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vendredi 10 avril 2026

Dans les années 1970, Valéry Giscard d'Estaing a essayé de mettre en place l’expulsion de… 500.000 Algériens.

Dans une récente et passionnante conversation diffusée sur YouTube, le journaliste Transmission reçoit l’historien Pierre Vermeren pour une analyse sans fard des relations franco-algériennes.
 
La vidéo, intitulée « Ce que la France n’ose pas dire sur l’Algérie », éclaire un épisode méconnu de l'histoire récente : la tentative, sous Valéry Giscard d’Estaing, d’organiser le retour volontaire – et, si nécessaire, plus encadré – de plusieurs centaines de milliers d’Algériens dans les années 1970, au lendemain du choc pétrolier et face à la montée du chômage.
 
Ce projet, ambitieux et pragmatique, visait à soulager un marché du travail français alors en pleine contraction. Il s’est heurté à des obstacles politiques, diplomatiques et juridiques. Pourtant, ce qui frappe le plus, à la lecture de l’histoire, n’est pas l’échec lui-même, mais le contraste saisissant avec une période antérieure où la France exerçait, sans états d’âme excessifs, son droit souverain de réguler sa population étrangère.

Les années 1930 : une gauche réaliste face à la crise

Remontons aux années 1930, au cœur de la Grande Dépression. La France comptait alors près de trois millions d’étrangers, principalement des Polonais dans les mines du Nord et de l’Est, et des Italiens dans l’agriculture et l’industrie. Le chômage massif touchait durement les ouvriers français. La réponse politique fut claire et largement partagée, y compris à gauche : priorité nationale à l’emploi et rapatriements organisés.

La loi du 10 août 1932, adoptée sous un gouvernement radical de centre-gauche, instaura une véritable préférence nationale. 

Des centaines de milliers de travailleurs étrangers – surtout polonais – furent reconduits chez eux, souvent avec une aide au retour. Ni les socialistes de la SFIO ni même les communistes ne crièrent à la xénophobie. 

L’étranger était alors perçu comme un travailleur temporaire, accueilli en fonction des besoins de l’économie française. Protéger la communauté nationale et ses travailleurs n’était pas un tabou moral ; c’était une évidence républicaine. 

L’expulsion, lorsqu’elle s’imposait, ne suscitait aucun scrupule collectif. La gauche de l’époque restait ancrée dans un patriotisme social : elle défendait d’abord le peuple français.

Les années 1980 : l’anti-racisme comme nouvel horizon moral

Tout change avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Face à une immigration désormais post-coloniale, installée durablement et accompagnée du regroupement familial, la sensibilité politique se transforme profondément. 

L’anti-racisme devient, pour une partie de la gauche, un impératif catégorique, une nouvelle raison d’être. La Marche pour l’égalité de 1983 et la création de SOS Racisme en 1984 marquent ce basculement symbolique : l’immigré, et surtout ses enfants nés en France, est désormais érigé en figure centrale de l’opprimé. Toute mesure restrictive – contrôle des flux, expulsion, même pour motif économique – est suspectée de racisme latent.

Ce n’est plus la protection des ouvriers français qui prime, mais la lutte contre les discriminations réelles ou supposées. 

L’expulsion, autrefois outil légitime de régulation, devient moralement impensable. On passe d’une vision nationale du social à un universalisme abstrait où la défense de l’« Autre » l’emporte sur la cohésion du corps national. 

Cette évolution idéologique nourrit et renforce, à son tour, les interprétations jurisprudentielles qui compliquent les retours organisés.

Des blocages juridiques réversibles, non des fatalités

Certes, le droit a évolué : intégration du préambule de 1946 dans le bloc de constitutionnalité, ratification de la Convention européenne des droits de l’homme. Mais ces textes, comme toute norme, sont soumis à interprétation. 

Rien n’oblige la France à y voir un interdit absolu d’expulsion collective en période de crise. Aucune disposition constitutionnelle n’accorde aux étrangers un droit général et imprescriptible au séjour. Les décisions du Conseil constitutionnel ou de la Cour européenne sont des choix jurisprudentiels, non des vérités éternelles.

Un pouvoir politique déterminé, fort de sa légitimité démocratique, peut parfaitement réviser l'interprétation de la Constitution, dénoncer certains engagements internationaux ou renégocier des accords bilatéraux. 

Les blocages actuels ne sont pas une fatalité juridique ; ils sont le produit d’une culture politique et morale qui a choisi, depuis les années 1980, de sacraliser la non-expulsion au nom d’un anti-racisme devenu dogme.

Le droit légitime d’un pays d’accueil

La France, comme toute nation souveraine, possède le droit fondamental de décider qui elle accueille et pour combien de temps. Lorsque l’économie, l’équilibre social ou la cohésion nationale l’exigent, organiser le retour des étrangers – y compris de ceux qui ont été accueillis en toute bonne foi – n’est ni une injustice ni une trahison des valeurs républicaines. C’est l’exercice légitime d’une souveraineté que nos prédécesseurs, y compris à gauche, assumaient sans complexe. 

Le dernier livre de Pierre Vermeren

Pierre Vermeren est historien et professeur des universités à Paris 1 Panthéon-Sorbonne spécialiste des sociétés arabo-berbères de l’Afrique du Nord contemporaine. Il a notamment publié Histoire de l’Algérie contemporaine (2022) et dans la collection « Texto» La France en terre d’islam (2020) et Le Maroc en 100 questions (2024). Son dernier livre est France-Algérie. De 1962 à nos jours (2026).


France-Algérie. De 1962 à nos jours:
Histoire d'une relation pathologique,
paru chez Tallandier,
à Paris,
le 19 mars 2026,
304 pages,
ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1021066441 

Rappels d’ambassadeurs, arrestations arbitraires, chute des échanges commerciaux, crise des visas… Comment sommes-nous passés en quelques années d’une estime entre dirigeants français et algériens à une tension aussi forte depuis 2024 ? L’historien Pierre Vermeren décrypte sur le temps long cette relation complexe qui traverse sa plus grave crise.

Après plus d’un siècle de colonisation par la France, l’Algérie est devenue indépendante le 5 juillet 1962. Pourtant la guerre et ses conséquences restent non soldées malgré la culpabilité française et une réconciliation mémorielle ratée. Depuis de Gaulle et Boumediene, les rapports diplomatiques sont l’habillage officiel des contacts directs entre les deux présidences et de réseaux d’influences qui poussent leurs pions. Tout semble désormais opposer ces deux nations dont la relation, devenue toxique, permet au régime algérien d’accabler la France d’Emmanuel Macron des maux qui frappent le pays, telle la révolte du Hirak de 2019. L’Algérie rejette à présent la francophonie et s’affiche avec la Chine ou la Russie.

Pierre Vermeren montre comment Paris s’épuise à construire des rapports « normaux» tandis qu’Alger qualifie la France d’«ennemi éternel et traditionnel ». Cette relation pourra-t-elle un jour s’apaiser?

mardi 4 mars 2025

L'agence de développement américaine (USAid) aurait soutenu les organismes anti-gouvernement PiS en Pologne

Selon une enquête publiée par l’hebdomadaire conservateur polonais Gazeta Polska, pendant le mandat de Joe Biden, des millions de dollars du contribuable américain ont été versés à des organisations en Pologne qui ont contribué à faire tomber le gouvernement le plus pro-américain de la Troisième République. L’agence gouvernementale USAID, le département d’État et la fondation National Endowment for Democracy (NED) ont financé des organismes qui ont combattu le gouvernement PiS en le qualifiant d’« antidémocratique » et de « persécuteur » des femmes et des homosexuels. Les personnes qui ont réclamé la punition du « criminel » Kaczynski dans la presse américaine ont été soutenues. Dans un document interne, l’USAID a également recommandé de lutter contre les médias gênants en les privant de revenus publicitaires, ce qui est actuellement le cas de la Télévision Republika.

Donald Tusk et « l’argent tombant du ciel ». Tusk est président du Conseil des ministres de Pologne depuis décembre 2023. Il a été élu grâce aux soutiens de la Plateforme citoyenne, un parti européiste politiquement correct.

La décision de Donald Trump de suspendre les financements de l’USAID (l’Agence des États-Unis pour le développement international) et, à terme, de supprimer probablement l’agence elle-même, a indigné et choqué les cercles de gauche du monde entier. En effet, depuis de nombreuses années, des milliers d’activistes vivent confortablement de l’argent américain, poursuivant l’agenda politique et moral de l’« internationale » progressiste.

C’est également le cas en Pologne, en particulier ces dernières années. Le fait que l’injection d’argent américain dans les ONG polonaises (en particulier celles impliquées dans l’activisme politique et social de gauche) se soit intensifiée sous le gouvernement de la droite américaine est dit avec une franchise désarmante par les activistes eux-mêmes. « Les fonds américains étaient très présents en Pologne dans les années 1990 et au début des années 2000, puis ils se sont éloignés de l’Europe centrale. La situation a changé il y a trois ou quatre ans, lorsque l’USAID a de nouveau accordé des subventions à cette partie de notre continent. Il s’agissait de fonds destinés à des activités liées à la démocratie, aux médias, à l’État de droit, à l’égalité et aux droits de l’homme » - Dominika Bychawska-Siniarska, avocate du Centre de la société civile de Prague, qui s’occupe depuis de nombreuses années des organismes polonais vivant de subventions, l’a récemment admis dans une interview accordée à l’Agence de presse polonaise.

Éliminer les médias indépendants

En 2021, un mois après l’investiture de Joe Biden, l’USAID a créé un document interne de 97 pages intitulé « Abécédaire de la désinformation ». L’abécédaire « à usage interne uniquement » a été rendu public quelques années plus tard, grâce à l’organisation America First Legal, qui a obtenu en justice le droit d’accès à l’information publique. Le document recommande aux gouvernements, aux ONG et aux médias de travailler ensemble pour lutter contre le « désordre de l’information ». Il propose également un certain nombre de stratégies, telles que la promotion et la mise en sourdine de contenus par le biais de moteurs de recherche ou la suppression des recettes publicitaires pour les médias mal notés. L’objectif est d’empêcher « la création de récits qui divergent des courants dominants ». L’idée est d’empêcher « les individus de partager leurs propres enquêtes dans le cadre d’une discussion plus large », créant ainsi une « expertise populiste qui façonne et soutient leur vision alternative du monde ».


À l’abri des regards, le document souligne que certains annonceurs « financent et amplifient par inadvertance les plateformes qui désinforment ». Pourtant, priver les médias gênants de revenus publicitaires les empêcherait de « diffuser les nouvelles ». C’est pourquoi, selon l’étude de l’USAID, « des efforts ont été déployés pour informer les annonceurs des risques comme celui de menacer la sécurité des marques en les plaçant à côté de contenus répréhensibles ». Une telle opération — priver les médias prétendument « désinformateurs “de publicité — présente également un autre avantage, selon l’USAID : elle permet de” rediriger les financements vers des domaines d’information de plus grande qualité ». Cela vous rappelle quelque chose ? Une stratégie identique est appliquée depuis le début de l’année 2024 à Telewizja Republika, qui est aujourd’hui la plus grande chaîne d’information de Pologne. Le processus implique des acteurs étatiques, des acteurs non gouvernementaux (comme Jerzy Owsiak qui fait chanter les annonceurs), des médias libéraux (qui appellent au boycottage) et des acteurs du monde des affaires, souvent avec des capitaux étrangers. L’objectif est de détruire TV Republika ou du moins de la réduire à un rôle de chaîne de niche insignifiante, tout en renforçant — sur le plan des médias et du marché — la concurrence libérale et grand public.
 

« Nous pouvons travailler très dur sur des listes d’exclusion [d’entités médiatiques — NDLR] et d’inclusion pour convaincre l’industrie mondiale de la publicité de dépenser ses dollars publicitaires pour de bonnes nouvelles et de bonnes informations », a déclaré Jeanne Bourgault à 2024 Davidson. - a déclaré Jeanne Bourgault à 2024 Davos, lors d’une table ronde intitulée « Défense de la vérité », qui a fait couler beaucoup d’encre. Mme Bourgault dirige une organisation, officiellement non gouvernementale, appelée Internews Network (IN), qui vise à « créer un écosystème d’information sain ». IN a reçu au total près de 0,5 milliard de dollars de subventions au fil des ans de la part de… USAID — l’argent du contribuable américain a représenté 95 % du budget d’IN.

L’argent de l’USAID a financé, entre autres, des projets de la Fondation Homo Faber, basée à Lublin. Le plus récent d’entre eux, toujours en cours de mise en œuvre en janvier 2025, est « Découvrir l’Arabie », présenté comme « une série de réunions au cours desquelles nous invitons les habitants de Lublin à découvrir le monde arabe, sa culture, sa cuisine, ses coutumes, ainsi qu’à rencontrer des personnes originaires de pays arabes qui vivent à Lublin ». La responsable d’Homo Faber, Anna Dąbrowska, a accusé le gouvernement Droit et Justice (PiS) de mener des politiques « anti-ukrainiennes » et « anti-islamiques » dans les médias en 2018. 

« J’ai emmené ma femme et mon enfant avec moi et je me suis enfui en Allemagne. Je ne me sentirais pas en sécurité en Pologne. Le gouvernement, malgré les critiques des merveilleux Polonais et de la communauté internationale, nous refuse toujours catégoriquement le droit d’être des réfugiés », aurait écrit un certain Mohammed. Un autre militant d’Homo Faber a souligné dans les médias que la Pologne « condamnait délibérément les étrangers à mort » et tentait de légaliser « des pratiques terribles ». C’est la fondation de Lublin qui a co-créé le groupe Granica, lors des manifestations duquel les gardes-frontières polonais ont été qualifiés d’assassins. Ajoutons qu’en 2014, Homo Faber avait mis en garde contre la « russophobie » croissante en Pologne.

Un autre bénéficiaire des fonds de l’USAID a été la Fondation Centre pour l’éducation civique, qui s’est battue en tant que « citoyenne » contre le ministre Przemysław Czarnek (« lex Czarnek ») et a préparé des plans de cours pro-immigrés sur les réfugiés pour les écoles, critiquant le gouvernement PiS. C’est le Centre d’éducation civique qui est à l’origine de « Latarnik Wyborczy » (cofinancé par l’USAID) — un test électoral en ligne annoncé dans les médias libéraux comme un guide pour les électeurs indécis. Le problème était que le test était construit de telle manière que même après avoir répondu « Je n’ai pas d’opinion » aux 25 questions, il indiquait que l’électeur devait voter pour la Coalition civique.

Source : Gazeta Polska

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Pologne — Le tournant autoritaire du « libéral » Donald Tusk

Reprise en main de la Télévision publique polonaise [par les « libéraux » ] : direction limogée, 4 chaînes cessent d'émettre 

lundi 21 octobre 2024

Dépenser plus en éducation, est-ce la solution ?

Quelques statistiques intéressantes sur l’éducation aux États-Unis.

Tout d’abord les dépenses par élève dans chacun des États fédérés (écoles primaires et secondaires) :


Puis, le taux d'obtention d'un diplôme de fins d'études secondaires :


Une constatation s’impose : il n’existe pour ainsi dire aucune corrélation entre la réussite scolaire et le niveau de dépense.  Bien entendu, les facteurs sociaux démographiques jouent pour beaucoup dans ces chiffres. Ajoutons encore qu'il faudrait ajuster les dépenses au coût de la vie dans chaque État : vivre et donc payer un professeur un salaire décent à New York est plus cher que dans le Montana.

Mais un fait demeure : dépenser plus n’est pas automatiquement un synonyme de réussite.

Dans les pays de l’OCDE, les États-Unis arrivent au 4e rang au chapitre des dépenses par élèves du primaire et du secondaire.

Le programme triennal PISA de l'OCDE, qui compare les connaissances et les compétences des élèves de 15 ans dans 70 pays à travers le monde, a classé les Etats-Unis au 14 e  rang des 34 pays de l'OCDE pour les compétences en lecture, en 17 e  position pour les sciences et en 25e position, en-dessous de la moyenne, pour les mathématiques.

Pire, sur 34 pays de l'OCDE, seuls 8 ont un taux plus faible diplomation au secondaire. La plupart des résultats scolaires des États-Unis ressemblent à ceux de la Pologne, un pays qui dépense moins de la moitié en éducation que les États-Unis.

Il existe un autre pays qui dépense de grandes sommes (en proportion à sa richesse nationale) en éducation nationale : l'Afrique du Sud. Malgré cela, l’Afrique du Sud s'est classée au dernier rang dans un classement regroupant 40 pays, derrière le Maroc et le Koweït. Ce classement a été publié en 2007 dans le cadre du Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS:2006). Cette étude vise à établir les compétences de lecture des élèves de 10 et 11 ans quand ils doivent aborder des textes littéraires et informatifs authentiques.

L'Afrique du Sud 
dépense 6,1 % de son produit national brut à l'éducation, une plus grande portion que la plupart des autres pays, mais ses résultats sont constamment parmi les plus mauvais. 


Selon le dernier Indice de compétitivité mondiale du Forum économique mondial, l'Afrique du Sud se classait 129e sur 139 pays en matière d'éducation primaire et 137e en sciences et mathématiques.

On peut donc se demander quand François Legault et sa coalition disent qu’il suffit de dépenser plus en éducation pour régler les problèmes en éducation s'il ne s'agit pas d'une affirmation un peu simpliste.


Via (en partie) Antagoniste


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Dépenses en éducation dans les écoles publiques au Canada (Québec champion !), édition 2024

Allemagne — Malgré les dépenses croissantes en éducation, les résultats baissent (2003-2022)

Québec — Moins d'élèves, mais dépenses en forte hausse (2017)

Québec — dépenses par élève en hausse constante

Très forte chute des résultats en lecture pour les élèves québécois francophones entre 2007 et 2010

Aujourd’hui, 93 % des élèves n’atteignent même pas le niveau médian de 1987

samedi 16 mars 2024

Charles Sapin : « En Europe, la “diabolisation” des partis nationalistes n'accroche plus »

Alors qu'approchent les élections européennes, le journaliste du Point a entrepris d'enquêter dans les pays où les formations dites nationalistes ou populistes ont le vent en poupe. De l'Italie aux Pays-Bas, de la Suède à l'Espagne en passant par la Finlande ou l'Allemagne, partout un même constat s'impose : les partis qui méconnaissent volontairement les effets de l'immigration sont sanctionnés dans les urnes. Entretien paru dans le Figaro Magazine.

— Emmanuel Macron semble jouer la stratégie de la peur. Il y a cinq ans, il évoquait «la lèpre populiste» tandis qu'il pointe aujourd'hui les liens supposés entre le RN et Vladimir Poutine. Est-ce pertinent ?

Charles Sapin.— La stratégie présidentielle est limpide. En retard d'une dizaine de points sur la liste RN , les candidats d'Emmanuel Macron misent sur un récit sensationnel pour inverser la tendance : grimer leurs adversaires en « ennemis de l'intérieur », c'est-à-dire en agents de Vladimir Poutine. Tout en misant sur l'« effet drapeau » que pourrait susciter la préoccupante dégradation de la situation ukrainienne [pour Kiev]. Mais il y a une limite. Ce qui peut paraître tactiquement habile peut se révéler délétère d'un point de vue stratégique. Lors de mon tour d'Europe, un constat m'a marqué. Que ce soit en Italie, aux Pays-Bas, en Suède et même dans une certaine mesure en Allemagne, la « diabolisation » n'accroche plus. Les tentatives d'assimiler les partis nationalistes aux totalitarismes du XXe siècle, les procès en filiations historiques surannées sonnent creux. Comme de vieux tubes qu'on n'écoute plus à force de les avoir trop entendus…

Cette « stratégie de la peur », pour reprendre vos mots, a fini par devenir un carburant pour les forces nationalistes qu'elle pensait combattre. Elles légitiment ces dernières en forces « antisystème », alors qu'elles appartiennent le plus souvent depuis des années à ce système. Elle finit par les installer, de fait, en seule alternance véritable. L'exemple des nationalistes suédois est éloquent. Fondé en 1988 par d'authentiques néonazis, le parti a rompu et renié ses origines dans les années 2000. Il a continué malgré tout d'être ostracisé, exclu du jeu démocratique. Jusqu'à se voir sacré aux dernières élections. Puisque étant le seul à ne pas avoir de responsabilité dans la situation migratoire catastrophique du pays et l'effondrement de son système social.

lundi 15 janvier 2024

Pologne — Le tournant autoritaire du « libéral » Donald Tusk

L’arrestation de deux ex-ministres marque la reprise en main des médias publics par le nouveau Premier ministre.

Dans la nuit glaciale du mois de janvier, au milieu des lumières scintillantes de l’enfilade de l’avenue du faubourg de Cracovie et de Nowy Swiat, sorte de Champs-Élysées locaux, des manifestations se sont formées devant le palais Koniecpolski, siège officiel de la présidence de la République polonaise.

Devant ce lieu où fut signé le pacte de Varsovie et où se sont tenues les réunions de préparation des premières élections libres à la fin de l’ère communiste, les partisans du PIS (Parti droit et justice) s’étaient rassemblés pour se dresser contre l’arrestation, mardi 9 janvier, de Mariusz Kamiński et Maciej Wąsik, respectivement ancien ministre et vice-ministre de l’Intérieur.

L’affaire remonte à 2015, quand un tribunal de première instance les condamne à trois ans de prison pour une ténébreuse affaire de déstabilisation d’un parti membre de la coalition au pouvoir huit ans plus tôt.

Sans attendre la fin de la procédure judiciaire, une grâce est prononcée par le chef de l’État. Jugée illégale par la Cour suprême, une deuxième condamnation à deux ans de prison ferme a été prononcée cette fois au mois de décembre dernier, moyennant quoi un mandat d’amener a été délivré à leur encontre, et leur élection en tant que députés annulée.

Mardi après-midi, juste avant leur arrestation, effectuée à la faveur de l’absence du président de la République, Andrzej Duda, qui devait se rendre à une réception, les intéressés avaient fait une déclaration à la presse, filmée dans la cour du palais présidentiel. Se sachant cernés par les forces de l’ordre, ils ont été les premiers à prononcer les mots de prisonnier politique et de dictature qui, qui, par la suite, allaient faire tache d’huile.

Mariusz Kamiński a entamé une grève de la faim, considérant son incarcération comme « un acte de vengeance politique ». Interrogé, Donald Tusk a préféré botter en touche en se réfugiant derrière l’indépendance de la justice et accusant ses rivaux d’avoir créé un « chaos juridique sans précédent ».

Selon David Engels, historien belge et professeur de recherche à Instytut Zachodni de Poznań, « il y a très clairement un risque autoritaire : nous sommes confrontés à une série de réformes destinées à faire taire toute velléité d’opposition et de mettre au pas la Pologne. On a muselé la télévision, effacé les documentaires négatifs sur Donald Tusk et éliminé la possibilité pour l’opposition conservatrice de faire entendre sa voix. Le but, en arrêtant un ancien ministre de l’Intérieur, est de décapiter le système sécuritaire du PIS et de l’afficher clairement pour reprendre le contrôle ».

Jeudi, le PIS a d’ailleurs contre-attaque en déployant des milliers de ses soutiens dans la rue pour s’opposer à la politique de la coalition nouvellement arrivée au pouvoir.

Cette chasse aux sorcières intervient dans un pays fracturé

Ce contexte politique explosif intervient dans le cadre du résultat des dernières élections législatives qui ont porté le dirigeant libéral pro-européen au pouvoir, mais ne lui ont pas accordé de majorité absolue.

D’un côté, le PIS, avec 35,38 % des voix et 194 députés sur 460 à la Diète, a perdu sa capacité de gouverner, n’ayant pas d’alliés assez puissants pour constituer une majorité. De l’autre, le parti de Donald Tusk, la Plateforme civique, n’a récolté que 30,70 % des voix ainsi que 157 députés et a dû constituer une coalition hétéroclite avec la gauche et les chrétiens démocrates de Troisième voie, érigés en véritables faiseurs de rois.

L’étude des cartes des résultats électoraux est à ce titre saisissante : l’Est et la Petite-Pologne, où sont concentrées les classes populaires, ont apporté leurs suffrages aux conservateurs, quand l’Ouest et Varsovie, c’est-à-dire les régions les plus riches, se sont tournés vers les libéraux.

Depuis son investiture le 13 décembre, Donald Tusk, accueilli comme un héros par Bruxelles et la classe médiatique, n’a eu de cesse d’accentuer sa mainmise sur le pouvoir en déclenchant une gigantesque purge des médias publics.

Il y a à peine plus d’un mois, le chef du gouvernement avait brutalement licencié l’ensemble des dirigeants de la radio, de la télévision et de l’agence de presse publique polonaise. Quelques semaines plus tard, ces organisations ont d’ailleurs été mises en liquidation, le tout dans le silence assourdissant de la Commission européenne.

Pour David Engels, « Tusk, en tant qu’ancien président du Parti populaire européen, est sous l’influence idéologique des gouvernements de l’Allemagne et de la France. La Pologne est d’ailleurs devenue l’hinterland économique de l’Allemagne, ce qui va de pair avec les pressions d’une Union européenne dominée par elle, La Pologne a signé le compromis migratoire voulu par Bruxelles, des demandes s’exprimant maintenant pour ouvrir les frontières avec la Biélorussie où transitent les migrants. On commence aussi à supprimer les croix et à enlever les crèches dans les lieux publics. »

 Source : Le Journal du dimanche

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vendredi 12 janvier 2024

La moitié des enfants ukrainiens d'âge scolaire en Pologne ne vont pas à l'école

Le nombre d'enfants ukrainiens dans les écoles polonaises diminue.

Sur les 300 000 enfants ukrainiens, seuls 47 % étudient dans des écoles polonaises. "Nous ne savons pas ce qu'il advient de 150 000 élèves et écolières ukrainiens". - alerte "Gazeta Wyborcza".

Le Centre pour l'éducation civique a produit un rapport intitulé "Les élèves réfugiés dans le système éducatif polonais. Que disent les nouvelles données ?" L'étude montre que plus de 53 % des réfugiés en âge d'être scolarisés sont en dehors du système éducatif polonais. Parmi eux, 112,8 milliers d'enfants en âge de fréquenter l'école primaire et 43,6 milliers de jeunes en âge de fréquenter l'école secondaire. En une seule année, 4,5 milliers d'élèves ukrainiens, garçons et filles, ont disparu des écoles polonaises. Il s'agit des données collectées jusqu'en octobre 2023.

Au total, la Pologne compte 300 000 enfants d'origine ukrainienne. "Nous ne savons pas ce qu'il advient de 150 000 élèves et écolières d'Ukraine", écrivait la Gazeta Wyborcza de jeudi. Comme le souligne le directeur général de l'organisme le Dr Jędrzej Witkowski, les parents de tous ces enfants ont déclaré qu'ils poursuivaient leur éducation ukrainienne à distance. Cependant, il n'existe pas d'outils permettant de vérifier si c'est réellement le cas.

- Pour les enfants traumatisés par la guerre, la routine scolaire est très importante. Car c'est aussi la présence d'adultes qui peuvent réagir, aider à se rendre chez un spécialiste", souligne le Dr Jędrzej Witkowski dans les pages de Gazeta Wyborcza.

Source : Gazeta Wyborcza

vendredi 29 décembre 2023

Europe — Plus on est religieux, plus on a d'enfants

Le fait qu’un couple ait ou non des enfants et le nombre d’enfants qu’il a dépendent jusqu’à aujourd’hui de son degré de religiosité. C’est ce que montrent des chercheurs de l’Académie autrichienne des sciences et de l’Université de Vienne dans la revue spécialisée Population, Space and Place. Pour ce faire, elles ont analysé les données d’environ 34 000 personnes âgées de 18 à 45 ans dans huit pays (Autriche, France, Pays-Bas, Suède, Pologne, Russie, Bulgarie et Géorgie). Celles-ci avaient été interrogées en 2002 et 2016 sur leur religiosité, leur désir d’enfant et le nombre effectif d’enfants.

(cliquez sur l’image pour l’agrandir)


Des valeurs traditionnelles

Résultat : les chrétiennes autrichiennes âgées de 20 à 29 ans qui assistaient régulièrement à un service religieux souhaitaient en moyenne 2,4 enfants. Le nombre réel d’enfants parmi elles (âgées de 35 à 44 ans) était de 1,8. En comparaison, le nombre d’enfants souhaité par les femmes non pratiquantes était déjà nettement inférieur, avec une moyenne de 1,9. Et dans les faits, elles n’ont eu que 0,9 enfant. Les chrétiennes non pratiquantes se situaient entre ces deux pôles : elles souhaitaient en moyenne 2,1 enfants et en ont eu 1,5. Cette tendance a été observée dans les huit pays étudiés.

Une explication pourrait résider dans les doctrines religieuses pronatalistes : la famille et les enfants ont une grande importance dans les familles religieuses, les rôles des sexes sont plutôt traditionnels, explique la sociologue Caroline Berghammer (Université de Vienne). Dans les pays d’Europe de l’Est, le désir d’enfant est cependant moins souvent réalisé qu’en Occident. Cela pourrait s’expliquer par « des conditions sociales générales telles que l’insécurité économique », selon Isabella Buber-Ennser de l’Institut de démographie de l’ÖAW. 

Source : APA

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Le ministre polonais de la Culture et du Patrimoine national (du nouveau gouvernement libéral) a déclaré avoir entamé la procédure de liquidation des médias d'État en raison de la cessation de leur financement.

« En raison de la décision du Président de la République de Pologne de suspendre le financement des médias publics, j'ai décidé de mettre en liquidation les sociétés Telewizja Polska SA, Polskie Radio SA et l'Agence de presse polonaise SA" - un tel message est apparu mercredi dans la soirée de manière inattendue sur le site du ministère de la Culture. »

Plus de détails (en polonais)


Billet du 20 décembre

Mise à jour du professeur David Engels (qui enseigne à Posnan en Pologne) dans Valeurs actuelles :

Le nouveau gouvernement polonais vient d'occuper par la force la télévision publique et de fermer la chaîne qui a dû cesser toute diffusion. La nouvelle opposition accuse Tusk de violer massivement l'État de droit. Que se passe-t-il ?

Des partisans de Kaczynski et du PiS (Droit et Justice) se rendent au siège de la chaîne publique polonaise TVP pour protester contre les mesures prises par le nouveau gouvernement pro-Union européenne, à Varsovie, Pologne, le mercredi 20 décembre 2023.

La Pologne fournit actuellement un cas d’étude majeur de ce qui se passe lorsqu’un pays conservateur change de gouvernement, qui souhaite le réaligner avec le reste de l’Europe – un memento mori pour la Hongrie. La composition du nouveau gouvernement, dont les postes socio-culturels clés sont tous occupés par des représentants du parti de gauche et d’extrême gauche Lewica, qui ne cachent pas leurs opinions ouvertement anti-chrétiennes et pro-LGBTQ, prouve que les affirmations du gouvernement actuel selon lesquelles il serait la meilleure alternative, même pour les conservateurs, n’étaient qu’un leurre. Mais la guerre culturelle a pris une nouvelle intensité ces derniers jours, lorsque le gouvernement a annoncé dès son entrée en fonction son intention de mettre au pas les médias publics, à commencer par la chaîne TVP.

La nuit dernière, le Premier ministre Tusk a limogé les PDG et les membres du conseil de surveillance non seulement de la chaîne de télévision TVP, mais aussi de la radio polonaise et de l’agence de presse PAP, et a nommé de nouveaux conseils de surveillance qui éliraient de nouveaux administrateurs. Cela s’est fait apparemment sans préavis et donc sans respect des règles en vigueur, comme l’ont rapporté des personnes directement concernées. Le Tribunal constitutionnel polonais conteste la compétence du gouvernement pour procéder à une restructuration aussi soudaine et profonde, mais son autorité n’est que partiellement reconnue par le gouvernement en raison du litige latent sur l’État de droit.

«Le nouveau gouvernement a besoin de la mainmise illégale sur les médias publics pour couper les Polonais de la vérité inconfortable. Par exemple, le consentement du gouvernement Tusk à adopter le pacte européen sur la migration, qui suppose une réinstallation forcée ou des sanctions financières. Défendons la liberté !»

Toutes les branches de la chaîne ont été coupées jusqu’à nouvel ordre

Face à cette évolution, des sympathisants de l’ancienne direction de la TVP, dont des parlementaires, se sont retranchés depuis mardi soir avec une partie du personnel dans le bâtiment principal de la chaîne et ont dû être expulsés de force par les services de sécurité, ce qui a entraîné des blessures chez certaines personnes évacuées manu militari, si l’on en croit les images et les vidéos qui circulent sur le net. La police est également intervenue, d’abord pour protéger les personnes retranchées dans le bâtiment, mais ensuite pour soutenir le gouvernement, selon des témoins de la situation toujours chaotique. Toutes les branches de la chaîne ont été coupées jusqu’à nouvel ordre par décision du gouvernement et ne diffusent que des images fixes. D’ici Noël, la restructuration des principaux médias publics devrait être achevée : une vague de licenciements sans précédent menace. L’opposition (nouvelle) y voit des violations massives de l’État de droit. L’ex-Premier ministre Morawiecki parle dans un message de l’instauration d’une dictature.


C’est la première fois depuis la déclaration de l’état d’urgence dans la phase finale du communisme que la télévision polonaise est empêchée par la force de diffuser. Le gouvernement actuel reproche à son prédécesseur d’avoir systématiquement nommé du personnel sympathisant avec les opinions conservateurs du parti social-chrétien PiS pendant ses huit années au pouvoir, et demande une réforme complète des chaînes publiques afin de garantir à nouveau une couverture « neutre » de l’actualité.

En effet, le PiS n’a pas réussi à créer un réseau d’information conservateur indépendant significatif au cours de ses années de pouvoir, alors que la quasi-totalité des médias privés polonais sont entre les mains de sociétés sympathisant avec l’opposition de gauche-libérale de l’époque. Si la mise au pas de TVP et d’autres médias publics obligeait les journalistes conservateurs à quitter également ce secteur, la diversité d’opinion des grands médias polonais serait de facto anéantie.


Pendant ce temps, le Berliner Zeitung [de centre-gauche] considère qu’une approche autoritaire serait le seul moyen pour Tusk de faire à nouveau de la Pologne un « État de droit » : « C’est le dilemme auquel sera confronté le futur Premier ministre Tusk lorsqu’il prendra ses fonctions : il peut devenir un dirigeant impuissant ou rendre le pays à nouveau démocratique par des moyens non démocratiques. » Un appel à peine voilé à créer, par la force, des faits accomplis pendant que le reste de l’Europe détourne délibérément le regard. 

 

« Pologne : Tusk deviendra-t-il un autocrate pour réformer l'État ? », titre le Berliner Zeitung (81 000 exemplaires vendus par jour en 2021).

Dans Tichys Einblick, David Engels écrit encore : «Le gouvernement Tusk occupe par la force la télévision polonaise. En Allemagne, on se réjouit du démantèlement de la prétendue "chaîne de propagande" polonaise TVP. En réalité, il s'agit d'une action inouïe dans une démocratie occidentale.»


 

Le 19 décembre 2023, Bartłomiej Sienkiewicz, le ministre polonais de la Culture et du Patrimoine national, a démis de leurs fonctions les directeurs des médias d’État et leurs conseils de surveillance, notamment ceux de TVP, et en a nommé de nouveaux à leur place. Cette mesure a suscité des critiques et des accusations d’illégalité de la part des dirigeants révoqués et du parti d’opposition Droit et Justice (PiS), ce qui a entraîné une intervention parlementaire au siège de la société. 

Contexte

Après la victoire de Droit et Justice aux élections législatives polonaises de 2015, TVP a commencé à s’aligner sur les points de vue du gouvernement PiS. Dans la période précédant les élections de 2023, les médias européens ont désigné la TVP comme un organe de propagande du PiS, tandis que l’opposition polonaise l’a qualifiée d’usine à haine. La réforme et la dépolitisation des médias publics sont devenues une promesse de campagne du principal parti d’opposition, la Coalition civique, qui l’a incluse dans sa liste des « 100 promesses concrètes pour les 100 premiers jours du gouvernement ».

Préparation


Après avoir remporté les élections législatives de 2023, la Coalition du 15 octobre, composée de la Coalition civique, de Pologne 2050, du Parti populaire polonais et de La Gauche, a inclus des projets de réforme des médias publics dans son accord de coalition.

Le 14 décembre, invoquant la liberté et l’indépendance journalistiques, une manifestation du club de Varsovie de Gazeta Polska « pour la défense de la liberté des médias » a été organisée devant l’un des bâtiments de la TVP. Des employés de la chaîne publique, ainsi que des politiciens du parti Droit et Justice y ont participé.

 
Le même jour, à la demande d’un groupe de députés du parti Droit et Justice, le Tribunal constitutionnel a interdit toute possibilité de révocation ou de modification du conseil d’administration de la TVP et de la radio polonaise jusqu’à l’audience prévue le 16 janvier 2024. Cette interdiction a toutefois été jugée non contraignante par certains avocats et par le ministère de la Culture et du Patrimoine national lui-même.

Le 19 décembre 2023, la Diète polonaise a adopté une résolution sur le « rétablissement de l’ordre juridique, de l’impartialité et de l’intégrité des médias publics et de l’Agence de presse polonaise » avec 244 voix pour. Plus de 100 députés du parti Droit et Justice n’ont pas participé au vote et se sont rendus au siège de la TVP pour protester contre le changement.

Le même jour, Bartłomiej Sienkiewicz limoge la direction des médias publics, dont la TVP.

Le président polonais Duda considère les mesures prises contre TVP comme illégales
 
Prise de contrôle

Le 20 décembre, Piotr Zemła, le nouveau président du conseil de surveillance de la TVP, arrive au siège de la télévision, rue Woronicza. Il est accueilli par des députés du parti Droit et Justice et des employés de la TVP qui occupent le bâtiment et remettent en question son autorité et la légalité de la décision de changer les autorités de la chaîne. En raison de l’agitation qui règne dans le bâtiment, Joanna Borowiak, une députée du parti Droit et Justice, est hospitalisée. Jacek Sasin a imputé l’incident à « une personne accompagnant le nouveau directeur », tandis que Szymon Hołownia, en sa qualité de maréchal de la Diète, a indiqué qu’il pourrait s’agir d’un employé de la sécurité.

TVP Info a cessé d’émettre à 11 h 18 min 31 s heure d’Europe centrale. Tant sur le réseau diffusion terrestre que sur internet, son signal a été remplacé par celui de TVP 1.
 
TVP 3, TVP Monde et TVP Parlement ont également cessé d’émettre ; les programmes de TVP 3 et TVP Monde ont été remplacés par ceux de TVP 2 et TVP Polonia respectivement, tandis que les programmes de TVP Parlement n’ont été remplacés par ceux d’aucune autre chaîne et cette chaîne ne diffusait plus aucun signal.

Les personnes qui ont tenté de visiter les sites officiels des chaînes concernées ont été redirigées vers le site principal de TVP. Les programmes d’information normalement diffusés sur TVP 1 (Teleexpress, Wiadomości) et TVP 2 (Panorama) ont été remplacés par des images d’interlude affichant les logos des chaînes respectives.

À 12 h 17, Adrian Borecki, journaliste à Wiadomości, interrompt la diffusion de l’émission Agrobiznes sur TVP1 pour informer les téléspectateurs de cette chaîne de la situation. Il a annoncé qu’une édition spéciale de Wiadomości continuerait à être diffusée sur TVP1 à partir de ce moment jusqu’à « la toute fin ». Une demi-minute plus tard, l’émission a été interrompue et remplacée par une séquence d’attente du logo de TVP1.

Peu après 14 heures, Samuel Pereira, le directeur de TVP Info, a lancé un direct sur sa chaîne YouTube. Ce flux présentait l’émission de TVP Info, enregistrée avec la caméra d’un téléphone, qui aurait été diffusée si la chaîne n’avait pas cessé d’émettre. Le flux a été supprimé en moins d’une demi-heure.

Un groupe d’informaticiens de TVP a sécurisé l’accès de la nouvelle direction aux médias sociaux du radiodiffuseur, en retirant le rôle d’administrateur à ses principaux représentants. Le compte X/Twitter de TVP Info, géré personnellement par Samuel Pereira, est resté sous le contrôle de l’ancienne direction malgré les changements intervenus sur d’autres comptes de médias sociaux.

Jarosław Kaczyński, président du parti conservateur Droit et justice (PiS) : « Il n'y a pas de démocratie sans pluralisme médiatique »

À 19 h 30, au lieu de l’émission habituelle Wiadomości, une courte annonce est diffusée sur TVP1 (et, par extension, sur TVP Info) dans laquelle le présentateur Marek Czyż annonce le retour de ce qu’il déclare être des « informations impartiales » Au même moment, d’anciens présentateurs de TVP apparaissent dans une édition spéciale de Wiadomości qui est diffusée depuis le studio de TVP sur Telewizja Republika.

Dans la soirée, la TVP a commencé à envoyer des courriels de licenciement à certains de ses employés.

Réactions

Les membres du parti Droit et Justice ont affirmé que la prise de contrôle avait été effectuée illégalement. Le Conseil national des médias, contrôlé par Droit et Justice, a adopté un point de vue similaire, qualifiant la prise de contrôle d’« attaque contre les médias publics ».

Le gouvernement affirme que la saisie des chaînes a été rendue possible grâce à une lacune législative, le ministre de la Culture ayant pu recourir directement au code des sociétés commerciales.

Le président Andrzej Duda a demandé au Conseil des ministres de respecter l’ordre juridique. Le Premier ministre Donald Tusk a répondu en affirmant que les mesures étaient destinées à rétablir l’ordre juridique et la décence dans la vie publique, conformément aux intentions du président.




vendredi 23 juin 2023

La Pologne va simplifier l'entrée d'étrangers afin d'accepter « au moins 400 000 immigrants par an »

La Pologne va simplifier l’obtention de visas pour les citoyens ukrainiens, saoudiens, iraniens, qataris, koweïtiens, turcs, émiratis, arméniens, azerbaïdjanais, géorgiens, pakistanais, indiens, thaïlandais, kazakhs, ouzbeks, vietnamiens, nigérians et moldaves afin d’accepter « au moins 400 000 immigrants par an »

Le ministère des Affaires étrangères souhaite permettre à davantage de pays de demander un visa directement au ministère polonais des Affaires étrangères, et non au consulat.

Aujourd’hui, en vertu du règlement de janvier 2021, seuls les Biélorusses ont une telle possibilité. Le projet envisage de l’étendre aux citoyens de nombreux autres pays — l’Ukraine, mais aussi : les pays du Moyen-Orient (Arabie séoudite, Iran, Qatar, Koweït, Turquie, Émirats arabes unis), le Caucase (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie), l’Asie (Pakistan, Inde, Thaïlande, Kazakhstan, Ouzbékistan, Vietnam), ainsi que le Nigeria et la Moldavie. 
 
Joanna Torbé-Jacko, experte en droit de l’immigration au Business Centre Club souligne que la demande de travailleurs est élevée, en particulier dans les secteurs typiquement masculins (construction, soudure, transport).

Cette demande ne sera pas satisfaite par les immigrants en provenance d’Ukraine, dont une proportion importante sont des femmes, explique l’avocate.. — Depuis le début de la guerre, les entrepreneurs de ces secteurs n’ont pas observé d’afflux de travailleurs étrangers, mais plutôt un flux important de départs, ajoute-t-elle.

L’exposé des motifs et l’étude d’impact du projet ministériel indiquent clairement que son objectif est précisément de répondre aux besoins du marché du travail. Bien qu’il soit difficile d’estimer le nombre de personnes qui bénéficieront de la possibilité d’obtenir un visa plus facilement, le rapport d’évaluation estime qu’il s’agira de « pas moins de 400 000 personnes par an ».

Les personnes exerçant près de 40 professions pourront obtenir un visa leur permettant de travailler à tour de rôle, selon le projet de règlement du ministère des Affaires étrangères.

La possibilité de demander un visa non pas par l’intermédiaire des consulats, mais directement auprès du ministère des Affaires étrangères est très pratique, souligne l’avocate Joanna Torbé-Jacko. Elle ajoute qu’il serait également bienvenu d’étendre la procédure de prestations à ces pays, c’est-à-dire de simplifier la possibilité d’exercer une activité professionnelle.

En outre, la possibilité de demander un visa directement auprès du ministère des Affaires étrangères facilite grandement sa prolongation. Les citoyens de la Biélorussie et de l’Ukraine pourront donc demander non seulement un visa polonais, mais aussi un visa Schengen, à des fins telles que le tourisme, la visite de parents ou d’amis ou la participation à des événements sportifs, ainsi que la conduite d’activités culturelles et la participation à des conférences, de même qu’à toutes les autres fins prévues par la loi sur les étrangers. L’exécution de tâches officielles par des représentants d’une autorité d’un État étranger ou d’une organisation internationale constitue une exception. Pour les citoyens d’autres pays, en revanche, la procédure simplifiée ne sera possible qu’aux fins de l’exercice d’un emploi ou d’une activité commerciale, d’études ou de recherches scientifiques, de l’utilisation de la carte du pôle, du séjour temporaire aux fins du regroupement familial et des transferts à l’intérieur d’une entreprise.




dimanche 23 avril 2023

Ukraine — le 23 avril 1943, le massacre des civils Polonais de Yanova Dolina par les Ukrainiens nationalistes

Le 23 avril 2023 marque le 80e anniversaire du massacre de Yanova Dolina, organisé par les nationalistes ukrainiens de Bandera pendant les massacres des Polonais de Volhynie. Les historiens estiment qu’à cette occasion jusqu’à 100 000 civils polonais ont été tués.

Yanova Dolina (photo ci-dessous) était une cité ouvrière modèle construite dans les années 1930 par les Polonais près d’une carrière de basalte.

Rue de Yanova Dolina (la vallée de Jean)

Contexte historique, l’entre-deux-guerres

mercredi 30 novembre 2022

Population allemande : -1,5 million d'Allemands, + 4,3 millions d'immigrants en 8 ans

Depuis 2014, le nombre de citoyens allemands a baissé de 1,5 million, mais le nombre d'immigrants venus s'installer en Allemagne a lui augmenté de 4,3 millions. Ce qui a fait gagner au pays près de 2,9 millions d'habitants en 8 ans. 

La population en Allemagne a augmenté depuis 2014, mais la proportion de personnes en âge de travailler a diminué. Cette évolution a été affaiblie par l'immigration, comme le rapporte l'Office fédéral de la statistique (Destatis). Au 30 juin 2022, 2 882 000 personnes de plus vivaient en Allemagne qu'à la fin de 2014. Cette augmentation est principalement due à la migration des réfugiés en lien avec la guerre et la violence en Syrie, en Afghanistan et en Irak en 2015/2016 et après le conflit en Ukraine. Mais il y a aussi des afflux réguliers en provenance d'autres États de l'Europe de l'Est tels que la Roumanie, la Bulgarie et la Pologne. Ainsi, entre le 31 décembre 2014 et le 30 juin 2022, le nombre de personnes de nationalité étrangère a augmenté (+4 341 000).


jeudi 1 septembre 2022

Pologne — Des classes pour élèves ukrainiens en russe

Début septembre, les écoles polonaises accueilleront 200 000 étudiants ukrainiens.

De nombreux enseignants plus âgés et à la retraite qui connaissent souvent le russe, se portent volontaires pour encadrer ces élèves. 

Interrogé sur les sections préparatoires pour les étudiants ukrainiens qui ne parlent pas polonais, Tomasz Rzymkowski, sous-ministre de l’Éducation et des Sciences, a annoncé qu’elles seraient maintenues.

« Nous avons encore un afflux de jeunes ukrainiens qui ne connaissent pas le polonais et utilisent souvent le russe comme langue de base naturelle. La différence entre le polonais et l’ukrainien est relativement moindre qu’entre le polonais et le russe. D’où le grand engagement des philologues russes, dont nous avons beaucoup en Pologne, surtout lorsqu’il s’agit de groupes plus âgés, même à l’âge de la retraite. Nous tenons à remercier tous les enseignants retraités qui ont décidé de soutenir le système éducatif polonais et la jeunesse ukrainienne », a souligné le vice-ministre. 

Voir aussi 

Moldavie — 88 % des réfugiés ukrainiens choisissent le russe comme langue d’enseignement, 6 % l’ukrainien

Lettonie — Vers l’élimination de l’enseignement en russe en 2025

 

lundi 15 août 2022

En Pologne, une campagne d'affichage massive sur la natalité

Photo de deux fillettes blondes sur un panneau publicitaire accompagnée de la légende « Où sont ces enfants ? », le 5 août 2022 à Varsovie, en Pologne

Impossible d’y échapper : des portraits de deux fillettes blondes en robes immaculées, dans un champ de blé baigné d’une lumière d’or crépusculaire, recouvrent depuis quelques semaines les panneaux publicitaires aux quatre coins de la Pologne.

Cette campagne, œuvre d’une fondation catholique, dénonce la baisse de la fécondité.

La photographie des fillettes est accompagnée de pictogrammes, indiquant qu’une famille polonaise n’engendre désormais en moyenne qu’un enfant et demi, contre cinq dans les années 1950.

L’ensemble est flanqué d’une légende : « Où sont ces enfants ? ».

À gauche, le taux de fécondité (approximatif). Actuel 1,5 enfant/femme, années 80 : 3 enfants, années 50 : 5 enfants.

Les chiffres concernant les années 1950 ont beau être exagérés, le taux moyen de fécondité actuel reste préoccupant : avec 1,4 enfant par femme, la Pologne est en dessous de la moyenne européenne et bien en dessous du seuil du renouvellement des générations. « Notre campagne n’a pas de but idéologique ou politique : elle invite simplement les gens à réfléchir », affirme la fondation Kornice dont le président, entrepreneur proche des milieux catholiques, compte parmi les grandes fortunes du pays.


Pour Paulina Zagorska, une militante féministe, « le sous-entendu fondamentaliste de ces affiches est évident : leurs auteurs imputent la chute de la natalité à la contraception et à la remise en cause de la famille traditionnelle ».

Plusieurs commentateurs ont saisi l’occasion pour dénoncer la quasi-interdiction de l’IVG, impulsée par le gouvernement en octobre 2020, et étriller sa politique familiale.

La fin du communisme en Pologne s’accompagna d’une chute rapide de la natalité et d’une émigration importante. On note un léger regain de la natalité ces dernières années avant la pandémie de Covid en 2020.

Selon l’eurodéputé d’opposition Robert Biedron (de gauche, militant LGBTQ2SAI+), « les enfants manquent à cause du déficit de crèches et d’écoles maternelles (…), des salaires trop bas (…), de la peur de tomber enceinte à la suite de lois antiavortement inhumaines ».

Une étude, publiée en mai 2022 par les bureaux d’études SW Research et Garden of Words, estimait que la moitié des Polonaises trouvaient leur pays peu favorable à la maternité, notamment à cause de l’accès difficile aux soins médicaux.

Pourtant, la natalité compte parmi les fers de lance du parti gouvernemental, dont une allocation mensuelle fixe versée aux ménages pour chaque enfant, est une mesure emblématique.

Les politiques familiales portées par les conservateurs ambitionnent de stabiliser l’installation des jeunes ménages et de leur permettre d’assurer la garde des enfants pendant les premières années de vie.

Pour les critiques, elles sont surtout pensées pour favoriser le modèle traditionnel de la famille et inciter les femmes à rester au foyer.

Dans son plan d’orientation pour la fécondité, le ministère de la Famille qualifie celle-ci d’« enjeu vital », qui doit être défendu « y compris au prix du retrait temporaire du marché du travail pour les femmes qui préfèrent éduquer elles-mêmes leurs enfants ».

Alors que la Pologne compte aujourd’hui 38,2 millions d’habitants, sa population pourrait baisser de 2,3 millions de personnes d’ici 2040, selon une prévision d’Eurostat.

Outre le contexte actuel, cette baisse est également due à des facteurs historiques.

« Le chômage massif, engendré par le passage brutal à l’économie capitaliste, a entraîné une chute de la natalité dans les années 1990 dans les pays de l’ex-bloc de l’Est », rappelle Mme Kotowska.

« Les femmes nées dans ces années, en âge de procréer, sont donc peu nombreuses et ont peu d’enfants ».

Mme Kotowska doute que l’afflux d’Ukrainiens, principalement de femmes et d’enfants, cherchant refuge en Pologne après l’invasion russe, « inverse le déclin de la population ».

On pourrait certes envisager une immigration venue d’autres pays du monde, mais « je doute que ce soit envisageable en Pologne, où la politique natale est intrinsèquement liée au nationalisme et à l’ethnie », insiste-t-elle.

En attendant, dans un rapport officiel, le gouvernement alerte sur le risque à long terme de « disparition biologique de la nation polonaise ».

Voir aussi 

« Valeurs européennes » : la promotion de contenus LGBT auprès des mineurs ?  

L’Europe de l’Est en proie à une démographie en chute libre  

Hongrie et Pologne mettent leur veto aux conclusions de l’Union européenne pour protéger leurs écoliers de la propagande LGBT 

Entretien de Victor Orban sur Fox News (transcription et sous-titrage en français) 

La taille importe-t-elle ? La démographie déclinante de la Pologne dans le contexte européen

 

 

samedi 16 juillet 2022

« Valeurs européennes » : la promotion de contenus LGBT auprès des mineurs ?

La Commission européenne a saisi la justice de l’UE contre une loi hongroise interdisant notamment la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs, considérant qu’elle porte atteinte « droits fondamentaux des personnes » et aux « valeurs de l’UE ».

La Commission européenne a annoncé le 15 juillet avoir saisi la justice de l’UE contre la Hongrie à propos d’une loi interdisant, entre autres, la diffusion de contenus sur l’homosexualité auprès des mineurs. En effet, la Commission considère, dans un communiqué, « que la loi viole les règles du marché intérieur, les droits fondamentaux des personnes [en particulier les personnes LGBT+] ainsi que […] les valeurs de l’UE ».


Il s’agit d’une nouvelle étape dans la procédure d’infraction lancée contre la Hongrie, qui peut conduire à une condamnation de la Cour de justice de l’UE, voire à des sanctions financières. Le Premier ministre nationaliste et conservateur Viktor Orban (ci-contre), dont le pays est dans le collimateur de Bruxelles pour diverses mesures considérées comme des atteintes à l’État de droit, assure que la loi n’est pas homophobe et vise à « protéger les droits des enfants ».

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, avait déjà déclaré en juin : « La loi ne porte pas sur les homosexuels. Elle concerne la façon dont les parents veulent faire l’éducation sexuelle de leurs enfants. Sous le régime communiste, l’homosexualité était punie et je me suis battu pour leur liberté et leurs droits. Je défends les droits des homosexuels », a affirmé le chef du gouvernement hongrois, critiqué par une majorité de ses homologues européens pour cette nouvelle législation. La loi hongroise prévoit désormais que « la pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l’identité de genre, le changement de sexe et l’homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans ». Elle a été qualifiée le 23 juin de « honte » par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Cette loi a été promulguée votée en juin 2021. La loi développe aussi l’arsenal pénal à l’encontre de la pédophilie et la pédopornographie, interdisant par exemple à toute personne condamnée pour pédophilie d’occuper un emploi en contact avec des enfants. La création d’une base de données, accessible au public, des personnes condamnées est aussi prévue. Outre les programmes scolaires, le texte s’appliquera également aux publicités et les programmes télévisés peuvent aussi tomber sous le coup de la loi.

« Si l’Union européenne [UE] veut s’immiscer dans les domaines couverts par les constitutions nationales, cela pourrait faire voler en éclat l’ensemble » du bloc, a déclaré dans la capitale Gergely Gulyas, le chef de cabinet du Premier ministre Viktor Orban. « L’UE n’a clairement pas son mot à dire », selon Gergely Gulyas, qui s’exprimait en conférence de presse. Il a accusé la Commission d’avoir un « raisonnement plus politique que juridique » et de mener des « attaques ». 

Une autre décision dans le viseur de la Commission

La Commission saisit également la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre la décision du régulateur national hongrois de priver d’antenne la radio indépendante Klubradio, vue comme un nouveau coup porté au pluralisme des médias. L’exécutif avait déclenché une procédure d’infraction à ce sujet en juin 2021. « Dans l’UE, le plus grand espace démocratique au monde, aucune radio libre ne doit être privée d’antenne pour des raisons non objectives, sur la base d’une procédure administrative discriminatoire », a réagi le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton. La Hongrie a été en outre une nouvelle fois épinglée dans le dernier rapport de la Commission sur l’État de droit dans l’UE, présenté le 13 juillet. Bruxelles a activé en avril une procédure qui peut mener à la suspension du versement de fonds européens à ce pays, en raison d’inquiétudes sur les conditions de passation des marchés publics, un manque de contrôle et de transparence de l’utilisation des fonds, les insuffisances dans la lutte contre la fraude et la corruption. Les inquiétudes de la Commission sur l’État de droit sont aussi au cœur du blocage du plan de relance hongrois, d’un montant de 7,2 milliards d’euros de subventions européennes. Tribunal constitutionnel polonais rejette l’imposition des décisions européennes

Le 14 juillet, le Tribunal constitutionnel polonais (TK) a lui aussi défié l’UE, en affirmant que les décisions prises par la Cour de Justice contre Varsovie étaient inconstitutionnelles. L’UE s’est dite le lendemain « profondément préoccupée » et a rappelé la primauté du droit européen. « Toutes les décisions de la Cour de justice sont contraignantes », a fait savoir l’UE dans un communiqué. Par ailleurs, Gergely Gulyas a accusé Bruxelles de retarder l’approbation du plan de relance de la Hongrie en raison de son opposition à sa nouvelle législation. Il a déclaré que son pays prévoyait de mettre son veto au plan climat, présenté par la Commission le 14 juillet pour réduire les émissions carbone, « inacceptable sous cette forme ».

Voir aussi

La Hongrie a enregistré fin 2021 son taux de fécondité le plus élevé depuis 27 ans

Hongrie — Natalité en hausse et nuptialité stable malgré la Covid-19 en 2020 et de janvier à mars 2021 

Orban : la procréation plutôt que l’immigration 

Politiques familiales — hausse des naissances de 9 % en Hongrie, nombre des mariages double

Hongrie et Pologne mettent leur veto aux conclusions de l’Union européenne pour protéger leurs écoliers de la propagande LGBT

 « Rechristianisation » des écoles en Hongrie 

Entretien de Victor Orban sur Fox News (transcription et sous-titrage en français)  

Juges européens : droit de blasphème contre christianisme, mais délit de blasphème contre l’islam ?

Zemmour (vidéos) : gouvernement des juges, concordances entre hier et aujourd’hui, Napoléon, Algérie, sentiments dans la politique

Dicastocratie [le gouvernement des juges] — « La réinvention du despotisme éclairé »

« État de droit » (gouvernement des juges) contre démocratie ?

Les juges-prêtres (sur le livre L’emprise contemporaine des juges)

Colombie-Britannique : trois parents pour un enfant  

Cour supérieure du Québec : vers l’effacement des concepts immémoriels comme le sexe, le père et la mère ? (m à j)  

Père : ma fille de 14 ans a été détruite par des hormones de transition imposées par un tribunal