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vendredi 25 octobre 2024

Retombées de la dérive islamiste à l'école publique Bedford — Le gouvernement continuera à financer la cinquantaine d’établissements semi-privés

Le gouvernement caquiste entend continuer à financer la cinquantaine d’établissements semi-privés très majoritairement chrétiens et juifs qui reçoivent chaque année environ 160 millions $ de l’État. La CAQ a d’ailleurs battu, jeudi à l’Assemblée nationale, une motion du Parti Québécois qui réclamait entre autres la fin de leur financement partiel par l’État, dans la foulée des dérives islamistes à l’école PUBLIQUE Bedford.

Le Premier ministre n’a rien contre les écoles privées catholiques créées jadis « par des membres du clergé ». « Selon nous, il n’y en a pas de problème avec ces écoles-là ! », a-t-il tonné.

François Legault accuse les partis d’opposition de vouloir ainsi couper les vivres à des établissements comme les collèges Brébeuf ou Notre-Dame à Montréal, ou les collèges Jésus-Marie ou François-de-Laval à Québec. Il estime cependant que le régime pédagogique doit être respecté.

« Les écoles privées religieuses sont financées à 60 % par le gouvernement, ça veut dire que le 40 % qui vient du privé, on le perdrait demain matin, donc il n’y en aurait pas d’économies ! », a insisté le Premier ministre.


Combien y a-t-il d’écoles religieuses ?

Le ministère de l’Éducation n’en a aucune idée, car les établissements ne sont pas classés selon leur statut confessionnel.

Il y a plus de 10 ans, un comité ministériel recensait 138 écoles religieuses (catholique, grecque orthodoxe, arménienne apostolique, évangélique, juive, musulmane, etc.). Il y a deux ans, une revue de Radio-Canada en dénombrait une cinquantaine : v
ingt-sept d’entre elles sont catholiques, 14 juives, quatre musulmanes, deux protestantes évangéliques, deux arméniennes et une grecque orthodoxe.

Dans ces écoles, la religion est enseignée au même titre que le programme d’enseignement officiel du Québec. La loi québécoise 21 sur la laïcité de l’État, qui interdit aux personnes en position d’autorité — y compris les enseignants — de porter des symboles religieux tels qu’un crucifix ou un hijab sur leur lieu de travail, ne s’applique pas à ces écoles.

Si certaines de ces écoles — comme le Collège Brébeuf à Montréal, fondé par l’ordre religieux des Jésuites — ont décidé de devenir laïques au fil des ans, d’autres, comme la Loyola High School à Montréal, ne l’ont pas fait et ont défendu leur droit d’offrir des cours religieux devant les tribunaux et ont obtenu gain de cause.

Il est faux de dire que ces écoles sont privées dans les faits le Monopole de l’Éducation du Québec y impose un grand nombre de contraintes : en commençant par un programme éducatif strict et parfois même une pédagogie (voir la victoire de Loyola en justice contre la « neutralité » que devait exercer l’école en parlant de la religion ou de morale).

Front laïciste commun de l’opposition

Péquistes, libéraux et solidaires font désormais front commun pour définancer les écoles confessionnelles au nom de la laïcité des établissements scolaires. C’est un changement de cap et une toute nouvelle position pour le Parti libéral du Québec, poussé dans cette direction par la députée Marwah Rizqy (d’origine marocaine).

On est en 2024… (et ?)

« Le PLQ a 157 ans et a toujours été un parti de son temps. Et on considère qu’on est rendus là en 2024 », a soutenu le chef intérimaire Marc Tanguay. Il reconnaît néanmoins que cette nouvelle position a engendré des discussions au sein du caucus.

Les partis d’opposition accusent François Legault de créer la confusion en faisant référence à des écoles comme le Collège Brébeuf, qui sont laïques depuis bon nombre d’années déjà.

Brandissant le rapport de la Commission consultative de l’enseignement [dit] privé, Gabriel Nadeau-Dubois a soutenu que le fameux cours Culture et citoyenneté québécoise (CCQ), si cher au gouvernement de la CAQ et qui a remplacé le cours d’Éthique et culture religieuse (ECR), n’était pas donné dans certaines de ces écoles, comme à l’école secondaire catholique Loyola. Cet établissement s’est rendu jusqu’en Cour suprême pour être exempté de l’obligation d’offrir le cours d’ECR. Ce programme est pourtant critiqué dans sa composante sexualité en dehors des cercles religieux…  Voir Critique de la définition du sexe dans un manuel approuvé par le ministère de l'Éducation du Québec

En début d’année, Québec a renouvelé le permis de l’école juive Belz d’Outremont, même si elle n’applique pas entièrement le programme éducatif québécois. L’établissement a donc encore droit à ses subventions publiques.

Le ministre responsable du Monopole de l’Éducation, Bernard Drainville, a promis de « vérifier » si toutes les écoles du Québec respectaient le régime pédagogique, comme elles se doivent de le faire. « Nous allons faire des vérifications pour s’assurer qu’ils enseignent [sic, recte : donnent] le cours CCQ et s’ils ne l’enseignent pas, ils devront l’enseigner », a-t-il ajouté.

Citations :

« Tant qu’on continue à subventionner les écoles privées religieuses, la déconfessionnalisation de l’école québécoise est inachevée. Le ministre de l’Éducation, qui a écrit la loi n° 118 il y a 25 ans, est ici avec nous aujourd’hui. Il est maintenant Premier ministre du Québec » — Le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. Doit-on comprendre qu’elles seront privées de subventions parce que tradition religieuse, mais que les écoles « athées » dites privées pourraient avoir des subventions ?

« Dans un Québec qui a fait beaucoup de débats sur la laïcité, qui a adopté une loi sur la laïcité, maintenant ça prend des gestes de cohérence pour compléter » —Le député péquiste Pascal Bérubé

« Toutes les écoles du Québec, qu’elles soient publiques, privées subventionnées ou privées non subventionnées, doivent enseigner le contenu du régime pédagogique et ça inclut le cours de Culture et citoyenneté québécoise » —Le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville. Pourquoi ? Pourquoi pas un programme libéralement équivalent (ou meilleur) selon le choix des parents ?

Voir aussi
 
 
 
La HSLDA fait appel dans un dossier portant sur la notion de programme équivalent [Nouvel épisode dans la série, appareil éducatif du Québec juge et partie] 

samedi 19 août 2023

« Les contestations juridiques du programme [ECR] ont miné la confiance du public »

Georges Leroux est un des pères du programme contesté d’éthique et de culture religieuse (ECR) qui a été imposé (pardon « offert ») aux élèves du Québec en 2008, qu’ils soient inscrits dans des écoles publiques ou privées. Le tout censément afin d’imposer le respect de la « diversité » en forçant l’enseignement d’un programme unique gouvernemental à la place de la diversité de programmes préexistants : catholiques, protestants ou laïques. Ce professeur militant a été jusqu’à défendre ce programme « audacieux » plusieurs fois devant les tribunaux.

Il reconnaît dans les colonnes du Devoir que la stratégie des parents de contester ce programme en justice a porté ses fruits malgré les ressources importantes de l’État québécois pour imposer ECR.
Les multiples contestations juridiques du programme ont miné la confiance du public, selon lui. « Ça nous a fait perdre beaucoup de temps. Ça a donné l’impression que quelque chose n’allait pas dans cette maquette-là », dit-il.
Le même article du Devoir relate ces propos de Mireille Estivalèzes de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal :
La professeure est convaincue que ce programme faisait l’affaire de la majorité silencieuse. Elle reconnaît qu’il a été contesté de toutes parts — y compris jusqu’en Cour suprême —, pour les mauvaises raisons, selon elle. Les catholiques le trouvaient trop multireligieux, les religieux le trouvaient trop laïque, les athées le trouvaient trop religieux, les nationalistes identitaires y voyaient une promotion du multiculturalisme à la Trudeau…
Il s’agit apparemment d’une croyance qui relève de la foi, car Mme Estivalèze ne fournit aucune preuve alors que, d’une part, mécontenter les catholiques, les religieux, les athées et les nationalistes cela fait beaucoup de monde et, d’autre part, que plusieurs sondages ont montré que la majorité des parents — malgré la propagande gouvernementale et médiatique en faveur du programme ECR — n’appuyait pas l’imposition de ce programme contesté.

54 % contre l’imposition du programme ECR

En octobre 2008, un autre sondage Léger-Marketing indiquait que 72 % des Québécois étaient en accord avec cette proposition : « Seriez-vous d’accord pour que les parents aient le choix entre l’enseignement religieux confessionnel et le cours d’éthique et de culture religieuse ? » Enfin, en mai 2009, la même question à nouveau posée par Léger-Marketing recueillait désormais 76 % d’appui dans la population (voir les résultats du sondage). Ces deux sondages n’ont été publiés par aucun journal québécois alors que tous ont reçu un communiqué portant sur ceux-ci.

On a aussi l’impression que Mme Estivalèzes pense que les opposants ne pouvaient tous avoir raison en même temps (et donc que les critiques étaient infondées). Or, le même programme peut être trop relativiste, trop multiculturaliste, trop multireligieux et trop teinté de vague religiosité en même temps selon la perspective propre de chaque parent, car les parents ont diverses perspectives. Et c’est pourquoi ce carnet a toujours milité pour rendre ce programme optionnel ou l’éliminer.

Mme Estivalèzes affirme encore que « le programme d’ECR présentait les religions comme un sujet d’étude et n’avait rien à voir avec du prosélytisme ». Si elle prétend par là que le programme ECR ne présentait que des faits sur les religions, qu’il était neutre, froid et encyclopédique, elle est contredite par Georges Leroux qui le dit très clairement : « Dans l’univers très riche des programmes formulés selon des compétences, nous ne travaillons pas à partir de contenus prédéterminés : les jeunes ne recevront pas dans ce programme des connaissances encyclopédiques sur telle ou telle religion, ou doctrine morale ». L’important dans le programme ÉCR, ce sont les « compétences » et les « visées éducatives ».

Quelles sont ces visées éducatives ? Selon le rapport Proulx (p. 90) qui a servi de base théorique à l’imposition de ce programme, il s’agit de développer « l’ouverture et la tolérance ».  Dans le programme, l’accent était mis sur les « attitudes » et les « comportements » que les enfants doivent adopter à l’égard de la diversité religieuse, et non sur la transmission de connaissances, car ces connaissances ne faisaient même pas partie du programme comme tel, mais elles n’étaient qu’au strict service des compétences d’ouverture à la diversité.

Voir aussi
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 
 
 


















 

dimanche 23 juillet 2017

Thèse doctorale — Des enseignants d’éthique loin d’être neutres ?

Des enseignants d’éthique et culture religieuse ne se gêneraient pas pour faire l’éloge du végétarisme ou étaler leurs convictions politiques devant leur classe, révèle une nouvelle étude.

« Qu’ils soient athées ou croyants, les enseignants font très attention de ne pas transmettre leurs croyances religieuses à leurs élèves. Mais quand vient le temps d’enseigner la portion “éthique”, beaucoup d’entre eux vont donner leurs opinions personnelles », a dit Stéphanie Gravel, une étudiante au doctorat en sciences des religions à l’Université de Montréal.

[Note du carnet : Comme l’a écrit Luc Phaneuf, enseignant d’ECR, dans le NIC du 21 mars 2010 : « Un prof convaincu et habile fera des miracles avec ce cours dans les consciences des jeunes, surtout les incroyants agnostiques. » Pour lui, avec un bon professeur, avec de bonnes notes de cours, le cours peut être bénéfique et servir d’éveil spirituel à ces très nombreux jeunes qui auparavant n’entendaient pas parler de la religion. Cet enseignant modèle posera les bonnes questions, abordera des sujets peu fréquents, éveillera les consciences... Mais voilà, Luc Phaneuf est un catholique convaincu. Que pense-t-il qu’il arrivera avec un professeur athée ou agnostique qui posera les bonnes questions ? Quid des sujets éthiques ? Les professeurs ne laisseront-ils vraiment pas paraître leurs opinions (souvent très politiquement correctes) dans leurs encouragements, leurs questions, les thèmes qu’ils choisiront de discuter ou non...? On peut en douter à la lumière de certains témoignages qui nous sont parvenus. Voir la liste des liens connexes.]


Le cours d’éthique et culture religieuse (ECR), qui remplace depuis 2008 l’enseignement confessionnel et moral dans les classes du Québec, a soulevé la controverse à maintes reprises.

Tandis que les détracteurs du programme disent généralement craindre l’endoctrinement religieux des élèves, la thèse de doctorat de Mme Gravel souligne que c’est plutôt le volet « éthique » qui pourrait poser problème.

[Note du carnet : Loyola s’opposait au volet éthique dès mai 2008. L’apprentissage des faits sur d’autres religions au secondaire ne la gênait pas vraiment puisqu’elle le faisait déjà, Loyola trouvait le volet religieux ECR trop superficiel cependant. Le collège répètera cette opposition devant la Cour suprême : comment une école catholique peut-elle rester neutre dans des discussions éthiques sur la malhonnêteté, une vie dissolue, la pornographie ? Lors d’une réunion de parents tenue à Valcourt en septembre 2008 avec des représentants du Monopole de l’Éducation, on avait également souligné des problèmes avec le volet éthique. Le professeur Douglas Farrow de McGill s’était également opposé, en août 2008, dans les colonnes du National Post, à la volonté sous-jacente dans ce programme de créer chez les élèves captifs du cours ECR une distance critique envers les préceptes moraux de leurs parents. Dans l’ensemble, nous ne sommes pas sûrs qu’une bonne éducation soit assurée par un enseignement éthique impartial, neutre ou objectif. Les parents cherchent plutôt que leurs enfants soient éduqués avec certaines valeurs morales précises à transmettre. Devant la multiplicité de ces choix, il faut abolir le programme ECR ou pour le moins permettre des mises en œuvre très différentes de celui-ci en accord avec les parents et la direction de chaque école.]

Pendant plus d’un an, Stéphanie Gravel a observé 12 enseignants et enseignantes d’ECR dans autant d’écoles secondaires francophones québécoises.

Dans cet échantillon se trouvaient des personnes catholiques, protestantes, bouddhistes, syncrétistes, athées et agnostiques.

« Je pense qu’il y a un consensus social selon lequel l’école n’est pas là pour te transmettre ta croyance ni pour t’endoctriner. Et ça, c’était unanimement appliqué chez les enseignants, peu importe, leur religion », a indiqué Mme Gravel.

Végétarisme et carré rouge

L’étudiante de l’Université de Montréal a même remarqué qu’une enseignante très croyante, qui porte quotidiennement un collier avec une croix, dissimulait son pendentif lorsqu’elle donnait son cours, par souci de neutralité.

« Par contre, la surprise que j’ai eue, c’est que, pour la partie “éthique” du programme, la plupart des enseignants me disaient en entrevue que ça devenait moins important pour eux de ne pas donner leurs points de vue aux élèves », a dit Mme Gravel.

Par exemple, la chercheuse a été témoin d’une discussion entre un enseignant végétarien et des élèves qui cherchaient à savoir pourquoi il ne consommait jamais de viande lors des sorties scolaires. L’enseignant s’est alors lancé dans un discours en faveur du végétarisme, n’exposant que les arguments écologiques liés à cette pratique alimentaire.

« Il aurait pu présenter les mêmes arguments, mais sans parler de sa propre opinion et en abordant aussi les autres points de vue qui existent », a noté Mme Gravel.

Un carré rouge

Un autre enseignant arborait fièrement le carré rouge sur son sac, en refusant d’y voir un manque d’impartialité.

« Il m’a expliqué qu’il ne disait jamais aux élèves qu’il était athée, mais le port du carré rouge, c’était fondamental pour lui. À son avis, ça rejoignait les valeurs de la société, alors c’était correct. »

Résumé de Stéphanie Gravel de sa thèse
(disponible ici)

Le programme québécois non confessionnel d’Éthique et culture religieuse (ECR) exige de ses enseignants une posture professionnelle d’impartialité et d’objectivité. Cette dernière suscite une controverse sociale et des poursuites judiciaires. Les détracteurs du programme, comme ses défenseurs, invoquent l’impartialité de l’enseignement pour justifier leur position, mais en y conférant un sens différent. Malgré l’importance de cette question, aucune recherche empirique ne propose d’analyser l’impartialité des enseignants. Sur le plan théorique, on rencontre une diversité d’usages des concepts. Cette thèse propose une clarification de la question, tant sur le plan théorique que pratique. Une analyse approfondie de la posture professionnelle d’impartialité exigée en ECR est effectuée en première partie. S’ensuit une clarification des concepts d’impartialité, d’objectivité et de neutralité. Si le terme neutralité semble dominer la littérature en éducation et en politique, l’objectivité est principalement utilisée pour définir la posture du chercheur scientifique et le savoir qu’il produit. De son côté, l’impartialité est le parent pauvre de la littérature, particulièrement en éducation. Elle se trouve mieux définie dans le domaine de la justice et du droit, qualifiant surtout l’impartialité du juge.

Dans la deuxième partie de cette thèse, la méthodologie, les résultats d’analyse d’entrevues et ceux des observations sont présentés en examinant comment les enseignants d’ECR problématisent et négocient avec l’exigence d’impartialité professionnelle. La thèse innove aussi en analysant tant le propos que la mise en pratique de cette exigence d’impartialité en ECR chez 12 enseignants « typiques » ou « exemplaires » au secondaire provenant de milieux socioculturels différents (écoles privées confessionnelles ou publiques non confessionnelles de milieu multiculturel ou non multiculturel), répondant aux questions suivantes : Comment les enseignants conçoivent-ils l’impartialité exigée en ECR ? Comment l’impartialité exigée en ECR est-elle mise en pratique dans l’enseignement d’ECR au secondaire ? Réalisées à partir d’une approche déductive thématique, les analyses transversales des observations non participantes en classe et des entrevues semi-directives d’enseignants permettent de cerner les liens existant entre l’analyse théorique des prescriptions du programme ECR réalisée en première instance et les données qualitatives recueillies en deuxième instance.

Dans la discussion sont présentés les six principaux résultats se dégageant des analyses des 12 enseignants participants. Proposant une réflexion critique sur l’impartialité exigée en ECR, les résultats empiriques sont approfondis par les analyses théoriques, contribuant aussi à éclairer la question dans les domaines préoccupés par des défis professionnels similaires. Le premier résultat indique qu’il n’y a aucune influence des variables personnelles ou professionnelles des enseignants participants sur leur compréhension et leur mise en pratique de l’impartialité professionnelle exigée en ECR. Le deuxième rappelle qu’il existe une polysémie et une confusion conceptuelle entre les termes neutralité, impartialité et objectivité, tant chez nos enseignants que dans la littérature. La thèse propose à ce sujet des voies de clarification utiles. S’appuyant sur une typologie de l’impartialité élaborée en première partie, le troisième résultat explique que l’impartialité absolue ou « axiologique » est généralement rejetée. Le quatrième résultat rappelle que la notion de distance critique s’avère être le fondement de l’impartialité exigée en ECR. Le cinquième montre les différences entre l’impartialité religieuse et éthique, les questions d’endoctrinement religieux et d’expression ou non des croyances religieuses personnelles dominant la question de l’impartialité. Quant au sixième résultat, il résume les nombreux problèmes associés à l’exigence d’intervenir à partir des finalités du programme, ces finalités renvoyant à des concepts polysémiques et flous pour les enseignants.


Voir aussi

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mercredi 2 novembre 2016

La HSLDA fait appel dans un dossier portant sur la notion de programme équivalent

Dans la série, appareil éducatif du Québec juge et partie, ce nouvel épisode.

Dans le cas présent, une commission scolaire exige que l’enseignement prodigué dans une famille qui instruit à la maison soit une copie conforme du programme gouvernemental et que l’enfant soit évalué à l’école. De telles exigences ne conviennent pas du tout à cette famille et elles outrepassent les dispositions de la loi qui admet une équivalence plutôt que l’identité. En conséquence, la famille en question a refusé de se plier à ces exigences.

Le litige a donc été amené devant un juge de la Chambre de la jeunesse de la Cour du Québec. C’est au terme de ces procédures judiciaires que le juge a établi dans une décision du 16 septembre dernier qu’il appartenait à la commission scolaire de déterminer ce qu’était un enseignement équivalent, lui donnant ainsi le pouvoir d’interpréter à sa convenance l’article 15 (4) de la Loi sur l’instruction publique. Et dans ce cas-ci, la commission scolaire considère qu’« équivalent » est synonyme de « identique ». La commission est donc devenue juge et partie.

Cette décision du juge créerait un précédent dommageable pour la communauté de l’instruction en famille au Québec puisqu’il donnerait aux instances scolaires le pouvoir de forcer les familles à enseigner à leurs enfants le même programme gouvernemental sans adaptation possible. C’est pourquoi le père impliqué dans ce litige ainsi que l’association de défense des parents éducateurs, la HSLDA, ont décidé de porter cette décision en appel. Ces démarches, qui seront probablement entamées au printemps 2017, visent non seulement à protéger cette famille, mais également toutes les familles du Québec qui instruisent leurs enfants à domicile. Pour davantage de détails sur cette affaire, lire ce billet de la HSLDA (en français).

Loyola et son programme ECR équivalent

Cette affaire n’est pas sans rappeler l’issue de la victoire du collège Loyola en Cour suprême. Loyola demandait à ce que son programme catholique des religions du monde et d’éthique soit reconnu équivalent au programme étatique d’ECR. La Cour suprême du Canada s’est attardée, notamment, dans sa décision à la notion d’« équivalence » dans l’enseignement du cours dispensé. La Cour a précisé, tout comme nous le soutenons depuis de nombreuses années et que la HSLDA avait fait valoir dans son intervention, que le mot « équivalent » ne signifie pas « identique ». Ce même mot — « équivalent » — se retrouve à l’article 15 (4) de la Loi sur l’instruction publique du Québec, sur lequel se basent nombre de commissions scolaires au Québec pour obliger les familles à suivre le programme d’études du ministère de l’Éducation à la lettre.

À l’issue de cette décision de la Cour suprême, le collège Loyola devait retourner auprès du ministère de l’Éducation pour faire valider son programme ECR, mais cette fois-ci le Monopole de l’Éducation du Québec ne pouvait « refus[er] [cette équivalence] au motif que Loyola doit enseigner le catholicisme et l’éthique catholique suivant une perspective neutre ».

Plus d’un an après cette décision, à notre connaissance, le Ministère — juge et partie qui avait poursuivi Loyola — n’a toujours pas approuvé de programme équivalent proposé par le collège Loyola.



dimanche 30 octobre 2016

« ECR: vrai problème, fausse solution ; il faut l'abolir »

Chronique de Mathieu Bock-Côté de ce samedi 21 mars :

La plupart de ceux qui parlent du cours Éthique et culture religieuse ne savent pas de quoi ils parlent.

Officiellement, on le présente comme un cours renseignant objectivement les élèves sur les différentes traditions religieuses. Dans notre monde, le fait religieux remonte à la surface. Paradoxalement, les Occidentaux n’y comprennent plus rien, tellement ils voient dans les religions des antiquités mentales poussiéreuses. De ce point de vue, apprendre aux jeunes quelques faits sur les grandes religions ne serait pas de trop. C’est ainsi qu’ECR est vendu aux médias, c’est ainsi qu’il est vendu aux parents.

Changer l’identité

Sauf que dans la réalité, il a bien peu à voir avec cette mission éducative. Le cours ECR est traversé de part en part par l’idéologie des accommodements raisonnables. Dans la grande entreprise de conversion forcée du Québec au multiculturalisme ou, comme le disent les propagandistes, dans le grand projet de son ouverture à la diversité, ECR est une pièce centrale. Son objectif : utiliser l’école pour inculquer les valeurs du multiculturalisme aux jeunes générations. L’école est mise ici au service d’un projet politique radical : changer l’identité du peuple québécois.


L’école sert à l’endoctrinement des enfants

Les théoriciens du cours ECR l’ont pendant un temps avoué. Pour l’un d’entre eux, par exemple, il devait convaincre les nouvelles générations des vertus du fameux jugement de la Cour suprême autorisant le port du kirpan à l’école. Pour un autre, le cours ECR, s’il avait été implanté plus tôt, aurait pu prévenir la crise des accommodements raisonnables puisqu’il nous aurait conditionnés à apprécier la « diversité » plutôt que de se concentrer sur ses dérives. En gros, à défaut de convaincre les adultes des vertus des accommodements raisonnables, on en convaincra les enfants. L’école sert à l’endoctrinement des enfants.

De « merveilleuses » religions

Mot de bienvenue
d'un cahier d'activités ECR
Autrement dit, l’enseignement objectif des religions, légitime, est instrumentalisé par ECR pour servir la promotion d’une nouvelle société décentrée de notre histoire, de notre patrimoine. D’ailleurs, dans ECR, on ne présente pas un portrait historique équilibré des religions, mais un portrait complaisant. Chacune est présentée comme merveilleuse – dans certains manuels scolaires, on y banalise même le niqab. La seule religion qui subit un mauvais traitement, c’est la religion catholique, évidemment. Elle mérite souvent sarcasmes et méfiance. Il ne faudrait jamais oublier de pratiquer la haine de soi, n’est-ce pas ?

J’en arrive à l’actualité immédiate. À cause de tout cela, certains se sont enthousiasmés pour la victoire du collège Loyola, qui a remporté jeudi devant la Cour suprême une lutte épuisante contre ECR. Il pourra désormais soumettre ce cours à sa philosophie catholique, il pourra l’assaisonner de sa propre religion. Ne nous laissons pas bluffer : c’est une fausse victoire. Ce qu’on a accordé aux catholiques, en fait, c’est un accommodement raisonnable. Ils pourront ajuster ECR à leurs croyances. Comme demain, d’autres religions feront de même.

On en arrive à l’essentiel : ECR cause un vrai problème, mais ceux qui viennent de triompher contre son approche mur à mur au nom de leur religion y apportent une mauvaise solution. La lutte devra continuer. Ce qu’il faut, c’est l’abolir.

Voir aussi

ECR — Joëlle Quérin répond à ses détracteurs chez Denise Bombardier


Joëlle Quérin chez Mario Dumont au sujet du cours ECR

jeudi 9 avril 2015

Où est le problème ?


L’opinion de Solange Lefebvre, titulaire de la Chaire religion, culture et société à la faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, sur la victoire de Loyola en Cour suprême.  

Mme Lefebvre rappelle quelques faits importants ci-dessous. C’est bien. Toutefois, nous n’avons pas souvenir que Mme Lefevre ait pris publiquement la défense de Loyola ces dernières années. Ici, elle semble surtout vouloir s’assurer que la victoire de Loyola sera limitée et ne s’appliquera pas à d’autres écoles qu’elle décrit comme sectaires. Qui décidera de ce qui est sectaire ? Une école traditionaliste catholique est-elle une école sectaire ? Nos notes en italique.

Devant une immigration diversifiée de plus en plus présente, il est normal que notre société s’interroge sur les valeurs et la vie communes. L’ambitieux programme d’éthique et de culture religieuse (ÉCR), instauré [euphémisme : imposé, car il n’y a pas de choix] dans toutes les écoles (primaires et secondaires) du Québec en 2008, se veut un moyen de répondre aux impératifs du vivre ensemble. [On attend d’ailleurs toujours une évaluation de ce programme, permet-il vraiment aux étudiants de mieux vivre-ensemble ?]
 
Le collège catholique Loyola a revendiqué son droit de donner une partie de ce cours dans une perspective catholique, tout en poursuivant les mêmes objectifs, droit que vient de lui reconnaître la Cour suprême du Canada, contre l’avis de la ministre de l’Éducation.

Le groupe de juges majoritaires estime qu’il est normal que ce collège confessionnel, dont l’identité catholique est claire et affirmée, puisse enseigner la religion catholique selon une perspective confessionnelle. [Tous les juges de la Cour suprême l’estiment, les juges minoritaires voulaient aller plus loin et ne voulaient pas forcer Loyola à redemander une équivalence au Monopole de l’Éducation.]

Néanmoins, le cours doit présenter les autres religions et courants éthiques de manière impartiale.

Le ministère considérait que l’enseignement dans une perspective catholique, plutôt que neutre et impartiale, “ne pouvait réaliser les objectifs étatiques de promotion du respect de l’autre et d’ouverture à la diversité”. [Ouverture à quelle diversité ? Religieuse ? Pourquoi l’État veut-il que les enfants soient ouverts à une diversité de religions ? Faut-il en passer par là (et risquer un certain relativisme) pour assurer une société paisible ?]

Le débat concerne en grande partie cet enjeu : une école offrant une perspective confessionnelle – mais dans ce cas très limitée – peut-elle préparer des citoyens à vivre dans des sociétés pluralistes de manière ouverte et respectueuse ? Les faits historiques démontrent que oui. Des milliers d’écoles catholiques dans le monde sont fréquentées par des clientèles pluralistes. Des parents de diverses religions les recherchent, les prisent même, pour la qualité de leur éducation. Pour la qualité de leur éducation, mais aussi pour leur respect fondamental de la religion. Les parents des quelques élèves non catholiques fréquentant Loyola aiment bien ce climat respectueux de la religion. Dans le débat actuel sur la citoyenneté commune au Québec, le principe suivant paraîtrait aller de soi : une vie commune harmonieuse ne serait satisfaite que par une transmission forte de valeurs communes à tous, en distinguant clairement l’éducation scolaire de l’éducation religieuse, cette dernière devant être confiée aux seuls groupes religieux, en dehors du milieu scolaire ou du curriculum obligatoire. Par conséquent, plusieurs estiment que les écoles offrant des projets confessionnels forts sont incapables de former des citoyens ouverts. C’est oublier que l’on peut poursuivre l’objectif du vivre ensemble de plusieurs manières (s’il est vrai que l’on valorise la diversité !), l’une d’entre elles étant d’ancrer ses enfants dans une éducation confessionnelle cohérente, qui contribue à forger une identité claire et des convictions fortes. Toutes les études sur l’identité s’accordent pour dire que l’ouverture à autrui se fonde sur un rapport d’abord clarifié à soi-même.

Si la valeur du pluralisme et l’importance de vivre dans une société diversifiée de manière respectueuse sont reconnues dans ces écoles, où est le problème ? Loyola ne dresse pas des autres religions ou convictions un tableau négatif. Il tient simplement à affirmer une perspective catholique, selon ses orientations éducatives jésuites reconnues partout dans le monde. Si on avait affaire à des écoles sectaires, l’enjeu serait différent. La Cour suprême souligne d’ailleurs le caractère contextuel de son jugement, qui ne peut s’appliquer à tous les cas. Le Québécois moyen, lorsqu’on lui parle de sa religion, a tôt fait d’affirmer qu’il “croit, mais...”, ou qu’il est plutôt agnostique. Ce consensus large et cette religion culturelle vont tout à fait dans le sens du programme ÉCR. [En effet, un vague attachement à sa tradition religieuse sans trop y croire, c’est l’idéal pour ECR.]

Des parents plus engagés sur le plan religieux miseront sur leurs groupes religieux respectifs pour la transmission. [Et sur leur école “sectaire” ?] D’autres souhaiteront que le meilleur des héritages religieux, soit pour eux la culture, soit transmis aux générations montantes. Bref, ce programme peut rallier plusieurs types de groupes. Mais pourquoi refuser à certaines écoles le droit de se fonder sur des convictions plus fortes, appréciées de parents attachés aux convictions religieuses affirmées, et offrant un chemin différent de citoyenneté ?
Qui s’oppose vraiment à cela pour Loyola aujourd’hui ? On n’entend personne remettre en question le jugement de la Cour suprême. Mme Lefebvre ferait-elle ici preuve d'un courage facile, une fois la polémique passée et la chose jugée, pour enfoncer des portes ouvertes et se donner une certaine prestance tolérante ?




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jeudi 26 mars 2015

ECR — L'avertissement de la Cour suprême


L'opinion de l'avocate Mélanie Dugré dans les pages de La Presse de Montréal :

Devant la vitesse à laquelle s'opèrent les bouleversements sociaux et les changements législatifs, la Cour suprême du Canada a l'embarras du choix parmi les dossiers à étudier et les questions à trancher.

Plusieurs ont donc sourcillé devant sa décision de se pencher pour une seconde fois en si peu de temps sur le sujet du cours d'éthique et culture religieuse (ÉCR), enseigné dans les écoles québécoises depuis 2008.

On se rappellera en effet qu'en février 2012, la Cour suprême avait maintenu le refus d'une commission scolaire de Drummondville d'exempter des élèves de ce cours, précisant que l'enseignement des fondements des religions du monde et l'exposition des enfants à des réalités autres que celles qu'ils vivent dans leur environnement familial immédiat ne portaient pas atteinte à la liberté de conscience et de religion garantie par la Charte.

Bien que ce jugement ait été unanime, les juges LeBel et Fish avaient émis des réserves, refusant de confirmer définitivement la validité constitutionnelle du programme ÉCR, soulignant que «l'état de la preuve ne permet pas de conclure que le programme et sa mise en application ne pourront éventuellement porter atteinte aux droits accordés aux appelants et à des personnes placées dans la même situation».

Ce commentaire avait visiblement un caractère prémonitoire puisque la Cour suprême vient de donner raison à l'école Loyola, qui souhaitait être exemptée d'offrir ce cours selon les termes du programme ministériel. L'école Loyola est une institution privée, catholique et anglophone, fondée et gérée par les Jésuites, qui cherchait à adapter les enseignements du cours ÉCR en fonction de ses traditions, de son identité et de sa perspective confessionnelle.

Dans une décision divisée à quatre juges contre trois, la Cour suprême conclut que l'obligation d'enseigner le programme ÉCR constitue une contrainte inconstitutionnelle, car elle porte gravement atteinte à la liberté de religion des personnes qui veulent offrir et qui souhaitent recevoir une éducation confessionnelle, d'autant plus que l'existence des écoles privées confessionnelles est légalement reconnue au Québec.

Le cours ÉCR ne pourra pas pour autant être remplacé par un programme de doctrine et de religion, mais devra pouvoir bénéficier de certaines adaptations dans son application pratique afin de permettre aux enseignants de parler de la foi catholique d'un point de vue religieux. Un beau défi en perspective pour le nouveau ministre de l'Éducation! Rappelons aussi que ce qui est bon pour pitou est aussi bon pour minou. Ainsi, si les mains se frottent de contentement à l'école Loyola, la satisfaction est certainement aussi grande au sein de toutes les institutions privées confessionnelles de la province, qu'elles soient catholiques, juives, musulmanes ou autres.

En résumé, donc, une institution confessionnelle privée ne peut être contrainte d'offrir le cours ÉCR contre son gré et son identité religieuse, le tout au nom de la liberté de la religion, mais les élèves d'une école publique de Drummondville ne peuvent en être exemptés pour la même raison. J'entends au loin l'écho de la confusion et les grondements de protestation.

Le plus percutant, c'est qu'il y a, dans le ton et l'humeur de ce jugement, un sérieux avertissement à l'endroit du gouvernement et de tous les partis politiques qui pataugent en ce moment dans la charte Drainville et la question identitaire. La Cour suprême vient poliment de leur rappeler que nous avons choisi d'enchâsser dans notre constitution une Charte et que les droits et principes qu'elle protège ne peuvent être contournés d'un coup de balai législatif, aussi bien intentionné soit-il.

Ce jugement confirme que le législateur devra se lever de bonne heure pour qu'une éventuelle loi sur la neutralité survive à la contestation judiciaire. Que tous se le tiennent donc pour dit, le débat est loin d'être fini.




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mardi 24 mars 2015

ECR — « Il faut retirer le volet religieux » et... « abolir le financement public des écoles publiques »

Pour Daniel Baril, militant laïciste de longue date (ancien président du Mouvement laïque québécois, Intellectuels pour la laïcité, Association humaniste du Québec, Mouvement des Brights), s’exprimant dans les colonnes de Voir.ca :

Un aspect du jugement ne manque d’attirer l’attention du lecteur attentif : chaque fois qu’il est question du volet éthique, la Cour suprême le présente toujours comme s’agissant d’éthique religieuse. Même si ce volet est sensé [sic : censé] être indépendant du volet religieux comme le prétend la littérature des concepteurs, jamais les juges majoritaires n’abondent dans ce sens dans leur phraséologie. Plus précisément, l’éthique autre que catholique est toujours qualifiée d’« éthique d’autres religions », l’éthique humaniste demeurant invisible sous le radar.

Voici d’ailleurs comment ils présentent le cours :

« Imbrication de l’éthique à la religion

Daniel Baril
Le programme ECR a pour objectifs explicites la “reconnaissance de l’autre” et la “poursuite du bien commun”. Ces objectifs visent à inculquer aux élèves un esprit d’ouverture aux droits de la personne et à la diversité ainsi que le respect de l’autre. Pour réaliser ces objectifs, le programme ECR comprend trois volets : les religions du monde et le phénomène religieux, l’éthique et le dialogue. Ces trois volets sont censés se compléter et se renforcer l’un l’autre. » (page 6, emphase ajoutée)

Vous avez bien lu : à la lumière de son analyse du dossier, la Cour suprême conclut que le volet éthique est censé renforcer la religion alors que le volet religieux est censé renforcer l’éthique. Il y a imbrication des deux volets. Du côté de la mouvance laïque, c’est toujours ainsi que les choses ont été perçues malgré le discours officiel occultant ce biais. Cette réalité enlève toute crédibilité au cours et annule toute prétention à la neutralité.

Les trois juges dissidents estiment quant à eux que :
« Il n’y a rien d’inhérent aux objectifs du programme ECR (reconnaissance des autres et poursuite du bien commun) ou aux compétences qu’il vise à inculquer aux élèves (religions dans le monde, éthique et dialogue) qui exige que l’on adopte une démarche culturelle et non confessionnelle » (paragraphe 148).

Autrement dit, le fait qu’un enseignant oriente le contenu du cours par ses propres croyances religieuses n’empêche pas l’atteinte des objectifs du cours. Ce qui revient à dire que ces objectifs ne visent pas nécessairement la transmission culturelle et non confessionnelle du fait religieux. À moins que les juges n’aient rien compris. Mais si leur raisonnement est vrai pour une école privée confessionnelle, il l’est également pour une école publique supposément laïque. Ce cours ne met donc pas les élèves l’abri de la transmission d’une religion.

Ces trois mêmes juges estiment que l’approche non confessionnelle obligée forcerait les enseignants de Loyola, lorsqu’ils sont « confrontés à des positions qui heurtent de front la foi catholique […] à adopter une attitude de neutralité fausse et superficielle » (par. 156). Ou bien les enseignants croyants se font violence à eux-mêmes avec ce cours, ou bien les élèves ne seront pas longtemps dupes de positions non authentiques. Encore une fois, cela vaut quel que soit le statut public ou privé de l’école.

Retour en arrière

Bien qu’il ne s’applique qu’aux écoles privées confessionnelles, ce jugement risque donc d’avoir un effet psychologique non négligeable sur la posture professionnelle que peuvent adopter les enseignants de ce cours dans les écoles publiques. La pression en ce sens n’est pas qu’une vision de l’esprit. La Coalition pour la liberté en éducation, un lobby interreligieux opposé à la laïcité scolaire [c'est inexact, la Coalition lutte pour la liberté scolaire de tous, mêmes celle de M. Baril, mais pas l'imposition de ses préjugés aux autres] n’a d’ailleurs pas tardé à demander que ce jugement soit aussi appliqué à toutes les écoles publiques au nom de l’équité… envers les croyants ! (à 1 min 22 de ce reportage de Radio-Canada)

À l’Assemblée nationale, la députée péquiste Nicole Léger a pour sa part déclaré que ce jugement représentait un « retour en arrière » fragilisant la déconfessionnalisation des écoles [confessionnelles ou publiques ?] C’est en fait le cours ECR lui-même qui a marqué un retour en arrière. Ce cours n’était demandé par personne du côté des minorités religieuses et des associations laïques. Il a été imposé par le lobby catholique — héritier du Comité catholique — comme compromis visant à maintenir de l’enseignement religieux à l’école. Sous le régime confessionnel, il était toutefois possible, en principe, d’éviter l’enseignement religieux en choisissant l’enseignement moral. Ce choix n’est plus possible [La CLÉ a toujours défendu le choix des parents... ]  dû aux fondements supposément neutres du cours ECR  et tous les enfants sont maintenant soumis à un cours de promotion de l’identité religieuse.

Nous sommes ainsi revenus à la situation d’avant l’exemption de l’enseignement religieux qui prévalait dans les années 70.

Avec le cours ECR, l’État est allé jouer dans des plates-bandes qui ne sont pas les siennes, celles de l’appartenance religieuse. La seule avenue envisageable est de retirer le volet religieux de ce cours et d’enrichir le volet éthique par une approche favorisant la formation de la pensée critique. Quitte à ce que le fait religieux soit abordé dans les cours d’histoire lorsque nécessaire.

Et ultimement, abolir le financement public des écoles privées.




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Cour ECR — Victoire du collège Loyola


CHOI 98,1 fm/Monette/. À titre de porte-parole de la CLÉ-Coalition pour la Liberté en Éducation, le chroniqueur Richard Décarie présente le jugement de la Cour suprême dans le dossier du programme d’éthique et culture religieuse au collège Loyola.


Écoutez (16 min 27)





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lundi 23 mars 2015

Débat sur ECR, cette « patate chaude » auquel les Québécois tiendraient

Émission radio : Isabelle
On a sorti la religion des écoles. Pourtant, deux Québécois sur trois tiennent au cours d'éthique et de culture religieuse à l'école. Est-ce un retour en arrière? • 98,5 fm Montréal

Écoutez l'émission (38 minutes)




  • Titre : « On a sorti la religion des écoles. Pourtant, deux Québécois sur trois tiennent au cours d'éthique et de culture religieuse à l'école [Note du carnet : faute de mieux, plus de parents était encore pour un choix de matières "religieuse" à l'école]). Est-ce un retour en arrière? »


  • Intervenants :
    • Isabelle Maréchal (qui ne comprend pas bien ce que demandait Loyola et pense que le cours ECR a commencé en 1998, elel serait plutôt pour un cours de morale et sortir la religion du cours), 
    • Luc Phaneuf (qui est étonné par la décision Loyola, théologien très « humaniste » et qui prétend que le programme ECR permet la critique de la radicalité religieuse, notons que Phaneuf enseigne dans un collège français privé qui n'est même pas obligé d'enseigner le cours ECR, son pendant Marie-de-France ne le fait pas, enfin le fait « transversalement »),
    • Hassan Serraji qui se pose des questions sur la difficulté pour les professeurs catholiques d'enseigner les croisades (il a beaucoup aimé ce qu'Antoine Robitaille a écrit dans le Devoir...).

    • Et des auditeurs dont un parle du bien et du mal dont on parlerait dans le cours ECR « neutre ».
    ECR populaire chez les jeunes : aiment surtout le débat (seul cours où ils peuvent parler autant), pas de devoir, mais peu d'intérêt pour la spiritualité religieuse, par contre intérêt sur pourquoi les autres feraient ceci ou cela. (C'est également ce que nos contacts nous disent. Mais est-ce une éducation, du temps utilisé au mieux ?)

    Écoutez l'émission (38 minutes)



    Prof Maclure : « Quitte à utiliser la clause dérogatoire » contre Loyola

    Jocelyn Maclure
    Pour Jocelyn Maclure, professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval et membre de la commission Bouchard Taylor, la Cour suprême du Canada aurait commis une « erreur » dans le dossier Éthique et culture religieuse.

    Erreur et non, simplement, un souci plus scrupuleux de la liberté de religion ou une plus grande sensibilité aux arguments des appelants (nous pensons que dans ce genre de causes « philosophiques » la sensibilité des juges teinte fortement leurs décisions), non mais bien une erreur pour l’éminent et influent professeur.

    Loyola aurait concédé

    Pour Maclure, comme pour Antoine Robitaille du Devoir, Loyola aurait modifié sa demande initiale :


    C’est pourtant inexact. Dès avant le premier procès, en 2008, l’école Loyola écrivait à la ministre :

    Le directeur de Loyola, Paul Donovan, a toujours dit qu’il invitait des imams pour présenter l’islam et des rabbins pour présenter le judaïsme. En fait, Donovan a insisté dès le 9 mai 2008 qu’il était plus troublé par le volet éthique que par le volet culture religieuse ! Il déclarait ainsi en mai 2008 à la Gazette de Montréal que son « école n’enseignera pas certaines parties de la composante éthique du programme ». « Les enseignants sont supposés rester neutres vis-à-vis des points de vue éthiques que les élèves pourraient défendre. Mais il s’agit d’une “neutralité feinte, pas d’une réelle neutralité” », devait-il ajouter.

    L’école Loyola a donc été très — trop ? — raisonnable dès le début. Pourquoi l’État peut-il même imposer que la présentation d’autres religions soit respectueuse ? Qu’est-ce que cela veut même dire ? Comment espérer que des Coptes persécutés par les musulmans en Égypte représentent l’islam à la manière irénique des manuels québécois approuvés par le Monopole de l’Éducation ? Ces manuels sont très « respectueux » des religions exotiques, peu du christianisme (voir ici et ), sont-ils objectifs ?

    Répéter les mêmes vœux pieux... 

    Maclure ressasse la même vulgate : le cours ECR permettrait de comprendre le « phénomène » religieux.


    Le programme ECR est superficiel, il permettra au mieux de connaître des rites, quelques grands principes, quelques règles, mais pas de comprendre les religions présentées. Le cours est trop superficiel, n’occupe pas assez de temps pour vraiment se familiariser avec les religions et son but n’est pas de vraiment comprendre de l’intérieur les religions au programme, mais d’apprendre aux élèves à toutes les trouver d’une égale valeur, à les « respecter » comme disent certains. Valeur égale qui peut très bien signifier, en fin de compte, qu’elles sont toutes folkloriques ou de vieilles sornettes.

    ... et décréter que seul ECR peut assurer le bien commun

    Maclure semble aussi penser que seule la version « laïque » d’ECR peut assurer le bien commun et la reconnaissance de l’autre, sans preuve :

    Peut-être Maclure n’a-t-il pas bien suivi la cause en justice ?

    Ces objectifs font partie de la doctrine catholique, notamment de Dignitatis humanae... Loyola ne peut y être opposé, en fait elle promeut ces objectifs. Quand un des pères d’ECR, Georges Leroux, fut interrogé dans le cadre du procès Loyola, il dut admettre que rien dans le programme de Loyola n’empêchait d’atteindre les objectifs fixés par le programme ECR. C’est d’ailleurs ce qui a poussé les trois juges minoritaires de la Cour suprême à considérer que le programme Loyola est équivalent à ECR, voir par exemple :
     « [148] À notre avis, il n’y a rien d’inhérent aux objectifs du programme ÉCR (reconnaissance des autres et poursuite du bien commun) ou aux compétences qu’il vise à inculquer aux élèves (religions dans le monde, éthique et dialogue) qui exige que l’on adopte une démarche culturelle et non confessionnelle. »

    Ajoutons que rien ne prouve en fait que le programme ECR « laïque » atteindra ses objectifs, surtout s’il est « neutre », ou qu’il le fera mieux que le programme proposé par Loyola. Où sont les études, les faits qui permettraient de l’affirmer ?


    Maclure n’aime pas l’éthique de référence catholique dans une école catholique

    Pour Maclure, « Concrètement, la décision signifie que la morale catholique sera le système éthique de référence dans les discussions sur les dilemmes éthiques à l’école secondaire Loyola. » Cela lui semble très grave. Il déclare également que « Puisque Loyola est un collège privé jésuite, il est tout à fait normal qu’il fasse la promotion de la foi catholique. »

    Le philosophe déclare que « le volet “éthique”, pour sa part, n’est pas conçu comme un prêchiprêcha moraliste et vaguement humaniste. Il s’agit plutôt d’outiller les élèves pour qu’ils acquièrent les aptitudes à la réflexion automne [sic] et critique sur les questions éthiques, c’est-à-dire qu’ils apprennent à réfléchir par eux-mêmes et avec les autres sur les enjeux éthiques et politiques qui meublent la discussion publique. »

    Apprendre la logique, le dialogue, réfléchir, c’est bien. L’école Loyola a clairement dit qu’elle est d’accord avec cela. Mais pour Loyola la discussion comprend la présentation non neutre (la défense) par le professeur de la position catholique sur la question éthique posée. L’État ne peut l’empêcher de faire sans brimer sa liberté de religion. Car, en fin de compte, sur quoi aboutiront les discussions éthiques « neutres » en classe ? Des matchs nuls ? Une absence de conclusion selon que les participants adoptent une position éthique utilitariste, déontologiste, émotiviste, maximaliste, minimaliste, relativiste, égoïste, etc.

    Dans les classes « laïques » souhaitées par Maclure, il y a fort à parier qu’on aboutira à une absence de conclusion ou alors à une recherche du consensus guidée par un mimétisme entre les élèves ou la recevabilité des opinions selon leur rectitude politique. En général, le programme ECR souffre d’une aporie : comment peut-il former au vivre ensemble et à la reconnaissance d’autrui, tout en étant neutre ?

    Des parents qui envoient leurs enfants à des écoles comme Loyola pensent que c’est là un exercice tronqué, qu’il peut aboutir à un certain relativisme ou une légitimation de positions morales contraires à leur foi. Ils veulent compléter l’apprentissage de la logique, du dialogue par un enseignement des préceptes catholiques. Où est le problème, à moins que M. Maclure veuille expressément détacher les enfants des convictions de leurs parents ?

    Appel au collègue devenu ministre : utilise la clause « nonobstant » s’il le faut !

    Le billet du philosophe se termine par un appel au nouveau ministre de l’Éducation :

    Mise à jour : Le ministre rejette l’appel à la clause dérogatoire.





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    dimanche 22 mars 2015

    Ministre Blais et ECR : pas l'intention d'utiliser la clause dérogatoire

    Le journaliste du Devoir, Antoine Robitaille, se demandait si « l’appui indéfectible » du ministre de l’Éducation, François Blais, envers le cours d’éthique et de culture religieuse (ECR) le « conduira-t-il à l’invocation de la clause “nonobstant” afin de déroger à ce jugement ? La question se pose. »

    Invocation que Jocelyn Maclure, professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval et membre de la commission Bouchard Taylor, ancien collègue de François Blais, appelle lui aussi à considérer, comme c’est curieux.

    Mais, selon Radio-Canada, le ministre François Blais (ci-contre) indique qu’il n’a pas l’intention d’utiliser la clause dérogatoire, la fameuse « clause nonobstant » pour imposer le cours d’éthique et de culture religieuse aux écoles confessionnelles. « On n’en est pas du tout là pour le moment », affirme-t-il.



    (Le résumé de la décision de la Cour suprême dans la cause Loyola qui termine cette nouvelle de la SRC vaut son pesant de cacahouètes... : « La Cour suprême a permis jeudi à l’école secondaire Loyola, une école privée, d’enseigner la foi catholique d’un point de vue religieux. [C’était déjà permis, mais pas au sein du cours ECR !] L’école devra aussi [pas “aussi”, il n’y a pas d’opposition !] donner le cours d’éthique et de culture religieuse du ministère de l’Éducation du Québec. » [Passe sous silence le fait que Loyola peut aussi enseigner l’éthique catholique d’une façon non neutre : « Une exemption ne peut pas être refusée au motif que Loyola doit enseigner le catholicisme et l’éthique catholique suivant une perspective neutre » dans la conclusion majoritaire de l’arrêt Loyola c. MELS])

    Le Devoir : la Cour suprême et la « reconfessionnalisation »

    Antoine Robitaille du Devoir commet cette chronique. On y apprend qu’apparemment les écoles privées confessionnelles auraient toutes été déconfessionnalisées... Loyola aurait donc cessé à un moment d’être catholique, déconfessionnalisée ? Curieux.
    « Un des éléments centraux de la déconfessionnalisation du système scolaire québécois, le programme Éthique et culture religieuse (ECR) pourrait paradoxalement devenir un facteur subtil de reconfessionnalisation. La faute à qui ? La Cour suprême.

    N’ayant pas lu le jugement, le ministre de l’Éducation François Blais, habile, s’est rabattu sur une métaphore, jeudi à l’Assemblée nationale, pour commenter la décision de la Cour suprême dans le cas de l’école secondaire Loyola : « La Cour a l’habitude de fermer des portes, d’en laisser certaines ouvertes et d’en ouvrir d’autres. » Or une porte, ouverte jeudi, a de quoi inquiéter.

    Loyola n’a jamais voulu donner le fameux cours ECR. Elle a commencé par demander une exemption. Celle-ci lui a été refusée ; elle a ensuite offert au gouvernement un « programme de remplacement ».
    M. Robitaille se méprend : la demande d’exemption s’est accompagnée d’une proposition de programme équivalent selon le demandeur.

    D’une part, l’exemption est accordée s’il y a un programme équivalent, voir l’Article 22 du règlement d’application de la Loi sur l’enseignement privé, R.Q. c. E-9.1, r.1 :

    « 22. Tout établissement est exempté de l’application du premier alinéa de l’article 32 pourvu que l’établissement offre des programmes jugés équivalents par le ministre de l’Éducation. »

    D’autre part, la première lettre adressée par Loyola à la ministre, bien avant tout procès, le dit :
    Dans la deuxième lettre au ministre (toujours avant les procès), Loyola précise ce que sont ces cours de religions du monde.
    Autre refus. Ce programme était, au sens du ministère, « fondé sur la foi catholique et [avait] pour principale finalité la transmission des croyances et convictions catholiques ».

    Même si c’était vrai, quelle horreur dans une école catholique !
     Loyola va devant les tribunaux. On est en 2008. Après un ping-pong devant la Cour supérieure (qui donne raison à Loyola) et la Cour d’appel (qui lui donne tort), la Cour suprême coupe la poire en deux dans un jugement sophistiqué (au sens péjoratif) : c’est oui et non. Oui pour enseigner selon le prisme catholique les portions éthiques sur le catholicisme ; non pour enseigner les autres religions de la même manière. Il faudra être neutre, factuel. Étrange : le plus haut tribunal instaure une géométrie variable dans l’enseignement d’ECR en fonction de la religion enseignée.

    Après tout, opine la cour, « enseigner les valeurs éthiques d’autres religions est en grande partie une démarche factuelle ». On a envie de répondre : en revanche, pour un professeur croyant, enseigner la sienne risque de ne pas l’être ! Et c’est là la brèche que ce jugement opère dans l’essence même d’ECR. Et cela qui risque d’entraîner d’importants problèmes d’application.

    Par exemple : un enseignant croyant catholique sera-t-il porté à présenter les zones d’ombre de l’histoire de sa religion ? À l’école Loyola, parlera-t-on des Croisades et de l’Inquisition ? Peut-être bien, mais les chances sont minces que les élèves aient accès à une « description neutre des coutumes et des pratiques », de l’histoire d’une religion en laquelle un professeur croit. Et les élèves issus de familles non religieuses, devant ces mêmes professeurs croyants ? Ne retournons-nous pas, avec ce jugement, à des situations d’avant la possibilité que ce même type d’élèves soient exclus des « cours de catéchèse » ?

    En raison d’une conception de la liberté de religion semblant au sommet d’une hiérarchie des droits, la Cour s’est empêchée de suggérer que les organisations religieuses puissent, en dehors des heures normales, donner des cours de religion à l’école. Elles peuvent actuellement en plus en donner dans leurs lieux de prière.

    Que fera le gouvernement libéral face à ce jugement bancal ? « Mon appui à ce cours [ECR] est indéfectible », a affirmé le ministre Blais, après avoir fait l’éloge de son maître


    Et certains pensent qu’il n’y a de disciples et de doctrinaires indéfectibles que religieux (traditionnels).
    le philosophe Georges Leroux, concepteur du cours ECR (et aussi collaborateur du Devoir).
    Eh, oui ! tous ces gens se connaissent et partagent les mêmes idées. C’est beau la diversité.

    Cet appui indéfectible conduira-t-il à l’invocation de la clause « nonobstant » afin de déroger à ce jugement ?
    Invocation que Jocelyn Maclure, professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval et membre de la commission Bouchard Taylor, ancien collègue de François Blais, appelle lui aussi à considérer, comme c’est curieux.
    La question se pose. Le cours ECR a bien des défauts (flou en raison des « compétences », peu de place à l’athéisme, multiculturalisme bonbon, etc.), mais il a fait l’objet d’un consensus dans un Québec ayant soif de laïcité.
    Ah, l’appel au consensus ! Encore ce bel amour de l’uniformité, même face à un programme bancal. Et pour un programme grevé de « défauts » dans une école catholique il faudrait utiliser la clause dérogatoire ?


    Voir aussi

    George Leroux : L’État doit viser à déstabiliser les systèmes absolutistes de croyance

    « Georges Leroux est mon gourou », déclare le directeur de la fédération des écoles privées au sujet d’ECR.

    Georges Leroux – le pluraliste jacobin (1 sur 2).

    Georges Leroux – le pluraliste messianique (2 sur 2).


    samedi 21 mars 2015

    Ce n'est pas aux législateurs de décider ce qui est bon pour les enfants, c'est aux parents

    Pour Derek James, avocat auprès de la Canadian Constitution Foundation (CCF), qui revient sur l’arrêt Loyola de la Cour suprême dans les colonnes du Huffington Post, ce n’est pas aux législateurs de décider ce qui bon pour les enfants, c’est aux parents.

    Rappelons que la Cour suprême du Canada (CSC) a jugé que Loyola doit enseigner, au sein d’un programme d’ECR équivalent, les autres religions et les autres positions éthiques d’un point de vue neutre, mais pourra enseigner la religion et l’éthique catholiques dans une perspective catholique. Quatre des sept membres du tribunal qui a entendu l’appel ont déclaré que l’école devait présenter une nouvelle demande d'équivalence de programme au gouvernement du Québec, trois juges sont allés plus loin et désiraient accorder l’équivalence de programme sans réexamen de la demande par l’État québécois.

    Derek James se demande « de se mettre dans la peau d’un parent qui a décidé que son enfant doit bénéficier d’une éducation religieuse dans une école privée si la décision avait été différente. Même si l’école privée peut être coûteuse, les croyances religieuses de ces parents sont d’une telle importance fondamentale pour ces parents qu'ils ont décidé de faire ce sacrifice. Comment réagiriez-vous si le gouvernement forçait vos enfants d’apprendre précisément ce que vous cherchez à éviter en sortant votre enfant du système public ? »

    « On peut dire la même chose au nom de parents non religieux : si votre conscience vous oblige à protéger votre enfant de toute éducation religieuse, le gouvernement devrait-il être en mesure de faire complètement abstraction de vos souhaits ? », poursuit le juriste.

    Notons que, comme le signale Brian Liley, la Cour suprême du Canada impose quand même l’exposition respectueuse à de nombreuses religions et positions éthiques/morales, à la limite dès six ans. Ce que certains parents pourraient très bien ne pas vouloir. (Il est vrai que Loyola est une école secondaire et que la question de la précocité de l’exposition à cette « diversité » de valeurs y est moins aiguë.)

    Me James rappelle l’opinion de John Stuart Mill (ci-contre) dans son célèbre ouvrage De la Liberté sur l’ingérence de l’État dans l’éducation :
    « Les objections qu’on oppose avec raison à l’éducation publique ne portent pas sur le fait que l’État impose l’éducation, mais sur ce qu’il se charge de la diriger, ce qui est tout différent. Je réprouve autant que quiconque l’idée de laisser partiellement ou totalement l’éducation aux mains de l’État. Tout ce que j’ai dit de l’importance de l’individualité du caractère, ainsi que de la diversité des opinions et des modes de vie, implique tout autant la diversité de l’éducation. Une éducation générale dispensée par l’État ne peut être qu’un dispositif visant à façonner des gens sur un même modèle ; et comme le moule dans lequel on les coulerait serait celui qui satisfait le pouvoir dominant au sein du gouvernement — prêtres, aristocratie ou majorité de la génération actuelle —, plus cette éducation serait efficace, plus elle établirait un despotisme sur l’esprit, qui ne manquerait pas de gagner le corps. »

    Pour l’avocat de la CCF, ce façonnage, s’il réussit, « établit un despotisme sur l’esprit des élèves ». Comparons l’avertissement de John Stuart Mill à l’objectif déclaré du Québec qui prétend ainsi développer une société dans laquelle différentes valeurs et les croyances religieuses peuvent coexister sans conflit. Les moyens choisis par le gouvernement québécois pour y parvenir sont, entre autres, d’enseigner aux enfants que toutes les religions sont des options toutes aussi bonnes les unes que les autres. Pour Derek James, c’est façonner l’esprit des élèves pour qu’ils acceptent explicitement une proposition rejetée par de nombreux parents.

    Pour le juriste, « évincer les droits individuels pour atteindre un objectif gouvernemental n’est guère louable. En fait, c’est la pente suivie lors des violations les plus atroces de l’histoire des droits de l’homme. Et, si l’on ne peut pas faire confiance aux parents quand ils décident ce qui est bon pour leurs enfants, pourquoi faire confiance aux législateurs ? »

    Derek James poursuit : « Ces législateurs pensent qu’ils constituent l’élite [voir trois anciens législateurs discuter du cas Loyola à la SRC, édifiant et pitoyable] et qu’ils savent ce qui est bon » pour le commun des mortels. Leur attitude élitiste leur permet d’ignorer les vœux des parents. Pour l’avocat de la CCF, il « n’y a guère d’exemple plus éloquent d’ingérence de l’État dans les droits parentaux, la liberté de choix de l’école et la liberté religieuse des parents que le cours ÉCR. La Charte n’a-t-elle pas été adoptée, en partie, pour éviter que la majorité n’opprime les points de vue minoritaires par le biais du pouvoir du gouvernemental ? »



    « Forcer les parents à soumettre leurs enfants à ce qu’ils réprouvent profondément est immoral, même si la plupart d’entre nous croient que les objectifs de l’État sont justes et sages. Et comme Mill nous avertissait, l’éducation peut être le véhicule parfait d’un État autoritaire pour endoctriner sa jeunesse, et le cours ÉCR du Québec — comme il a été mis en œuvre — cherche précisément à faire cela », d’ajouter Derek James. « Les objectifs du Québec peuvent sembler anodin à la plupart d’entre nous, mais le principe est troublant : le gouvernement sait mieux que quiconque ce qui est bon et il lui est permis de façonner les générations à venir pour qu’ils se conforment, sans égards aux libertés individuelles », conclut l’avocat de la Canadian Constitution Foundation.





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