Affichage des articles dont le libellé est dictée. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est dictée. Afficher tous les articles

mardi 15 septembre 2026

Zemmour — L'école face aux défis de l'IA

Plus l’intelligence artificielle répondra, plus il faudra savoir lui poser les bonnes questions.

Plus elle écrira, plus il faudra savoir lire.

La révolution la plus radicale de notre siècle nous ramène à la culture la plus ancestrale de notre civilisation.

Grammaire, calcul mental, latin, grec, histoire de France, géométrie, logique : rétablissons l'exigence.


mercredi 27 novembre 2024

Kebab, « barber shop », « fast-food », déclin de la vigne, augmentation des fautes d'orthographe... : voyage dans la France hors sol

[...]

En agronomie, on appelle culture hydroponique le fait de faire pousser des fruits ou des légumes en dehors des champs, dans des serres, sur un substrat inerte (terreau, billes d’argile, laine de roche, fibres de coco…) parcouru par des solutions liquides enrichies en nutriments.

[...]

On peut avoir régulièrement l’impression que la France contemporaine fonctionne sur ce modèle. La roche mère a été arasée, de nouvelles couches se sont déposées, et ce qui pousse maintenant dans de nombreux endroits est hors-sol, sans les racines qui ont longtemps nourri notre culture. C’est une France générique où tout semble interchangeable, uniformisé, sans ancrage profond. Dans de nombreux territoires, cette réalité hydroponique est devenue la norme et marque les paysages comme les modes de vie.

Dans la nuit du 31 octobre dernier, deux fusillades ont eu lieu, l’une à Poitiers et l’autre à Saint-Péray, dans l’agglomération de Valence, événements au cours desquels deux jeunes ont trouvé la mort et plusieurs autres ont été blessés.

[...]  Certes, la roche mère subsiste encore à la façon d’un vieux relief érodé. Les fusillades se sont déroulées dans le quartier des Couronneries à Poitiers et dans la commune ardéchoise de Saint-péray, toponymes se rattachant au référentiel de la France traditionnelle. Mais si le substrat historique affleure encore, on note également les indices du dépôt d’une couche culturelle yankee, résultat de l’américanisation désormais assez ancienne du pays. À Poitiers, le plus haut et le plus emblématique bâtiment du quartier d’habitat collectif des Couronneries, sorti de terre à la fin des années 1960, porte le nom de tour Kennedy. La discothèque de Saint-Péray devant laquelle la fusillade s’est produite s’appelle The Seven.

[...] À Poitiers, dans le cadre d’un vaste programme de rénovation urbaine, la vieille tour Kennedy est en voie de démantèlement et le foyer de jeunes travailleurs qui s’y trouvait sera relogé dans une nouvelle résidence s’intitulant Barankaï K2, le terme « barankaï » signifiant « communauté » en philippin (nous sommes loin du vieux patois poitevin), «K2» faisant référence au nom de l’ancien immeuble, comme un «Kennedy 2». À Saint-Péray également, la couche culturelle d’inspiration technocratique est présente dans la toponymie, puisque la discothèque est implantée au cœur d’une vaste zone commerciale portant le nom de « zone Pôle 2000 », la référence moderniste à l’an 2000 ayant été très en vogue parmi les aménageurs dans les années 1980 et 1990. Cette zone commerciale regroupant de multiples enseignes et desservie par plusieurs ronds-points est par ailleurs typique des paysages de la France hydroponique.

Parallèlement à la multiplication des zones commerciales, la topographie de la France hydroponique se caractérise également par l’émergence de commerces communautaires ou en lien avec la présence d’une population issue des immigrations. À Poitiers, l’auteur de la fusillade a fait feu sur la terrasse d’un kebab. Ce type d’établissement, comme les bars à chicha, est régulièrement le théâtre de règlements de comptes entre bandes rivales. En juin 2020, de violents affrontements avaient opposé des Tchétchènes et des Maghrébins dans le quartier des Grésilles à Dijon, à la suite d’une altercation dans un bar à chicha, le Black Pearl, le nom de l’établissement étant puisé soit dans la pop culture hollywoodienne en référence au nom du navire de Jack Sparrow (alias Johnny Depp) dans le film Pirates des Caraïbes, soit dans l’une des plus célèbres séries télévisées turques, intitulée Black Pearl. En juin 2024 à Saumur, le jeune Bilal était tué dans le cadre d’un règlement de comptes à la terrasse d’un kebab. Quelques mois plus tard, en septembre dernier, c’est à Cagnes-sur-Mer qu’un autre kebab essuyait des tirs faisant deux blessés graves. On notera qu’historiquement, les règlements de comptes entre malfrats se déroulaient dans les bars et les bistrots (par exemple, la fusillade du Bar du Téléphone dans le nord de Marseille en 1979). Dans les quartiers marqués par un référentiel hydroponisé, délinquants et trafiquants s’affrontent désormais préférentiellement dans des kebabs ou des bars à chicha.

Selon les lieux, le dépôt, sur la couche yankee, d’une couche culturelle qu’on qualifiera d’« orientale » est plus ou moins épais et visible. Dans de nombreux territoires, les kebabs, bars à chicha, barber shops [anathème de dire barbiers] ou établissements halals s’intègrent dans le tissu commercial traditionnel ou américanisé. Dans certains quartiers, ils sont omniprésents et constituent la quasi-totalité de l’offre commerciale, comme l’écrivait en octobre 2024 le député LFI de Vénissieux, Idir Boumertit, à propos de la reprise par l’enseigne halal Triangle du supermarché Casino de sa ville, qui, si «elle permet de conserver une offre commerciale de moyenne surface sur le plateau des Minguettes et de maintenir les postes des salariés », impliquerait également « des ajustements dans l’offre de produits, et notamment la suppression des boissons alcoolisées et du porc. (…) Ce changement soulève des questions légitimes sur la capacité de l’offre commerciale à répondre aux besoins variés de l’ensemble des habitants », poursuivait-il, estimant qu’« il est important que la population multiculturelle de Vénissieux puisse accéder à une diversité de produits ». D’après le député, l’arrivée de Triangle pourrait également menacer l’équilibre économique des « petits commerces indépendants du plateau des Minguettes qui proposent une offre similaire ».

Dans le quartier des Couronneries à Poitiers, la place de Coimbra où se situe le kebab (halal) qui fut le lieu du drame, présente, elle, une diversité de commerces et de services (boulangerie, boucherie, restaurant Pac Miam, bureau de poste…). Ce restaurant s’appelle L’Otentik. Une rapide recherche sur internet montre que ce nom - ou sa variante L’Otantik - est également celui d’autres restaurants kebabs ou snacks à Niort, Brest, Saint-Martin de Crau, Saint-Priest, Bondy, Clermont-Ferrand ou bien encore à Uckange. Le choix de ce nom pour un restaurant de kebab renvoie sans doute au terme «otantik», traduction turque du terme français « authentique ». Mais cette variante orthographique n’est pas sans rappeler l’essor dans toute une partie de la population, via la pratique des textos et les réseaux sociaux, d’une nouvelle syntaxe basée sur une phonétique des plus rudimentaires. Ce sabir, très éloigné de l’orthographe officielle, constitue sur le plan linguistique une des manifestations de cette culture hydroponique en cours de métabolisation.

Si la consommation régulière de vin se maintient quelque peu dans les tranches d’âge les plus âgées, les jeunes générations sont nettement moins consommatrices. Dans la jeunesse populaire, on est passé en deux générations du pinard au pétard.

Plusieurs études statistiques ont objectivé la baisse significative de la maîtrise du français parmi les élèves. D’après les données du ministère de l’Éducation nationale, la proportion d’élèves de CM2 faisant 15 fautes ou plus à la même dictée de 67 mots a littéralement explosé depuis la fin des années 1980. Alors qu’en 1987 seul un tiers des élèves effectuaient 15 fautes ou plus, ce très faible niveau de maîtrise de l’orthographe est devenu quasiment généralisé en 2021 (90% des élèves se trouvant dans cette situation).

Ce constat est partagé par de nombreux enseignants, comme cette professeur dans un collège privé de Pau ayant commencé à enseigner en 1992 : « Ce que je faisais il y a vingt ans pour un niveau de sixième ou de cinquième serait compliqué à faire aujourd’hui dans les mêmes classes. » Ces lacunes, observées initialement chez les enfants et les adolescents, se retrouvent dorénavant mécaniquement, au gré de l’avancée en âge des cohortes générationnelles, progressivement dans l’ensemble de la société. Le vocabulaire employé est moins fourni et la langue, relâchée. Des études l’ont mesuré, mais on le constate empiriquement quand on compare par exemple des micros-trottoirs réalisés auprès de Français ordinaires dans les années 1960 et ceux tournés aujourd’hui.

Norbert Elias insistait sur l’importance de l’écrit dans les processus de civilisation. On peut dès lors se demander si l’écriture numérique a les mêmes vertus civilisatrices que l’écriture manuscrite sur papier. L’écriture cursive participe en effet de la structuration de la pensée et l’apprentissage de l’écriture passe par l’inculcation de règles formelles qui sont beaucoup moins respectées avec l’écriture numérique, sans même parler des textos ou des commentaires sur les réseaux sociaux.

samedi 23 novembre 2024

« Les enseignants eux-mêmes ne maîtrisent pas la grammaire et l'orthographe », pointe cette enseignante

«Les enseignants eux-mêmes ne maîtrisent pas la grammaire et l'orthographe», a pointé ce samedi sur CNEWS Lisa Ken-Hirsig. La professeure des écoles à Paris a évoqué la hausse des fautes dans les dictées d'élèves de CM2 (10 à 11 ans).

mardi 19 septembre 2023

France — Vers la fin des textes à trous ?

Dans une tribune parue dans Le Monde vendredi 15 septembre, Gabriel Attal répond à plusieurs artistes et intellectuels qui l’ont interpellé sur la thématique de l’écrit, « M. Gabriel Attal, redonnez à l’écrit, dès l’école primaire, ses lettres de noblesse ». Le Ministre profite de l’exercice pour exposer sa vision de la place de l’écrit à l’École. Fin des textes à trous et grand retour des dictées et production d’écrits (comme si elles avaient disparu…).

« Au croisement de tous les arts, nourrie de la sensibilité de chacun, l’écriture doit être le support de la créativité des élèves, afin qu’ils puissent « écrire comme personne » avec « les mots de tout le monde » , pour paraphraser Colette » écrit Gabriel Attal dans une tribune publiée au Monde vendredi 15 septembre. « Les savoirs fondamentaux, et singulièrement la lecture et l’écriture, sont ceux qui rendent possibles tous les autres ».

C’est un choc des savoirs qu’appelle de ses vœux le Ministre, comme il l’a à maintes reprises évoqué. Pour ce faire, il déploie plusieurs actions. La dictée, « exercice indispensable », doit être « utilisée autant que nécessaire, et ce, dès le primaire ». La production de textes libres – au moins une fois par semaine en CM2 – sera imposée dès cette année. C’est aussi la fin des textes à trous « pour aller au bout de ce qu’est l’écriture » a-t-il déclaré lors d’une visite de l’école Jean-Jacques Sevin de Tremblay-les-Villages en Eure et Loir. « Les textes à trous allègent le niveau d’exigence qui doit être le nôtre ». Une mesure effective dès cette rentrée. Adieu la liberté pédagogique des enseignants.

Un concours d’écriture

Gabriel Attal souhaite aussi créer un double grand concours national d’écriture au sein de l’éducation nationale. « L’un sera ouvert aux élèves, se tiendra à la fin du primaire et à la fin du collège, et permettra de mettre en valeur les plus belles productions » écrit-il dans les colonnes du Monde. « L’autre concernera les enseignants, dont le talent, la créativité méritent d’être mieux reconnus et partagés. Des artistes pourraient prendre part à cette aventure au service de l’écrit, pour développer les capacités, l’imaginaire et la sensibilité de tous, et leur donner confiance ». Pour ce grand concours à destination des élèves, le Ministre compte sur les artistes qui l’ont interpellé pour accompagner cette initiative déclare-t-il.



jeudi 8 décembre 2022

Les performances en orthographe des élèves de CM2 (10/11 ans) continuent à baisser

Selon une enquête du ministère de l’Éducation nationale, le nombre moyen d’erreurs sur une même dictée a presque doublé en 34 ans.

Les performances en orthographe des élèves de fin d’école élémentaire sont toujours en baisse en 2021, mais de façon moins marquée qu’en 2015, selon une étude publiée mardi par le ministère de l’Éducation.

Selon cette enquête sur l’orthographe, menée à quatre reprises depuis 1987 avec la même dictée pour des élèves de CM2 (élèves de 10 ou 11 ans en moyenne), le nombre moyen d’erreurs a augmenté régulièrement, passant en 34 ans de 10,7 erreurs à 19,4, indique l’agence des statistiques du ministère de l’Éducation (Depp).

Le soir tombait. Papa et maman, inquiets, se demandaient pourquoi leurs quatre garçons n’étaient pas rentrés. — Les gamins se sont certainement perdus, dit maman. S’ils n’ont pas encore retrouvé leur chemin, nous les verrons arriver très fatigués à la maison. — Pourquoi ne pas téléphoner à Martine ? Elle les a peut-être vus ! Aussitôt dit, aussitôt fait ! À ce moment, le chien se mit à aboyer.

(dictée utilisée lors de cette étude)

Entre 1987 et 2007, le nombre de fautes était passé de 10,7 à 14,7 (+4). Puis il s’est établi à 18 en 2015 (+3,3). La baisse constatée des résultats pour chaque période se poursuit donc en 2021, mais de façon moins marquée que sur la période précédente (+1,4).


Baisse pour l’ensemble des élèves, quels que soient le sexe et l’âge

C’est l’orthographe grammaticale (règles d’accord entre le sujet et le verbe, accords dans le groupe nominal, accords du participe passé) qui concentre l’essentiel des difficultés. Sur ce point cependant, la baisse observée entre 1987 et 2015 ne se poursuit pas en 2021.

Par exemple, l’accord de l’adjectif « inquiets » de la dictée passe de 46,2 % de réussite en 1987 à 25,3 % en 2021. Mais après une forte baisse jusqu’en 2015, une stabilité est observée en 2021. Les erreurs lexicales, elles, restent les moins fréquentes. Cette baisse des résultats continue par ailleurs de concerner l’ensemble des élèves, quels que soient leur sexe et leur âge. [Quid des enfants de la campagne, des écoles privées, etc. ?]

Les filles sont cependant plus performantes que les garçons : elles font en moyenne 17,7 erreurs contre 21,1 pour les garçons. Mais la différence du nombre d’erreurs entre filles et garçons, qui avait été stable entre 1987 et 2007, puis en hausse entre 2007 et 2015, tend à nouveau à se stabiliser en 2021.

Environnement « social »

Les différences de performances à la dictée continuent en outre d’être liées à l’environnement « social » des élèves selon l’AFP. [On ne sait pas trop ce que « social » recouvre ici, issus de l’immigration, et de laquelle (asiatique, nord-africaine, européenne) si c’est le cas ?] Ainsi le groupe composé des élèves d’écoles les moins favorisées fait en moyenne 21,9 erreurs, contre 15,5 dans le quart composé des écoles accueillant les élèves les plus favorisés.

Les deux groupes médians ont, eux, des performances assez proches (environ 19 erreurs), montrant que c’est dans les écoles les plus favorisées et les moins favorisées que le poids de l’origine sociale des élèves est le plus important. 

Raisons de cette chute

Françoise Picot, ancienne institutrice et inspectrice honoraire de l’Éducation nationale, explique au Figaro les raisons de cette baisse.

Mme Picot pense qu’il y a trois raisons principales qui permettent d’expliquer ce résultat. Elles sont intimement liées au comportement des élèves et à l’enseignement de l’orthographe.

  1. Premièrement, il y a un vrai défaut d’attention : les élèves sont beaucoup moins concentrés qu’avant. Tous les enseignants le remarquent et le disent. Cela est sans doute dû à la vie actuelle qu’on mène où tout se fait dans l’urgence ainsi qu’au temps passé sur les écrans. Les spécialistes des neurosciences l’analysent mieux que moi. 
  2. Ensuite, il y a la réduction du temps scolaire. Autrefois, à l’époque où les élèves connaissaient mieux l’orthographe, ils allaient à l’école 30 heures par semaine. On est passé à 26 heures, puis 24 heures. Sur ces 24 heures passées à l’école, ils ont beaucoup plus de matières qu’avant : histoire de l’art, informatique, apprentissage des langues étrangères [mot code pour dire l’anglais], etc. [Au Québec, ajoutons le cours d’endoctrinement multiculturaliste comme ECR dès la première année du primaire.] Par conséquent, on consacre beaucoup moins de temps [au français et] à l’orthographe. Des collègues me disent qu’ils courent désormais après le temps, il y a un vrai déficit du temps scolaire. 
  3. Dernier point, il n’existe pas vraiment de réflexion sur l’enseignement de l’orthographe au niveau de l’Éducation nationale. Des linguistes comme Danièle Cogis ou Jean-Pierre Jaffré ont réfléchi sur ce sujet. Mais cela ne passe pas au niveau de l’enseignement, ni dans les programmes ni auprès des enseignants qui d’ailleurs n’ont plus vraiment de formation.

 Ajoutons à cela la chute dans les habitudes de lecture (les jeunes lisent nettement moins qu'avant) et la moindre importance accordée dans la société française en mutation au bien parler et au bien écrire le français.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées lors de cette dictée utilisée pour l’enquête ?

Ce n’est pas la première fois qu’on parle de cette dictée, puisqu’on a des comparaisons sur ce même texte pendant plusieurs années. Dans cette dictée, les mots ne sont pas trop difficiles lexicalement. Il n’y a pas de mots que les élèves ne connaissent pas : « Maman », « Papa », « chien ». Ce qui pose problème actuellement, c’est que lorsque les élèves écrivent, ils savent que le verbe s’accorde avec son sujet pourtant ils ne marquent pas l’accord. Ils ne marquent pas les relations entre les mots parce que ce n’est pas automatisé chez eux.

Voir aussi  

Québec — Les résultats en français en baisse au secondaire

France — Le niveau en orthographe des écoliers français est en chute libre depuis 30 ans

France — les ados sont devenus nuls en dictée

Pourquoi les élèves français ont un niveau si médiocre (nettement moins d’heures de français, inflation des disciplines, pauvreté et immigration, formation inadéquate)  

Plus du quart des étudiants au cégep échouent en orthographe. La CAQ ne propose pas d’améliorer la connaissance du français 

Faute la plus fréquente parmi les étudiants à universités : des « s » oubliés 

« Pourquoi nos étudiants ne savent-ils plus écrire ? » par Aude Denizot

vendredi 27 mars 2020

L’école à l’heure du coronavirus

Anne Coffinier s’entretient avec Guillaume Bonnet de l’hebdomadaire France Catholique, au sujet des mutations de l’école...

Et si la crise du Covid-19 était l’occasion de repenser le système éducatif ? La fermeture des établissements ouvre de multiples perspectives, estime Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école.

Depuis le 16 mars, 12 millions d’élèves travaillent à domicile. Quels fruits ce confinement peut-il porter ?


Anne Coffinier : Notre vision sera nécessairement modifiée en profondeur. Nous allons sans doute comprendre que huit heures de cours par jour ne sont pas forcément nécessaires, que la structuration des journées n’est pas intangible, que les parents doivent redevenir décideurs dans le domaine éducatif en tissant des relations nouvelles avec les professeurs, que le fameux socle éducatif [la partie imposée par l’État à toutes les écoles, mêmes celles dites libres] est en réalité un mammouth qu’il serait souhaitable de réduire à l’indispensable pour cultiver les passions de l’enfant. Les pistes sont très nombreuses.

Le confinement peut-il rendre les Français plus pragmatiques ?

Le cas français est atypique, voire bizarre. Ne pas choisir l’école publique serait faire montre d’antirépublicanisme et menacerait le «  vivre-ensemble  ». Cette approche idéologique pourrait être fragilisée par ce confinement qui rend obligatoire l’école à la maison, pourtant considérée en France avec méfiance par l’État… C’est l’occasion de changer les regards et de rappeler qu’il existe mille manières de faire l’école à la maison et d’articuler ce mode éducatif avec les autres approches.

Du pragmatisme, mais aussi de la souplesse ?

Observons l’approche anglo-saxonne. C’est souvent en utilisant les passions des enfants qu’on développe le goût du dépassement et de l’excellence, qu’il est ensuite plus simple de décliner dans les autres disciplines. Il s’agit aussi d’un univers dans lequel les jeunes sont responsabilisés tôt et invités à participer à la vie de leurs établissements. Enfin, l’école y est considérée comme une communauté de valeurs à part entière qui prépare à servir la communauté nationale une fois adulte.

Quels conseils donneriez-vous aux parents confinés et à la peine ?


Ce n’est pas un drame si les élèves ne parviennent pas à suivre tous les cours et à réaliser l’ensemble des exercices. Cette parenthèse est l’occasion de se concentrer sur les bases comme le calcul et la dictée, souvent fragiles, en utilisant les bons vieux classiques comme le Bled ou le Bescherelle. Pour les collégiens et lycéens, on peut lire du théâtre en famille ou apprendre de la poésie. C’est l’occasion de transmettre ce qui fait la force de notre patrimoine culturel. J’invite enfin les parents à se rendre sur le site educfrance.org pour y découvrir de nombreuses vidéos pour apprendre à faire de l’exercice sans matériel et dans un espace restreint.

Face à cette crise sans précédent, certains élèves sont moins égaux que d’autres…

Les écoles hors-contrat [privées non subventionnées] ont été fermées, comme les autres établissements, sur décision gouvernementale. Mais nous faisons face à une rupture d’égalité. Souvent, ces écoles ne disposent pas d’espaces numériques de travail (ENT) et n’utilisent que les courriels pour communiquer. Nous demandons donc au ministre un accès gratuit au CNED et à ses «  classes virtuelles  » ou l’octroi de subventions pour équiper les écoles hors-contrat avec des ENT classiques. Enfin, nous demandons un soutien pour équiper les familles avec des ordinateurs et des tablettes durant la durée de la crise. Sur le site educfrance.org, chacun peut signer la lettre ouverte que nous avons adressée en ce sens au ministre.

Source : france-catholique.fr, « L’école à l’heure du coronavirus », entretien avec Anne Coffinier, présidente de Créer son école. Propos recueillis par Guillaume Bonnet.

vendredi 3 janvier 2020

France — Saignées dans l’enseignement du français

Les majorités de droite et de gauche se suivent et se ressemblent, s’évertuant par exemple à instaurer depuis dix ans en France un « socle de compétences et de connaissances » pour définir « ce que tout élève doit savoir et maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire » 1. Grave et noble préoccupation qui laisse amer quand on observe, derrière les belles intentions, la réalité des actes depuis plusieurs décennies.

Un constat saisissant : l’exemple de la lecture

Quiconque enseigne peut s’en rendre compte : les difficultés des élèves sont croissantes en français, à commencer par la lecture elle-même. Pour s’en convaincre autrement qu’au doigt mouillé, quelques statistiques officielles, même si certains continuent de penser que « Le niveau monte » :

– 12 % des élèves entrant en 6e ne savent pas bien associer les lettres et les sons2.

– 40 % des élèves entrant en 6e, parce qu’ils ne sont pas assez entraînés à la lecture, ne peuvent utiliser le contenu de manuels scolaires. 15 % connaissent même des difficultés de lecture sévères ou très sévères3.

– Le nombre d’élèves de primaire en très grande difficulté en lecture a doublé en vingt ans4. Même l’historien de l’école Antoine Prost, pourtant réformiste engagé, en convient : « Le niveau baisse : cette fois-ci c’est vrai ! » 5

– 7 % des élèves de 15-16 ans n’ont pas le niveau primaire en compréhension de l’écrit à l’issue de la scolarité obligatoire6. Mais les difficultés de compréhension touchent à des degrés divers presque tous les élèves.

Le constat s’étend malheureusement à toutes les compétences de français : expression orale mal assurée, culture littéraire en recul, vocabulaire appauvri, écrit avec orthographe et syntaxe défaillantes en fin de scolarité obligatoire. Autant de constats qui sont particulièrement criants dans les collèges les plus défavorisés, où la graphie même des élèves de quinze ans ou plus est parfois alarmante. Mais le constat touche également — dans des proportions moindres — les établissements les plus favorisés.

Les réformistes avancent de nombreuses raisons à l’échec scolaire : pédagogies traditionnelles inadaptées, difficultés de la langue, élitisme du collège bourgeois, notation stigmatisante, rupture brutale entre l’école et le collège… Autant de raisons qui n’en étaient pas jusqu’ici ou qui n’expliquent en rien les difficultés de lecture croissantes à la sortie du primaire, véritable pierre d’achoppement de l’ensemble de la scolarité.

Une partie de la réponse est pourtant là, sous nos yeux7.

L’évolution des horaires hebdomadaires de français

Dans le primaire l’horaire hebdomadaire de français a été divisé par deux en moins d’un siècle. Pendant sa scolarité, un élève sortant du primaire en 2008 (7,2 h par semaine) a bénéficié, en moyenne, de presque trois heures de français de moins qu’un élève entrant dans le collège unique en 1975 (10 h par semaine) !

Horaires hebdomadaires de français dans le primaire depuis un siècle

Cette saignée s’explique principalement par la multiplication des missions et des enseignements nouveaux assignés à l’école, dont l’exemple le plus récent (et le plus sidérant) est l’enseignement de l’anglais dès le CP. Pour rendre plus acceptable cette saignée, les programmes les plus récents précisent que treize heures de français « réparties dans tous les champs disciplinaires » s’ajoutent aux heures de français proprement dites.

Mais cette diminution a également affecté le collège.

Il faut bien sûr circonscrire notre réflexion au collège unique : quand celui-ci a été mis en place en 1975, il s’agissait de démocratiser enfin le secondaire. Or il est frappant de constater que cette démocratisation s’est immédiatement accompagnée d’une nouvelle baisse des horaires de français en primaire… alors même que les nouveaux publics du collège étaient — par définition — beaucoup plus hétérogènes, notamment s’agissant de la maîtrise de la langue !

 Horaires hebdomadaires de français dans la scolarité obligatoire

Cette nouvelle saignée au collège a été facilitée, dans les deux dernières décennies, par la mise en place de fourchettes horaires fixant des horaires plafond et des horaires plancher : ces derniers sont devenus la norme.

Juste avant le collège unique les élèves bénéficiaient de 2808 heures de français du CP jusqu’au collège. Ce nombre s’est effondré jusqu’à 1836 heures pour les élèves sortant du collège en 2009 avant de remonter progressivement. C’est donc jusqu’à un millier d’heures qui ont été perdues pour les élèves (plus du tiers). Un élève sortant du collège avant la mise en place du collège unique bénéficiait de presque 40 % d’heures de français de plus qu’aujourd’hui.

Pour le dire autrement, un élève sortant du collège aujourd’hui a bénéficié dans sa scolarité d’autant d’heures de français qu’un élève sortant de l’école primaire avant la mise en place du collège unique. Et on s’étonne de la faiblesse du niveau des élèves !

Une conjonction de facteurs aggravants

Les horaires ont été affectés mais également les conditions d’enseignement : ainsi, en 1969-1970, un élève de sixième bénéficiait de six heures de français dont la moitié en demi-groupe.

(Source : ADAPT—SNES Editions)

Un professeur certifié de lettres s’occupait alors de deux classes de sixième : aujourd’hui, alors que le mot d’ordre est à l’enseignement « personnalisé » et « différencié », le même professeur doit prendre en charge quatre classes de français avec seulement 4 h 30 par classe et sans demi-groupe. Mais certains continuent de réclamer la bivalence des enseignants pour réduire le nombre d’intervenants au collège.

Pour des raisons essentiellement budgétaires le taux de redoublement au collège, qui permettait aux élèves en difficultés d’asseoir leurs acquis, a été divisé par deux, trois ou quatre, suivant le niveau, en un quart de siècle. De même le taux de scolarisation à deux ans a été divisé par trois dans la dernière décennie. Les taux d’encadrement (en maternelle deux fois plus d’élèves par enseignant et en primaire un tiers de plus en France qu’en Finlande par exemple) empêchent également de porter une véritable attention aux élèves les plus en difficulté.

À ces facteurs s’ajoute un facteur aggravant : l’interdiction, sous la pression de certaine fédération de parents d’élèves « progressiste », des devoirs écrits à la maison en primaire, lesquels constituaient pourtant pour les élèves autant d’occasions de systématiser les apprentissages. La prolifération des écrans dans cette dernière décennie n’a fait qu’ajouter à la déshérence de la lecture.

Enfin certaines pédagogies nouvelles, promues dans les IUFM, ont porté le dernier coup au caractère structuré de ces apprentissages et aux savoir-faire qui les accompagnaient : méthodes hasardeuses d’apprentissage de la lecture en primaire, valorisation de l’oral et mise à l’écrit moins systématique et moins exigeante, nouvelle observation réfléchie de la langue, décloisonnement, séquence pédagogique au collège, dont la grammaire, le vocabulaire et la langue en général sont devenus les parents pauvres, enseignement par compétences etc.


« Les savoirs ont changé »


Les élèves ne savent pas lire ou écrire mais ils ont d’autres compétences, soutiennent sans ciller les adeptes du déni.

Et, se pressant au chevet de l’école, nos Diafoirus non pas de déplorer ces saignées successives mais d’en proposer de nouvelles : il est ainsi question d’ajouter l’apprentissage du code informatique dans le socle commun et de l’enseigner dès le primaire8. Maryline Baumard, du « Monde », l’a dit :

Plutôt que de faire de la grammaire, on peut faire du codage : on arrivera peut-être aux mêmes connexions de neurones, j’en sais rien.9

D’autres vantent toutes sortes de potions magiques, dont les derniers avatars sont la réforme des rythmes scolaires ou l’école numérique. On se félicite ainsi — parce que c’est moderne — de mettre chaque semaine les élèves les plus en difficulté des collèges les plus défavorisés face à des écrans, sur le site du CNED.

D’autres accusent les programmes, les professeurs ou la langue elle-même, norme arbitraire (pourtant simplifiée à cet effet en 1990) qu’on voudrait imposer à des élèves s’exprimant dans un « français vernaculaire » qui vaut bien le « français académique ». Quand, en 2007, une étude a démontré que « les élèves de cinquième de 2005 font le même nombre de fautes que les élèves de CM2 il y a vingt ans », Jean-Pierre Jaffré, linguiste et chercheur au CNRS, en relativisait alors la portée en ces termes :

Plus que d’un déclin orthographique, finalement très relatif, nous avons plutôt affaire à une mutation orthographique qui retrouve les vertus de la variation, sinon dans un même texte, comme ce fut le cas jadis, du moins dans des textes dont le but et le statut social sont distincts. [...] Plutôt que de vouloir apprendre d’emblée toute l’orthographe à tout le monde — ce qui parait bien utopique —, ne vaudrait-il pas mieux s’en tenir à des compétences de base en offrant des options formatives aux citoyens adultes qui en éprouveraient le besoin ?10

De même la présidente de la très progressiste « Association française des professeurs de français », déplorant « des programmes tournés vers une connaissance livresque de la littérature » (sic), demandait ainsi récemment de réviser les ambitions de l’école en repensant « les objectifs et le programme en fonction du volume horaire » et relativisait en ces termes l’importance de la « maîtrise de la langue » :

Le mot est à changer car il laisse penser qu’à un moment donné l’élève doit l’avoir maitrisé. Or l’apprentissage de la langue est quelque chose de continu. Derrière il y a l’idée d’un idéal inatteignable. On préférerait que soit définie une compétence linguistique orale ou écrite, en compréhension, expression.11

Curieux progressisme qui renonce à donner l’instruction à ceux qui en ont le plus besoin.

Non, on le voit : on n’a guère donné les moyens de réussir au collège unique. Sa réussite était en quelque sorte compromise dès sa naissance et les saignées successives n’ont fait qu’aggraver son état jusque aujourd’hui. On le sait pourtant : tous les enseignements puisent dans la maîtrise du français. Lorsque celle-ci devient à ce point fragile, comment espérer construire sur autre chose que sur du sable ?

Parce que rien n’est irréversible, il ne nous reste plus qu’à résister et à faire entendre la petite voix de la raison dans l’étourdissante cacophonie idéologique qui est le propre de notre époque.


Documents à télécharger : les deux graphiques en grand format.

Notes

[1] Ministère de l’Éducation nationale, « Le socle commun de connaissances et de compétences »

[2] DEPP, L’État de l’école 2011, pp. 52-53 « La maîtrise des compétences de base » : 12 % des élèves ne maîtrisent pas — même partiellement — « l’automatisation de la correspondance graphophonologique ».

[3] Haut conseil de l’éducation, Rapport sur l’école primaire (2007)

[4] DEPP, Note d’information 2008 « Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007 » : en lecture « la moyenne des scores obtenus est stable de 1987 à 1997, puis baisse de 1997 à 2007 (diminution de plus d’un tiers d’écart-type). Cette baisse est plus marquée pour les élèves les plus faibles. Ainsi, deux fois plus d’élèves (21 %) se situent en 2007 au niveau de compétence des 10 % d’élèves les plus faibles de 1987 ».

[5] Antoine Prost dans « Le Monde » du 20 février 2013 : « Le niveau scolaire baisse, cette fois-ci c’est vrai ».

Cf DEPP, note d’information n° 38 (décembre 2008) : « Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007 »

[6] Voir notre article : « L’avare et son lingot d’or » (février 2014). Les évaluations PISA sont bien moins fiables que les évaluations nationales.

[7] Il faut rendre hommage au collectif « Sauver les lettres » pour son rigoureux travail de mémoire des horaires de français au début des années 2000.

[8] Proposition de loi du 11 juin 2014 : www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion2022.asp

[9] Maryline Baumard dans « Arrêt sur images » du 13 juin 2014. Voir l’exégèse sur le forum.

[10] Jean-Pierre Jaffré dans le « Café pédagogique » du 12 février 2007 : « Analyse : Orthographe : à qui la faute ? »

Pendant des siècles en effet, l’écriture — et donc l’orthographe — a été le fait essentiel de professionnels (clercs, imprimeurs, correcteurs, etc.). Il ne faut donc pas s’étonner que la progression de la production écrite s’accompagne d’une augmentation du nombre d’erreurs. Plus on se sert de l’orthographe plus on en mesure la complexité. N’oublions pas en effet que notre orthographe est l’une des plus complexes du monde, en raison notamment de ses spécificités grammaticales. Ces difficultés — que beaucoup considèrent comme des marques d’appartenance culturelle — sont devenues d’autant plus évidentes que l’enseignement de l’orthographe s’est massifié, avec ses corollaires : un refus de la variation et la constitution d’une surnorme orthographique rigide. Depuis environ un siècle et demi, des responsables de tous bords — éducateurs, linguistes et même hommes politiques — n’ont cessé de mettre l’accent sur des zones à modifier ou pour lesquelles on devrait au moins se montrer plus tolérant. En vain. Comment s’étonner donc que l’explosion de la production graphique à laquelle on assiste aujourd’hui ne s’accompagne pas d’une décrépitude de la norme orthographique en place depuis plusieurs siècles ? Et ce qui est en question ici ce ne sont pas les normes linguistiques — évidemment nécessaires — mais les errements de la surnorme orthographique. [...] Plus que d’un déclin orthographique, finalement très relatif, nous avons plutôt affaire à une mutation orthographique qui retrouve les vertus de la variation, sinon dans un même texte, comme ce fut le cas jadis, du moins dans des textes dont le but et le statut social sont distincts.

Quels autres facteurs peuvent, selon vous, expliquer le déclin orthographique ?

L’idée selon laquelle il existerait un déclin orthographique, les hommes d’aujourd’hui étant des usagers plus médiocres de l’orthographe, me semble très exagérée. On sait ce qu’il faut penser du mythe de la grand-mère qui écrivait sans fautes d’orthographe ! Chez les élèves, cette idée de déclin me semble aussi ancienne que l’orthographe elle-même. Elle tient d’ailleurs, en partie au moins, aux présupposés des travaux sur la question. Difficile en effet de comparer des situations scolaires éloignées dans le temps et qui appartiennent à des sociétés dans lesquelles la demande orthographique, et toutes les représentations qui vont avec, a changé. À mon avis, c’est là une des causes majeures du déclin indiqué par les chiffres. Difficile en effet de l’imputer à la seule intelligence des enfants, ou à un déficit éducatif — c’était mieux avant, avant on savait, etc. Mais il existe une autre cause, à mes yeux tout aussi importante, c’est l’orthographe elle-même et sa supposée permanence. Comme si elle avait toujours été la même, comme si elle avait toujours joué le même rôle dans toutes les sociétés. Je ne trouve personnellement pas aberrant de considérer que toute époque doit disposer des outils les mieux adaptés à ses modes de vie et plus généralement aux besoins qui sont les siens. Or l’orthographe du français, sous la forme que lui ont donné les grammairiens, les imprimeurs, les Académiciens, etc., n’est pas adaptée aux besoins d’une communication de masse. Et les attitudes ordinaires qui se manifestent à ce sujet, en France — et dans d’autres pays d’ailleurs mais avec peut-être un peu moins de hargne —, contribuent à renforcer un état d’esprit tout à fait singulier. Parmi mille exemples possibles, prenons celui des déplacements humains. Dans un univers citadin où l’activité physique est devenue un loisir plus qu’une nécessité, qui accepterait aujourd’hui de faire des kilomètres à pied pour aller travailler, comme c’était le cas pour nos grands-parents ? La notion de déclin me semble donc pouvoir — et devoir — être discutée. Elle présuppose un immobilisme social dépourvu de tout fondement. Les sociétés changent, leurs besoins changent, et les outils correspondants doivent suivre ce mouvement. À cet égard, l’orthographe, parce qu’elle prétend ménager la chèvre et le chou, la culture du passé et la communication d’aujourd’hui, est un monstre (2) social sans équivalent.

Évidemment la tentation sera grande de considérer que la baisse de l’orthographe est symptomatique de la baisse générale du niveau. Qu’en pensez-vous ?

Là encore, la notion de baisse de niveau me semble toute relative. Bien entendu si les canons de l’école d’aujourd’hui étaient les mêmes que ceux des années 50, on pourrait accepter de telles conclusions. Mais les demandes faites à l’école sont en perpétuel changement et — même si on peut parfois le regretter — en constante augmentation. S’il faut préserver le lien avec le passé, doit-on pour autant sacrifier le présent et plus sûrement encore l’avenir ? Chacun sait que les jeunes d’aujourd’hui, s’ils n’ont pas les connaissances de ceux d’hier, ou d’avant-hier, en ont bien d’autres, nouvelles et originales. Autrement dit, la notion de baisse de niveau est aussi tributaire des référents que l’on utilise. C’est ce qui explique en grande partie les conflits d’opinion, que renforce le complexe de supériorité affiché par certains adultes qui confondent leurs connaissances du moment et celles de leur enfance, quand ils avaient l’âge de ceux qu’ils accusent d’inculture. Finalement, plutôt que de parler du bienfait supposé des méthodes traditionnelles, ne serait-il pas plus judicieux de se mettre d’accord sur un ensemble d’objectifs éducatifs qui, sans renier totalement le passé, tiendraient compte des besoins effectifs de la société telle qu’elle est. À cet égard, plutôt que de considérer l’école comme un préalable exclusif de la vie active, qui doit doter une fois pour toutes les individus de compétences linguistiques optimales, ne serait-il pas préférable d’ajuster l’offre et la demande à l’aide d’une éducation permanente bien comprise. Plutôt que de vouloir apprendre d’emblée toute l’orthographe à tout le monde — ce qui parait bien utopique —, ne vaudrait-il pas mieux s’en tenir à des compétences de base en offrant des options formatives aux citoyens adultes qui en éprouveraient le besoin ?

[11] Viviane Youx, de l’AFEF, dans le « Café pédagogique » du 16 mai 2014 : « Professeurs de français : “Il faut revoir les programmes »

jeudi 10 novembre 2016

France — Le niveau en orthographe des écoliers français est en chute libre depuis 30 ans

Le diagnostic est implacable. Selon une étude publiée mercredi 9 novembre par le ministère de l’Éducation nationale, le niveau d’orthographe des élèves français est en chute libre. Pour démontrer son propos, l’étude s’appuie sur une dictée type d’une dizaine de lignes. Ce texte a été proposé à un échantillon d’élèves de CM2 (11 ans) à trois reprises lors des trois dernières décennies — 1987, 2007 et 2015. Constat : les années passent, la chute s’aggrave. Les écoliers ont fait en moyenne l’an passé 17,8 erreurs alors qu’ils n’en faisaient que 14,3 en 2007 et 10,6 en 1987.

La Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), qui pilote cette étude, a identifié que l’essentiel des difficultés provient de la non-application des règles grammaticales, comme, par exemple, l’accord entre le sujet et le verbe. Le texte, qui ne comporte que 67 mots, ne présente pas de difficultés linguistiques particulières, assure pourtant le ministère. En revanche, il met l’accent sur la gestion des chaînes d’accord, et nécessite d’en assurer la continuité tout au long de la dictée ».


Si les élèves issus d’un milieu social plus favorisé effectuent moins de fautes, l’orthographe des élèves de tous les milieux sociaux se détériore. Car les enfants de « cadres et professions intellectuelles supérieures » font en moyenne deux fois plus d’erreurs en 2015 (13,2) qu’en 2007 (6,6). De même pour les enfants d’ouvriers qui font, eux, en moyenne 19,2 erreurs en 2015 contre 17,4 en 2007.

Malgré ces résultats inquiétants, la ministre de la Rééducation nationale Najat Belkacem se veut rassurante. « Cette évaluation porte sur des enfants qui ont commencé leur école primaire en 2010, avant l’entrée en vigueur des nouveaux programmes de français en cette rentrée 2016 », a-t-elle déclaré. La dépêche d’agence ne précise pas en quoi cette réforme corrigerait la baisse observée.

Le texte de la dictée

« Le soir tombait. Papa et maman, inquiets, se demandaient pourquoi leurs quatre garçons n’étaient pas rentrés.
- Les gamins se sont certainement perdus, dit maman. S’ils n’ont pas encore retrouvé leur chemin, nous les verrons arriver très fatigués à la maison.
- Pourquoi ne pas téléphoner à Martine ? Elle les a peut-être vus !
Aussitôt dit, aussitôt fait ! À ce moment, le chien se mit à aboyer. »
Voir aussi

France — les ados sont devenus nuls en dictée

Pourquoi les élèves français ont un niveau si médiocre (nettement moins d’heures de français, inflation des disciplines, pauvreté et immigration, formation inadéquate)

samedi 6 février 2016

La dictée qui rend fou

Monsieur Lamère a épousé Mademoiselle Lepère.
De ce mariage est né un fils aux yeux pers.
Monsieur est le père, Madame est la mère.
Les deux font la paire.
Le père, quoique père, est resté Lamère, mais la mère avant d’être Lamère était Lepère.
Le père est donc le père sans être Lepère, puisqu’il est Lamère et la mère est Lamère, bien que née Lepère.
Aucun des deux n’est maire.
N’étant ni maire ni mère, le père ne commet donc pas d’impair en signant Lamère.
Le fils aux yeux pers de Lepère deviendra maire.
Il sera le maire Lamère, aux yeux pers, fils de Monsieur Lamère, son père, et de Mademoiselle Lepère, sa mère.
La mère du maire meurt et Lamère, père du maire, la perd.
Aux obsèques, le père de la mère du maire, le grand-père Lepère, vient du bord de mer, et marche de pair avec le maire Lamère, son petit-fils.
Les amis du maire, venus pour la mère, cherchent les Lamère, ne trouvent que le maire et Lepère, père de la mère du maire, venu de la mer, et chacun s’y perd !

Source