Une heure à peine après le début de leur cours de guarani, les étudiants en médecine de l’Université nationale d’Asunción sont déjà captivés. Un groupe prodigue des « pytyvõpya’ehasývape » (premiers secours) pour un « kangue opě » (fracture). Un autre s’inquiète qu’un problème au niveau du « tajygue mboaty rehe » (système nerveux) puisse nécessiter un « ñembovo » (intervention chirurgicale).
Ce cours, obligatoire pour les futurs médecins, s’inscrit dans une série de mesures visant à promouvoir la langue autochtone. Peu d’étudiants semble s’en plaindre. « J’adore parler le guarani, confie Tadeo Ramírez, en première année. C’est bien plus convivial que l’espagnol. »
Un tel engouement reflète le renouveau du guarani, langue ancestrale du Paraguay. Bien que seulement 2,3 % de la population s’identifient comme autochtones, près de 90 % la comprennent. Près de 40 % la parlent quotidiennement à la maison, selon une récente enquête, en plus de l’espagnol. C’est l’un des taux de bilinguisme les plus élevés au monde, bien devant des pays officiellement bilingues comme le Canada et l’Irlande. La plupart pratiquent le yopará, dont le nom même signifie « mélange » : une fusion naturelle entre les deux langues. « C’est notre lingua franca », résume Miguel Ángel, chauffeur de taxi.
Pendant des décennies, les élites paraguayennes ont tourné le dos au guarani, le reléguant au rang de patois de campagne. Ses sons nasaux, ses occlusions glottales ? Objet de moquerie. Dans les années 1950-1960, le dictateur Alfredo Stroessner avait même découragé son usage à l’école. Il faudra attendre 1992 et le retour de la démocratie pour que le guarani soit enfin reconnu comme langue officielle, aux côtés de l’espagnol. Une loi de 2010 a instauré un programme scolaire et une administration bilingues. Aujourd’hui, les Paraguayens peuvent choisir de voter, de se marier et d’être jugés en guarani.
L’engouement pour le guarani s’affiche partout. En juin, les supporters de football ont attribué leur victoire au Mondial contre l’Allemagne à « l’esprit guarani ». En mai, l’orchestre symphonique national a osé une première : l’« Ode à la joie » de Beethoven… en guarani. Et en avril, la reine Letizia d’Espagne a surpris tout le monde en entamant son discours pour le centre culturel espagnol par un « ¡Vy’apavě ne arambotýre ! » — un « Joyeux anniversaire ! » qui a fait date.
Les jeunes emboîtent le pas. Des influenceurs inondent TikTok et Instagram de tutoriels de vocabulaire ; des artistes diffusent du rap et du jazz yopará sur Spotify. Les parents branchés donnent à leurs enfants des prénoms comme Yerutí (colombe) et Marangatu (vertueux).
Certains s’inquiètent de voir que ce bilinguisme croissant résulte davantage de l’apprentissage de l’espagnol par les locuteurs du guarani que l’inverse. La proportion de locuteurs monolingues du guarani est passée de 28 % en 2002 à 12 % en 2022. « C’est un processus de supplantation », explique Arnaldo Casco, du Secrétariat de la politique linguistique (SPL). Ce dernier a réagi en publiant une multitude de contenus en guarani, allant des dictionnaires techniques à la poésie. « Le guarani doit couvrir toutes les sphères de l’interaction sociale », affirme Javier Viveros, le directeur du SPL.
D’autres se montrent plus sereins. Le monolinguisme espagnol stagne. Le guarani est présent sur Google Translate et Wikipédia (« Vikipetã »). Le personnel du SPL entraîne actuellement de grands modèles linguistiques sur cette langue. Les normes sociales ont évolué. María del Carmen Giménez, de l’Institut Patria Soñada, en sourit encore : « Nous qui devions nous hésitions à parler guarani enfants, aujourd’hui, nous le parlons sans complexe. »
Ce cours, obligatoire pour les futurs médecins, s’inscrit dans une série de mesures visant à promouvoir la langue autochtone. Peu d’étudiants semble s’en plaindre. « J’adore parler le guarani, confie Tadeo Ramírez, en première année. C’est bien plus convivial que l’espagnol. »
Un tel engouement reflète le renouveau du guarani, langue ancestrale du Paraguay. Bien que seulement 2,3 % de la population s’identifient comme autochtones, près de 90 % la comprennent. Près de 40 % la parlent quotidiennement à la maison, selon une récente enquête, en plus de l’espagnol. C’est l’un des taux de bilinguisme les plus élevés au monde, bien devant des pays officiellement bilingues comme le Canada et l’Irlande. La plupart pratiquent le yopará, dont le nom même signifie « mélange » : une fusion naturelle entre les deux langues. « C’est notre lingua franca », résume Miguel Ángel, chauffeur de taxi.
Pendant des décennies, les élites paraguayennes ont tourné le dos au guarani, le reléguant au rang de patois de campagne. Ses sons nasaux, ses occlusions glottales ? Objet de moquerie. Dans les années 1950-1960, le dictateur Alfredo Stroessner avait même découragé son usage à l’école. Il faudra attendre 1992 et le retour de la démocratie pour que le guarani soit enfin reconnu comme langue officielle, aux côtés de l’espagnol. Une loi de 2010 a instauré un programme scolaire et une administration bilingues. Aujourd’hui, les Paraguayens peuvent choisir de voter, de se marier et d’être jugés en guarani.
L’engouement pour le guarani s’affiche partout. En juin, les supporters de football ont attribué leur victoire au Mondial contre l’Allemagne à « l’esprit guarani ». En mai, l’orchestre symphonique national a osé une première : l’« Ode à la joie » de Beethoven… en guarani. Et en avril, la reine Letizia d’Espagne a surpris tout le monde en entamant son discours pour le centre culturel espagnol par un « ¡Vy’apavě ne arambotýre ! » — un « Joyeux anniversaire ! » qui a fait date.
Les jeunes emboîtent le pas. Des influenceurs inondent TikTok et Instagram de tutoriels de vocabulaire ; des artistes diffusent du rap et du jazz yopará sur Spotify. Les parents branchés donnent à leurs enfants des prénoms comme Yerutí (colombe) et Marangatu (vertueux).
Certains s’inquiètent de voir que ce bilinguisme croissant résulte davantage de l’apprentissage de l’espagnol par les locuteurs du guarani que l’inverse. La proportion de locuteurs monolingues du guarani est passée de 28 % en 2002 à 12 % en 2022. « C’est un processus de supplantation », explique Arnaldo Casco, du Secrétariat de la politique linguistique (SPL). Ce dernier a réagi en publiant une multitude de contenus en guarani, allant des dictionnaires techniques à la poésie. « Le guarani doit couvrir toutes les sphères de l’interaction sociale », affirme Javier Viveros, le directeur du SPL.
D’autres se montrent plus sereins. Le monolinguisme espagnol stagne. Le guarani est présent sur Google Translate et Wikipédia (« Vikipetã »). Le personnel du SPL entraîne actuellement de grands modèles linguistiques sur cette langue. Les normes sociales ont évolué. María del Carmen Giménez, de l’Institut Patria Soñada, en sourit encore : « Nous qui devions nous hésitions à parler guarani enfants, aujourd’hui, nous le parlons sans complexe. »

