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lundi 27 juillet 2026

Afrique du Sud : les réfugiés francophones pris au piège de la vague xénophobe

À l'approche des élections municipales, la montée des violences xénophobes en Afrique du Sud frappe durement les étrangers, y compris ceux qui bénéficient du statut de réfugié. Si plus de 160 000 migrants en situation irrégulière ont déjà quitté le pays, de nombreux réfugiés originaires de pays francophones, notamment de la République démocratique du Congo et du Burundi, n'ont tout simplement nulle part où aller.

À Durban, des centaines de Congolais, de Burundais et d'autres réfugiés campent depuis plusieurs semaines sur les trottoirs devant le Centre des réfugiés. Beaucoup avaient pourtant reconstruit une vie stable avant d'être chassés de leur logement ou de leur commerce par des groupes hostiles aux immigrés. Les autorités provinciales refusent de leur fournir un hébergement et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) reconnaît ne pas disposer de solution immédiate.



Les témoignages recueillis illustrent l'impasse dans laquelle se trouvent ces exilés. Raymond, réfugié congolais originaire du Masisi, a fui les atrocités commises dans l'est de la RDC après avoir vu sa sœur assassinée. De retour en Afrique du Sud, où il croyait avoir trouvé un refuge, il vit désormais dans la rue et ne peut envisager de rentrer dans une région toujours en guerre. Christian Tshizungu, également originaire du Kivu, a perdu son salon de coiffure lorsque son propre employé l'a contraint à fuir. Après avoir tenté de regagner son quartier, il a été violemment agressé et hospitalisé.

Une Congolaise en Afrique du Sud a été priée de céder son salon à un Sud-Africain. Elle a détruit son salon à la place. Selon certains, elle aurait été illégalement en Afrique du Sud.Vidéo d'Al Jazeera.

Les organisations humanitaires dénoncent l'inaction des pouvoirs publics. Selon Yasmine Rajah, qui accompagne les réfugiés depuis plus de vingt ans, la situation est sans précédent : lors des précédentes flambées de violences xénophobes, les autorités avaient ouvert des centres d'accueil temporaires ; cette fois, elles refusent toute mesure de protection. Les défenseurs des droits de l'homme rappellent que l'Afrique du Sud est pourtant liée par la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, tandis que les mouvements anti-immigration promettent de poursuivre leur campagne.


Source : Le Figaro (résumé)

Voir aussi
 
 
 
Trump déclare qu'il supprime tout financement à l'Afrique du Sud en raison de la discrimination anti-blanche (extraits de la loi sur l'Éducation de base et sur l'expropriation sans compensation).
 
 

mardi 30 juin 2026

Repentance — Le Congo a-t-il enrichi la Belgique ?

Le Congo a-t-il enrichi la Belgique ? Rappelons d'abord que Le Congo fut de 1885 à 1908 officiellement reconnu comme la propriété privée du Roi des Belges et non une colonie du royaume de Belgique. En 1908, un an avant la mort du roi, la pression de l'opinion publique et les manœuvres diplomatiques conduisent à la fin de la souveraineté de Léopold II sur le territoire et à l'annexion du Congo par la Belgique en tant que colonie, désormais connue sous le nom de Congo belge. La Belgique, à laquelle Léopold s'était plus tôt engagé à céder le Congo à sa mort, fut réticente de reprendre en main le Congo (voir ci-dessous).

On dispose de chiffres relativement précis qui permettent de répondre à la question de l'enrichissement de la Belgique par le Congo :
En 1908 [...] au moment de la reprise du Congo par la Belgique, le Congo avait rapporté à l’État belge 26 millions francs-or. De 1908 à 1950, Les dépenses coloniales engagées par la Belgique […] atteignirent un total de 259 millions de francs-or. Durant la même période, les avantages recueillis par la Belgique grâce au Congo furent au total de 24 millions.

Les dépenses nettes de la Belgique, de 1908 à 1950, s’élevèrent donc à 235 millions. Le Congo avait rapporté 26 millions au moment de la reprise. Il a coûté 235 millions depuis. Dans l’ensemble, il a donc coûté à la Belgique, jusqu’en 1950, 209 millions de francs-or.
Jean Stengers, « Combien le Congo a-t-il coûté à la Belgique ? », Académie royale des sciences coloniales, Tome XI, fascicule I., 1957, p. 350.

Ces 209 millions de francs-or qui, en 1950, avaient la contre-valeur de 7 milliards de francs belges représentaient alors moins d’un dixième des dépenses annuelles de l’État belge.

De même les 26 millions de bénéfices pour la période de l’État indépendant du Congo (1885-1908) doivent-ils être relativisés par rapport au budget de l’État belge puisque la seule construction du palais royal de Laeken entre 1902 et 1908 coûta 12 millions et celle du palais de Justice de Bruxelles 43 millions. Le Congo ne comptait donc pas pour grand-chose dans l’économie belge.

Billet de loterie coloniale belge fondée le 29 mai 1934 pour aider la colonie en pleine crise économique et l’alimenter en capitaux frais venus de la métropole

À titre de comparaison, la même année, c’est-à-dire en 1950, le simple budget belge des pensions était de 12 milliards et demi ce qui signifie qu’à lui seul ce poste constituait une dépense deux fois plus importante que le coût de 70 ans de présence au Congo (Stengers, 1957, pp 350-351). Le Congo ne comptait donc pas plus dans l’économie belge même s’il avait une importance économique considérable pour certains Belges.

De 1918 à 1939, en moyenne, le budget des Colonies fut annuellement de 1 300 000 francs or et de 1 500 000 de 1945 à la fin (A.J. van Bielsen, Pour une politique congolaise nouvelle, Revue générale belge, 15 avril 1956, p. 811) 1956 : 911). Le budget du ministère des Colonies représentait :

— en 1910 : 0,15 % du budget national belge
— en 1920 : 0,17 %
— en 1930 : 0,13 %
— en 1950 : 0,10 %
— en 1956 : 0,08 %

Rapporté au budget du Congo, le budget du ministère des Colonies représentait pour sa part :

— en 1911 : 3 % du budget du Congo
— en 1930 : 1,8 %
— en 1950 : 1,6 %
— en 1956 : 0,6 %

La Belgique ne pilla donc pas le Congo et pourtant, cette colonie fut une de celles dans lesquelles les profits privés et ceux des consortiums furent les plus importants.

Mais les investissements nécessaires à l’exploitation des potentialités minières y furent considérables (routes, voies ferrées, ports, etc.) tandis que les infrastructures humaines (scolarisation, santé) furent largement sous-traitées aux missions catholiques. L’originalité du Congo belge était qu’il pouvait subvenir à ses besoins. En effet, à partir de 1908, les impôts payés par les consortiums et les privés furent en totalité investis sur place. Le Congo belge pouvait donc subvenir à ses besoins, le plan de développement décennal ainsi que les investissements étant financés par les recettes locales tirées de l’impôt des grandes sociétés.

Parmi toutes les puissances coloniales, la Belgique fut la seule à avoir défini un plan cohérent de développement de sa colonie en partant d’une constatation qui était que tout devait y être fait à partir du néant. En matière d’éducation, la France et la Grande Bretagne saupoudrèrent leurs colonies d’Afrique sud-saharienne tandis que la Belgique choisit de procéder par étapes et de commencer par bien développer le primaire, puis le secondaire et enfin seulement le supérieur. Mais, pour que ce plan puisse être efficace, il lui fallait encore une certaine durée. Or, il fut interrompu par l’indépendance alors qu’il fallait à la Belgique au moins deux décennies supplémentaires pour le mener à son terme.

Le Congo enrichit la Belgique avant 1908 quand le roi Léopold puisa dans ses ressources pour lancer en Belgique une politique de grands travaux. Il créa dans ce but la Fondation de la Couronne à laquelle il attribua environ un dixième de la superficie de tout le territoire et qui percevait les revenus domaniaux des concessions.

Ce fut une période sombre dans l’histoire de la colonisation belge, avec une authentique politique d’exploitation fondée sur le travail forcé et dénoncée dès 1899 par Joseph Conrad dans son livre Au Cœur des ténèbres. Mais ce ne fut qu’une parenthèse de quelques années. À partir de 1908, le Congo rentra en effet dans l’État de droit et ses ressources ne servirent plus qu’à sa mise en valeur.

Ce fut d’ailleurs à partir de ce moment que la Belgique y lança un formidable programme d’équipement routier, ferroviaire, portuaire, etc. (Stengers, 1957).



Reportage sur l’université Lovanium au Congo belge (fin des années 50)

Le Congo finançait son propre plan de développement décennal ainsi que les investissements nécessaires à sa mise en valeur. Jusqu’en 1958, il ne coûta rien à la Belgique puisque les recettes locales tirées de l’impôt des grandes sociétés permettaient les investissements et les dépenses de fonctionnement. Seule exception, la crise des « années 30 » qui ruina le Congo en raison de la chute des cours du cuivre ce qui entraîna un chômage important et le retour de nombreux cadres européens en métropole. L’État belge fut alors contraint d’intervenir et il créa la Loterie coloniale qui rapporta 58 millions de francs-or tandis que le Trésor belge intervenait à hauteur de 104 millions de francs-or durant la période 1933-1940.

En résumé, des origines à 1908, le Congo rapporta 26 millions de francs-or et de 1908 à 1950, il coûta 259 millions. Au total des origines à 1950, il aura donc coûté 209 millions à la Belgique. Or, ces 209 millions représentaient à peine un dixième des dépenses annuelles de l’État Belge.

À partir de 1955, le Congo fut en faillite et l’État belge dut renflouer ses finances. Les économistes prévoyaient que le phénomène allait prendre de plus en plus d’ampleur avec l’accélération des programmes de formation et de mise en valeur prévus, sans compter l’exode rural qui gonflait les centres urbains de masses de chômeurs.

En 1956-1957, les investissements baissèrent et le phénomène fut amplifié par un fait nouveau dans cette colonie où les bénéfices étaient réinvestis sur place : la fuite des capitaux qui montrait bien que les coloniaux avaient perdu confiance dans l’avenir du Congo. Le gouffre financier congolais menaçant de s’ouvrir sous les pieds de la prospère Belgique, voilà qui explique sans doute la précipitation à se débarrasser au plus vite et l’on pourrait dire à n’importe quel prix, d’une colonie qui menaçait de devenir un insupportable fardeau.

D’après ces calculs, l’exportation de biens et de services vers la colonie assurait en 1956 l’emploi direct et indirect de quelque 75 000 personnes, soit 2,1 % de la population active totale [en Belgique] ; en ajoutant aux relations commerciales le revenu des investissements coloniaux, le Congo représentait cette même année, 3,3 % du PNB, 3,6 % des recettes fiscales  de l’État et un pourcentage identique du revenu national (3,3 % des revenus de salariés, 1,1 % des revenus d’entreprises individuelles et loyer [...]) La perte économique due à une (éventuelle) rupture totale pourrait s’élever, selon lui, à 2,4 % du PNB. Mais, « il ne semble pas que l’économie belge puisse être gravement atteinte dans son rythme d’expansion à long terme [...] »

Guy Vantemsche, La Belgique et le Congo, Nouvelle Histoire de la Belgique, tome 4, p. 205
Cette prédiction sera confirmée en 1969, neuf ans après l’indépendance, par René Sterkendries, haut responsable de la Société Générale de Belgique, pourtant fortement liée au Congo :
Or les [relations avec le Congo] contribuaient à la formation, à concurrence de 4 à 5 %, de notre revenu national. [...] C’est à peine si l’économie belge souffrit, dans son ensemble, de la détérioration des rapports entre les deux pays [Congo et Belgique], l’expansion engendrée par l’ouverture progressive du Marché commun faisant contrepoids. Mais ceci ne veut pas dire que l’épargne belge ne fut pas très durement touchée  [les capitaux privés belges avaient beaucoup investi au Congo], ni des familles ruinées, ni certains secteurs d’activité acculés à une difficile reconversion.

René Sterkendries, « Le Congo, Réflexions d’un Belge », 15 juillet 1969.

Le Parlement belge a longtemps été réticent à annexer le Congo de Léopold II jusqu’en 1908 pour plusieurs raisons principales, principalement financières, politiques et morales. 

Contexte historique

Le Congo n’était pas une colonie belge au départ, mais l’État indépendant du Congo (EIC, 1885-1908), une possession personnelle du roi Léopold II. Le Parlement belge avait autorisé le roi à en devenir souverain à titre privé (sans engager l’État belge), conformément à la Constitution. Léopold l’avait obtenu lors de la Conférence de Berlin (1885) comme « œuvre humanitaire » (lutte contre l’esclavage, christianisation, commerce libre). Léopold y a développé un régime d’exploitation intensive (caoutchouc, ivoire) très lucratif pour lui personnellement, mais marqué par des abus graves (travail forcé, violences, diminution démographique). Ces exactions ont été dénoncées internationalement à partir de 1900-1904 (rapport Casement, campagne de E.D. Morel, etc.).

Raisons de la réticence du Parlement

Raisons financières (la principale)

Le Congo était vu comme un « legs encombrant ». Léopold avait accumulé des dettes importantes pour financer son entreprise et ses grands travaux en Belgique. Annexer signifiait reprendre ces dettes, investir dans l’administration et risquer un fardeau pour le contribuable belge. Léopold a négocié dur : il a obtenu une grosse indemnité (environ 110 millions de francs pour dettes + 45 millions pour ses projets + part des revenus futurs). Le Parlement craignait que la colonie ne soit pas rentable à court terme, surtout après les scandales qui risquaient de faire baisser les revenus du caoutchouc.

Manque d’intérêt colonial initial

La Belgique était un jeune pays industriel, neutre, sans tradition coloniale forte ni marine puissante. Beaucoup de parlementaires voyaient les colonies comme un luxe coûteux et risqué pour un petit État. Léopold avait dû faire un lobbying intense pour obtenir l’aval initial en 1885. L’opinion publique et le Parlement étaient plutôt apathiques ou sceptiques vis-à-vis de l’aventure africaine. 

Raisons politiques et morales

Les socialistes (comme Émile Vandervelde) et certains libéraux critiquaient vivement les abus et ne voulaient pas que la Belgique hérite d’un régime entaché d’atrocités.

Il y avait une crainte de s’engager dans une administration lourde et de devoir « réparer » les exactions des scoiétés concessionnaires. Les pressions internationales (Royaume-Uni, États-Unis) forçaient la main, mais certains parlementaires y voyaient une ingérence. 

Le testament de Léopold (1889) prévoyait déjà la cession à la Belgique à sa mort, et un droit de préemption existait depuis 1890/1901. Mais le Parlement a longtemps repoussé ou conditionné la reprise.Vandervelde et d’autres socialistes ont été parmi les plus virulents critiques du régime de Léopold II (abus, travail forcé, etc.). Ils ont contribué à forcer la commission d’enquête de 1905. 

Opposition des socialistes

Les socialistes voyaient dans l’annexion un risque de distraction des ressources nationales au profit d’une entreprise capitaliste coloniale, au détriment des réformes sociales intérieures.

Certains craignaient aussi que le modèle autoritaire du Congo ne renforce les tendances anti-démocratiques en Belgique même.

Vandervelde a fini par accepter (à contrecœur et avec des conditions) l’annexion en 1908, mais une partie du parti restait opposée, préférant se concentrer sur la « question sociale » en métropole:  bas salaires, travail des enfants, logements insalubres, malnutrition.

« Charité bien ordonnée commence par soi-même. » Les ressources de l’État (impôts, budget) devaient d’abord servir à améliorer le sort des ouvriers belges pauvres, plutôt qu’à « civiliser » l’Afrique ou enrichir des intérêts privés.

Le tournant de 1908

Sous la pression internationale croissante et après le rapport de la commission d’enquête belge (1905) qui confirmait des abus, Léopold a été contraint de céder.

Le Parlement a voté l’annexion en 1908 (loi du 18 octobre, effective le 15 novembre). Ce n’était pas un enthousiasme colonial, mais un mélange de devoir national, de nécessité diplomatique (pour calmer les critiques étrangères) et de pragmatisme (mieux valait contrôler directement que laisser un scandale permanent).

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Éducation sur la colonisation belge au Congo dans une école belge

Histoire — Rwanda et Congo, 7 millions de morts ?


vendredi 27 mars 2026

L’Angola, pays lusophone, fait le pari du français obligatoire dès l’école primaire

Le gouvernement angolais introduit le français comme langue étrangère obligatoire dès 10 ans

Une réforme adoptée en juin 2025 rend l’enseignement du français obligatoire dans les écoles angolaises, marquant un tournant stratégique pour ce géant lusophone d’Afrique.


Depuis juin 2025, le gouvernement angolais a décidé d’introduire le français comme langue étrangère obligatoire dès le troisième cycle du primaire, soit à partir de 10 ans, comme le rapporte Le Monde. Jusqu’à présent, elle n’était qu’optionnelle, surtout cantonnée aux couloirs du secondaire et réservée à une minorité d’élèves. Désormais, le français s’apprend dès l’enfance dans ce pays lusophone de 39 millions d’habitants, appelé à en compter 75 millions d’ici à 2050.

Selon Ilyes Zouari, chercheur et président du Cercle d’études et de réflexion sur le monde francophone interrogé par Le Monde, l’objectif de cette réforme est de renforcer économiquement le pays en tissant des liens plus forts avec le Congo et la République démocratique du Congo (RDC) où le français est majoritaire. Il note également que l’enseignement du français dans les écoles primaires permettrait une consolidation de l’Angola sur le plan diplomatique. Le président Joao Lourenço joue notamment un rôle de médiateur dans le conflit qui déchire l’est de la RDC, et s’est récemment illustré en obtenant la libération de l’ex-président gabonais Ali Bongo en mai 2025.

Ses propos rejoignent ceux du rapport La langue française dans le monde, paru le 16 mars dernier, de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). «Dans la lusophonie africaine, le français est une langue étrangère enseignée à l’école [...] à cause de la proximité géographique avec des pays francophones», analyse-t-il. «Il n’est pas une langue à usage social, mais peut représenter un capital linguistique stratégique pour les élites ou dans les contextes diplomatiques». La mise en place en Angola de cette réforme sera progressive. Testée dans plusieurs établissements à la rentrée scolaire 2024, elle sera étendue à tout le territoire à partir de la rentrée 2028.

Une francophonie géopolitique

Ce choix angolais s’inscrit dans une tendance de fond. Selon l’OIF, 65 % des francophones vivent aujourd’hui sur le continent africain, et le français pourrait être parlé par 590 millions de personnes d’ici à 2050. Sur le plan économique, les 22 pays d’Afrique subsaharienne francophone affichent une croissance annuelle de 4,1 %, soit le double du reste de la région. Par ailleurs, cette réforme intervient dans un contexte de rapprochement entre Paris et Luanda. Si TotalEnergies demeure le premier opérateur pétrolier du pays depuis 1953, la relation bilatérale s’étend désormais bien au-delà des hydrocarbures.

Lors de la visite d’Emmanuel Macron à Luanda en mars 2023, les deux pays ont scellé un partenariat agricole et agroalimentaire, et également prévu le lancement d’Angeo-1, premier satellite de l’histoire angolaise, dont la construction a été confiée à Airbus. Langue d’enseignement sous la colonisation puis dans les premières années suivant l’indépendance (1975), le français avait progressivement disparu des programmes à partir des années 1980.

Il avait néanmoins survécu, de façon informelle, le long de la frontière avec la RDC, portée par le retour des réfugiés angolais au terme de la guerre civile (1975-2002). En 2022, l’Angola avait été admis comme membre observateur de l’OIF lors du Sommet de Djerba, premier pas vers une intégration plus profonde dans l’espace francophone. Dans son rapport, l’OIF marque comme «actions notables» que l’Angola «développe une politique linguistique active, valorise le français parmi ses diplomates et multiplie les partenariats éducatifs». Les défis pour l’avenir du pays en la matière ? L’OIF note un «manque de professeurs qualifiés» et un «besoin d’augmenter les filières universitaires en français».

mardi 18 novembre 2025

Londres durcit le système d'asile

Le gouvernement britannique a dévoilé lundi ce qu’il présente comme la réforme la plus ambitieuse de son système d’asile « à l’époque moderne ». Sous la pression conjuguée de l’opinion publique, de l’opposition conservatrice et de la montée fulgurante du parti Reform UK, la ministre de l’intérieur Shabana Mahmood (ci-contre) a détaillé un vaste plan destiné à resserrer fortement les conditions d’accueil des migrants arrivant illégalement au Royaume-Uni.

Issue d’une famille originaire du Pakistan, Mahmood a reconnu devant les Communes que l’immigration avait façonné son propre parcours, tout en affirmant ressentir « un devoir moral » d’agir sur un sujet qui fracture profondément le pays.

« Si nous échouons à gérer cette crise, nous pousserons davantage de personnes sur un chemin qui commence par la colère et mène à la haine », a-t-elle averti, défendant une politique qu’elle revendique à la fois « ferme » et « nécessaire ».

Inspirée du modèle danois — l’un des plus restrictifs en Europe — la nouvelle doctrine promet de « rétablir l’ordre et le contrôle » aux frontières britanniques.

Coupes dans l’aide aux demandeurs d’asile

La mesure la plus spectaculaire concerne la suppression de l’octroi automatique d’une aide financière et d’un hébergement pour les personnes demandant l’asile.
Le gouvernement veut mettre fin à l’hébergement coûteux dans des hôtels, devenu l’un des symboles les plus critiqués de la crise migratoire.

Les aides sociales seront retirées à tous ceux qui, selon les autorités, sont en capacité de travailler, ainsi qu’aux demandeurs d’asile condamnés par la justice.

Statut de réfugié fortement limité

Londres souhaite par ailleurs réduire la protection accordée aux réfugiés :
  • le statut deviendra temporaire,
  • il sera réexaminé tous les deux ans et demi,
  • les migrants seront « contraints de rentrer chez eux dès que leur pays d'origine sera considéré comme sûr », 
  • les réfugiés ne pourront demander la résidence permanente qu’après 20 ans, contre cinq jusqu’ici.

Les demandeurs d’asile n’auront plus qu’une seule possibilité d’appel, et, en cas d’échec, seront automatiquement expulsés.

Si Keir Starmer affirme ne pas vouloir quitter la Convention européenne des droits de l’homme, il entend en restreindre l’application au Royaume-Uni afin de limiter les blocages juridiques dans les procédures d’expulsion.

Pression diplomatique sur plusieurs pays africains

Le gouvernement menace également de suspendre la délivrance de visas aux ressortissants de trois pays — Angola, Namibie et République démocratique du Congo — s’ils ne coopèrent pas davantage dans le renvoi de leurs nationaux en situation irrégulière au Royaume-Uni.

Une hausse des arrivées qui alimente les tensions

De juin 2024 à juin 2025, le Royaume-Uni a enregistré 111 084 demandes d’asile, un record et une progression de 14 % en un an.

La question migratoire s’impose désormais comme la première préoccupation des Britanniques, dopant les intentions de vote en faveur du parti Reform UK de Nigel Farage, qui surfe sur le sentiment d’exaspération du pays.

Les arrivées clandestines par la Manche continuent d’augmenter : 39 292 migrants ont déjà débarqué depuis le 1er janvier, dépassant le total annuel de 2024 (36 816).

Une réforme explosive au sein du parti travailliste

Ces annonces ont immédiatement suscité une levée de boucliers parmi les députés travaillistes, notamment l’aile gauche mais aussi les centristes, qui dénoncent une radicalisation de la politique migratoire.

La proposition permettant au ministère de l’intérieur de saisir certains biens de migrants — bijoux, véhicules ou vélos électriques — pour financer leur prise en charge a provoqué une vive polémique.

Les objets à valeur sentimentale, tels que alliances ou bijoux familiaux, resteraient toutefois protégés.

Réactions extérieures

Paris a salué le tournant britannique, estimant que cette réforme répondait « aux attentes » des partenaires européens.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a rappelé que les conditions d’accueil jugées trop « permissives » outre-Manche entretenaient l’attractivité de la traversée clandestine.

mercredi 12 mars 2025

Massacres au Congo — L’organisation d’un concert de soutien à la RDC à Paris provoque « l’indignation » du Rwanda

L’organisation d’un concert de soutien à la RDC à Paris provoque « l’indignation » du Rwanda

L’événement « Solidarité Congo », auquel participeront notamment les artistes Gims, Youssoupha et Angélique Kidjo, est prévu le 7 avril.

Le spectacle est présenté sur le site de la société AEG Presents, producteur exécutif de l’événement, comme « un concert caritatif d’exception au profit de l’Unicef ». Lundi 7 avril, plusieurs stars de la musique urbaine telles que Gims, Youssoupha, Guy2Bezbar, Gazo ou la chanteuse béninoise Angélique Kidjo doivent monter sur la scène de l’Accor Arena de Paris pour soutenir officiellement les enfants victimes du conflit qui sévit actuellement dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Entre le Rwanda et le Congo, la tension est extrême depuis que le Mouvement du 23-Mars (M23), un groupe armé de l’est de la RDC appuyé par 4 000 soldats rwandais, selon les experts de l’ONU, a repris les armes fin 2021. Il s’est depuis emparé de vastes territoires, notamment des villes de Goma et Bukavu, capitales respectives des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, frontalières du Rwanda.

« Puisque Paul Kagame [le dictateur rwandais] a voulu se comporter comme Adolf Hitler en ayant des visées expansionnistes [en RDC], je lui promets de finir comme Adolf Hitler », avait menacé Félix Tshisekedi, le chef de l’Etat congolais, le 10 décembre 2023. 

Gims, chanteur franco-congolais désigné comme l’artiste interprète masculin de l’année aux dernières Victoires de la musique a déclaré dans un documentaire Nextflix : « C’est pas un jus d’orange qui va calmer la haine d’un Tutsi. » Dans son titre Thémistocle, sorti fin 2022, l’ancien membre du groupe Sexion d’assaut avait visé directement le chef de l’État rwandais : « Je suis concentré. Je pense qu’à gagner. Kagame rime avec croix gammée. » Le 5 novembre 2022, enfin, Gims déclarait sur le plateau de France 5 que dans l’est de la RDC, « des femmes sont violées et des enfants massacrés, notamment pour l’or, le coltan et tout ce qu’on connaît ; le Rwanda a une grande part de responsabilité ».

Parmi les artistes devant monter sur scène, il y a plusieurs musulmans. Nous souhaitions donc simplement attendre la fin du ramadan [autour du 30 mars] avant d’organiser la soirée. »

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mardi 11 février 2025

Congo RDC — Silence on tue ! Par millions (rediff)

le journaliste québécois Stéfan Bureau s'est entretenu avec Charles Onana.

« Le régime de Kigali est un sous-traitant des grandes puissances, notamment les États-Unis et la Grande-Bretagne, des multinationales et de tout le système mafieux minier.»

Les accusations sont accablantes. 

L’homme qui les formule ne mâche pas ses mots. L’enjeu ne se prête pas aux tièdes constations.
Charles Onana a passé vingt ans à enquêter sur une sale guerre qui se joue sous l’écran  radar de nos bonnes consciences.

L’Ukraine et Gaza font la une des grands médias, mais qui parle du Congo ? Des millions de morts, des centaines de milliers de femmes violées, des enfants réduits à l’esclavage, rien ne semble secouer notre indifférence.

Dans son plus récent livre, Onana décrit l’invasion masquée du Congo par le Rwanda afin d’en exploiter les nombreuses ressources minières. 

Son constat est sans équivoque : depuis 30, le Congo est victime « de pillage, de massacre de masse et d’extermination méthodique des populations ». 

Le Coltan et le Cobalt, minerais indispensables à l’industrie de la téléphonie mobile et de la voiture électrique sont l’or des temps modernes. 

« Tout le monde parle de transition énergétique en disant que c’est de l'énergie propre, c’est tout sauf propre ! »

Charles Onana est politologue et journaliste, il revient d’un séjour à Kinshasa.
Son plus récent livre Holocauste au Congo est paru en 2023.

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Sur le régime du dictateur francophobe Paul Kagamé, le documentaire Rwanda’s Untold Story (L’Histoire inédite du Rwanda), diffusé le 1er octobre 2014 sur la BBC et interdit de diffusion au Rwanda par les autorités du pays.

Depuis ce reportage, Émile Gafarita, l'un des trois membres du FPR qui transportèrent depuis l'Ouganda jusqu'à Kigali les missiles qui abattirent l'avion du président Habyarimana a été enlevé à Nairobi le 13 novembre 2014. Il n'a pas réapparu depuis.


Une fondation franco-africaine qui méprise la Francophonie sous le patronage des présidents français Emmanuel Macron et rouandais et (le dictateur francophobe) Paul Kagamé que courtise Macron. 

Le régime de Kagamé essaie de réécrire l'histoire

 Histoire — Rwanda et Congo, 7 millions de morts ?

 

 

dimanche 27 octobre 2024

Holocauste au Congo

Plus de 10 millions de morts, au moins 500 000 femmes violées, des enfants martyrisés et torturés, l’un des pires crimes contre l’humanité depuis 1945 se déroule en ce moment et depuis presque 30 ans en RD Congo.

Pourquoi une telle impunité et ce silence médiatique ?

Entre avril et juillet 1994, l’est du Congo-Zaïre est pris d’assaut par un afflux de réfugiés rwandais. Les dirigeants zaïrois et plusieurs organisations humanitaires internationales croient alors qu’il s’agit-là d’une conséquence directe du génocide rwandais.

La réalité est tout autre.

Le politologue Charles Onana démontre ici que l’on assiste déjà, sans le savoir, à l’exécution du plan d’invasion du Congo-Zaïre dans le but de prendre le contrôle total des énormes ressources minières de l’est du Congo-Zaïre en y exterminant le maximum de populations.

L’auteur s'appuie sur des archives de la Maison Blanche et sur les documents du Pentagone mais aussi sur plusieurs rapports de l’ONU et de l’Union Européenne.

Qui sont les auteurs de ces actes criminels et les bénéficiaires de ce pillage en bande organisée ?  Que fait la communauté internationale devant cette situation insoutenable qui dure maintenant depuis 28 ans ?

Ce livre brise enfin le mur du silence et apporte des preuves.

Charles ONANA est docteur en science politique. Spécialiste de l'Afrique des Grands Lacs et des conflits armés, il est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence.

Le préfacier, Charles MILLON, était ministre de la Défense de Jacques Chirac entre 1995 et 1997.

Holocauste au Congo: 
L'Omerta de la communauté internationale
de Charles Onana,
préface de Charles Millon,
chez L'Artilleur,
à Paris,
le 12 avril 2023,
504 pages,
ISBN-13 : 978-2810011452

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vendredi 5 novembre 2021

Le président du Sénat congolais regrette que le rapport officiel belge sur la colonisation en ait omis les aspects positifs

Lu sur le carnet de la journaliste du Soir Colette Braeckman via Belgicatho :

« Nous recevant en marge de la visite de parlementaires belges à Kinshasa, le président du Sénat congolais Modeste Bahati Lukwebo a accepté de commenter le rapport présenté par les experts chargés de présenter le travail de la commission décolonisation. Pour lui en effet, « il importe d’être réaliste et de rappeler toutes les facettes de l’entreprise coloniale. »

Statue du roi colonisateur belge Léopold II au Congo, près de Kinshasa, ex-Léopoldville
  
« Certes, il y a eu des contraintes, la chicotte a été utilisée, mais en même temps les ressources du Congo ont été mises en valeur. L’’impunité n’existait pas et les lois étaient appliquées ; les enfants étaient obligés d’aller à l’école et sanctionnés s’ils n’y allaient pas… »  
 
Statue du roi colonisateur belge, Léopold II, vandalisée à Bruxelles

Se souvenant d’un passé qui n’est pas si éloigné, le numéro deux de l’État congolais regrette que les experts aient omis de souligner les aspects positifs de la colonisation : « il n’y avait pas que les questions politiques.. Il ne faudrait pas oublier que des plantations ont été créées, que de nouvelles villes sont apparues, dotées d’un plan d’urbanisation. Bukavu [ex-Costermanville jusqu'en 1953] en est un exemple : créée par les Belges, la ville était très belle, très attrayante pour les touristes. Aujourd’hui elle est ravagée par les érosions, les maisons s’effondrent ou sont ravagées par des incendies : c’est un effet de la guerre, de la mauvaise gouvernance . Bravant les règlements, les gens ont construit dans des parcelles qui ont été loties, on a coupé les arbres.. Au fil du temps, beaucoup de Congolais se souviennent de l’époque coloniale avec nostalgie et beaucoup seraient tentés de dire « c’était mieux avant » ajoutant que les nouveaux dirigeants n’ont pas valu mieux que les Belges ! Ces derniers veillaient à ce que les règles soient appliquées et obligeaient les gens à travailler, mais pour leur bien… Si on veut se développer, il faut de la discipline…

[...] L’ancien colonisateur devrait il présenter des excuses ? « Oui, il faudrait s’excuser pour les excès qui ont été commis, mais aussi faire la balance entre le positif et le négatif.. Tout n’était pas mauvais, il faut avoir le courage de le dire. Et de nombreux compatriotes ont regretté que Patrice Lumumba ait manqué de respect envers le roi Baudouin.. » [...]

Série de photos des années 50 (généralement à gauche) et des années 2000 (le plus souvent à droite) représentant les mêmes lieux à Bukavu.

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samedi 30 octobre 2021

Climat: pourquoi l’apocalypse n’aura pas lieu

Les discours alarmistes sur le climat, l’environnement ou la biodiversité sont faux. Les chemins que nos pays sont censés suivre pour échapper à la prétendue catastrophe sont des impasses. À condition de ne pas se renier, l’humanité a toutes les cartes en main pour faire face aux défis qui sont les siens. Telle est la thèse d’Apocalypse zéro, le succès de librairie de Michael Shellenberger.

Militant de la cause écologique, parti à 25 ans travailler aux côtés des paysans pauvres d’Amérique du Sud, nommé « héros de l’environnement » par le magazine Time en 2008, Michael Shellenberger dirige aujourd’hui une association de défense de la nature qui promeut ouvertement l’énergie nucléaire. Son livre, qui s’est classé en tête des ventes aux États-Unis et qui est aujourd’hui publié en français, revient sur son parcours, sa prise de conscience de ce que l’écologie radicale se fourvoyait et sur toutes les raisons qu’il y a de croire au « potentiel positif de l’humanité ». En une douzaine de chapitres précis, factuels et très vivants, il explique surtout pourquoi les choses vont beaucoup mieux que ce que certains s’évertuent à nous faire croire.

Extraits.

Bien des discours que l’on inculque aux gens sur l’environnement, y compris le climat, sont faux, et il est primordial de les rectifier. J’ai décidé d’écrire Apocalypse zéro parce que j’en avais assez des exagérations, de l’alarmisme et de l’extrémisme qui sont les ennemis d’un environnementalisme positif, humaniste et rationnel. […]

Cet ouvrage entend explorer comment et pourquoi tant d’entre nous en sont venus à confondre des problèmes environnementaux importants, mais gérables avec la fin du monde, et pourquoi les commentateurs les plus catastrophistes sur les questions écologiques ont tendance à s’opposer aux solutions les meilleures et les plus évidentes pour les résoudre.

En cours de route, nous comprendrons comment les humains ne détruisent pas seulement la nature, mais la sauvent. À travers des histoires d’individus du monde entier, des espèces et des environnements qu’ils ont sauvés, nous verrons à quel point les progrès environnementaux, énergétiques et économiques se conjuguent, dans le monde réel, en un processus unique.

[Des milliards de victimes ?]

Quand un ouragan frappe la Floride, il peut ne tuer personne, mais quand ce même ouragan frappe Haïti, des milliers de personnes peuvent mourir instantanément par noyade ou plus tard du fait d’épidémies de maladies comme le choléra. La différence est que la Floride se trouve dans un pays riche avec des bâtiments et des routes résistants aux intempéries, un système de prévision météo et de gestion des urgences sophistiqué. Haïti, en revanche, est un pays pauvre qui manque d’infrastructures et d’équipements modernes.

« Considérez que depuis 1940 aux États-Unis, 3 322 personnes sont décédées du fait des 118 ouragans qui ont touché terre », écrit [le politologue américain Roger] Pielke. Quand « un tsunami a frappé l’Asie du Sud-Est en 2004, plus de 225 000 personnes sont décédées ».

Quiconque croit que le changement climatique pourrait tuer des milliards de gens et provoquer l’effondrement de civilisations sera peut-être surpris de découvrir qu’aucun des rapports du GIEC ne contient le moindre scénario apocalyptique. Aucun rapport du GIEC ne dit que des pays développés comme les États-Unis deviendront un « enfer climatique » semblable au Congo. Nos systèmes de protection anti-inondations, nos réseaux électriques et nos infrastructures routières continueront à fonctionner même à des niveaux de réchauffement potentiellement extrêmes.

[Quand les forêts brûlent, les militants n’y voient que du feu]

Le paysage que nous considérons aujourd’hui comme un décor naturel agréable, soit une prairie herbeuse entourée d’une forêt et traversée d’une rivière, est souvent un paysage façonné par les hommes pour chasser le gibier en quête d’eau potable. Le déboisement d’un bosquet incendié pour créer une prairie dans laquelle on abattait aisément des animaux est l’un des plus fréquents usages du feu par les chasseurs-cueilleurs du monde entier. Les prairies des forêts de l’est de l’Amérique du Nord auraient disparu si elles n’avaient pas été brûlées annuellement par les Indiens pendant cinq millénaires. […]

Partout sur la planète, la déforestation par le feu a donné naissance à l’agriculture en fertilisant les sols, en favorisant la prolifération des baies, noisettes, céréales et autres cultures utiles. Aujourd’hui, de nombreuses espèces d’arbres ont besoin du feu pour que leurs graines deviennent des arbres. Le feu est également essentiel, comme on l’a vu en Californie ou en Australie, pour éliminer la biomasse ligneuse du sol forestier.

En bref, le feu et la déforestation pour la production de viande sont des facteurs essentiels de ce qui a fait de nous des êtres humains. La seule raison plausible pour laquelle [Paulo] Adario [le responsable de Greenpeace Brésil], [le top-modèle brésilien Gisele] Bündchen et d’autres écologistes jugent si choquante la production de viande en Amazonie est qu’ils ne savent rien de cette histoire. »

[Le plastique a sauvé les tortues]

La grande majorité des déchets plastiques présents dans le milieu marin provient de sources terrestres, déchets abandonnés, matériaux de fabrication ou déchets associés à des activités récréatives côtières. Le reste se compose de débris intraocéaniques comme les filets et les lignes de pêche. Filets et lignes de pêche représentent la moitié de tous les déchets du tristement célèbre vortex de déchets du Pacifique nord. […]

Entre 2007 et 2013, une équipe de neuf scientifiques a lancé vingt-quatre expéditions à travers le monde pour tenter d’évaluer la quantité totale de plastiques présents dans la mer. Ils se sont rendus sur l’ensemble des cinq gyres subtropicaux, ces courants circulaires océaniques qui piègent les déchets plastiques. […]

Les scientifiques ont semblé stupéfiés par ce qu’ils ont découvert : « Le poids global de la pollution plastique à la surface de la mer, toutes catégories de tailles confondues, ne représente que 0,1 % de la production annuelle mondiale. » Encore plus étonnant, ils ont trouvé cent fois moins de micro-plastiques qu’ils ne s’attendaient à en découvrir. […]

En Californie, l’interdiction des sacs plastiques a entraîné leur remplacement par des sacs en papier et d’autres sacs plus épais, ce qui aggrave les émissions de carbone en raison d’une fabrication très énergivore. Les sacs en papier devraient être réutilisés quarante-trois fois pour avoir un impact moindre sur l’environnement. En outre les sacs plastiques ne constituent que 0,8 % des déchets plastiques dans les océans. Les bouteilles en verre peuvent être plus agréables à boire, mais leur fabrication et leur recyclage nécessitent aussi davantage d’énergie. […]

Et parce que les bioplastiques proviennent de cultures plutôt que de sous-produits (résines) de l’industrie pétrolière et gazière, ils ont un impact plus important sur l’utilisation des sols, tout comme les biocarburants — de l’éthanol de maïs aux États-Unis à l’huile de palme en Indonésie et Malaisie […].

Pour les pays pauvres, créer des infrastructures modernes pour la distribution de l’énergie, le traitement des eaux usées et des eaux de crue sera une priorité plus urgente que les déchets plastiques, tout comme ce fut le cas pour les États-Unis et la Chine avant eux. L’absence d’un système de collecte et de gestion des déchets humains par le biais de canalisations, égouts et systèmes d’épuration représente une menace bien plus grave pour la santé humaine.

[Des usines, des usines et encore des usines !]

En Ouganda, j’ai eu une conversation avec une femme d’âge moyen qui travaillait à notre écolodge, où nous sommes allés observer des gorilles une seconde fois. Je lui ai dit que seulement deux Américains sur cent travaillent dans l’agriculture — alors que deux Ougandais sur trois sont des agriculteurs.

« Comment pouvez-vous faire pousser suffisamment de nourriture ? m’a-t-elle demandé.

— Avec de très grosses machines », ai-je répondu. […]

S’il est vrai que quelques pays riches en pétrole comme l’Arabie saoudite ont atteint un niveau de vie très élevé sans s’être jamais industrialisés, presque tous les autres pays développés du monde, Grande-Bretagne, États-Unis, Japon, Corée du Sud et Chine, ont transformé leur économie en misant sur l’industrie. […]

Aujourd’hui, les économistes soulignent trois raisons pour lesquelles le système manufacturier, par opposition à d’autres secteurs de l’économie, a permis aux pays pauvres de devenir riches.

D’abord, les pays pauvres peuvent devenir aussi efficaces que les pays riches dans la fabrication de certains produits, et même les surpasser. […] Ensuite, les produits fabriqués en usine sont faciles à exporter. Cela permet aux pays en développement de fabriquer des produits qu’ils n’ont pas encore les moyens d’acheter, et d’acheter des objets qu’ils ne sont pas encore capables de fabriquer eux-mêmes. Même quand d’autres secteurs économiques sont dysfonctionnels en raison de niveaux élevés de corruption dans l’administration ou pour d’autres motifs, l’histoire montre que les usines peuvent continuer à être productives et, de fait, stimuler la croissance économique.

Enfin, les usines nécessitent une abondante main-d’œuvre, ce qui leur permet d’absorber un grand nombre de petits paysans non qualifiés. […] Contrairement à ce que, avec d’autres, j’ai longtemps cru, les effets positifs de l’industrie textile l’emportent sur les effets négatifs. Nous devrions donc ressentir de la fierté, non de la culpabilité, lorsque nous achetons des produits fabriqués par des personnes comme Suparti [une ouvrière indonésienne que l’auteur a rencontrée, NDLR].

[À manger pour tous — même de la viande !]

La superficie totale des terres dévolues par l’humanité à la production de viande a culminé en 2000. Depuis lors, selon la FAO, les terres consacrées à l’élevage sur l’ensemble de la planète ont reculé d’environ 1 400 000 kilomètres carrés, une superficie qui représente 80 % de l’Alaska [soit près de 84 % du Québec ou près de deux fois et demie la France métropolitaine, NDLR]. Tout ceci s’est produit sans révolution végétarienne. Aujourd’hui, seuls 2 à 4 % des Américains sont végétariens ou végétaliens. […]

Cela est dû en partie à la substitution du poulet au bœuf. Un gramme de protéines de bœuf nécessite deux fois plus d’énergie sous forme d’aliments pour animaux qu’un gramme de porc, et huit fois plus qu’un gramme de poulet. Mais c’est surtout dû à l’efficacité. Entre 1925, date à laquelle les États-Unis ont commencé à produire des poulets en intérieur, et 2017, les éleveurs ont réduit de plus de moitié le temps d’alimentation tout en faisant plus que doubler le poids des poulets.

La production de viande a pratiquement doublé aux États-Unis depuis le début des années 1960, et pourtant les émissions de gaz à effet de serre dues au bétail ont baissé de 11 % durant la même période. […]

Les pays pauvres comme le Congo ont absolument besoin de fournir davantage de protéines à leur peuple et d’augmenter la productivité de leurs élevages afin d’alléger la pression qui s’exerce sur les habitats des espèces menacées. […] La production de viande la plus performante en Amérique du Nord nécessite vingt fois moins de terres que la production de viande la plus performante d’Afrique. Remplacer le gibier par des viandes modernes comme le poulet, le porc et le bœuf nécessiterait moins de 1 % du total des terres agricoles de la planète.

[Vraie et fausse lumière]

En Ouganda, Helen et moi avons séjourné dans un écogîte équipé de panneaux solaires et de batteries. Mais après une seule journée de temps nuageux, nous avions épuisé les batteries du gîte en chargeant nos ordinateurs portables, appareils photo, téléphones portables et autres appareils. Quand nous avons dit au gérant du lodge que nous avions besoin de plus d’électricité, il a fait ce que font les petites entreprises en Afrique subsaharienne, il a allumé un générateur au diesel. […]

Considérez le projet de stockage électrique le plus célèbre de Tesla, un centre de batteries au lithium installé en Australie, capable de délivrer 129 mégawattheures. Il fournit suffisamment d’énergie de secours pour alimenter 7 500 foyers pendant quatre heures. Mais il y a neuf millions de foyers en Australie, et 8 760 heures dans une année. L’un des plus grands centres de stockage de batteries au lithium au monde se trouve à Escondido en Californie. Mais il ne peut stocker assez d’énergie que pour environ 24 000 foyers américains pendant quatre heures. Il y a environ 134 millions de foyers aux États-Unis. Pour alimenter l’ensemble des logements, entreprises et usines américaines en électricité pendant quatre heures, nous aurions besoin de 15 900 centres de stockage d’une taille comparable à celui d’Escondido pour un coût de 894 milliards de dollars. […]

Un village indien a fait la une des journaux du monde entier après sa révolte contre les panneaux solaires et la batterie à « micro-réseau » que Greenpeace avait créée comme modèle supposé de saut technologique pour les populations les plus pauvres du monde. L’électricité, peu fiable, était coûteuse. « Nous voulons de la vraie électricité, ont scandé des villageois à un politicien de l’État, pas de la fausse ! »

[Le vert est tellement chic !]

Fin juillet [2019], Google avait rassemblé en Sicile des célébrités et des militants pour le climat afin de discuter des modalités concrètes de leur soutien à la cause. […] Cette réunion sicilienne s’est tenue au Verdura, un complexe cinq étoiles plus vaste que la Principauté de Monaco, abritant six courts de tennis, trois terrains de golf, quatre piscines et un terrain de football. Malgré cet hébergement dans un domaine de très grand luxe, de nombreux participants ont préféré séjourner sur des superyachts amarrés au large, d’où ils étaient acheminés en Maserati sur le lieu de l’évènement. Le premier soir, quarante jets privés avaient atterri sur le domaine […].

[Comme l’avait déclaré] une personne présente, au Sun, un tabloïd britannique, « ils ne semblent tout simplement pas conscients des énormes quantités de combustibles fossiles qu’ils brûlent. Ils débarquent avec des entourages inutiles dans des hélicoptères ou des voitures rapides, puis font des prêches pour sauver le monde ». […] Le problème n’était pas que les célébrités affichaient leur mode de vie très énergivore. Le problème était qu’ils faisaient la morale à des gens qui l’étaient très peu.

[La catastrophe médiatique]

Les médias d’information méritent également d’être blâmés pour avoir présenté faussement l’évolution climatique et d’autres problèmes environnementaux comme apocalyptiques, et pour ne pas les avoir replacés dans leur contexte mondial, historique et économique. Les entreprises médiatiques de premier plan exagèrent le changement climatique au moins depuis les années 1980. Et […] des publications de haut niveau comme le New York Times et le New Yorker ressassent sans la moindre distance critique une doctrine malthusienne réfutée depuis plus d’un demi-siècle.

Mais c’est dans ce que ne disent pas ou du moins pas clairement leurs résumés et communiqués de presse que le GIEC et d’autres organismes scientifiques sont les plus trompeurs. Ils ne disent pas clairement que le nombre de morts liés aux catastrophes naturelles a considérablement diminué et devrait encore décliner avec une adaptation continue. Ils ne disent pas clairement que l’accumulation de bois de chauffage et la construction d’habitations à proximité des zones boisées comptent plus que le changement climatique pour déterminer la gravité et l’impact des incendies dans bien des nombreuses régions du globe. Et ils ne disent pas clairement que les engrais, les tracteurs et l’irrigation importent plus que le changement climatique pour déterminer les rendements des cultures. […]

Même si je peux partager la tristesse et la solitude sous-jacentes à la colère et la peur du changement climatique, de la déforestation et de l’extinction des espèces, je constate que cette vision est erronée, basée sur des angoisses sans fondement, des idéologies déresponsabilisantes et des déformations de la réalité. […] L’image promue par les écologistes apocalyptiques est inexacte et déshumanisante : les humains ne sont pas en train de détruire la nature à force d’irréflexion. […]

Les médias d’information, les rédacteurs en chef et les journalistes pourraient se demander si leur exploitation constamment sensationnaliste des problèmes environnementaux est cohérente avec leur engagement professionnel d’équité et d’exactitude, tout comme avec leur engagement personnel d’exercer une influence positive dans le monde. Même si je suis sceptique sur le fait que des écolos déguisés en journalistes soient susceptibles de changer leur façon de faire leur travail, j’ai bon espoir que la concurrence extérieure aux médias traditionnels, rendue possible par les médias sociaux, insufflera une nouvelle compétitivité dans ce journalisme écologiste et en rehaussera les normes.

En guise de conclusion…

Je crois que si les spécialistes de l’environnement, les journalistes et les militants passaient plus de temps à discuter avec les gens qui vivent en Indonésie ou au Congo de leur combat quotidien, ils seraient moins prompts à s’obnubiler sur la fin du monde, et moins enclins à paniquer devant chaque nouveau problème environnemental.


Apocalypse zéro,
Pourquoi la fin du monde n’est pas pour demain
de Michael Shellenberger,
paru le 27 octobre 2021,
À l’Artilleur,
à Paris
528 pages,
ISBN-10 : 2 810 010 900
ISBN-13 : 978-2810010905

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jeudi 11 mars 2021

Silos raciaux ou chasses gardées ?

L'écrivain catalan Victor Obiols ne traduira finalement pas la poète noire Amanda Gorman, vedette, auprès des médias progressistes, de l'investiture du président américain Joe Biden en janvier dernier. Son profil a été jugé inadéquat. 

Il y a un mois, c’était aux Pays-Bas qu’une controverse a éclaté sur la personne choisie pour traduire la jeune poète américaine. On m'a dit que je ne convenais pas [...]. Ils n'ont pas mis en doute mes capacités, mais ils cherchaient un profil différent, celui d'une femme, jeune, activiste, et de préférence noire, a expliqué mercredi Victor Obiols à l'Agence France-Presse (AFP).


Billet originel du 2 mars 2021

Aux Pays-Bas, Marieke Lucas Rijneveld (en cravate ci-contre), la traductrice blanche de la récente coqueluche progressiste noire qui avait fait sensation auprès des médias pro-Biden lors de l’investiture de Joe Biden, a préféré jeter l’éponge après de nombreuses critiques sur sa capacité à comprendre l’œuvre d’une auteur de couleur. Pourtant, Marieke Lucas Rijeneveld se dit non binaire et a un pedigree progressiste impeccable. [Plus de détails sur cette polémique ci-dessous.]

Il est juste de déplorer cette compartimentation ethnique, cette création de silos de l’expérience humaine selon la race. C’est une critique libérale classique (assez juste dans ce cas). Selon la logique essentialiste qui a mené à l’abandon de Mlle Rijnveld, l’œuvre d’une poétesse noire ne saurait être traduite que par une autre noire, fût-elle d’un autre continent, d’un autre milieu social et d’une autre génération. Quand on atteint un tel point d’incommunicabilité avec des traducteurs blancs pourquoi même traduire dans ces circonstances pour un public blanc comme celui qui lit le néerlandais ? Ou l’incommunicabilité n’existe-t-elle que pour les emplois rémunérés, mais pas chez les lecteurs blancs qui eux paient pour acheter l’œuvre magistrale qui ne pouvait être comprise par une traductrice blanche ? Peu importe si le lecteur blanc comprend pour peu qu’il paie, se taise ou se repente ?

Il faut, en effet, se demander si ces hauts cris ne sont pas aussi une ruse pour jalousement se constituer des chasses gardées : tout ce qui parle des noirs ou a été créé par des noirs ne sera traduit, interprété et analysé que par des noirs (par ici les boulots de traducteurs, critiques et acteurs noirs) afin d’éviter « toute appropriation culturelle ». Quant aux œuvres écrites par des blancs ou mettant en scène des personnages blancs à l’origine, elles devront accueillir plus de diversité : on aura donc une reine viking noire, une reine d’Angleterre noire et Achille le blond sera noir (par ici les boulots de traducteurs, critiques et acteurs noirs).

Le beurre et l’argent du beurre tout en culpabilisant les méchants blancs qui ne se soumettraient pas en frappant avec force leur poitrine pour tous les péchés de leurs ancêtres, bien au-delà de quatre générations.

Le dieu woke est bien plus implacable que celui de l’Exode qui « puni[t] l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération ». 

 


Marieke Lucas Rijneveld, plus jeune lauréate du prix international Booker pour son roman L’inconfort du soir regrette d’avoir dû abandonner son travail. Elle aurait aimé « garder la force, le ton et le style » d’Amanda Gormans.

Marieke Lucas Rijneveld, devenue l’an dernier à 29 ans, la plus jeune lauréate du prix international Booker pour son roman L’inconfort du soir, avait été choisie pour cet emploi de traducteur par l’éditeur néerlandais Meulenhoff.

Mais après des critiques aux Pays-Bas sur le choix d’une traductrice blanche, Marieke Lucas Rijneveld a annoncé sa démission de son emploi de traducteur du poème de Gorman, The Hill We Climb.

« Mon cœur et mon esprit sont toujours remplis des événements de ces derniers jours », a déclaré Marieke Lucas Rijneveld, lundi soir sur Twitter, ajoutant vouloir publier un poème sur la polémique de ces derniers jours, intitulé « La poésie unit, réconcilie et guérit ».

Le choix en tant que traducteur de Marie Lucas Rijneveld — dont le roman décrit les effets d’une tragédie sur une famille religieuse d’éleveurs bovins, du point de vue d’une jeune fille — avait déclenché de vives réactions sur les réseaux sociaux des Pays-Bas.

La militante Janice Deul, qui est noire, a déclaré qu’il s’agissait d’« un choix incompréhensible », ajoutant comprendre les personnes « qui ont exprimé leur douleur, leur frustration, leur colère et leur déception sur les médias sociaux ». Selon elle, la maison d’édition a manqué une « occasion » en n’employant pas une personne noire pour traduire l’œuvre d’Amanda Gorman. Marieke Lucas Rijneveld est « blanche, non-binaire et n’a aucune expérience dans ce domaine », a-t-elle affirmé.

Vendredi, Marieke Lucas Rijneveld s’est déclarée choquée « par le tollé » autour de son « implication dans la diffusion du message d’Amanda Gorman ». Je comprends les gens qui se sentent blessés par le choix de Meulenhoff, avait-elle déclaré sur Twitter.

Marieke Lucas Rijneveld a affirmé toujours bénéficier du soutien de l’équipe d’Amanda Gorman, ajoutant que cela aurait été une « mission formidable et honorable » de traduire sa poésie. « J’aurais mis tout mon amour dans la traduction du travail d’Amanda, considérant que la plus grande tâche est de garder sa force, son ton et son style », a-t-elle ajouté.

Amanda Gorman, 22 ans (ci-contre), est devenue une célébrité auprès des médias pro-Biden après avoir récité, lors de l’inauguration du président américain Joe Biden, The Hill We Climb, un poème de son cru inspiré par l’émeute du Capitole américain et dans lequel elle déclare avec grandiloquence que la démocratie « ne peut jamais être vaincue définitivement ». La militante Gorman est une sociologue diplômée de Harvard.

La traduction française de l’œuvre d’Amanda Gorman est réalisée par la chanteuse belgo-congolaise Marie-Pierra Kakoma, qui porte le nom de scène [en anglais bien sûr] Lous and the Yakuza.

 

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Belgique : le Musée des beaux-arts (« Bozar ») célèbre la naissance de Ludwig van Beethoven avec un Beethoven noir...

La Reine des Neiges 2 et La Guerre des étoiles IX, fers de lance du credo progressiste de Disney

Radio Suisse internationale : Heidi en 2016 (noire)

Les contes de Noël publiés aujourd’hui diluent voire effacent les valeurs chrétiennes

 

jeudi 18 juin 2020

Éducation sur la colonisation belge au Congo dans une école belge

Mise à jour du 18 juin.

Le buste du Roi Baudouin a été défiguré dans la nuit du 17 au 18 juin dans le petit parc en face de la cathédrale. Pourtant, il fut le roi décolonisateur... Et ne descendait pas de Léopold II...



Il était blanc, mâle, hétéro et catho. Il semblerait donc avoir mérité quatre fois d'être défiguré pour les « anti-racistes ». Voir Manifestants BLM défigurent statue d'un des premiers abolitionnistes


Billet originel du 11 juin 2020



Comparer cette parodie d’éducation qui n’est ni neutre ni objective relayée dans ce reportage complaisant (la télévision gouvernementale, la RTBF est très militante) avec cet extrait d’un entretien effectué par Aymeric de Lamotte à l’antenne de RFI  :

– Faut-il, selon vous, déboulonner les statues de Léopold II ?

Non, bien évidemment, pour plusieurs raisons :

1/ Le règne de Léopold II ne peut pas être limité à sa politique coloniale, quoi qu’on pense de cette dernière. Léopold II fut un grand Roi sur beaucoup d’aspects. On le surnomme d’ailleurs « le Roi bâtisseur », car il a transformé Bruxelles et Ostende.

2/ On transforme des éléments historiques en « faits historiques » de manière erronée. Pour des raisons trop longues à expliquer ici, les Anglais et les Français ont haï Léopold II, car il s’est joué d’eux après la Conférence de Berlin qui partagea l’Afrique en 1885. Les Anglais ont mené une campagne de dénigrement féroce (Twain, Morel, Hochschild, etc.) et ont construit des mythes qui ont la vie dure (les mains coupées, les 10 millions de morts, etc.). Ces mythes sont démontés minutieusement pas des historiens sérieux (Stengers, Plasman qui vient d’achever sa thèse sur le sujet, etc.). Ce n’était absolument pas un génocidaire.

3 /Il est déplacé, et même farfelu, de plaquer la grille de lecture de nos progrès contemporains sur toutes les époques qui nous précèdent. Bien sûr que je suis aujourd’hui contre la colonisation et pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (art. 1, al. 2 de la Charte des Nations-Unies de 1945). Par contre, à l’époque, cela n’allait absolument pas de soi. En outre, l’épuration historique et culturelle est un processus infini et un appauvrissement tragique. Va-t-on déboulonner les statues de Martin Luther King, car il a tenu des propos intolérants envers les homosexuels ? Bien sûr que non. L’année dernière à Memphis, la projection du chef-d’œuvre aux 10 Oscars « Autant en emporte le vent » a été interdite pour cause de racisme. Le comble quand on sait que c’est le premier film qui avait attribué un rôle à une actrice noire !

4/ La chasse du passé est pernicieuse, car elle instaure une culture du ressentiment. Plein de jeunes gens n’ont pas de raison d’en vouloir à la Belgique, s’y sentent même bien et heureux, et on leur inocule une soif de vengeance. Cela vient d’ailleurs souvent de groupuscules politiques et idéologiques blancs et européens qui cultivent le ressentiment. J’ai été deux fois au Congo — deux mois en tout —, j’ai beaucoup parlé avec les Congolais, le ton est souvent très différent. À l’autre bout, cela peut exciter les passions identitaires — même dans notre petite Belgique apaisée. On a vu les affrontements aux États-Unis lors du débat à propos du déboulonnage du Général Lee.

– Que diriez-vous à un jeune qui éprouve de la colère à croiser les statues de Léopold II ?

Se faire une opinion fouillée, cela permet de mettre les événements en perspective. De ne pas essayer de changer le passé, mais de se battre pour une égalité présente et future.

– Êtes-vous pour « la paix des mémoires » ?

Bien sûr. Je ne pense pas que les non-dits soient sains. Je pense qu’elle s’accomplira en réalisant une grande synthèse la plus objective et de bonne foi possible — faits condamnables et bienfaits — à propos de toute la période coloniale (1885-1960). On pourrait profiter des 60 ans de l’indépendance (30 juin 2020) pour le faire. Mettons tout sur la table lors d’un grand débat législatif et populaire. Allons au fond des choses une bonne fois pour toute, et puis tournons la page. On peut également accoler des écriteaux historiques aux monuments pour expliquer le contexte.

– Certains comparent Léopold II à Hitler, qu’en pensez-vous ?

C’est très grave de dire cela. Par ignorance crasse de l’histoire, on ne sait plus distinguer. Il est dangereux de tomber dans une « nuit de l’équivalence » (Pascal Bruckner à propos d’un autre débat). Nous perdons l’esprit de finesse. Ce qui nous menace, c’est autant le choc des incultures que le choc des cultures (Bellamy).

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Recension de l'ouvrage Léopold II, potentat congolais de l'historien Pierre-Luc Plasman.

Il est des noms dans l’Histoire qui garderont à jamais une auréole de gloire, tels Louis IX, Jeanne d’Arc, La Fayette, le Maréchal Ney et, plus près de nous, les Churchill et de Gaulle... Il en est d’autres qui, pour toujours, porteront le poids de l’opprobre et du mépris. Léopold II, Roi des Belges de 1865 à 1909, est de ceux-ci. Un prétendu historien américain [Hochschild] l’a placé au troisième rang des plus grands criminels de tous les temps, après Hitler et Staline mais avant Mao-Tse-Tung, Pol-Pot, Tamerlan et autres Attila. Excusez du peu !

Les Américains ne reculent devant rien !

Le livre ici présenté est plus sérieux. Son but est de rétablir la vérité sur Léopold II et sa possession personnelle du Congo, de 1885 à 1908. (Donc, avant qu’il ne lègue le Congo à la Belgique et que le Congo ne devienne une colonie belge).

Beaucoup d’auteurs ont écrit sur le sujet. La plupart se sont recopiés. Tous ceux qui ont confondu l’enquête historique et le réquisitoire n’ont retenu des archives que ce qui alimentait leur dossier à charge. D’autres ont servilement recopié les célèbres rapports de Elmund Morel et de Roger Casement datant de 1903. (On sait que ces rapports étaient rédigés sur commande dans le but d’enlever la possession de Léopold II pour l’inclure dans l’Empire britannique).

Le pseudo historien américain, Adam Hochschild, dans son livre paru en 1998 et intitulé « Un Holocauste oublié », ne s’est pas contenté, lui, de recopier ces rapports ; il y a ajouté une kyrielle de mensonges et de calomnies invraisemblables… Et, si son but était de ranimer les controverses au sujet de Léopold II et de la colonie belge, il faut le dire, c’est réussi.

Depuis lors, les calomnies les plus folles se sont données libre cours. Pour preuve, ce reportage filmé de la radio télévision belge francophone – chaîne subsidiée par l’État – visant à démontrer que le sida avait été introduit au Congo par un médecin belge en 1955… Plus stupide que ça, tu meurs ! Ce reportage a pourtant été diffusé un peu partout en Europe, y compris sur une chaîne française à grand public en 2004.

Il est des chaînes TV qui ne reculent devant rien !

Et comme la veine est porteuse on s’en donne à cœur joie : la BBC a réalisé, en 2004 encore, un film diffusé dans toute l’Europe et en Afrique sur « le génocide des Belges au Congo ».

Et la curée continue : en 2005, on réédite les pamphlets de Mark Twain, datant du XIXème, où l’on parle de dizaines de millions de mains coupées (sic), de génocides et de cannibalisme chez les exploiteurs belges de caoutchouc (re-sic) ; et ces ignobles joyeusetés sont reprises sans réserve par des journaux américains et, en France par « Le Monde » qui, lui aussi, ne recule devant rien !

Et, tout faisant farine au bon moulin, le petit jeu continue : Jacques Vergès, cet avocat français de sinistre mémoire, n’a pas hésité quant à lui à recopier mots pour mots les textes de Hochschild parlant du « génocide de Léopold II au Congo » dans son dernier livre « Les Crimes d’État ». On l’aura compris, tant que ça rapporte, on tapera sur le clou ! ...et on enfoncera, toujours un peu plus, Léopold II.

Tous ces clichés sur Léopold II sont reçus comme des vérités indiscutables ! Dans l’espoir d’y mettre fin, il était indispensable d’avoir une étude systématique sur les structures et les institutions du Congo quand il n’était encore que la possession de Léopold II. C’est sur ce travail que de Pierre-Luc Plasman, historien réputé et chargé de cours à l’université de Louvain-la-Neuve, s’est appliqué ; il nous le présente dans ce livre.

Ce prodigieux travail arrive au bon moment pour nous dire enfin la vérité. Et elle n’est pas rose, cette vérité, il faut bien le reconnaître ! Elle est même extrêmement tragique.

Ce livre ne nous épargne rien. Il se veut d’une objectivité totale, sans jugement, ce qui en fait l’originalité.

Il y a eu des mains coupées ! Mais l’auteur explique : il nous dit que les mains coupées étaient un châtiment des esclavagistes arabes : quand un esclave tentait de s’enfuir on lui coupait une main pour l’exemple. Dans les exploitations de caoutchouc il est arrivé qu’on coupât des mains mais, sur des cadavres.

Les surveillants indigènes des exploitations recevaient des cartouches. Mais ils avaient tendance à les utiliser pour la chasse ; si bien qu’à chaque cartouche tirée sur un fuyard, le surveillant devait ramener une main comme preuve. La grande horreur, bien entendu, est qu’on obligeait les surveillants à tirer sur les fuyards.

Des villages indigènes ont été brûlés. Les commissaires envoyés sur place l’ont constaté. Mais personne n’a jamais su qui avait brûlé ces villages. Les indigènes interrogés ne comprenaient pas les questions qu’on leur posait ou refusaient de répondre ; et ces faits ne figurent évidemment jamais dans les rapports des sociétés exploitantes. Alors était-ce le résultat de luttes tribales, ou des représailles contre des villageois qui refusaient de travailler ? L’auteur ne nous cache rien mais, quand il ne sait pas, il n’invente pas.

Il y eu d’autres crimes horribles, ils sont relatés dans ce livre, mais l’auteur les remet dans leur contexte. Pas pour les excuser mais pour les expliquer : dans un pays grand comme 80 fois la Belgique, les exploitants des sociétés concessionnaires étaient à peine une dizaine dispersés sur tout le territoire. Ils n’étaient pas préparés. Ils n’avaient pas de compétence. Ils étaient la plupart du temps atteints par les épidémies qui ravageaient ces régions et n’avaient jamais aucun espoir de retour au pays. (Le trajet d’un poste d’exploitation au port le plus proche, prenait une douzaine de semaines et il fallait encore qu’un bateau soit là puis, compter encore une douzaine de semaines pour la traversée jusque la Belgique).

Les trop rares rapports des concessionnaires cachaient la vérité à Léopold II, parce que le porteur de mauvaises nouvelles n’est jamais bien reçu ; mais l’auteur, honnêtement, nous dit que le roi ne cherchait pas trop à savoir. Quand les commissions d’enquêtes anglaises, françaises et allemandes ont été connues, à partir de 1903, le roi a bien dû se rendre à l’évidence et il a pris des mesures extrêmement sévères. Il a été jusqu’à exiger que les sociétés arrêtassent leur exploitation.

Pourtant le roi était actionnaire de ces sociétés. Il avait investi pratiquement toute sa fortune personnelle dans le Congo. Il était même fortement endetté et les banques refusaient de lui accorder encore le moindre crédit. Les récoltes d’ivoire avaient été un fiasco et il devait se refaire sur le caoutchouc.

Léopold était très riche avant d'investir dans le Congo, en 1908 il n'est guère plus riche.


L’auteur s’est appliqué à décortiquer minutieusement les finances du roi. Le résultat est très intéressant. On apprend que, contrairement à la légende, le roi n’a pas fait fortune avec le Congo. Ses rentrées ont servi à financer l’installation des missionnaires qui avaient reçu l’ordre d’établir des écoles, des dispensaires et des lieux de culte. Pour son Congo, le roi poursuivait très sincèrement un objectif de civilisation ; mais, en même temps, il voulait, bien évidemment, récupérer ses investissements par l’exploitation des richesses de son domaine.

Léopold II s’était fermement donné pour idéal de créer en Afrique un « État modèle ». À défaut d’un État modèle, son Congo deviendra plus tard, et jusqu'au 30 juin 1960, la colonie modèle, admirée autant que convoitée, dans le monde entier.

S’il s’est un peu enrichi dans les dernières années, cet argent à servi à financer les grands travaux de prestige que Léopold II a voulus pour Bruxelles et pour la Belgique.

Il voulait faire de la Belgique un pays prestigieux. Il voulaient surtout que les Belges soient fiers d’être belges.

A-t-il réussi ? On peut en douter. Et je crois qu’il ne s’est jamais fait d’illusion : quand la mort lui a fait signe de replier ses ailes de géant, il a légué son Congo à la Belgique... qui l’a d’abord refusé ! Et, dans son dernier souffle, on l’entendit murmurer : « petit pays, petites gens, petit esprit… ». Aujourd’hui des excités, incultes et manipulés, déboulonnent ses statues sur les places de Bruxelles.

Décidément, encore et toujours, il en est qui ne reculent devant rien !