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jeudi 30 juillet 2026

États-Unis — Quand les familles fortunées embauchent une équipe pour gérer jusqu’aux petits gestes du quotidien


Dans les familles américaines les plus aisées, une nounou ne suffit plus toujours. Certains parents salariés très fortunés dépensent désormais jusqu’à 250 000 dollars par an pour constituer une véritable équipe chargée de tout ce qui concerne leurs enfants : apprentissage de la propreté, cours de vélo, organisation scolaire, préparation des vacances ou gestion des tâches domestiques. Une nouvelle forme de parentalité apparaît : la parentalité de dirigeant, où la famille est gérée comme une petite entreprise et où l’on délègue tout ce qui semble chronophage ou peu gratifiant.

Christine Landis, ancienne dirigeante d’une société de technologie financière installée à San Diego, consacre ainsi environ 250 000 dollars par an à son personnel domestique : une assistante familiale vivant sur place, une nounou de week-end, un cuisinier particulier et une femme de ménage. Elle explique qu’elle ne coupe jamais les ongles de ses enfants, trop anxieuse pour le faire, et qu’elle confie souvent le bain du soir à son assistante. Elle délègue également ce qu’elle appelle les « jeux répétitifs » : relire cinq fois le même livre ou regarder son enfant ouvrir et fermer une porte pendant trois quarts d’heure.

« Chaque heure où je ne suis pas accaparée par les tâches pratiques est une heure où je peux être pleinement présente avec mes enfants », explique-t-elle. Elle dirige aujourd’hui une entreprise, Peacock Parent, qui utilise l’intelligence artificielle pour aider les familles à gérer leur organisation quotidienne.

Autour de ces familles s’est développée une industrie du service haut de gamme. Certaines sociétés de conciergerie prennent en charge des dossiers d’inscription en école maternelle, l’organisation de longs voyages familiaux avec des enseignants itinérants, ou même des recherches très spécifiques pour satisfaire les demandes des enfants.

Les agences spécialisées dans le recrutement de personnel domestique constatent notamment une forte progression du métier d’assistante familiale : un poste hybride qui combine les fonctions de nounou, d’assistante personnelle et de gestionnaire de maison. Pendant les heures d’école, ces professionnelles organisent les emplois du temps, les rendez-vous, les activités et les courses ; lorsque les enfants rentrent, elles reprennent un rôle classique de garde.

Les demandes peuvent aller très loin : nounous accompagnant des enfants à des compétitions d’équitation, cuisiniers spécialisés dans les purées pour bébés adaptées à certaines cultures, stylistes personnels pour enfants. Une agence raconte même avoir reçu la mission de trouver une figurine Labubu en édition limitée, avec une nounou chargée de publier des annonces sur les réseaux sociaux jusqu’à ce qu’un exemplaire soit trouvé.

« Ce sont les milliers de petites choses », résume Olivia Fountain, directrice des opérations d’une agence de personnel familial. « Emballer un cadeau d’anniversaire, vider un sac d’école, jeter les cartons Amazon… Ce sont toutes ces tâches qui finissent par faire disparaître une journée. »

Certaines demandes deviennent encore plus spécialisées. Une agence a par exemple placé une personne auprès d’une famille pratiquant l’éducation sans couches, où la nounou devait interpréter les signaux du bébé et l’emmener aux toilettes au bon moment. D’autres recrutements recherchent des profils ayant travaillé sur des yachts ou capables de supporter des déplacements en hélicoptère. Les agences spécialisées expliquent n’avoir jamais eu autant d’activité, portée par la multiplication des millionnaires et des milliardaires.

Cette culture gagne aussi les célébrités. Emma Grede, cofondatrice des marques Skims et Good American liées à l’univers Kardashian, explique qu’elle se considère comme une mère qui ne consacre pas plus de trois heures d’affilée à certaines obligations parentales : elle passe les matinées du week-end avec ses quatre enfants avant de se consacrer à des activités qui lui apportent davantage d’énergie.

« Découper des sandwichs en forme d’étoile ? Ce n’était jamais mon truc », a-t-elle déclaré. Elle s’appuie sur des nounous, des employés de ménage, un cuisinier et un chef de cabinet afin de préserver du temps pour des moments qu’elle considère comme essentiels, notamment les vacances en famille.

Les tarifs de ces services témoignent de cette nouvelle économie familiale : un consultant en apprentissage de la propreté facture entre 600 et 4 500 dollars pour quelques jours d’accompagnement intensif ; une leçon privée de vélo coûte de 80 à 450 dollars ; faire préparer les affaires d’un enfant pour une colonie de vacances revient à environ 125 dollars de l’heure. Une nounou voyageant avec une famille peut coûter de 120 000 à 170 000 dollars par an, tandis qu’une gouvernante privée chargée à la fois de l’éducation et du développement social peut atteindre 200 000 dollars.

Alexandra Fine, mère de trois jeunes enfants et dirigeante de Dame Products, dépense environ 85 000 dollars par an pour une équipe de six personnes comprenant des nounous, une organisatrice de maison, un homme à tout faire et une assistante virtuelle.

« Chaque heure passée à plier du linge ou à organiser la venue d’un réparateur est une heure où je ne suis pas présente avec mes enfants », explique-t-elle. « Ce n’est pas une philosophie. Ce sont des mathématiques. »

Mais cette vision de la parentalité est contestée.

Pour certains parents, ce sont précisément les petites tâches ordinaires — préparer un repas, ranger un sac, accompagner un enfant dans ses apprentissages — qui constituent l’essence même du lien familial. Les déléguer reviendrait à perdre des occasions de proximité.

Le regard d’Ivana Greco : la valeur des moments ordinaires

Ivana Greco, mère au foyer, ancienne avocate, anime la lettre d’information The Home Front consacrée à la vie familiale et assure l’instruction à domicile de ses quatre enfants. Elle considère que ces tâches quotidiennes sont au contraire des occasions privilégiées de créer une relation avec eux.

« Les moments les plus importants que je vis avec mes enfants sont totalement imprévus, explique-t-elle. Ils existent parce que nous passons du temps ensemble. »

Elle s’interroge sur ce que les enfants peuvent comprendre ou ressentir dans des organisations où une partie importante de leur quotidien est confiée à des employés. Ils remarquent la présence des personnes qui s’occupent d’eux, mais aussi leur absence.

« Si vous n’êtes pas celui ou celle qui est là, votre enfant le remarque », affirme-t-elle.

Christine Landis reconnaît elle-même que certains moments avec sa nounou l’ont profondément émue. Lorsqu’elle est tombée malade après la naissance de son bébé, la nounou lui a apporté du thé et du jus d’orange sans qu’elle ait besoin de demander quoi que ce soit. Elle décrit cet épisode comme l’un des moments les plus touchants de ses débuts de maternité.

La première fois que l’un de ses enfants a dit « je t’aime » à cette nounou, et que celle-ci lui a répondu de la même manière, Landis a ressenti une brève inquiétude. Puis ce sentiment s’est dissipé.


« Il n’existe aucun monde dans lequel mon enfant ne sait pas que je suis sa mère, dit-elle. Notre lien, notre amour, sont irremplaçables. »

Elle refuse cependant de déléguer certaines choses : « Le moment où nous parlons de notre journée, où nous nous blottissons dans le lit, où nous lisons des livres ensemble, cela a une valeur particulière pour moi. »

Car même lorsque l’exécution des tâches est confiée à d’autres, la charge mentale demeure. Les décisions, la coordination et l’organisation invisible qui font fonctionner une maison restent souvent du ressort des parents.

« Les choses à faire étaient prises en charge, conclut Landis. Mais la réflexion restait la mienne. »


Source : Wall Street Journal

jeudi 12 février 2026

La Croisade du maire de Québec pour changer sa ville trop québécoise, trop conservatrice

Extrait d'un article d'Étienne-Alexandre Beauregard, auteur et chercheur chez Cardus. Son plus récent livre, Anti-civilisation. Pourquoi nos sociétés s’effondrent de l’intérieur, a été publié en septembre 2025 aux Presses de la Cité. Il a auparavant été rédacteur de discours et conseiller en planification stratégique au cabinet du premier ministre du Québec.

[...] La ville de Québec, sous Bruno Marchand (ci-contre), a réduit à la fois
la fréquence de la collecte des déchets et la vitesse du déneigement en cas de tempête. Ça n’a pas empêché les taxes municipales d’augmenter, ni l’apparition d’une étrange taxe de 12 $ imposée à tous les propriétaires de chats, soi-disant pour compenser les externalités de leur animal de compagnie. Notons également, en pleine saison des fêtes, l’interdiction de faire des feux de foyer que la municipalité a voulu faire respecter en traquant les récalcitrants au moyen de caméras thermiques en pleine semaine de Noël.

On citera la risible offensive « équité, diversité et inclusion » lancée par la ville depuis 2021. À coup de publicités à la télévision et dans les autobus, on invite les résidents à consulter un site Web afin de « s’éduquer », afin d’être plus ouverts à l’endroit des immigrants, truffé de banalités, dont : « Sourire et dire bonjour aux personnes issues de la diversité pour les inclure dans notre quotidien. » Dans cette même veine, une mosaïque historique dépeignant Samuel de Champlain à la fondation de la ville a également été cachée à l’hôtel de ville, car jugée offensante pour les peuples autochtones. Ironiquement, cela reproduit le scénario du film Testament, de Denys Arcand, qui se veut une satire de la cancel culture contemporaine.

Naturellement, l’enjeu hyper polarisant du tramway de Québec s’inscrit dans le même courant. Adulé par les commentateurs montréalais, mais rejeté par la majorité des citoyens de Québec, le projet de transport en commun du maire Marchand est devenu le fer de lance de ceux qui souhaitent la « métropolisation » de la vieille capitale en luttant contre l’usage de l’automobile. Nappé d’un vernis écologique, ce projet de plus de dix milliards de dollars représente l’acharnement idéologique d’un maire qui souhaite profondément changer la ville qu’il dirige, souvent contre l’avis des citoyens.

L’immigration, nouveau cheval de bataille

Parmi les grandes villes canadiennes, Québec a également la particularité d’être celle où l’immigration fut historiquement la plus faible. Comme le veut l’expression, Québec est « un gros village » où la plupart des gens se connaissent et se sont côtoyés à l’école ou dans des associations, malgré sa taille de plus de 500 000 habitants. Comme le soulignaient les professeurs Pierre Fortin et Mario Polèse dans Policy Options, alors que de nombreuses grandes villes sont en déficit de capital social, Québec s’illustre par le faible niveau de criminalité et d’inégalités, ainsi que par un fort dynamisme économique, le tout produit d’une ville « tissée serrée ». Encore récemment, Québec incarnait une « autre manière » d’être une grande ville, contre la densification outrancière, la lutte à l’auto et une croissance fondée avant tout sur l’immigration.

C’était sans compter la nouvelle croisade de Bruno Marchand, qui s’est révélé cet automne comme l’un des plus farouches opposants aux restrictions imposées par le gouvernement du Québec en immigration. Au moment où la majorité des acteurs politiques, incluant les libéraux de Mark Carney, reconnaissent que les politiques migratoires sont allées trop loin au cours des dernières années, le maire de Québec continue de ramer dans la direction opposée. Montant au créneau comme s’il était chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, il n’a cessé d’interpeller le gouvernement Legault pour que les travailleurs temporaires dont le permis est échu ne soient pas contraints de quitter le pays. Il y a quelques jours, dans les pages du Globe and Mail, il se réjouissait que la démographie de sa ville change drastiquement à la suite d’une hausse de 57 % de sa population immigrée depuis 2016.

Pourtant, pendant qu’il célèbre, Québec est en route pour avoir la plus forte croissance démographique de toute la province d’ici 2050, et cela n’est pas sans conséquences. Alors que la hausse fulgurante du prix des propriétés semble quelque peu ralentir, elle se poursuit de plus belle à Québec, qui s’inscrivait, au début de l’an dernier, comme la ville du Québec où le prix des maisons augmentait le plus vite, deux fois plus qu’à Montréal. La situation est telle que la municipalité organise désormais une loterie pour distribuer les prêts sans intérêt de son programme d’accès à la propriété, pour lequel les demandes ont explosé. Québec, la ville familiale par excellence, rejoint désormais les autres grandes villes où il est de plus en plus difficile de se loger.

Une autre ville reste possible

Il semblerait donc que ce qui a longtemps fait la différence de la Ville de Québec soit à risque de s’effacer, pour faire place à la vision des grandes métropoles occidentales, qui misent sur la densification et une immigration incontrôlée pour produire des villes inabordables et en grave déficit de capital social. Nous osons pourtant croire que le rêve de la ville à échelle humaine et enracinée, de la maison unifamiliale et de l’automobile est encore partagé par énormément de gens, en particulier les jeunes qui souhaitent fonder une famille. [...]

lundi 9 juin 2025

Les étudiants chinois désirent moins étudier aux États-Unis qu'auparavant


Le 28 mai, le département d'État a annoncé une campagne visant à révoquer « de manière agressive » les visas des étudiants chinois aux États-Unis. L'une des cibles sera les étudiants chinois dans les « domaines critiques », c'est-à-dire les programmes scientifiques et d'ingénierie considérés comme présentant un intérêt stratégique pour la Chine. Une autre cible sera constituée par ceux qui ont des « liens » non précisés avec le Parti communiste. On ne sait pas exactement quelle sera l'ampleur de cette mesure et combien d'étudiants seront contraints de partir. Mais pour les jeunes Chinois qui réfléchissent à leur destination d'études, les États-Unis semblent désormais être une option risquée.

Elle avait déjà perdu de son attrait bien avant les dernières mesures en matière de visas. Le nombre d'étudiants chinois a atteint un pic au cours de l'année universitaire 2019-2020, avec environ 372 000 étudiants. Il a ensuite fortement chuté, en grande partie grâce aux mesures strictes prises par la Chine pour lutter contre la Covid-19, et ne s'est jamais redressé. Au cours de l'année universitaire 2023-2024, environ 277 000 Chinois étudiaient aux États-Unis. De plus en plus, les parents chinois de la classe moyenne considèrent que c'est une perspective trop coûteuse et trop risquée pour leurs enfants. Ils peuvent trouver une grande partie de ce que les universités américaines offrent dans d'autres pays ou chez eux.

Depuis l'ouverture de la Chine à la fin des années 1970, quelque 3 millions de jeunes Chinois sont partis étudier aux États-Unis. Beaucoup s'y sont installés. D'autres sont revenus, généralement pour occuper un poste prestigieux. On les appelle les haigui (tortues de mer), un homophone en mandarin de « revenir de l'autre côté de la mer ». Les universités de l'Ivy League sont devenues en quelque sorte des écoles de perfectionnement pour les enfants des familles aisées de Pékin et de Shanghai. La fille du président Xi Jinping a fait ses études à Harvard. Des responsables politiques en milieu de carrière se sont également rendus aux États-Unis pour s'initier à la gouvernance occidentale moderne.

Mais pour de nombreux Chinois, le retour sur investissement apparent d'une éducation américaine est en baisse. Elle a toujours été coûteuse, et aujourd'hui, les familles de la classe moyenne sont moins disposées à dépenser dans un contexte de ralentissement économique [5 % de croissance en 2024, 4,5 % de prévu pour 2025 selon le FMI] et de crise du marché immobilier [Les prix immobiliers ont chuté, avec une baisse moyenne de 5 % en janvier 2025 par rapport à décembre 2024]. Elles peuvent choisir des universités moins chères en Grande-Bretagne, par exemple, qui ont accueilli près de 150 000 étudiants chinois au cours de l'année universitaire 2023-2024. Dernièrement, ils sont de plus en plus nombreux à se rendre à Hong Kong, à Singapour et ailleurs en Asie. Les cours y sont souvent dispensés en anglais et ces pays sont considérés comme des lieux d'études plus accueillants. Le nombre d'étudiants chinois au Japon est passé de moins de 100 000 en 2019 à 115 000 en 2023.

Un diplôme étranger est également moins utile qu'auparavant sur le marché du travail chinois, qui est morose. De nombreux cabinets de conseil et cabinets d'avocats étrangers qui embauchaient autrefois des haigui ont réduit leurs activités en Chine, explique un tuteur qui aide les étudiants chinois à postuler dans des universités américaines.

Comme beaucoup de jeunes Chinois aujourd'hui, M. Lei, étudiant en économie, rêve de trouver un emploi stable dans son pays après l'obtention de son diplôme, au sein du gouvernement chinois ou d'une entreprise publique. Selon lui, ces employeurs se méfient souvent des diplômés ayant suivi une formation à l'étranger. En avril, Dong Mingzhu, présidente de Gree Electric, un grand fabricant d'appareils électroménagers, a déclaré que son entreprise n'embauchait pas de haigui, de crainte qu'ils aient été recrutés comme espions par des étrangers.

Portail de l'entrée ouest de l'Université de Pékin

Parallèlement, les meilleures universités chinoises sont de plus en plus compétitives et attractives, en particulier dans des domaines tels que les sciences et l'ingénierie. « La Chine peut rattraper et même dépasser les États-Unis », estime un doctorant en biologie de l'université d'élite Tsinghua à Pékin (classée 20e au monde selon le classement QS World University Rankings ; l'université de Pékin, située juste à côté, est classée 14e). « Il lui faut juste un peu plus de temps. » Il suffit de regarder ses propres professeurs, dit-il. Les plus âgés ont tous des diplômes d'universités américaines. Les plus jeunes ont généralement fait leurs études en Chine.

Des tortues de mer à perte de vue

Tous ces facteurs vont probablement entraîner une baisse du nombre total d'étudiants chinois à l'étranger, estime Julian Fisher, de Venture Education, un cabinet de conseil. Cela s'explique en partie par le faible taux de natalité en Chine, qui a réduit la taille des futures générations d'étudiants. Mais cela s'explique également par le fait que les parents de jeunes enfants décident de plus en plus de les orienter vers un parcours scolaire national plutôt que de les inscrire dans des écoles internationales qui pourraient les mener vers une université étrangère, explique M. Fisher. Cela a créé une « bombe à retardement » dans le système éducatif international, dit-il. Cela va ébranler les établissements qui sont devenus dépendants de l'argent des étudiants chinois.

De nombreux étudiants dans leur pays ne semblent pas trop consternés par les nouvelles politiques américaines en matière de visas. M. Li, étudiant en maîtrise qui mène des recherches sur la propulsion des satellites à l'université Beihang de Pékin, dit comprendre pourquoi les États-Unis ne veulent pas laisser les citoyens chinois accéder à leurs programmes de haute technologie (les diplômés de Beihang sont interdits d'études aux États-Unis depuis 2020 en raison des liens étroits de l'université avec les forces armées chinoises). Mais il voit une lueur d'espoir. « Les personnes qui peuvent partir étudier à l'étranger ont tendance à être très impressionnantes. Donc, si elles restent ici, cela aidera la recherche et le développement dans notre pays », dit-il. « Nous ne pouvons pas changer la façon dont les États-Unis agissent », déclare M. Zhang, un autre chercheur en doctorat. « Tant que nous nous développons bien, tout peut constituer une occasion à saisir. » 

Source : The Economist

jeudi 14 novembre 2024

Les législateurs russes cherchent à interdire la « propagande zéro enfant », aides aux familles aux États-Unis

Selon une proposition de loi, des amendes allant de 4 100 à 51 000 dollars américains seraient infligées aux personnes et aux entreprises qui prônent l'absence volontaire de descendance.

Les législateurs russes ont entamé le processus consistant à rendre illégale la « propagande » en faveur de « famille » sans enfant, afin de relancer le taux de natalité du pays, qui n'a jamais été aussi bas depuis 25 ans.


Un projet de loi visant à résoudre ce problème a été adopté à l'unanimité en première lecture à la mi-octobre avec 388 voix à la Douma russe, la chambre basse du Parlement, après avoir été présenté en septembre. La mesure devra encore faire l'objet de deux votes supplémentaires à la Douma et être approuvée par le Sénat russe avant d'arriver sur le bureau du président Vladimir Poutine.

Le projet de loi prévoit notamment des amendes allant de 4 100 à 51 000 dollars pour les personnes et les entreprises qui prônent le refus d'enfanter. Pour ce faire, il ajoute l'expression « sans enfant » à d'autres formes d'idéologie interdites dans le pays, notamment la pédophilie, la propagande LGBT et la propagande en faveur du changement de sexe. Viatcheslav Volodine, président de la Douma russe, a salué cette mesure qui permet de lutter contre l'endoctrinement woke.

« Il est important de protéger les gens, en particulier la jeune génération, de l'idéologie du refus d'avoir des enfants véhiculée par l'internet, les médias, les films et la publicité », a-t-il déclaré sur Telegram.

D'autres législateurs ont déclaré que les efforts de promotion d'un mode de vie sans enfant étaient « destructeurs “ et que les familles russes auraient enfin ” la liberté de choisir sans être soumises à la pression des médias » une fois le projet de loi adopté.

La promotion d'un mode de vie sans enfant est devenue à la mode aux États-Unis l'année dernière, lorsque des vidéos de « DINKS » sont devenues virales sur TikTok. DINKs est un acronyme qui signifie « Double Income ; No Kids » (deux revenus, pas d'enfants).

À l'époque, des dizaines de jeunes couples homme-femme, blancs pour la plupart, s'enregistraient en regardant la caméra et racontaient aux spectateurs les prétendus avantages de leur relation sans enfant.

Un couple déclarait que l'un des avantages de ne pas avoir d'enfant était de pouvoir « aller au Costco » pour acheter « tous les snacks » qu'ils voulaient quand ils le voulaient. D'autres se sont vantés de dépenser leur revenu disponible en café haut de gamme et en sorties de golf. Une vidéo a été visionnée plus de six millions de fois.

La tendance DINK a également été critiquée par le propriétaire de X, Elon Musk, un partisan déclaré des familles nombreuses.

« Ceux qui n'ont délibérément pas d'enfants font preuve d'une terrible moralité : ils exigent en fait que les enfants des autres s'occupent d'eux pendant leurs vieux jours. C'est n'importe quoi », a-t-il écrit sur X.

Au printemps dernier, Harrison Butker, double vainqueur du Super Bowl, a également encouragé les jeunes à avoir des enfants lors de son discours de remise des diplômes au Benedictine College, dans le Kansas.

« Je peux proposer un antidote controversé qui, je pense, aura un impact durable sur les générations à venir : se marier et fonder une famille », a-t-il déclaré. « En fin de compte, peu importe l'argent que vous gagnez, tout cela n'aura aucune importance si vous êtes seul et dépourvu de but.»

Les remarques de M. Butker étaient particulièrement opportunes compte tenu des tendances démographiques en Occident. Le Federalist a constaté que seule la moitié des ménages américains sont composés de couples mariés et que la majorité d'entre eux n'ont pas d'enfants. En 2018, plus d'un tiers des Américains âgés de 25 à 50 ans n'ont jamais été mariés. En outre, près d'un adulte sur cinq âgé de 55 à 64 ans était sans enfant en 2018.

Pour aider les familles qui font l'école à la maison, le président élu Donald Trump s'est récemment engagé à exonérer d'impôts jusqu'à 10 000 dollars par an et par enfant pour les dépenses liées à leur éducation.

Trump avait ajouté : « Je veillerai également à ce que chaque famille scolarisée à domicile puisse bénéficier de tous les avantages offerts aux élèves non scolarisés, notamment la participation à des programmes sportifs, à des clubs, à des activités extrascolaires, à des voyages éducatifs, et bien d'autres choses encore. »

Le 19 août, M. Poutine a promulgué le visa « Valeurs partagées » qui permet aux étrangers en quête de « soutien humanitaire » de résider temporairement en Russie. Ce programme s'inscrit dans le cadre d'un vaste programme de « déménagement en Russie » destiné aux Occidentaux qui en ont assez de l'idéologie woke, féministe et anti-chrétienne.

À plusieurs reprises au cours des cinq dernières années, M. Poutine a dénoncé les « élites occidentales mondialistes » pour leur adhésion à l'idéologie LGBT, notamment en autorisant les homosexuels à adopter des enfants et à pratiquer des opérations de « changement de sexe », qui sont illégales en Russie. La propagande LGBT est également interdite en Russie, bien que l'avortement soit légal jusqu'à la 12e semaine de grossesse. Lors du Festival mondial de la jeunesse qui s'est tenu en Russie en mars, M. Poutine a fait remarquer que tout le monde est égal parce qu'il est né d'une « mère et d'un père [...] il y a toujours un parent mâle et un parent femelle ».

lundi 2 septembre 2024

Russie : une rentrée sous le signe du patriotisme et du conservatisme social

Les élèves suivront de nouveaux cours sur la défense du pays ainsi que sur les « valeurs familiales traditionnelles ».

Les collégiens et lycéens de la Fédération de Russie font ce lundi leur rentrée. L’enseignement connaîtra un renforcement des thématiques « patriotiques » et de défense des valeurs familiales. Les élèves de la 8e à la 11 année (14 à 17 ans à l'entrée) devront suivre un nouveau cours hebdomadaire intitulé « Principe de base de la sécurité et la défense de la patrie », dispensé par des professeurs mais aussi par des anciens combattants de ce que l’on nomme officiellement l’« opération militaire spéciale » en Ukraine.

Depuis 2022, les écoles russes organisent le lundi matin, avec le lever des couleurs russes et l’hymne national, des « Conversations sur des sujets importants » portant sur différents sujets notamment sur les opérations militaires actuelles. Les nouveaux cours seront notamment consacrés à « la manière de se comporter en cas de menace militaire », aux« armes à feu », aux « premiers secours sur le champ de bataille » et aux « drones », selon les explications fournies le 28 août par le journal Komsomolskaïa Pravda.


Les écoles russes vont proposer un cours d'« études familiales » aux élèves adolescents à partir de la nouvelle année scolaire débutant en septembre, a annoncé l'Institut pour la stratégie de développement de l'éducation du pays dans un document partagé par le média indépendant Verstka jeudi.

Ce cours extrascolaire facultatif vise à « présenter aux jeunes le système traditionnel de valeurs familiales de notre patrie » et à encourager les « valeurs et attitudes pro-famille », notamment le mariage, le fait d'avoir plusieurs enfants et l'abstinence, parmi les élèves âgés de 11 à 15 ans, indique le document.

Dans 34 cours répartis sur l'année scolaire, les élèves discuteront de sujets tels que « la masculinité et la féminité », « le fait d'avoir plusieurs enfants en tant que composante importante d'un environnement familial sain », et « la fonction reproductive de la famille et son importance dans la résolution des problèmes démographiques auxquels la Russie moderne est confrontée ».

Le programme vise également à modifier la perception qu'ont les adolescents de la « valeur de la famille », qui, selon le document, est « souvent diminuée sous l'influence négative d'éléments d'une idéologie destructrice ».

Un cours soulignant l'importance de la famille a été proposé par la législatrice Nina Ostanina, qui préside la commission de la Douma d'État sur la protection de la famille, les questions relatives à la paternité, à la maternité et à l'enfance, en 2023. Sa collègue de la commission, Yelena Vtorygina, a fait valoir qu'enseigner aux élèves l'institution de la famille « empêcherait la Russie de tomber dans un abîme démographique ».

À la fin août, Vladimir Poutine a signé un décret rationalisant le processus d'immigration pour les étrangers attachés aux « valeurs familiales traditionnelles » et qui souhaitent s'installer en Russie, en dispensant ces personnes qui s'opposent à « l'idéologie néolibérale » de leur pays d'origine de passer les tests de langue et d'histoire habituellement obligatoires.

En 2025 d’ailleurs, selon l’institut fédéral des mesures pédagogiques (Fipi), l’examen sanctionnant la fin des études secondaires, appelé « examen d’état unifié », ou EGE, devra être purgé des citations relevant de « matériel extrémiste » et des « idées antiétatiques ». Des points seront en effet retirés à un candidat si le correcteur trouve dans sa copie, par exemple, des mots étrangers pouvant être remplacés par des mots russes.


dimanche 10 mars 2024

Les électeurs irlandais ont refusé d'effacer la famille

Ce n’est pas une fin de semaine particulièrement faste pour l’établissement politique irlandais. Deux changements constitutionnels ont été rejetés par l’électorat, bien qu’ils aient été soutenus par tous les partis traditionnels — Fianna Fail, Fine Gael, les travaillistes, les Verts, les nationalistes du Sinn Fein — sans oublier les habituels experts et ce qu’on appelle le Conseil national des femmes (un organisme censé représenter les femmes). Le radiodiffuseur public, RTE, qui se trouve dans une position similaire à celle de la BBC après le vote sur le Brexit, est curieusement discret sur le résultat. Radio-Canada a adopté la même stratégie, un court reportage qui ne cite pas les chiffres du rejet massif irlandais et qui caricature le contenu de la Constitution irlandaise. 



Les électeurs avaient la possibilité, comme l’avait indiqué le quotidien de gauche britannique le Guardian, de « moderniser la constitution irlandaise » dans la lignée des référendums de 2015 et 2018 qui ont approuvé le mariage homosexuel et l’avortement et « souligné la transformation laïque et libérale de l’Irlande ». Les électeurs ont massivement dit non, mais merci quand même.

Les clauses en question, très caractéristiques de la constitution d’Eamon De Valera de 1937, et qualifiées de « dépassées » par le gouvernement, déclaraient que « l’État reconnaît la famille comme l’unité naturelle, primaire et fondamentale de la société et comme une institution morale possédant des droits inaliénables et imprescriptibles, antérieurs et supérieurs à tout droit positif » et que « l’État s’engage à veiller avec un soin particulier à l’institution du mariage, sur laquelle la famille est fondée, et à la protéger contre toute attaque ». Le gouvernement voulait modifier la partie concernant la famille en disant : « qu’elle soit fondée sur le mariage ou sur d’autres relations durables » et omettre la partie concernant le fait que la famille est fondée sur le mariage. On voit le sens de la démarche.


L’autre élément de l’article 41 que le gouvernement souhaitait modifier concernait la place des femmes au sein du foyer. La constitution de De Valera déclarait que, « en particulier, l’État reconnaît que, par sa vie au sein du foyer, la femme apporte à l’État un soutien sans lequel le bien commun ne peut être atteint » et que, « par conséquent, l’État s’efforcera d’assurer que les mères ne soient pas obligées, par nécessité économique, de s’engager dans le travail en négligeant leurs devoirs au sein du foyer ». Il n’est pas question ici d’obliger les femmes à rester à la maison, ce que prétendait Radio-Canada hier dans son reportage morose. Cet article n’a d’ailleurs jamais eu le moindre effet sur les femmes qui travaillent (dans les filatures hier ou les bureaux aujourd’hui), mais le gouvernement voulait une formule non genrée : « L’État reconnaît que les soins prodigués par les membres d’une famille les uns aux autres, en raison des liens qui les unissent, apportent à la société un soutien sans lequel le bien commun ne peut être atteint, et il s’efforcera de soutenir ces soins ». Une différence de taille.

 

Reportage de Radio-Canada qui parvient à ne pas donner les chiffres du rejet de ces deux amendements

Le gouvernement avait présenté le référendum pour la Journée internationale de la femme comme une occasion d’inscrire l’égalité et l’inclusion dans la constitution. Il est amusant de constater que de nombreuses femmes ont profité de l’occasion pour voter contre la suppression de la seule référence aux mères dans la constitution.

La victoire est d’autant plus frappante si l’on considère qui y était favorable et qui y était opposé. En fait, on gagnerait du temps à dire simplement qui était contre, car l’ensemble de l’établissement était en faveur du changement. En fait, l’opposition se résumait à un minuscule parti appelé Aontu, dirigé par Peadar Toibiner lequel avait quitté le Sinn Fein en raison de son opposition à l’avortement ; à un ancien ministre de la justice, Michael McDowell, avocat et professeur de droit, s’était particulièrement amusé à démonter la formulation « autres relations durables » censée être une alternative viable au mariage ; à quelques parlementaires indépendants ; et à une jolie avocate au tempérament bien trempé du nom de Maria Steen.

Sa confrontation avec le chef du parti Fianna Fail (en principe conservateur), Micheál Martin, lors de l’émission télévisée Prime Time, a été l’un des moments forts de la campagne. M. Martin, également vice-premier ministre irlandais, a tenté de la traiter avec condescendance en lui expliquant ce qu’est une famille moderne et a répété que la constitution était dépassée. Elle a affirmé, imperturbable, qu’« il est difficile de voir comment quelque chose qui reflète la réalité vécue par les femmes en Irlande aujourd’hui peut être décrit comme “dépassé” parce que la réalité est que la majorité des femmes font la majorité du travail à la maison ».  

En outre, Mme Steen ne voyait pas d’un mauvais œil le fait que le gouvernement veuille présenter ce référendum comme le combat d’une nouvelle Irlande opposée la vieille Irlande. Car son opposant représentait pour elle cette vieille Irlande. En effet, le vice-président Martin « fait de la politique depuis que j’étais à l’école primaire ».

Elle a ajouté que le vice-premier ministre n’avait « jamais rien fait » pour permettre aux mères de rester à la maison avec leurs enfants et qu’il avait participé à la mise en place par le gouvernement d’une fiscalité individualisée (et non plus sur la base du revenu d’un foyer), qui, selon elle, « a forcé de nombreuses mères à retourner sur le marché du travail et a rendu pratiquement impossible pour les parents d’élever leurs enfants avec un seul revenu ».

Mme Steen a déclaré qu’en tant que mère de deux filles, elle souhaitait conserver la formulation actuelle pour leur bien.  « Les mères versent leur sang. Nous traversons une sorte d’agonie exquise pour mettre nos enfants au monde, qu’aucun homme ne connaîtra jamais, et c’est une chose noble et honorable, qui mérite d’être reconnue avec gratitude dans notre Constitution ».

Avant le vote, l’institut Iona, socialement conservateur, a réalisé un sondage qui a montré que, si elles en avaient la possibilité et sans considération financière, près de 70 % des Irlandaises ayant des enfants de moins de 18 ans resteraient à la maison pour s’occuper d’eux. Mais cela ne se reflète pas vraiment dans les priorités politiques et financières des partis, en Irlande comme ailleurs en Occident.

Peadar Toibin a, à juste titre, qualifié le résultat de « référendum David contre Goliath ». « Nous nous sommes battus contre le système politique et tous les groupes et ONG subventionnés par le système politique ». Mais il a également souligné que « dans les régions ouvrières, dans les centres du Sinn-Fein et du Travaillisme, il y a eu un nombre important de votes négatifs. Il semble que les dirigeants de ces partis soient coupés de leurs partisans ». C’est un point intéressant. Car c’est précisément dans ces régions — en Irlande comme en Grande-Bretagne — où les gens sont les plus pauvres, où la proportion de familles monoparentales est la plus élevée, que les gens ont voté non de la manière la plus retentissante. Pourtant, Mary Lou McDonald, chef de file du Sinn-Fein dans la République, se plaint encore du langage sexiste concernant les femmes dans la Constitution.

Il existe un fossé évident entre la classe politique et journalistique et l’opinion publique (voir aussi la question de l’immigration). La campagne référendaire a été précédée par l’une de ces assemblées de citoyens. Celle-ci souhaitait des changements encore plus radicaux que ceux proposés lors du référendum. Cela illustre bien le fait qu’il est possible de manipuler ces organes pour obtenir le résultat que l’on souhaite, et pas nécessairement ce que pense réellement la nation. C’est une idée terrible, une occasion pour les politiciens de déléguer leur rôle à un organisme théoriquement indépendant qui n’est en fait pas représentatif de quelque manière que ce soit. 


Est-ce que les relations polygames seront une de ces « autres relations durables » selon la Constitution si l’amendement 39 devait passer, demande Maria Steen à Michael Martin du camp du Oui. 
 
Le débat au complet : 
Lors d’un échange houleux vers la fin de l’émission, Martin a prétendu que Steen avait fait campagne lors du référendum sur le divorce et a déclaré que son point de vue avait « suscité l’effroi à chaque fois ». Mme Steen a précisé qu’elle n’avait pas fait campagne lors du référendum sur le divorce (en 1995). Elle n’avait que 14 ans à l’époque… Peut-être le vice-premier ministre voulait-il parler du référendum sur l’avortement de 2018...?

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mardi 6 février 2024

« Écolos-déprimants, fossoyeurs de la politique familiale... ces autres responsables du déclin démographique »

L’idée selon laquelle l’accroissement de la population serait un danger pour la planète et le dénigrement de la famille traditionnelle ont contribué à la diminution du nombre de naissances, estime le président de Nouvelle Énergie, qui plaide ci-dessous en faveur d’une politique familiale forte. David Lisnard (ci-contre) est également maire de Cannes et président de l’Association des maires de France.

Face à l’ombre grandissante du déclin démographique, la France se trouve à un carrefour critique de son histoire, après avoir longtemps résisté à la tendance observée ailleurs en Europe d’une natalité en berne.

Depuis 2010, année lors de laquelle nous avons connu le plus grand nombre de naissances depuis quarante ans, le taux de fécondité par femme a en effet glissé inexorablement de 2,11 à 1,68 en 2023. Il était encore de 1,78 en 2022. Si cette pente devait se poursuivre, les conséquences pourraient être dramatiques, tant sur le plan socio-économique que sur le devenir même de notre nation.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2023, le nombre de naissances a atteint son plus bas niveau historique, passant pour la première fois sous la barre des 700 000, pour s’établir à 678 000. L’accroissement naturel a atteint son niveau le plus bas depuis l’après-guerre, avec un différentiel positif de 43 000 entre le nombre de naissances et le nombre de décès, soit une croissance démographique insignifiante de 0,3 %, égale à celle de 2022.


Le président de la République a évoqué ce phénomène lors de sa longue conférence de presse du 16 janvier dernier. C’est une bonne chose. Mais, comme trop souvent, la réduction du problème à une unique dimension — crise de la fécondité —, l’incantation — bien stérile, elle — et l’occultation des responsabilités des politiques menées depuis douze ans ne laissent rien augurer de concret et d’efficace.

Car ce très grave effondrement démographique peut être attribué à une convergence de facteurs, mais surtout à un état d’esprit décliniste et malthusien. Il résulte également d’une propension à dénigrer et remettre en question l’institution centrale de notre société qu’est la famille.

Nos ancêtres, ces derniers siècles, étaient bien plus exposés que nous le sommes à la pauvreté, aux problèmes du logement, aux épidémies et aux guerres. Ils faisaient pourtant de nombreux enfants. Et on le constate aujourd’hui dans les pays pauvres, voire très pauvres, où la natalité est proportionnelle à la misère.

Alors, d’où vient cette chute des naissances ? Elle est le résultat de la conjonction d’une crise existentielle occidentale, que l’on pourrait qualifier de spirituelle, et de la mise à mal de la politique de la famille et de la natalité qui faisait la singularité positive de la France, jusqu’à François Hollande et Emmanuel Macron.

Vue par certains comme archaïque, la cellule familiale traditionnelle a été mise à mal par le démembrement du Code civil napoléonien et par toute une série de réformes qui ont remis en cause les fondements de la politique familiale initiée dans les années 1930.

Parmi celles-ci, l’altération du principe d’universalité des allocations familiales décidée sous François Hollande constitue une erreur fondamentale.

Elle a concerné plusieurs millions de familles, en diminuant de moitié ces allocations pour les foyers parentaux qui disposent de revenus supérieurs à 6000 euros mensuels et les divisant par 4 quand ils excèdent 8000 euros par mois.

D’autres mesures, comme la baisse du quotient familial décidée en 2013 qui a pénalisé environ 800 000 foyers de la classe moyenne, ou bien la réforme en 2015 du congé parental, ont été aussi pénalisantes.

Qu’est-ce que le quotient familial ?

La notion de foyer fiscal est utilisée dans certains pays comme la France pour le calcul de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur la fortune immobilière. Il consiste à imposer non pas les individus isolément, mais les ménages qu’ils composent.

Son principe est le suivant : « à niveau de vie égal, taux d’imposition égal ». Il est en effet destiné, dans le cadre de l’impôt progressif, à assurer l’équité fiscale entre les contribuables célibataires et ceux qui sont chargés de famille.

En pratique, chaque ménage dispose d’un certain nombre de parts : par exemple, en France, 1 part par adulte et 1/2 par enfant pour les deux premiers enfants et 1 part entière à partir du 3e enfant ou par enfant handicapé. On divise ensuite le revenu imposable par le nombre de parts, puis l’impôt est calculé sur une seule part. La somme ainsi obtenue est ensuite multipliée par le nombre de parts du foyer afin d’aboutir au montant final que le ménage aura à payer.


En obligeant un fractionnement du congé parental entre la mère et le père — s’immisçant en cela dans l’intimité des arbitrages du couple —, la loi a entraîné une baisse drastique du nombre de congés parentaux pris par les mères, sans atteindre l’objectif d’un plus grand recours au congé parental par les pères (hausse de 1,1 point).

À ce titre, les conclusions du récent rapport de France Stratégie sont sans appel sur une réforme, une fois encore plus dogmatique que réaliste.

Voilà de quoi, en France, réfléchir à deux fois avant de se lancer dans le pourtant si beau projet de fonder une famille, voire une fratrie.

Plus insidieux, un autre facteur a émergé ces dernières années, qui considère l’accroissement de la population comme un danger pour la planète. Les partisans de cette perspective alarmiste, imprégnée de millénarisme, vont jusqu’à envisager désormais l’enfant comme une menace et non plus comme une chance pour l’avenir. La résonance d’un tel discours sur les jeunes générations n’est malheureusement pas négligeable surtout quand il provient de certains scientifiques qui proclament que pour la France, « un enfant de moins, c’est 40 tonnes de CO2 de gagnées ». Le sophisme de ces écolos-tyrans (et déprimants) est le suivant : pour éviter la mort, supprimons la vie. Imparable et absurde vérité. Ce renoncement à tendance totalitaire ne voit pas la vie comme une chance, mais comme un problème, et un enfant non pas comme une joie, mais comme un producteur de CO2. Cette pensée est non seulement sordide moralement, mais inopérante pour l’écologie dont les problèmes nécessitent avant tout, pour être réglés, du développement scientifique, de nouveaux modes décarbonés de production, de l’investissement massif, donc de la croissance !

Le risque qui pèse aujourd’hui sur nous n’est plus le baby-boom, mais le baby-bust. Toutes les études démontrent que le nombre de naissances sur la planète va passer d’environ 140 millions par an à 110 millions à la fin du siècle, essentiellement dans les pays développés.

Par ailleurs, il ne faut pas négliger une forme d’individualisme croissant au sein de la société qui explique qu’une partie de la population, en quête de réalisation personnelle, peut hésiter à assumer les responsabilités et les charges associées à la parentalité.

Toutes ces raisons doivent nous alerter pour éviter de suivre la voie de pays comme l’Italie, l’Espagne, le Japon [, le Québec] ou la Corée du Sud, touchés de plein fouet par un vieillissement démographique qui menace leur existence même. À plus court terme, cette proportion croissante de personnes âgées par rapport aux jeunes actifs signifie un moindre dynamisme économique, une régression de l’audace et de la prise de risque, ainsi que de moindres rentrées fiscales tandis que les dépenses liées aux soins de santé, aux retraites et à la dépendance ne cesseront d’augmenter. La place de la France recule encore et les comptes publics, déjà désastreux, continuent de se détériorer. Sans même parler de la menace existentielle sur notre mode de vie et notre organisation sociale.

Pour inverser cette tendance, certains voient la solution dans l’immigration. De fait, les chiffres sont éloquents : en vingt ans, le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont Français a diminué de 13,7 % quand le nombre de naissances d’enfants dont au moins un des deux parents est étranger a augmenté de 63 % et le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont étrangers a augmenté de 43 %. Or, avant d’aller chercher de la main-d’œuvre peu ou très peu qualifiée à l’étranger, il serait opportun de former nos jeunes dont près de deux millions de18 à 30 ans n’ont ni formation ni diplôme et aussi de lutter contre l’émigration qui prive notre pays de jeunes talents qui partent travailler et fonder une famille à l’étranger.

Pour éviter les conséquences profondes et durables sur l’économie et la société de la dégradation continue de la natalité, il convient, surtout, de renouer avec une grande politique de la famille. Alors que le désir d’enfants reste fort — en moyenne 2,39 enfants par couple selon les dernières enquêtes — il est du devoir des pouvoirs publics de lever les obstacles qui entravent la réalisation de ce souhait de fonder une famille.

À Nouvelle Énergie, nous proposons quatre mesures fortes.
  • D’abord, il faut commencer par rétablir le quotient familial, intégralement. 
  • Ensuite, les allocations familiales doivent être considérées comme une politique familiale et non sociale, donc échapper à toute condition de ressources. Lesdites allocations familiales ne doivent, en effet, pas être considérées comme un outil de correction des inégalités de revenus mais comme un outil en faveur de l’équilibre intergénérationnel qui relève du pacte fondateur de notre système de protection sociale.
  • Troisième mesure, l’effort devra porter exclusivement sur le deuxième et le troisième enfant. 
  • La question devra par ailleurs se poser du nombre d’années de présence sur le territoire national et du total de cotisations requis pour les étrangers qui pourront en être bénéficiaires. La polygamie devra être enfin réprimée de façon systématique et les conséquences de la « décohabitation » bien analysées, et traitées notamment dans le parc de logement social.
Parallèlement à ces quatre mesures, la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale doit constituer une politique publique prioritaire et transversale. Cette question reste un défi majeur pour de nombreux parents. De ce point de vue, le manque de solutions d’accueil et de garde du jeune enfant, estimé à 200 000 dans la convention d’objectifs et de gestion que viennent de signer entre la Caisse nationale des allocations familiales et le gouvernement, exerce une pression énorme sur les parents qui travaillent, les obligeant parfois à faire des choix difficiles entre leur carrière et leur rôle parental. Ce sous-équipement en crèches — tout comme en maternités de proximité — est à mettre en rapport avec l’échec patent de la réforme du congé parental abordé plus haut. Certes, une telle politique familiale réclame des moyens. Mais il s’agit là d’un investissement dans l’avenir de la France, dans la préservation de notre mode de vie et dans la garantie d’une nation dynamique et prospère.

Ouvrir la voie à une renaissance démographique est un devoir politique. Elle ne se fera pas avec des incantations mais avec des choix assumés par une politique de la famille et de la natalité, prioritaire, cohérente et massive. Il nous incombe de créer les conditions de l’espérance telle qu’elle apparaît dans chaque enfant qui vient au monde.

lundi 27 novembre 2023

École, famille, immigration : que restera-t-il de la France d’avant dans la France d’après ?

Évoquer la France d’hier pour comprendre celle de demain et ausculter notre présent : c’est la tâche à laquelle se sont attelés Jérôme Fourquet et Jean-Pierre Le Goff dans le cadre des Rencontres du Figaro. (vidéo réservée aux abonnés).

LE FIGARO. - Vous avez publié, Jean-Pierre le Goff, La France d’hier il y a cinq ans et cette année vous poursuivez cette plongée dans le passé avec Mes années folles (Robert Laffont). Aujourd’hui, que reste-t-il de la France d’hier ?

Jean-Pierre LE GOFF. – Pas grand-chose, répondrais-je spontanément. Mais encore faut-il s’entendre sur ce qu’on appelle la France d’hier et de quelle période historique au juste il est question. La France d’hier dont je parle est celle de la seconde moitié du XXe siècle, des années 1950 et 1960, en sachant qu’entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années 1960, il s’est produit une modernisation rapide du pays qui l’a profondément transformé.

Pour le dire de façon schématique, au lendemain de la guerre, la France reste encore un pays rural avec des traditions ancestrales, des valeurs de stabilité et de modération liées à la civilisation paysanne. Le christianisme continue d’imprégner la société et le catholicisme demeure la religion de la grande majorité des Français. Il existe également un mouvement ouvrier dynamique et structuré avec ses syndicats, ses associations d’entraide et d’éducation populaire, au sein duquel dominent le Parti communiste et la CGT. Au tournant des années 1950 et 1960, la France entre dans une nouvelle étape de la modernité marquée par le développement de la société de consommation, des loisirs et de ce qu’on appelle alors les « mass medias ».

La France d’hier, celle des années 1950-1960, c’est celle qui reste encore liée à une histoire ancestrale et qui, en même temps, se modernise rapidement pour aboutir à une nouvelle société qui va entraîner sur une échelle de masse des changements de mentalités et de comportements dans les domaines de la consommation, des loisirs et des mœurs. L’acquisition de nouveaux biens de consommation, la valorisation de la vie privée et des loisirs comme lieux de l’épanouissement participent d’un individualisme hédoniste qui se développe dès cette époque et commence à mettre en question la centralité du travail et la solidité des appartenances et des engagements collectifs. C’est précisément dans ce contexte de bouleversement rapide de la société française et de l’allongement de la scolarité que va se développer le «peuple adolescent» (expression que j’emprunte à Paul Yonnet). On ne comprend rien à mai 68 et à la révolution culturelle qui va suivre sans prendre en compte cette nouvelle situation historique dans l’ensemble de ses aspects. N’est-ce pas de cette France-là que nous avons hérité ?

Jérôme Fourquet , votre livre s’appelle La France d’après. Philippe de Villiers, en 2005, disait : «La France d’après, c’est la France d’après la France…»

dimanche 8 octobre 2023

France — 60 % des émeutiers mineurs ont été élevés par un seul parent, le plus souvent la mère

C’est un chiffre assez démonstratif des profils des individus ayant participé aux émeutes suite à la mort de Nahel. D’après la Chancellerie (l'administration centrale du ministère de la Justice), relayée par Le Parisien, un tiers des émeutiers étaient mineurs au moment des faits. 
 
Parmi les mineurs présentés à la justice, 60 % étaient issus d’une famille monoparentale. Quelques jours après les émeutes, l’exécutif avait émis l’idée de sanctionner financièrement les parents « dès la première connerie » de leur enfant, selon les mots d’Emmanuel Macron. Le chef de l’État avait appelé à une responsabilité accrue des parents. Le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, a indiqué sur FranceInfo qu’il ne pouvait y avoir de réponse générale et qu’il fallait apprécier chaque cas, indépendamment de l’autre. Selon le ministre de la Justice, il faut dissocier « les parents qui sont en mesure, et qui ne le font pas, et puis la maman débordée ».

1180 mineurs ont été identifiés comme auteurs d’infractions lors des émeutes


Le gouvernement veut sanctionner le laxisme des parents

Éric Dupond-Moretti avait aussi précisé qu’il souhaitait davantage de fermeté, mais également de l’humanité en ce qui concerne les émeutiers mineurs élevés par un seul parent, qui est d’ailleurs souvent la mère. Abordé depuis la fin des émeutes, le sujet de la responsabilité des parents est toujours au cœur des discussions du côté du gouvernement. L’idée est de « mieux accompagner, mieux responsabiliser et parfois mieux sanctionner » les parents d’enfants à l’origine de violences. L’objectif est de punir un certain laxisme de la part des parents. Mais des responsables politiques, tout comme les associations familiales, ne partagent pas vraiment ce point de vue, estimant que la société délaisse les familles.

lundi 15 mai 2023

La libération sexuelle croyait émanciper les femmes par la contraception, le salariat, l'avortement, mais échoua à éradiquer les tabous

Patrick Buisson remet en question la révolution sexuelle des années 60 et ses conséquences. Ancien directeur de Minute et de Valeurs actuelles, l'ancien conseiller politique dénonce les promesses non tenues d'une libération sexuelle qui croyait émanciper les femmes par la contraception, le salariat, l'avortement, mais qui aura échoué à éradiquer les tabous. Avec une analyse historique et culturelle approfondie, Patrick Buisson explique comment cette révolution aurait plutôt mené à l'effondrement de la famille et à la désagrégation sociale. Un ouvrage qui invite à réfléchir sur les conséquences de cette libération sexuelle aujourd'hui encore.


dimanche 19 décembre 2021

Canada, champion de l'augmentation du prix du logement depuis 2000, aussi un pays à très forte immigration...

 


Le graphique ci-dessus représente le rapport des prix des logements aux revenus standardisés. Il indique à quel point les logements étaient abordables pour les ménages sur la période de 2000 à 2020 : plus il est bas plus un logement ou une maison est abordable. On le calcule en prenant le prix des logements nominaux divisés par le revenu disponible nominal par tête. Les données du revenu disponible des ménages net sont utilisées.

On remarque qu’alors que le Canada était un des pays où le logement était le plus abordable en 2000 (80,2 en bas à gauche sur le graphique ci-dessus), ce même pays était le pays où le logement était devenu le moins abordable en 2020. En revanche, les pays où la population décroît depuis quelques années, comme l’Italie et le Japon, sont les pays où en 2020 le logement était le plus abordable.

Il est évident que le prix du logement dépend de plusieurs paramètres dont celui de l’offre, à savoir construit-on assez de logements ? 

Mais l’augmentation de la demande joue, bien évidemment, aussi un rôle. Cette demande augmente pour plusieurs raisons : la plus évidente est l’augmentation de la population. Notons cependant le fait que la désintégration de la famille en Occident a également un effet : les gens se marient moins, divorcent plus et vivent plus souvent seuls. La croissance la plus rapide des gens vivant seuls a été constatée au sein des adultes de 35 à 64 ans, où la proportion de Canadiens vivant seuls est passée de 8 % à 13 % entre 1981 et 2016.

Mais considérons ici l’augmentation de la population. Aucun de pays énumérés ci-dessus n’atteint le taux de natalité de remplacement (2,1 enfants/femme). Leur population n’augmente plus qu’à cause de l’immigration. 

Or de nombreux pays à forte immigration sont parmi ceux où le logement est devenu le moins abordable.

Voici le taux de migration nette en 2020 pour les mêmes pays. Ce chiffre correspondant à la différence entre le nombre de personnes entrant dans un pays et quittant un pays au cours de l’année pour 1 000 personnes (sur la base de la population au milieu de l’année) :

Taux de migration nette pour 1000 habitants en 2020
Pays
Taux
Allemagne   2
Australie   8
Belgique   5
Canada   6
États-Unis   3
France   1
Italie   3
Japon   0
Royaume-Uni   2

Et voici l’augmentation de la population de ces pays entre 2000 et 2021 :

         
Pays Pop. en 2000   Pop en 2021
(est)
  Augmentation
Allemagne 82 000 000 83 129 285 1,38 %
Australie 20 000 000 25 917 345 29,59 %
Belgique 10 495 000 11 601 753 10,55 %
Canada 31 689 000 38 514 333 21,54 %
États-Unis 281 421 923 332 903 852 18,29 %
France 58 921 000 67 505 000 14,57 %
Italie 57 620 000 59 097 904 2,56 %
Japon 127 000 000 125 070 000 -1,52 %
Royaume-Uni 58 459 000 67 081 234 14,75 %

 

Source : OCDE, CIA

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lundi 31 mai 2021

La Chine va autoriser les familles à avoir trois enfants


La Chine a décidé d’abroger la limite de deux enfants par couple et d’autoriser les familles à avoir jusqu’à trois enfants, en réponse au vieillissement de sa population, a annoncé lundi l’agence Chine nouvelle.

Cette décision survient quelques semaines après la publication des résultats du dernier recensement décennal, qui ont révélé une forte baisse du taux de natalité dans le pays le plus peuplé du monde.

« En réponse au vieillissement de la population […], un couple est autorisé à avoir trois enfants », a rapporté l’agence de presse officielle, citant les conclusions d’une réunion du bureau politique du Parti communiste dirigée par le président Xi Jinping.

Début mai, les résultats du recensement réalisé en 2020 ont révélé un vieillissement plus rapide que prévu de la population chinoise.

L’année dernière, marquée par l’épidémie de COVID-19, le nombre des naissances est tombé à 12 millions, contre 14,65 millions en 2019. Cette année-là, le taux de natalité (10,48 naissances pour 1000 habitants) était déjà au plus bas depuis la fondation de la Chine communiste en 1949.

Après plus de trois décennies de « politique de l’enfant unique », la Chine a assoupli ses règles en 2016, autorisant tous les Chinois à avoir un deuxième enfant. Mais sans parvenir à faire repartir la natalité.

Le taux de natalité de 2020 a également sonné l’alarme. Les mères chinoises ont eu environ 12 millions de bébés en 2020, soit une baisse de plus de deux millions de naissances depuis 2019 et plus de cinq millions de naissances depuis 2016, l’année où Xi a inversé la politique de l’enfant unique.

« Si aucune politique d’intervention énergique n’est introduite, le taux de fécondité de la Chine pourrait devenir le plus bas du monde », a averti le Global Times à la mi-mai.

Le taux de natalité en Chine est actuellement d’environ 1,3 naissance par mère ; La « fertilité de remplacement », c’est-à-dire le nombre d’enfants que chaque femme dans un pays devrait avoir pour assurer le renouvellement de la population, est de 2,1.

Les experts occidentaux en démographie ont contesté les statistiques officielles des naissances du Parti communiste chinois.

« Mes estimations montrent que la taille actuelle de la population chinoise devrait être de 1279 milliards à la fin de 2019, soit 121 millions de moins que les 1,4 milliard officiellement déclarés », a déclaré Yi Fuxian, universitaire de l’Université du Wisconsin-Madison, dans une interview en janvier. « Le nombre réel de naissances en Chine l’année dernière devrait être d’environ 10 millions au lieu de 14,65 millions, comme le rapporte le Bureau national des statistiques. »

Un autre expert, Liang Jianzhang, a déclaré à l’époque que la Chine devrait s’attendre à une baisse de plus de 30 % du nombre de femmes en âge de procréer au cours de la prochaine décennie, ce qui dévasterait son taux de natalité indépendamment des limites artificielles du gouvernement sur la taille des familles.

Les raisons de la baisse de la natalité sont multiples : recul du nombre des mariages, hausse du coût des logements et de l’éducation, fertilité plus tardive pour les femmes qui privilégient davantage leur carrière.

Selon le South China Morning Post, un sondage effectué en mars a révélé que 67 % des millénariaux citaient « l’incapacité de trouver une aide domestique » comme principale raison pour laquelle ils n’auraient pas de deuxième enfant. Parmi les autres préoccupations majeures figurent la « pression financière » et le manque de soutien pour les femmes. 

 

À l’autre bout de la pyramide des âges, la Chine comptait l’an dernier plus de 264 millions de personnes âgées de 60 ans et plus, soit quatre fois la population totale de la France.

Cette classe d’âge constitue désormais 18,7 % du total, soit une hausse de 5,44 points de pourcentage par rapport au recensement de 2010. À l’inverse, la population d’âge actif (15 à 59 ans) ne représente plus que 63,35 % du total, en repli de 6,79 points sur 10 ans.

En mars, le Parlement a voté un projet de relèvement progressif de l’âge de départ à la retraite au cours des cinq prochaines années, au grand dam d’une bonne partie de l’opinion publique.

Sources : AFP, South China Morning Post

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samedi 29 mai 2021

Russie — aides aux familles, baisses des avortements, naissances en hausse en mars 2021

Démographie de la Russie pour le premier trimestre 2021

Le premier trimestre 2021 a vu 336 691 naissances contre 338 268 naissances pendant le premier trimestre 2020, soit une diminution de 0,4 % et 1 307 naissances. Statistiquement, on peut dire que la natalité n’a pas diminué pendant le premier trimestre de 2021 par rapport au premier trimestre de 2020. 

Les mariages sont eux en hausse de 3 % et les divorces en hausse de 0,7 %.

Quant à mars 2021, il a vu 128 217 naissances contre 111 021 naissances en mars 2020 soit une hausse de 15,5 % pour 17 196 naissances supplémentaires.

La mortalité infantile au plus bas en Russie

En Russie, la mortalité infantile a atteint un niveau historiquement bas en 2020, s’élevant à 4,5 ‰ selon le ministre russe de la Santé Mikhaïl Mourachko le 16 mars 2021 lors d’une réunion élargie du Comité de la Douma d’État sur la protection de la santé.

Ce taux de mortalité infantile est le plus bas de toute l’histoire non seulement de la Fédération de Russie, mais aussi de l’URSS.

En 2019 la mortalité infantile en Russie était de 5,3 ‰. Ce taux de 4,5 ‰ est celui de la France de 2019 ce qui veut dire qu’un enfant qui nait en Russie en 2020 n’a pas plus de chances de mourir qu’un enfant qui naît en France en 2019.

À noter qu’en 2019 la mortalité infantile était de 5,8 ‰ en Slovaquie, 6,5 ‰ aux États-Unis ou encore 8,4 ‰ en Ukraine.

Avortement en forte baisse depuis

La Russie a construit des centres de soutien médical et social pour les femmes enceintes en situation de vie difficile. À titre d’exemple en 2020, malgré la pandémie, plus de 230 000 femmes ont été consultées dans ces centres et près de 50 000, soit 22 %, ont finalement décidé de ne pas avorter. La politique russe est de venir en aides aux femmes enceinte, de décourager ainsi les avortements sans les interdire.

Selon Tatiana Golikova la vice-première ministre, le nombre d’avortements aurait diminué de 39 % entre 2015 et 2020 ce qui voudrait dire que 2020 devrait voir autour de 510 000 avortements.

Il faut cependant pondérer ce chiffre par la baisse du nombre de femmes en âge de procréer et donc d’avorter.

Nouvelles aides sociales en Russie

À la suite des propositions du président russe Vladimir Poutine, exprimées dans son message à l’Assemblée fédérale d’avril dernier, voici la liste des mesures principales annoncées pour soutenir les familles avec enfants et les femmes enceintes :

  • à partir du 1er septembre, les arrêts maladie pour s’occuper d’un enfant de moins de 8 ans sont remboursés à hauteur de 100 % du salaire moyen ;
  • à partir du 1er juillet, les foyers monoparentaux avec des enfants de 8 à 17 ans se verront attribuer des paiements mensuels de 50 % équivalant à la moitié du minimum de subsistance de l’enfant dans la région (en moyenne en Russie, il est de 5,6 mille roubles) ;
  • à partir du 1er juillet, les femmes enregistrées avec une grossesse jusqu’à 12 semaines se verront attribuer une allocation de 50 % du niveau de subsistance ; à partir du 1er août et avant le 31 août, un paiement unique de 10 000 roubles pour chaque élève qui va à l’école, de 8 à 16 ans ;
  • Une allocation mensuelle pour les femmes enceintes qui se trouvent dans une situation de vie difficile soit au sein d’une famille avec un revenu familial moyen par habitant inférieur au niveau de subsistance ;
  • Le montant de l’allocation sera égal à la moitié du niveau de subsistance dans la région de résidence d’une femme enceinte qui est en moyenne en Fédération de Russie de 6 350 roubles et sera payé jusqu’au jour de la naissance.

Source : Journal d’un Frussien


vendredi 5 mars 2021

Implosion démographique : y remédier en renouant avec des valeurs qui privilégient descendance et transmission

L’épidémie de covid-19 a accentué la chute de la natalité dans de nombreux pays occidentaux. Pour le docteur en géographie Laurent Chalard, dans les colonnes du Figaro, le meilleur moyen d’y remédier, est de retrouver un système de valeurs qui considère la descendance comme un objectif de transmission d’un héritage et non plus comme une charge matérielle.

Sur le plan économique, la chute des naissances obère les perspectives de main-d’œuvre disponible à terme, contribuant à un recours systématique à l’immigration pour compenser les générations qui ne sont pas nées, et elle exerce des tensions sur le financement des retraites du fait d’une dégradation continue du rapport entre le nombre d’actifs cotisants et d’inactifs percevant des pensions, à l’origine de politiques impopulaires d’allongement de l’âge de départ à la retraite.

Sur le plan géopolitique, élément moins mis en avant auprès du grand public, mais sérieusement pris en compte au sein des cercles de pouvoir dans le cadre de leur représentation du monde et de ses rapports de force, la dénatalité entraîne un recul de la part de l’Occident dans la population mondiale, susceptible de se traduire sur le plan politique, même s’il n’existe pas un déterminisme absolu, comme le montre le cas d’Israël, à la puissance incontestable malgré son nanisme démographique.

La France n’échappe pas à la règle générale, connaissant une dénatalité depuis la fin des Trente Glorieuses et le passage de l’indice de fécondité sous le seuil de remplacement des générations (2,1 enfants par femme) en 1975, qui n’a jamais été atteint depuis, mais elle se singularisait, jusqu’à très récemment, parmi les pays développés par une situation beaucoup moins dégradée qu’ailleurs.

La France n’a plus l’assurance de voir ses besoins futurs en main-d’œuvre couverts alors que son poids géopolitique dans le monde pourrait continuer de se réduire.

En effet, au cours des années 2000, la remontée régulière de la natalité avait permis à la France de voir s’éloigner le spectre du déclin démographique, lui assurant une croissance certaine de sa population dans un contexte d’excédent migratoire. En conséquence, à l’exception de certaines niches de métiers, il ne se posait guère d’interrogations concernant la couverture des besoins en main-d’œuvre dans les prochaines décennies, contrairement à nos voisins européens, comme l’Allemagne ou l’Italie, où la question était sensible.

Or, depuis une dizaine d’années, le nombre de naissances est reparti à la baisse dans l’hexagone, ce qui sous-entend que le « baby -krach » lié à la Covid-19 arrive au plus mauvais moment puisque la natalité était déjà à son plus faible niveau depuis 1945. Il s’ensuit que la France risque de subir, au moins temporairement, un phénomène de classes d’âge creuses, sa croissance démographique se rapprochant de zéro, et n’a désormais plus l’assurance de voir ses besoins futurs en main-d’œuvre couverts alors que son poids géopolitique dans le monde pourrait continuer de se réduire.

Face à cette situation, qui ne peut guère être considérée comme positive, au moins sur le plan économique, la puissance à l’international n’étant pas forcément une fin en soi, il conviendrait de trouver des moyens pour tenter de redresser la fécondité hexagonale, en gardant en tête qu’il n’existe aucune solution miracle, le seul État développé ayant vu sa fécondité rebondir étant Israël grâce, entre autres, à la surfécondité des populations religieuses ultra-orthodoxes dans un contexte spécifique de « guerre démographique » avec les Palestiniens, non reproductible ailleurs [N’y a-t-il pas une sorte de guerre, ou du moins de rivalité démographique au Québec alors que les Canadiens français vont y devenir minoritaires dans les prochaines décennies ?].

À l’heure actuelle, les politiques privilégiées en Europe pour stimuler la natalité relèvent essentiellement d’aides à l’accompagnement de la maternité et de la petite enfance, c’est-à-dire de soutiens financiers directs ou indirects pour les familles ayant plusieurs enfants et/ou la mise en place de structures d’accueil permettant aux mères de continuer de travailler tout en élevant leur progéniture.

Ces mesures apparaissent, au premier abord, comme relativement efficaces, dans le sens que les pays avec les politiques familiales les plus incitatives (comme la France ou la Suède) affichent, en règle générale, des indices de fécondité plus élevés que ceux où ces politiques sont inexistantes ou peu développées.

Le gouvernement français se devrait donc de réfléchir à l’adoption de nouvelles dispositions dans le domaine, à travers, entre autres, l’instauration d’une prime territorialisée à la natalité pour les intercommunalités présentant un déficit naturel considérable, comme, par exemple, la Communauté d’Agglomération Montluçon Communauté, où les 539 enfants nés en 2017 ne permettent pas de contrebalancer les 775 décès qui ont eu lieu la même année.

Le modèle consumériste conduit indirectement à la sous-fécondité, l’enfant étant jugé comme un produit de consommation au coût particulièrement élevé.

Cependant, si leur utilité s’avère indiscutable, il n’en demeure pas moins que les politiques familiales demeurent insuffisantes par rapport à l’objectif, une fécondité proche du seuil de remplacement des générations dans la durée.

[Pour le Québec, ajoutons que les mesures comme les CPE visent peut-être davantage à  assurer le travail des femmes qu’une hausse de la natalité. On a ainsi exclu la possibilité d’accorder une allocation pour la garde à tous les parents qu’ils pourraient utiliser selon leur bon vouloir (conserver l’argent et garder eux-mêmes leurs enfants ou l’utiliser pour les faire garder par des tiers) parce que cela pouvait encourager les femmes à rester à la maison ce qui déplaisait souverainement aux féministes. En 1982, Claire Bonenfant, présidente du Conseil de la femme lors d’un gouvernement péquiste précédent, avait ainsi demandé, au sujet d’une politique aux timides conséquences natalistes : « Cette politique sera-t-elle une politique nataliste déguisée cherchant à nous retourner aux berceaux et aux fourneaux ou bien se présente-t-elle comme une politique de justice sociale ? » Politique nataliste étant un terme péjoratif pour cette dame.]

Cette situation qui peut paraître désespérante s’explique simplement par le fait que les politiques familiales menées depuis plus de quarante ans ne s’attaquent pas à la racine première de la sous-fécondité des populations des régions riches : la perception de l’enfant comme étant une charge financière et/ou matérielle et non comme le moyen de la transmission d’une culture héritée des générations qui nous ont précédés afin qu’elle se perpétue dans le futur.

En conséquence, dans l’optique d’espérer une remontée importante de la fécondité, il faudrait changer totalement les mentalités et le mode de fonctionnement de nos sociétés. D’une certaine manière, le modèle capitaliste consumériste et hyperindividualiste, dominant à notre époque, conduit indirectement à la sous-fécondité, l’enfant étant jugé comme un produit de consommation parmi d’autres au coût particulièrement élevé.

Tant que nous ne proposerons pas un schéma de valeurs dans lequel assurer sa descendance constitue un objectif primordial des individus primant sur les aspects matérialistes, on pourra imaginer toutes les politiques familiales possibles et imaginables, elles ne permettront pas de résoudre le problème.

[Nous pensons que cette priorité et ce changement de valeurs devraient aussi s’appliquer à l’État et à sa politique : valoriser la famille à l’école, dans la production culturelle, aider la natalité de toutes les classes sociales et pas uniquement les moins riches. L’allocation familiale, notamment, devrait être indépendante du revenu familial. Il faudrait ajouter une prime territorialisée de naissance pour les zones à faible natalité et à faible immigration.]

Voir aussi 

Le Québec prend un coup de vieux, aucune mesure d’aide à la naissance malgré un désir d’enfants ?   

Les familles occidentales veulent en moyenne, cela varie d’un pays à l’autre, un peu moins d’un enfant de plus qu’elles n’auront. On parle en termes techniques de « déficit important entre descendance idéale déclarée et descendance réelle ». C’est ainsi que les Françaises ont moins d’enfants que ce qu’elles souhaiteraient idéalement et ça fait plusieurs décennies que ça dure. À l’heure actuelle, si elles avaient le nombre d’enfants qu’elles disent vouloir idéalement, l’indice conjoncturel de fécondité serait de ~2,4 enfants par femme au lieu de ~1,9 enfant par femme. Voir https://ifstudies.org/blog/the-global-fertility-gap. Une des raisons de cet écart entre le nombre idéal d’enfants voulu et le nombre obtenu : le coût lié à l’accueil d’un enfant supplémentaire. 

Les Canadiens français deviendraient minoritaires au Québec en 2042 (étude)

Les francophones bientôt minoritaires à Montréal, légère baisse des francophones dans l'ensemble du Québec  

Deux fois plus de dépressions chez les femmes qu'il y a 40 ans. Rançon de la « libération » de la femme ? (Peu de Hollandaises travaillent à plein temps, elles se disent très heureuses)

Épidémie de détresse chez les enfants en CPE et chez les enfants de familles nanties

Les CPE ont échoué sur le plan pédagogique... comportemental et démographique

Lien avéré entre les femmes qui travaillent hors du foyer et l’obésité de leurs enfants

Étude — Le divorce affecte grandement la santé mentale des enfants.