mercredi 30 septembre 2026

Les déboires de l’éducation en Inde

Version courte — L’Inde a massifié l’accès à l’éducation, mais sans en améliorer suffisamment la qualité : l’école publique enseigne mal les fondamentaux, le privé et les établissements supérieurs médiocres prospèrent, tandis que des milliards sont dépensés pour des diplômes qui débouchent rarement sur des compétences ou des emplois.



L’Inde parle de plus en plus de son système éducatif, qui scolarise près de 300 millions d’élèves et d’étudiants. Les manifestations de l’été dernier, déclenchées par une fuite d’examen, ont visé un système jugé défaillant et entraîné le départ du ministre de l’Éducation. Pourtant, le problème va bien au-delà des simples conditions matérielles : l’Inde forme des diplômés, mais trop peu de travailleurs qualifiés. Selon l’Université Azim Premji, seulement 7 % des diplômés trouvent un emploi formel dans l’année suivant leurs études.

L’accès à l’école s’est considérablement amélioré : en 1990, près de 25 % des enfants n’étaient pas scolarisés dans le primaire, contre 2 % aujourd’hui. En revanche, la qualité de l’enseignement n’a pas suivi. En 2022, dans les écoles rurales, trois élèves de cinquième année sur cinq ne pouvaient pas lire un texte de niveau deuxième année. Bien que la situation se soit légèrement améliorée depuis, l’apprentissage des bases reste insuffisant.

Au secondaire, le problème vient notamment des enseignants. Les gouvernements des États peinent à les sanctionner ou à les responsabiliser, en partie à cause de l’influence électorale des syndicats. En 2024, les enseignants du secondaire rural étaient absents un jour sur huit. L’Inde n’a participé qu’une seule fois aux évaluations PISA, en 2009, où elle s’est classée parmi les trois derniers des 74 pays et territoires participants en lecture, mathématiques et sciences.

Les parents se tournent donc de plus en plus vers le privé : près de 100 millions d’enfants, soit 39 % des élèves, fréquentent désormais des écoles payantes, contre 32 % en 2015. La plupart sont des établissements privés bon marché, mais de qualité médiocre. Cette fuite vers le privé réduit paradoxalement la pression sur l’État pour améliorer les écoles publiques, alors que le secteur privé lui-même reste peu réglementé.

Le même phénomène s’observe dans l’enseignement supérieur. Environ 30 % des jeunes poursuivent leurs études après le secondaire, contre 20 % il y a dix ans, notamment grâce à l’essor de plus de 10 000 établissements privés affiliés à des universités, créés au cours de la dernière décennie. Beaucoup accueillent des étudiants qui n’ont pas obtenu les résultats nécessaires pour intégrer les universités publiques, moins chères. Les familles modestes prennent ainsi des risques financiers importants pour des diplômes dont la valeur professionnelle est parfois limitée. Les universités, qui dépendent financièrement de ces établissements affiliés, ont peu intérêt à y imposer des normes strictes.

Trois problèmes structurels émergent.

  • D’abord, le système reste profondément élitiste. L’Inde est passée d’une éducation réservée à une minorité à un système de masse, mais celui-ci repose toujours sur un petit nombre d’établissements d’excellence, fréquentés principalement par les privilégiés, et une multitude d’écoles médiocres. Il n’a jamais été conçu pour répondre aux besoins de l’élève moyen.
  • Ensuite, l’éducation est devenue un marché lucratif. Les écoles privées engrangent environ 30 milliards de dollars par an, et les entreprises de préparation aux examens plus de 8 milliards. Des familles modestes investissent dans des formations et des diplômes qui offrent parfois peu de débouchés. Selon Santosh Mehrotra, de l’Université Jawaharlal-Nehru, de nombreux responsables politiques ont eux-mêmes intérêt à cette prolifération d’établissements privés.
  • Enfin, les ressources sont mal utilisées. L’éducation continue de se développer, car un diplôme ne sert pas seulement à acquérir des compétences : il confère un statut social, améliore les perspectives matrimoniales des femmes et est désormais exigé, souvent sans raison, pour des emplois manuels.

Source : The Economist

Dépenses autochtones fédérales   40,8 milliards de programmes par an, des dizaines de milliards de plus en indemnisations

Le National Post a rendu compte, le 30 septembre 2026, d’une étude de l’Institut Fraser, réalisée par Tom Flanagan et Nathaniel Li. Selon cette étude, les dépenses fédérales destinées aux Autochtones, après correction de l’inflation, sont passées de 10,3 milliards de dollars en 2014-2015 à 40,8 milliards en 2024-2025. Pourtant, ces dépenses ont crû à un rythme plus de sept fois supérieur à celui des autres dépenses fédérales (hors intérêts). Entre 1969 et 2015, ces dépenses augmentaient en moyenne de 4,3 % par an. Depuis 2015, ce rythme a bondi à 17,1 % par année.

Ces 40,8 milliards annuels ne représentent pas l’ensemble des dépenses fédérales pour les Autochtones. Les auteurs de l’étude ont exclu, à partir de 2015-2016, les montants liés aux poursuites et aux indemnisations, car leur variation d’une année à l’autre rendrait les comparaisons difficiles. L’augmentation de ces paiements est devenue particulièrement importante à partir du moment où Ottawa a privilégié la négociation (d'aucuns diraient la dépense) plutôt que les procédures judiciaires.

Les sommes ainsi exclues sont considérables et très variables d’une année à l’autre :

  • En 2023-2024, les règlements et paiements liés aux poursuites ont atteint environ 29,4 milliards de dollars courants. En les ajoutant aux quelque 33,4 milliards de dépenses de programmes, on arrive à près de 62,8 milliards pour cette seule année.
  • En 2024-2025, ces paiements sont retombés à environ 1,5 milliard.
  • Depuis 2016, le gouvernement affirme avoir consacré plus de 60 milliards de dollars au règlement de revendications autochtones et à la compensation de préjudices historiques.
  • Les dettes potentielles, comme celles liées aux revendications, ont grimpé jusqu’à 76 milliards en 2022-2023. Elles ont ensuite reculé à 56,6 milliards en 2023-2024, puis à 54,7 milliards l’année suivante. Ces montants représentent des obligations probables dont le paiement futur est estimé, et non des dépenses déjà effectuées.

Le National Post insiste sur le rapport entre cette explosion des dépenses et les résultats observés. Selon l’étude de l’Institut Fraser, l’effet positif de l’augmentation des dépenses fédérales consacrées spécifiquement aux Autochtones sur le bien-être des communautés des Premières Nations a été négligeable. En 1981, l’écart de bien-être entre les Premières Nations et les autres communautés canadiennes était de 19,5 points. En 2016, il restait presque identique, à 19,1 points. Ce n’est qu’en 2021 qu’on a vu une légère amélioration, avec un écart réduit à 16,3 points. 

L’étude attribue toutefois une grande partie de cette amélioration récente à la hausse de l’Allocation canadienne pour enfants, une prestation générale destinée aux familles admissibles et qui n’est pas comprise dans les dépenses de programmes autochtones. Cette différence est cruciale. Contrairement aux fonds gérés par des organismes autochtones, l’Allocation canadienne pour enfants est versée directement aux familles, sans intermédiaire. Elle peut ainsi atteindre immédiatement les ménages qu’elle vise, sans passer par une structure intermédiaire. Le fait que cette prestation générale ait contribué à l’amélioration mesurée du bien-être constitue donc un élément intéressant lorsqu’on compare l’efficacité apparente d’une aide directe aux familles avec celle de dépenses administrées par des organismes ou des structures collectives.

Cette aide directe est d’autant plus significative que la fécondité demeure sensiblement plus élevée dans certaines populations autochtones. Statistique Canada indique qu’en 2010-2011, l’indice synthétique de fécondité des membres inscrits des Premières Nations vivant dans les réserves atteignait 3,25 enfants par femme, contre 1,63 chez les non-Autochtones. Plus récemment, Statistique Canada estimait à 2,20 enfants par femme, en 2016, la fécondité des personnes ayant le statut d’Indien inscrit ou des traités, contre 1,59 pour l’ensemble de la population canadienne. Or, dans ces communautés, les familles sont souvent plus nombreuses. Une allocation basée sur le nombre d’enfants peut donc peser lourd dans le budget des ménages. 

Le contraste avec les engagements pris depuis 2015 est frappant. Après son élection, le gouvernement Trudeau a annoncé dans le budget de 2016 un investissement de 2,6 milliards de dollars sur cinq ans pour l’enseignement primaire et secondaire destiné aux enfants des Premières Nations vivant dans les réserves. Ces sommes, qui paraissaient considérables à l’époque, donnent une idée de l’ampleur prise depuis lors par les dépenses consacrées aux programmes autochtones : le seul montant annuel de 40,8 milliards retenu par l’étude représente près de seize fois les 2,6 milliards annoncés en 2016 pour l’éducation.

La fin du gouvernement Trudeau n'a pas mis un terme à l'augmentation des dépenses. Dans sa Mise à jour économique du printemps de 2026, Ottawa annonce par exemple 601 millions en 2026-2027 pour un enseignement adapté à la culture locale dans les réserves. Il prévoit aussi 700 millions sur six ans, à partir de 2025, pour soutenir les programmes locaux de protection de l’enfance.

Le vérificateur général du Canada et le directeur parlementaire du budget ont eux aussi relevé un décalage entre l’augmentation des ressources et les résultats obtenus. En 2025, le vérificateur général constatait que les dépenses de programmes de Services aux Autochtones Canada avaient augmenté de 84 % depuis 2019-2020, tout en jugeant « insatisfaisants » les progrès réalisés dans 18 des 34 recommandations examinées. Il soulignait que des difficultés importantes subsistaient dans l’amélioration des services et des résultats des programmes destinés aux communautés des Premières Nations.

Le rapport du directeur parlementaire du budget fait ressortir un autre aspect du problème : malgré l’augmentation considérable des ressources consacrées aux services autochtones entre 2015-2016 et 2022-2023, la capacité des organisations à atteindre leurs objectifs ne s’était pas améliorée. Pour plusieurs indicateurs, le nombre de cibles effectivement atteintes avait même diminué.

En Colombie-Britannique, Ottawa a consacré environ 6,3 milliards de dollars en 2024-2025 aux prestations de programmes consacrées aux Autochtones, soit environ 20 306 $ par personne autochtone. À l’échelle du pays, les montants attribués selon la province vont de 73 millions de dollars à l’Île-du-Prince-Édouard à 8,8 milliards en Ontario.

Il faut enfin garder à l’esprit que les 40,8 milliards ne représentent qu’une partie de l’effort financier fédéral. Ils excluent les paiements liés aux revendications et aux poursuites, tandis que les engagements éventuels représentent des sommes qui pourraient encore devoir être versées. À l’inverse, l’analyse de l’Institut Fraser ne cherche pas à attribuer aux seuls programmes autochtones toutes les dépenses fédérales dont bénéficient les Autochtones : elle distingue notamment les prestations générales comme l’Allocation canadienne pour enfants. Pour les auteurs, la vraie question n’est pas de savoir combien a été dépensé, mais plutôt de comprendre pourquoi une hausse aussi spectaculaire des budgets n’a pas entraîné d’améliorations proportionnelles. 

Tom Flanagan résume ainsi l’enjeu : les Canadiens doivent connaître l’ampleur des sommes consacrées par Ottawa aux politiques autochtones s’ils veulent pouvoir apprécier ce que ces dépenses supplémentaires permettent réellement d’obtenir.

Flanagan : de l’aide collective à la restauration de la propriété individuelle

Tom Flanagan ne se contente pas d'analyser les montants dépensés pour évaluer les résultats d'une politique.

Voilà des décennies que le politologue dénonce le caractère avant tout collectif d’une large part des politiques autochtones. Or, quand ces fonds sont gérés par des administrations ou des organismes communautaires, ils ne profitent pas toujours directement aux individus ou aux familles concernés. Dans Premières Nations ? Seconds regards, publié chez Septentrion en 2002, Flanagan affirmait déjà que les politiques gouvernementales pouvaient accumuler le pouvoir et la richesse entre les mains d’une élite d’administrateurs et d’intermédiaires, plutôt que d’encourager l’autonomie économique de la population.

Cette critique s’inscrit dans sa réflexion plus large sur la propriété.

Il abordait plus en détail ce sujet dans Au-delà de la Loi sur les Indiens : rétablir les droits de propriété autochtone au Canada, publié chez Septentrion en 2012 avec Christopher Alcantara et André Le Dressay.

Dans cet ouvrage, les auteurs analysent les limites des régimes fonciers actuels dans les réserves. Ils y proposent que les Premières Nations puissent obtenir une pleine propriété de leurs terres, que ce soit de manière individuelle ou collective.

Selon eux, un droit de propriété plus étendu pourrait favoriser la formation de patrimoine, l’investissement et l’accès au crédit.

Un point clé de la réflexion de Flanagan concerne le régime foncier actuel : dans une réserve, une maison ne peut pas toujours servir de garantie pour un emprunt, contrairement à un bien immobilier classique. 

La propriété peut ainsi être difficile à mobiliser pour financer une entreprise, investir dans un autre bien ou constituer progressivement un capital familial. Pour Flanagan, l’enjeu ne se résume pas à l’argent investi dans les communautés. Il faut aussi se demander : à qui appartient ce capital ? Et comment permet-il aux individus de construire leur propre patrimoine. 

On comprend alors pourquoi, pour Flanagan, il est utile de noter la différence d’effets entre une aide comme l’Allocation canadienne pour enfants, versée directement aux familles, et les fonds gérés collectivement par des institutions. Ces deux approches n’ont pas le même impact sur l’autonomie économique des bénéficiaires. 

Sources : 
National Post, 30 septembre 2026
;
Institut Fraser, The Cost of Federal Spending for Indigenous Peoples in British Columbia, 29 septembre 2026 ; 
Bureau du vérificateur général du Canada, Suivi sur les programmes pour les Premières Nations ; Statistique Canada, Un aperçu : Membres inscrits des Premières Nations au Canada ;
Mise à jour économique du printemps de 2026.


lundi 28 septembre 2026

Les écoles pour les pauvres ne sont pas des écoles mal financées

L’idéologie « woke », axée sur la race et le genre, qui a atteint son apogée en 2020, n’avait pas de chef de file, mais Nikole Hannah-Jones peut sans conteste être considérée comme sa figure intellectuelle emblématique. Journaliste au New York Times Magazine, elle a rédigé « The 1619 Project », une histoire révisionniste des États-Unis centrée sur l’esclavage, et a été saluée pour un article publié en 2016 dans lequel elle racontait avoir inscrit sa fille dans une école fréquentée majoritairement par des élèves pauvres et non blancs. Son dernier article, publié le 20 septembre, est un mea culpa partiel qui a déclenché un torrent de joie mauvaise anti-« woke ». Elle y raconte le calvaire que sa fille y a vécu par la suite, face à des enseignants absents ou négligents et à des camarades de classe turbulents, ainsi que sa rage face au sacrifice de l’éducation de sa fille dans l’espoir vain de réparer un système défaillant, un enfant à la fois.

Pourtant, alors même que Mme Hannah-Jones assume la responsabilité personnelle de cette « trahison » envers son enfant, elle ne dit pas grand-chose sur les politiques éducatives soutenues par les progressistes qui ont sans doute contribué au dysfonctionnement des écoles fréquentées par sa fille. De plus, la principale explication qu’elle avance pour les défaillances de ces écoles est dépassée depuis des décennies.

Mme Hannah-Jones cite une étude de 2019 réalisée par EdBuild, un groupe de pression, indiquant qu’« à l’échelle nationale, les écoles situées dans des quartiers à prédominance non blanche reçoivent 23 milliards de dollars de moins en financement annuel que leurs homologues à forte population blanche ». Elle en conclut que les mauvais résultats aux examens de ces écoles ne font que « refléter » ce « désavantage » financier. Elle n’aurait guère pu choisir pire exemple pour étayer cette affirmation que l’école publique n° 307 de sa propre fille à New York, qui a dépensé 52 349 dollars par élève en 2024-2025, ce qui en fait l’une des écoles les mieux financées dans l’un des districts américains où les dépenses sont les plus élevées. Et l'école n° 307 n’est pas une exception, mais plutôt un exemple extrême de la tendance nationale : les écoles publiques qui comptent la plus faible proportion d’élèves blancs reçoivent en réalité le plus de financement.

L’idée selon laquelle les zones défavorisées ont des écoles mal financées trouve son origine dans l’histoire. En 1940, 68 % des budgets scolaires provenaient de sources locales telles que les impôts fonciers. Mais une série de réformes de redistribution engagées dans les années 1960 a complété ces fonds par des subventions de l’État et, dans une moindre mesure, par des fonds fédéraux largement alloués aux districts défavorisés (et non pris en compte dans l’étude d’EdBuild). Selon une étude récente de la Brookings Institution, un groupe de réflexion, les quintiles regroupant les districts scolaires les plus pauvres et ceux où la proportion d’élèves blancs était la plus faible affichaient déjà les dépenses par élève les plus élevées dès 1976-1977.

Cette tendance se maintenait encore en 2020-2021, même après prise en compte des salaires plus élevés pratiqués dans les districts à forte population non blanche, qui se trouvent généralement dans les grandes villes, et s’est par la suite renforcée grâce au plan de relance budgétaire mis en place par les démocrates pendant la pandémie de Covid-19. L’analyse de The Economist révèle qu’en 2024, le district scolaire d’un élève noir moyen dépensait 3,5 % de plus par élève, après ajustement pour tenir compte des écarts salariaux, que celui de ses homologues blancs. La prime cor­res­pon­dante pour les élèves hispaniques s’élevait à 0,9 %.

Ces dépenses n’ont toutefois pas permis d’obtenir des résultats scolaires équivalents. Lors des évaluations nationales en lecture et en mathématiques menées en 2024 auprès des élèves âgés de 13 ou 14 ans, l’élève blanc moyen s’est classé au 58e centile, contre le 32e pour l’élève noir moyen. Cet écart s’explique en partie par le fait que les élèves noirs sont plus souvent issus de milieux défavorisés et ont donc davantage de besoins éducatifs, ce qui pourrait justifier une dotation plus importante des fonds. Les écoles comme l'école n°307 accueillent souvent davantage d’enfants présentant des troubles d’apprentissage, et elles ont besoin de davantage de spécialistes pour aider les élèves issus de milieux familiaux difficiles et ceux qui apprennent l’anglais.

Cependant, les spécialistes de l’éducation soulignent également toute une série de problèmes qui vont au-delà de la question financière, dont la plupart ressortent clairement du récit de Mme Hannah-Jones. Les enseignants syndiqués sont rémunérés en grande partie en fonction de leur ancienneté, plutôt qu’en fonction de leurs performances ou de la difficulté de leur environnement scolaire. En consé­quence, les enseignants des zones défavorisées ont tendance à fuir vers des écoles situées dans des quartiers plus aisés où les problèmes de discipline sont moins nombreux, laissant leurs anciennes écoles aux prises avec un roulement incessant d’enseignants inexpérimentés. Les enseignants qui s’absentent fréquemment ou dont les élèves obtiennent de mauvais résultats restent en poste car ils sont difficiles à remplacer. Le fait de faire passer les enfants dans la classe supérieure malgré de faibles résultats aux tests standardisés — qui, selon Mme Hannah-Jones, mesurent davantage les privilèges que l’intelligence ou la qualité de l’enseignement — empêche les élèves de se rendre compte qu’ils n’ont pas maîtrisé la matière. Et le fait de ne pas sanctionner les enfants perturbateurs ou de ne pas les exclure des salles de classe entrave les efforts d’apprentissage de tous leurs camarades de classe.

De nombreux détracteurs de Mme Hannah-Jones lui reconnaissent néanmoins le mérite d’avoir fait amende honorable en public. Mais la principale leçon à tirer de son récit n’est pas que tous les parents ayant les moyens d’échapper à ce genre d’écoles devraient le faire. Il s’agit plutôt de tenir compte du message du directeur de la deuxième école de sa fille : « baisser les exigences » pour les élèves non blancs relève du « racisme sous couvert d’antiracisme ».

Les catholiques ou la nouvelle élite qui vient ?

Version courte—  Chantal Delsol voit dans les catholiques français une minorité désormais très réduite, mais particulièrement fervente, nombreuse en enfants et soucieuse de leur éducation, qui pourrait ainsi constituer une part importante de l’élite de demain. Face à l’affaissement de l’école républicaine, elle imagine une société très clivée entre une petite élite éduquée et exigeante, où les catholiques seraient surreprésentés, et une majorité beaucoup moins instruite. Texte publié dans Valeurs actuelles.

Nous savons que les deux pays les plus athées d’Europe sont la Tchéquie et la France – peut-être parce que ce sont les plus horriblement marqués dans le passé par les guerres de Religion. Mais au moment où le christianisme s’efface drastiquement dans le vieux continent depuis un demi-siècle, la France se singularise par l’émergence et le déploiement, depuis le début de ce siècle, d’une minorité catholique vivante, énergique et même bruyante (que les catholiques des pays voisins nous envient). Les vastes Manif pour tous, dont les médias ont bien sûr minimisé l’ampleur, attestaient d’une présence catholique militante, et les multiples associations, la présence de médias spécifiques, le pèlerinage de Chartres, la résistance des “talas” [« trotskystes, anarchistes, libertaires »] dans l’enseignement supérieur, tout concorde pour signaler que si les catholiques sont désormais ultra-minoritaires, ils existent et avec force. Les messes (autrefois pleines de femmes dont les maris étaient au bistrot), sont pleines de jeunes qui s’agenouillent sur les dalles pour pallier l’absence des prie-dieu, dégagés dans les années 1970 : il ne s’agit pas d’une religion qui s’évanouit en ne laissant que quelques vieillards égarés. La relève est là, fervente.

Cette relève est très réduite en nombre. Et pourtant : aujourd’hui les familles catholiques, pratiquement les seules familles nombreuses [note du carnet: parmi la population autochtone, mais pas parmi les familles issues de l'immigration], appartiennent à l’élite (contrairement à la sociologie d’autrefois, où c’étaient les pauvres qui étaient catholiques). Et, comme une élite peut le faire, ils éduquent leurs enfants. Je veux dire : ils se sacrifient pour l’éducation, ils surveillent l’addiction aux réseaux, ils font des kilomètres pour emmener l’enfant chez les scouts, ils cherchent l’école exigeante et pour cela se serrent la ceinture, ils font réciter les leçons et les expliquent, ils exigent le respect des professeurs, ils interdisent les gros mots, ils apprennent à arriver à l’heure, ils expliquent inlassablement que l’IA ne peut pas remplacer la pensée personnelle, j’en passe et tout le monde comprend.

Et tout cela est devenu une rareté : l’école française en témoigne, où les élèves peuvent venir quand ça leur chante, injurier leurs enseignants, ridiculiser la langue de Molière et finalement sortir des couteaux. Après la tornade de Mai-68 puis l’enseignement de la déconstruction, le niveau d’instruction et d’éducation est aujourd’hui si bas que l’employeur, las de voir des candidats tous munis d’un diplôme devenu sans valeur, embauche celui qui arrive à l’heure au premier rendez-vous et se trouve capable de saluer convenablement. Le niveau lamentable de l’école nous prépare un pays partagé en un immense peuple d’analphabètes, rivés à leurs réseaux, et une toute petite élite suréduquée.

Autrement dit, et on peut le regretter parce que ce n’est pas la culture française, l’école républicaine qui rendait possible l’émergence de Camus laissera place à une société très clivée entre les quelques-uns et les nombreux, comme disait Platon, un type de société qu’on peut trouver en Amérique latine ou récemment encore en Europe de l’Est. La minuscule aristocratie pleine de ressources sera composée essentiellement de catholiques – non parce qu’ils sont meilleurs que les autres, mais parce qu’ils ont envahi l’élite éduquée. Pour imaginer le pouvoir d’une ultraminorité éduquée et fervente, il suffit de se rappeler le rôle des trotskistes en 1968. Je ne sais pas si le catholicisme reprendra un jour une influence comparable, mais si c’est le cas, cela commencera par l’éducation.

Données récentes. L’enquête Ifop-Bayard–La Croix menée en 2025 auprès de 2 159 catholiques « engagés » décrit un noyau de pratiquants réguliers qui est à la fois plus jeune et plus diplômé que les catholiques occasionnels, et qui compte davantage d’étudiants. La transmission familiale y joue aussi un rôle majeur : 64 % des pratiquants réguliers ont grandi dans un foyer où les parents allaient régulièrement à la messe, contre 37 % des occasionnels. Ce noyau demeure en outre plus familial : 10 % des pratiquants hebdomadaires ont quatre enfants ou plus, contre 5 % des occasionnels. Les études démographiques portant sur les générations plus anciennes avaient déjà mis en évidence un écart beaucoup plus marqué : les catholiques pratiquantes nées en 1960-1965 avaient en moyenne 2,6 enfants, contre 2,0 pour les catholiques non pratiquantes et 1,7 pour les femmes sans religion. On ne peut évidemment pas transposer ce 2,6 aux générations actuelles, mais la persistance d’un gradient entre pratique religieuse et taille des familles est bien documentée. Enfin, les choix scolaires vont dans le même sens : en 2025, seuls 48 % des parents catholiques pratiquants souhaitaient scolariser leur enfant dans le public, contre 73 % des parents dans l’ensemble.

dimanche 27 septembre 2026

La forteresse littéraire a tremblé prise d’assaut par la piétaille des réseaux sociaux (Affaire Thélyson Orélien)

Texte de Mathieu Bock-côté paru dans Le Figaro du 26 Septembre 2026.

Il y a une semaine à peine, C’était ça ou mourir, le roman de Thélyson Orélien, véritable événement littéraire, semblait appelé à rafler les plus grands prix, même le Goncourt. La combinaison semblait gagnante : un écrivain haïtien, installé au Québec, racontant une forme d’odyssée poétique des migrants dans un monde qui doute de plus en plus de la promesse de Babel. C’était l’ouvrage attendu par le régime diversitaire, conforme à son esthétique, comme il y eut autrefois une esthétique socialiste, qu’il était aussi obligatoire d’admirer en société - on parlera d’obligation d’admiration publique. Les figures consacrées du milieu littéraire multiplièrent les compliments les plus emportés - on a même entendu, à demi-mot, que Thélyson Orélien serait le nouveau Victor Hugo. On aurait pu dire Homère et Zola, mais le temps a manqué, probablement.

Puis une bombe a explosé. Le compte Balance ton Claude, que l’on sait depuis animé par Samuel Fitoussi, a accusé Orélien d’avoir écrit son livre avec L’IA. L’accusation semblait crédible, et fondée sur un logiciel de détection de l’écriture IA, reconnu pour son exactitude. Une part du milieu littéraire s’est immédiatement braquée : c’est faux ! Et très vite, elle a riposté : derrière cette critique s’exprimerait un racisme viscéral contre un écrivain noir parlant des migrants. On voulait l’effacer, l’humilier. La question de L’IA était secondaire : l’intégrité de l’œuvre ne comptait plus, même si encore hier, tous se seraient dits horrifiés par un monde où la littérature deviendrait le produit d’une machine. Cette riposte était prévisible. C’était ça ou mourir avait été célébré sur la base de critères idéologiques, et c’est à partir de tels critères qu’on le défendrait. Orélien, de son côté, a bien évidemment contesté les accusations. Mais comme le disait moins poliment Chirac, les soucis volent en escadrille. 



Au jour 3 de la controverse, on a découvert que Thélyson Orélien était un vilain plagiaire. Dans la presse québécoise, où il écrivait depuis longtemps, mais aussi en France, il était coutumier d’une pratique singulière : il prenait un texte paru à l’étranger, le traduisait approximativement, puis le publiait sous son nom, en partie ou totalement. En 2012, il a même remporté un concours de nouvelles organisé par Radio-canada en plagiant un vieux texte de Louis Pauwels - à tout le moins, on lui reconnaîtra de saines admirations. Chaque jour, de nouveaux plagiats sont révélés, même dans ses poèmes.

Au Québec, l’enthousiasme s’est converti en doute. Pouvait-on croire un plagiaire multirécidiviste ? Sa défense devenait moins crédible. Elle fut moins enthousiaste, son éditeur, Boréal, renonçant même à promouvoir le livre. Les accusations de racisme contre ses critiques demeurèrent, toutefois : il fallait bien sauver la face. En France, la question du plagiat trouve moins d’écho.

La polémique vire au comique. L’aristocratie culturelle pouvait difficilement s’ébaubir le lundi et reconnaître s’être fait bluffer le vendredi. Il y a des limites au triple salto arrière. Puisqu’il n’était plus possible de nier la chose, aussi bien la décréter normale. D’ailleurs, l’intelligentsia ne peut même pas s’émerveiller de manière tactique devant le canular, sur le mode « chapeau l’artiste » car ce n’en était pas un - les critiques d’Orélien y voient tout simplement une fraude littéraire. Au mieux, pour ne pas se dédire, elle peut normaliser l’écriture par L’IA, y voir une forme d’audace - mais sur cette question, elle se clivera, car les hommes de lettres ne sont pas encore prêts à s’immoler devant le dieu IA. Simple réflexe de survie. Alors on y revient : restait à traiter tout cela dans le logiciel antiraciste. Il ne déçoit jamais et s’applique à toutes les situations. Orélien l’a fait aussi. Il affirme qu’on voudrait le faire taire, qu’il cesse d’écrire. Les mauvaises langues répondront surtout qu’on voudrait qu’il écrive par lui-même.

La forteresse littéraire a pourtant tremblé - d’autant qu’elle s’est moins décomposée de l’intérieur qu’elle ne fut prise d’assaut par la piétaille des réseaux sociaux, n’acceptant pas le récit officiel qu’on lui faisait des événements, présentant simplement les faits le contredisant, ne s’inclinant tout simplement pas devant ses totems, en fait. Disons-le autrement : sans les réseaux sociaux, nous ne saurions pas grand-chose de toute cette affaire, Thélyson Orélien raflerait le Goncourt, et il aurait trouvé sa demeure sur le Mont Olympe de la diversité, à la manière du nouveau dieu à vénérer. Il n’en sera pas ainsi. Que vaudra demain le système des prix littéraires ? Comment ce milieu va-t-il gérer sa déculottée, comment va-t-il retrouver sa superbe, comment pourra-t-il faire croire à la sincérité de ses enthousiasmes ? Que faire quand tout le monde a compris que le roi était nu ?

Voir aussi

Christian Rioux : « Faut-il croire un plagiaire ? Et si Thélyson Orélien était le Jason Arday québécois. » (m à j)

« Le phénomène de la rentrée » écrit par l'intelligence artficielle ? (m à j)

Jason Arday ou comment duper les universités occidentales rongées par la culpabilité

Tous plagiaires ou receleurs demain ?

Mark Carney accusé de plagiat pour sa thèse de doctorat de 1995 à Oxford

La responsable en chef de la diversité à Harvard accusée de plagiat et de manipulation de données

M à j : elle démissionne et crie au racisme (Solidarité — Controversée présidente de Harvard maintenue grâce à Obama ?)

🤥 Fauxtochtone — le ministre libéral Randy Boissonnault démissionne après avoir prétendu être autochtone

🤥 Supercherie : la chanteuse oscarisée Buffy Sainte-Marie se serait inventé des origines autochtones

🤥 « Je suis blanche » : une universitaire s’excuse d’avoir prétendu à tort toute sa vie qu’elle était amérindienne (à Berkeley)

🤥 Artiste imposteur : il se prétend amérindien et « survivant des pensionnats » (Morris Blanchard)

🤥 Faux autochtones et aborigènes, mais vrais opportunistes 

🤥Remise en doute des origines autochtones d’une militante autochtone (m-à-j)

🤥 L’acteur « cherokee » [né de deux parents siciliens…] Iron Eyes Cody [né Espera Oscar de Corti] qui avait posé pour l’affiche écologiste Crying Indian (Indien en larmes) n’avait rien d’un porte-parole écologiste… mais son visage buriné et le message véhiculé étaient, eux, des plus parlants. (Ci-contre.)  Vivant à Hollywood, il a commencé à insister, même dans sa vie privée, sur le fait qu’il était amérindien, revendiquant au fil du temps son appartenance à plusieurs tribus différentes.

vendredi 25 septembre 2026

Christian Rioux : « Faut-il croire un plagiaire ? Et si Thélyson Orélien était le Jason Arday québécois. » (m à j)

Après avoir choisi le roman de l'auteur canado-haïtien C'était ça ou mourir lors de sa première sélection, au début de septembre, l'Académie Goncourt a retiré, mais pas à l'unanimité, l'œuvre de Thélyson Orélien de sa sélection. L'auteur est soupçonné d'avoir utilisé l'intelligence artificielle dans le cadre de la rédaction de ce roman, ce qu'il nie.

Cette décision "est dictée par la volonté de préserver l'intégrité du prix Goncourt et celle de l'Académie, dont le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes", a expliqué dans un communiqué transmis à l'Agence France-Presse (AFP) l'Académie, qui avait placé le roman publié chez Grasset dans sa première sélection pour le prestigieux prix décerné le 4 novembre.

Pour l'Académie, le livre, l'une des meilleures ventes de la rentrée littéraire en France, "est selon toute vraisemblance très largement le produit d'une intelligence artificielle".


À l’échelle du petit monde de Saint-Germain-des-Prés, c’est un véritable séisme.

Le roman à succès de l’écrivain haïtien qui vit au Québec, Thélyson Orélien (ci-dessous), a-t-il été écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle ? C’est ce que nous disent les meilleurs logiciels destinés à repérer ces contrefaçons. Leur jugement semble accablant ainsi que celui des experts les plus pointus.


Le soupçon est d’autant plus grave que son roman, C’était ça ou mourir, est en lice pour les plus prestigieux prix littéraires français comme le Goncourt et qu’il a déjà remporté celui du roman de la FNAC. Jusqu’à mardi, Thélyson Orélien était considéré comme la révélation de cette rentrée littéraire. En France, et pour le Québec, ce n’est pas rien.

Pour le néophyte cette accusation est à la fois terrible et déconcertante. C’est un peu comme si on lui demandait de juger de la qualité des vaccins contre la Covid. Depuis deux jours, plus les experts défilent à la télévision, moins le quidam s’y retrouve.

Mais c’était avant que l’on découvre que, dans ses chroniques, Thélyson Orélien a allègrement plagié des articles de la presse étrangère. Si l’on pouvait certes douter de la première accusation et croire que les nombreux logiciels qui détectent les textes écrits par l’IA avaient des failles, il n’en va pas de même pour la seconde.

Plusieurs de ses articles écrits il y a plus d’une décennie ne sont en réalité que des traductions littérales et bancales d’articles ou d’extraits de livres, comme vient de le reconnaître La Presse. Sa chronique « Ne mettons pas nos héros sur un piédestal » publiée le 28 février 2013 reproduit mot pour mot de larges extraits de celle de Dean Andy Bautista dans le Philippine Star, « My four centavos » (23 février 2013). Même chose pour « Le prochain pape devrait être plus jeune » (15 février 2013) qui reproduit en partie un éditorial de The Hindu. Dans plusieurs textes, l’auteur n’hésite pas non plus à s’approprier des extraits du « futurologue » Alvin Toffler sans jamais le citer.


Last but not least, sa nouvelle « Où va le monde » qui reçut le Prix du public de Radio-Canada en 2014 était plagiée d’un texte de l’écrivain français Louis Pauwels. [Note du carnet: Il s'agit de préface du Matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier, publié en 1960.] Notons en passant qu’au moment où la polémique éclatait, Thélyson Orélien faisait opportunément disparaître son blog personnel.

Ici, il n’est plus question de débat entre spécialistes et d’évaluation technique de la qualité d’un logiciel. Il n’y a plus la moindre marge d’erreur. Il suffit de savoir lire. Or, la crédibilité de Thélyson Orélien sort de cette épreuve pour le moins égratignée. Sinon en pièces.

Comment croire que l’écrivain a eu plus de scrupules à utiliser l’IA pour son roman comme l’indiquent les logiciels les plus perfectionnés ?

Un véhicule de la pensée unique

Si l’affaire ébranle tout le milieu littéraire, c’est qu’au-delà de la personne de Thélyson Orélien, elle pose des questions abyssales.

On se demande en effet comment, si ce roman a vraiment été écrit (coécrit ou réécrit) par l’IA, il a pu être à ce point encensé par les meilleurs critiques de France et de Navarre ? Comment expliquer qu’il ait pu franchir tous les filtres qui normalement précèdent une candidature à ces prestigieux prix littéraires, et être publié par deux éditeurs respectés ? Comment ne pas avoir le vertige en se disant que l’IA serait dorénavant capable de produire un roman qui recueille les éloges de tant de critiques et parvient à séduire un public aussi vaste ?

La réponse à ces questions réside dans la nature même de l’IA.
Celle-ci ne construit ses réponses qu’en recoupant les informations qu’elle a pillées dans des centaines de milliers de documents. Elle ne rapporte pas ce qu’elle considère comme la « vérité » — comment une machine pourrait-elle se poser une question aussi existentielle ? —, mais l’opinion générale, dominante et majoritaire. Si tout le monde dit que la terre est plate, l’IA dira que la terre est plate. Elle ne fait que restituer le consensus mou de la société.

En ce sens, l’IA est un gigantesque véhicule de la pensée unique.

Il n’est donc pas difficile de croire qu’elle pourrait être en mesure d’écrire un roman qui tienne compte de ce qu’apprécie une majorité de lecteurs, qui reprend les formules les plus à la mode, construit des phrases faciles à lire, reprend des figures de style éprouvées. « Une langue morte et [des émotions pré]calibrée[s] », dit la chroniqueuse Élisabeth Lévy. Bref, un roman qui coche toutes les cases du succès littéraire.

Or, le roman de Thélyson Orélien est largement de cette eau. Il raconte l’histoire on ne peut plus édifiante de Jonas Dorléon, valeureux migrant qui quitte Haïti, traverse tous les obstacles les plus abominables pour arriver jusqu’à cette terre resplendissante appelée Québec où il pourra enfin s’émanciper. Même si, en passant, les autochtones pourraient être plus accueillants. Bref, Thélyson Orélien raconte l’histoire édifiante que tout le monde attendait. Celle qui nous rassure tous, pleine de bons sentiments, qui éponge les larmes de notre culpabilité et rassure nos bonnes âmes en confortant leur culte de l’Autre.

Malheureusement, le style est dans la même veine. À mille lieues d’un Aimé Césaire ou d’un Dany Laferrière, les phrases sont d’une simplicité déconcertante. Pas la moindre complexité syntaxique. Pas de descriptions un peu senties d’un paysage ou des personnages — un adjectif suffit, une brève figure de style souvent convenue et parfois même incompréhensible. Pas la moindre sonorité créole, à part les dialogues évidemment. Et surtout cette impression permanente de survoler le monde sans y toucher comme le ferait un touriste en mal de frissons.

L’« emblème de la diversité »

Mais, il y a une autre explication à l’ascension phénoménale de Thélyson Orélien. C’est le préjugé favorable dont il aurait bénéficié à cause de ses origines. Impossible de mettre de côté cette question que tout le monde se pose, mais que personne n’ose formuler.

On nous accusera de préjugés racistes. Mais d’où pourrait bien venir cette interrogation sinon de ces politiques qui pratiquent ouvertement et ostensiblement la discrimination positive ?

C’est un secret de polichinelle qu’à notre époque nombre de rédacteurs en chef et de directeurs littéraires ont tendance à privilégier une œuvre lorsqu’elle vient d’un membre d’une minorité raciale, ethnique ou sexuelle. On peut parier que Thélyson Orélien n’aurait pas eu accès à des tribunes aussi prestigieuses s’il n’avait pas correspondu aux critères des programmes d’égalité, de diversité et d’inclusion (EDI) qui sont devenus le credo du monde médiatique.

On peut d’ailleurs se demander si l’écrivain haïtien ne serait pas le double de Jason Arday, cet universitaire britannique de 41 ans qui s’est suicidé après qu’on eut découvert qu’il avait plagié une grande partie de sa thèse de doctorat et menti effrontément sur son parcours universitaire.

La grande question alors posée fut de savoir comment ce fils de parents ghanéens avait pu franchir tous les filtres qui empêchent normalement un tel escroc d’accéder à ces postes. Poser la question, c’était y répondre puisque Cambridge rêvait depuis des années de recruter un professeur qui serait l’« emblème de la diversité », selon les mots du Telegraph.

Ce n’est pas un hasard si Arday vient du Royaume-Uni et Orélien du Québec, deux champions des programmes d’EDI.

Difficile de prédire comment se terminera cette histoire tant les enjeux économiques et idéologiques sont considérables. Chose certaine, ceux qui croyaient servir une cause juste ont fait le contraire. Si la forfanterie du plagiaire Thélyson Orélien devait triompher, imaginez la suspicion qu’elle ferait peser sur le travail de tous ces jeunes auteurs qui s’acharnent, eux, à construire une œuvre littéraire.

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L'icône diversitaire de Cambridge dans la tourmente pour plagiat et affabulations

 
 
 

 
 
 

Québec : quatre fois moins d’immigrants temporaires sont partis que prévu

Statistique Canada a fortement révisé ses estimations concernant les résidents non permanents. Entre janvier 2025 et janvier 2026, leur nombre aurait diminué de 12 800 au Québec, et non de 51 400 comme on le croyait jusqu’ici.

Le recul de l’immigration temporaire au Québec a donc été nettement moins important que ne le laissaient croire les premières données officielles. De nouvelles estimations publiées le 23 septembre par Statistique Canada révèlent que plusieurs résidents temporaires que l’on croyait avoir quitté le pays étaient, en réalité, toujours présents au Canada dans l’attente du renouvellement de leur permis.

Selon les données révisées, le Québec aurait enregistré une diminution de 12 800 résidents non permanents entre janvier 2025 et janvier 2026. L’ancienne estimation faisait plutôt état d’une baisse de 51 400 personnes, soit quatre fois plus.

Les résidents non permanents regroupent principalement les travailleurs étrangers temporaires, les étudiants internationaux et les demandeurs d’asile.

Un sommet moins élevé que prévu

Statistique Canada a également revu à la baisse le nombre maximal de résidents temporaires présents au Québec.

Les estimations précédentes situaient ce sommet à 616 550 personnes au début de 2025. Les données corrigées indiquent plutôt que le maximum a été atteint en octobre 2025, avec 557 360 résidents non permanents.

Leur nombre demeure en diminution, mais la tendance est loin d’être aussi prononcée qu’on le croyait. Le Québec comptait environ 535 800 résidents non permanents en janvier 2026. Ce total a reculé à 527 200 en avril, avant de remonter à 531 800 en juillet.

Cette remontée s’explique notamment par une augmentation d’environ 10 000 du nombre de titulaires d’un permis de travail entre avril et juillet 2026.

Le statut conservé avait été mal comptabilisé

Cette importante révision découle principalement d’une amélioration de la méthode utilisée pour comptabiliser les titulaires de permis qui demandent une prolongation de leur séjour.

Lorsqu’une personne présente sa demande avant l’expiration de son permis, elle peut généralement rester légalement au Canada pendant son traitement grâce au statut conservé. Or, Statistique Canada considérait auparavant qu’elle avait quitté le pays dès l’expiration de son document, tant qu’un nouveau permis ne lui avait pas encore été délivré.

Elle était donc temporairement retranchée des estimations, puis ajoutée de nouveau une fois son permis renouvelé. L’augmentation marquée des demandes de prolongation au cours de la dernière année a amplifié ce décalage statistique.

En clair, une partie des travailleurs et des étudiants étrangers que l’on croyait partis étaient toujours au Québec.

Les passages à la frontière désormais pris en compte

Statistique Canada a également modifié sa façon d’évaluer les départs avant l’expiration d’un permis.

L’agence fédérale utilise désormais les données sur les entrées et les sorties aux frontières. Ces renseignements permettent de repérer plus précisément les personnes qui quittent le Canada avant la date d’échéance de leur permis, plutôt que de présumer qu’elles sont restées jusqu’à cette date.

Ce changement méthodologique tend, cette fois, à réduire l’estimation du nombre de résidents non permanents. Combinée à la prise en compte du statut conservé, cette nouvelle méthode devrait toutefois fournir un portrait plus fidèle des mouvements migratoires.

Une révision qui change le portrait du Canada et la richesse par habitant

Les ajustements ne concernent pas uniquement le Québec. Selon une analyse de RBC, Statistique Canada a ajouté environ 240 000 résidents temporaires à son estimation de la population canadienne pour le deuxième trimestre de 2026.

Ces corrections seraient responsables d’environ 80 % de la révision à la hausse de la population totale du pays.

Elles ont également une incidence sur plusieurs indicateurs économiques. Une population plus élevée signifie notamment que la croissance du produit intérieur brut par habitant apparaît moins favorable lorsqu’on réévalue les données des derniers mois.

La Banque Nationale souligne pour sa part que les anciennes estimations montraient une diminution annuelle de 0,5 % de la population canadienne. Les données révisées indiquent plutôt une croissance de 0,5 %, soit un écart d’un point de pourcentage.

L’objectif fédéral de réduction s’éloigne

Cette révision pourrait aussi compliquer l’atteinte de la cible fixée par Ottawa. Le gouvernement fédéral souhaite ramener la proportion de résidents temporaires à 5 % de la population canadienne d’ici la fin de 2027.

Or, si leur nombre diminue moins rapidement que prévu, cet objectif risque d’être difficile à atteindre sans une réduction plus marquée des nouvelles admissions ou une accélération des départs.

Les nouvelles estimations confirment donc que l’immigration temporaire ralentit au Québec, mais beaucoup moins fortement que ne l’indiquaient les données officielles jusqu’à présent.



Source : La Presse

jeudi 24 septembre 2026

Pourquoi les intellectuels se trompent (si souvent)


 

Chronique d'Eugénie Bastié sur le dernier livre de Samuel Fitoussi  [la personne derrière Balance ton Claude].

Lors des législatives anticipées de juin dernier des intellectuels et écrivains français, mais aussi du monde entier, ont appelé à voter pour le Nouveau Front populaire. Des centaines d’économistes bardés de diplômes ont soutenu un programme économique aberrant. Sur les campus des facultés les plus prestigieuses du monde occidental, on a vu des étudiants crier leur haine de l’Occident, juger la médecine « trop blanche » ou proclamer que la différence biologique des sexes n’existait pas. Comment expliquer un tel parti pris dans la frange de la population censée être la plus éduquée ?

« Et si la culture, l’intelligence et l’éducation n’étaient pas gages de sagesse, mais en réalité prédisposaient à l’erreur ? » : c’est la thèse audacieuse du jeune essayiste Samuel Fitoussi dans son dernier livre Pourquoi les intellectuels se trompent (Éditions de l’Observatoire). Dans la lignée d’un Raymond Aron (L’Opium des intellectuels), d’un Raymond Boudon (Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme), d’un Jean-François Revel (La Connaissance inutile), ou d’un Jean Sévillia (Le Terrorisme intellectuel), Fitoussi se penche sur une question épineuse de notre temps : comment des gens éclairés et cultivés peuvent-ils embrasser les pires options idéologiques ? Le XXe siècle en fut plein d’exemples funestes. L’écrasant soutien des intellectuels au communisme a montré la propension des clercs à s’aveugler sur le pire et même à le justifier. Simone de Beauvoir a fait l’éloge du maoïsme, Jean-Paul Sartre estimait qu’on n’avait pas tué assez pendant la Terreur. Les Khmers rouges, qui ont commis un génocide sur leur propre peuple, étaient dirigés par huit intellectuels francophones qui avaient tous étudié à la Sorbonne. À la conférence de Wannsee où les nazis décidèrent de la Solution finale, la moitié des participants détenaient un doctorat.

Féru de psychologie évolutionniste, cette discipline qui explique les comportements humains à partir de la théorie de l’évolution, Fitoussi cite abondamment (trop, peut-être) des études scientifiques pour expliquer les biais de l’intelligence. L’évolution a, dit-il, favorisé le conformisme. La raison n’est pas seulement une faculté orientée vers la recherche de la vérité, elle est aussi au service de notre réputation. Le souci de la vérité et le souci d’être bien vu s’affrontent en nous. Or les intellectuels ont souvent beaucoup à perdre à reconnaître qu’ils ont fait fausse route : que resterait-il de leur crédit ? C’est pourquoi, note Fitoussi, même « les intellectuels de gauche qui finissent par être en désaccord avec “la gauche” sur la quasi-intégralité des sujets ne passent jamais à droite, mais affirment plutôt vouloir rebâtir une “vraie gauche” ». En revanche l’intellectuel n’a pas grand-chose à perdre s’il se trompe. À la différence d’un entrepreneur qui fait faillite s’il fait les mauvais choix, l’intellectuel paie rarement le prix de ses erreurs. Le biais de confirmation, qui nous fait sélectionner des informations allant déjà dans le sens de nos croyances, et la douceur du déni, qui fait que notre cerveau évite au maximum les informations désagréables, font qu’il est très difficile à un intellectuel d’admettre avoir eu tort.

L’intellectuel est en outre prédisposé à l’idéologie car celle-ci lui donne un rôle prépondérant de grand organisateur social. Si la société est un jeu de Meccano à construire et déconstruire, l’intellectuel en devient le grand architecte, d’où sa propension à adopter les idéologies les plus constructivistes, à haïr la société telle qu’elle est et à s’éloigner du sens commun.

On sort de ce livre brillant un peu découragé. Si ni la culture ni l’intelligence ne nous préservent de l’erreur, et pire, si elles nous y prédisposent, à quoi bon lire, fréquenter les chefs-d’œuvre du passé et nourrir son âme ? Il semble que les philosophes ne sortent de la caverne que pour mieux y enchaîner leurs semblables. Fitoussi insiste sur « l’humilité » à laquelle devrait nous pousser la compréhension des biais de l’intelligence, mais aussi sur la nécessité de préserver la liberté d’expression, qui permet de mettre les idées en concurrence et de corriger les erreurs. « Personne ne méprise autant la crétinerie d’hier que le crétin d’aujourd’hui », écrivait Nicolás Gómez Dávila. Ce livre nous invite à nous méfier des doxas du présent qui seront les hérésies de demain.

Pourquoi les intellectuels se trompent
par Samuel Fitoussi,
paru le 9 avril 2025,
aux éditions de l'Observatoire,à Paris,
272 pp.,
ISBN-13: 979-1032933886

Voir aussi

Autres citations de l'aphoriste colombien Nicolás Gómez Dávila :


« L'instruction ne guérit pas la bêtise, elle lui donne des armes. »

 « “Social” est l'adjectif qui sert de prétexte à toutes les escroqueries. »

« L’homme d’aujourd’hui est libre, comme le voyageur perdu dans le désert. » 


mercredi 23 septembre 2026

PISA 2025 : les bons résultats de l’Angleterre sont-ils surestimés ?

Version courte — Les résultats anglais sont sans doute quelque peu surestimés malgré les corrections statistiques de l’OCDE, mais ce qui frappe surtout est leur bon maintien, voire leur progression, par rapport aux élèves des autres pays de l’OCDE.



Les résultats de l’Angleterre à PISA 2025 sont impressionnants. Avec 516 points en sciences, 497 en lecture et 492 en mathématiques, elle se situe nettement au-dessus de la moyenne de l’OCDE dans les trois domaines. En sciences, son score dépasse de 34 points la moyenne de l’OCDE. Mais avant d’en conclure que les élèves anglais de 15 ans ont réellement atteint ce niveau moyen, une question plus élémentaire mérite d’être examinée : qui a effectivement passé le test ?

Le rapport national anglais fournit une réponse qui mérite davantage d’attention qu’elle n’en a reçue. Sur les 7 270 élèves sélectionnés pour participer à PISA 2025, 5 619 seulement ont effectivement passé l’épreuve : 1 651, soit 22,7 %, n’y ont pas participé. Ces absences ne sont manifestement pas réparties au hasard.

Les non-participants présentent en effet un profil nettement plus défavorisé. Parmi les élèves pour lesquels les données administratives ont pu être appariées, Il en ressort que 39,6 % des non-participants avaient été admissibles aux repas scolaires gratuits au cours des six années précédentes, contre seulement 23,8 % des participants. Le contraste est encore plus marqué pour les besoins éducatifs particuliers : 25,0 % des non-participants bénéficiaient d’un soutien à ce titre, contre 10,7 % des participants, tandis que 7,1 % des non-participants disposaient d’un plan d’accompagnement spécialisé, contre 1,4 % des participants.

La sélection apparaît également dans les résultats scolaires des établissements fréquentés. Les élèves appartenant à des établissements de la catégorie de niveau scolaire la plus faible représentaient 17,8 % des non-participants, mais seulement 13,8 % des participants. À l’inverse, les établissements de la catégorie la plus élevée représentaient 21,4 % des participants contre 16,2 % des non-participants. Le rapport constate donc une relation statistiquement significative entre le niveau scolaire de l’établissement et la probabilité qu’un élève participe à PISA.

Ce constat est important, car il correspond exactement au mécanisme susceptible de gonfler une moyenne : si les élèves les plus fragiles sont moins susceptibles d’être présents dans l’échantillon testé, la moyenne des élèves testés peut être supérieure à celle de l’ensemble de la population que l’échantillon est censé représenter.

La pondération statistique corrige une partie de cette sélection. PISA ne calcule donc pas simplement la moyenne des 5 619 élèves. Les chercheurs appliquent des pondérations destinées à compenser la non-réponse. Après cette correction, la répartition des participants selon le niveau scolaire de leur établissement se rapproche effectivement de celle de l’échantillon initial : la part correspondant aux établissements les moins performants passe de 13,8 % à 14,5 %, et celle correspondant aux établissements les plus performants de 21,4 % à 19,6 %, contre respectivement 14,8 % et 20,2 % dans l’échantillon initial.

La correction est donc réelle. Mais elle ne règle pas nécessairement tout le problème. Le rapport anglais constate lui-même qu’il subsiste des indices de biais liés aux caractéristiques individuelles des élèves, notamment l’admissibilité aux repas scolaires gratuits, les besoins éducatifs particuliers et la langue parlée à la maison. Surtout, les chercheurs n’ont pas pu comparer les résultats scolaires antérieurs des participants et des non-participants. La cohorte concernée n’avait pas passé les évaluations nationales de fin d’école primaire, celles-ci ayant été supprimées en raison de la pandémie. Il est donc impossible de déterminer directement si les 1 651 élèves absents de PISA avaient, en moyenne, des résultats scolaires inférieurs à ceux qui ont passé le test.

C’est une faiblesse méthodologique importante, mais elle ne signifie pas que le biais soit nécessairement considérable. L’analyse des établissements est plutôt rassurante : après correction, le niveau scolaire moyen des établissements participants est pratiquement identique à celui de l’échantillon initial, avec un score moyen d’Attainment 8 de 46,2 dans les deux cas. Le problème se situe donc moins dans la sélection des établissements que dans la sélection des élèves à l’intérieur de ces établissements.

Le taux de participation à PISA s'est légèrement amélioré en 2025, passant de 75 % en 2022 à 77,3 %. Cette amélioration ne signifie toutefois pas que l'échantillon est nécessairement devenu plus représentatif. Le problème n'est pas seulement de savoir quelles catégories sociales sont présentes dans l'échantillon, mais aussi de savoir, à l'intérieur de ces catégories, quels élèves ont effectivement participé.

Le contexte scolaire rend cette question particulièrement importante. En 2024/25, 18,14 % des élèves anglais étaient considérés comme « absents persistants », c'est-à-dire ayant manqué au moins 10 % des séances, contre 10,86 % en 2018/19. L'absentéisme sévère, correspondant à au moins 50 % des séances manquées, atteignait 2,39 %, contre 0,85 % avant la pandémie. Au premier trimestre de 2025/26, l'absentéisme persistant atteignait encore 18,10 % et l'absentéisme sévère 2,12 %. Les suspensions ont elles aussi fortement augmenté depuis 2018/19 : les écoles publiques anglaises en ont enregistré environ 913 000 en 2024/25, contre 438 300 avant la pandémie. Ces phénomènes ne déterminent pas directement la participation à PISA, mais ils créent un contexte dans lequel la non-participation peut être socialement et scolairement sélective.

Le rapport anglais sur PISA 2025 montre précisément que les élèves qui n'ont pas participé ne présentent pas exactement le même profil que ceux qui ont participé. Sur les 7 270 élèves sélectionnés, 5 619 ont effectivement passé l'évaluation, soit 77,3 %, tandis que 1 651 n'y ont pas participé. Les non-participants étaient notamment beaucoup plus nombreux à avoir été admissibles aux repas scolaires gratuits et à bénéficier de dispositifs liés aux besoins éducatifs particuliers. Les élèves appartenant aux catégories d'établissements les moins performantes étaient également proportionnellement plus nombreux parmi eux.

Mais cette constatation ne permet pas de conclure que les résultats de PISA sont simplement « gonflés parce que les élèves défavorisés ont été absents ». La pondération statistique corrige une partie de ces différences. Surtout, le problème peut se situer à l'intérieur même des catégories sociales. Deux élèves issus de milieux comparables peuvent avoir des rapports très différents à l'école : assiduité, engagement scolaire, difficultés d'apprentissage, besoins éducatifs particuliers, parcours perturbé, voire simple probabilité d'être présent le jour de l'évaluation. Si les élèves les moins susceptibles de participer sont aussi, en moyenne, ceux qui obtiennent de moins bons résultats, une correction fondée principalement sur les caractéristiques observables ne peut pas nécessairement éliminer tout le biais.


C'est précisément ce que les données de 2025 ne permettent pas de mesurer directement. Les chercheurs auraient eu besoin d'une mesure indépendante des résultats scolaires antérieurs pour comparer les participants et les non-participants. Or les évaluations nationales que cette cohorte devait passer à la fin de l'école primaire ont été annulées en raison de la pandémie. Il n'est donc pas possible d'établir directement si les élèves qui n'ont pas participé à PISA étaient, en moyenne, moins performants que ceux qui y ont participé.

L'expérience de 2022 fournit néanmoins un précédent important. Dans son analyse du biais de non-réponse au Royaume-Uni, l'OCDE indique qu'une étude menée en Angleterre avait estimé qu'après les corrections statistiques il subsistait un biais à la hausse d'environ 0,07 écart-type en compréhension de l'écrit et 0,09 en mathématiques, soit de l'ordre de 7 à 8 points PISA. Ce biais résiduel provenait de la non-participation des élèves : l'analyse n'a pas mis en évidence de biais significatif imputable à la non-participation des établissements.

On ne peut évidemment pas transposer mécaniquement cette estimation à 2025. Le taux de participation est un peu meilleur et les conditions statistiques ne sont pas identiques. Mais le précédent de 2022 montre qu'un biais de plusieurs points peut subsister après pondération lorsque les élèves qui ne participent pas ne constituent pas un groupe choisi au hasard. Ce n'est donc pas une possibilité purement théorique : un tel biais a effectivement été mesuré en Angleterre.

Il serait excessif de considérer les scores publiés comme une mesure parfaitement neutre de l'ensemble des jeunes Anglais de 15 ans. La question n'est pas seulement celle de la composition sociale de l'échantillon, mais celle de la sélection des élèves qui, au sein de chaque milieu, sont effectivement présents et participent à l'évaluation. Les données disponibles ne permettent pas de mesurer précisément l'ampleur de cet effet en 2025.

On ne peut donc pas honnêtement transformer le score de 516 en sciences en un hypothétique « 508 » ou « 509 » en lui retirant mécaniquement les 7 à 8 points estimés en 2022. Ce serait attribuer aux données de 2025 une précision qu'elles ne possèdent pas. Mais l'inverse serait tout aussi injustifié : traiter les 516 points comme si aucune sélection des élèves évalués ne pouvait affecter le résultat.

La conclusion la plus solide est donc intermédiaire. Les résultats de PISA 2025 établissent que l'Angleterre obtient un niveau élevé parmi les élèves effectivement évalués. Ils ne permettent pas de déterminer avec la même précision le niveau de l'ensemble des jeunes Anglais de 15 ans. La non-participation n'est manifestement pas entièrement aléatoire, et l'expérience de 2022 montre qu'elle peut laisser subsister un biais à la hausse de plusieurs points malgré les corrections statistiques.

Le score de 516 en sciences est ainsi une estimation pondérée fondée sur les élèves ayant participé à l'évaluation, et non une mesure directe de la performance de chaque jeune Anglais de 15 ans. L'écart de 34 points avec la moyenne de l'OCDE est bien présent dans les données PISA ; ce que ces données ne permettent pas d'établir avec la même précision, c'est l'ampleur exacte de cet écart pour l'ensemble des jeunes Anglais de 15 ans.

Il faut enfin distinguer le niveau atteint de son évolution dans le temps. Le premier reste difficile à interpréter avec une précision absolue en raison de la non-participation sélective. La seconde peut être plus robuste si le biais de sélection est resté d'un ordre comparable entre les deux éditions.

En sciences, le score de l'Angleterre est passé de 503 points en 2022 à 516 en 2025, soit une progression de 13 points. On ne peut pas supposer que le biais de non-participation est identique les deux années, mais s'il est resté du même ordre, cette progression est plus solide que ne l'est le niveau absolu de 516 points. En lecture et en mathématiques, les résultats anglais sont en revanche restés pratiquement stables.

Cette stabilité prend un sens particulier dans le contexte international : les moyennes de l'OCDE ont reculé de 9 points en mathématiques et de 14 points en compréhension de l'écrit. L'Angleterre se distingue donc moins par une forte progression dans ces deux matières que par l'absence du recul observé dans de nombreux autres systèmes. En sciences, en revanche, la hausse de 13 points constitue une évolution nettement plus marquée.

Le résultat de 516 doit donc être interprété avec prudence, mais la progression de 503 à 516 mérite d'être prise au sérieux. L'incertitude sur le niveau absolu ne permet pas d'effacer une évolution mesurée entre deux éditions de la même évaluation.

Québec, école 5e primaire (10-11 ans) : « Je suis souvent posé des questions » sur mon « identité de genre »...



Source : Dubreuil, M., Farley, S., & Boivin, M.-A. (2024). Passeport citoyen : 5<sup>e</sup> année du primaire : Manuel de l'élève, p. 54. Éditions ERPI.

Dans la table des matières officielle, le thème 3 « L’identité » commence à la page 43.

Les ateliers sur « Les dimensions de l’identité » (dont les contenus d’éducation à la sexualité sur l’identité de sexe et de genre) occupent les pages 50-55 environ, juste avant la synthèse du thème (p. 56). 

Le programme Culture et citoyenneté québécoise de 5e année (imposé par la Coalition Avenir Québec) prévoit explicitement ces contenus (identité, dimensions de l’identité, identité de sexe et de genre).
Le manuel les intègre, comme le confirment les extraits pédagogiques et les descriptions de l’éditeur. 

L’âge « Votre enfant a 10 ans » correspond à l’âge typique des élèves de 5e année au Québec.

mardi 22 septembre 2026

« Le phénomène de la rentrée » écrit par l'intelligence artficielle ? (m à j)

"Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine"

Dans un communiqué publié mardi soir par son éditeur québécois, les Éditions du Boréal, Thélyson Orélien rappelle la tradition littéraire haïtienne et caribéenne dans laquelle son roman s'inscrit.

"C’est dans cet héritage que ma voix s’est construite. On peut discuter de mon style, mais faire de ses procédés des preuves d’intelligence artificielle n’a rien à voir avec la critique littéraire, affirme-t-il. Je me demande si l’on soupçonnerait aussi Césaire ou Jacques Stephen Alexis, dont je tente modestement d’apprendre la liberté de langue."

En entrevue au quotidien français Libération, l'auteur affirme également subir, depuis qu'il est en France pour promouvoir C’était ça ou mourir, "de nombreuses attaques racistes, qui ne viennent pas des lecteurs, mais de personnes extérieures qui cherchent à nuire".

"Je n’y prêtais aucune attention, mais je ne m’attendais pas à des attaques de ce genre. Je ne suis pas triste, mais en colère, dit-il. Je suis en train de constituer un dossier avec mes éditeurs en France et au Québec pour prouver ce que je dis."

"J’ai toujours aimé la création et l’écriture. Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine", ajoute-t-il en entrevue avec Libération.


Avez-vous entendu parler de ce roman ? Il serait, paraît-il, le phénomène de cette rentrée littéraire.

Lauréat du prix Fnac, du prix Méduse et du prix Première Plume, il est donné comme un sérieux prétendant au prix Renaudot et figure parmi les ouvrages en lice pour les prix Goncourt, Femina, Médicis et Décembre. Il est, en outre, en cours de traduction dans une vingtaine de langues.

Or, selon Pangram, ce roman serait rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle.

Balance ton Claude (Samuel Fitoussi apparemment) a soumis à l’analyse plusieurs passages, prélevés à différents endroits du manuscrit. Le résultat est, presque invariablement, le même : 100 % IA — notamment pour les deux premiers chapitres, reproduits dans le tweet ci-dessous.

Selon Balance ton Claude, Pangram est présenté comme l’un des détecteurs d’IA les plus fiables : son taux de faux positifs serait de 0,0041 %, soit environ un texte humain sur 24 400. Sur 996 273 textes antérieurs à 2022, seuls 14 — soit 0,0014 % — ont été classés par Pangram comme étant, au moins partiellement, générés par une IA.

Si l’on considère, à titre théorique, vingt passages indépendants présentant chacun ce même taux de faux positif, la probabilité qu’ils soient tous erronément identifiés comme produits par une IA serait de (0,0041 %)²⁰, soit environ 0,18 × 10⁻⁴⁵ %.

Le roman comporterait bien davantage que vingt signalements.

Balance ton Claude milite précisément contre ce qu’il appelle la « pollution des fils d’actualité » : la prolifération de textes générés ou fortement assistés par l’intelligence artificielle, publiés comme s’ils étaient l’œuvre de leurs auteurs.

Une telle accumulation de résultats ne constitue évidemment pas, à elle seule, une preuve de l’usage d’une IA ; elle appelle néanmoins, à tout le moins, une explication.



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