jeudi 6 août 2026

Comment l'inflation des diplômes est devenue un problème économique… et politique

Pendant des décennies, un principe a guidé les politiques éducatives de la plupart des pays développés : plus une société compte de diplômés universitaires, plus elle sera prospère. L'idée semblait aller de soi. 

Les statistiques montraient que les titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur gagnaient davantage que les autres, connaissaient moins souvent le chômage et contribuaient davantage à la croissance économique. Dès lors, il suffisait d'élargir l'accès à l'université pour élever le niveau de vie de toute la population.

Cette logique n'était pas absurde. Elle a accompagné l'essor des économies fondées sur la connaissance et contribué à démocratiser des études autrefois réservées à une minorité. Mais une hypothèse implicite s'est progressivement imposée : si un peu d'université est bénéfique, davantage d'université le sera nécessairement.

Or cette hypothèse est aujourd'hui remise en question par des travaux provenant de domaines très différents. Des économistes observent un affaiblissement du rendement de certains diplômes ; des politologues constatent que les diplômés les plus qualifiés mais les moins favorisés constituent désormais le noyau électoral de la gauche américaine ; l'historien Peter Turchin voit dans cette évolution l'un des moteurs récurrents des crises politiques ; enfin, la Chine elle-même cherche désormais à réorienter une partie de sa jeunesse vers les formations techniques. Ces analyses ne disent pas exactement la même chose. Ensemble, elles dessinent toutefois un tableau étonnamment cohérent.