L’ambition de Warne est moins de proposer une nouvelle théorie de l’intelligence que de présenter au lecteur non spécialiste les acquis scientifiques les mieux établis selon lui. Sa thèse générale est que les différences individuelles de capacité cognitive sont réelles, qu’elles peuvent être mesurées avec une précision notable et qu’elles ont des conséquences importantes dans l’éducation, le travail et diverses dimensions de la vie. Il soutient également que certaines conclusions politiquement ou moralement délicates ne peuvent être écartées simplement parce qu’elles sont désagréables ou historiquement compromises.
L’auteur
Russell T. Warne est psychologue et spécialiste de la psychométrie et de la mesure en psychologie. Il a obtenu un diplôme de psychologie à Brigham Young University en 2007, puis un doctorat en psychologie de l’éducation à Texas A&M University en 2011, avec une spécialisation en recherche, mesure et statistiques. Il enseigne à Utah Valley University depuis 2011, où il est professeur associé. Ses travaux portent notamment sur l’intelligence, les tests psychologiques, la psychologie des personnes à haut potentiel et les méthodes statistiques. Il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées et a également écrit un manuel de statistiques destiné aux étudiants en sciences sociales.
I. La nature de l’intelligence
Mythe 1 : « L’intelligence n’est que l’ensemble des tâches qu’un psychologue place dans un test »
Pour Warne, cette conception ne résiste pas à l’analyse factorielle. Les performances à des tâches cognitives très différentes — compréhension du vocabulaire, résolution de problèmes, capacité à retenir et manipuler temporairement des informations, raisonnement, rapidité de traitement, etc. — sont positivement corrélées. Cette corrélation positive généralisée fait apparaître un facteur général d’intelligence, dit g. Ce facteur représente les écarts entre personnes qui se retrouve d’une tâche à l’autre, plutôt que ce qui est propre à chaque exercice.
Le QI ne serait donc pas une simple addition arbitraire d’aptitudes particulières : les éléments propres à chaque tâche sont statistiquement séparés de ce qu’elles ont en commun. Le contenu précis d’un test importe ainsi beaucoup moins qu’on ne pourrait le penser, pourvu que les tâches soient de nature cognitive, suffisamment nombreuses et suffisamment discriminantes. Les tâches plus complexes tendent d’ailleurs à être plus fortement corrélées au facteur g.
Mythe 2 : « L’intelligence est trop complexe pour être résumée par un seul nombre »
Warne ne prétend pas que toute la psychologie cognitive puisse être résumée par le QI. Les tests modernes mesurent également des aptitudes plus spécifiques — compréhension verbale, raisonnement fluide, capacité à retenir et manipuler temporairement des informations, vitesse de traitement, etc. — qui peuvent différer sensiblement entre deux personnes ayant le même QI global.
Mais cela ne rend pas le facteur g inutile. Au contraire, après plus d’un siècle de recherche, les psychologues n’ont pas découvert de variable cognitive qui soit systématiquement indépendante des autres. Pour Warne, le QI constitue donc une synthèse extrêmement informative, même s’il ne constitue évidemment pas une description exhaustive de l’esprit humain.
Mythe 3 : « Le QI ne correspond ni à l’anatomie ni au fonctionnement du cerveau »
Le QI n’est évidemment pas localisé dans une partie déterminée du cerveau. Mais cela ne signifie pas qu’il n’ait aucun rapport avec la biologie cérébrale.
Les techniques d’imagerie ont permis d’établir des relations entre l’intelligence et diverses caractéristiques du cerveau : volume cérébral, substance blanche, connectivité entre régions cérébrales et fonctionnement de réseaux impliqués dans le raisonnement. Warne souligne notamment la corrélation, certes modeste, entre volume cérébral et intelligence. Le QI n’est donc pas une propriété anatomique simple, mais il n’est pas non plus une grandeur dépourvue d’ancrage biologique.
Mythe 4 : « L’intelligence est un concept occidental qui ne s’applique pas aux cultures non occidentales »
Warne étudie des données provenant de cultures très différentes et constate que la façon dont les aptitudes intellectuelles sont liées entre elles (par exemple, entre vocabulaire, logique et mémoire) est similaire en Occident et ailleurs dans le monde.
Il cite notamment une analyse portant sur 97 ensembles de données provenant de 31 pays : g apparaissait directement dans 71 échantillons et pouvait être retrouvé après une seconde analyse dans la plupart des autres. Au total, 94 des 97 échantillons faisaient apparaître g. Pour Warne, cela constitue un argument particulièrement fort contre l’idée que l’intelligence générale serait une construction propre aux sociétés occidentales.
Mythe 5 : « Il existe plusieurs intelligences dans l’esprit humain »
Warne s’attaque ici principalement à la théorie des intelligences multiples de Howard Gardner. Il lui reproche d’abord son manque de preuves empiriques : les capacités censées constituer des intelligences indépendantes présentent en réalité des relations entre elles et avec g.
Il lui reproche également un problème plus fondamental de définition et de testabilité. Certaines des « intelligences » proposées — musicale, corporelle-kinesthésique, etc. — lui paraissent davantage correspondre à des talents ou aptitudes particulières qu’à une intelligence générale au sens psychométrique. Pour Warne, l’intelligence peut être comparée à une pyramide : à sa base, on trouve des aptitudes spécifiques (comme la mémoire ou le raisonnement), mais toutes ces compétences sont reliées par une capacité générale, qui explique pourquoi les personnes douées dans un domaine le sont souvent aussi dans d’autres. Cette pyramide porte le nom de modèle hiérarchique CHC.
Mythe 6 : « L’intelligence pratique est une aptitude réelle, distincte de l’intelligence générale »
Warne vise principalement la théorie de Robert Sternberg sur l’intelligence pratique. Selon lui, les caractéristiques utilisées pour distinguer cette intelligence de g sont justement celles que g permet d’expliquer.
Il ne nie pas que certaines personnes soient particulièrement habiles à résoudre des problèmes de la vie courante. Il soutient plutôt que cette compétence ne constitue pas pour autant une seconde forme d’intelligence indépendante. Les différences observées dans la vie réelle peuvent également dépendre de la personnalité, de la motivation, de l’expérience et des connaissances acquises.
II. Mesurer l’intelligence
Mythe 7 : « Il est difficile de mesurer l’intelligence »
Warne défend une thèse assez provocatrice : l’intelligence serait en réalité relativement facile à mesurer. Toute tâche qui exige un effort cognitif, du jugement ou du raisonnement tend à mesurer g dans une certaine mesure.
La raison en est précisément la généralité de g : les différentes tâches cognitives sont positivement corrélées. Une longue batterie de tests permet évidemment d’obtenir une mesure plus fiable, mais la fiabilité augmente rapidement lorsque plusieurs aspects sont combinés. L’intelligence est donc, selon Warne, beaucoup plus facilement mesurable que ne le laisse croire l’intuition courante.
Mythe 8 : « Le contenu des tests d’intelligence est trivial et ne peut donc pas mesurer l’intelligence »
Une matrice (par exemple, une série de formes géométriques à compléter), une analogie ou une série de chiffres n’a évidemment pas besoin de ressembler à une situation professionnelle réelle pour mesurer une capacité générale de raisonnement.
Ce qui compte, selon Warne, n’est pas la ressemblance superficielle entre le contenu d’un test et une situation de la vie courante, mais les opérations cognitives que ce test exige. Si des tâches très différentes prédisent néanmoins les mêmes différences individuelles, c’est précisément parce qu’elles sollicitent une aptitude cognitive commune.
Mythe 9 : « Les tests d’intelligence sont imparfaits et ne peuvent donc être utilisés ni pris au sérieux »
Warne distingue l’imperfection d’un instrument de son inutilité. Aucun instrument de mesure n’est parfait ; la question pertinente est de savoir si sa précision est suffisante et s’il produit de meilleures décisions que les méthodes concurrentes.
Un test peut comporter une erreur de mesure, sans que cette erreur rende son résultat inutilisable. La sélection universitaire ou professionnelle doit de toute façon être effectuée lorsque les candidats sont plus nombreux que les places disponibles. Si les tests permettent de faire cette sélection plus précisément que les solutions de remplacement, les supprimer ne rend pas nécessairement la procédure plus juste.
Mythe 10 : « Les tests d’intelligence sont biaisés contre les populations non blanches »
Warne distingue soigneusement différence moyenne de résultats et biais psychométrique.
Un test est biaisé, dans son sens technique, s’il prédit différemment le critère pertinent selon le groupe considéré. L’existence d’écarts moyens entre groupes ne constitue donc pas, en elle-même, une démonstration de biais.
Il affirme que les tests professionnels modernes font l’objet de procédures poussées de contrôle et que, pour les populations auxquelles ils sont destinés, les preuves d’un biais prédictif systématique sont faibles.
III. Les influences sur l’intelligence
Mythe 11 : « Le QI ne mesure en réalité que le statut socio-économique »
Le statut socio-économique et le QI sont effectivement corrélés, mais Warne estime que cette corrélation est très loin de permettre de réduire l’un à l’autre.
Même après prise en compte du milieu socio-économique, le QI conserve une capacité prédictive substantielle pour les résultats scolaires et professionnels. De même, les différences de QI entre enfants d’une même famille montrent qu’il ne peut être simplement considéré comme un indicateur du revenu ou de l’éducation parentale.
Mythe 12 : « Une forte héritabilité de l’intelligence signifie qu’il est impossible d’augmenter le QI »
Warne insiste ici sur une distinction fondamentale : l’héritabilité (la transmission héréditaire) ne signifie pas immutabilité.
Un caractère peut être fortement héritable tout en étant modifiable par l’environnement. L’héritabilité décrit la part de la variance entre individus, dans une population et un environnement donnés, qui est associée aux différences génétiques. Elle ne constitue pas une limite absolue à ce qu’une intervention environnementale peut accomplir.
Mythe 13 : « Les gènes ne jouent pas un rôle important dans l’intelligence »
Warne présente les études de jumeaux, d’adoption et les travaux de génétique comportementale comme convergeant vers une contribution génétique importante aux différences individuelles d’intelligence.
Il insiste cependant sur le fait que l’héritabilité n’est pas de 100 %. Les études chez les enfants tendent à donner des estimations plus faibles que celles réalisées chez les adultes, et la contribution génétique apparaît généralement plus importante avec l’âge. Ces résultats concernent surtout les populations des sociétés industrialisées relativement favorisées et ne peuvent être automatiquement extrapolés aux environnements de privation extrême.
Mythe 14 : « Les modifications environnementales du QI prouvent que l’intelligence est facilement malléable »
L’effet Flynn — l’augmentation considérable des résultats aux tests d’intelligence au cours du XXe siècle — constitue bien, pour Warne, un phénomène environnemental réel.
[L’effet Flynn désigne l’augmentation moyenne des scores de QI observée dans les populations industrielles au XXe siècle, estimée à environ 3 points par décennie (soit 30 points sur 100 ans). Exemple concret : Si la moyenne était de 100 en 1920, elle serait théoriquement de 130 en 2020 si les tests n’avaient pas été recalibrés.]
Warne et Flynn attribuent cet effet à des facteurs environnementaux :
- Amélioration de la nutrition (ex. : carences en iode éliminées).
- Allongement de la scolarisation (accès généralisé à l’éducation).
- Environnement plus stimulant (médias, complexité croissante des tâches quotidiennes).
- Réduction des maladies infectieuses (impact sur le développement cognitif).
Mais cet effet Flynn ne permet pas de conclure qu’il serait facile d’augmenter fortement l’intelligence d’un individu. Par ailleurs, plusieurs pays industrialisés (notamment Norvège, Danemark) ont vu cette progression ralentir ou s’inverser.
Mythe 15 : « Les interventions sociales peuvent augmenter considérablement le QI »
Warne distingue les situations de privation grave des interventions ordinaires. Sortir un enfant d’un environnement extrêmement défavorable peut avoir des effets importants sur son développement cognitif.
En revanche, les programmes préscolaires et autres interventions destinées à augmenter le QI produisent souvent des gains initiaux qui diminuent, s'estompe ensuite — le phénomène d'estompage. Des programmes très intensifs et prolongés peuvent avoir des effets durables, mais Warne considère que les preuves d’une augmentation massive et permanente de g par les interventions sociales ordinaires sont faibles.
Mythe 16 : « Les programmes d’entraînement cérébral peuvent augmenter le QI »
L’entraînement améliore généralement la tâche à laquelle on s’entraîne. La question décisive est celle du transfert : une amélioration obtenue sur une tâche particulière se généralise-t-elle à l’intelligence générale ?
Warne estime que les données disponibles ne montrent pas de généralisation suffisante à d’autres compétences ou au facteur g. Apprendre à mieux réussir un sous-test n’équivaut donc pas à devenir globalement plus intelligent.
Mythe 17. « Si le QI peut être amélioré, l’intelligence peut être égalisée »
Une amélioration de la moyenne n’implique pas une disparition des différences individuelles.
Warne met en avant la difficulté de supprimer les différences cognitives en égalisant les conditions environnementales. Il souligne également l’interaction entre environnement et génétique: lorsque les conditions deviennent plus favorables, les différences génétiques peuvent représenter une part plus importante des différences observées.
Pour lui, les données ne permettent donc pas de penser qu’une politique réaliste pourrait faire converger tous les QI vers un même niveau.
IV. Intelligence et éducation
Mythe 18 : « Tous les enfants sont doués »
Warne s’oppose à l’usage inflationniste du terme « doué ». Les capacités cognitives sont distribuées de manière continue et les individus diffèrent considérablement.
Dire que tous les enfants sont « doués » vide donc le terme de sa fonction descriptive et rend plus difficile l’identification des enfants qui ont réellement besoin d’un enseignement accéléré ou spécialisé.
Mythe 19 : « Des écoles efficaces peuvent rendre tous les enfants scolairement compétents »
De bonnes écoles peuvent améliorer considérablement les résultats, particulièrement pour les élèves défavorisés. Mais elles ne suppriment pas les différences individuelles d’aptitude cognitive.
Warne considère que l’intelligence générale constitue un prédicteur important de la réussite scolaire et que l’idée selon laquelle un système scolaire pourrait amener tous les élèves au même haut niveau scolaire ne correspond pas aux données.
Mythe 20 : « Les variables non cognitives ont des effets puissants sur la réussite scolaire »
La motivation, la persévérance, la personnalité et d’autres caractéristiques non cognitives jouent effectivement un rôle dans la réussite scolaire. Warne conteste cependant l’importance qu’on leur attribue parfois lorsqu’on les compare à l’intelligence et aux performances scolaires antérieures.
Une fois le niveau cognitif et les performances déjà obtenues pris en compte, la contribution indépendante de nombreuses « compétences générales » se révèle plus modeste que ne le suggère le discours éducatif populaire.
Mythe 21 : « Les tests d’admission constituent une barrière pour les étudiants sous-représentés »
Warne soutient que les tests d’admission mesurent une capacité qui prédit la réussite universitaire dans les différents groupes. Leur suppression ne supprime donc pas les différences de préparation ou d’aptitude ; elle transfère simplement le poids de la sélection vers d’autres critères.
Il souligne notamment que les notes scolaires sont elles-mêmes fortement dépendantes du contexte scolaire et familial. Remplacer les tests par des critères moins standardisés ne constitue donc pas nécessairement une solution plus équitable.
V. Les conséquences de l’intelligence dans la vie
Mythe 22 : « Le QI mesure seulement l’aptitude à passer des tests »
Si le QI ne mesurait qu’une habileté artificielle propre aux examens, il serait difficile d’expliquer sa relation avec une aussi grande variété de résultats réels.
Warne rappelle les associations observées entre intelligence et réussite scolaire, performance professionnelle, revenu, santé, longévité, risque de chômage et diverses autres caractéristiques de la vie adulte. Le QI n’explique évidemment pas à lui seul ces résultats, mais son pouvoir prédictif dans des domaines très différents constitue, selon lui, une démonstration de sa validité externe.
Mythe 23 : « L’intelligence n’est pas importante dans le monde du travail »
Warne s’appuie sur les études sur la capacité à prédire, validité prédictive, de g pour soutenir que l’intelligence générale constitue l’un des meilleurs prédicteurs généraux de la performance professionnelle, particulièrement lorsque les emplois sont complexes.
Cela ne signifie pas que le QI soit le seul déterminant de la réussite professionnelle. Les connaissances spécifiques, les compétences, la personnalité et la motivation comptent également. Mais l’idée que l’intelligence serait sans importance dans le travail est, selon lui, incompatible avec les données disponibles.
Mythe 24 : « Les tests fabriquent ou perpétuent une fausse méritocratie »
Pour Warne, les tests ne créent pas les différences qu’ils mettent en évidence. Une société qui cesse de les utiliser ne cesse pas pour autant de devoir sélectionner des individus lorsque les places disponibles sont limitées.
La sélection continuera alors de s’effectuer au moyen d’autres variables : origine sociale, réseau familial, réputation de l’établissement fréquenté, entretiens, recommandations ou appréciations subjectives. Warne considère donc qu’un système de sélection reposant au moins en partie sur des mesures objectives des aptitudes peut être plus transparent qu’un système qui prétend ignorer ces différences.
Mythe 25 : « Une intelligence très élevée n’apporte rien de plus qu’une intelligence simplement élevée »
Warne rejette l’idée d’un seuil au-delà duquel l’intelligence cesserait d’avoir des effets.
Les études consacrées aux personnes extrêmement douées — notamment les cohortes du Study of Mathematically Precocious Youth — montrent, selon lui, que même aux niveaux d’intelligence les plus élevés, les différences de capacité continuent d’être associées à des différences dans les études poursuivies, les réalisations scientifiques ou professionnelles et d’autres accomplissements.
Mythe 26 : « L’intelligence émotionnelle est une aptitude particulièrement importante pour réussir »
Warne ne nie pas que certaines aptitudes sociales et émotionnelles soient utiles. Il conteste surtout l’idée populaire selon laquelle l’« intelligence émotionnelle » constituerait une capacité générale indépendante, qui serait plus importante que le QI dans la réussite professionnelle.
Selon lui, une partie de ce que l’on appelle intelligence émotionnelle relève de la personnalité et une autre de capacités cognitives déjà mesurées par les tests traditionnels. Sa validité prédictive supplémentaire, une fois l’intelligence générale et la personnalité prises en compte, est beaucoup plus limitée que ne le laisse entendre la popularité du concept.
Mythe 27 : « Les différences individuelles d’intelligence cessent d’avoir de l’importance au-delà d’un certain niveau »
Warne revient ici sur l’idée de seuil appliquée aux personnes très intelligentes. L’existence d’une forte intelligence est évidemment avantageuse, mais il n’existe pas, selon lui, de seuil empirique au-delà duquel toute augmentation supplémentaire de g deviendrait sans conséquence.
Les données longitudinales sur les individus exceptionnellement doués suggèrent au contraire une relation continue entre niveau d’aptitude cognitive et accomplissement, y compris dans les niveaux extrêmes.
VI. Les différences entre groupes démographiques
Mythe 28 : « Les hommes et les femmes ont exactement la même distribution de QI »
Warne distingue la moyenne de la dispersion.
Les écarts moyens de QI entre hommes et femmes sont faibles. En revanche, plusieurs données suggèrent une dispersion légèrement plus importante chez les hommes. Cela signifie qu’il peut y avoir davantage d’hommes aux deux extrémités de la distribution, sans qu’il existe une différence importante entre les moyennes.
Cette distinction entre moyenne et variance lui paraît importante pour comprendre pourquoi certaines populations très sélectionnées peuvent présenter une composition sexuelle déséquilibrée alors que les distributions générales sont très proches.
Mythe 29 : « Les différences de QI entre groupes raciaux ou ethniques sont entièrement d’origine environnementale »
C’est l’un des chapitres les plus controversés du livre.
Warne commence par reconnaître l’existence d’écarts moyens de résultats entre certains groupes raciaux ou ethniques. Il soutient ensuite que leur explication ne peut pas être simplement réduite à une seule cause environnementale démontrée.
Il examine différentes hypothèses — statut socio-économique, environnement, culture, discrimination, histoire, etc. — et considère que les données disponibles ne permettent pas de démontrer que l’environnement explique entièrement les différences. Il estime donc qu’une contribution génétique ne peut être exclue, tout en reconnaissant que la proportion respective des influences génétiques et environnementales demeure inconnue.
Mythe 30 : « La menace du stéréotype explique les écarts de scores entre groupes »
Warne examine l’hypothèse selon laquelle la crainte de confirmer un stéréotype négatif pourrait faire baisser les performances d’un groupe dans une situation de test.
Il ne nie pas nécessairement l’existence de phénomènes psychologiques de ce type dans certaines circonstances. Il conteste toutefois leur importance comme explication générale des écarts de scores entre groupes. Il estime notamment que la littérature initiale a été fragilisée par des problèmes de puissance statistique, de réplication et de méthodologie, et que les effets observés sont trop faibles ou trop instables pour expliquer à eux seuls des différences beaucoup plus importantes.
VII. Questions sociales et éthiques
Mythe 31 : « Les idées controversées ou impopulaires doivent être soumises à un niveau de preuve supérieur »
Warne s’oppose à l’idée qu’une hypothèse scientifique doive être soumise à un seuil de preuve plus élevé parce que ses conséquences politiques ou morales sont désagréables.
La réplication, la puissance statistique, la qualité des données et la cohérence des résultats doivent, selon lui, être les mêmes pour une hypothèse populaire et pour une hypothèse politiquement embarrassante. Le caractère choquant d’un résultat ne constitue pas une réfutation scientifique.
Mythe 32 : « Les controverses du passé entachent la recherche contemporaine sur l’intelligence »
Warne reconnaît pleinement le passé eugéniste de certains chercheurs et certaines utilisations profondément abusives des tests d’intelligence.
Il refuse cependant d’en déduire que les recherches contemporaines sont invalides parce que le domaine possède cette histoire. Pour Warne, une méthode ou une conclusion doit être jugée sur les données et les méthodes actuelles, et non simplement sur l’histoire morale de ceux qui l’ont autrefois défendue.
Mythe 33 : « La recherche sur l’intelligence conduit nécessairement à de mauvaises politiques sociales »
Warne examine ici le raisonnement selon lequel reconnaître l’existence de différences individuelles d’intelligence conduirait inévitablement à considérer certains groupes comme inférieurs ou à justifier des politiques coercitives.
Il distingue le constat scientifique et la prescription politique. Même si les capacités cognitives diffèrent entre individus ou si certaines caractéristiques sont en partie héritables, rien ne permet logiquement d’en déduire la stérilisation, une hiérarchie juridique des personnes ou toute autre politique oppressive.
Pour lui, le passage de « il existe des différences » à « il faut traiter les individus différemment » constitue un raisonnement supplémentaire qui doit être justifié indépendamment.
Mythe 34 : « La recherche sur l’intelligence nuit à la lutte contre les inégalités »
Warne répond que nier les relations entre intelligence, éducation, revenus et autres résultats sociaux ne fait pas disparaître ces relations.
Si l’intelligence contribue effectivement à certaines inégalités de réussite, l’ignorer risque de conduire à des politiques moins efficaces. Reconnaître les différences individuelles n’interdit nullement de lutter contre la pauvreté, d’améliorer l’école ou de réduire les inégalités de santé ; cela signifie simplement que ces politiques doivent tenir compte du fait que les individus ne possèdent pas tous les mêmes capacités cognitives.
Mythe 35 : « Tout le monde est à peu près aussi intelligent que moi »
Ce dernier chapitre porte sur une illusion particulièrement répandue : la tendance à supposer que les autres disposent des mêmes capacités de raisonnement, de planification et d’apprentissage que soi-même.
Warne souligne que les différences individuelles sont suffisamment importantes pour que des personnes placées à des niveaux très différents de la distribution cognitive puissent avoir des capacités très différentes face à des tâches complexes. Une politique ou une prescription morale qui suppose implicitement que chacun peut comprendre, planifier et apprendre au même rythme risque donc d’être irréaliste.
Le chapitre sert ainsi de conclusion pratique à l’ensemble du livre : les différences cognitives individuelles sont réelles, importantes et suffisamment grandes pour qu’on ne puisse comprendre correctement l’éducation, le travail ou certains phénomènes sociaux en faisant comme si tout le monde possédait à peu près les mêmes capacités mentales.
En résumé
La thèse générale de In the Know est beaucoup plus forte que l’idée selon laquelle « les tests de QI fonctionnent ». Warne défend une conception cohérente de l’intelligence comme capacité cognitive générale, mesurable à travers une grande variété de tâches et représentée psychométriquement par g.
Selon lui, les principales conclusions de plus d’un siècle de recherche sont remarquablement convergentes: l’intelligence est mesurable ; elle est relativement stable, surtout après l’enfance ; elle est en partie héritée ; elle est associée à une multitude de résultats scolaires, professionnels et sanitaires ; et les différences individuelles ne peuvent être réduites au milieu familial ou au statut socio-économique.
Le point politique de l’ouvrage est cependant distinct du point psychométrique. Warne ne prétend pas que l’existence de différences cognitives dicte à elle seule une politique particulière. Il soutient plutôt qu’une société qui refuse de tenir compte de ces différences risque de construire des politiques éducatives et sociales sur une représentation irréaliste de la population.
C’est également ce qui explique les passages les plus controversés du livre, en particulier ceux consacrés aux différences entre groupes. Warne considère que les données permettent de tirer des conclusions que beaucoup de commentateurs jugent politiquement ou moralement dangereuses. Son argument est que le caractère désagréable d’une conclusion ne peut constituer en soi une raison scientifique de la rejeter.
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