vendredi 24 juillet 2026

Études en sciences de l'éducation : des résultats souvent impossibles à vérifier

Une étude de 7 ans sur 3 900 articles en sciences sociales a révélé que seulement ~50 % d’entre eux pouvaient être reproduits.

Il y avait toutefois une variation significative entre les disciplines.

Alors que plus de 60 % des articles en sciences politiques & en économie ont été reproduits, seulement ~25 % des articles en sociologie et 0 % des articles en éducation l’ont été.

Reproductibilité en sciences sociales

Une vaste étude menée pendant sept ans et publiée dans Nature a évalué la possibilité de reproduire les résultats de près de 3 900 articles en sciences sociales. Un chiffre a particulièrement retenu l'attention : seules environ la moitié des études examinées ont pu être répliquées avec succès sur de nouvelles données. Les résultats variaient toutefois fortement selon les disciplines. Les taux de reproductibilité étaient élevés en science politique et en économie, nettement plus faibles en sociologie et, surtout, extrêmement limités en sciences de l'éducation. Ces constats, largement relayés, méritent cependant d’être lus en gardant à l'esprit la distinction essentielle entre reproductibilité et réplicabilité.

Le projet SCORE et les trois dimensions de la fiabilité scientifique


Le projet Systematizing Confidence in Open Research and Evidence (SCORE) — que l'on pourrait traduire par « Systématiser la confiance dans la recherche ouverte et les données probantes » —, financé par la DARPA et conduit par plusieurs centaines de chercheurs, a analysé des articles publiés entre 2009 et 2018 dans 62 revues scientifiques.

L'un de ses principaux apports est de distinguer trois notions souvent confondues :
  • La reproductibilité : obtenir les mêmes résultats en réexécutant les mêmes analyses sur les mêmes données.
  • La robustesse : vérifier que les conclusions résistent à des modifications raisonnables des méthodes d'analyse.
  • La réplicabilité : tester les mêmes hypothèses à partir de nouvelles données indépendantes.
Les premiers résultats ont été publiés en avril 2026 dans un numéro spécial de Nature.

Une reproductibilité limitée avant tout par le manque de données

Dans l'étude de Miske et al. (Nature, 2026 ; doi:10.1038/s41586-026-10203-5), les chercheurs ont sélectionné un échantillon stratifié de 600 articles. Seuls 24 % mettaient leurs données à la disposition du public. En conséquence, une évaluation de la reproductibilité n'a pu être menée que pour 143 articles.

Parmi ces articles, 53,6 % étaient précisément reproductibles et 73,5 % au moins approximativement reproductibles, c'est-à-dire que la nouvelle analyse aboutissait à des résultats très proches de ceux de l'étude originale, sans exiger une concordance parfaite.

Le principal enseignement est donc moins l'existence d'erreurs que l'impossibilité, dans de nombreux cas, de vérifier les résultats faute d'accès aux données et au code d'analyse.

Des écarts très marqués entre disciplines

La science politique et l'économie obtiennent les meilleurs résultats. Lorsque des tentatives de reproduction ont pu être réalisées, 66 à 72 % des études étaient précisément reproductibles (attention pas nécessairement réplicables!), et plus de 77 % étaient au moins approximativement reproductibles. Ces disciplines bénéficient depuis plusieurs années de politiques éditoriales favorisant le partage des données et des scripts d'analyse.

La situation est tout autre en sciences de l'éducation. À peine 2,9 % des articles rendent leurs données accessibles. Autrement dit, dans l'immense majorité des cas, il est impossible de vérifier les analyses publiées. Les graphiques montrant 0 % de reproductibilité ne signifient donc pas que toutes les études sont erronées, mais que presque aucune tentative de reproduction n'a pu être entreprise. Cette absence de transparence constitue, à elle seule, un résultat préoccupant : une discipline dont les travaux ne peuvent être contrôlés offre nécessairement un niveau de confiance plus faible.

La sociologie occupe une position intermédiaire, avec des taux de reproductibilité sensiblement inférieurs à ceux observés en économie et en science politique.

Réplicabilité et reproductibilité : deux résultats différents

Une autre étude issue du projet SCORE s'est intéressée non plus à la reproductibilité, mais à la réplicabilité, c'est-à-dire à la capacité d'obtenir des résultats comparables sur de nouvelles données. Son taux de succès global est d'environ 49 %. C'est ce chiffre, proche de 50 %, qui a été largement repris dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Ce qu'il faut retenir

Ces travaux ne remettent pas en cause l'ensemble des sciences sociales. Ils montrent avant tout que la transparence — mise à disposition des données, du code et de la documentation — constitue un facteur déterminant de la qualité scientifique. Lorsque ces éléments sont accessibles, les taux de reproductibilité augmentent fortement, atteignant dans certains cas près de 90 % de reproductibilité approximative.

Depuis 2018, de nombreuses revues ont renforcé leurs exigences en matière de partage des données, en particulier en économie et en science politique. Les sciences de l'éducation, en revanche, apparaissent encore très en retrait sur ce point, ce qui limite fortement la possibilité de contrôler et de consolider leurs résultats.

Le partage des données et du code est une condition nécessaire de la transparence scientifique, mais il ne garantit nullement la validité des conclusions. Une étude peut être parfaitement reproductible tout en reposant sur des données biaisées, un protocole défaillant ou des hypothèses erronées. Le test le plus exigeant demeure la réplicabilité, c'est-à-dire la capacité à retrouver les mêmes résultats sur de nouvelles données. Or, sur ce point, le projet SCORE n'observe qu'un taux de succès d'environ 49 %. La transparence facilite donc le contrôle scientifique ; elle ne saurait s'y substituer.

Voir aussi

Une nouvelle étude nous apprend par ailleurs, la même semaine, qu’il n’y aurait aucun lien entre la dépression et la sérotonine. Cette découverte remet en cause l’efficacité de nombreux antidépresseurs.

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples. 

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?  La menace stéréotypée n’expliquerait pas la différence de résultats entre les sexes en mathématiques (suite) 

Mythe : le traitement de l’« hystérie » féminine à l’époque victorienne 

Recherche — Failles dans le mécanisme de relecture par des pairs

Comment publier un article scientifique en 2020 

Reproduction d’études marketing — Jusqu’à présent (2022), seules 3 tentatives de réplication sur 34 (8,8 %) en marketing ont réussi sans ambiguïté.

Canulars embarrassants : revues « savantes » dupées par de fausses études adoptant des mots clés à la mode

Association mondiale pour la santé des personnes transgenres « coupable » d’une « fraude scientifique majeure et inqualifiable »

Les études de McKinsey sur la relation entre la diversité et la performance des entreprises ne sont pas reproductibles

La plaque commémorant la première Britannique noire a été retirée parce qu’elle « venait de Chypre »

« Racisme systémique » — Professeur congédié après des soupçons de falsification de données dans de nombreuses études

Le président de l’université de Stanford a été démasqué pour falsification de données. Les preuves sont choquantes et il est déprimant de voir que Marc Tessier-Lavigne, ancien éminent neuroscientifique, n’ait pas été sanctionné comme il se doit pour sa faute professionnelle. (Voir les articles qui ont dévoilé ces scandales 1re partie, 2nde partie). 

Médecins admettent le lien entre hormonothérapie transgenre et le cancer dans des courriels fuités

La langue des thèses universitaires devient de plus en plus impénétrable (surtout dans les sciences humaines et sociales)

Selon une étude universitaire, une bonne partie des études universitaires ne seraient pas fiables…