vendredi 30 janvier 2026

Au Danemark, la droite conservatrice freinée à cause des visées de Trump sur le Groenland

Il y a un an, à la veille de la seconde investiture de Donald Trump à la présidence des États-Unis, Morten Messerschmidt, dirigeant du Parti du peuple danois (Dansk Folkeparti), s’affichait à Mar-a-Lago (voir photo ci-contre), la résidence floridienne du président élu. Sur les réseaux sociaux, il publiait des images enthousiastes de lui, proclamant notamment : « Le wokisme est mort ».;

Auprès d’un média danois, il alla jusqu’à déclarer : « Ensemble, nous rendrons sa grandeur à l’Occident », adptant le slogan Make America Great Again. Ses opposants ne tardèrent pas à le surnommer « Maga Morten ».

Ces images, que la mémoire numérique conserve intactes, embarrassent aujourd’hui son parti. Comme une large part de la société danoise — historiquement très favorable aux États-Unis — le Parti du peuple danois a opéré un net revirement à l’égard de Washington, depuis que Donald Trump a ravivé l’hypothèse d’un contrôle américain sur le Groenland, territoire autonome qui représente près de 98 % de la superficie du Royaume du Danemark. Le Parti du peuple va même plus loin que la plupart des formations politiques : il est le seul à dénoncer ouvertement ce qu’il juge être l’excessive mansuétude diplomatique du gouvernement de coalition dans sa tentative de rétablir des relations apaisées avec les États-Unis.

Un entourage idéologique conservateur

À l’approche des élections législatives prévues en octobre, les adversaires du parti se sont emparés de cette séquence pour souligner ce qu’ils présentent comme une contradiction politique. « C’est une calomnie », a réagi Morten Messerschmidt le 18 janvier sur Facebook. Dans les couloirs du Parlement danois, Alex Ahrendtsen, responsable des affaires européennes du parti, évoque quant à lui « une opération de diffamation ». Il affirme que le déplacement de Messerschmidt s’inscrivait dans le cadre d’une invitation émanant d’une organisation israélienne, à l’occasion d’un rassemblement organisé par la Heritage Foundation, un puissant cercle de réflexion conservateur très influent aux États-Unis.

« Cet élément est exact », confirme le commentateur politique Noa Redington. Il rappelle toutefois que, si le Parti du peuple danois entretient des relations cordiales avec la droite israélienne au pouvoir, notamment le Likoud de Benyamin Netanyahou, Morten Messerschmidt ne dispose pas de liens personnels établis avec Donald Trump ni avec les principales figures de la mouvance Maga. Les convergences idéologiques existent néanmoins : euroscepticisme affirmé, défense de la souveraineté nationale, valorisation des traditions culturelles, et opposition résolue à l’immigration et à ce que ces partis désignent comme l’idéologie « woke ».

Messerschmidt s’est longtemps réclamé de l’exemple de Nigel Farage, qu’il admirait pour son rôle dans le Brexit. Selon plusieurs observateurs de la vie politique danoise, il n’a jamais dissimulé son intérêt pour les réseaux populistes et conservateurs transnationaux, même s’il est resté en marge de leurs cercles les plus structurés.

Lors de son séjour en Floride, le dirigeant danois n’est d’ailleurs pas parvenu à obtenir d’entretien direct avec Donald Trump, alors même que ce dernier avait déjà évoqué publiquement son intérêt pour le Groenland. Selon des informations de presse américaine, toute rencontre formelle lui aurait été refusée. « À ma connaissance, il a surtout arpenté le complexe de Mar-a-Lago en multipliant les photos », raconte Noa Redington. « L’idée qu’un chef de parti d’une formation marginale, issue d’un petit pays nordique, puisse négocier seul avec le président américain relevait d’une certaine illusion politique. »

Un retournement coûteux

Alex Ahrendtsen récuse toute fascination pour Donald Trump. « Il ne s’agit pas d’être pro- ou anti-Trump, explique-t-il. Depuis des années, nous alertons sur la dépendance stratégique du Danemark vis-à-vis des États-Unis. Aujourd’hui, le gouvernement tente de masquer ses propres erreurs en nous accusant d’inconstance. » Une lecture que conteste Noa Redington : « Je n’ai pas souvenir que le Parti du peuple danois ait porté ce discours avant 2025. Jusqu’à récemment, ce type de mise en garde provenait plutôt de la gauche radicale. »

Quoi qu’il en soit, ces épisodes ont laissé des traces. Là où les images ensoleillées de Mar-a-Lago n’avaient guère choqué, dans un pays longtemps très proaméricain — et avaient même coïncidé avec une progression dans les sondages —, le contexte a radicalement changé. Face à Donald Trump, l’essentiel de la classe politique danoise affiche désormais une rare unité. Le Parti du peuple danois, lui, se retrouve isolé et en recul dans l’opinion.

Source (adaptée) : Le Figaro

Italie : un projet de loi visant à encadrer l’éducation affective et sexuelle à l’école

Le Parlement italien examine actuellement un projet de loi portant sur le cadre des activités scolaires liées à l’éducation affective, sexuelle et aux questions de genre. Connu sous le nom de projet de loi Valditara, du nom du ministre de l’Éducation Giuseppe Valditara, ce texte a été approuvé en première lecture par la Chambre des députés le 3 décembre 2025, par 151 voix pour, 113 contre et une abstention.

Intitulé officiellement « Disposizioni in materia di consenso informato in ambito scolastico », le projet s’inscrit dans une réflexion plus large sur le rôle respectif de l’école et des familles dans l’éducation des mineurs, ainsi que sur les modalités de participation d’intervenants extérieurs au système scolaire.

Sur la photo, les porte-parole de Pro Vita & Famiglia, Jacopo Coghe et Maria Rachele Ruiu, avec le député Rossano Sasso - rapporteur du projet de loi à la Chambre - devant le palais de la Chambre des députés , le 3 décembre 2025, lorsque la loi a été approuvée par la Chambre. Sur les pancartes : «Consentement informé préalable» (à gauche),  « Leçons LGBT? Pas à mon enfant » (centre) et « Pas à mon enfant » et en petit en dessous « écoles libres du "genre" » (à droite).

Les dispositions prévues par le texte

Dans la version adoptée par la Chambre, le projet de loi distingue clairement selon les niveaux d’enseignement.
  • Pour l’école maternelle et primaire (scuola dell’infanzia et scuola primaria), le texte prévoit l’interdiction de toute activité, intervention ou projet — y compris extracurriculaire — portant sur la sexualité, les relations affectives, l’identité ou la fluidité de genre, ainsi que sur l’orientation sexuelle. En revanche, l’enseignement de notions biologiques générales, telles que l’anatomie humaine, la reproduction ou la prévention des maladies sexuellement transmissibles, demeure autorisé, dès lors qu’il est présenté sous un angle scientifique et non identitaire (dans le sens d'identité sexuelle, pro-LGBTQ+ et théorie du genre).
  • Pour l'école secondaire, soit le collège et le lycée (scuola secondaria di primo e secondo grado), le projet de loi introduit l’obligation d’un consentement éclairé, préalable et écrit des parents ou tuteurs légaux pour toute activité abordant ces thématiques. Ce consentement doit être détaillé et doit préciser les objectifs pédagogiques, les contenus abordés, les supports utilisés ainsi que l’identité d’éventuels intervenants extérieurs. En l’absence d’autorisation, l’élève concerné ne participe pas à l’activité et se voit proposer une alternative organisée par l’établissement.
  • Le texte prévoit également que les intervenants extérieurs soient préalablement validés par les organes collégiaux de l’établissement, notamment le conseil d’institut et le collège des enseignants.
Les objectifs affichés par le gouvernement

Selon le gouvernement, cette réforme vise avant tout à renforcer la collaboration entre l’école et les familles et à garantir la transparence des contenus proposés aux élèves. L’exécutif met en avant le principe constitutionnel du droit des parents à participer aux choix éducatifs concernant leurs enfants, en particulier sur des sujets considérés comme sensibles.

Les promoteurs du texte soulignent également la volonté d’assurer un cadre homogène au niveau national, dans un contexte où les initiatives en matière d’éducation affective et sexuelle reposent largement sur des projets locaux et sur l’intervention d’acteurs extérieurs aux établissements scolaires.

Un texte encore en discussion


Au 28 janvier 2026, le projet de loi n’a pas encore été adopté définitivement. Après son approbation à la Chambre, il doit être examiné par le Sénat, qui pourra l’amender ou le valider en l’état. La majorité parlementaire actuelle laisse envisager une poursuite du processus législatif au cours de l’année 2026, même si le calendrier et l’issue exacte des débats ne sont pas encore arrêtés.

Un débat parlementaire et sociétal

Comme souvent sur les questions éducatives et familiales, le texte a suscité des positions contrastées. Les groupes de la majorité y voient un instrument de clarification et de responsabilisation, tandis que plusieurs formations d’opposition et certaines associations expriment des réserves, estimant que le dispositif pourrait restreindre l’accès de certains élèves à des informations jugées utiles à leur développement.

Ces échanges s’inscrivent dans un contexte italien particulier : l’éducation sexuelle n’est pas obligatoire au niveau national et reste principalement organisée à l’initiative des établissements, ce qui distingue l’Italie de nombreux autres pays européens.