’Afrique avait reçu des marins européens des noms faisant référence aux principaux articles du commerce colonial. Le littoral de l’actuelle Mauritanie et jusqu’à la Casamance, était ainsi le Pays des gommes (gomme arabique). De l’actuelle Guinée Bissau jusqu’à l’ouest de l’actuelle Côte d’Ivoire, le littoral avait pour nom Côte de Malaguette ou de Maniguette (une variété de poivre) ; l’actuelle Côte d’Ivoire était la Côte des dents (ivoire), cependant que l’actuel Ghana avait pour nom la Côte de l’or. Quant aux Côtes des esclaves, elles s’étendaient de l’actuel Togo jusqu’à l’Angola inclus.

Le long de cet immense arc commercial, contrairement à certaines idées reçues, la traite ne représenta économiquement qu’une part minuscule de l’ensemble du commerce maritime des puissances européennes.

Une usine de tissage de coton en Grande-Bretagne, gravure de 1835.


Angleterre

Le cas de l’Angleterre a été remarquablement étudié. Il mérite que l’on s’y attarde. Au XVIIIe siècle, apogée du commerce colonial britannique, les navires négriers totalisaient moins de 1,5 % de toute la flotte commerciale anglaise et moins de 3 % de son tonnage [1]. La raison de ces faibles pourcentages était manifestement économique car, alors que le commerce colonial au sens le plus large était très rentable pour les armateurs, celui des esclaves l’était beaucoup moins. Ses profits n’étaient ainsi en moyenne que de 3 %, avec un retour annuel sur investissement de 2 % [2].

Les historiens britanniques sont allés plus loin dans leurs recherches et ils ont cherché à établir en quoi le commerce des esclaves aurait pu, par ses bénéfices, permettre la révolution industrielle anglaise. Le résultat de leurs recherches est clair : les bénéfices tirés de l’odieux commerce négrier ne représentèrent en effet que moins de 1 % de tous les investissements liés à la révolution industrielle d’Outre-Manche [3] et : « […] l’apport du capital négrier dans la formation du revenu national britannique dépassa rarement la barre de 1 %, atteignant seulement 1,7 % en 1770 et en moyenne la contribution de la traite à la formation du capital anglais se situa annuellement, autour de 0,11 % »[4].

Ce ne furent donc pas les bénéfices tirés de la traite des esclaves qui permirent la révolution industrielle anglaise.

France

La réalité est identique en ce qui concerne la France, même si, en ce qui concerne cette dernière, nous ne disposons pas pour l’époque de la traite esclavagiste, d’analyses économiques aussi poussées que celles faites par les historiens britanniques.

Au XVIIIe siècle les esclavagistes français affirmaient que la traite était nécessaire aux Antilles, que celles-ci étaient indispensables au commerce colonial et que ce dernier était vital pour l’économie française. Ils en tiraient la conclusion que la Traite était nécessaire à la France. C’est en se basant sur ce syllogisme vieux de plus de deux siècles que certains historiens n’ont cessé d’affirmer que la France avait bâti sa richesse sur la traite des esclaves.

Si ce postulat était vérifié, l’interruption de la Traite entre 1792 et 1815 en raison de la guerre maritime aurait donc dû provoquer l’effondrement de l’économie française, or ce ne fut pas le cas.

En outre :

1) Si les profits de la Traite sont à l’origine de la révolution industrielle, comment expliquer qu’à la fin du XVIIIe siècle, et alors que le commerce colonial français était supérieur en volume au commerce colonial anglais [5], la France, à la différence de l’Angleterre, n’a pas fait sa révolution industrielle ?

2) Pourquoi la Révolution industrielle française s’est-elle produite bien plus tard, dans la seconde partie du XIXe siècle, donc bien après l’abolition de l’esclavage ?

3) Pourquoi cette révolution industrielle s’est-elle faite dans l’Est, notamment en Lorraine, dans la région lyonnaise, ainsi que dans le Nord, loin des ports négriers du siècle précédent de la côte Atlantique, Bordeaux ou La Rochelle ?

Ailleurs dans le monde

4) Durant la période 1701-1810, une part très importante du commerce des esclaves était contrôlée par le Portugal. Si le développement industriel s’était mesuré aux profits réalisés dans le commerce négrier, le Portugal aurait donc dû être une des nations les mieux loties. Or, il y a encore trois ou quatre décennies, non seulement ce pays était un pays arriéré économiquement en Europe, mais encore, il n’a jamais fait sa révolution industrielle.

5) Pourquoi malgré sa longue tradition esclavagiste, le monde arabo-musulman n’a-t-il pas connu de révolution industrielle ?

6) Comment expliquer l’industrialisation de l’Allemagne, de la Suède, de la Tchécoslovaquie, pays qui n’ont pourtant pas participé (ou alors d’une manière plus qu’anecdotique) au commerce des esclaves ?

7) Si le postulat de la révolution industrielle reposant sur les profits de la traite esclavagiste était vérifié, ladite révolution industrielle aurait donc dû se produire dans le sud des États-Unis, région esclavagiste et non dans le nord, région abolitionniste. Or, les États du Sud sont demeurés essentiellement agricoles, et c’est précisément parce qu’ils n’avaient pas fait leur révolution industrielle qu’ils furent battus par le Nord industrialisé.


On peut même dire que la Traite et le système esclavagiste ont enfoncé le Sud dans l’immobilisme quand le Nord, qui avait la chance de ne pas dépendre d’une économie esclavagiste, s’était industrialisé.

Notes

[1] Eltis, David, The Rise of African Slavery in the Americas, à New York, en 1999,  page 269.

[2] Thomas, Hugh (traduction), La Traite des Noirs (1440-1870), à Paris, en 2006, pages 461-463.

[3] Richardson, David, The British Empire and the Atlantic Slave Trade. 1660–1807in The Oxford History of the British Empire, volume II, à Oxford, en 1998, pages 440–464

[4] [5] Pétré-Grenouilleau, Olivier, Les traites négrières. Essai d’histoire globale, à Paris, en 2004, page 339.

Voir aussi
Un million d'esclaves européens chez les Barbaresques

Le génocide voilé (traite négrière musulmane)

Un million d'esclaves européens chez les Barbaresques

On sait quelle ampleur avait prise la piraterie barbaresque en Méditerranée et le péril qu’elle faisait courir aux populations riveraines, au point que la prise de la Régence d’Alger par la France, en 1830, fut approuvée et accueillie avec soulagement par toute l’Europe. Même si une cousine de la future impératrice Joséphine, la Créole Aimée Dubuc de Rivery, qui avait pris place sur un bateau pour la Métropole, vit le navire arraisonné et ses passagers vendus en esclavage, elle-même étant destinée au harem du sultan de Stamboul, on sait moins que cette piraterie fut presque aussi active dans l’Atlantique. À partir des côtes marocaines furent ainsi razziés aux XVIIe et XVIIe siècle non seulement des Britanniques mais aussi des Scandinaves, des Islandais, des colons du Groenland et même des Américains.

Après de longs recoupements, Giles Milton estime à plus d'un million le nombre des esclaves occidentaux dont une infirme minorité put recouvrer la liberté, grâce au versement d’une rançon ou par évasion — cas du Cornouaillais Thomas Pellow, enlevé en 1715 à l’âge de onze ans, enfin libre vingt ans plus tard et dont l’autobiographie publiée en 1740, après son miraculeux retour en Angleterre, sert à l’auteur de fil conducteur.

À l’époque comme aujourd’hui en Afghanistan et surtout en Afrique (qu’on pense à la Somalie, au Mali où croupissent plusieurs Français), la prise d’otages occidentaux était pratiquée à grande échelle pour obtenir d’abord d’extravagantes rançons, surtout quand ces otages étaient de hauts personnages, mais aussi pour obtenir aussi des appuis politiques et des retournements d’alliances. Ainsi le Maroc multiplia-t-il au début du XVIIe siècle les razzias d’Anglais dans le dessein d’obliger le roi Jacques Ier Stuart à attaquer l’Espagne.

Une main-d’œuvre à bon marché

Mais la cause principale était évidemment de se procurer au moindre coût une énorme main-d’œuvre. Celle-ci étant par exemple nécessaire à la réalisation des projets pharaoniques du sultan alaouite Moulay Ismaïl qui régna de 1672 à 1727 et dont l’obsession était de surpasser Louis XIV, qu’il sommait d’ailleurs de se convertir à l’islam… Ce qui n’empêchait d’ailleurs pas ce fervent musulman de se saouler rituellement pour fêter la fin du ramadan ! Pour que son ensemble palatial de Meknès, avec notamment le Dar el-Mansour, « haut de plus de cinquante mètres », fût infiniment plus vaste et plus imposant que Versailles, le monarque avait donc besoin d’une masse d’ouvriers mais aussi d’artisans, de contremaîtres et d’architectes que seuls pouvaient lui procurer les pirates écumant les côtes européennes. Selon l’historien arabe Ahmad al-Zayyani cité par Milton, il y eut simultanément à Meknès jusqu’à 25 000 esclaves européens, soit une population « à peu près égale à celle d’Alger ».

Certes, il y avait un moyen pour les captifs d’adoucir leur servitude : embrasser l’islam, comme l’avait fait le renégat hollandais Jan Janszoon, devenus l’un des plus redoutables et des plus riches chefs pirates sous le nom de Mourad Raïs. Mais la foi étant encore si grande et si profonde à l’époque, bien peu s’y résolurent, préférant l’enfer sur terre à l’Enfer au Ciel.




Car c’est bien la géhenne que ces malheureux subissaient sous la férule d’une sanguinaire Garde noire, qui terrorisait autant qu’elle surveillait. Ces Noirs, « d’une hauteur prodigieuse, d’un regard épouvantable et d’une voix aussi terrible que l’aboiement de Cerbère » selon l’ancien esclave français Germain Moüette, n’hésitaient pas à recourir aux châtiments les plus extrêmes, voire à la peine capitale, à l’encontre des prisonniers rétifs, ou simplement trop malades et donc incapable de fournir le labeur exigé d’eux malgré les rations de vin et d’eau-de-vie procurées par les juifs, courtiers habituels entre les pirates et Moulay Ismaïl.

Non content de procéder aux pires profanations — après la prise de la place-forte espagnole de la Memora en 1688, le souverain alaouite se fit apporter les statues de la Vierge et des saints afin qu’il puisse « cracher sur elles » avant de les faire briser— Moulay Ismaïl prenait grand plaisir au spectacle de la torture. Selon le récit de Harrison, ambassadeur anglais venu négocier le rachat de ses compatriotes et surtout des femmes, le sultan, qui se déplaçait volontiers sur un « char doré, tiré non par des chevaux mais par un attelage d’épouses et d’eunuques », pour la plupart européens, « faisait battre les hommes presque à mort en sa présence, certains sous la plante des pieds et il les forçait ensuite à courir sur des cailloux et des épines. Certains des esclaves avaient été traînés par des chevaux jusqu’à être mis en pièces. D’autres avaient même été démembrés alors qu’ils étaient encore vivants, leurs doigts et orteils coupés aux articulations ; bras et jambes, tête, etc. »

Un traitement sadique que ne subirent jamais les victimes de la traite triangulaire. « Etre esclave en Géorgie, voilà le vœu d’un ouvrier lyonnais », devait d’ailleurs écrire l’humoriste français Alphonse Karr à la veille de la guerre de Sécession. Certes, tous les « captifs en Barbarie », et notamment au Maroc, pays dont on nous dit être de haute civilisation et profondément humaniste, ne furent pas traités de manière aussi inhumaine. Comme dans d’autres camps, plus récents, beaucoup succombèrent non sous les coups ou la question, mais du fait d’épidémies décimant des organismes affaiblis par la faim, le froid des nuits d’hiver et surtout une promiscuité immonde, les esclaves regroupés dans des cellules surpeuplées vivant dans leurs immondices.

À lire aussi

On lira aussi avec profit sur le même thème l'ouvrage de Robert C. Davis, professeur d'histoire, spécialiste de l'histoire sociale de l'Italie, à l'université d'État de l'Ohio.

Dans son ouvrage Esclaves chrétiens, maîtres musulmans : L'esclavage blanc en Méditerranée, Davis se penche également sur la traite des Blancs pratiquée en Méditerranée par ceux que l'on nommait alors les Barbaresques. Cette traite a duré près de trois siècles et a causé plus d'un million de victimes. Qui étaient ces esclaves ? Comment se les procurait-on ? Comment fonctionnaient les marchés d'Alger, de Tunis et de Tripoli, les trois villes formant le noyau dur de la Barbarie ? Quelle forme prenait l'asservissement physique et moral de ces hommes et femmes originaires de toute l'Europe ? Comment l'Église catholique et les États européens tentèrent-ils de les racheter ? Les réponses que l'auteur apporte à ces questions et à bien d'autres battent en brèche l'idée élaborée au XIXe siècle et encore dominante d'un esclavage fondé avant tout sur des critères raciaux. Sur un sujet négligé ou sous-estimé par de nombreux historiens mais volontiers exploité par le roman populaire, cet ouvrage très sérieusement documenté, fruit de dix années de recherches, a reçu lors de sa première édition en France le prix Madeleine Laurain-Portemer de l'Académie des sciences morales et politiques.

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Un pays à très faible fécondité peut-il jamais renouer avec le taux de renouvellement des générations ?

Dans un article récent consacré à l’hiver démographique, le New York Times écrivait que « aucun pays avec un ralentissement sérieux de la croissance démographique n’a réussi à augmenter son taux de fécondité bien au-delà de la légère hausse que l’Allemagne connaît actuellement ».

La fécondité allemande est passée de 1,25 en 1995 à 1,54 en 2019 après avoir élargi l’accès à des services de garde d’enfants abordables et à un congé parental payé. En 2019, 75,6 % des enfants sont nés de mères de nationalité allemande, tandis que 24,4 % des enfants sont nés de mères de nationalité étrangère. La population allemande d’origine immigrée s’élève à 21 millions, soit environ 26 % de la population allemande. Quelque 65 % de toutes les personnes issues de l’immigration venaient d’un autre pays européen. En 2019, le taux de natalité des immigrés était bien supérieur à la moyenne et dépassait 2 enfants par femme.

Au moins un pays a réussi à remonter la pente démographique, la Géorgie dans le Caucase. Cet ancien pays de l’URSS, a augmenté son indice de fécondité de 1,53 enfant/femme en 1994 à 2,31 enfants/femme en 2015. Ensuite, bien qu’en diminution, l’indice de fécondité est resté proche du taux de renouvellement des générations.

Ce pays subit depuis la fin de l’Union soviétique une très forte émigration. Selon le recensement de 2014, la population de la Géorgie atteignait 3 729 635 habitants. Il s’agissait d’une diminution de 14,7 % depuis 2002, alors que la population était de 4 371 535 habitants.

Cette émigration est causée par les conflits, le départ des Russes de la Géorgie, un haut niveau de chômage depuis deux décennies et un pouvoir d’achat en baisse. Un facteur additionnel accentue cette tendance : la généralisation — initiative soutenue par les États-Unis — de la langue anglaise comme première langue étrangère, plutôt que le russe, et l’appétence des jeunes générations diplômées à une formation universitaire à l’étranger et leurs souhaits d’expatriation définitive. 

Malgré ces obstacles, la Géorgie est parvenue à redresser sa fécondité.

En 2013, la Géorgie a considérablement augmenté les aides financières à la maternité. Le congé parental payé a été prolongé de 126 à 183 jours et le congé sans solde de 477 à 730 jours. De même, le gouvernement a augmenté la « prime pour bébé », une somme unique payée à la naissance d’un enfant, d’environ 250 $ à environ 400 $ américains (le PIB par habitant de la Géorgie n’était que d’environ 9 000 $ à l’époque), et il a augmenté la prime pour un quatrième enfant à près de 800 $. Puis, en 2014, les autorités augmentèrent à nouveau cette somme pour offrir aux parents de trois enfants ou plus dans les régions faiblement peuplées un paiement annuel de 850 $.

L’Église orthodoxe géorgienne a également entrepris une campagne afin de relancer la natalité et le Gouvernement a créé un Secrétariat d’État à la diaspora afin de garder le contact avec les émigrés et en particulier encourager les retours.

Pour Lyman Stone de l’Institute for Family studies, le rôle de l’Église orthodoxe est primordial.

En 2007, le patriarche Élie II de l’Église orthodoxe géorgienne a pris une décision : face à un pays avec une population en déclin, de faibles taux de natalité et des taux d’avortement élevés, le chef de l’église a annoncé qu’il baptiserait personnellement et deviendrait le parrain de tout troisième ou ultérieur enfant orthodoxe né d’un couple marié en Géorgie et officiellement enregistré auprès du gouvernement. La Géorgie est orthodoxe à près de 90 %. Le patriarche Élie II jouit d’une grande confiance et est respecté. Enfin les Géorgiens sont les plus susceptibles de tous les pays à majorité orthodoxe de dire que leur religion est une question de foi personnelle. En d’autres termes, la Géorgie est un cas type idéal pour voir si les dirigeants nationaux peuvent utiliser le capital social ou culturel pour effectuer des changements sociaux ciblés. Depuis les premiers baptêmes de masse fin 2007, Élie a baptisé plus de 36 000 bébés (jusqu’en 2018), soit environ 5,8 % du total des naissances en Géorgie au cours de cette période, ou environ 34,5 % des troisièmes et ultérieures naissances, de sorte que le nombre de ces baptêmes est significatif sur le plan démographique. 

Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessus, la Géorgie connut une forte augmentation des naissances en 2008. Les reportages et les politiciens de l’époque attribuaient cette hausse à la campagne nataliste et antiavortement du patriarche.

Mais la campagne du patriarche Élie était-elle vraiment la cause de cette montée en puissance ? Le moyen le plus simple de vérifier cette hypothèse est de voir si cette augmentation concernait principalement les troisièmes naissances et au-delà, c’est-à-dire les bébés susceptibles d’être baptisés par le patriarche.

La figure ci-dessus montre que de 2007 à 2008, les naissances ont augmenté pour chaque rang de naissance. De 2008 à 2009, elles ont de nouveau augmenté pour chaque rang de naissance. Mais à partir de là, les premières naissances ont diminué, les deuxièmes naissances sont restées stables, tandis que les troisièmes naissances ont continué d’augmenter. Il s’agit pour Lyman Stone d’un élément qui suggère que la campagne du patriarche Élie aurait fonctionné : les naissances de troisième rang ont presque doublé entre 2007 et 2010, puis ont continué à augmenter avec le temps. Surtout, il est possible que sa campagne puisse stimuler même la première ou la deuxième naissance si les parents espèrent avoir plus de bébés plus tard pour profiter de l’offre de baptême spécial pour les futurs enfants. Ils peuvent devancer les naissances planifiées, car le patriarche Élie n’est pas un jeune homme (il a 88 ans) et son successeur pourrait ne pas s’engager à suivre le même programme de baptêmes de masse.

Mais le pic des première et deuxième naissances est-il vraiment lié à l’accélération de la fertilité des couples pour obtenir le baptême patriarcal ? Eh bien, c’est difficile à dire avec certitude, mais on peut répartir la fécondité en fonction de l’état matrimonial. L’offre de baptême n’a été officiellement proposée qu’aux couples mariés, on peut donc s’attendre à ce que la fertilité des mariés augmente, tandis que la fertilité des mères célibataires ne devrait pas être affectée. 


Comme l’indique la figure ci-dessus, la totalité de l’augmentation observée de la fécondité s’est produite dans la fécondité des femmes mariées, tandis que le nombre de naissances pour les femmes non mariées a en fait diminué. Il est vrai que les naissances des femmes mariées avaient commencé à augmenter avant même 2008, la première année où la politique d’Élie devrait vraiment avoir eu un effet significatif, ce qui suggère qu’il y a peut-être eu une tendance sous-jacente à la hausse. Mais la divergence est si grande et persistante que, combinée aux données sur le rang de naissance présentées ci-dessus, il semble extrêmement probable aux yeux de Lyman Stone qu’une grande partie de ce sursaut soit due à l’offre de baptême du patriarche Élie.

Il est souvent difficile en démographie d’établir l’impact des facteurs culturels ou sociaux sur la démographie. Mais le cas de la Géorgie serait assez clair pour Lyman Stone et montrerait que la présence de capital social — c’est-à-dire un acteur non étatique qui peut influencer le comportement d’autrui sans coercition — peut être un atout énorme pour une société, lui permettant de faire des changements démographiquement significatifs avec un prix relativement bas, car les politiques natalistes relativement efficaces sont coûteuses. C’est ainsi qu’en Hongrie les sommes allouées à la politique familiale représentaient près de 4 % du PIB.

Voir aussi
  
 
 
 

Russie — aides aux familles, baisses des avortements, naissances en hausse en mars 2021

Démographie de la Russie pour le premier trimestre 2021

Le premier trimestre 2021 a vu 336 691 naissances contre 338 268 naissances pendant le premier trimestre 2020, soit une diminution de 0,4 % et 1 307 naissances. Statistiquement, on peut dire que la natalité n’a pas diminué pendant le premier trimestre de 2021 par rapport au premier trimestre de 2020. 

Les mariages sont eux en hausse de 3 % et les divorces en hausse de 0,7 %.

Quant à mars 2021, il a vu 128 217 naissances contre 111 021 naissances en mars 2020 soit une hausse de 15,5 % pour 17 196 naissances supplémentaires.

La mortalité infantile au plus bas en Russie

En Russie, la mortalité infantile a atteint un niveau historiquement bas en 2020, s’élevant à 4,5 ‰ selon le ministre russe de la Santé Mikhaïl Mourachko le 16 mars 2021 lors d’une réunion élargie du Comité de la Douma d’État sur la protection de la santé.

Ce taux de mortalité infantile est le plus bas de toute l’histoire non seulement de la Fédération de Russie, mais aussi de l’URSS.

En 2019 la mortalité infantile en Russie était de 5,3 ‰. Ce taux de 4,5 ‰ est celui de la France de 2019 ce qui veut dire qu’un enfant qui nait en Russie en 2020 n’a pas plus de chances de mourir qu’un enfant qui naît en France en 2019.

À noter qu’en 2019 la mortalité infantile était de 5,8 ‰ en Slovaquie, 6,5 ‰ aux États-Unis ou encore 8,4 ‰ en Ukraine.

Avortement en forte baisse depuis

La Russie a construit des centres de soutien médical et social pour les femmes enceintes en situation de vie difficile. À titre d’exemple en 2020, malgré la pandémie, plus de 230 000 femmes ont été consultées dans ces centres et près de 50 000, soit 22 %, ont finalement décidé de ne pas avorter. La politique russe est de venir en aides aux femmes enceinte, de décourager ainsi les avortements sans les interdire.

Selon Tatiana Golikova la vice-première ministre, le nombre d’avortements aurait diminué de 39 % entre 2015 et 2020 ce qui voudrait dire que 2020 devrait voir autour de 510 000 avortements.

Il faut cependant pondérer ce chiffre par la baisse du nombre de femmes en âge de procréer et donc d’avorter.

Nouvelles aides sociales en Russie

À la suite des propositions du président russe Vladimir Poutine, exprimées dans son message à l’Assemblée fédérale d’avril dernier, voici la liste des mesures principales annoncées pour soutenir les familles avec enfants et les femmes enceintes :

  • à partir du 1er septembre, les arrêts maladie pour s’occuper d’un enfant de moins de 8 ans sont remboursés à hauteur de 100 % du salaire moyen ;
  • à partir du 1er juillet, les foyers monoparentaux avec des enfants de 8 à 17 ans se verront attribuer des paiements mensuels de 50 % équivalant à la moitié du minimum de subsistance de l’enfant dans la région (en moyenne en Russie, il est de 5,6 mille roubles) ;
  • à partir du 1er juillet, les femmes enregistrées avec une grossesse jusqu’à 12 semaines se verront attribuer une allocation de 50 % du niveau de subsistance ; à partir du 1er août et avant le 31 août, un paiement unique de 10 000 roubles pour chaque élève qui va à l’école, de 8 à 16 ans ;
  • Une allocation mensuelle pour les femmes enceintes qui se trouvent dans une situation de vie difficile soit au sein d’une famille avec un revenu familial moyen par habitant inférieur au niveau de subsistance ;
  • Le montant de l’allocation sera égal à la moitié du niveau de subsistance dans la région de résidence d’une femme enceinte qui est en moyenne en Fédération de Russie de 6 350 roubles et sera payé jusqu’au jour de la naissance.

Source : Journal d’un Frussien


jeudi 27 mai 2021

Gestion de la pandémie — Hausse des tentatives de suicide chez les adolescents et les jeunes adultes

Les pédopsychiatres sont nombreux, depuis le début de l'épidémie, à alerter sur la hausse de jeunes patients reçus pour dépression, au point de tenter de mettre fin à leurs jours. De premiers chiffres sur les tentatives de suicide des adolescents et jeunes adultes, rendus publics prochainement, confirment désormais ces remontées de terrain.

Le professeur en psychiatrie Fabrice Jollant (GHU Paris psychiatrie et neurosciences) et le médecin réanimateur Dominique Vodovar (centre antipoison de Paris) ont analysé le nombre d'appels pour tentatives de suicide des huit centres antipoison (CAP) du territoire, entre le 1er janvier 2018 et le 31 mars 2021, soit 50 000 dossiers. Et ils le confirment : les tentatives de suicide chez les 12-24 ans sont en hausse, depuis septembre 2020. Un phénomène « très nouveau » et « inquiétant », indique le professeur Jollant.

Sans prétendre à l'exhaustivité – leur travail d'analyse ne se concentrant que sur les données des CAP –, leur conclusion « pourrait tout à fait refléter la tendance générale française », explique le docteur Vodovar. D'autant que « 80 % des tentatives de suicide impliquent l'ingestion de médicaments », précise-t-il.

Des appels deux fois supérieurs à la normale

Des indicateurs le montraient déjà, lors du premier confinement (du 17 mars au 10 mai 2020) : les gestes suicidaires ont d'abord chuté d'environ 20 %, tous types de tentatives et tous âges confondus, à l'exception des sujets de plus de 65 ans, plus exposés que les autres tranches d'âge aux risques d'infection et de mortalité induits par le virus et susceptibles d'avoir connu une expérience douloureuse en réanimation.

Une baisse générale « pour partie justifiée par un effet de sidération », explique le professeur Jollant. « Cela nous est tombé dessus, et il y a eu une forme de souffrance collective. Il s'agissait avant tout de lutter ensemble, ce qui protège généralement du passage au suicide, précise-t-il. On a observé la même chose après l'attentat du 11 septembre 2001 ou après l'épidémie de Sras, en 2002. »

Mais « cela reste généralement temporaire ». Aussi, rapidement, et particulièrement à partir du mois de septembre, la tendance s'inverse : « Les appels aux centres antipoison pour tentative de suicide se multipliaient, on a donc commencé à suivre cela de près, raconte le docteur Vodovar. Les CAP recevaient entre trente et quarante appels par jour avant l'épidémie, pour ingestion volontaire de médicaments ou de produits ménagers. Aujourd'hui, ils recensent jusqu'à soixante à quatre-vingts appels par jour, particulièrement pour des adolescents et de jeunes adultes », précise-t-il.

Un « public fragilisé par la situation et ses mesures »

Parmi eux, un « public fragile », touché par des « pathologies psychiatriques (dépression, troubles de l'humeur, addictions…), qui démarrent généralement à l'adolescence, et qui a pris de plein fouet l'épidémie », explique Fabrice Jollant. En temps normal, 15 à 20 % des jeunes étant en difficulté sociale et/ou psychique et 10 % des adolescents exprimant, chaque année, des idées suicidaires.

Mais aussi un « public fragilisé par la situation et ses mesures », précise-t-il. Et plus particulièrement « le poids majeur de l'isolement induit par l'épidémie ». « Certains jeunes se sont retrouvés très isolés. La fermeture de leurs établissements et le fait de se retrouver, pour certains, seuls dans des petits endroits ou en rapports étroits et parfois conflictuels avec leurs proches, sur de longues périodes, a pu être très difficile et a mis à mal leur socialisation, dans une période de leur vie où celle-ci est clé », explique-t-il.

Source et suite de l'article

Voir aussi

Augmentation de 40 % des jeunes de 12 à 17 ans admis à l’hôpital pour des raisons de santé mentale  

La pression médiatique de la Covid-19 en mars 2020 a connu un pic inédit depuis 1945 (on a jamais autant parlé d'un événement) 

Le confinement aurait détruit plus d'années de vie qu'il n'en a épargné 

Covid — New York Times affirme que le CDC a grandement exagéré le risque de contamination à l’extérieur  

La gestion du Covid ruine l’apprentissage de la lecture pour 100 millions d’enfants

  
  
 
 
 

Augmentation de 40 % des jeunes de 12 à 17 ans admis à l’hôpital pour des raisons de santé mentale

Le nombre de Québécois de 12 à 17 ans admis à l’hôpital pour des raisons de santé mentale à la suite d’une visite à l’urgence a augmenté de 40% en janvier et février, par rapport à la même période l’an dernier, selon des statistiques de l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME).

Dans un communiqué publié vendredi, l’HME s’est dit inquiet «du nombre sans précédent de préadolescents et d’adolescents aux prises avec des problèmes de santé mentale» en raison de la pandémie, des fermetures d’école, de l’apprentissage en ligne, de l’augmentation du temps passé devant un écran, de l’absence d’activités sportives ou parascolaires et du manque de socialisation.

«Le nombre de jeunes en détresse est alarmant. À l’Hôpital de Montréal pour enfants, nous traitons des préadolescents et des adolescents qui ont des pensées suicidaires, qui souffrent de dépression, qui ingèrent intentionnellement des médicaments, qui souffrent d’anxiété aiguë et qui ont des troubles alimentaires graves», a expliqué le Dr Martin Gignac, directeur médical du service de psychiatrie de l’HME.

«Au cours des derniers mois, notre unité psychiatrique de huit patients a dépassé sa capacité avec jusqu’à 12 à 14 adolescents en crise par jour», a ajouté le Dr Gignac.

Il estime qu’un nouveau modèle de soins devrait voir le jour afin d’éviter que des adolescents souffrant de problèmes de santé mentale et ayant besoin d’une surveillance 24 heures sur 24 soient admis dans des unités chirurgicales ou médicales.

Plutôt qu’un séjour à l’hôpital, le Dr Gignac préconise la création, dans la communauté, de centres d’intervention de crise où les adolescents auraient un accès rapide à des intervenants en santé mentale et où les familles pourraient participer à une psychothérapie intensive.

Source

mercredi 26 mai 2021

Lockheed Martin — Hommes blancs, mal; missiles de guerre, bien ? Formation sur le privilège blanc.

L’année dernière, Lockheed Martin Corporation, la plus grande entreprise du complexe militaro-industriel américain avec 110 000 employés a envoyé des cadres blancs de sexe masculin à un programme de formation sur « la diversité » de trois jours visant à déconstruire leur « culture d’hommes blancs » et à les encourager à expier leur « privilège des hommes blancs », selon documents obtenus par Christopher Rufo.

Le programme, hébergé sur Zoom pour une cohorte de 13 employés de Lockheed, était dirigé par la société de conseil en diversité White Men As Full Diversity Partners (Les Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité), spécialisée dans l’aide aux hommes blancs pour « se réveiller ensemble ». Les employés de Lockheed, tous hauts dirigeants de l’entreprise, comprenaient Aaron Huckaby, directeur des opérations de la chaîne d’approvisionnement mondiale ; le lieutenant-colonel à la retraite de la Force aérienne David Starr, directeur du programme de transport militaire Hercules C-130 ; le lieutenant-général à la retraite de la Force aérienne Bruce Litchfield, vice-président des opérations de maintien en puissance ; et Glenn Woods, vice-président de la production pour le programme des ruineux chasseurs F-35.


Au début du programme, les formateurs en diversité ont soumis les employés de Lockheed à un exercice « d’association libre ». Les employés devaient énumérer les mots qu’ils associent au terme « hommes blancs ». Parmi la liste soumise par les formateurs, on retrouve « vieux », « raciste », « privilégié », « anti-femmes », « en colère », « nation aryenne », « KKK », « pères fondateurs », « fusils », « coupable » et « ne savent pas sauter. » Selon les participants, ces perceptions ont conduit à « des hypothèses sur les hommes blancs et la diversité », de nombreux employés estimant que les hommes blancs « ne se soucient pas de la diversité », « ont une perspective classique sur l’histoire et le colonialisme » et « ne veulent pas céder notre pouvoir ».

Pour l’équipe d’Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité — Jim Morris, Mark Havens, and Michael Welp —, la session de formation avantage les hommes blancs qui adhèrent à la philosophie de la diversité et de l’inclusion. En réponse à une question sur « qu’en retirent les hommes blancs ? », les participants ont énuméré des avantages tels que : « Je ne serai pas remplacé par quelqu’un qui est un meilleur partenaire de la diversité complète », « [Je vais] améliorer la marque, l’image, la réputation des hommes blancs » et « j’aurai un sentiment de culpabilité moins tenace d'être source de problèmes. »

Dans un ensemble de ressources connexes, l’équipe Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité expose sa théorie du privilège. Les fondateurs de la société, Welp et Bill Proudman, ont fait valoir que les hommes blancs doivent « travailler dur pour comprendre » leur « privilège blanc », « privilège masculin » et « privilège hétérosexuel », ce qui leur confère des avantages immérités. Les programmes de formation de l’entreprise sont conçus pour aider les hommes blancs à découvrir les « racines de la culture des hommes blancs ». Cette culture, selon Welp et Proudman, s’articule autour de valeurs telles qu’« un individualisme robuste », « une attitude positive », « le travail acharné », « fonctionnant à partir de principes » et « aspirant au succès » — qui sont superficiellement positifs, mais sont « dévastateurs » pour les femmes et les minorités.

Lors de la formation Lockheed, après les exercices de base, les formateurs ont procédé à la partie « cœurs et esprits » de la session : déconstruire le « privilège des hommes blancs » des employés à travers une série de « déclarations de privilèges », puis travailler à reconstruire leur identité comme « agent[s] du changement. » Les formateurs ont fourni aux participants une liste de 156 « déclarations de privilèges blancs », « déclarations de privilèges masculins » et « déclarations de privilèges hétérosexuels » à lire et à discuter. Parmi ces déclarations : « Ma culture m’apprend à minimiser les perspectives et les pouvoirs des gens issus d’autres races » ; « Je peux commettre des actes de terrorisme, de violence ou de crime sans que cela soit attribué à ma race » ; « Mon potentiel de revenu est de 15 à 33 % supérieur à celui d’une femme » ; « Mes organes reproducteurs ne sont pas considérés comme la propriété des autres hommes, du gouvernement et/ou même des étrangers en raison de mon sexe » ; « On ne me demande pas pourquoi je suis hétéro » ; « Je peux être ami avec des enfants ou travailler avec eux sans être accusé de les avoir recrutés ou agressés. »

Enfin, afin de consolider l’idée que la culture des hommes blancs est « dévastatrice » pour les minorités raciales et les femmes, les formateurs ont demandé aux employés de Lockheed de lire une série de déclarations « Je suis fatigué » qui auraient été prononcées par des personnes issues des minorités raciales et des femmes fictives. Les déclarations comprenaient : « Je suis fatigué d’être noir » ; « Je suis fatigué que vous gagniez plus d’argent que moi » ; « Je suis fatigué que les gens dénigrent nos campagnes politiques (comme Black Lives Matter) » ; « Je suis fatigué que des garçons/filles noirs soient assassinés » ; « Je suis fatigué que les gens pensent qu’ils sont plus intelligents et plus qualifiés que moi » ; « Je suis fatigué d’entendre que nous avons besoin d’un mur à la frontière au Sud, mais pas à la frontière au Nord » ; « Je suis fatigué du désir ou des commentaires qu’il faudrait éliminer la race — le concept selon lequel nous devrions être “daltoniens”. »

Ce n’est pas la première fois que Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité organise un programme de formation controversé. L’année dernière, cette entreprise avait déjà organisé un programme de formation des employés blancs des laboratoires nationaux de Sandia qui sont parmi les principaux laboratoires nationaux du département de l’Énergie des États-Unis. Cette révélation avait mené à une série d’articles de presse et de dénonciations dans les médias. En conséquence, le président Donald Trump avait signé le décret 13950 qui interdisait dans les programmes fédéraux de diversité l’usage de stéréotypes raciaux, de la rhétorique de bouc émissaire et de a discrimination. L’interdiction de Trump, cependant, ne fut que temporaire. Le président Biden s’est empressé d’annuler ce décret le premier jour de son mandat.