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dimanche 12 juillet 2026

Contrairement à ce que pens(ai)ent nombre d'économistes, l’immigration massive n’est pas la solution miracle

À l’instar du débat sur le libre-échange ces dernières années, le consensus sur l'immigration est en train d’évoluer. L’auteur de l'article ci-dessous, Oren Cass, est rédacteur en chef adjoint du Financial Times et économiste en chef chez American Compass.

Lorsqu’ils s’engagent dans des débats sur l’immigration, les économistes tendent à mettre leur crédibilité de côté. C’est particulièrement le cas lorsqu’il est question de l’immigration massive de travailleurs non qualifiés (attirer les meilleurs talents du monde est une autre histoire). Le bon sens et la dynamique du marché suggèrent à juste titre que cette immigration peu qualifiée entraîne une baisse de la qualité des emplois pour les travailleurs déjà en place et nuit aux services publics. Pourtant, certains économistes n’ont cessé d’avancer des arguments contraires, qui coïncidaient opportunément avec les intérêts particuliers des employeurs dépendant d’une main-d’œuvre abondante et bon marché, ainsi qu’avec ceux des progressistes désireux de concilier leur opposition aux restrictions en matière d’immigration avec leur soutien aux travailleurs.


Le vent est désormais en train de tourner. Des deux côtés de l’Atlantique, les partis politiques de centre-gauche découvrent que l’immigration incontrôlée fait peser une menace existentielle sur leurs perspectives électorales. L’application de la loi et la limitation des flux migratoires figurent soudainement à l’ordre du jour. Et, ô surprise, les arguments économiques commencent à affluer, confirmant que cette démarche pourrait bien être judicieuse.

En mars, des économistes des banques de la Réserve fédérale de Dallas et de San Francisco ont attribué 30 % de la hausse rapide des prix de l’immobilier aux États-Unis entre 2021 et 2024 à la flambée de l’immigration clandestine. Lorsque JD Vance a soulevé ce fait lors du débat vice-présidentiel de 2024, qualifiant l’immigration clandestine de « l’un des principaux moteurs des prix de l’immobilier », les économistes se sont empressés de le critiquer pour une prétendue exagération. Mais il semble avoir eu raison.

Le référendum suisse de juin sur le plafonnement de la population a offert une nouvelle occasion de repenser la question. L’immigration n’est pas une solution au vieillissement de la population, selon le professeur d’économie Alan Manning, et les dépenses qui y sont consacrées peuvent réduire la productivité. Un chef d’entreprise suisse a qualifié de « solution de facilité » le fait de remédier aux pénuries de main-d’œuvre par l’immigration, tandis qu’un autre a déploré que « la pression pour améliorer la productivité dans l’industrie et le secteur des services ait disparu ».

Ce dernier point est particulièrement important. Si les employeurs estiment qu’ils auront toujours accès à un vaste vivier de main-d’œuvre facilement exploitable, pourquoi modifieraient-ils leurs modèles économiques et leurs modes de fonctionnement pour créer de meilleurs emplois ou investir dans une productivité accrue ? Un « travail que les Américains ne veulent pas faire » n’existe que si les employeurs savent qu’on leur fournira quelqu’un d’autre pour le faire à leur place.

Un nouvel article rédigé par Daron Acemoglu, lauréat du prix Nobel en 2024, ses collègues économistes du MIT David Autor et Keelan Beirne, ainsi que par Andrew Scott de la London Business School, apporte un autre élément de preuve. Bien qu’ils aient étudié les taux de natalité et non l’immigration, leurs conclusions ont une incidence directe sur cette dernière.

Les économistes partent généralement du principe qu’une baisse de la main-d’œuvre disponible entraînera stagnation et contraction, et plaident en faveur de niveaux élevés d’immigration pour cette raison. Acemoglu et ses collègues ont constaté le contraire : « Contrairement à l’idée reçue, nous constatons que la baisse des taux de natalité a jusqu’à présent conduit à une croissance plus forte du PIB par travailleur dans l’ensemble des pays et à une hausse plus importante des salaires sur les marchés du travail locaux aux États-Unis. »

Leur explication ? « La réponse endogène de la technologie à la pénurie de jeunes travailleurs, qui permet d’économiser de la main-d’œuvre. » En termes simples, la diminution de la main-d’œuvre disponible a favorisé l’innovation technologique et l’investissement, préservant ainsi l’économie et, en stimulant la productivité et les salaires, améliorant la situation des travailleurs.

Ces arguments méritent certes d’être approfondis. Mais ils modifient le discours dominant dans le débat. L’idée selon laquelle l’immigration massive atténue la pénurie de logements en fournissant davantage d’ouvriers du bâtiment est désormais beaucoup plus difficile à prendre au sérieux. Les 1 470 économistes qui ont signé en 2017 une lettre affirmant que « l’immigration apporte de jeunes travailleurs qui contribuent à compenser le départ à la retraite massif des baby-boomers » doivent désormais présenter des preuves concrètes pour étayer leur thèse.

La phrase la plus révélatrice de cette lettre était l’affirmation selon laquelle « sur certaines questions, il existe un consensus quasi universel. L’une de ces questions concerne les avantages économiques généraux que les immigrants apportent à ce pays ». Ce prétendu consensus rappelle la déclaration similaire en faveur du libre-échange lors du débat de 2000 sur l’adhésion de la Chine à l’OMC. Parmi les économistes, avait alors déclaré Lawrence Summers, secrétaire au Trésor de l’époque, « il n’y a eu qu’une seule réponse : accueillir la Chine au sein du système économique mondial est une bonne chose pour l’économie américaine ».

Devoir revenir sur ce jugement a été humiliant pour la profession d’économiste. Le mois dernier encore, le lauréat du prix Nobel Paul Krugman a admis s’être trompé. Il avait auparavant affirmé qu’« un pays sert ses propres intérêts en poursuivant le libre-échange, quoi qu’en pensent les autres pays ». Mais aujourd’hui, Krugman avoue avoir été « choqué non seulement par son propre revirement, mais aussi par celui de certains de ses collègues, des personnes qui défendent depuis longtemps la mondialisation ».

Nous n'en sommes pas encore là dans le débat sur l'immigration. La situation ressemble davantage à celle du débat sur le libre-échange au milieu des années 2010, lorsque les travaux d'Autor et d'autres chercheurs sur le « choc chinois » ont commencé à paraître. Mais l'histoire montre que tout consensus dogmatique ne peut freiner la réalité que pendant un certain temps. Les prochaines années ne s'annoncent guère favorables aux partisans de l'immigration de masse comme politique économique.

mercredi 13 août 2025

Anne Coffinier : « La passion égalitariste et la peur de discriminer ont conduit à mettre à mal l’école »

Le taux de réussite au Baccalauréat 2025 est de 91,8 %, une hausse de 0,4 % selon le ministère de l’Éducation nationale. Cependant, divers experts et commentateurs ont déploré un « examen dévalorisé » et « donné à tout le monde ».

Anne Coffinier (ci-contre) est fondatrice de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative-Institut de France et présidente de Créer son école. Le rejet de la méritocratie a entraîné une dévalorisation de l’examen passé chaque année par environ 700.000 candidats, explique-t-elle dans un entretien avec l'Epoch Times.


— Quelle est votre analyse sur le baccalauréat d’aujourd’hui ?

Anne Coffinier.Aujourd’hui, le baccalauréat n’a plus sa fonction historique. Le niveau a tellement baissé qu’il ne sélectionne plus les élèves et ainsi ne permet plus d’organiser l’entrée à l’université.

Par ailleurs, l’introduction de 40 % de contrôle continu n’a rien arrangé. Ce dernier a conduit les jeunes à la négociation permanente avec les professeurs pour avoir des bonnes notes tout au long de l’année. Les notes de contrôle continu ont une valeur qui change du tout au tout selon l’établissement scolaire d’origine, ce que savent les recruteurs du supérieur. C’est le caractère national du diplôme qui est ainsi remis en cause.

En réalité, le baccalauréat repose désormais sur un mensonge social : chaque année, élèves et parents expriment leur joie et leur satisfaction lors de la publication des résultats alors que l’examen n’a plus de valeur.

Maintenant, il y a deux solutions face à ce désastre : soit on supprime totalement l’examen – d’autant qu’il coûte 1,5 milliard par an -,soit on le refonde totalement en le revalorisant par le retour de la sélection des élèves et la fin du contrôle continu, en revenant vers un taux de réussite au bac inférieur à 70 %.

Mais cela demande du courage. La revalorisation du bac ne sera pas populaire dans l’opinion.

Pourriez- vous revenir en détails sur l’impact du contrôle continu dans la dévalorisation du bac ?

Il fait perdre de la valeur à cet examen parce que les notes ne peuvent être harmonisées sur l’ensemble du territoire. On sait très bien qu’un 14 / 20 n’a pas la même valeur dans un lycée public de REP+ [en gros les quartiers dits « populaires », c'est-à-dire immigrés] qu’à Louis-le-Grand.

Par conséquent, les universités, lorsqu’elles examinent les candidatures, ne regardent plus les résultats des élèves, mais leur établissement d’origine. C’est-à-dire que quand vous êtes un élève moyen scolarisé dans un lycée prestigieux, vous avez plus de chance d’être admis dans un établissement supérieur qu’un jeune brillant en provenance d’un lycée provincial quelconque sans renommée particulière. Ce qui est grave en termes de justice sociale et de renouvellement des élites.

Je vis cette problématique de manière assez personnelle parce que j’ai passé mon baccalauréat dans un lycée public provincial à Manosque dans les Alpes et si j’ai été admise à Louis-le-Grand, c’est bien parce que les notes valaient encore quelque chose. Autrement, je serais restée invisible et n’aurais pu effectuer mon parcours d’excellence républicain intégralement public : ENS [École normale supérieure] puis ENA.

C’est la raison pour laquelle je me suis battue pour soutenir et financer la création du test de mathématiques avancées TeSciA, en 2022, qui permet d’évaluer objectivement le niveau des élèves de terminale dans cette discipline. C’est un outil méritocratique digne d’intérêt.

Il faut redonner à la méritocratie toute sa place, et cela passe par une sélection assumée.

À partir de quand la méritocratie a-t-elle été mal vue ?

Dès 1985, notamment quand Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Éducation nationale, avait fixé l’objectif d’amener 80 % des jeunes « au niveau du bac ». Puis, la loi d’orientation sur l’éducation de 1989 portée par Lionel Jospin a enfoncé le clou.

À chaque réforme, ceux qui nous dirigent se demandent ce qui avantage le plus les jeunes bourgeois et ce qui défavorise le plus les jeunes issus de l’immigration. Et à partir de là, au nom d’un égalitarisme pathologique, ils ont supprimé les éléments « discriminants » comme la culture classique ou les règles d’orthographe.

Cette passion égalitariste et cette peur de discriminer ont conduit à mettre à mal l’école, pourtant autrefois voie d’ascension sociale pour les jeunes.

Vous dénoncez depuis plusieurs années la dévalorisation des examens et la baisse du niveau scolaire. Que vous disent les enseignants que vous rencontrez ? Sont-ils réceptifs à votre discours ?

Les enseignants sont réceptifs depuis longtemps. Ils ont conscience de travailler dans des conditions absurdes.

Maintenant, il y a cette idée chez la plupart des professeurs qu’il vaut mieux faire confiance à l’école publique qu’à une autre solution. Ils considèrent que l’État est toujours plus efficace que n’importe quelle autre solution non-étatique. Nous sommes en plein dans l’idéologie. Aujourd’hui, l’école publique est tellement dégradée qu’elle défait la République, dans la plupart du territoire français.

Les enseignants n’osent pas faire remonter leurs observations au ministère de l’Éducation nationale ?

Ils savent que leurs démarches seront vaines et se sont résignés. Ils n’ont plus du tout de capacité d’indignation. Les plus passionnés font de leur mieux localement, discrètement, et ont renoncé à peser sur la justice et l’efficacité d’ensemble.

Pour ma part, je constate qu’il y a une grande souffrance psychologique chez les enseignants parce que leur intelligence leur fait voir cruellement tout ce qui dysfonctionne dans l’Éducation nationale, mais qu’ils sont en même temps pris dans une sorte de collaboration anesthésiante avec ce système inefficient.

Dans la mesure où ils sont en première ligne de ce désastre, je pense qu’ils devraient être davantage écoutés. Les solutions éducatives solides ne peuvent venir que du terrain, c’est-à-dire des salles de classe.

C’est la raison pour laquelle la solution passe, à mon sens, par la subsidiarité. Redonner aux établissements scolaires la capacité d’agir : recruter leurs enseignants, les gérer, avoir la main sur les admissions, les départs, les éventuels redoublements ou programmes de renforcement académique des élèves. C’est essentiel si nous voulons mettre fin à l’expérience quotidienne de l’impuissance.


dimanche 25 mai 2025

Éducation : le succès du cours Clovis, une école d’excellence dans la France rurale

En 2027, il faudra se donner les moyens de reproduire à l’échelle nationale de la France le succès du cours Clovis, une école d’exception à La Fère, dans la France périphérique.

Les jeunes ruraux pauvres se projettent deux fois moins dans les études supérieures

La Fère est emblématique de la France dite périphérique. Hier couverte de gloire et enjeu de batailles décisives, La Fère, ville natale du père d’Henri IV, choyée par Mazarin et Anne d’Autriche, ancien siège de l’école royale d’artillerie, semblait vouée à la disparition. 2 800 habitants, 30 % de chômeurs, des commerces qui ferment les uns après les autres. Plus d’avenir pour les adultes, pas de perspective pour les jeunes… jusqu’à ce qu’en 2017 un petit groupe de trentenaires, décidé à renverser le cours d’un destin trop triste, installe quatre Algecos sur le stationnement d’une enseigne commerciale de maxi-discompte désaffectée, et lance un appel : « Élèves décrocheurs de la région, venez apprendre et grandir avec nous ! » Le cours Clovis – nous sommes à 40 kilomètres de Soissons – était né. Huit ans plus tard, les résultats de sa pédagogie tiennent du miracle.

Dans cette région qui cumule les records (pauvreté, chômage, alcoolisme), les élèves du cours Clovis entrent en CP avec un niveau inférieur à celui des réseaux d’éducation prioritaire renforcés (les élèves en plus grande difficulté)... pour entrer en 6e avec un niveau supérieur à la moyenne nationale. Le succès ne s’arrête pas là : depuis trois ans, les élèves de 3e obtiennent des résultats semblables aux 10 % des élèves les plus favorisés de France, alors qu’ils font partie des 10 % les plus défavorisés.

Et pourtant, le coût annuel par élève du cours Clovis, qui est hors contrat et donc non subventionné par l'État, est significativement inférieur au coût moyen d’un élève de l’Éducation nationale : 6 500 euros par an contre 7 900 euros (primaire). D’où vient le miracle et peut-on le reproduire à l’échelle nationale en 2027 ?

Il y a ce qui se donne à voir dans cette école d’exception : l’uniforme pour masquer les disparités de revenus et de conditions, et libérer parents et enfants de la tyrannie dispendieuse des marques ; le vouvoiement des professeurs par leurs élèves et réciproquement ; les professeurs qui jouent au foot et au basket avec leurs élèves pendant la récréation à même le stationnement de voitures.

La discipline, bien sûr, mais d’où vient cette joie sereine sur les visages des enfants ; cette absence de tensions et de violences ; ce je-ne-sais-quoi où se mélangent le respect, la fierté d’en être ? Le directeur d’Excellence Ruralités, Jean-Baptiste Nouailhac, a la réponse. « Il n’y a pas de miracle, mais un projet fondamental : nous mettons des personnes (les professeurs) devant d’autres personnes (les élèves) ; nous ne broyons pas l’humain dans une procédure ou une bureaucratie. Des petits effectifs permettent un suivi personnalisé de chaque élève. Le projet éducatif ici, ce n’est pas de faire rentrer les élèves dans des cases idéologiques, quelles qu’elles soient ; c’est de faire en sorte que l’élève puisse voler de ses propres ailes. Nous éduquons à la liberté et à la maîtrise de soi, dans une époque où il est de plus en plus difficile de résister aux intrusions et aux tentations et prescriptions des petits écrans. » Et pour enfoncer le clou, et le compas, Pythagore vient à la rescousse : « Nul n’est libre s’il n’est maître de lui-même. » CQFD.


Révolution culturelle

Comment réussir le déploiement à l’échelle nationale, au-delà du cours Clovis et de deux nouvelles écoles lancées en Charente et dans le Morvan ? Cela passe d’abord par une forme de révolution culturelle à l’Éducation nationale. Remettre la personne au centre, c’est troquer une approche massifiée par une approche granulaire, de personne à personne. Les outils numériques le permettent. Pierre d’angle du succès d’une école comme de toute entreprise humaine : son chef. Un chef d’établissement, en effet, doit avoir les moyens juridiques et financiers de son autorité; pouvoir recruter l’équipe d’enseignants qu’il souhaite, au prix qu’il aura décidé – dans le cadre d’un budget global, et en privilégiant la personnalité, la motivation, son adhésion au projet éducatif, plutôt que des enseignants choisis par le syndicat et au titre de l’ancienneté.

Comment financer cette révolution culturelle – où le principe du doublement des salaires des enseignants doit être acté, afin de rémunérer les enseignants français dignement – et au niveau de leurs homologues allemands ?

Neuf des 10 départements les plus touchés par les retards de lecture sont ruraux

Les marges de manœuvre sont toutes trouvées dans les pantagruéliques effectifs administratifs de l’Éducation nationale, tant à Paris que dans chaque établissement. 600 000 agents « encadrent » 10 millions d’élèves dans l’Éducation nationale, soit 1,5 fois plus que dans l’enseignement catholique. À l’instar de l’hôpital et d’autres services publics essentiels, le mal est là, et croissant (48 % d’effectifs non enseignants en hausse depuis 2015, source Ifrap) : dans la bureaucratisation à outrance. La solution est toute trouvée : aucun départ à la retraite ne sera remplacé chez les non-enseignants pendant le prochain quinquennat ; gel total des embauches pour ce corps déjà obèse. Priorité absolue donnée à la « ligne de front » – les enseignants, et à l’initiative des chefs d’établissement. Ce sont eux qui savent faire, au plus près des élèves ; pas des bureaucrates syndiqués à Paris, récitant souvent un mauvais catéchisme idéologique.

Une idée du cours Clovis, dont la stratégie est d’aider les élèves de leur région à pleinement se réapproprier leur territoire, son histoire et sa marque glorieuses, nous identifions le triptyque gagnant pour l’Éducation nationale en 2027. Plus un euro pour l’administratif, tout pour les enseignants ; dévolution maximale des pouvoirs au chef d’établissement et que les meilleures écoles gagnent ; et remettre la personne de l’élève, son histoire et son territoire, au cœur du nouveau contrat éducatif français. Si nous y arrivons en 2027, les enseignants-mousquetaires de La Fère n’auront pas démérité de leurs ancêtres dumasiens.


Source : JDD

jeudi 10 octobre 2024

Anne Coffinier : « L'école s'enfonce depuis 25 ans »

Ancienne élève de l'ENS et de l'ENA, Anne Coffinier s'est spécialisée dans l'entreprenariat social fondant notamment l'association "Créer son école", militant pour l'enseignement libre


mercredi 24 avril 2024

Le mouvement des écoles catholiques indépendantes offre aux parents ontariens une alternative


Un groupe de personnes investies dans l’éducation catholique développe un réseau pour aider le mouvement des écoles catholiques indépendantes en Ontario.

Le Consortium des écoles catholiques indépendantes de l’Ontario (Consortium of Independent Ontario Catholic Schools — CIOCS) est un réseau d’écoles dont l’objectif principal est de favoriser la collaboration et la communion entre les écoles membres tout en soutenant des valeurs, une mission et un engagement communs envers l’éducation catholique.

John Pacheco, l’un des directeurs du Consortium, a expliqué l’une des motivations du groupe.

« On parle beaucoup aujourd’hui d’identité, et nous croyons que l’identité de chaque enfant doit s’enraciner et se conformer à l’image de Jésus-Christ, à l’image immuable duquel nous avons été créés », a-t-il déclaré.

« D’un point de vue pratique, nous cherchons à développer une structure de soutien pour aider nos écoles membres actuelles et futures dans divers domaines. L’un des principaux objectifs du CIOCS est de trouver des moyens de réduire les coûts afin de mettre l’enseignement privé catholique à la portée des parents ».

En s’appuyant sur l’expérience et les connaissances collectives des écoles existantes et de leurs fondateurs, la CIOCS espère que les membres existants et nouveaux pourront acquérir des connaissances inestimables les uns des autres, collaborer, planifier des initiatives communes, des événements et des rassemblements annuels, susciter et partager le développement de l’enseignement professionnel, développer une économie naissante enracinée dans les principes sociaux catholiques légitimes et la loi naturelle, bénéficier d’avantages financiers grâce à des économies d’échelle, présenter une voix collective pour engager des tiers à promouvoir les objectifs communs des membres et enfin, se soutenir moralement et s’encourager les uns les autres.

Un autre objectif du réseau est de fournir une tribune et des moyens d’action aux nouvelles écoles et à ce que la CIOCS appelle les « parents missionnaires », c’est-à-dire les parents qui cherchent une alternative aux écoles publiques existantes financées par le gouvernement en créant leurs propres écoles avec des parents partageant les mêmes idées.

Pacheco déclare que le CIOCS « existe pour accroître le nombre de membres de son réseau afin de permettre aux parents qui le souhaitent de créer de telles écoles et d’autres lieux d’enseignement là où ils vivent. Le Consortium existe en partie pour répondre à leur première question : “Par où pouvons-nous commencer ?” »

Un autre objectif du réseau est de représenter les écoles membres lorsqu’elles traitent avec des tiers, y compris d’autres associations partageant les mêmes idées, le gouvernement et même la hiérarchie de l’Église catholique dans des domaines d’intérêt commun pour les écoles.

Au cours des dernières années, des parents ont exprimé leur inquiétude au sujet de l’éducation catholique en Ontario, face au succès du mouvement transgenre qui a promu la confusion du genre dans les écoles financées par le gouvernement, ainsi qu’à la réticence des conseils scolaires à écouter les préoccupations des parents. Récemment, les écoles catholiques publiques ont même refusé d’affirmer l’enseignement catholique sur le caractère sacré de la vie humaine. Trois membres de la Commission scolaire catholique de Toronto (TCDSB) ont publiquement rejeté l’initiative pro-vie proposée par un collègue pour que toutes les écoles du district arborent le drapeau pro-vie au mois de mai prochain.

Interrogé sur cette colonisation idéologique des écoles catholiques financées par le gouvernement, M. Pacheco a fait remarquer :

Le CIOCS estime que les parents catholiques — et non l’État ou les conseils scolaires — sont les premiers et principaux éducateurs de leurs enfants. C’est l’enseignement catholique, et il n’est pas très bien compris ni reconnu. Toutes les agences tierces n’existent que pour aider et coopérer avec les parents dans leur rôle de premiers éducateurs, y compris pour transmettre les valeurs catholiques authentiques qu’ils souhaitent partager avec leurs enfants.

Les rôles en matière d’éducation ont été brouillés ces dernières années, et nous voulons offrir un choix et une voie aux parents catholiques pour qu’ils retrouvent ces rôles traditionnels. La CIOCS s’intéresse au choix de l’école, à la transparence, à la prise de décision éclairée et à la responsabilité de servir la vérité telle qu’elle est exprimée dans la grande tradition catholique. L’éducation doit avoir des alternatives pour une société saine et prospère, et nous espérons fournir une base pour cette alternative. Nous espérons également que notre présence et notre succès aideront les écoles catholiques publiques à retrouver leur identité d’écoles catholiques.

Le premier événement majeur de la CIOCS, une « Journée de la communauté catholique et un salon de l’école », aura lieu à Ottawa le 18 mai. Les organisateurs envisagent cette manifestation comme une réunion annuelle qui rassemblera les responsables catholiques, les entreprises et les écoles catholiques de la région d’Ottawa afin de promouvoir la collaboration et la coopération au sein de l’ensemble de la communauté catholique et de soutenir la croissance de l’enseignement catholique indépendant à Ottawa.

Commentant l’événement à venir, M. Pacheco a déclaré : « Nous devons remédier à la fragmentation de la société et de l’Église — en particulier au cours des dernières années — en organisant un événement qui rassemble les fidèles catholiques autour d’une mission commune et d’une véritable communion et fraternité spirituelles. Je pense que cette journée communautaire est exactement ce qu’il nous faut, et j’espère que nous pourrons la reproduire dans toute la province au cours des prochaines années. J’espère que les catholiques de la région d’Ottawa répondront présents et manifesteront leur soutien ».

Pour plus d’information sur le CIOCS et sa première Journée communautaire et foire scolaire, visitez la page de l’événement à ciocs.ca/events.

Parmi les membres de la CIOCS, on trouve l'école catholique francophone d'Ottawa Sainte-Marie mère de Dieu, 20 avenue Fairmount.

Source : QCV

Voir aussi

La présentation sélective et tronquée des faits par Isabelle Hachey (voir 3. Le cas de Josh Alexander, élève de 16 ans en Ontario, élève dans une école en principe catholique).

samedi 17 juillet 2021

Les trois enfants d'Éric Zemmour ont été scolarisés au Cours Hattemer « à la pédagogie surannée » selon Paris-Match

On apprend dans le Paris-Match qui titre « Éric Zemmour, oui il est candidat ! » (n° 3766) que :

Confirmant aussi l’ambition présidentielle de Zemmour, l’avocat Olivier Pardo a fait sa connaissance voici un quart de siècle, grâce à Mme Marcel, l’institutrice en chef du Cours Hattemer, où ses enfants étaient scolarisés dans les mêmes classes que les deux garçons et la fille d’Éric Zemmour. L’école privée parisienne [hors contrat, sans subventions et donc plus libre] professe une pédagogie surannée, salutaire aux yeux du journaliste, nostalgique obsessionnel de la France sépia des années 1960.

On voit que le portrait d’Éric Zemmour que brosse l’hebdomadaire parisien n’est pas exagérément laudatif et qu’il n’est en rien un média centriste. Rappelons que « suranné » (ringard, démodé, obsolète pour parler comme l’anglais) et « obsessionnel » ne sont pas des termes neutres et centristes. Les résultats de l’école Hattemer sont excellents (100 % de réussite, 73 % de mentions au bac 2021).

Il n’est pas évident que l’anglais intensif (8 h par semaine à partir de la 6e) de cette école soit très suranné. On voit mal l’intérêt d’obtenir un diplôme d’école secondaire américaine (de peu de valeur même aux États-Unis), mais la responsable des admissions en semble très fière. Ce n’est en rien démodé, mais plutôt très prisé par les milieux parisiens dans le vent.

mercredi 5 mai 2021

France — Victoire pour le bac hors contrat

VICTOIRE !

Le ministre Blanquer vient d’annoncer ce soir, au journal de France 2, qu’il accédait enfin à la requête de Créer son école - Educ'France de traiter plus équitablement les candidats au bac des établissements privés hors contrat ! Concrètement, cela veut dire que les élèves du hors-contrat ne passeront en présentiel que les 2 spécialités, la philo et le grand oral. Et non plus ce terrible mur de 9 à 14 épreuves terminales, là où ceux du public n’avaient à passer que 2 épreuves : la philo et le grand oral.

Jean-Michel Blanquer vient de l'annoncer à l'issue de deux journées de manifestations, de deux recours au Conseil d'Etat où nous avons fédéré pas moins de 235 requérants, de multiples échanges et notes avec le ministre et son cabinet de la part de la coalition que nous avons montée, et d'un grand plan de sensibilisation médiatique que nous avons conçu et appliqué. Je pense notamment au témoignage très important de Joséphine qui interpelait avec justesse le président de la République. Voir la vidéo ci-dessous.

Tout cela a payé. C’est une vraie victoire, et c’est grâce à vous qu’elle a pu être obtenue !

Par la coalition inédite qu’elle a construite et fédérée autour d’elle, Créer son école - Educ'France a réussi le pari de mobiliser de nouveaux soutiens, et de nouveaux relais médiatiques au bénéfice de la liberté scolaire, liberté sacrée de pouvoir donner à nos enfants l’éducation qui leur convient et non celle d'un moule unique. Afin que leurs spécificités et leurs talents soient pris en compte avec respect.

Pour les jeunes lycéens et futurs citoyens qui se sont mobilisés, cette lutte aura été l'occasion d'apprendre concrètement que la justice n'est jamais acquise, que nos libertés doivent être défendues sans cesse et qu’on ne perd que les combats qu’on ne mène pas jusqu’au bout et avec tout son cœur et son intelligence !

Les écoles privées hors contrat apportent une contribution fondamentale et nécessaire à la France, à la République, à la jeunesse. Ces mois de combat auront permis de le montrer, comme les mois de débat concernant la loi sur le séparatisme auront permis de faire connaître largement à quel point la liberté d'enseignement est un bien précieux que nous avons tous intérêt à préserver et à défendre.

Il est temps que l’État tourne la page de la guerre scolaire pour reconnaître pleinement ce que d'autres approches et cadres d’enseignement que l'Education nationale peuvent apporter à la France.

Et je crois que cela commence ce soir ! :-))

Merci encore !

Anne Coffinier
Président de Créer son école


mardi 9 mars 2021

Baccalauréat en France : « Les candidats des établissements privés hors contrat injustement pénalisés »

Anne Coffinier (ci-contre), présidente de l’association Créer son école, dénonce, dans une tribune au « Monde » de mardi 9 mars, le fait que les lycéens scolarisés dans les établissements privés hors contrat n’aient pas le droit cette année au contrôle continu au baccalauréat, comme leurs camarades du public et du privé sous contrat avec l’État.

Plus de 4 000 candidats au bac risquent d’être injustement pénalisés cette année s’ils n’obtiennent pas très vite gain de cause devant la justice. Le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, vient de leur imposer de passer la quasi-totalité de leur bac en mai-juin sous forme d’épreuves terminales, tandis que les autres élèves obtiendront leur examen au contrôle continu à plus de 80 %, à la suite notamment de l’annulation des épreuves terminales de spécialités en raison de la crise sanitaire. Leur faute ? Simplement que leurs parents les aient scolarisés en lycée privé hors contrat et non dans un établissement public ou privé sous contrat avec l’État.

Pour ces jeunes, après les perturbations induites par le Covid-19 dans leur scolarité et leur vie sociale, c’est la mauvaise nouvelle de trop. Ils ne comprennent pas ce deux poids deux mesures qui les expose au stress et à l’échec en cette année déjà tellement bouleversée par la pandémie. Personne n’anticipait d’ailleurs que le ministère de l’Éducation nationale infligerait un traitement différencié à une catégorie de jeunes pour le bac de cette année, vu la situation sanitaire.

Traitement punitif

Sam Piter, athlète de haut niveau et membre de l’équipe de France de surf, est scolarisé à l’institut Hackschooling à Soorts-Hossegor dans les Landes depuis sa classe de 3e. Cet établissement privé hors contrat lui permet de mener au plus haut niveau sa carrière sportive et sa scolarité. Sam est bon élève et mène de front ces deux projets qui lui tiennent à cœur. Mais en juin, il sera condamné à choisir entre passer son bac ou concourir lors d’importantes compétitions sportives qui se déroulent au même moment. Mérite-t-il ce traitement punitif uniquement parce qu’il étudie dans un lycée privé hors contrat ?

Ils sont des centaines à se joindre au référé-suspension doublé d’un recours pour excès de pouvoir organisé par l’association Créer son école devant le Conseil d’État, afin de tenter d’obtenir le droit de valider eux aussi un maximum de matières en contrôle continu.

La situation sanitaire étant la même pour tous, qu’est-ce qui peut justifier d’exposer à un risque accru de contamination une catégorie de jeunes, qui, pour composer leurs épreuves, devront converger vers des centres d’examen de grande taille et souvent éloignés de leur domicile quand les autres candidats obtiendront leur bac « en restant au chaud » ?

Certains affirment que les établissements privés hors contrat n’auraient pas la capacité juridique d’attribuer des notes destinées à être prises en compte officiellement dans un diplôme national, parce que ce processus ne se déroulerait pas sous l’autorité de l’éducation nationale. Et que, depuis Bonaparte, l’État possède le monopole de la « collation » des grades universitaires, et donc du bac qui en constitue théoriquement le premier échelon.

Mais l’argument ne tiendrait que si, dans les établissements publics, les notes étaient exclusivement attribuées par des fonctionnaires de l’État — auxquels leur statut offre les garanties déontologiques et académiques censées assurer leur incorruptibilité. Ce n’est pas le cas, à l’heure où les contractuels sont de plus en plus nombreux. Sans compter que les professeurs des établissements d’enseignement privé sous contrat avec l’État sont pour leur part habilités à noter alors qu’ils n’ont pas le statut de fonctionnaires.

Quatre inspections en moyenne

Serait-ce alors le fait d’être supervisés par un proviseur ou un directeur fonctionnaire qui habiliterait les enseignants à noter ? Si tel était le cas, il faudrait supprimer à ceux de l’enseignement privé sous contrat le droit d’évaluer les élèves puisqu’ils sont placés sous les ordres de directeurs d’établissement de droit privé qui ne dépendent aucunement de l’éducation nationale. Et quid des établissements privés sous contrat dirigés par un fonds d’investissement étranger, comme c’est de plus en plus fréquemment le cas ? La tendance à « surnoter » pour satisfaire les actionnaires et veiller à la bonne valorisation de l’actif ne peut alors pas être exclue !

Dans l’enseignement catholique, les directeurs d’établissements privés sous contrat sont placés sous l’autorité de l’organisme — tout à fait privé — de gestion des établissements catholiques (dans lequel siège souvent le représentant de l’évêque). Ils étaient matériellement en capacité de relever les notes attribuées par leurs enseignants pour le bac au contrôle continu en 2020. Difficile alors de ne pas considérer que ce sont eux les notateurs de dernier ressort.

Mais il y a les inspecteurs, me direz-vous… Les enseignants de l’éducation nationale sont inspectés par l’éducation nationale, qui garantit ainsi leur aptitude à bien évaluer les élèves. Qui peut toutefois croire que cela constitue réellement une garantie lorsque l’on sait que ces enseignants sont inspectés moins de quatre fois dans leur carrière en moyenne ? A contrario, depuis la loi Gatel de 2018, les établissements privés hors contrat subissent contrôle sur contrôle, de façon inopinée la plupart du temps, et portant sur les diplômes et la moralité des enseignants autant que des directeurs ainsi que, bien entendu, sur la bonne acquisition des connaissances. À quoi bon monopoliser tant d’inspecteurs de l’éducation nationale pour inspecter autant les établissements hors contrat, si les contrôles qu’ils diligentent ne servent aucunement à en garantir le sérieux académique et la moralité ?

La motivation réelle pour imposer à ces milliers de jeunes de passer un bac plus difficile et plus dangereux en pleine pandémie reste bien énigmatique. Il semblerait si naturel de reproduire cette année la solution de bon sens retenue l’an dernier par Jean-Michel Blanquer, en permettant aux lycéens ayant un dossier de contrôle continu de présenter les épreuves de spécialité, voire tout le bac, en contrôle continu. Le Conseil d’État tranchera d’ici quelques jours.


samedi 16 janvier 2021

L'école rurale a un avenir fou

L’État ferme chaque année des écoles de village par centaines. Pas rentables ! Pas aux normes ! Silence : on tue au nom de la rationalité budgétaire.

Pourtant, ces écoles sont l’archétype de l’école française, dont le modèle a été inventé précisément pour l’école de la France... rurale. Cette école, composée d’une classe unique multi-niveaux vivant au rythme des travaux des champs, avec son maître d’école qui suit ses enfants pendant toute leur scolarité, après avoir instruit leurs propres parents avant eux... Rien à voir avec l’éducation hors-sol et anonyme des grands bahuts de cités [immigrées] !

Cette école rurale est aimée. Elle reste humaine à une époque qui l’est de moins en moins. Avec quelle tendresse ne pense-t-on pas au film « Être et avoir », qui montre l’exceptionnelle relation entre les treize élèves de l'école primaire du petit village auvergnat de Saint-Etienne-sur-Usson, âgés de 3 à 10 ans, enseignés dans leur classe unique par leur instituteur, Georges Lopez.

La bonne nouvelle, c’est que cette école rurale a un avenir, et même un avenir fou !


Contrairement aux préjugés, elle est même économique, à condition d'être gérée comme on gère une école libre ; elle permet le maintien décomplexé de méthodes traditionnelles, associées à ce qui fonctionne dans le numérique. Elle permet par sa petite taille de nourrir les enfants avec des produits sains ; elle favorise l’ancrage dans l’économie et la culture locales, ainsi que les interactions avec les hommes et les femmes du pays. Ici, l’innovation peut fonctionner en circuit court !

C’est pour cela que la Fondation Kairos organise un séminaire-action le 27 janvier prochain sur ce thème, où des élus et créateurs d’écoles de la ruralité partageront leurs bonnes pratiques, pour aider d’autres maires et entrepreneurs de l’intérêt général à faire vivre ou à ressusciter l’école de leur village !

Anne Coffinier, présidente de Créer son école - Educ'France


vendredi 27 mars 2020

L’école à l’heure du coronavirus

Anne Coffinier s’entretient avec Guillaume Bonnet de l’hebdomadaire France Catholique, au sujet des mutations de l’école...

Et si la crise du Covid-19 était l’occasion de repenser le système éducatif ? La fermeture des établissements ouvre de multiples perspectives, estime Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école.

Depuis le 16 mars, 12 millions d’élèves travaillent à domicile. Quels fruits ce confinement peut-il porter ?


Anne Coffinier : Notre vision sera nécessairement modifiée en profondeur. Nous allons sans doute comprendre que huit heures de cours par jour ne sont pas forcément nécessaires, que la structuration des journées n’est pas intangible, que les parents doivent redevenir décideurs dans le domaine éducatif en tissant des relations nouvelles avec les professeurs, que le fameux socle éducatif [la partie imposée par l’État à toutes les écoles, mêmes celles dites libres] est en réalité un mammouth qu’il serait souhaitable de réduire à l’indispensable pour cultiver les passions de l’enfant. Les pistes sont très nombreuses.

Le confinement peut-il rendre les Français plus pragmatiques ?

Le cas français est atypique, voire bizarre. Ne pas choisir l’école publique serait faire montre d’antirépublicanisme et menacerait le «  vivre-ensemble  ». Cette approche idéologique pourrait être fragilisée par ce confinement qui rend obligatoire l’école à la maison, pourtant considérée en France avec méfiance par l’État… C’est l’occasion de changer les regards et de rappeler qu’il existe mille manières de faire l’école à la maison et d’articuler ce mode éducatif avec les autres approches.

Du pragmatisme, mais aussi de la souplesse ?

Observons l’approche anglo-saxonne. C’est souvent en utilisant les passions des enfants qu’on développe le goût du dépassement et de l’excellence, qu’il est ensuite plus simple de décliner dans les autres disciplines. Il s’agit aussi d’un univers dans lequel les jeunes sont responsabilisés tôt et invités à participer à la vie de leurs établissements. Enfin, l’école y est considérée comme une communauté de valeurs à part entière qui prépare à servir la communauté nationale une fois adulte.

Quels conseils donneriez-vous aux parents confinés et à la peine ?


Ce n’est pas un drame si les élèves ne parviennent pas à suivre tous les cours et à réaliser l’ensemble des exercices. Cette parenthèse est l’occasion de se concentrer sur les bases comme le calcul et la dictée, souvent fragiles, en utilisant les bons vieux classiques comme le Bled ou le Bescherelle. Pour les collégiens et lycéens, on peut lire du théâtre en famille ou apprendre de la poésie. C’est l’occasion de transmettre ce qui fait la force de notre patrimoine culturel. J’invite enfin les parents à se rendre sur le site educfrance.org pour y découvrir de nombreuses vidéos pour apprendre à faire de l’exercice sans matériel et dans un espace restreint.

Face à cette crise sans précédent, certains élèves sont moins égaux que d’autres…

Les écoles hors-contrat [privées non subventionnées] ont été fermées, comme les autres établissements, sur décision gouvernementale. Mais nous faisons face à une rupture d’égalité. Souvent, ces écoles ne disposent pas d’espaces numériques de travail (ENT) et n’utilisent que les courriels pour communiquer. Nous demandons donc au ministre un accès gratuit au CNED et à ses «  classes virtuelles  » ou l’octroi de subventions pour équiper les écoles hors-contrat avec des ENT classiques. Enfin, nous demandons un soutien pour équiper les familles avec des ordinateurs et des tablettes durant la durée de la crise. Sur le site educfrance.org, chacun peut signer la lettre ouverte que nous avons adressée en ce sens au ministre.

Source : france-catholique.fr, « L’école à l’heure du coronavirus », entretien avec Anne Coffinier, présidente de Créer son école. Propos recueillis par Guillaume Bonnet.

lundi 6 janvier 2020

Pour qu’en 2020, notre école ait 20/20 !

Les vœux d’Anne Coffinier, présidente d’ÉducFrance, pour 2020 :


C’est connu, notre système scolaire est mauvais élève. Pour qu’il obtienne 20/20… en 2020, il faut changer les choses en profondeur, et d’abord réintégrer l’école libre, c’est-à-dire sous contrat ou hors contrat dans le périmètre du débat éducatif. Ce qui n’est plus le cas depuis… 1984. Depuis, en effet, aucun homme politique n’ose se préoccuper officiellement de « l’école libre ».

Bien sûr, l’élite politique, de gauche comme de droite, scolarise ses enfants dans le privé. Mais c’est un péché honteux que l’on confesse péniblement. De l’école libre en France, on se méfie. Qu’elle gagne un élève aux dépens du public, et c’est « la République qui recule » ! Dans les discours, on l’accuse des maux les pires, du « prosélytisme religieux » au sélectivisme financier. Pourtant elle est rarement confessionnelle et guère plus chère que les écoles sous contrat des grandes villes. Plus de 60 % des Français voudraient y scolariser leurs enfants « s’ils le pouvaient ». Honte à eux ! Qu’on abolisse le peuple. Pour un Mélenchon, l’idéal serait même d’obtenir la fin du subventionnement par l’État de l’école privée sous contrat, au nom du dogme jamais réalisé dieu merci, « à école publique, argent public ; à école privée, argent privé ».

Alors, faisons en sorte que 2020 soit déjà l’année de la sortie de cette hypocrisie. Il revient aux hommes politiques attachés à nos libertés de se réemparer sans trembler du sujet de l’école libre. C’était une thématique de droite. Le meilleur moyen de servir efficacement l’égalité des chances : si l’on veut que tous les enfants réussissent, il faut qu’ils puissent choisir l’école qui leur convient au lieu de se voir infliger la même école pour tous. L’école publique a besoin de l’émulation des écoles libres pour avoir le courage de se réformer chaque fois que c’est nécessaire. Le niveau de l’école publique est d’ailleurs supérieur dans les départements où l’école privée est très développée, dans l’Ouest notamment. Nous avons collectivement besoin que des écoles vraiment libres se développent, qui soient des sentinelles du combat pour la résilience de l’excellence et de la civilisation françaises. Voilà qui peut passer par mille formes pédagogiques possibles, mais qui exige en revanche toujours une même cohérence éducative au niveau même de l’établissement, une vision commune, partagée par les responsables éducatifs et par les parents.

Le temps est aussi venu de relations plus apaisées entre l’État et la réalité vivante en forte expansion du monde des écoles vraiment libres. Que cette nouvelle année marque résolument la fin du primat de l’idéologie dans l’approche des questions scolaires. Non l’école publique n’est pas le bien par nature, quand l’école privée serait le mal relatif quant elle est sous contrat, et absolu quand est libre de tout contrat.

À l’heure où de plus en plus d’acteurs privés et publics cherchent à « tout changer » dans l’éducation, l’enseignement vraiment libre est porteur d’un potentiel de libération considérable pour l’école dans son ensemble. Utilisons-le sans tergiversations superflues. Voilà une bonne première bonne résolution pour l’année !

Anne Coffinier

dimanche 14 octobre 2018

France — 157 nouvelles écoles libres ont ouvert

En France, 157 nouvelles écoles libres (non subventionnées par l'État) se sont ouvertes en 2018 !


Un total de 1462 établissements en France,
de la maternelle à la terminale,
très diversifiés et à la pointe de l’innovation pédagogique…


… qui donnent à tous les enfants la possibilité
de trouver un type d’école et d’éducation qui leur réussisse,
y compris au secondaire.

Les écoles religieuses sont très minoritaires.

lundi 3 septembre 2018

France — Inertie de l'école publique et nécessité des écoles libres

[Note du carnet : les écoles libres françaises — non subventionnées — bénéficient de nettement plus de libertés que les écoles québécoises. Pas de programme de morale et de vision du fait religieux imposé contrairement au Québec avec son cours d'éthique et de culture religieuse imposé à tous les élèves ou de ses manuels officiels scrutés et nécessairement approuvés par le Bureau d'approbation du matériel didactique.]

Depuis l’arrivée de Jean-Michel Blanquer, le bon sens est revenu dans le discours de la rue de Grenelle. Et l’on pourrait croire que les écoles privées hors contrat sont moins nécessaires. C’est illusoire à vrai dire, parce que, dans un ministère gérant 12,4 millions d’élèves et 1,1 million de professeurs, il y a un pas difficile à franchir entre discours et réalité. L’Inspection, les syndicats, les inerties et l’hypercomplexité administratives et même certains membres du cabinet, gardiens de la ligne Hollande, font obstacle à ce que les idées marquées au coin du bon sens de notre ministre passent réellement dans les faits. Ainsi le latin et le grec n’ont pas été relevés, la réforme des programmes est anecdotique, celle du bac [DEC au Québec] et du lycée une usine à gaz coûteuse et liberticide, sans parler de celle de l’affectation des étudiants dans le supérieur, qui est un fiasco. La personnalité du ministre, manifestement brillant, n’y est pour rien. Les structures et les corporatismes sont tout.

S’impliquer dans l’éducation


Dans ce contexte, la Fondation pour l’école mène une action de longue haleine pour encourager les parents et la société civile à compter plus sur eux-mêmes que sur l’État, et à s’impliquer davantage dans l’éducation. La multiplication des écoles indépendantes est au cœur de ce processus de réappropriation du champ éducatif par les parents. Une autre école est possible que celle de l’Éducation Nationale. Nos enfants ne sont pas condamnés à boire son déprimant breuvage. Les ouvertures d’écoles indépendantes augmentent de 32 % l’an : une croissance exponentielle ! Les parents ont ainsi plus de chances de trouver une école adaptée aux besoins réels de chacun de leurs enfants. Une petite école Montessori catholique pour tel enfant désireux d’apprendre vite et par lui-même, sans subir le diktat des besoins moyens du groupe classe, une école utilisant tous les savoirs neuro-développementaux pour enseigner les enfants dys- ou hyperactifs, ou encore une école réservant beaucoup de temps à la pratique artistique, qui fait grandir aussi sûrement l’âme que les leçons de maths comme à l’Académie Anne de Guigné ou à celle de Liesse ! Une école au cœur de la France rurale dévitalisée pour rendre leur fierté à de jeunes ruraux en déshérence, à l’instar du Cours Clovis à La Fère…

La Fondation pour l’école fait tout pour garantir la qualité et la pérennité de ces écoles : outre les 3 millions (et même 5,8 millions en intégrant les subventions octroyées par ses fondations abritées) de subventions qu’elle alloue annuellement, elle forme avec soin les créateurs et directeurs d’école, elle pousse les écoles à la qualité en leur proposant de travailler à leur labellisation Qualité et en imposant le respect de sa charte de protection des mineurs.

Surtout, la Fondation investit dans la formation des équipes éducatives : à l’Institut libre de formation des maîtres (ILFM), elle forme instituteurs et éducateurs ; dans la toute récente Académie du Professorat, elle forme en mathématiques, français, histoire et géographie les professeurs en poste dans les collèges et lycées hors ou sous contrat ; à l’École professorale de Paris, c’est à l’agrégation et au Capes qu’on se prépare, avec un taux de réussite cette année de 100 % de reçus au CAPES de lettres, histoire et maths et 2/3 à l’agrégation de lettres modernes par exemple. Les récents rapports officiels sont clairs : la France doit relever sa formation initiale et continue de toute urgence si elle veut réussir la réforme de son école. Mais l’État n’est pas prêt à liquider l’héritage des IUFM, devenus ESPE, bien que sa nocivité soit reconnue du ministre lui-même.

Un rôle capital à jouer

Dans ce contexte, nos instituts de formation ont un rôle capital à jouer. Notre diplôme principal est reconnu au plus haut niveau (équivalant à un Master II [deuxième année de maîtrise]). Pour diffuser les meilleures pratiques pédagogiques au-delà des seules écoles indépendantes, nous avons développé une plateforme de partage de cours très performante, entièrement numérique et gratuite : www.laplateformeduprofesseur.com Elle répond au mot d’ordre « des cours, pas des discours ! » Nous avons créé des fondations à l’étranger (aux États-Unis et en Belgique, pour toute l’Europe) pour bénéficier de la forte dynamique internationale en faveur de la liberté scolaire et permettre aussi aux expatriés de soutenir la transformation du système éducatif de leur pays natal.

Enfin, c’est aussi un long travail politique que nous poursuivons. Au Sénat, en juin, nous avons sensibilisé des responsables politiques de tous bords à la nécessité de donner plus de place à la liberté scolaire pour assurer l’égalité des chances de chaque enfant, même peu scolaire ou faiblement soutenu par sa famille. Nous travaillons activement sur les solutions de type chèque-éducation permettant d’éviter la double imposition des familles investissant dans l’éducation de leurs enfants, au prix d’importants sacrifices. Pour toutes ces actions, nous comptons vraiment sur votre soutien fidèle.

Anne Coffinier
Directrice générale de la Fondation pour l’école.


mercredi 17 janvier 2018

France — L'extrême gauche contre les écoles privées désinforme

L’émission (en général assez médiocre) C dans l’air a consacré un court reportage dans le cadre de son édition du samedi 16 décembre à l’école du réseau Espérance Banlieues installée à Argenteuil, le Cours Charlemagne.

Découvrez l’extrait ici :



(Nous avons trouvé amusante l’affiche Liberté j’écris ton nom derrière la représentante du Front de gauche, Céline Malaisé, alors que cette militante vise à brimer la liberté des écoles dont elle ne partage pas la philosophie. Évidemment, la liberté c’était très important pour les gauchistes tant qu’ils ne dominaient pas culturellement la société, maintenant que les ministères et les médias leur sont acquis, il faut que les gens trop conservateurs soient surveillés de très près...)


Commentaire d’Anne Coffinier de la Fondation pour l’école :

Le Front de gauche [l’extrême gauche] a lancé l’offensive contre les écoles hors contrat, dont le formidable essor l’indispose. Le chef d’accusation ? « On est dans une situation de totale liberté pour ce type d’établissement », explique Céline Malaisé, présidente du groupe « Front de Gauche » au Conseil Régional. Accusation terrible, effectivement !

De mauvaise foi ou terriblement mal renseignés, les porte-paroles du Front de Gauche soutiennent que les écoles hors contrat sont situées « hors du cadre républicain » et que leur enseignement n’est « absolument pas contrôlé par l’État ».

C’est totalement mensonger : le cadre légal des écoles hors contrat est défini par le Code de l’éducation. Ces écoles hors contrat — plutôt appelées en pratique écoles indépendantes — sont une des formes d’enseignement parfaitement possible en France, aux côtés de l’école sous contrat, de l’école publique et de l’enseignement à domicile.

La liberté des parents de choisir telle ou telle forme d’école est garantie constitutionnellement : c’est l’un des aspects de la liberté d’enseignement consacrée par le Conseil constitutionnel en 1977.

Le régime d’ouverture et de contrôle de ces écoles est clairement et précisément défini. Il est possible d’en prendre connaissance de manière facile dans la circulaire de treize pages n° 2015-115 du 17-7-2015.

Rappelons que le Front de gauche ne fait pas mystère de sa position idéologique en matière d’éducation : il est opposé dogmatiquement à l’existence d’autres écoles que celles de l’Éducation nationale. Il est hostile à tout financement des écoles privées, et même des écoles privées sous contrat, qui appliquent pourtant les programmes de l’Éducation nationale et qui recrutent des professeurs de même formation et par les mêmes concours, préparent les enfants aux mêmes diplômes nationaux et sont soumises aux mêmes contrôles que l’Éducation nationale. Cela s’appelle une position dogmatique. Et face à cela, l’intérêt des enfants est de peu de poids.

mercredi 2 novembre 2016

Les règles imposées à l'école privée sont responsables de la sélection pratiquée (rediff, voir billet suivant)

Extraits du livre Le Monopole public de l'Éducation par Jean-Luc Migué et Richard Marceau publié en 1989 aux Presses universitaires de Laval (on verra que bien peu a changé en bien depuis 1989) :

Les bien-pensants chez nous sont révoltés. L’observation de certaines pratiques des écoles privées suscite chez eux le scandale. Et quelle est la source de l’indignation qui étreint ces inquisiteurs modernes ? C’est la coutume ingrate, dont se rendent coupables les écoles privées de pratiquer la sélection des étudiants, celle de ne pas automatiquement fondre dans la même classe ou la même école les plus doués et les cancres, les studieux et les fainéants, les mieux équilibrés et les « difficiles », etc. On aura compris que ces sentiments s’inspirent de la même philosophie égalitariste qui alimente l’activisme contre la stratification sociale. Les individus naissent égaux en aptitudes scolaires, ou s’ils ne le sont pas, il faut s’abstenir d’incorporer la dimension dans la composition des classes ou dans la confection des programmes, de crainte de briser l’uniformité absolue qui doit caractériser la population des diplômés au terme de la filière scolaire.

Il serait probablement difficile d’identifier un pédagogue sérieux qui soutienne l’idée saugrenue qu’il faille soumettre tous les enfants au même programme, dans une même école, dans une même classe. Même s’il s’en trouvait, les parents dans leur sagesse naturelle n’en auraient cure. Comme notre compétence en cette matière équivaut à celle du parent type, nous nous contenterons de réaffirmer la position à peu près unanime des pédagogues sur le principe de l’école uniforme pour tous : l’idée n’est rien moins que farfelue.

C’est d’ailleurs en partie ce qui fait que l’école publique est médiocre. D’un point de vue strictement pédagogique, la permanence de cette philosophie de l’uniformité reste incompréhensible. La recherche en éducation confirme ce que le sens commun suggère : le rythme d’apprentissage varie selon les groupes socio-économiques, et tous les étudiants ne répondent pas de la même façon aux différentes méthodes pédagogiques.

Pourtant le régime continue à adhérer à l’idéal du programme standard pour enfants « normaux ».

Nous voulons plutôt consacrer nos efforts à expliquer pourquoi l’école privée de notre régime ne fait pas que de la sélection, ce qui est une vertu, mais qu’elle cantonne son recrutement principalement aux niveaux supérieurs du bassin intellectuel de la population. Pourquoi l’école privée sélectionne-t-elle surtout l’élite intellectuelle de la population ? C’est un reproche que lui adressent les égalitaristes.

Cet aboutissement, tout comme son élitisme économique relatif, découle directement de la réglementation et du régime actuel de financement, imposés par le législateur. Pour s’en convaincre, il suffit de faire l’exercice d’imaginer ce que serait la structure de l’industrie scolaire concurrentielle, en l’absence de la réglementation centralisée et de la tarification arbitraire qui caractérisent notre régime. Comme toujours dans un régime de marché, le prix des services convergerait vers le coût de production minimum et la composition des différents services correspondrait aux préférences des parents. Or, il arrive qu’il en coûte moins cher de former un étudiant doué qu’un enfant moyen ou sous-doué ; il en va de même de l’élève studieux ou discipliné relativement au fainéant ou à l’enfant difficile. Ce qui revient à dire que moyennant les mêmes efforts (coût), on peut obtenir un produit de meilleure qualité avec des enfants aux caractéristiques favorables. Un vrai régime de marché pratiquerait donc la sélection de façon serrée, mais non pas uniquement en faveur des meilleurs élèves, des moins coûteux. Les écoles, ou même les classes se spécialiseraient dans des clientèles particulières. Le prix à payer varierait aussi en fonction de la qualité des étudiants, en raison des coûts relatifs variables de leur formation. Les programmes et la pédagogie s’adapteraient aussi vraisemblablement aux clientèles variables. Tous les types d’élèves trouveraient des maisons où s’inscrire, suivant leur rythme et leurs dispositions propres. Un grand nombre d’entre eux se déplaceraient constamment d’une catégorie à l’autre selon leur évolution et leur performance conjoncturelle. Le secteur de l’enseignement aurait ainsi évolué vers une diversification, aujourd’hui inimaginable, des formations, des régimes pédagogiques et des méthodes d’enseignement. Chacun y trouverait son compte.

Deux contraintes insurmontables interdisent aujourd’hui à l’école libre d’évoluer dans le sens prédit par l’analyse économique. La première et la plus déterminante provient de la réglementation en vigueur.

dimanche 7 février 2016

Kelly-Gagnon — Les preuves s’accumulent : la présence d’écoles privées profite à tous

Un texte de Michel Kelly-Gagnon, président et directeur général de l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

Une nouvelle étude le confirme : les écoles privées sont bénéfiques non seulement pour les élèves qui les fréquentent et leurs résultats scolaires, mais bien pour l’ensemble du système d’éducation québécois.

Cette fois-ci, la confirmation nous vient de l'économiste Pierre Emmanuel Paradis, qui explique, dans une étude étoffée, qu’« en isolant de façon précise l’impact de l’école privée québécoise sur le rendement scolaire, la recherche universitaire confirme la valeur ajoutée de l’éducation dispensée dans ces établissements d’enseignement privés. Enfin, la concurrence entre les écoles publiques et privées a des effets bénéfiques sur la performance et l’efficacité opérationnelle de l’ensemble du système d’éducation. »

Toujours selon M. Paradis, les économies que l’État pourrait supposément réaliser en diminuant le financement public des établissements privés subventionnés n’existeraient pas. Au contraire, cela se traduirait en coûts nets additionnels pour le gouvernement. En effet, la baisse de subventions au privé serait plus que compensée par la hausse des subventions à verser au secteur public, en raison de la migration d’élèves du privé vers les établissements publics.

Ce constat n’a rien de surprenant. Comme nous l’avons déjà écrit maintes fois, les enfants qui fréquentent l’école privée coûtent deux fois moins cher à l’État que ceux du secteur public :

Tout simplement parce que le gouvernement subventionne pour moins de la moitié (48%) les coûts d’éducation de ces élèves, le reste de la facture étant assumé par les parents. Si cette subvention partielle était retirée, ou diminuée de façon significative, plusieurs parents de classe moyenne n’auraient tout simplement plus les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école privée et ceux-ci retourneraient donc dans les écoles publiques, et cela à 100 % du coût total.

Donc, au lieu de ralentir leur développement, le gouvernement devrait plutôt l’accroître, en concentrant son rôle sur l’encadrement [Note du carnet: le gouvernement du gouvernement encadre déjà trop les écoles privées et limite ainsi leur liberté d'innovation] et le financement des écoles du Québec, tout en encourageant la concurrence entre écoles. Avec tous les avantages en termes de libre choix, d’innovation et d’adaptation que cela comporte.

(D’ailleurs, et pour rester dans les questions budgétaires, notons que les écoles privées aussi se débrouillent avec des compressions budgétaires, sans pour autant sortir dans la rue. L'étude révèle en effet que les écoles privées « ont été davantage affectées par les récentes compressions que les écoles relevant des commissions scolaires ».)

Transparence : la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP) a commandé l’étude en question, ce qui n’enlève par ailleurs rien au professionnalisme ni à la rigueur de l’auteur, comme le verront ceux qui se donnent la peine de lire l’étude au complet. D’ailleurs, ces résultats ont été aussi confirmés par d’autres chercheurs indépendants, comme le journaliste Francis Vailles et l’IEDM en ont récemment fait mention :
Les résultats d'une étude du professeur Pierre Lefebvre, de l’UQAM, démontrent entre autres que la présence accrue du secteur privé dans le système d’éducation profite à tous les élèves québécois, autant ceux qui étudient dans des écoles privées que ceux qui étudient dans des écoles publiques.

Selon le professeur, la différence s’explique par plusieurs facteurs, dont l'autonomie plus grande des écoles privées et le degré plus grand de responsabilité (et donc de reddition de comptes) du privé dans l'allocation des ressources, notamment l’embauche et le congédiement des enseignants. Le chercheur souligne également que l'effet de la concurrence du privé force les écoles publiques à se surpasser, ce qui bénéficie à tous.

Ces résultats ne devraient pas surprendre. Déjà en 2005, l’IEDM recensait les résultats d’expériences internationales sur la concurrence entre écoles, notamment en Suède et aux États-Unis, et les effets étaient similaires.

Voilà donc une étude de plus, qui vient s’ajouter à plusieurs autres qui démontrent que la présence d’écoles privées performantes suscite une émulation par les écoles publiques qui profite à tous.

Source

Voir aussi

Les règles imposées à l'école privée québécoise par le gouvernement québécois

dimanche 14 juin 2015

Une police de l’opinion au Québec ?

Mathieu Bock-Côté sur le projet de loi 59 :

[...] on a oublié d’examiner ce qui se trouvait dans le projet de loi 59 contre les discours haineux. À tort. Il faut y jeter un œil. Le gouvernement cherche à se donner les moyens juridiques d’empêcher les discours haineux. Dans les faits, il crée les conditions d’une extension sans précédent du domaine de la censure.

Une police de la parole

Avec le projet de loi 59, n’importe qui pourrait porter plainte devant la CDPDJ [Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse] au nom d’une communauté qu’il dira diffamée. N’importe qui se sentant vexé par un propos identifiant d’une manière ou d’une autre un groupe religieux, culturel, sexuel ou politique pourra saisir la commission dans l’espoir de faire taire celui qui l’embête.

La CDPDJ aura le pouvoir d’enquêter. Elle pourra coller des amendes aux délinquants et faire cesser de tels discours et censurer les publications qui les accueillent. Elle décidera de ce qu’on peut dire ou non au Québec.

À terme, il y aurait une liste publique des contrevenants, des proscrits, des mauvais citoyens, qui doivent être mis au ban de la société, et peut-être même ostracisés de l’espace public et médiatique. Ils seront marqués du sceau de l’infamie : voici les intolérants. Il faut vous en méfier !

Pire encore : puisque le gouvernement n’a pas intégré à son projet de loi une définition des propos haineux, c’est la CDPDJ qui imposera sa propre définition. Il suffit d’étudier les travaux de la CDPDJ pour constater qu’elle porte bien mal son nom.

En fait, une proposition semblable circule depuis des années à la CDPDJ et la commission Bouchard-Taylor l’avait reprise (on la trouve dans son rapport dont tout le monde se réclame, mais qu’à peu près personne n’a jamais lu). La CDPDJ comme Bouchard-Taylor voulaient interdire les appels publics à la discrimination.
Quand on comprend tout ce que recoupe leur définition de la discrimination, on a de quoi frémir. Toute remise en question du multiculturalisme ou de la « diversité » comme idéal risquait de tomber sous le coup de la loi.

Le pouvoir aux radicaux

On voit très bien où nous conduira le projet de loi 59. Le souverainiste radical qui n’aime pas la Gazette pourra porter plainte contre elle. L’islamiste qui n’aime pas qu’on critique le hidjab pourra porter plainte aussi. Le militant des droits des homosexuels qui en aura assez d’entendre parler un représentant de la droite religieuse pourra l’accuser de propos haineux. La liberté d’expression sera prise d’assaut par les radicaux de toutes les causes qui veulent définir ce qu’on peut dire ou non à leur endroit. [Note du carnet : Il y a fort à parier que certaines plaintes seront plus recevables que d’autres, selon les affinités du pouvoir politique en place, c’est ce qu’on observe en France ou en Grande-Bretagne. La CDPDJ pourra en effet (voir article 5 du projet de loi) « refuser de donner suite à une dénonciation [...] frivole, vexatoire ou faite de mauvaise foi. »]

C’est un climat de censure qui s’installera et qui poussera chacun à se retenir de peur de piquer une association d’offusqués professionnels, qui traque les propos heurtant les sensibles et les fragiles.
Je souligne qu’à quelques nuances près, ce modèle de régulation de la liberté d’expression existe déjà en France et il donne un pouvoir aussi immense que délirant aux lobbies et aux associations qui poursuivent systématiquement leurs adversaires et critiques.

Le projet de loi 59 est liberticide. Il doit être réécrit.

Voir aussi

Menaces de mort contre une chroniqueuse opposée à la promotion de l’homosexualité dans les programmes scolaires (aucune poursuite)

Crimes haineux au Canada et au Québec — mauvaise nouvelle pour les rééducateurs du peuple (Statistiques Canada : Diminution des crimes haineux. Les Noirs et les Blancs sont plus ciblés que les Arabes, et les Juifs que les musulmans)

« Je ne suis pas d'accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » (sauf l'islamophobie, l'homophobie, la transphobie, etc.)

« Extirper l’hérésie et le blasphème » ?

La campagne gouvernementale sur la violence faite aux femmes que désirait Mme David

Plaintes d’abus sexuels auraient été ignorées, car les parents adoptifs étaient homosexuels

Ce genre de professeur sévit à l’école publique et enseigne peut-être à vos enfants...

Cour suprême — « toutes les déclarations véridiques » ne doivent pas « être à l’abri de toute restriction »

« Le délit de violence psychologique est liberticide et contre-productif »

Le « mariage gay » et la logique libertarienne new-yorkaise

Mark Steyn sur le mariage homo, la mort de la famille et l’État-providence obèse

Tribunaux suprémacistes, Mark Steyn sur l’arrêt Whatcott de la Cour suprême du Canada et sur le mariage homo à la Cour suprême des États-Unis


lundi 1 juin 2015

Grand mathématicien français place sa confiance dans les écoles libres


Le mathématicien français Laurent Lafforgue (ci-contre) est récemment intervenu lors de la commission d’enquête sur le service public d’éducation, au Sénat le 2 avril 2015. Le lauréat de la prestigieuse médaille Fields y explique pourquoi il a perdu confiance en l’école gouvernementale, celle à laquelle pourtant ses grands-parents, parents et lui-même doivent tout et sont si attachés. Pour relever l’école publique de l’état de déréliction dans laquelle elle se trouve, cela prendra très longtemps, des décennies sans doute. D’ici là, on ne pourrait placer selon son espoir que dans quelques îlots dévolus à la transmission du savoir, au nombre desquels les écoles hors contrat ont un rôle important à jouer pour maintenir la vive flamme de l’espérance.

« Je ne fais plus confiance à l’école dite républicaine, à laquelle toute ma famille et moi-même avions tellement cru, pas plus qu’à l’école privée sous contrat, qui a malheureusement suivi le même chemin.

Ma seule espérance est désormais que subsistent, ici et là, au milieu du désastre général, de petits îlots d’instruction et de transmission des connaissances, grâce au travail d’instituteurs ou de professeurs isolés, dans des écoles publiques ou privées sous contrat, qui restent fidèles à la cause de l’instruction, de la transmission, et font tout ce qu’ils peuvent dans un environnement institutionnel hostile, ou bien dans des écoles hors contrat, qui sont aussi rares que leurs ressources et leurs moyens, mais qui maintiennent vivante la petite flamme de la transmission grâce au dévouement d’instituteurs et de professeurs qui consentent de lourds sacrifices pour exercer leur noble métier conformément à leur conscience. »

[Les écoles hors contrat françaises bénéficient d’une grande liberté de recrutement et de programme comparé au Québec, mais ne reçoivent pas de subventions de l’État. Le gouvernement socialiste a récemment déclaré vouloir renforcer la surveillance idéologique de ces écoles.]

[...]

« Moi qui ignorais jusqu’à l’existence des écoles hors contrat, j’en suis amené à concentrer mon énergie à les soutenir. La présentation, par le fondateur d’une école de ce type, de son programme, m’a frappé par son bon sens. Pourquoi faut-il des écoles spéciales pour entendre ces choses ? Je ne le comprends pas. J’ai des amis qui vivent dans le sud de la France, où ils élèvent cinq enfants. Malgré mes mises en garde, qu’ils ont reçues avec scepticisme, ils les ont mis à l’école, la meilleure du département. J’ai vu, année après année, monter leur inquiétude, et j’ai constaté moi-même, lors de mes visites, les dégâts des méthodes semi-globales, qui sont encore largement pratiquées : en CE2, l’aîné ne savait pas lire. Les parents ont fini par fonder une école, il y a dix-huit mois, en s’associant avec d’autres parents. Les résultats sont là : en un an, leur fils a appris à lire, et il lit désormais beaucoup. Cette école fonctionne pourtant avec des moyens dérisoires, avec deux classes mélangeant plusieurs niveaux et tenues par une institutrice et une mère de famille armée de son seul bon sens. J’ajoute que ces amis ne sont pas des intellectuels : ils tiennent un commerce de fruits et légumes ! »




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lundi 9 février 2015

France : encore trop de discriminations envers les écoles indépendantes


Les écoles indépendantes (« hors contrat » avec l’État français) se développent de manière exponentielle [en France]. La demande explose, mais les pouvoirs publics tardent à accorder aux élèves de ces établissements le même traitement que celui accordé à leurs congénères du public. Comment expliquer ce phénomène ?


Le succès des écoles indépendantes se confirme d’année en année. En 2014, 51 nouvelles écoles se sont ouvertes, contre 37 en 2013, 35 en 2012, 31 en 2011 et 19 en 2010. Un phénomène qui s’explique par la demande croissante de parents qui cherchent un « autre » enseignement, une pédagogie réellement adaptée aux besoins de leurs enfants. Cependant, force est de constater que les élèves de ces établissements dits « hors contrat » ne bénéficient pas toujours des mêmes droits que les élèves issus du public ou du privé « sous contrat ». Est-il acceptable, en France, que des enfants soient discriminés parce que leurs parents ont fait le choix de la liberté scolaire ?

Accès au concours général

Le concours général des lycées et des métiers a pour fonction de distinguer les meilleurs élèves ou apprentis et de valoriser leurs travaux. Institué en 1744 par l’Université de Paris, à l’initiative de l’abbé Legendre, ce concours évalue les candidats sur des sujets conformes aux programmes officiels, dans le cadre d’épreuves plus exigeantes et plus longues que celles du baccalauréat. Or les élèves issus des écoles indépendantes n’ont pas accès à ce concours. En effet, l’arrêté du 3 novembre 1986 oublie littéralement les élèves des établissements privés dits « hors contrat » qui ne bénéficie donc pas de la possibilité de se présenter au concours général.

Comment l’expliquer ? Selon le ministère de l’Éducation nationale, que nous avons contacté, les élèves sont interrogés sur des points précis du programme, les écoles indépendantes choisissant d’enseigner un programme qui n’est pas forcément le même que celui de l’Éducation nationale, les élèves ne seraient pas bien préparés pour ce concours. Mais cette explication ne tient pas. Les écoles indépendantes doivent respecter le socle commun des connaissances et sont inspectées en moyenne tous les deux ans – le public est quant à lui inspecté en moyenne tous les 7 ans. Par ailleurs, le concours général se passe en fin de scolarité, là où tous – dans le public comme le privé sous ou hors contrat — préparent les mêmes diplômes, à savoir le bac. Les écoles indépendantes peuvent en revanche ajouter des éléments au programme et choisir la pédagogie.

Par ailleurs pour passer le concours, l’élève doit être présenté par un enseignant, or pour l’Éducation nationale, n’est véritablement enseignant que celui qui a passé les concours d’État pour enseigner, ce qui n’est par définition généralement pas le cas des professeurs dans les écoles indépendantes. Cette disposition conduirait donc à exclure de facto les élèves de la possibilité de se présenter.

Face à ce qu’elle tient comme une injustice et une rupture d’égalité, l’association Créer son école, partenaire de la Fondation pour l’école, a introduit un recours en justice devant le Conseil d’État. Ce dernier n’ayant pas fait droit à sa demande, elle a déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme, laquelle a jugé irrecevable sa requête. Les élèves du hors-contrat désireux de se confronter aux autres à l’occasion du Concours général ne peuvent donc toujours pas le faire. Alors que le baccalauréat est largement dévalorisé, ces élèves ne disposent d’aucun moyen évident de prouver leur niveau et leur originalité, ce qui ne peut que les desservir dans le cadre des procédures d’admission post-bac sur dossier, surtout lorsqu’ils proviennent d’établissements indépendants peu connus.

Ce bon niveau des écoles indépendantes qu’on ne veut pas voir

Il semblerait en fait que l’Éducation nationale n’accepte pas l’idée que ces écoles dites « hors contrat » puissent avoir de meilleurs résultats que les établissements publics. En effet, il y a fort à parier que les écoles de dominicaines qui mettent tant l’accent sur le grec et le latin aient de potentiels lauréats en langues anciennes, que les écoles juives hors contrat soient capables de se distinguer en hébreux… Bref, l’Éducation nationale refuse une émulation par les écoles privées qui serait pourtant saine et l’aiderait à se perfectionner.

C’est ce qui explique aussi qu’aucun palmarès des meilleurs lycées au niveau national ne prenne en compte les résultats des établissements indépendants. Chaque année, l’Éducation nationale publie les indicateurs de résultats des lycées qui reposent non pas uniquement sur les taux de réussite aux diplômes d’Etat mais sur un ensemble de critères complexes, intégrant des indicateurs sociaux, qui brouillent la lecture et l’interprétation de ces classements. S’il lui apparaît déjà trop discriminant de mettre en avant tel ou tel lycée public qui aurait d’excellents résultats, on comprend mieux les raisons qui la pousse à ignorer totalement ceux qui en plus d’avoir de bon résultats, remettent en cause par leur succès même un système à bout de souffle.

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lundi 17 novembre 2014

France — Où est l'école libre ?


Dès qu’il s’agit d’Éducation nationale en France, l’opinion publique distingue entre l’École publique et l’École privée sous contrat avec l’État appelée aussi École libre. Mais celle-ci est-elle vraiment libre ? Elle n’a pas la liberté des programmes scolaires ni la liberté de recrutement des enseignants dont la formation est calquée sur celle des professeurs de l’École publique. Elle n’a quasiment plus de liberté dans les méthodes d’enseignement. Sa spécificité et sa valeur ajoutée ne résident plus dans son caractère confessionnel, car rares sont les écoles catholiques qui ont encore une véritable approche chrétienne de l’enseignement. Comme dans l’École publique, les méthodes désastreuses d’éducation à la lecture qui créent de faux dyslexiques sont largement répandues. Ce qui la spécifie réside dans son indépendance de gestion de ses infrastructures, dans un surcroît d’autorité et d’éducation au respect envers les professeurs et dans une approche plus réaliste de l’enseignement. L’École catholique est-elle donc toujours une école libre ?

En réalité, la France compte un troisième système scolaire, car il existe aussi des écoles libres dans tous les aspects éducatifs : celles qui n’ont pas de contrat avec l’État.

Ces écoles indépendantes sont véritablement libres dans la mesure où elles sont libres de leurs méthodes pédagogiques, de leurs programmes et du choix de leurs équipes éducatives. Elles scolarisent 50.000 élèves dans environ 600 établissements (dont 159 de confession catholique), sont soumises à des inspections complètes de l’administration et ont une obligation de résultat vis-à-vis des parents. Elles utilisent des méthodes éprouvées, sont à taille humaine pour que l’élève soit au centre, sont fondées sur des projets éducatifs clairs et partagés avec les parents afin d’apporter une cohérence et un climat harmonieux nécessaire à la structuration et à l’épanouissement de l’enfant. Elles sont tournées résolument vers la transmission et l’assimilation des savoirs afin que les enfants soient riches des trésors de la connaissance et ne soient pas réduits à leur performance scolaire du moment.

Chaque année s’ouvrent en France de telles écoles qui apportent des enseignements solides et de qualité sur les fondamentaux (lecture, écriture, maths, littérature), qui offrent une deuxième chance à des enfants perdus et culpabilisés par les méthodes d’enseignement officielles. Les élèves n’y tutoient pas leurs maîtres, ne les appellent pas par leur prénom, ne découvrent pas la lecture à travers des méthodes désastreuses. Point de théorie du genre, de cours d’éducation sexuelle orientés par des programmes officiels qui déresponsabilisent ou par des lobbys LGBT.

Pour les parents qui sont le plus souvent issus des classes moyennes, qui ont plusieurs enfants, qui financent par l’impôt l’Éducation nationale, c’est un sacrifice matériel, car ils assurent les frais de scolarité (pas d’argent public dans ces écoles). Mais ils ont la garantie d’un enseignement qui sera respectueux de leurs valeurs éducatives et de leurs convictions.

Alors que l’Éducation nationale s’enfonce d’année en année dans la médiocrité et l’échec et que l’enseignement catholique abandonne toujours plus, d’année en année, sa vocation et sa spécificité, les écoles hors contrat se multiplient et constituent un exemple de réussite qui devrait inspirer.

Mais la France est encore trop enfermée dans l’idéologie étatiste et égalitariste pour l’accepter.

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