Affichage des articles dont le libellé est bureaucratie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bureaucratie. Afficher tous les articles

mardi 16 mars 2021

Généalogie et résistance au « wokisme »

Le sociologue Mathieu Bock-Coté, qui sort sous peu un nouveau livre La Révolution racialiste, a publié un billet sur la généalogie du wokisme et comment résister à ce mouvement dans les colonnes de La Nef.

Le wokisme est apparu aux États-Unis vers 2010 et y impose sa vision racialiste par une formidable manipulation du langage. Ultime avatar du politiquement correct, il se développe en France et représente une véritable menace pour la liberté d’expression.

Il y a peu de temps encore, le mot woke semblait appartenir au vocabulaire réservé aux campus américains, et même, aux plus radicaux d’entre eux. Il désignait une frange particulièrement active d’étudiants américains se croyant en croisade pour la justice sociale, et plus particulièrement portés sur les questions de « race » et de « genre », et résolus, en quelque sorte, à mener un procès définitif contre le monde occidental, et plus particulièrement, contre l’homme blanc qui l’incarnerait dans toute son abjection. Cette mouvance était reconnue pour son extrémisme, et même, pour son fanatisme, convaincue qu’elle était, et qu’elle est encore, d’avoir le monopole du vrai, du juste et du bien. Barack Obama, en 2019, avait mis en garde les étudiants s’en réclamant : il voyait bien que la prétention qu’ils avaient d’être éveillés, devant une masse endormie, ou éclairés, devant un peuple enfoncé dans les ténèbres venues du passé, ne pouvait que multiplier les tensions dans une société déjà très polarisée. Homme de gauche, assurément, Obama a néanmoins cherché à rappeler à ces jeunes esprits que la nature humaine est trouble, et qu’on ne saurait réduire le conflit social à un combat entre le bien et le mal.

À certains égards, on verra dans le wokisme la nouvelle vague du mouvement associé au politiquement correct, qui dès les années 1980, a voulu décoloniser l’université américaine et ses savoirs en en finissant avec la figure du Dead White Male. Homère, Platon, Aristote, Shakespeare et tant d’autres devaient y passer : leur présence écrasante aurait contribué à la marginalisation des savoirs et perspectives minoritaires, à partir desquels il serait possible de mener une révolution épistémologique et politique contre la civilisation occidentale. Un nouveau rapport au monde devait s’imposer. Il était bien vu, à l’époque, de s’en moquer, et de se rassurer en se répétant que cette mode était destinée à passer. On voulait même croire, à Paris, que cette lubie ne traverserait pas l’Atlantique. Il n’en fut rien. Absolument rien. Le politiquement correct s’est institutionnalisé à travers la multiplication des départements et champs d’études universitaires essentiellement fondés sur la répudiation de la civilisation occidentale. Il fait désormais la loi dans l’université américaine. Le wokisme est le point d’aboutissement de cette mouvance, et il n’est plus permis de le croire marginal.

Le wokisme s’est déconfiné des campus depuis un bon moment et se répand dans la vie publique à la manière d’une épidémie idéologique. Plus encore, il s’impose au cœur de la vie publique des deux côtés de l’Atlantique, ses concepts se normalisent dans le vocabulaire médiatique et le discours politique et managérial. Ils colonisent l’imaginaire collectif ou du moins, ses expressions autorisées. Ses militants se retrouvent dans des postes de responsabilité au sein même d’une administration municipale, qui s’en font aussi les complices et les promoteurs. Il imprègne le langage du management et de la publicité. Cette gauche religieuse surgit dans la vie collective sous le signe du fanatisme, devant une classe politique qui ne sait pas trop comment lui répondre ou lui tenir tête, et qui est même tentée de multiplier à son endroit les concessions, sans comprendre qu’elle ne se trouve pas devant un mouvement réformiste amenant des revendications raisonnables dans l’espace public, compatibles avec la logique démocratique.

Tout le pouvoir du wokisme tient dans sa manipulation orwellienne du langage : ses théoriciens et militants inventent une novlangue diversitaire qui fonctionne à la manière d’un piège idéologique. La stratégie du wokisme est transparente, et même revendiquée, dans certains cas : il s’agit de s’emparer d’un mot frappé d’une universelle réprobation et de lui coller une nouvelle définition, que l’on dira scientifiquement validée, parce qu’elle sera légitimée par les militants déguisés en experts qui sévissent dans les départements de sciences sociales. Les exemples sont nombreux, qu’il s’agisse du racisme, de la suprématie blanche, de la discrimination ou encore de la haine ou du discours haineux. 

Trop souvent, des commentateurs ou des observateurs de bonne foi se laissent berner. Horrifiés à bon droit par la signification traditionnelle de ces mots, ils ne se rendent pas compte qu’ils ne renvoient plus à la même réalité. Ainsi, dans la perspective woke, le racisme, aujourd’hui, ne désigne plus une idéologie en appelant à la discrimination raciale ou à la hiérarchisation des groupes humains selon un critère racial. Il désignerait plutôt le refus, justement, de définir les gens à partir de la couleur de leur peau — il accuse ceux qui ne veulent pas consentir à la racialisation des rapports sociaux de daltonisme racial. Le racisme culminerait ainsi dans l’universalisme qui servirait de masque aux intérêts de la « majorité blanche ». Apparemment, ce n’est plus en dépassant ou en transcendant la « race » qu’on luttera contre le racisme, mais en survalorisant la conscience raciale comme forme première de l’identité collective. L’antiracisme revendiqué devient donc un racialisme décomplexé.

La suprématie blanche, quant à elle, ne réfère plus aux mouvements comme le Klu Klux Klan, ou à ses descendants, mais à la structure profonde des sociétés occidentales. En France, ainsi, l’extrême gauche racialiste assimile la laïcité à la suprématie blanche. Le concept de discrimination est aussi frappé. La discrimination, pour les wokes, consiste quant à elle à traiter tout le monde sur le même pied : inversement, choisir quelqu’un en fonction de la couleur de sa peau, pour peu qu’il soit considéré comme « racisé », ne serait pas discriminatoire. La haine, enfin, serait à sens unique, unidirectionnelle : seule la majorité pourrait être haineuse en refusant la définition que les leaders souvent autoproclamés des minorités prétendent donner de ceux qu’ils disent représenter. Nous sommes ainsi devant un système idéologique qui fonctionne en inversant la signification des concepts qu’il revendique. Le wokisme nous fait marcher sur la tête. Au nom de l’hygiène intellectuelle, on pourrait poursuivre longtemps cet exercice d’analyse du vocabulaire wokiste.

Au cœur du wokisme, on l’aura compris, le mâle blanc incarne le mal absolu. Il radicalise le politiquement correct, en passant de la critique du Dead White Male au mâle blanc vivant, qui devrait, pour entreprendre sa rééducation, s’engager dans une démarche d’autocritique permanente, qui prendra la forme d’une expiation sans rédemption, car les pathologies constitutives de son identité seraient à ce point inscrites dans les processus de socialisation le définissant qu’il ne pourra jamais s’y arracher complètement. Mais en se dénonçant, en critiquant ses privilèges, en faisant tout pour devenir l’allié des « minorités », il enverra au moins le signal pénitentiel attendu. C’est seulement ainsi, à terme, qu’il retrouvera son humanité, ou du moins, qu’il pourra y tendre. Il pourra d’ailleurs remercier les personnes issues des minorités de lui permettre de cheminer vers son « déblanchiment ».

La vague woke semble tout emporter sur son passage. Il est pourtant nécessaire d’y résister vivement. On n’y parviendra qu’en arrivant à décrypter sa stratégie de manipulation du vocabulaire, qui nous fait basculer dans un monde parallèle, un monde rempli de définitions alternatives, qui sectionne le rapport au réel, et nous oblige à évoluer sous l’autorité d’idéologues accusateurs jugeant que ceux qui leur résistent méritent le bannissement social — on ne parle pas sans raison de cancel culture [culture du bâillon]. Mais cela implique aussi de ne pas se contenter d’opposer au wokisme une seule référence au sens commun. Devant une poussée idéologique violente, qui exerce une forme d’envoûtement sur les nouvelles générations, ne connaissant souvent pas d’autre langage que le sien, et qui sont intégralement socialisées par les réseaux sociaux, où le wokisme est dominant, il est nécessaire de retrouver les principes fondamentaux sur lesquels s’appuie la civilisation qu’il veut anéantir.



samedi 13 mars 2021

CRTC forcera Netflix à soutenir le contenu canadien y compris autochtones, français, LGBTQ2+ et des communautés racisées

Le gouvernement libéral donnera au CRTC neuf mois pour mettre en place des règles pour obliger les services de diffusion sur internet comme Netflix à financer le contenu canadien, selon un projet d’instructions au régulateur obtenu par le National Post.

L’orientation politique fournie au CRTC sera émise une fois que la mise à jour gouvernementale de la Loi sur la radiodiffusion, le projet de loi C-10 — qui habilite le CRTC à commencer à réglementer les services en ligne — deviendra loi. Le projet d’orientation stratégique donne instruction à l’organisme de réglementation de la radiodiffusion et des télécommunications de « s’assurer que les entreprises en ligne sont tenues de contribuer de manière appropriée au soutien et à la promotion de la programmation canadienne et des créateurs canadiens ».

Actuellement, les services en ligne comme Netflix et Amazon Prime ne sont pas soumis aux règles de contenu canadien. En revanche, les radiodiffuseurs traditionnels (hertziens ou désormais câblodistribués) titulaires d’une licence sont tenus de consacrer 30 % de leurs revenus au contenu canadien. Les fournisseurs de services de télévision, comme les câblodistributeurs, doivent également contribuer à hauteur de 5 % de leurs revenus de services de télévision au financement du contenu canadien.

L’orientation politique comprend également des instructions sur l’attribution de ce financement pour le contenu canadien, indiquant que l’organisme de réglementation devrait veiller à ce que la programmation et le contenu autochtones créés par des communautés racialisées et ethnoculturelles prospèrent au Canada. Le CTRC devrait également exiger « qu’une partie appropriée soit consacrée à la création d’émissions de langue française ».

Le CTRC aura deux ans pour mettre en œuvre certaines des autres orientations données par le gouvernement, y compris des règles qui garantissent que « la programmation canadienne en anglais, en français et en langues autochtones est disponible, bien en vue et facile à découvrir ». De telles mesures exigeraient que la programmation canadienne soit facilement visible pour les téléspectateurs lorsqu’ils naviguent dans les services de diffusion en continu.

S’exprimant devant le comité du patrimoine en février, un représentant de Netflix a déclaré que l’entreprise acceptait que le CRTC lui exige de contribuer au contenu canadien, mais que ces règlements devraient être adaptés au service de diffusion en continu et être moins stricts que les règles applicables aux radiodiffuseurs traditionnels.

L’orientation de la politique indique également que le CRTC doit s’assurer que la réglementation « garantisse que les services en ligne non canadiens ne soient pas défavorisés par rapport aux services en ligne canadiens comparables » et qu’elle « simplifie les obligations réglementaires afin que toutes les entreprises de radiodiffusion soient en mesure de concurrencer dans l’environnement de radiodiffusion moderne. »

Le CRTC devrait également réglementer de manière à « soutenir et encourager les possibilités d’émissions dirigées par des femmes, la communauté LGBTQ2 +, les communautés racialisées et ethnoculturelles et d’autres groupes ou communautés en quête d’équité [égalité de résultats plutôt que des chances], en reconnaissant les défis auxquels ces groupes sont confrontés dans le système de radiodiffusion. »

Source : National Post

mardi 10 décembre 2019

Éducation à la sexualité — le ministre Roberge cherche à restreindre encore plus le choix des parents

Le gouvernement québécois songe à encore resserrer les balises permettant de dispenser certains enfants des cours gouvernementaux d’éducation à la sexualité après avoir interrogé une commission scolaire où près de 200 jeunes ont été exemptés.

Dans les dernières semaines, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge (ci-contre), a demandé à son ministère de lui proposer des moyens pour modifier la façon de procéder quand des parents veulent que leurs enfants soient sortis de la classe lorsque certains contenus d’éducation à la sexualité sont abordés, a appris Le Journal de Québec Il s’agit bien sûr & amp ; mdash ; nous sommes au Québec & amp ; mdash ; de s’assurer que le choix des parents sera moins respecté.

M. Roberge a également demandé au ministère de documenter les pratiques des écoles qui ont eu à gérer plusieurs demandes de parents, selon une source bien au fait du dossier.

Depuis l’an dernier, les contenus d’éducation à la sexualité sont de retour dans toutes les écoles du Québec. Actuellement, les parents peuvent demander une dérogation pour des raisons religieuses à condition de prêter serment et de prouver le caractère « sérieux » de leur requête. La décision revient à la direction de l’école.

En novembre, Le Journal de Québec publiait un article indiquant que la grande majorité (192) des élèves dispensés fréquentaient la Commission scolaire Portages-de-l’Outaouais (CSPO). Dans l’ensemble du Québec, moins de 270 jeunes ont été exemptés.

« Ils ont trouvé la faille »

Le ministre a donc demandé des comptes à la CSPO, pour s’assurer qu’aucune étape de la procédure n’a été escamotée. Selon nos informations, M. Roberge a conclu que les balises ont été respectées par les écoles, mais qu’un groupe de parents a trouvé une « faille ». Ils échappent à l’emprise du monopole de l’éducation du Québec. C’est intolérable pour l’ex-instituteur Roberge.

Le Journal de Québec a pu obtenir les explications et les documents de la commission scolaire fournis au ministre à la suite d’une demande d’accès à l’information.

On peut y voir que plusieurs parents ont utilisé un format et des arguments semblables pour remplir leur demande. Ce n’est que normal : lors des refus systématiques d’exemptions au cours d’ECR, les commissions scolaires utilisaient bien des réponses préformatés établies à l’avance !

En entrevue, le président du groupe Parents engagés de l’Outaouais avait d’ailleurs dit au Journal avoir aidé de nombreux parents mécontents de l’approche choisie par Québec pour parler d’homosexualité et de la « réalité » [dixit le Journal de Québec] transgenre.

Mais comment évaluer le « caractère sérieux » de ces demandes ? La CSPO se posait la question en février. Le directeur des ressources éducatives a contacté le ministère pour avoir des précisions, peut-on lire dans les échanges de courriels.

« La direction n’a pas à investiguer sur les motifs de la demande d’exemption, lui a alors répondu un responsable du ministère. [L’école] doit s’assurer (et non juger) du caractère sérieux [...] en fonction de l’atteinte alléguée. »

Certains continuent de prétendre que la Coalition avenir Québec est un parti de droite ou même de centre-droite... Il applique exactement les mêmes règles restrictives et les mêmes programmes scolaires que le PQ et le PLQ.

lundi 25 novembre 2019

Bras de fer sur les commissions scolaires et la centralisation des pouvoirs

Une partie de bras de fer oppose les partis de l’opposition et le gouvernement Legault, qui souhaite adopter le projet de loi 40 sur l’abolition des commissions scolaires avant la pause du temps des Fêtes. Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEÉS), Jean-François Roberge, a toujours espoir de faire adopter le projet de loi 40 d’ici la fin de l’année « si les partis de l’opposition collaborent », a indiqué son cabinet au Devoir.

Ceux-ci répliquent qu’il est impossible d’entériner aussi rapidement ce projet hors de l’ordinaire, envers lequel ils ont d’importantes réserves, qui viendrait bouleverser l’équilibre des forces dans la gouvernance scolaire. La réforme du réseau de la santé par le ministre Gaétan Barrette, qui avait mené à l’abolition des régies régionales de la santé, avait nécessité près de cinq mois de travaux parlementaires avant son adoption, indique-t-on à Québec. Le projet de loi 40 est aussi important, mais les auditions en commission parlementaire n’ont commencé que le 4 novembre dernier. Il est hors de question que les partis « bâclent leur travail », souligne la députée libérale Marwah Rizqy. « Une réforme de cette ampleur ne peut fonctionner avec une approche bulldozer. Le ministre doit avoir l’appui des gens qui l’appliqueront sur le terrain », ajoute sa collègue péquiste Véronique Hivon. La députée solidaire Christine Labrie a aussi invité le ministre à tenir compte des critiques envers le projet de loi, mercredi à l’Assemblée nationale.

Avant même le début de l’étude détaillée du projet de loi en commission parlementaire, de nouvelles voix s’élèvent pour critiquer cette réforme phare du gouvernement Legault. « On espère que le ministre Roberge va retravailler son projet de loi, qui cache des modifications beaucoup plus importantes qu’un simple changement de nom des commissions scolaires », dit Ève-Lyne Couturier, chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), marqué à gauche.

Dans une fiche technique qui sera rendue publique jeudi, l’IRIS fait valoir que le projet de loi centraliserait des pouvoirs entre les mains des bureaucrates et du ministre de l’Éducation sans renforcer la capacité d’agir des parents contrairement à ce que prétend le gouvernement.

 Le ministre Roberge cherche aussi à réduire au silence un palier intermédiaire de gouvernance — les commissaires (trop mal) élus — qui ne se gêne pas pour critiquer les décisions du gouvernement.

L’IRIS partage le constat émis la semaine dernière par Yvan Allaire et Michel Nadeau, de l’Institut sur la gouvernance : le conseil d’administration des futurs centres de services scolaires n’aurait que le pouvoir d’approuver les décisions proposées par des bureaucrates. Des comités formés d’« experts » (directions d’école ou gestionnaires scolaires) proposeront la répartition des ressources entre les établissements, les orientations pédagogiques et la priorisation des budgets. Les parents auront beau détenir 8 des 16 sièges sur le conseil d’administration des centres de services (qui remplaceront les commissions scolaires), ils n’auront pas de réels pouvoirs, estime l’IRIS. Surtout qu’ils devront siéger bénévolement à la fois sur le conseil des centres de services et sur un conseil d’établissement. « Ça représente beaucoup d’heures de bénévolat pour des parents de jeunes enfants qui ont déjà des horaires bien remplis », dit Ève-Lyne Couturier.

Concurrence et choix (limité)

L’IRIS estime aussi que le projet de loi « accentuera la mise en concurrence des écoles » — ce qui est pourtant en soi une très bonne chose —, car il simplifiera l’inscription d’élèves sur un autre territoire que celui de leur centre de services scolaires. « Les parents pourront magasiner leur école sur l’ensemble du territoire du Québec, dit la chercheuse. On transforme les écoles en petites PME qui devront avoir un département de marketing pour aller chercher davantage de clientèle. Les écoles sont financées en fonction du nombre d’élèves. Si moins de parents choisissent leur école de quartier, elle aura moins de ressources. On ne voit pas trop le problème, si ce n’est que les écoles n’auront toujours pas plus de liberté pédagogique, de recrutement ou de publicité...

 Résultat : on peut prévoir que les écoles à projet particulier qui sélectionnent leurs élèves (arts-études, sports-études, programme international) se multiplieront encore, ce qui nuira à la mixité scolaire. On ne comprend pas très bien ce que mixité scolaire signifie ici : parle-t-on de mixité sociale, ethnique ? Mais les bons élèves des quartiers aux mauvaises écoles pourront, au contraire, s’inscrire plus facilement à l’école de leur choix sur l’ensemble du territoire !

Les élèves les plus vulnérables sont tirés vers le haut par les élèves les plus forts, tandis que ceux-ci ne souffrent pas de la présence d’élèves en difficulté, prétend l’IRIS. Pour que cela soit vrai et que tout le monde suive, il faut que le programme soit nivelé par le bas, les bons élèves ne sont pas pénalisés parce que le programme est sous-dimensionné pour eux : ils n’apprennent pas grand-chose.

Mais comme les écoles ordinaires n’accueillent que des élèves ordinaires, les élèves les plus faibles sont susceptibles de rester faibles. C’est déjà le cas dans les quartiers desservis par de mauvaises écoles, mais les élèves en sont captifs.

Source

Voir aussi

Effet d'écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent

L’école privée n’est pas à blâmer

« Ségrégation scolaire » : harcèlement scolaire des bons élèves

Grande-Bretagne : se débarrasser des écoles privées ? Mieux vaudrait résorber l'inégalité entre les écoles publiques

QS et le PQ s'uniraient contre la « ségrégation scolaire »

Québec — Moins d’élèves, mais dépenses en forte hausse

Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal (coûts supplémentaires en francisation et remédiation)

Nombre d’élèves en difficulté a près de doubler en 10 ans, coût : 2,3 milliards par an

vendredi 9 août 2019

Bureaucratie et monopole de l'éducation : enseignant chevronné doit faire 600 heures de stages ou perdre son poste

Le ministère de l’Éducation du Québec veut qu’il fasse 600 heures de stages, alors qu’il enseigne déjà depuis 2003.

Le ministre Jean-François Roberge a déposé en juin un projet de règlement qui vise notamment une « meilleure reconnaissance des acquis expérientiels ». Reste à savoir si les modifications s’appliqueront aux profs du primaire et du secondaire.

Jean-Pierre Racine adore enseigner aux élèves qui ont des difficultés ou susceptibles de décrochage. S’il perd son poste, il sait qu’il pourrait enseigner ailleurs, mais peut-être pas auprès de cette clientèle, craint-il.

Un prof d’expérience craint de perdre son poste dans une école secondaire en raison d’un blocage bureaucratique dans son parcours universitaire, alors que les écoles sont en pleine pénurie de personnel.

Jean-Pierre Racine, 49 ans, enseigne à temps plein les sciences et les math depuis 15 ans au secondaire dans les Laurentides.

Cet automne, il pourrait perdre le poste qu’il aime tant dans une école de Lachute parce qu’il n’est pas suffisamment avancé dans sa formation universitaire en enseignement, selon les balises du ministère de l’Éducation.

Le cœur du blocage : on lui demande de réaliser au moins 600 heures de stage, alors qu’en 15 ans, il a cumulé plus de 21 000 heures en classe, notamment comme prof titulaire.


Il lui semble donc peu pertinent de faire des stages portant, par exemple, sur comment gérer une classe quand la cloche sonne, illustre-t-il en riant.

« Ça prend quoi comme expérience ? Je vais être à la retraite avant d’avoir mon brevet [si ça continue] », ironise-t-il.

MAÎTRISE

Géophysicien de formation, M. Racine n’avait pas fait d’études en enseignement quand il a réalisé qu’il aimerait transmettre sa passion pour la science aux adolescents. La Commission scolaire de la Rivièredu-Nord l’a embauché en 2003 grâce à une « tolérance d’engagement », autorisation qui doit être régulièrement renouvelée.

Afin d’obtenir son brevet en bonne et due forme, M. Racine a décidé de faire une maîtrise qualifiante à temps partiel, tout en enseignant le jour. Il s’est donc inscrit à l’UQAM vers 2008, puis à l’Université de Montréal.

Il a alors suivi plusieurs cours pertinents. « J’ai trippé sur mes cours de psycho », illustre-t-il.

Dès 2012, il a commencé à faire des démarches auprès des deux universités pour que son expérience soit reconnue et créditée à la place des stages. Il a donc fourni de nombreuses lettres de supérieurs témoignant de sa compétence (voir autre texte).

Or, il n’existe aucune « mesure » permettant aux universités de reconnaître l’expérience des profs chevronnés pour leur éviter d’avoir à faire les stages obligatoires, indique Esther Chouinard, des relations de presse du ministère.

SITUATION ABSURDE


Concrètement, M. Racine pourrait réaliser son stage dans l’école où il enseigne déjà. Il lui faudrait alors être supervisé par un mentor, explique-t-il.

Mais il n’y a qu’une seule personne plus ancienne que lui à son école, ajoute-t-il pour illustrer l’absurdité de la situation. De plus, cette collègue n’utilise pas la même méthode d’enseignement que lui, qui fonctionne par projets.

Il serait difficile, voire impossible pour lui de faire ses stages dans une autre école tout en continuant d’occuper son poste.

« Si on me prouvait la pertinence des stages, pour moi, ce serait différent », dit-il.

Mais tous les responsables universitaires, ministériels et députés caquistes qu’il a sollicités au fil des ans lui ont dit qu’il avait raison de chercher à faire reconnaître son expérience, tout en se renvoyant la balle, raconte-t-il.

Voir aussi

Le nombre d’enseignants « non qualifiés » continue d’augmenter dans les écoles québécoises

On se rappellera l’histoire du professeur de latin qui, après onze années d’enseignement au secondaire, avait décidé de remettre ma démission. L’enseignant était détenteur d’un baccalauréat ainsi que d’une maîtrise en histoire avec spécialisation en études anciennes (latin, grec ancien, histoire, archéologie, mythologie, littérature gréco-romaine). Ce latiniste avait ainsi perdu un emploi lorsqu’un syndicat avait exigé d’un directeur qu’il trouve une personne légalement qualifiée. La tâche d’enseigner le latin avait échu à un enseignant qui avait appris cette langue durant son enfance. Le fait qu’il n’avait pas retouché à cette matière durant plus de 25 ans n’était d’aucune importance. À une autre occasion, un poste que le latiniste découragé est revenu à un jeune diplômé en enseignement. Le candidat désigné n’avait jamais fait de latin, mais il s’était engagé à suivre des cours à l’université : il est devenu l’étudiant du latiniste non qualifié selon le syndicat, car celui-ci était aussi chargé de cours en latin à l’Université de Montréal !