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dimanche 30 mars 2025

Ces étudiants des universités d'élite qui ne savent plus lire des livres...

Pour lire un livre à l'université, il est utile d'en avoir lu un au lycée.

Les élèves du secondaire (collégiens et les lycéens) aux États-Unis semblent eux aussi être confrontés à un nombre de plus en plus réduit de livres dans les salles de classe. Pendant plus de vingt ans, les nouvelles initiatives éducatives aux États-Unis telles que No Child Left Behind et Common Core ont mis l'accent sur les textes informatifs et les tests standardisés. Dans de nombreuses écoles, les enseignants ont délaissé les livres au profit de courts passages informatifs, suivis de questions sur l'idée principale de l'auteur, imitant ainsi le format des tests standardisés de compréhension de l'écrit. Article paru dans The Atlantic d'Octobre 2024.


Nicholas Dames enseigne depuis 1998 la littérature classique, le cours obligatoire sur les grands oeuvres littéraires de l'université de Columbia. Il adore son travail, mais celui-ci a changé. Au cours de la dernière décennie, les étudiants se sont sentis dépassés par la masse de livres à lire. Les étudiants n'ont jamais lu tout ce qu'on leur demandait de lire, bien sûr, mais là, c'est différent. Les étudiants de M. Dames semblent aujourd'hui déconcertés à l'idée de terminer plusieurs livres par semestre. Ses collègues ont remarqué le même problème. De nombreux étudiants n'arrivent plus à l'université, même dans les établissements d'élite très sélectifs, préparés à lire des livres.

Cette évolution a laissé M. Dames perplexe jusqu'à ce qu'un jour, au cours du semestre d'automne 2022, une étudiante de première année se présente à ses heures de bureau pour lui faire part de la difficulté qu'elle avait trouvée dans les premiers travaux. Le programme de littérature classique exige souvent des étudiants qu'ils lisent un livre, parfois très long et très dense, en une semaine ou deux seulement. Mais l'étudiante a expliqué à Dames que, dans son lycée public, on ne lui avait jamais demandé de lire un livre en entier. On lui avait demandé de lire des extraits, de la poésie et des articles de presse, mais pas un seul livre de bout en bout.

« J'en suis resté bouche bée », m'a dit M. Dames. Cette anecdote l'a aidé à expliquer le changement qu'il observait chez ses élèves : ce n'est pas qu'ils ne veulent pas lire, c'est qu'ils ne savent pas comment le faire. Les collèges et les lycées ont cessé de leur demander de le faire.

En 1979, Martha Maxwell, une spécialiste influente de l'alphabétisation, a écrit : « Chaque génération, à un moment donné, découvre que les élèves ne peuvent pas lire aussi bien qu'ils le voudraient ou que les professeurs l'espèrent ». M. Dames, qui étudie l'histoire du roman, reconnaît la longévité de cette plainte. « Une partie de moi est toujours tentée d'être très sceptique quant à l'idée qu'il s'agit de quelque chose de nouveau », a-t-il déclaré.

Daniel Shore, directeur du département d'anglais de Georgetown, m'a dit que ses étudiants avaient du mal à rester concentrés sur le moindre sonnet.

Pourtant, « je pense qu'il y a un phénomène que nous remarquons et que j'hésite à ignorer ». Il y a vingt ans, les classes de M. Dames n'avaient aucun problème à s'engager dans des discussions poussées sur Orgueil et préjugés une semaine et sur Crime et châtiment la semaine suivante. Aujourd'hui, ses étudiants lui disent d'emblée que la charge de lecture leur semble impossible. Ce n'est pas seulement à cause du rythme effréné, mais aussi parce qu'ils ont du mal à s'intéresser aux petits détails tout en suivant l'ensemble de l'intrigue.

lundi 14 novembre 2022

M. Drainville, faites cesser le tripotage des notes !

Un texte de Joseph Facal publié dans le Journal de Québec.

Le nouveau ministre de l’Éducation, Bernard Drainville (ci-contre), disait récemment vouloir s’attaquer à des questions concrètes et obtenir des résultats concrets.

Excellente idée. Il n’aura pas à chercher bien loin.

Je lui suggère un point de départ à la fois concret et crucial : qu’il fasse cesser le maquillage des notes.

M. Drainville disait récemment qu’un des grands dangers qui le guettent est de devenir l’otage des fonctionnaires. Je ne suis pas sûr qu’il mesure pleinement à quel point il a raison.

Maquillages et tripotages

Commençons par le primaire.

La question n’est pas neuve. La pratique a souvent été dénoncée, mais elle se poursuit et se réinvente, sans cesse justifiée par les fumisteries qui servent de fondements théoriques aux gourous qui tiennent en otage le ministère et les facultés de sciences de l’éducation.

Un exemple récent vient d’être dévoilé dans un excellent reportage de la journaliste Louise Leduc.

Vous allez voir, c’est assez tordu, merci.

La nouvelle trouvaille, le nouveau tour de passe-passe se nomme le régime de « modification des attentes ».

Un jeune a des difficultés. Normalement, les notes dans son bulletin devraient refléter ses difficultés. Il sera, comme le dit le jargon éducatif, « en situation d’échec ». Mais au Québec, on ne veut pas faire échouer et forcer le redoublement.

L’enfant sera donc dans une classe [normale], mais ne fera pas les mêmes examens que ses camarades.

L’enseignant baissera ses attentes et modifiera sa correction. Dans le bulletin, il sera dit que l’enfant aura « réussi » et, hop, il passe à l’année suivante.

Disparues les notes épouvantables ! Les écoles, elles, pourront afficher de belles statistiques de « réussite ».

Mais cette « réussite » est fausse, artificielle.

Mme Leduc rapporte le cas d’une jeune fille en 6e année du primaire, dans une classe régulière, qui fait ses mathématiques… de 4e année.

L’an prochain, elle doit entrer au secondaire. Il arrivera quoi vous pensez ?

On a répertorié au moins 16 000 enfants dans cette situation, mais ils sont en réalité beaucoup plus nombreux parce que beaucoup de directions ont refusé de répondre aux questions de la journaliste.

Les parents interrogés, eux, ne sont pas du tout complices de la supercherie. Ils veulent la vérité.

La vraie manière sensée d’attaquer ces difficultés serait évidemment de faire des classes particulières, de mettre des orthopédagogues et des psychoéducateurs dans le coup, et de cesser de dénigrer les métiers manuels.

Fondamentalement, c’est très simple : pour savoir si on s’améliore ou pas, il faut mesurer objectivement.

Comment mesurer objectivement si on tripote ce qui est censé servir de marqueur ?

En fait, c’est plus pervers encore : on sait que ça va mal, mais on fait semblant que ça va bien.

Bouillie pour les chats

M. Drainville disait aussi récemment qu’un des grands dangers qui le guettent est de devenir l’otage des fonctionnaires.

Je ne suis pas sûr qu’il mesure pleinement à quel point il a raison.

Je mets ma main au feu qu’on lui expliquera que ces traficotages ont d’excellentes raisons d’être et qu’ils sont là pour le bien des enfants.

L’explication sera très convaincante. Cela ne l’empêchera pas d’être de la bouillie pour les chats.


mercredi 12 juin 2019

Québec — Encore plusieurs façons de gonfler les notes des élèves et le taux de réussite

Malgré une récente directive de Québec, il existe encore de nombreuses « failles » dans les règles en place qui permettent de manipuler les notes des élèves, dénonce la Fédération autonome de l’enseignement, qui presse le ministre de l’Éducation d’aller plus loin.

Dans un document obtenu par Le Journal, la Fédération recense plusieurs « voies de contournement » qui permettent aux commissions scolaires ou aux directions d’école d’intervenir dans l’évaluation des élèves ou de créer une « illusion de réussite », affirme sa vice-présidente, Nathalie Morel.

En avril, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé qu’il mettait fin au « gonflement de notes » par son ministère, qui n’accordera plus automatiquement la note de passage de 60 % aux élèves qui ont obtenu 58 % ou 59 % lors des examens ministériels de fin d’année.

Or cette mesure ne permet de régler qu’« une infime petite partie » du problème, selon Mme Morel. « C’est grandement insatisfaisant », lance-t-elle.

Rien ne certifie d’abord que les commissions scolaires qui procèdent au même « gonflement » de notes suivront l’exemple de Québec, souligne la FAE.


Par ailleurs, il existe toujours des notes plancher pour des élèves en échec dans plusieurs écoles, c’est-à-dire qu’il est impossible d’inscrire un résultat inférieur à 40 % ou 45 % au bulletin, selon les paramètres établis dans le logiciel de gestion des résultats scolaires.

« Pratique courante »

Il est aussi fréquent que des élèves qui n’obtiennent pas la note de passage dans un cours soient promus au niveau suivant, indique Mme Morel.

Un élève de troisième secondaire qui échoue en sciences peut très bien se retrouver l’année suivante dans un cours de sciences de quatrième secondaire, alors que le régime pédagogique prévoit plutôt qu’il faut avoir réussi chaque matière avant de passer au niveau suivant.

La pratique est répandue dans la grande majorité des écoles secondaires qui justifient souvent cette pratique par des problèmes d’organisation scolaire, selon la FAE.

La Fédération réclame par ailleurs plus de transparence dans les pratiques de conversion et de modération des notes faites par le ministère lors des épreuves de fin d’année. Ces deux traitements statistiques ont pour effet de modifier la note de l’élève à l’examen final, mais aussi celle obtenue tout au long de l’année scolaire.

« Pour nous, toutes les formes de manipulations de notes sont injustes et ça vient miner la qualité de notre système d’éducation. C’est très troublant », affirme Mme Morel.

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