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lundi 3 novembre 2025

« La messe n'est pas dite », appel à un sursaut culturel chrétien

Dans son nouveau livre, l’essayiste et président du Parti Reconquête se livre à un vibrant plaidoyer pour l’identité chrétienne de la France, sa seule voie de salut. En voici quelques extraits. 

Une compétition avec l’islam dans l’espace public 

Depuis le VIIe siècle, c’est l’islam qui déploie et incarne l’étendard d’un Orient toujours en quête de revanche contre l’Occident.

Mais l’Église ne veut rien entendre. Avec à sa tête, jusqu’à sa mort il y a quelques mois, un pape « pacifiste », comme on l’était lors des années 1930, elle s’est perdue dans une quête inlassable de complaisance et de compromis, et s’est obstinée à appeler ami ce qu’elle devrait reconnaître comme ennemi. De concession en concession, il est fait une place de plus en plus grande dans le paysage urbain de l’Occident, et donc dans l’imaginaire des populations européennes, à la religion islamique. Et donc à la civilisation islamique. De plus en plus de mosquées, d’écoles coraniques, de boutiques halal, de nourriture halal, de femmes voilées, d’hommes en qamis. Pour reprendre […] la terminologie de Fukuyama, les formes islamiques imprègnent peu à peu l’espace européen, tandis que les formes chrétiennes s’effacent et disparaissent.

En France, de nombreuses églises sont brûlées, vandalisées, pillées dans l’indifférence générale. En revanche, si la moindre mosquée, la moindre synagogue sont simplement taguées avec des mots insultants, c’est l’émotion générale, les autorités médiatiques, politiques, voire les représentants de l’État, sans oublier les autorités religieuses chrétiennes et juives, s’émeuvent, manifestent dans la rue. Seul l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a suscité une immense et intense émotion planétaire. Certains esprits y ont vu un avertissement divin, annonçant la fin de l’Europe chrétienne.

Quoi qu’il en soit, l’avenir de la chrétienté en Europe s’écrit en lettres de feu dans ce XXIe siècle de tous les dangers : des Européens de moins en moins chrétiens et de moins en moins nombreux, noyés au milieu de musulmans de plus en plus nombreux et de plus en plus musulmans.

Une alliance entre Juifs et catholiques

De plus en plus de Juifs et de plus en plus de catholiques ont pris conscience que seule leur alliance peut sauver la France et l’Europe d’une inéluctable et funeste islamisation. Ils ont compris qu’ils étaient liés par la même menace, celle que résume le fameux proverbe arabe : « Après le samedi, vient le dimanche ». Je parle bien d’une lutte contre l’islamisation, et non contre tous les musulmans. Ce n’est pas la rhétorique prudente. Des personnalités musulmanes, venues d’Algérie, comme les écrivains Kamel Daoud ou Boualem Sansal, sans oublier des réfugiés iraniens qui ont fui le régime islamique de Téhéran, et bien d’autres anonymes — Libanais survivants de la guerre civile, Algériens qui ont échappé aux milices du GIA pendant les années 1990, ou musulmans maghrébins ou africains qui apprécient le mode de vie laïque à la française, respectueux de la liberté individuelle — rejoindront ce combat pour l’identité française. Ils savent, eux, que seule une France française, c’est-à-dire à la fois chrétienne et laïque, peut les protéger de la pression familiale et communautaire qui les somme, non sans violence, d’être de « bons musulmans » et non pas des « sales Français ». Malheureusement, une grande partie de la jeunesse musulmane, née en France mais biberonnée, depuis sa plus tendre enfance, à la haine de soi française et à la culture du ressentiment colonial par l’école de la République et les médias de gauche, ne semble pas partager ce combat pour l’identité française.

Le clivage se situe aussi au milieu des catholiques français et européens. Les uns se sont engagés résolument dans la lutte pour l’identité de la France et de l’Europe, liant foi catholique et civilisation chrétienne. D’autres refusent de voir dans leur foi « une identité », même française et européenne, et s’accrochent aux plis d’une Église universelle (katholikos, καθολικὴ ἐκκλησία) et à son message humaniste.

[…]

C’est la sempiternelle querelle qui divise le christianisme depuis l’origine. Identité ou universalisme ? Une loi ou une foi ? Pierre (et Jacques) ou Paul ? Judéo-chrétien ou ami des gentils ?

On se souvient que l’universalisme humaniste de Paul a permis à la petite secte des adorateurs de Jésus de conquérir le monde romain sans armes, en quelques siècles seulement. Or, cette fois-ci, il ne s’agit pas de conquérir, mais de sauver. Pas d’attaquer, mais de défendre. Pas de gagner les cœurs, mais de sauvegarder les âmes. Après tout, saint Paul lui-même, l’homme des grandes ambitions et des grandes perspectives, ne méconnaît pas les nécessités de la protection de sa famille et de sa nation : « Si quelqu’un ne prend pas soin des siens, et en particulier de ceux de sa maison, il a renié la foi et il est pire qu’un infidèle. » Un pays ressemble beaucoup à une famille.

[…]

Pour survivre, la chrétienté européenne doit accomplir une […] révolution culturelle. Des évêques aux fidèles, tous doivent comprendre que l’humanisme abâtardi en humanitarisme et l’universalisme abâtardi en mondialisme nous tuent. Ils font le lit de l’islamisation de l’Europe et de la destruction du christianisme d’Europe, conduisant en quelques décennies à une inéluctable minoration démographique, qui entraînera une marginalisation culturelle et une soumission politique. Les peuples chrétiens d’Europe deviendront minoritaires sur leur propre sol : c’est le destin qui les guette s’ils refusent de renoncer à leur ingénuité universaliste. S’ils refusent de défendre dans le christianisme une identité, une culture, une civilisation. S’ils refusent de préserver les fameuses formes chrétiennes qui ont fait l’Europe et de les imposer à tous ceux qui vivent sur le continent européen. S’ils s’avèrent incapables de renouer avec leur vigueur, leur intrépidité, leur courage passé, à peine tempérés par les « paix de Dieu » et le message charitable des Évangiles imposés par l’Église, dans une sorte de catholicisme viril du Moyen Âge.

L’Église commence à muer

Un frémissement […] agite aujourd’hui notre vieille terre chrétienne d’Occident : les messes de rite traditionnel font le plein ; les évangéliques renouent avec le côté festif et liturgique du christianisme des origines, pour le plus grand plaisir d’assemblées de fidèles joyeux et enthousiastes ; le romancier français le plus célèbre, Michel Houellebecq, combat une législation autorisant l’euthanasie et clame sa quête de Dieu ; les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) connaissent un grand succès populaire… Dans le même temps, les colonnes de jeunes gens pérégrinant sur les chemins ardus et caillouteux qui conduisent à la cathédrale de Chartres le lundi de Pentecôte s’étendent indéfiniment d’année en année : les 500 pèlerins de 1983 sont devenus, quarante ans plus tard, près de 20 000 qui proclament haut et fort l’encyclique de Pie XI : « Il faut chercher la paix du Christ par le règne du Christ. » À Lourdes, les églises sont submergées : 20 000 jeunes et adultes se sont fait baptiser à l’occasion du carême qui préparait à la Pâques de 2024 ; les jeunes hommes reviennent peu à peu dans les églises pour se faire baptiser, alors qu’ils avaient depuis des décennies fait place nette aux femmes, ce qui avait fait dire à l’écrivain Joseph Conrad à l’humour très britannique : « Dieu est pour les hommes, mais la religion est pour les femmes. » L’Église catholique de France commence à muer intelligemment en « une contre-société », tenant un contre-discours, refusant le dogme imposé par les lobbys féministes et LGBT et renouant le contact avec de jeunes hommes déboussolés par les coups de boutoir de l’idéologie de genre, alors que ses prêtres avaient, pendant des siècles, entretenu avant tout des relations avec les femmes.

Comme si le « grand remplacement » d’une civilisation par une autre, en cours dans tous les pays d’Occident — catastrophe plus irrémédiable encore qu’une défaite militaire —, associé a l’offensive woke, démolissant sans vergogne les réalités biologiques et anthropologiques les plus profondes, entraînait au sein de la jeunesse occidentale une réaction de survie, un réflexe commandé par la peur de disparaître : Qui suis-je ? Que dois-je défendre ? En quoi crois-je ? En qui puis-je espérer ? Qui peut me sauver ?


La Messe n’est pas dite, 

par Éric Zemmour, 
chez Fayard, « Pensée libre »,
128 pp.


dimanche 5 octobre 2025

Quelle majorité assimile quelle minorité dans les écoles montréalaises ?

On ne peut impunément ne pas faire assez d'enfants pour simplement se remplacer depuis 50 ans...

Les enfants nés au Québec (eux-mêmes pas nécessairement des Québécois francophone « pure laine ») sont devenus très minoritaires sur la grande île de Laval. On ne voit pas comment ces enfants minoritaires parviendraient à assimiler une énorme majorité de « minorités ».

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samedi 24 décembre 2022

Irlande — professeur catholique emprisonné pour avoir refusé d’utiliser les pronoms « neutres » d’un de ses élèves transgenre

Enoch Burke a passé 107 jours à la prison de Mountjoy à Dublin. Il a été libéré mercredi (voir sa photo ci-dessous à sa sortie de prison).


Ce professeur a été emprisonné en septembre après avoir enfreint l’interdiction de pénétrer dans son école, à Multyfarnham, dans le comté de Westmeath. L’école l’avait suspendu avec solde lors d’un processus disciplinaire, après avoir confronté la directrice lors d’une réunion scolaire en juin. L’enseignant s’était insurgé quand la directrice de l’école avait ordonné aux enseignants d’appeler un élève qui se disait transsexuel par le prénom qu’il avait choisi et d’utiliser leur pronom neutre « iel » pour s’y référer.

Burke, qui affirme que l’ordonnance viole ses droits religieux, a continué à fréquenter l’école, ce qui a conduit à une ordonnance du tribunal lui enjoignant de tenir à l’écart de l’école. Le juge Brian O’Moore a averti Burke qu’il retournerait en prison s’il ignorait à nouveau les ordonnances du tribunal.

Le juge a déclaré que l’emprisonnement de Burke l’avait transformé de « professeur ordinaire » en un « nom connu de tous ». Le juge l’a accusé d’avoir « exploité son emprisonnement à ses propres fins ». « Le tribunal ne permettra pas à quelqu’un reconnu coupable d’outrage au tribunal de tirer un avantage de ce défi », a-t-il ajouté. Et c’est pourquoi il a été libéré…


Billet du 13 septembre 2022

Échec de sa demande de libération

L’enseignant impliqué dans un différend transgenre, Enoch Burke, a échoué dans sa tentative d’être libéré de la prison de Mountjoy — après avoir soutenu que les procédures disciplinaires engagées contre lui par l’école étaient « illégales et inconstitutionnelles ».

Le chrétien évangélique est en prison depuis plus d’une semaine après avoir enfreint une injonction lui interdisant de fréquenter l’école où il travaille.

Le différend de M. Burke avec l’école de l’hôpital Wilson à Multyfarnham, dans le comté de Westmeath, a commencé lorsque le personnel a été « invité » (selon le Irish Mirror) à se référer à un élève qui souhaitait faire sa « transition » de genre avec les pronoms « ils/eux ». Invitation qui ressemble visiblement fort à une obligation ferme.

M. Burke, qui prétend que le transgenrisme est contraire à ses fortes croyances religieuses, a refusé de le faire et a ensuite publiquement confronté le principal pour exprimer son opposition à l’utilisation de ces pronoms.

Il a été mis en congé administratif dans l’attente d’une procédure disciplinaire pour cet « éclat », mais M. Burke a continué à fréquenter les locaux, ce qui aurait obligé l’école à obtenir une injonction du tribunal pour l’en empêcher.

La Haute Cour a emprisonné l’enseignant lundi dernier pour avoir enfreint cette injonction, et il est resté à Mountjoy depuis lors.

Hier, M. Burke, qui s’est représenté lui-même avec l’aide de son frère Isaac, a demandé au tribunal des injonctions mettant fin au processus disciplinaire des écoles qu’il a qualifié d’« inconstitutionnel et illégal ».

Il a déclaré que la décision de le mettre en congé payé était « déraisonnable, injuste, injuste et illégale » et a déclaré qu’il serait « inadmissible » d’autoriser la tenue d’une audience disciplinaire à Mullingar le mercredi 14 septembre ou à toute autre date.

« Je devrais rentrer à la maison avec mon père et mon frère ce soir », a déclaré M. Burke, qui a été traduit en justice depuis la prison de Mountjoy.

Il a ajouté qu’il voulait retourner travailler à l’école.

[…] L’affaire reviendra devant le tribunal demain.

Billet Originel du 6 septembre

En Irlande, un professeur catholique a été emprisonné lundi 5 septembre, rapporte le Daily Mail. Son tort ? Avoir refusé d’user des pronoms neutres d’un de ses élèves qui se dit transgenre. Enoch Burke, enseignant en allemand et histoire dans un établissement scolaire catholique irlandais, a été arrêté et traduit en justice. Devant le tribunal, il a affirmé avoir été suspendu par l’école pour avoir, en mai dernier, refusé d’appeler un de ses élèves « un garçon » comme étant « une fille ». Il a déclaré qu’une telle directive était « contraire aux Écritures » et allait à l’encontre de « l’éthique de [s] on école et de l’Église d’Irlande », et qu’il ne pourrait jamais l’accepter, car il n’est pas d’accord avec l’idéologie transgenre.

L’enseignant Enoch Burke (photographié lundi sous escorte policière) a été arrêté lundi matin pour avoir enfreint une ordonnance du tribunal l’empêchant de se trouver dans son école de Westmeath

Emprisonné

À la suite de cette affaire, Enoch Burke avait été suspendu en août dernier, tout en conservant sa rémunération. Mais il est revenu à l’école, vendredi 2 septembre. C’est la police de l’établissement qui l’a arrêté lundi 5 septembre et l’a transféré au tribunal de Dublin. Le juge a demandé l’incarcération du professeur pour qu’il respecte la décision de l’école. L’enseignant, qui se défendait lui-même, a affirmé qu’il avait été suspendu à tort de son poste, expliquant que le processus disciplinaire utilisé pour le suspendre était entaché d’un vice de procédure et que l’injonction n’aurait pas dû être accordée. Enoch Burke a déclaré qu’il « aimait être enseignant » et qu’il appréciait l’école en elle-même, confirmant toutefois son opposition au traitement de l’élève souhaité par sa direction. Il a ajouté qu’il « ne voulait pas aller en prison » et qu’il respectait la loi. Cependant, se conformer aux ordres serait « un mépris » de ses propres croyances chrétiennes profondes qui, selon lui, lui sont « très chères ». Accepter de se conformer à l’ordonnance du tribunal, a-t-il dit, reviendrait à enfreindre sa propre morale, son éthique et ses opinions religieuses.

Sources : Daily Mail et VA.

mercredi 12 mai 2021

Contre le ressentiment qui hante notre époque, le manuel d’antiwokisme de Jordan Peterson

Le professeur canadien est un ovni intellectuel absolu dont le succès aussi ahurissant que fulgurant dit quelque chose de notre époque. Il publie 12 nouvelles Règles pour une vie (Michel Lafon), un ouvrage de développement personnel à rebours de la rhétorique victimaire de notre époque hypersensible. Recension d’Eugénie Bastié.

Un chroniqueur du New York Times l’a un jour qualifié d’« intellectuel actuel le plus influent du monde occidental ». Son livre 12 Règles pour une vie s’est vendu à 5 millions d’exemplaires et est traduit en cinquante langues. Il a 3,7 millions d’abonnés sur YouTube, où sa vidéo la plus regardée (8,5 millions de vues) s’intitule Introduction à l’idée de Dieu et dure 2 heures 30. Avec son grand front, sa gestuelle digne des meilleurs orateurs et son obsession pour l’art soviétique, Jordan Peterson est un phénomène. Un ovni intellectuel absolu dont le succès aussi ahurissant que fulgurant dit quelque chose de notre époque. Il publie ces jours-ci en France un nouveau livre 12 nouvelles règles pour une vie — au-delà de l’ordre, la suite de son premier ouvrage.

Ce docteur en psychologie, professeur à Harvard puis à l’université de Toronto s’est fait connaître il y a peine cinq ans lorsqu’il a formulé publiquement son opposition à une loi proposée par le gouvernement de Justin Trudeau contre la discrimination des étudiants transgenres, affirmant son refus d’utiliser les pronoms dits de genre neutre (zie, xe, sie, ey, ve, tey, hir…) plutôt que les pronoms traditionnels (he, she). Son deuxième coup d’éclat médiatique fut une interview sur la chaîne Channel 4 (4 millions de vues sur YouTube) où il atomise Cathy Newman [voir vidéo ci-dessous sous-titrée en français], une journaliste féministe qui l’interrogeait sur sa volonté de blesser les trans : « Pour être capable de penser, il faut prendre le risque d’être offensé. » Depuis, il est caricaturé en prophète masculiniste par les gauchistes américains qui en font l’intellectuel organique du trumpisme. Mais Peterson déjoue les étiquettes dans lesquelles on voudrait l’enfermer.

Quasiment métaphysiques

Sorte d’hybridation entre Éric Zemmour pour l’antipolitiquement correct et de Boris Cyrulnik pour la résilience, il est aussi connu pour les règles de vie qu’il délivre à son public. Par son caractère positif et concret, 12 nouvelles règles pour une vie déstabilisera les lecteurs français conservateurs plus habitués aux déplorations apocalyptiques et au démon de la théorie qu’au prosaïsme du développement personnel. Mêlant habilement des anecdotes sorties de son cabinet de psychologue, des commentaires de films de la culture populaire et des extraits de la Bible, Peterson délivre en 12 chapitres 12 règles de vie à la fois très concrètes et quasiment métaphysiques. On y trouvera aussi bien des réflexions universelles sur les invariants de l’humanité que des conseils pratiques pour améliorer sa vie conjugale. De la première, « Éviter de constamment dénigrer la créativité et les institutions sociales » à la douzième, « Soyez reconnaissants malgré vos souffrances », une philosophie se dégage, qu’on pourrait qualifier de libérale-conservatrice.

C’est toute l’habileté de Jordan Peterson de justifier rationnellement et de remettre au goût du jour des préceptes de morale universelle dont on trouve des exemples aussi bien dans le Décalogue biblique que dans les grands Walt Disney. Son idée centrale est celle de la philosophie classique : l’homme est un animal social par excellence et les institutions et les traditions ne sont pas des instruments de pouvoir au service des dominants, comme tente de le faire croire la vulgate féministe et antiraciste, mais des solutions qui ont traversé le temps. La réalité sociale est infiniment plus complexe que le réductionnisme idéologique qui consiste à lire le monde entier selon une grille abstraite et simple : l’algorithme freudien (tout est sexualité), l’algorithme marxiste (tout est économie) ou l’algorithme foucauldien (tout est pouvoir). « Renoncez à l’idéologie » (règle 6), nous dit Peterson. Il pulvérise les dogmes victimaires de notre époque hypersensible qui pousse les individus à attribuer sans cesse leurs malheurs au « système » qu’il s’agisse du patriarcat, du privilège blanc ou du capitalisme.

L’honnête homme que dépeint Peterson est l’antithèse de l’homme nouveau des progressistes ou des existentialistes, qui trace sa destinée en levant tous les déterminismes qui pèsent sur lui. Il est celui qui sait la nécessité de l’ordre et intériorise la contrainte sociale non pas comme tyrannie imposée, mais comme le tuteur d’une vie bonne. « Les limites, les contraintes, les frontières arbitraires — les règles, les règles tant redoutées — assurent non seulement l’harmonie sociale et la stabilité psychologique, mais rendent également possible la créativité qui permet de renouveler l’ordre », écrit avec profondeur Peterson. Et le professeur de citer Jésus, qui respecte l’autorité de la loi — jusqu’à se laisser tuer — tout en les contournant parfois pour un Bien supérieur, mais aussi les héros de Harry Potter qui se caractérisent par la socialisation dans un monde extrêmement codifié et l’infraction des règles pour servir la Cause. Il nous faut « tolérer une certaine dose d’arbitraire pour conserver l’unité du monde », « comprendre la nécessité des règles, le chaos auquel elles permettent d’échapper », tout en sachant parfois « servir l’esprit de la loi plutôt que la lettre ». Car toute société a besoin aussi de renouveler ce qu’il y a en elle d’obsolète.

Le ressentiment de l’homme blanc

Certes, le côté « éthique protestante » du petersonisme, qui axe la réussite sur la responsabilité individuelle — « aide-toi et le ciel t’aidera » — agacera peut-être les Européens blasés que nous sommes. Mais ce livre est bien plus que l’essai d’un coach de vie tel que l’Amérique en produit à la pelle. C’est un parfait manuel d’antiwokisme, à destination d’une jeunesse à qui l’on inocule à haute dose la culpabilité quand elle est blanche et le ressentiment quand elle appartient aux minorités.

Le succès de Peterson auprès des jeunes hommes — il admet que 80 % de son public sur YouTube est masculin — en dit long sur le manque auquel il répond. Contrairement à ce que veulent faire croire ceux qui le dépeignent en prophète de l’« altright » violente, Peterson n’est pas de ceux qui soufflent sur les braises du ressentiment de l’homme blanc en colère. Mais qui au contraire cherchent à construire plutôt que déconstruire, programme unique de la morale depuis quarante ans.

12 nouvelles règles pour une vie,
Au-delà de l’ordre,
par Jordan B. Peterson,
chez Michel Lafon,
le 6 mai 2021
395 pp.,
19,95 euros
ISBN-13 : 978-2749944876

Voir aussi 

Employés de Penguin RH en pleurs parce que l’éditeur publiera le prochain livre de Jordan Peterson (12 Nouvelles Règles pour une vie)

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

Faut-il abolir les frontières ?

Régis Debray fait son deuil du progressisme et des illusions de la gauche

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Jordan Peterson : Arguments en faveur du mariage et impacts du divorce (2 vidéos)

Vos impôts à l’œuvre : Télé-Québec et ses capsules « éducatives » féministes

Faiblesse des revenus masculins, une des causes de l’effondrement du mariage ?  

Jordan Peterson : l’État ne devrait plus enseigner l’éducation sexuelle

Parution en français de Douze règles pour une vie de Jordan Peterson (son précédent livre)

Jordan Peterson et les jeunes « trans » (M-à-j avis de Debra Soh sur l’augmentation de ceux-ci)

 

Jordan Peterson et l’égalité des sexes : députée et ex-ministre suédoise à du mal à comprendre 

Université Wilfred Laurier (Ontario) — S’opposer aux pronoms transgenres (Jordan Peterson), c’est comme Hitler…

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Église catholique s’inquiète du projet de loi C-16 punissant la liberté d’expression sur le genre

Jordan Peterson : La théorie du genre n’a pas sa place en classe (M-à-j : poursuite judiciaire) 

Le Canada vu de loin : un pays avec un singulier manque d’adultes

 

jeudi 22 octobre 2020

Extraits de La Grande Déraison; Race, genre, identité de Douglas Murray

« La politique de l’identité » est-elle en train de combler le vide laissé par l’effondrement des grands récits dans les sociétés postmodernes ? C’est la thèse que défend Douglas Murray dans son livre La Grande Déraison (Éditions L’Artilleur).

L’obsession des « minorités intersectionnelles » pour la « race », le « genre » et l’« identité » lui paraît potentiellement destructrice pour les sociétés occidentales. « On dresse les gays contre les hétéros, les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes », déplore le journaliste et essayiste britannique. C’est en Occident que la situation des minorités est la plus enviable au monde, rappelle-t-il, et c’est paradoxalement la victoire des grandes causes égalitaires qui, selon lui, provoque une surenchère de revendications aussi contradictoires que dangereuses. 

Douglas Murray est un homosexuel revendiqué de l'école libérale classique. 

Succès de librairie en Angleterre, La Grande Déraison paraît en français ce jeudi. En voici quelques extraits:

NAISSANCE D’UNE NOUVELLE IDÉOLOGIE

Nous vivons une époque de grande déraison collective. En public comme en privé, sur internet, dans la vie en général, le comportement des gens est de plus en plus irrationnel, fébrile, grégaire et tout simplement désagréable. On en voit les effets, omniprésents dans l’actualité. Mais bien que nous en observions partout les symptômes, les racines de ce phénomène nous échappent encore. L’origine même de cette situation est rarement reconnue. […] Elle tient au simple fait que nous avons traversé une période de plus d’un quart de siècle au cours de laquelle tous nos grands récits se sont effondrés. Un à un, ils ont été récusés, devenus trop impopulaires pour être défendus ou impossibles à conserver. […] Il était inévitable qu’un nouveau discours vienne occuper le terrain ainsi déserté. Les citoyens des prospères démocraties occidentales actuelles ne pouvaient être les premiers dans l’histoire du monde à ne disposer d’aucune explication sur l’aventure humaine, ni d’aucune vision globale capable de donner un sens à leur existence. 

La réponse qui s’est imposée ces dernières années consiste à s’engager dans de nouvelles batailles, des campagnes toujours plus féroces et des exigences de créneaux qui se multiplient sans cesse ; à dégager du sens en livrant une guerre sans relâche à quiconque semble apporter la mauvaise réponse. Ces guerres sont conduites de façon systématique et inspirées par une visée directrice. Elles obéissent à une stratégie d’ensemble, dont l’objectif est grandiose. Cet objectif – inconscient pour certains, réfléchi chez d’autres – consiste à instaurer dans nos sociétés une nouvelle métaphysique, ou si l’on veut une nouvelle religion. L’attraction qu’exerce cette nouvelle vision du monde est désormais flagrante. On ne voit pas très bien comment une génération qui ne peut accumuler de capital éprouverait une grande passion pour le capitalisme. À l’inverse, il n’est guère difficile de saisir pourquoi une génération convaincue qu’elle ne sera peut-être jamais propriétaire de son logement éprouve une forte attirance pour un système d’opinions qui promet de résoudre toutes les injustices, non seulement celles que subissent ses partisans, mais à l’échelle de la planète. L’interprétation du monde au prisme de la « justice sociale » de la « politique des identités » et de « l’intersectionnalité» est probablement l’effort le plus audacieux et le plus exhaustif, depuis la fin de la guerre froide, pour bâtir une nouvelle idéologie.

OÙ MÈNE LA « POLITIQUE DES IDENTITÉS »

Le concept d’« intersectionnalité » nous invite à passer le reste de notre vie à tenter de résoudre toutes les revendications identitaires et victimaires, les nôtres et celles d’autrui, puis à réviser notre organisation sociale en fonction d’un système compensatoire dicté par la hiérarchie, sans cesse mouvante, que nous découvrirons. Un tel système n’est pas seulement inapplicable, il a en outre pour conséquence de nous rendre fou car il formule des exigences impossibles et nous assigne des buts inatteignables. Aujourd’hui, «l’intersectionnalité» a migré hors des départements de sciences humaines où elle avait pris naissance. Elle est désormais prise au sérieux par une génération de jeunes gens et s’est infiltrée dans les législations sur l’embauche (notamment par le biais des «engagements en faveur de la diversité ») dans l’ensemble des grandes entreprises et des administrations. Une nouvelle dialectique a été mise sur pied pour forcer les citoyens à adopter ces convictions.

Et elles ont été intégrées à une vitesse stupéfiante. Comme l’a souligné l’économiste et écrivain Eric Weinstein (et comme le révèle une recherche sur Google Books) des expressions comme « LGBTQ», «privilège blanc» et «transphobie», inconnues il y a peu, sont passées dans l’usage courant. Tout se passe comme si ces cinq dernières années, la nouvelle métaphysique, une fois son système rodé, avait étendu au grand public son emprise intimidante. Cette expansion a brillamment réussi. […]

Cette forme de prosélytisme dogmatique et vengeur risque tôt ou tard de saper et même de provoquer l’effondrement de toute la culture progressiste. Après tout, il n’est pas certain que les populations majoritaires continueront à accepter des revendications qu’on les somme d’accepter et supporteront longtemps d’être muselées par les qualificatifs qu’on leur assène lorsqu’elles s’y refusent. 

Les failles de cette nouvelle théorie [et justification] de l’existence doivent être identifiées car les souffrances que ce train «intersectionnel» va continuer à provoquer s’il poursuit sur la même voie sont immenses. [Selon cette doctrine], les femmes sont peut-être meilleures que les hommes, les gens peuvent devenir blancs mais pas noirs et chacun peut à son gré changer de sexe. 

Tout individu qui refuse ce schéma est un oppresseur. Et absolument tout doit être politisé. Il y a là assez de contradictions et de confusions pour emplir une existence entière. Et pas seulement sur des points de détail, mais du fait de fondements érigés en absolus. 

Que doivent faire les hommes et les femmes, homosexuels ou hétérosexuels, des affirmations d’experts qui entendent attribuer aux enfants des sexes différents de ceux qui leur ont été attribués à la naissance ? Pourquoi une jeune femme aux caractéristiques de garçon manqué devrait-elle être considérée comme une transsexuelle à opérer pour en faire un homme ? Pourquoi un petit garçon qui aime se déguiser en princesse devrait-il être un transsexuel à féminiser d’urgence ? 

Les experts en matière de genre et leurs convictions sur ceux qu’ils comparent à des « tartelettes» dans le mauvais emballage, trahissent peut-être des capacités interprétatives complètement déficientes. On estime qu’environ 80 % des enfants chez qui on diagnostique ce qu’on appelle aujourd’hui une dysphorie de genre constatent que ce problème se résout de lui-même pendant la puberté. […] C’est-à-dire qu’ils finissent par se sentir à l’aise avec le sexe biologique auquel on les a assignés depuis la naissance. 

Contrairement à ce que prétendent les militants progressistes, ces catégories, en fait, interagissent négativement entre elles. La matrice de l’oppression n’est pas un grand Rubik’s Cube qui attendrait que chaque carré en soit correctement disposé par les sociologues. Il s’agit d’un catalogue d’exigences qui ne sont pas compatibles, et certainement pas sous cette forme.

LE DÉSIR INDIVIDUEL DOIT-IL PRIMER SUR TOUT ?

Toutes les époques qui ont précédé la nôtre ont accompli ou permis des actes qui nous semblent moralement sidérants. Donc, à moins que nous ayons des raisons de penser que les hommes d’aujourd’hui sont plus raisonnables, moralement meilleurs ou plus sages qu’à toute autre époque, il est raisonnable de supposer que certains actes et comportements actuels – peut-être tout imbus de vertu morale – feront un jour pousser des hauts cris à nos descendants qui s’exclameront, scandalisés : «Mais comment ont-ils pu… ?».  

Il est intéressant de se demander quels sont les angles morts de notre époque. Certains de nos actes (et lesquels…?) seront-ils jugés par les générations futures aussi sévèrement que nous estimons aujourd’hui scandaleuse la traite des esclaves ou l’emploi d’enfants comme ramoneurs sous le règne de la reine Victoria ? 

Prenons le cas de Nathan Verhelst, décédé en Belgique en septembre 2013. Nathan était né fille et ses parents lui avaient donné le nom de Nancy. Celle-ci a grandi dans une famille de garçons et a toujours eu le sentiment que ses parents lui préféraient ses trois frères. Nancy qui s’est sentie rejetée par ses parents pendant toute son enfance s’est mise à penser que les choses iraient mieux si elle était un homme. En 2009, à l’approche de la quarantaine, elle a commencé à suivre une hormonothérapie. Peu de temps après, elle a subi une double mastectomie, puis une série d’interventions chirurgicales destinées à la doter d’un pénis. Au total, elle a subi trois opérations majeures de changement de sexe entre 2009 et 2012. À la fin de ce processus, « Nathan », comme il s’appelait désormais, a réagi aux résultats : «J’étais prêt à célébrer ma nouvelle naissance. Mais quand je me regardais dans le miroir, je me dégoûtais moi-même. Mes nouveaux seins ne correspondaient pas à mes attentes et mon nouveau pénis présentait des symptômes de rejet. » Toutes les opérations subies par Verhelst avaient laissé d’importantes cicatrices et il était d’évidence profondément malheureux dans son nouveau corps. La nouvelle vie que Nathan avait tant espérée ne s’était pas concrétisée, et il ne tarda pas à sombrer dans la dépression. En septembre 2013, à l’âge de 44 ans, soit un an seulement après sa dernière opération de changement de sexe, Nathan Verhelst fut euthanasié par l’État. «Je ne veux pas être un monstre», déclarait-il juste avant sa mort. 

Il n’est pas difficile d’imaginer la stupéfaction que pourrait inspirer cette histoire aux générations futures. «Les services de santé belges ont donc essayé de transformer une femme en homme, et ayant échoué ils l’ont ensuite tué(e) ? » Le plus difficile à comprendre est peut-être le fait que ce meurtre, comme les opérations qui l’ont précédé, a été perpétré non dans un esprit de malveillance ou de cruauté, mais par pure bonté. Le cas de Verhelst est certes inhabituel à bien des égards. Mais il vaut la peine de s’y attarder, précisément parce que certaines des questions qu’il soulève suscitent bien peu de réflexions. Que signifie le mot trans ? Qui est trans ? Qu’est-ce qui fait qu’une personne est trans ? Sommes-nous sûrs de l’existence d’une telle catégorie ? Et si oui, sommes-nous certains qu’il est toujours possible d’essayer de faire migrer physiquement quelqu’un d’un sexe à l’autre ? Est-ce même la meilleure façon de faire face à l’énigme d’un désir comme celui-ci ?

ARRÊTONS LE CONCOURS DES OPPRIMÉS !

Peut-être qu’au lieu de chercher à voir l’oppression partout, nous pourrions commencer à sortir du labyrinthe en listant les divers «groupes de victimes » qui ne sont pas opprimés et s’avèrent même avantagés ? 

Des études ont ainsi montré que les rémunérations des gays et lesbiennes surpassent, en moyenne, celles de leurs homologues hétéros. [voir lien ci-dessous] On peut citer plusieurs raisons, notamment le fait que la plupart d’entre eux n’auront pas d’enfants et peuvent donc multiplier les heures supplémentaires, ce qui est bénéfique pour eux et leur employeur. Est-ce un avantage pour les homosexuels ? Jusqu’à quel point les hétérosexuels peuvent-ils se prétendre injustement désavantagés au travail ? Les gays doivent-ils se mettre en retrait pour offrir à leurs contemporains hétérosexuels de meilleures opportunités professionnelles ?

Ces dernières années, les disparités de revenus entre les groupes raciaux ont été systématiquement utilisées comme leviers. Bien que l’on répète souvent que le revenu médian des Hispano-Américains est inférieur à celui des Noirs et que le revenu des Noirs est inférieur à celui des Blancs, on ne s’intéresse jamais vraiment aux Asiatiques, le groupe qui enfonce tous les autres. Le revenu médian des hommes asiatiques aux États-Unis est toujours plus élevé que celui de tous les autres groupes, y compris les Américains blancs. Doit-on tenter de faire baisser ce chiffre en rognant les revenus des Asiatiques de quelques points ?

Ou doit-on essayer de sortir de cette obsession pathologique en traitant les gens comme des individus possédant des aptitudes différentes et en n’essayant pas d’imposer des quotas égalitaires à chaque entreprise ou institution ? Les revendications les plus radicales ayant toujours gain de cause, les gens ont tendance à les croire et à prendre leurs sombres scénarios pour argent comptant. Un sondage réalisé en 2018 révélait ainsi que la plupart des Britanniques (sept sur dix) croyaient les femmes moins bien payées que les hommes à travail équivalent. L’«écart de rémunération entre les sexes » qui existe bel et bien concerne les revenus moyens à l’échelle d’une vie, compte tenu des différences entre hommes et femmes induites par la carrière, l’éducation des enfants et les choix de vie. Mais « l’écart de rémunération » est devenu un sujet de discussion si brûlant dans les médias et les réseaux sociaux que la plupart des gens l’ont interprété comme preuve d’un écart qui n’existe pas sous la forme qu’on leur a fait accroire. Depuis 1970 au Royaume-Uni, et 1963 aux États-Unis, il est illégal de moins bien payer une femme qu’un homme pour effectuer la même tâche. Pour citer un seul effet de cette méprise, dans ce même sondage, alors même que sept personnes sur dix pensaient que les femmes étaient moins payées que les hommes pour effectuer exactement le même travail, un pourcentage quasi identique (67 %) estimait que le féminisme était allé trop loin ou aussi loin qu’il devait. Cette constatation pourrait bien résumer la confusion qui règne aujourd’hui. Nous voyons l’oppression là où elle n’existe pas et nous n’avons aucune idée de la meilleure façon d’y réagir.

La grande déraison
Race, genre, identité
par Douglas Murray
paru le 21 octobre 2020
aux Éditions du Toucan
dans la collection de l’Artilleur
à Paris,
416 pages
Genre : Essais
ISBN-10 : 2810009880
ISBN-13 : 978-2810009886

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