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vendredi 27 mars 2026

L’Angola, pays lusophone, fait le pari du français obligatoire dès l’école primaire

Le gouvernement angolais introduit le français comme langue étrangère obligatoire dès 10 ans

Une réforme adoptée en juin 2025 rend l’enseignement du français obligatoire dans les écoles angolaises, marquant un tournant stratégique pour ce géant lusophone d’Afrique.


Depuis juin 2025, le gouvernement angolais a décidé d’introduire le français comme langue étrangère obligatoire dès le troisième cycle du primaire, soit à partir de 10 ans, comme le rapporte Le Monde. Jusqu’à présent, elle n’était qu’optionnelle, surtout cantonnée aux couloirs du secondaire et réservée à une minorité d’élèves. Désormais, le français s’apprend dès l’enfance dans ce pays lusophone de 39 millions d’habitants, appelé à en compter 75 millions d’ici à 2050.

Selon Ilyes Zouari, chercheur et président du Cercle d’études et de réflexion sur le monde francophone interrogé par Le Monde, l’objectif de cette réforme est de renforcer économiquement le pays en tissant des liens plus forts avec le Congo et la République démocratique du Congo (RDC) où le français est majoritaire. Il note également que l’enseignement du français dans les écoles primaires permettrait une consolidation de l’Angola sur le plan diplomatique. Le président Joao Lourenço joue notamment un rôle de médiateur dans le conflit qui déchire l’est de la RDC, et s’est récemment illustré en obtenant la libération de l’ex-président gabonais Ali Bongo en mai 2025.

Ses propos rejoignent ceux du rapport La langue française dans le monde, paru le 16 mars dernier, de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). «Dans la lusophonie africaine, le français est une langue étrangère enseignée à l’école [...] à cause de la proximité géographique avec des pays francophones», analyse-t-il. «Il n’est pas une langue à usage social, mais peut représenter un capital linguistique stratégique pour les élites ou dans les contextes diplomatiques». La mise en place en Angola de cette réforme sera progressive. Testée dans plusieurs établissements à la rentrée scolaire 2024, elle sera étendue à tout le territoire à partir de la rentrée 2028.

Une francophonie géopolitique

Ce choix angolais s’inscrit dans une tendance de fond. Selon l’OIF, 65 % des francophones vivent aujourd’hui sur le continent africain, et le français pourrait être parlé par 590 millions de personnes d’ici à 2050. Sur le plan économique, les 22 pays d’Afrique subsaharienne francophone affichent une croissance annuelle de 4,1 %, soit le double du reste de la région. Par ailleurs, cette réforme intervient dans un contexte de rapprochement entre Paris et Luanda. Si TotalEnergies demeure le premier opérateur pétrolier du pays depuis 1953, la relation bilatérale s’étend désormais bien au-delà des hydrocarbures.

Lors de la visite d’Emmanuel Macron à Luanda en mars 2023, les deux pays ont scellé un partenariat agricole et agroalimentaire, et également prévu le lancement d’Angeo-1, premier satellite de l’histoire angolaise, dont la construction a été confiée à Airbus. Langue d’enseignement sous la colonisation puis dans les premières années suivant l’indépendance (1975), le français avait progressivement disparu des programmes à partir des années 1980.

Il avait néanmoins survécu, de façon informelle, le long de la frontière avec la RDC, portée par le retour des réfugiés angolais au terme de la guerre civile (1975-2002). En 2022, l’Angola avait été admis comme membre observateur de l’OIF lors du Sommet de Djerba, premier pas vers une intégration plus profonde dans l’espace francophone. Dans son rapport, l’OIF marque comme «actions notables» que l’Angola «développe une politique linguistique active, valorise le français parmi ses diplomates et multiplie les partenariats éducatifs». Les défis pour l’avenir du pays en la matière ? L’OIF note un «manque de professeurs qualifiés» et un «besoin d’augmenter les filières universitaires en français».

mardi 18 novembre 2025

Londres durcit le système d'asile

Le gouvernement britannique a dévoilé lundi ce qu’il présente comme la réforme la plus ambitieuse de son système d’asile « à l’époque moderne ». Sous la pression conjuguée de l’opinion publique, de l’opposition conservatrice et de la montée fulgurante du parti Reform UK, la ministre de l’intérieur Shabana Mahmood (ci-contre) a détaillé un vaste plan destiné à resserrer fortement les conditions d’accueil des migrants arrivant illégalement au Royaume-Uni.

Issue d’une famille originaire du Pakistan, Mahmood a reconnu devant les Communes que l’immigration avait façonné son propre parcours, tout en affirmant ressentir « un devoir moral » d’agir sur un sujet qui fracture profondément le pays.

« Si nous échouons à gérer cette crise, nous pousserons davantage de personnes sur un chemin qui commence par la colère et mène à la haine », a-t-elle averti, défendant une politique qu’elle revendique à la fois « ferme » et « nécessaire ».

Inspirée du modèle danois — l’un des plus restrictifs en Europe — la nouvelle doctrine promet de « rétablir l’ordre et le contrôle » aux frontières britanniques.

Coupes dans l’aide aux demandeurs d’asile

La mesure la plus spectaculaire concerne la suppression de l’octroi automatique d’une aide financière et d’un hébergement pour les personnes demandant l’asile.
Le gouvernement veut mettre fin à l’hébergement coûteux dans des hôtels, devenu l’un des symboles les plus critiqués de la crise migratoire.

Les aides sociales seront retirées à tous ceux qui, selon les autorités, sont en capacité de travailler, ainsi qu’aux demandeurs d’asile condamnés par la justice.

Statut de réfugié fortement limité

Londres souhaite par ailleurs réduire la protection accordée aux réfugiés :
  • le statut deviendra temporaire,
  • il sera réexaminé tous les deux ans et demi,
  • les migrants seront « contraints de rentrer chez eux dès que leur pays d'origine sera considéré comme sûr », 
  • les réfugiés ne pourront demander la résidence permanente qu’après 20 ans, contre cinq jusqu’ici.

Les demandeurs d’asile n’auront plus qu’une seule possibilité d’appel, et, en cas d’échec, seront automatiquement expulsés.

Si Keir Starmer affirme ne pas vouloir quitter la Convention européenne des droits de l’homme, il entend en restreindre l’application au Royaume-Uni afin de limiter les blocages juridiques dans les procédures d’expulsion.

Pression diplomatique sur plusieurs pays africains

Le gouvernement menace également de suspendre la délivrance de visas aux ressortissants de trois pays — Angola, Namibie et République démocratique du Congo — s’ils ne coopèrent pas davantage dans le renvoi de leurs nationaux en situation irrégulière au Royaume-Uni.

Une hausse des arrivées qui alimente les tensions

De juin 2024 à juin 2025, le Royaume-Uni a enregistré 111 084 demandes d’asile, un record et une progression de 14 % en un an.

La question migratoire s’impose désormais comme la première préoccupation des Britanniques, dopant les intentions de vote en faveur du parti Reform UK de Nigel Farage, qui surfe sur le sentiment d’exaspération du pays.

Les arrivées clandestines par la Manche continuent d’augmenter : 39 292 migrants ont déjà débarqué depuis le 1er janvier, dépassant le total annuel de 2024 (36 816).

Une réforme explosive au sein du parti travailliste

Ces annonces ont immédiatement suscité une levée de boucliers parmi les députés travaillistes, notamment l’aile gauche mais aussi les centristes, qui dénoncent une radicalisation de la politique migratoire.

La proposition permettant au ministère de l’intérieur de saisir certains biens de migrants — bijoux, véhicules ou vélos électriques — pour financer leur prise en charge a provoqué une vive polémique.

Les objets à valeur sentimentale, tels que alliances ou bijoux familiaux, resteraient toutefois protégés.

Réactions extérieures

Paris a salué le tournant britannique, estimant que cette réforme répondait « aux attentes » des partenaires européens.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a rappelé que les conditions d’accueil jugées trop « permissives » outre-Manche entretenaient l’attractivité de la traversée clandestine.