Affichage des articles dont le libellé est culpabilité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est culpabilité. Afficher tous les articles

dimanche 9 août 2026

Malgré le scandale, l'autobiographie de l'ex-professeur vedette de Cambridge devrait être publiée ce mois


Le plus jeune professeur noir de Cambridge a donc démissionné.

La maison d’édition Simon & Schuster publiera néanmoins son autobiographie la semaine prochaine, moyennant un à-valoir qui s’élèverait à 1,4 million de livres sterling (ce chiffre a été largement relayé dans la presse ; l’éditeur ne l’a pas confirmé). 

Daniel Engber, du magazine The Atlantic, a mis la main sur le tapuscrit original du livre datant de 2024 et l'a comparé avec la version à paraître. Nous reproduisons son récent article sur ce sujet.

[L’indicatif, que nous avons conservé dans les extraits ci-dessous, ne préjuge en rien de la réalité des faits rapportés par Jason Arday ; nous avons simplement reproduit son emploi.] 


Great and Unfortunate Things, écrit en collaboration avec Eve Claxton, doit paraître la semaine prochaine aux éditions Simon & Schuster. Le récit qu’y expose Arday ne saurait être pris à la lettre : il diffère notablement des autres versions de sa vie qu’il a livrées en public comme en privé, y compris dans la proposition initiale qu’il avait soumise à la maison d'édition par l’entremise de son agent. Pourtant, l’ouvrage se révèle, à bien des égards, d’une honnêteté frappante et particulièrement révélateur : il brosse le portrait saisissant d’un homme manifestement mal préparé à affronter le monde universitaire, mais qui, contre toute attente, a su gravir les échelons les plus élevés. Il ne s’agit pas ici d’un jugement sévère émis par un tiers sur la carrière à la fois tragique et improbable d’Arday : c’est son propre récit.

Son autobiographie débute par une prophétie. Nous sommes en 2006, et Jason Arday, alors âgé de vingt et un ans, installait des pompes à eau dans les favelas du Brésil et enseignait aux enfants comment les utiliser. Une travailleuse humanitaire locale — une femme d’une trentaine d’années, aux cheveux et aux yeux foncés, à l’allure douce et posée — lui effleure le bras et lui murmure qu’il était destiné à souffrir toute sa vie, mais aussi à accomplir de grandes choses.

mardi 30 juin 2026

Repentance — Le Congo a-t-il enrichi la Belgique ?

Le Congo a-t-il enrichi la Belgique ? Rappelons d'abord que Le Congo fut de 1885 à 1908 officiellement reconnu comme la propriété privée du Roi des Belges et non une colonie du royaume de Belgique. En 1908, un an avant la mort du roi, la pression de l'opinion publique et les manœuvres diplomatiques conduisent à la fin de la souveraineté de Léopold II sur le territoire et à l'annexion du Congo par la Belgique en tant que colonie, désormais connue sous le nom de Congo belge. La Belgique, à laquelle Léopold s'était plus tôt engagé à céder le Congo à sa mort, fut réticente de reprendre en main le Congo (voir ci-dessous).

On dispose de chiffres relativement précis qui permettent de répondre à la question de l'enrichissement de la Belgique par le Congo :
En 1908 [...] au moment de la reprise du Congo par la Belgique, le Congo avait rapporté à l’État belge 26 millions francs-or. De 1908 à 1950, Les dépenses coloniales engagées par la Belgique […] atteignirent un total de 259 millions de francs-or. Durant la même période, les avantages recueillis par la Belgique grâce au Congo furent au total de 24 millions.

Les dépenses nettes de la Belgique, de 1908 à 1950, s’élevèrent donc à 235 millions. Le Congo avait rapporté 26 millions au moment de la reprise. Il a coûté 235 millions depuis. Dans l’ensemble, il a donc coûté à la Belgique, jusqu’en 1950, 209 millions de francs-or.
Jean Stengers, « Combien le Congo a-t-il coûté à la Belgique ? », Académie royale des sciences coloniales, Tome XI, fascicule I., 1957, p. 350.

Ces 209 millions de francs-or qui, en 1950, avaient la contre-valeur de 7 milliards de francs belges représentaient alors moins d’un dixième des dépenses annuelles de l’État belge.

De même les 26 millions de bénéfices pour la période de l’État indépendant du Congo (1885-1908) doivent-ils être relativisés par rapport au budget de l’État belge puisque la seule construction du palais royal de Laeken entre 1902 et 1908 coûta 12 millions et celle du palais de Justice de Bruxelles 43 millions. Le Congo ne comptait donc pas pour grand-chose dans l’économie belge.

Billet de loterie coloniale belge fondée le 29 mai 1934 pour aider la colonie en pleine crise économique et l’alimenter en capitaux frais venus de la métropole

À titre de comparaison, la même année, c’est-à-dire en 1950, le simple budget belge des pensions était de 12 milliards et demi ce qui signifie qu’à lui seul ce poste constituait une dépense deux fois plus importante que le coût de 70 ans de présence au Congo (Stengers, 1957, pp 350-351). Le Congo ne comptait donc pas plus dans l’économie belge même s’il avait une importance économique considérable pour certains Belges.

De 1918 à 1939, en moyenne, le budget des Colonies fut annuellement de 1 300 000 francs or et de 1 500 000 de 1945 à la fin (A.J. van Bielsen, Pour une politique congolaise nouvelle, Revue générale belge, 15 avril 1956, p. 811) 1956 : 911). Le budget du ministère des Colonies représentait :

— en 1910 : 0,15 % du budget national belge
— en 1920 : 0,17 %
— en 1930 : 0,13 %
— en 1950 : 0,10 %
— en 1956 : 0,08 %

Rapporté au budget du Congo, le budget du ministère des Colonies représentait pour sa part :

— en 1911 : 3 % du budget du Congo
— en 1930 : 1,8 %
— en 1950 : 1,6 %
— en 1956 : 0,6 %

La Belgique ne pilla donc pas le Congo et pourtant, cette colonie fut une de celles dans lesquelles les profits privés et ceux des consortiums furent les plus importants.

Mais les investissements nécessaires à l’exploitation des potentialités minières y furent considérables (routes, voies ferrées, ports, etc.) tandis que les infrastructures humaines (scolarisation, santé) furent largement sous-traitées aux missions catholiques. L’originalité du Congo belge était qu’il pouvait subvenir à ses besoins. En effet, à partir de 1908, les impôts payés par les consortiums et les privés furent en totalité investis sur place. Le Congo belge pouvait donc subvenir à ses besoins, le plan de développement décennal ainsi que les investissements étant financés par les recettes locales tirées de l’impôt des grandes sociétés.

Parmi toutes les puissances coloniales, la Belgique fut la seule à avoir défini un plan cohérent de développement de sa colonie en partant d’une constatation qui était que tout devait y être fait à partir du néant. En matière d’éducation, la France et la Grande Bretagne saupoudrèrent leurs colonies d’Afrique sud-saharienne tandis que la Belgique choisit de procéder par étapes et de commencer par bien développer le primaire, puis le secondaire et enfin seulement le supérieur. Mais, pour que ce plan puisse être efficace, il lui fallait encore une certaine durée. Or, il fut interrompu par l’indépendance alors qu’il fallait à la Belgique au moins deux décennies supplémentaires pour le mener à son terme.

Le Congo enrichit la Belgique avant 1908 quand le roi Léopold puisa dans ses ressources pour lancer en Belgique une politique de grands travaux. Il créa dans ce but la Fondation de la Couronne à laquelle il attribua environ un dixième de la superficie de tout le territoire et qui percevait les revenus domaniaux des concessions.

Ce fut une période sombre dans l’histoire de la colonisation belge, avec une authentique politique d’exploitation fondée sur le travail forcé et dénoncée dès 1899 par Joseph Conrad dans son livre Au Cœur des ténèbres. Mais ce ne fut qu’une parenthèse de quelques années. À partir de 1908, le Congo rentra en effet dans l’État de droit et ses ressources ne servirent plus qu’à sa mise en valeur.

Ce fut d’ailleurs à partir de ce moment que la Belgique y lança un formidable programme d’équipement routier, ferroviaire, portuaire, etc. (Stengers, 1957).



Reportage sur l’université Lovanium au Congo belge (fin des années 50)

Le Congo finançait son propre plan de développement décennal ainsi que les investissements nécessaires à sa mise en valeur. Jusqu’en 1958, il ne coûta rien à la Belgique puisque les recettes locales tirées de l’impôt des grandes sociétés permettaient les investissements et les dépenses de fonctionnement. Seule exception, la crise des « années 30 » qui ruina le Congo en raison de la chute des cours du cuivre ce qui entraîna un chômage important et le retour de nombreux cadres européens en métropole. L’État belge fut alors contraint d’intervenir et il créa la Loterie coloniale qui rapporta 58 millions de francs-or tandis que le Trésor belge intervenait à hauteur de 104 millions de francs-or durant la période 1933-1940.

En résumé, des origines à 1908, le Congo rapporta 26 millions de francs-or et de 1908 à 1950, il coûta 259 millions. Au total des origines à 1950, il aura donc coûté 209 millions à la Belgique. Or, ces 209 millions représentaient à peine un dixième des dépenses annuelles de l’État Belge.

À partir de 1955, le Congo fut en faillite et l’État belge dut renflouer ses finances. Les économistes prévoyaient que le phénomène allait prendre de plus en plus d’ampleur avec l’accélération des programmes de formation et de mise en valeur prévus, sans compter l’exode rural qui gonflait les centres urbains de masses de chômeurs.

En 1956-1957, les investissements baissèrent et le phénomène fut amplifié par un fait nouveau dans cette colonie où les bénéfices étaient réinvestis sur place : la fuite des capitaux qui montrait bien que les coloniaux avaient perdu confiance dans l’avenir du Congo. Le gouffre financier congolais menaçant de s’ouvrir sous les pieds de la prospère Belgique, voilà qui explique sans doute la précipitation à se débarrasser au plus vite et l’on pourrait dire à n’importe quel prix, d’une colonie qui menaçait de devenir un insupportable fardeau.

D’après ces calculs, l’exportation de biens et de services vers la colonie assurait en 1956 l’emploi direct et indirect de quelque 75 000 personnes, soit 2,1 % de la population active totale [en Belgique] ; en ajoutant aux relations commerciales le revenu des investissements coloniaux, le Congo représentait cette même année, 3,3 % du PNB, 3,6 % des recettes fiscales  de l’État et un pourcentage identique du revenu national (3,3 % des revenus de salariés, 1,1 % des revenus d’entreprises individuelles et loyer [...]) La perte économique due à une (éventuelle) rupture totale pourrait s’élever, selon lui, à 2,4 % du PNB. Mais, « il ne semble pas que l’économie belge puisse être gravement atteinte dans son rythme d’expansion à long terme [...] »

Guy Vantemsche, La Belgique et le Congo, Nouvelle Histoire de la Belgique, tome 4, p. 205
Cette prédiction sera confirmée en 1969, neuf ans après l’indépendance, par René Sterkendries, haut responsable de la Société Générale de Belgique, pourtant fortement liée au Congo :
Or les [relations avec le Congo] contribuaient à la formation, à concurrence de 4 à 5 %, de notre revenu national. [...] C’est à peine si l’économie belge souffrit, dans son ensemble, de la détérioration des rapports entre les deux pays [Congo et Belgique], l’expansion engendrée par l’ouverture progressive du Marché commun faisant contrepoids. Mais ceci ne veut pas dire que l’épargne belge ne fut pas très durement touchée  [les capitaux privés belges avaient beaucoup investi au Congo], ni des familles ruinées, ni certains secteurs d’activité acculés à une difficile reconversion.

René Sterkendries, « Le Congo, Réflexions d’un Belge », 15 juillet 1969.

Le Parlement belge a longtemps été réticent à annexer le Congo de Léopold II jusqu’en 1908 pour plusieurs raisons principales, principalement financières, politiques et morales. 

Contexte historique

Le Congo n’était pas une colonie belge au départ, mais l’État indépendant du Congo (EIC, 1885-1908), une possession personnelle du roi Léopold II. Le Parlement belge avait autorisé le roi à en devenir souverain à titre privé (sans engager l’État belge), conformément à la Constitution. Léopold l’avait obtenu lors de la Conférence de Berlin (1885) comme « œuvre humanitaire » (lutte contre l’esclavage, christianisation, commerce libre). Léopold y a développé un régime d’exploitation intensive (caoutchouc, ivoire) très lucratif pour lui personnellement, mais marqué par des abus graves (travail forcé, violences, diminution démographique). Ces exactions ont été dénoncées internationalement à partir de 1900-1904 (rapport Casement, campagne de E.D. Morel, etc.).

Raisons de la réticence du Parlement

Raisons financières (la principale)

Le Congo était vu comme un « legs encombrant ». Léopold avait accumulé des dettes importantes pour financer son entreprise et ses grands travaux en Belgique. Annexer signifiait reprendre ces dettes, investir dans l’administration et risquer un fardeau pour le contribuable belge. Léopold a négocié dur : il a obtenu une grosse indemnité (environ 110 millions de francs pour dettes + 45 millions pour ses projets + part des revenus futurs). Le Parlement craignait que la colonie ne soit pas rentable à court terme, surtout après les scandales qui risquaient de faire baisser les revenus du caoutchouc.

Manque d’intérêt colonial initial

La Belgique était un jeune pays industriel, neutre, sans tradition coloniale forte ni marine puissante. Beaucoup de parlementaires voyaient les colonies comme un luxe coûteux et risqué pour un petit État. Léopold avait dû faire un lobbying intense pour obtenir l’aval initial en 1885. L’opinion publique et le Parlement étaient plutôt apathiques ou sceptiques vis-à-vis de l’aventure africaine. 

Raisons politiques et morales

Les socialistes (comme Émile Vandervelde) et certains libéraux critiquaient vivement les abus et ne voulaient pas que la Belgique hérite d’un régime entaché d’atrocités.

Il y avait une crainte de s’engager dans une administration lourde et de devoir « réparer » les exactions des scoiétés concessionnaires. Les pressions internationales (Royaume-Uni, États-Unis) forçaient la main, mais certains parlementaires y voyaient une ingérence. 

Le testament de Léopold (1889) prévoyait déjà la cession à la Belgique à sa mort, et un droit de préemption existait depuis 1890/1901. Mais le Parlement a longtemps repoussé ou conditionné la reprise.Vandervelde et d’autres socialistes ont été parmi les plus virulents critiques du régime de Léopold II (abus, travail forcé, etc.). Ils ont contribué à forcer la commission d’enquête de 1905. 

Opposition des socialistes

Les socialistes voyaient dans l’annexion un risque de distraction des ressources nationales au profit d’une entreprise capitaliste coloniale, au détriment des réformes sociales intérieures.

Certains craignaient aussi que le modèle autoritaire du Congo ne renforce les tendances anti-démocratiques en Belgique même.

Vandervelde a fini par accepter (à contrecœur et avec des conditions) l’annexion en 1908, mais une partie du parti restait opposée, préférant se concentrer sur la « question sociale » en métropole:  bas salaires, travail des enfants, logements insalubres, malnutrition.

« Charité bien ordonnée commence par soi-même. » Les ressources de l’État (impôts, budget) devaient d’abord servir à améliorer le sort des ouvriers belges pauvres, plutôt qu’à « civiliser » l’Afrique ou enrichir des intérêts privés.

Le tournant de 1908

Sous la pression internationale croissante et après le rapport de la commission d’enquête belge (1905) qui confirmait des abus, Léopold a été contraint de céder.

Le Parlement a voté l’annexion en 1908 (loi du 18 octobre, effective le 15 novembre). Ce n’était pas un enthousiasme colonial, mais un mélange de devoir national, de nécessité diplomatique (pour calmer les critiques étrangères) et de pragmatisme (mieux valait contrôler directement que laisser un scandale permanent).

Voir aussi

Éducation sur la colonisation belge au Congo dans une école belge

Histoire — Rwanda et Congo, 7 millions de morts ?


samedi 30 mai 2026

Tombes introuvables des enfants autochtones à Kamloops : à quand excuses et errata des grands médias ?

Un texte de Christian Rioux dans le Journal de Montréal.

 Tout le monde se souvient de la terrible « découverte » faite à Kamloops, en Colombie-Britannique, il y a cinq ans, près d’un pensionnat autochtone. Plusieurs médias ont souligné cette semaine le cinquième anniversaire de ce qui avait alors ému le monde entier.

Sauf que, cinq ans plus tard, on n’a toujours pas trouvé la moindre trace de ces « charniers » ou « fosses communes » dont la presse internationale avait fait sa une. Pas le moindre petit bout d’os.

Piscine du pensionnat de Kamloops vers 1960

Un scandale mondial

Le 27 mai 2021, le chef du Conseil de bande local, Rosanne Casimir, avait affirmé que les restes de 215 enfants reposaient dans l’ancien verger du pensionnat de la réserve. Ce pensionnat était l’une des 130 institutions créées par le gouvernement fédéral canadien à l’époque.

En 24 heures, la nouvelle a fait le tour du monde. Du New York Times au Asahi Shimbun (Tokyo) en passant par Le Monde (Paris) et la Vanguardia (Barcelone), on annonça la découverte macabre sans lésiner sur les mots.

Et pourtant, personne n’a jamais entrevu l’ombre d’une tombe. Grâce à des fouilles au radar, des experts avaient bien repéré des « anomalies de terrain » pouvant représenter des « sépultures probables ». Mais rien de plus. Sans attendre les fouilles ni l’exhumation des corps, Justin Trudeau mit les drapeaux en berne et dénonça « un chapitre sombre et honteux » de l’histoire du Canada.

Or, ces fouilles n’ont jamais été faites et elles ne le seront probablement jamais. Dans les quelques pensionnats où elles furent entreprises, elles n’ont strictement rien donné. Et cela, malgré les 246,7 millions de dollars alloués par le gouvernement fédéral au Fonds de soutien communautaire aux enfants disparus des pensionnats, dont 12,1 millions à la seule communauté de Kamloops. Des millions pour l’instant dépensés en vain.

« Révisionnisme »?

On cherche encore les excuses et les erratums de ces médias, pourtant si prompts à dénoncer les fake news, qui ont contribué à cette gigantesque affabulation. Seuls quelques rares chroniqueurs et intellectuels ont eu le courage de braver les accusations de « révisionnisme ».

Parmi eux, l’historien Jacques Rouillard est certainement celui qui a été le plus lucide. Il rappelle qu’avant 1993, personne ne s’était plaint des pensionnats. Les anciens élèves tenaient même des conventums où ils célébraient leurs années d’étude. Comment imaginer que, durant toutes ces années, ni les religieux ni les enseignants, souvent eux-mêmes autochtones, n’aient pu témoigner de ces supposés « meurtres »?


Des représentants de l’Office du tourisme du Mexique ont assisté en 1963 à une représentation de la troupe de danse de Kamloops, très connue dans toute la Colombie-Britannique, et l’ont invitée au Mexique. Les filles ont lancé un appel à la population de Kamloops et ont récolté plus de 10 000 dollars en deux semaines. En juillet 1964, accompagnées de sœur Mary Leonita et du père G. P. Dunlop OMI, les filles se sont envolées pour Mexico où elles se sont produites au célèbre Palacio de Bellos Artes et à l’Arena Mexico devant un public de 5 000 personnes, dans le cadre d’une émission diffusée à la télévision mexicaine. Source : Indian Record, septembre 1964, p. 3.

Il n’est évidemment pas question de nier les conditions difficiles subies par les Autochtones dans ces internats. Ni la souffrance et le déracinement culturel qu’ont connus au cours des siècles les populations autochtones. Mais en quoi cette reconnaissance exigerait-elle de perpétuer une légende ? Légende qui, n’en doutons pas, refera surface l’année prochaine...

Voir aussi 

«MMIWG2SLGBTQQIA+» : une députée canadienne raillée après l’usage d’un acronyme jugé «absurde» et «woke»

Remise de diplômes à Hamilton : célébrations devront être conçues selon un prisme anti-oppressif, antiraciste et anticolonial

L'utilité de la glorification des Premières Nations

Ontario — Des écoles détruisent 5000 livres jugés néfastes aux Autochtones, dont Tintin et Astérix (m à j)

Canada : quand le droit glisse vers une application différente selon le groupe ethnique

Racialisation de la justice : un Amérindien invoque ses origines pour écoper d'une peine moins lourde (2024, affaire Joseph George Sutherland)

Cette « réconciliation » avec les Premières Nations est un désastre pour le Canada

Critique du documentaire Sugarcane, Les Ombres d'un pensionnat (2024)

Manitoba — « La honteuse disparition de l'évêque Grandin »

Nouveau livre sur « Comment le Canada s’est trompé du tout au tout sur les pensionnats autochtones »

Steven Guilbeault : la lutte contre les changements climatiques passe par le savoir et le leadership autochtone  

ECR — obsession pour les Amérindiens écologistes 

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

Ce qu’on ne dit jamais : certains Autochtones ont grandement apprécié leur pensionnat

Pensionnats — Quels enfants disparus ?

jeudi 14 mai 2026

La haine de la France comme ciment de la dictature d'Alger

Pourquoi, alors que la guerre d’Indochine a fait plus de morts que la  guerre d’Algérie, n’existe-t-il pas le même ressentiment des populations  vietnamiennes ou cambodgiennes à l’égard de la France ? Parce que la  querelle avec la France n’est pas seulement une séquelle de l’histoire,  mais le produit d’une instrumentalisation par le pouvoir algérien. Après  la guerre civile des années 1990, qui a coûté la vie à près de  200.000 Algériens, le président Bouteflika entreprend une politique de  réconciliation nationale. Pour forger l’unité, rien de mieux qu’un bouc  émissaire : la haine de la France sera le ciment de la dictature.

Mettre fin à la névrose française

Dans un livre abso­lu­ment pas­sion­nant, France-Algé­rie. De 1962 à nos jours (Tal­lan­dier), l’his­to­rien Pierre Ver­me­ren revient sur « une rela­tion asy­mé­trique com­plexe, faite de non-dits et de mani­pu­la­tions, de rela­tions d’amour-haine pleines de chaus­se­-trappes et de silences, ali­men­tée par de mul­tiples conten­tieux ». Et Ver­me­ren d’ajou­ter : « Si on était en pré­sence de deux indi­vi­dus, il fau­drait en déduire que leur psy­chisme est altéré…» Une rela­tion névro­sée entre une France maso­chiste, obsé­dée par l’auto­fla­gel­la­tion, mul­ti­pliant les gestes d’ami­tié, et une Algé­rie mani­pu­la­trice jouant de la culpa­bi­lité des élites françaises comme un chat avec une pelote de laine.

Pierre Ver­me­ren pèse cha­cun de ses mots. Il n’est ni dans l’outrance ni dans la déma­go­gie. Il n’excuse, ne mini­mise ni n’exa­gère aucune des fautes des deux par­ties en pré­sence. Il ne cache rien de la bru­ta­lité sau­vage de la conquête française, de l’injus­tice de la colo­ni­sa­tion et des crimes com­mis pen­dant la guerre d’indé­pen­dance. Il éva­lue avec jus­tesse l’héri­tage gaul­lien de la guerre d’Algé­rie. De Gaulle n’a jamais été un « colo­nial » : il sait la déco­lo­ni­sa­tion iné­luc­table. Le sys­tème coûte plus qu’il ne rap­porte, l’inté­gra­tion est deve­nue impos­sible, la démo­gra­phie rend illu­soire le rêve d’une Algé­rie française. Il veut se débar­ras­ser au plus vite du « bou­let » algé­rien. Ver­me­ren sou­ligne le prix ter­rible de cette sor­tie : de Gaulle érige, à son corps défen­dant, le GPRA, et donc le FLN, en vain­queur poli­tique de la guerre d’Algé­rie. Les har­kis sont aban­don­nés, les pieds-noirs rapa­triés dans le chaos, les clauses de sau­ve­garde des biens français détri­co­tées, tan­dis que l’immi­gra­tion algé­rienne se pour­suit sans contre­par­tie. L’accord de 1968 ins­talle un régime migra­toire très libé­ral, fon­dant cette excep­tion qui fera de la com­mu­nauté algé­rienne la pre­mière com­mu­nauté étran­gère en France dans les années 1970.

La grande dif­fé­rence entre l’Algé­rie et la France, c’est que cette der­nière a reconnu ses méfaits, d’autant plus inac­cep­tables qu’ils étaient com­mis au nom d’une mis­sion civi­li­sa­trice, par une Répu­blique qui van­tait une pro­messe uni­ver­selle qu’elle était inca­pable de réa­li­ser. Des enfu­mades du maré­chal Bugeaud, condam­nées dès 1847 par le rap­port de Toc­que­ville sur l’Algé­rie, jusqu’au rap­port Stora de 2021, en pas­sant par la recon­nais­sance de la pra­tique de la tor­ture, la France a regardé en face une part de ses fautes. L’Algé­rie, en revanche, ne recon­naît aucun des crimes de son his­toire : la pira­te­rie et l’escla­vage des Euro­péens pen­dant des siècles, la traite saha­rienne mil­lé­naire, les crimes du FLN pen­dant la guerre, les mas­sacres de la décen­nie noire… Tout cela fait l’objet du déni le plus total.

Pour­quoi, alors que la guerre d’Indo­chine a fait plus de morts que la guerre d’Algé­rie, n’existe-t-il pas le même res­sen­ti­ment des popu­la­tions viet­na­miennes ou cam­bod­giennes à l’égard de la France ? Parce que la que­relle avec la France n’est pas seule­ment une séquelle de l’his­toire, mais le pro­duit d’une ins­tru­men­ta­li­sa­tion par le pou­voir algé­rien. Après la guerre civile des années 1990, qui a coûté la vie à près de 200.000 Algé­riens, le pré­sident Bou­te­flika entre­prend une poli­tique de récon­ci­lia­tion natio­nale. Pour for­ger l’unité, rien de mieux qu’un bouc émis­saire : la haine de la France sera le ciment de la dic­ta­ture. Bou­te­flika cri­mi­na­lise la colo­ni­sa­tion, la nazi­fie, l’assi­mile à un pro­ces­sus géno­ci­daire, gonfle sans cesse le nombre de ses « mar­tyrs », orga­ni­sant une véri­table mémoire d’état. Avec la com­pli­cité des intel­lec­tuels post­co­lo­niaux et des agents d’Alger, trop heu­reux d’entre­te­nir la mau­vaise conscience occi­den­tale, même si celle-ci sert d’assu­rance-vie à un sys­tème dic­ta­to­rial qui prive son peuple de liber­tés et le condamne au sous-déve­lop­pe­ment. Citons, entre autres, l’iné­nar­rable Rima Has­san : « La Mecque des révo­lu­tion­naires et de la liberté est et res­tera l’Algé­rie», ou le rec­teur de la Grande Mos­quée de Paris, Chems-Eddine Hafiz : « Je ne peux pas sup­por­ter qu’on dise que l’état algé­rien est dic­ta­to­rial, c’est une démo­cra­tie nais­sante. »

On parle beau­coup des ingé­rences étran­gères dans la poli­tique française dans la pers­pec­tive de 2027. Mais ce que montre Ver­me­ren, c’est que l’ingé­rence algé­rienne dans la poli­tique française a été conti­nue depuis l’indé­pen­dance. Alger sou­tient sys­té­ma­ti­que­ment le can­di­dat de gauche depuis Mit­ter­rand. Le pré­sident socia­liste, qui avait beau­coup à se faire par­don­ner d’avoir été garde des Sceaux pen­dant la bataille d’Alger - au moment où la tor­ture fut pra­ti­quée par l’armée française et où une qua­ran­taine de mili­tants du FLN furent condam­nés à mort et exé­cu­tés - mul­ti­plia les gestes en direc­tion d’alger et des res­sor­tis­sants algé­riens : attri­bu­tion de la Grande Mos­quée de Paris à l’Algé­rie, Aban­don du pro­jet de « retour » envi­sagé sous Valéry Gis­card d’Estaing, recon­nais­sance du droit d’asso­cia­tion pour les étran­gers…

C’est plus com­pli­qué avec Chi­rac, notoi­re­ment proche de la famille royale maro­caine. Mais le pré­sident de la Répu­blique cède, après les émeutes de 2005, à la reven­di­ca­tion por­tée par Alger de sup­pri­mer l’article 4 de la loi de 2005 sur les rapa­triés, évo­quant les « aspects posi­tifs de la colo­ni­sa­tion » (amen­de­ment Van­neste). La vic­toire de Nico­las Sar­kozy, dont le conseiller poli­tique d’alors Patrick Buis­son était notoi­re­ment favo­rable aux pieds-noirs, est un échec pour Alger. Celle de François Hol­lande est perçue comme une vic­toire. Il est le pre­mier à faire acte de repen­tance à Alger, même s’il refuse de pré­sen­ter les excuses que récla­mait le pou­voir algé­rien, sur le modèle des excuses publiques du pré­sident alle­mand aux Juifs pour l’holo­causte.

Macron appa­raît, dans cette fresque, comme le pré­sident français le mieux dis­posé à l’égard d’Alger, et pour­tant le plus bru­ta­le­ment déçu. Sa décla­ra­tion de 2017 sur la colo­ni­sa­tion comme « crime contre l’huma­nité », son geste sur le 17 octobre 1961, le rap­port Stora, sa volonté de récon­ci­lia­tion : tout aurait dû satis­faire Alger. Il n’en fut rien. Plus la France cède, plus l’Algé­rie demande. En 2021, Macron finit par dénon­cer une «rente mémo­rielle», com­pre­nant tar­di­ve­ment que la bonne volonté française ne suf­fit pas face à un pou­voir qui a besoin de la que­relle pour se main­te­nir. Le rap­port Stora, pour­tant très favo­rable à une poli­tique des petits pas mémo­riels, est lui-même récusé par Alger. La France croit ache­ter l’apai­se­ment par la contri­tion : le régime algé­rien trans­forme cette contri­tion en preuve de culpa­bi­lité. C’est pour cela que le mot de Macron sur les « mabouls » est pro­fon­dé­ment injuste. Les mabouls ne sont pas de notre côté de la Médi­ter­ra­née. Ce ne sont ni Bruno Retailleau, ni les « iden­ti­taires » , ni « l’extrême droite » qui sont res­pon­sables de la dégra­da­tion de la rela­tion avec l’Algé­rie. Les idiots utiles qui accablent la France res­semblent à ces intel­lec­tuels de gauche qui pen­saient que la guerre froide était de la seule res­pon­sa­bi­lité des États-unis, niant que L’URSS avait besoin de cette confron­ta­tion exis­ten­tielle pour mas­quer la faillite de son sys­tème.

La France doit ces­ser de se vivre comme l’héri­tière éter­nelle du péché colo­nial, et l’Algé­rie doit ces­ser de faire de la France l’alibi de ses échecs. Il serait temps de sor­tir de la névrose pour adop­ter une « rela­tion nor­male ». Comme le résume l’humo­riste algé­rien Fel­lag, cité par Ver­me­ren à la fin de son livre : « Vous avez raté votre colo­ni­sa­tion. Nous avons raté notre indé­pen­dance. Nous sommes quittes. »

Source : Le Figaro
 


FRANCE-ALGÉRIE : 
HISTOIRE D'UNE RELATION PATHOLOGIQUE. DE 1962 À NOS JOURS
par Pierre VERMEREN 
paru le 29 avril 2026
chez Tallandier
 ‎ 304 pages
ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1021066441 

vendredi 10 avril 2026

Dans les années 1970, Valéry Giscard d'Estaing a essayé de mettre en place l’expulsion de… 500.000 Algériens.

Dans une récente et passionnante conversation diffusée sur YouTube, le journaliste Transmission reçoit l’historien Pierre Vermeren pour une analyse sans fard des relations franco-algériennes.
 
La vidéo, intitulée « Ce que la France n’ose pas dire sur l’Algérie », éclaire un épisode méconnu de l'histoire récente : la tentative, sous Valéry Giscard d’Estaing, d’organiser le retour volontaire – et, si nécessaire, plus encadré – de plusieurs centaines de milliers d’Algériens dans les années 1970, au lendemain du choc pétrolier et face à la montée du chômage.
 
Ce projet, ambitieux et pragmatique, visait à soulager un marché du travail français alors en pleine contraction. Il s’est heurté à des obstacles politiques, diplomatiques et juridiques. Pourtant, ce qui frappe le plus, à la lecture de l’histoire, n’est pas l’échec lui-même, mais le contraste saisissant avec une période antérieure où la France exerçait, sans états d’âme excessifs, son droit souverain de réguler sa population étrangère.

Les années 1930 : une gauche réaliste face à la crise

Remontons aux années 1930, au cœur de la Grande Dépression. La France comptait alors près de trois millions d’étrangers, principalement des Polonais dans les mines du Nord et de l’Est, et des Italiens dans l’agriculture et l’industrie. Le chômage massif touchait durement les ouvriers français. La réponse politique fut claire et largement partagée, y compris à gauche : priorité nationale à l’emploi et rapatriements organisés.

La loi du 10 août 1932, adoptée sous un gouvernement radical de centre-gauche, instaura une véritable préférence nationale. 

Des centaines de milliers de travailleurs étrangers – surtout polonais – furent reconduits chez eux, souvent avec une aide au retour. Ni les socialistes de la SFIO ni même les communistes ne crièrent à la xénophobie. 

L’étranger était alors perçu comme un travailleur temporaire, accueilli en fonction des besoins de l’économie française. Protéger la communauté nationale et ses travailleurs n’était pas un tabou moral ; c’était une évidence républicaine. 

L’expulsion, lorsqu’elle s’imposait, ne suscitait aucun scrupule collectif. La gauche de l’époque restait ancrée dans un patriotisme social : elle défendait d’abord le peuple français.

Les années 1980 : l’anti-racisme comme nouvel horizon moral

Tout change avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Face à une immigration désormais post-coloniale, installée durablement et accompagnée du regroupement familial, la sensibilité politique se transforme profondément. 

L’anti-racisme devient, pour une partie de la gauche, un impératif catégorique, une nouvelle raison d’être. La Marche pour l’égalité de 1983 et la création de SOS Racisme en 1984 marquent ce basculement symbolique : l’immigré, et surtout ses enfants nés en France, est désormais érigé en figure centrale de l’opprimé. Toute mesure restrictive – contrôle des flux, expulsion, même pour motif économique – est suspectée de racisme latent.

Ce n’est plus la protection des ouvriers français qui prime, mais la lutte contre les discriminations réelles ou supposées. 

L’expulsion, autrefois outil légitime de régulation, devient moralement impensable. On passe d’une vision nationale du social à un universalisme abstrait où la défense de l’« Autre » l’emporte sur la cohésion du corps national. 

Cette évolution idéologique nourrit et renforce, à son tour, les interprétations jurisprudentielles qui compliquent les retours organisés.

Des blocages juridiques réversibles, non des fatalités

Certes, le droit a évolué : intégration du préambule de 1946 dans le bloc de constitutionnalité, ratification de la Convention européenne des droits de l’homme. Mais ces textes, comme toute norme, sont soumis à interprétation. 

Rien n’oblige la France à y voir un interdit absolu d’expulsion collective en période de crise. Aucune disposition constitutionnelle n’accorde aux étrangers un droit général et imprescriptible au séjour. Les décisions du Conseil constitutionnel ou de la Cour européenne sont des choix jurisprudentiels, non des vérités éternelles.

Un pouvoir politique déterminé, fort de sa légitimité démocratique, peut parfaitement réviser l'interprétation de la Constitution, dénoncer certains engagements internationaux ou renégocier des accords bilatéraux. 

Les blocages actuels ne sont pas une fatalité juridique ; ils sont le produit d’une culture politique et morale qui a choisi, depuis les années 1980, de sacraliser la non-expulsion au nom d’un anti-racisme devenu dogme.

Le droit légitime d’un pays d’accueil

La France, comme toute nation souveraine, possède le droit fondamental de décider qui elle accueille et pour combien de temps. Lorsque l’économie, l’équilibre social ou la cohésion nationale l’exigent, organiser le retour des étrangers – y compris de ceux qui ont été accueillis en toute bonne foi – n’est ni une injustice ni une trahison des valeurs républicaines. C’est l’exercice légitime d’une souveraineté que nos prédécesseurs, y compris à gauche, assumaient sans complexe. 

Le dernier livre de Pierre Vermeren

Pierre Vermeren est historien et professeur des universités à Paris 1 Panthéon-Sorbonne spécialiste des sociétés arabo-berbères de l’Afrique du Nord contemporaine. Il a notamment publié Histoire de l’Algérie contemporaine (2022) et dans la collection « Texto» La France en terre d’islam (2020) et Le Maroc en 100 questions (2024). Son dernier livre est France-Algérie. De 1962 à nos jours (2026).


France-Algérie. De 1962 à nos jours:
Histoire d'une relation pathologique,
paru chez Tallandier,
à Paris,
le 19 mars 2026,
304 pages,
ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1021066441 

Rappels d’ambassadeurs, arrestations arbitraires, chute des échanges commerciaux, crise des visas… Comment sommes-nous passés en quelques années d’une estime entre dirigeants français et algériens à une tension aussi forte depuis 2024 ? L’historien Pierre Vermeren décrypte sur le temps long cette relation complexe qui traverse sa plus grave crise.

Après plus d’un siècle de colonisation par la France, l’Algérie est devenue indépendante le 5 juillet 1962. Pourtant la guerre et ses conséquences restent non soldées malgré la culpabilité française et une réconciliation mémorielle ratée. Depuis de Gaulle et Boumediene, les rapports diplomatiques sont l’habillage officiel des contacts directs entre les deux présidences et de réseaux d’influences qui poussent leurs pions. Tout semble désormais opposer ces deux nations dont la relation, devenue toxique, permet au régime algérien d’accabler la France d’Emmanuel Macron des maux qui frappent le pays, telle la révolte du Hirak de 2019. L’Algérie rejette à présent la francophonie et s’affiche avec la Chine ou la Russie.

Pierre Vermeren montre comment Paris s’épuise à construire des rapports « normaux» tandis qu’Alger qualifie la France d’«ennemi éternel et traditionnel ». Cette relation pourra-t-elle un jour s’apaiser?

mardi 7 avril 2026

« Pourquoi ne parle-t-on jamais de la responsabilité des Africains dans l’esclavage des leurs ? »

La résolution votée le 25 mars dernier par l’assemblée générale de l’ONU pour qualifier la traite atlantique et l’esclavage des Africains de « plus grave crime contre l’humanité » omet curieusement la traite arabo-musulmane et, plus encore, la traite intra-africaine. Marie-Claude Mosimann-Barbier revient sur ce dossier, elle est maître de conférences honoraire de l’École normale supérieure de Paris-Saclay, membre du GRER (groupe de recherche sur le racisme et l’eugénisme) de l’université Paris-Cité.

Le 25 mars, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution qualifiant  la traite atlantique et l’esclavage des Africains  de « plus grave crime contre l’humanité ». L’objectif est clair : cette condamnation doit ouvrir la voie à des réparations financières. Les réactions dans la presse ont été nombreuses : une majorité, faisant fi de l’histoire, s’en félicitait, et quelques-uns soulignaient la coutumière invisibilisation de la traite arabo-musulmane , ce « tabou bien gardé » comme la qualifie l’anthropologue algérien et spécialiste de l’Islam Malek Chebel. 

Toutefois, le rôle du  Ghana comme initiateur de la résolution n’a fait réagir personne alors qu’il existe un deuxième tabou encore mieux gardé : le rôle actif dans la traite de plusieurs ethnies africaines, dont les Ashantis, dans l’actuel Ghana. En effet, si les acheteurs [pour ce qui est de la traite atlantique] étaient européens, les vendeurs étaient africains. Les Européens ne s’aventuraient pas à l’intérieur des terres mais achetaient les esclaves à des partenaires africains. D’une part, l’insalubrité des zones intérieures avait découragé les quelques Portugais qui s’y étaient aventurés et, d’autre part, depuis les débuts, au VIIe siècle, de la traite transsaharienne, des Africains vendaient des esclaves aux Arabo-musulmans. Lorsque le commerce triangulaire se mit en place, des vendeurs existaient déjà mais, avec une demande européenne croissante, de nombreuses ethnies africaines s’impliquèrent activement dans la traite atlantique.


Ceci s’inscrit dans une dimension historique peu connue qui est la longue existence de l’esclavage en Afrique. C’est Olivier Pétré-Grenouilleau qui, le premier, le porta à la connaissance du grand public, dans son remarquable livre Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, lequel suscita un torrent d’indignations et d’attaques à sa sortie en 2004. Il expliquait que, bien avant l’arrivée des Européens et le développement de la traite atlantique, l’esclavage interne était une réalité structurelle dans la plupart des sociétés africaines ; c’était une institution intégrée aux structures économiques, sociales et politiques locales. 

Dans les nombreuses guerres intertribales, le vainqueur avait le droit d’asservir les vaincus et, par ailleurs, dans la mesure où la prison n’existait pas, des individus pouvaient être réduits en esclavage à la suite de dettes ou de comportements tribaux répréhensibles. Selon Pétré-Grenouilleau, l’esclavage interne concernait une part importante de la population en Afrique de l’Ouest, où jusqu’à 60 % des individus pouvaient être en situation d’esclavage ou de dépendance à la fin du XIXe siècle. On peut considérer que l’existence de cet esclavage interne a facilité la traite transatlantique, dans la mesure où les Européens ont pu s’appuyer sur des réseaux et des pratiques locales pour se procurer des captifs. Plusieurs rois ou chefs africains ont donc joué un rôle actif dans la fourniture d’esclaves aux négriers européens.

Renforcer le pouvoir économique et politique des élites africaines

C’est le royaume du Dahomey (actuel Bénin) qui est considéré comme le plus impliqué dans la vente d’esclaves aux Européens, notamment via le port de Ouidah. Les rois du Dahomey ont institutionnalisé la traite et mené des razzias pour capturer des esclaves dans les régions voisines. Dans son livre L’Esclavage, l’histoire à l’endroit, Bernard Lugan écrit que le roi Tegbessou «vendait chaque année 9000 esclaves aux négriers européens et il en retirait des revenus supérieurs à ceux de Liverpool ou de Nantes, et quatre à cinq fois plus élevés que ceux des plus riches propriétaires terriens d’Angleterre ».

Dans le niveau d’implication, le Dahomey est suivi de près par le royaume Ashanti, qui correspond à peu près à l’actuel Ghana, dont le ministre des Affaires étrangères réclame réparation ! Ce puissant royaume a livré un grand nombre de captifs, issus de guerres ou de razzias, aux négriers européens sur la Côte de l’Or. Plusieurs cités-États yoruba (actuel Nigeria), comme Oyo, ont participé activement à la traite, vendant des prisonniers de guerre ou des Africains razziés. Le Royaume du Kongo avec, en particulier, son roi Alphonse Ier , ou encore la reine Njinga en Angola, ont fourni de nombreux esclaves aux Portugais, entraînant le développement des ports de Luanda et Loango. Des marchands et chefs igbo (Nigeria) ont vendu des esclaves via le port de Calabar, autre grand point de départ de la traite atlantique. Les chefferies douala (Cameroun) ont organisé des razzias et vendu leurs captifs, de même que les souverains des royaumes de la côte sénégambienne, comme le roi Amony.

On peut dire que les élites de l’Afrique de l’Ouest ont utilisé la traite pour renforcer leur pouvoir économique et politique, en échangeant des esclaves contre des armes, des tissus, de l’alcool et d’autres biens européens. Si cette participation africaine à la traite atlantique était une réponse à la demande européenne, elle a aussi été une stratégie locale de pouvoir et d’enrichissement. De ce fait, la demande du Ghana paraît un peu surréaliste : comment le vendeur peut-il s’exonérer de toute responsabilité dans la traite pour accabler le seul acheteur ?

La situation était au départ la même dans l’est de l’Afrique, côté océan Indien. Pour avoir beaucoup travaillé sur les explorateurs britanniques chargés, à partir de 1850, par la Société royale de géographie de cartographier cet intérieur encore inconnu, de trouver les grands lacs et accessoirement de trouver les sources du Nil, j’ai pu observer la même démarche de départ. Jusque dans les années 1830, les traitants arabo-musulmans et leurs agents côtiers swahilis s’approvisionnaient en esclaves auprès de tribus alliées : en particulier les Yao au sud et les Nyamwezi à l’est du lac Tanganyika. La situation allait par la suite changer et voir une recrudescence meurtrière de la traite arabo-musulmane.


Un «génocide voilé»

En effet, à compter de 1830, la demande en ivoire augmentant fortement et les plantations de  Zanzibar se développant, les besoins en esclaves augmentèrent et les Arabo-musulmans décidèrent de prendre les choses en main : ils ouvrirent des voies d’accès vers les grands lacs et mirent en place une logistique de stations-relais pour les caravanes où entreposer ivoire et esclaves (l’or blanc et l’or noir) avant de les conduire à la côte. 

Les explorateurs successifs croisent de longues files d’Africains enchaînés, tués s’ils ne pouvaient plus avancer, marchant pendant des semaines pour être acheminés vers Zanzibar, Kilwa et Mombasa, avant que les survivants ne soient transportés vers les marchés du Moyen-Orient, de l’Inde et de l’océan Indien. Pour faciliter la capture, les traitants mettaient le feu au village sur trois côtés et se saisissaient ainsi aisément de ceux qui tentaient de s’échapper. Livingstone, quand il atteint le lac Nyassa, (l’actuel lac Malawi) découvre, atterré, que le lac est traversé en permanence par des dhows, boutres chargés d’esclaves, et que de nombreux cadavres flottent au fil de l’eau. Dans les vingt années entre 1855 et 1875, des régions entières se trouvèrent vidées de leurs habitants.

L’explorateur Verney Cameron, envoyé au secours de Livingstone, alertait le gouvernement britannique par ces mots : Traverser les ruines de tant de villages abandonnés, qui abritaient autrefois des gens heureux, était d’une tristesse indescriptible. Où étaient passés ceux qui les avaient construits et avaient cultivé les champs environnants ? Où ? Emmenés comme esclaves, massacrés par des scélérats [...], ou morts de faim et de maladie dans la jungle.  L’Afrique se vide de son sang par tous ses pores. Ce pays riche […] voit sa population […] décimée jour après jour par la traite et les guerres fratricides (ma traduction). Précisons ici que les sociétés de l’Afrique précoloniale n’avaient rien de rousseauistes mais que les guerres intertribales étaient récurrentes.

L’anthropologue franco-sénégalais Tidiane N’Diaye n’hésite pas à parler de « génocide voilé » pour désigner les horreurs de la traite arabo-musulmane. Comment expliquer, malgré des faits historiques indéniables, ce refus de la prendre en considération ? D’abord peut-être parce qu’elle n’est pas l’œuvre d’États identifiables auxquels on peut demander des réparations (à l’exception d’Oman qui a colonisé Zanzibar - et la côte swahilie - et a asservi toute la population de l’île) ; ensuite, parce qu’un grand nombre d’esclaves mâles étaient castrés, au prix d’ailleurs d’une mortalité effrayante, et ne pouvaient donc pas se reproduire ; enfin parce que ces esclaves étaient répartis dans de nombreuses régions : Égypte, Arabie, Moyen-Orient et jusque dans les sultanats indiens, ce qui n’a pas permis la formation d’entités demandant réparation.

Comment conclure ? D’abord qu’il serait souhaitable que les Africains reconnaissent avoir joué un rôle central dans les deux traites, comme pourvoyeurs, intermédiaires ou organisateurs, et que ce sujet cesse d’être tabou ou marginalisé dans les récits historiques. Par exemple, contrairement à Pétré-Grenouilleau, les auteurs du bel ouvrage collectif récent, Les Mondes de l’esclavage. Une histoire comparée (Seuil, 2021), évoquent la participation active des Africains mais sans s’y attarder. Comme le titre l’implique, ils se concentrent davantage sur une histoire comparée des systèmes esclavagistes que sur les mécanismes internes africains. De toute façon, il reste malséant de remettre en cause les récits victimaires dominants.

On ne peut que déplorer en outre qu’en ces temps de violence, l’ONU ne se consacre pas avant tout à remplir sa fonction première, à savoir éviter les conflits majeurs et favoriser la coopération entre pays, plutôt que de passer du temps à hiérarchiser les crimes passés. Peut-être faudrait-il aussi que les membres de l’ONU, ainsi que bon nombre de politiques, quittent leur bulle idéologique et se plongent dans une étude approfondie de l’histoire.

Voir aussi

« On a tenté d'édulcorer la responsabilité de l'Islam dans les régimes autoritaires [et l'esclavage] du monde musulman »

 « Et si l’on demandait réparation à Alger pour les milliers de Français qui y furent réduits en esclavage ? » 

« Tradition franque » d’hommes libres contre esclavage traditionnel méditerranéen y compris européen

Radio-Canada nous « éduque » : « plus de 800 mille-z esclaves en sol canadien » en 1834

« La traite arabo-musulmane est volontairement occultée dans les mémoires de l’esclavage » 


Un million d’esclaves européens chez les Barbaresques 

Le génocide voilé (traite négrière musulmane)  

Histoire — la traite esclavagiste a-t-elle permis le décollage économique de l’Occident ?

 
Manuel d’histoire québécois approuvé par le Ministère (1) — chrétiens intolérants, Saint-Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part

 Complément au nouveau cours d'histoire du Québec (extrait de « Génocide voilé »)

dimanche 15 mars 2026

Remise de diplômes à Hamilton : célébrations devront être conçues selon un prisme anti-oppressif, antiraciste et anticolonial

Une note de service du conseil scolaire Hamilton-Wentworth (HWDSB), en Ontario, révèle jusqu’où peut aller la réécriture symbolique de l’identité canadienne. Daté du 11 décembre 2025 et signé par Lindsay Snell, surintendante de l’Équité et de la Réussite étudiante, ce document de quatre pages, adressé aux directions des écoles primaires et secondaires, énonce les « principes directeurs » qui devront encadrer les cérémonies de remise de diplômes pour l’année scolaire 2025-2026. Ce conseil scolaire rassemble environ 50 000 élèves dans 93 écoles (primaires et secondaires).

Dès la première page, le ton est donné : toutes les célébrations devront être conçues selon une perspective anti-oppressive, antiraciste et anticoloniale. Parmi les obligations concrètes figure celle-ci, formulée sans détour dans un tableau récapitulatif : « En tant que citoyens de l’Île de la Tortue, les écoles incluront la reconnaissance territoriale du HWDSB dans tous les événements de remise de diplômes. » Le document ajoute également que, lors de l’hymne canadien, « tous les élèves et invités présents peuvent choisir de ne pas se lever », au nom d’une « célébration équitable » pour chaque élève.


L’Île de la Tortue, ou la sacralisation d’un mythe amérindien instrumentalisé

« L’Île de la Tortue » n’est ni un terme neutre ni une appellation universelle. L’expression provient de récits de création présents dans certaines traditions autochtones du Nord-Est de l’Amérique du Nord, notamment chez plusieurs peuples iroquoiens, comme les Mohawks — appelés Agniers par les Français —, ainsi que chez d’autres peuples des régions voisines. Selon ces récits, la terre aurait émergé du dos d’une tortue à la suite d’un déluge primordial.

Aujourd’hui, cette expression tend à être élevée au rang de référence institutionnelle. La note de servicedu HWDSB ne se contente pas de la mentionner : il en fait la désignation identitaire des élèves, des familles et du personnel. On ne parle plus de « Canadiens » ou d’« Ontariens », mais de « citoyens de l’Île de la Tortue ». La reconnaissance territoriale cesse ainsi d’être une marque de courtoisie facultative pour devenir une obligation. Le passé autochtone n’est plus seulement enseigné : il est placé au centre même de la cérémonie qui marque l’aboutissement de douze années d’école publique.


Le terme île de la Tortue désigne l'Amérique du Nord dans les cercles militants 

Un héritage européen relégué au rôle de faute historique

Dans ce cadre, que devient l’autre récit fondateur ? Celui de la Nouvelle-France, des colons français, des alliances conclues avec les Premières Nations, de la langue, de la foi catholique et du droit civil qui ont largement contribué à la formation du Canada ? Le mémo n’y fait aucune référence. Plus encore : cet héritage est implicitement rangé dans la catégorie du « colonial » qu’il conviendrait de « déconstruire ».

L’« anticolonialisme » n’y apparaît pas comme une perspective parmi d’autres, mais comme le filtre principal à travers lequel doivent désormais être interprétés l’histoire, les symboles canadiens — l’hymne compris — et l’identité collective. D’un côté, on valorise un récit précolonial autochtone jusqu’à acquérir une dimension quasi sacrée ; de l’autre, l’héritage européen est présenté comme un poids oppressif dont il faudrait publiquement se dissocier.

Par omission, le message se fait culpabilisant : la Nouvelle-France n’est jamais nommée comme fondation légitime, et aucune reconnaissance comparable n’est accordée à l’apport français. Il en résulte l’idée implicite que seule la présence des premiers occupants conférerait une pleine légitimité morale, tandis que le reste de l’histoire serait relégué au rang d’erreur originelle à expier.

Une controverse qui dépasse Hamilton

Le document n’a pas tardé à susciter une vive réaction sur les réseaux sociaux. Pour de nombreux Canadiens, il ne s’agit pas d’inclusion, mais d’une forme de revanche symbolique : on rebaptise le pays, on redéfinit l’identité des jeunes et l’on transforme une fête de fin d’études en un rituel chargé de repentance.

Le choix même de l’expression « citoyens de l’Île de la Tortue » pour des élèves majoritairement non autochtones est perçu par certains comme un geste militant assumé. Il ne s’agirait plus simplement d’enseigner l’histoire autochtone — ce qui relèverait d’un travail légitime de transmission — mais de la substituer au récit canadien.

Le HWDSB n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Depuis la publication du rapport de la Commission de vérité et réconciliation en 2015, cette perspective « anti-oppressive » s’est progressivement diffusée dans diverses politiques scolaires provinciales. Mais ici, la logique semble franchir un seuil supplémentaire : il ne s’agit plus seulement de reconnaître le passé autochtone, mais d’inviter l’ensemble des citoyens à s’y identifier comme à une nouvelle référence collective.

L’« Île de la Tortue » cesse alors d’être une simple métaphore culturelle pour devenir un instrument politique. Et, en juin prochain, les diplômés de Hamilton ne célébreront pas seulement la fin de leurs études : ils participeront aussi, souvent sans en avoir pleinement conscience, à une nouvelle manière de nommer et de penser leur propre pays.

Voir aussi

L'utilité de la glorification des Premières Nations

Ontario — Des écoles détruisent 5000 livres jugés néfastes aux Autochtones, dont Tintin et Astérix (m à j)

Canada : quand le droit glisse vers une application différente selon le groupe ethnique

Racialisation de la justice : un Amérindien invoque ses origines pour écoper d'une peine moins lourde (2024, affaire Joseph George Sutherland)

Cette « réconciliation » avec les Premières Nations est un désastre pour le Canada

 Critique du documentaire Sugarcane, Les Ombres d'un pensionnat (2024)

Manitoba — « La honteuse disparition de l'évêque Grandin »

Nouveau livre sur « Comment le Canada s’est trompé du tout au tout sur les pensionnats autochtones »

Steven Guilbeault : la lutte contre les changements climatiques passe par le savoir et le leadership autochtone  

ECR — obsession pour les Amérindiens écologistes 

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

 

mercredi 14 janvier 2026

Diffusion et effets de l’idéologie de la « justice sociale critique » dans les écoles américaines

Publié en février 2023 par le Manhattan Institute, un laboratoire d'idées américain d’orientation conservatrice, le rapport intitulé School Choice Is Not Enough: The Impact of Critical Social Justice Ideology in American Education a été rédigé par Zach Goldberg, analyste politique, et Eric Kaufmann, chercheur associé.

Cette étude analyse la diffusion et les effets de ce que les auteurs désignent comme l’idéologie de la « justice sociale critique » (Critical Social Justice, CSJ) dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis.


La CSJ regroupe un ensemble de concepts issus principalement de la théorie critique de la race (Critical Race Theory, CRT) et de certaines approches radicales de l’idéologie du genre : privilège blanc, racisme systémique, patriarcat, ou encore l’idée selon laquelle l’identité de genre serait indépendante du sexe biologique.

Le rapport conteste l’affirmation selon laquelle ces notions seraient marginales ou cantonnées à quelques établissements militants. Il soutient au contraire qu’elles sont largement diffusées dans le système éducatif américain, y compris dans les écoles privées et religieuses, et qu’elles exercent une influence durable sur les attitudes politiques, raciales et civiques des élèves.

Méthodologie

L’étude repose sur une enquête menée auprès d’un échantillon national représentatif de 1 505 jeunes Américains âgés de 18 à 20 ans. Les participants ont été interrogés sur :

  • leur exposition à huit concepts centraux de la CSJ ;
  • la manière dont ces idées leur ont été présentées (comme des vérités établies ou comme des points de vue parmi d’autres) ;
  • leurs opinions politiques, leurs attitudes à l’égard des relations raciales et leur vécu scolaire.

Les données ont été croisées avec des variables démographiques (origine ethnique, sexe, région, type d’établissement fréquenté) et contextuelles (orientation politique du comté, niveau de revenu familial).
Les auteurs soulignent que l’école constitue la deuxième source d’exposition initiale à ces idées (23 %), derrière les réseaux sociaux (40 %), ce qui relativise sans l’annuler la responsabilité du cadre scolaire.

Ampleur de l’exposition aux concepts de justice sociale critique

Les résultats font apparaître une diffusion très large de ces notions.

Ainsi, 93 % des répondants déclarent avoir été exposés à au moins l’un des huit concepts par un enseignant ou un adulte dans le cadre scolaire. La proportion atteint 90 % pour les concepts liés à la théorie critique de la race et 74 % pour ceux associés à l’idéologie de genre.

En moyenne, les jeunes interrogés ont été confrontés à plus de la moitié de ces concepts. Cette exposition concerne tous les types d’établissements :

  • 73 % dans les écoles paroissiales,
  • 82 % dans les écoles privées non confessionnelles,
  • 83 % parmi les élèves instruits à domicile.

Les écoles publiques se distinguent par une présence plus marquée des thématiques liées au genre. Des variations démographiques apparaissent également : les élèves noirs et hispaniques sont davantage exposés aux concepts issus de la CRT, tandis que les zones urbaines et les comtés à majorité démocrate présentent des taux plus élevés concernant les questions de genre.

Point particulièrement préoccupant pour les auteurs : dans près de 70 % des cas, ces idées sont perçues comme ayant été présentées sans contre-discours, non comme des hypothèses discutables, mais comme des vérités allant de soi.

Effets sur les opinions politiques et idéologiques

L’un des constats centraux du rapport est l’existence d’une corrélation forte entre l’exposition à la CSJ et un déplacement des opinions politiques vers la gauche.

Chez les jeunes n’ayant été exposés à aucun de ces enseignements, l’identification partisane reste relativement équilibrée (27 % se déclarent républicains, contre 20 % démocrates). À l’inverse, chez ceux ayant connu une exposition maximale, l’écart devient très marqué : 53 % se déclarent démocrates, contre seulement 7 % républicains.

L’auto-identification comme « libéral » progresse également de manière significative, passant de 28 % en l’absence d’exposition à plus de 50 % chez les individus fortement exposés.

Le soutien à des politiques explicitement différenciées selon l’origine ethnique, telles que l’embauche préférentielle en faveur des Noirs, augmente de 17 % à 44 % avec l’intensité de l’exposition.

Ces effets persistent après prise en compte de l’environnement familial et géographique, ce qui suggère que l’école joue un rôle propre dans la formation des convictions, parfois en tension avec les valeurs transmises par la famille.

Attitudes raciales, culpabilité collective et rapport à la nation

Le rapport met également en lumière un renforcement des croyances selon lesquelles les Blancs porteraient une responsabilité spécifique dans la persistance des inégalités raciales. Parmi les élèves exposés à cinq concepts relevant de la CRT, 75 % adhèrent à cette idée.

Chez les répondants blancs, le sentiment de culpabilité lié à l’appartenance raciale progresse sensiblement, passant de 39 % à 58 % en cas de forte exposition. Les auteurs observent parallèlement une augmentation du sentiment de honte à l’égard de l’histoire et de l’identité nationales.

Sans nier la nécessité d’un regard lucide sur le passé, le rapport s’inquiète d’une pédagogie qui tendrait à substituer l’examen critique à une mise en accusation morale durable, au risque de fragiliser le lien civique.

Climat scolaire et liberté d’expression

Un autre résultat préoccupant concerne le climat de discussion dans les établissements. Les élèves exposés aux concepts de la CSJ déclarent se sentir nettement moins libres d’exprimer un désaccord.
La crainte d’être sanctionné, humilié ou mis à l’écart augmente fortement, passant de 38 % à près de 70 %, et jusqu’à 74 % chez les élèves se déclarant républicains.

L’exposition aux concepts de la CRT réduit également la disposition à critiquer un camarade noir, même de manière constructive. La proportion d’élèves se disant mal à l’aise dans une telle situation passe de 32 % à 50 %. Les auteurs soulignent le risque paradoxal que cette retenue excessive fasse obstacle à l’exigence académique et à l’égalité réelle des attentes.

Conclusions et implications

Les auteurs concluent que la promotion du libre choix de l’école — qu’il s’agisse de l’enseignement privé, des écoles à charte ou de l’instruction à domicile — ne suffit pas à elle seule à protéger les élèves de l’influence de cette idéologie, dès lors qu’elle imprègne l’ensemble du paysage éducatif et culturel.

Ils plaident en conséquence pour une intervention des pouvoirs publics visant à :

  • interdire la présentation de ces doctrines comme des vérités indiscutables ;
  • renforcer la transparence des programmes et des supports pédagogiques ;
  • garantir un véritable pluralisme intellectuel, incluant les traditions libérales classiques ;
  • réaffirmer l’enseignement des principes du Premier Amendement ;
  • mettre en place des mécanismes de recours pour les élèves et les familles.

Faute de telles réformes, préviennent-ils, ces approches continueront de façonner durablement les préférences politiques et la vision du monde des générations futures, au détriment du pluralisme, de la liberté de pensée et de la cohésion nationale.

Fondé sur un ensemble de données empiriques substantiel, ce rapport contribue utilement au débat sur la neutralité idéologique de l’école américaine. Sans verser dans l’alarmisme, il met en évidence des tendances profondes qui interrogent le rôle de l’institution scolaire : former des citoyens capables de juger par eux-mêmes, ou orienter implicitement leurs convictions au nom d’une morale présentée comme indiscutable.


jeudi 6 novembre 2025

Cette « réconciliation » avec les Premières Nations est un désastre pour le Canada

Mise à jour 7 novembre 

L'Assemblée des Premières Nations (APN), l'Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) et le Conseil national des Métis (CNMW) ont soumis individuellement des demandes budgétaires au gouvernement fédéral avant le budget du 4 novembre, qui totalisent 443 milliards de dollars sur au moins les 10 prochaines années.

L'APN a également demandé 367 milliards de dollars sur 10 ans en investissements en capital pour diverses infrastructures communautaires, notamment l'eau potable, les routes et la connectivité Internet, ainsi que 139 milliards de dollars uniquement pour le logement dans les communautés des Premières Nations.

Selon les données de Statistique Canada et de l'Agence du revenu du Canada, les Autochtones, dont les Premières Nations représentent environ 70 % des 1,8 million d'individus, contribuent chaque année à hauteur d'environ 11 à 14 milliards de dollars au Trésor public fédéral, principalement par le biais des impôts sur le revenu et de la TPS/TVH. En 2021, le revenu moyen des Autochtones était de 44 300 $, contre 53 300 $ pour les non-Autochtones. Plus de 55 % des Autochtones sont pleinement imposables en raison de leur résidence hors réserve ou de leur emploi non exempté en vertu de la section 87 de la Loi sur les Indiens.


Billet du 6 novembre

Des milliards de dollars versés au titre des accords de règlement. Des prières pour reconnaître les droits fonciers amérindiens avant chaque événement gouvernemental. Un accès exclusif à des parcs autrefois publics. Bientôt, peut-être, la cession de propriétés privées ordonnée par les tribunaux. Telle a été la recette du gouvernement fédéral pour la réconciliation avec les peuples autochtones au cours des dix dernières années. Recette désastreuse. 

Selon Le National Post, le Canada doit expier le traitement qu’il a réservé à ses citoyens autochtones au cours de l’histoire. Mais cela ne devrait pas impliquer de se plier aux exigences extrêmes de la gauche « Retour des Terres », solution à cette réconciliation jusqu’à présent.

Depuis des années, le discours sur la restitution des « terres volées » est populaire sur les ondes de la CBC (le diffuseur public anglophone), entre autres médias progressistes. Mais ce n’est qu’en 2025, avec la décision de la Cour suprême de la Colombie-Britannique concernant les tribus Cowichan, qui a jugé que la propriété foncière pleine et entière (entre blancs) ne remplace pas le titre aborigène, que la réalité de la restitution des « terres volées » s’est imposée.

Concrètement, cela se traduit ainsi : les propriétaires fonciers en Colombie-Britannique se voient dire par leur maire que la revendication autochtone sur leurs terres « pourrait compromettre le statut et la validité de (leur) propriété » ; les entreprises affirment se voir refuser des prêts pour des projets dans la zone concernée ; les agents immobiliers font état d’une incertitude en matière d’hypothèques.

Leurs terres ne seront pas saisies demain, et les défenseurs de la décision Cowichan Tribes vous rappelleront que les demandeurs autochtones ne l’ont pas demandé. Mais, dans ce cas-ci. les plaignants autochtones ont demandé comme réparation des terres appartenant au gouvernement et le tribunal a ordonné la remise de ces terres. À moins qu’un appel ne parvienne à renverser la nouvelle interprétation du tribunal sur le fonctionnement du droit immobilier, ces propriétaires fonciers n’auront pas beaucoup de moyens de défense.


Des centaines de personnes assistent à la séance d’information sur la décision Cowichan à l’hôtel Sheraton Vancouver Airport à Richmond, en Colombie-Britannique, le 28 octobre 2025. 

La saisie de terres est un risque réel : au Nouveau-Brunswick, où toute la province fait l’objet de revendications des Premières Nations, un juge a suggéré que les tribunaux pourraient ordonner à la Couronne de saisir des propriétés privées au nom d’un groupe autochtone et d’indemniser les propriétaires fonciers en retour. Les Québécois devraient également s’inquiéter, car les Algonquins viennent de déposer une revendication de titre sur de vastes étendues de la province.

Pour Adam Pankratz dans le National Post, la décision Cowichan provoque déjà une panique autour des droits de propriété en Colombie-Britannique.

mardi 5 novembre 2024

Trudeau et ses panneaux solaires dans le Grand Nord...


Le territoire de la première nation Déné Sayisi installée dans la région de Churchill et du lac Tadoule, dans le nord du Manitoba, semble être un endroit peu propice à l'installation d'une ferme solaire. Le nombre d'heures d'ensoleillement y est inférieur de moitié à celui d'un endroit comme l'Arizona. Les panneaux solaires qui y seront installés produiront moins de la moitié de l'électricité. Pourtant, le gouvernement canadien a engagé 300 millions de dollars canadiens (200 millions d'euros) pour pointer des panneaux vers le ciel gris et subarctique, non seulement au Manitoba, mais aussi dans tout le nord enténébré du pays.

L'idée est de réduire la quantité de diesel brûlée pour le chauffage et l'électricité. Ce carburant doit être acheminé par avion, par bateau via la baie d'Hudson ou par camion sur des lacs et des rivières gelés pendant l'hiver. En conséquence, l'électricité peut coûter dix fois plus cher que dans les villes du sud. En 2019, Justin Trudeau, le Premier ministre, a promis de mettre fin à l'utilisation du diesel d'ici à 2030.

La réduction des émissions est un objectif. Mais les panneaux solaires de M. Trudeau font également partie de la présumée réconciliation avec les populations autochtones. Les communautés du Nord sont censées bénéficier de nouveaux emplois bien rémunérés, d'une indépendance énergétique et d'un air dépourvu d'émanations diesel désagréables. » Nous devons transformer la culpabilité qui nous habite en action. Des actions pour la réconciliation », a déclaré le gouvernement Trudeau en 2021.

« Des mesures pour lutter contre le changement climatique ».

Ainsi, depuis 2016, le gouvernement fédéral finance la formation d'entrepreneurs autochtones à la gestion de projets d'énergie renouvelable, dans l'espoir qu'ils puissent rapprocher le gouvernement et les communautés hésitantes. Darrell Brown, lui-même d'origine crie, a lancé Kisik Clean Energy après avoir été l'une des premières personnes à recevoir une formation. Son premier projet s'est bien déroulé. Lui et son équipe ont installé des panneaux solaires dans la Première nation de Gull Bay, dans le nord de l'Ontario, ce qui a permis de réduire d'un quart la consommation annuelle de diesel (environ 110 000 litres).

D'autres ont suivi les traces de M. Brown. Le nombre de projets d'énergie renouvelable dans les communautés nordiques non raccordées au réseau a doublé entre 2015 et 2020. Mais la dépendance au diesel est restée élevée. Quelque 682 millions de litres ont été brûlés en 2020, selon l'Institut Pembina, un groupe de réflexion.

Le deuxième projet de M. Brown ne se déroule pas aussi facilement. Le chef actuel des Dénés Sayisi s'est montré réticent à le soutenir. Cela s'explique en partie par le fait que M. Brown est financé par le même ministère fédéral qui a brutalement déplacé les Dénés Sayisi en 1956 de Little Duck Lake à Churchill, ce qui aurait entraîné la mort d'un tiers de leurs membres. L'accès à la communauté est délicat et sporadique, souvent suspendu lorsque les dirigeants sont confrontés à des surdoses de drogue.

À l'origine, le projet des Dénés Sayisiprévoyait des éoliennes, une technologie énergétique mieux adaptée aux endroits sombres. Mais les turbines ont été rejetées par crainte qu'elles n'effraient les caribous. Un micro-réseau reposant uniquement sur des batteries et des panneaux solaires permettra de réduire de 20 à 25 % la consommation de diesel des Dénés Sayisi pour produire de l'électricité, mais à un coût estimé à 20 millions de dollars canadiens. Il est difficile d'établir le bien-fondé financier de ce projet. M. Brown poursuit.

Les niveaux de pauvreté qui existent dans le nord du Canada font de la transition énergétique que M. Trudeau souhaite mettre en œuvre un défi politique. Le gouvernement dépense de l'argent pour fournir de l'énergie propre à des personnes qui n'ont pas les moyens de se nourrir, note Ranjan Datta, de l'université Mount Royal, en Alberta, ou qui luttent contre des toxicomanies sans bénéficier d'un soutien suffisant en matière de santé mentale. Le coût de la vie, et non les émissions qui y sont associées, est la principale préoccupation de la plupart des gens.

Comme beaucoup de politiques climatiques de M. Trudeau, celle-ci semblait meilleure sur le papier que dans la pratique. On brûle moins de diesel qu'on ne l'aurait fait autrement. Mais l'élimination de la combustion dans les systèmes énergétiques du Nord reste hors de portée. En attendant, la culpabilité de M. Trudeau semble avoir été transférée sur les épaules d'entrepreneurs comme M. Brown, qui ont été laissés à eux-mêmes pour installer des panneaux solaires dans l'obscurité.

Source : The Economist

jeudi 31 octobre 2024

Lumière sur une légende noire

Un historien argentin rappelle que si la colonisation de l’Amérique du Sud par l’Espagne n’a pas été exemplaire, elle a notamment mis fin aux pratiques sanguinaires des autochtones.

Est-il possible que des événements survenus au XVIe siècle provoquent une crise diplomatique au XXIe siècle ? 

On l’a vu récemment entre l’Espagne et le Mexique, deux nations qui ont pourtant beaucoup d’intérêts communs. Le 1er octobre avait lieu la cérémonie d’investiture de la nouvelle présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum. Mais le roi d’Espagne n’avait pas été invité, poussant le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, qui, lui, avait reçu une invitation, à refuser de se rendre au Mexique en signe de solidarité avec Felipe VI. Raison de cet incident ? 

En 2019, l’ancien président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador, avait écrit au pape François et au roi d’Espagne pour leur demander de reconnaître « de manière publique et officielle » les « dommages » provoqués sur les peuples indigènes par la conquête puis par la colonisation espagnole, entre 1521 et 1821, et de s’excuser. Si le pape avait fait savoir qu’il reconnaissait une « faute historique », la lettre du président mexicain était restée sans réponse du côté espagnol, entraînant, cinq ans plus tard, une mesure de rétorsion de la part de Mexico. 

En Espagne, le président du Parti populaire (droite centriste et conservatrice), Alberto Núñez Feijóo, a affirmé que la présidente mexicaine ferait mieux de s’instruire en lisant Ceux qui devraient demander pardon, un ouvrage de l’historien argentin Marcelo Gullo Omodeo. Ce livre, qui a été un important succès de librairie en Espagne (plus de 100 000 exemplaires vendus), le voici traduit en français.

Professeur d’histoire dans des universités sud-américaines, l’auteur rappelle que l’Amérique précolombienne était un enfer voué au cannibalisme, aux sacrifices humains et à l’esclavage. En faisant de la protection des Amérindiens une affaire personnelle, le dominicain Bartolomé de Las Casas a puissamment contribué à changer le regard des Européens sur les peuples indigènes. La légende noire de l’Amérique espagnole, explique Marcelo Gullo Omodeo, a été imposée par des Anglais et des Hollandais, dont les empires coloniaux virent le règne de l’esclavage, ou des Américains qui semblent oublier les massacres de la conquête de l’Ouest… Les 30 pages de références bibliographiques qui terminent l’ouvrage apportent une caution scientifique à un discours antiwoke assez polémique, mais roboratif.

Présentation de l'éditeur

Un livre qui a rencontré un énorme succès en Espagne : plus de 100 000 exemplaires vendus !

oici le premier ouvrage qui met en lumière l'importance de l'héritage espagnol face aux atrocités commises par les ennemis de l'Espagne. Dans ce livre exceptionnel, Marcelo Gullo démontre que, devant le "Tribunal de l'histoire", l'Espagne a été jugée par des juges partiaux et de faux témoins. 

Et il affirme, preuves à l’appui, que l'Amérique, avant 1492, ressemblait plus à l'enfer qu'au paradis, car les sacrifices humains, le cannibalisme, l'esclavage, le machisme et la prostitution régnaient partout. Il rappelle que, pendant des siècles, des pays comme la Grande-Bretagne, la Hollande ou les États-Unis ont exigé de l'Espagne qu'elle s'excuse pour les prétendus péchés commis lors de la conquête de l'Amérique, alors qu'en réalité, ce sont ces mêmes nations qui devraient le faire car leurs mains sont tachées de sang. 

L'Espagne n'a pas à s'excuser car la conquête de l'Amérique a été une tentative unique de faire prévaloir la justice et les valeurs chrétiennes à une époque brutale et sanguinaire. Et c'est précisément cette tentative réussie qui a fait de l'Espagne une exception dans l'histoire de l'humanité, car jamais auparavant ou depuis, une nation ne s'est comportée de la sorte. 

Marcelo Gullo Omodeo est professeur d’Histoire à l’Université de Buenos Aires et à l’Université Fluminense de Rio de Janeiro.

Ceux qui devraient demander pardon
La légende noire espagnole et l’hégémonie anglo-saxonne
de Marcelo Gullo Omodeo,
paru le 16 octobre 2024,
chez L’Artilleur,
à Paris,
494 pp.,
ISBN-13 : 978-2810012312

Voir aussi

Histoire — Aux origines de la légende noire espagnole

Histoire — Le Moyen Âge, une imposture. (Notamment l'Inquisition au Moyen âge n'a pas fait brûler de sorcières).

Le côté sombre des Lumières 

Le génie du christianisme

« La légende noire du clérico-natalisme »

Mythe — Le Moyen Âge n’a pas cru que la Terre était plate

Instruction au Moyen Age ou comment les écoles primaires étaient déjà légion en France

Idée reçue : « Au Moyen-Âge, les paysans sont accablés d’impôts »

La femme au temps des cathédrales (m-à-j vidéo Apostrophes avec Regine Pernoud)

Les gens travaillaient-ils tout le temps au Moyen Âge ?

La place des femmes au Moyen-Âge : elles votaient, elles ouvraient boutique sans autorisation maritale   

Livre de Rodney Stark : Faux Témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques

La vérité sur l’affaire Galilée, l’hypothèse sans preuve

Histoire — les Français sous l’Ancien Régime payaient 18 jours de travail en impôts

Les manuels scolaires québécois d’histoire…

Manuel d’histoire [1] — chrétiens intolérants, Saint-Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part

Manuel d’histoire [2] — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

27 novembre 1095 — Appel lancé pour porter secours aux chrétiens d’Orient et aux pèlerins