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dimanche 23 juillet 2023

Pourquoi les écoles vietnamiennes sont-elles parmi les meilleures ? (selon The Economist)

Le Vietnam n’est pas un pays riche. Son produit intérieur brut est inférieur à celui de la Malaisie et de la Thaïlande, et pourtant les petits Vietnamiens bénéficient de ce que The Economist qualifie d’« un des meilleurs systèmes scolaires du monde ». Comment expliquer cet apparent paradoxe ? s’est demandé l’hebdomadaire britannique.

Le constat d’abord : les élèves vietnamiens excellents dans toutes les évaluations internationales en lecture, en mathématiques et en sciences. Selon la Banque mondiale, leur niveau est supérieur à celui de leurs homologues au Royaume-Uni et au Canada, deux pays pourtant six fois plus riches. Et au niveau national, le Vietnam ne connaît pas de disparités régionales ou d’écarts filles-garçons aussi importants que dans d’autres pays.

The Economist avance doctement qu’il faut « bien sûr » [???] se garder des explications culturalistes qui essentialiseraient le mode de vie et la famille vietnamienne pour expliquer ce phénomène.  Mais il ne s’agit pas de « culturalisme essentialisé », mais des rapports culturels qu’entretient le Vietnam avec l’éducation, l’autorité, le respect des érudits, la discipline et qui favorisent l’apprentissage scolaire des enfants. L’idée d’éliminer les facteurs culturels nous semble très audacieuse, cela ne peut mener qu’à une réflexion hémiplégique.
 
Abhijeet Singh, chercheur à la Stockholm School of Economics, a comparé en 2020 les données des écoles au Vietnam, en Éthiopie, en Inde et au Pérou, tous des pays en voie de développement. Partout sauf au Vietnam, la qualité de l’éducation s’est détériorée depuis les années 1960. 
 

Si le Vietnam a résisté à cette tendance, c’est grâce au « calibre de ses professeurs », explique The Economist : « Non pas que les enseignants soient nécessairement plus qualifiés ; ils sont simplement plus efficaces dans leur métier. »

D’une part, les enseignants « reçoivent une formation continue et ont la liberté de rendre les cours plus attrayants ». D’autre part, ceux qui sont affectés dans des régions éloignées sont mieux payés. Par ailleurs, leur évaluation est basée sur les résultats de leurs élèves. « Ceux dont les élèves réussissent sont récompensés par des titres prestigieux », titres ensuite recherchés par les parents quand ils choisissent une école pour leur progéniture. Enfin, les provinces sont contraintes par le Parti communiste, au pouvoir, de consacrer 20 % de leur budget à l’éducation [l’éducation et la culture représentaient 23,7 % du budget 2020 au Québec], ce qui a contribué à maintenir un bon niveau sur tout le territoire. Déplaire au parti est aussi un risque que les enseignants ne veulent pas courir.

Logiquement, « au fur et à mesure que les écoles se sont améliorées, l’économie du Vietnam s’est également améliorée ». Mais cela a entraîné un exode rural qui engorge les écoles urbaines, le départ de nombreux professeurs vers des postes plus lucratifs dans le privé et des critères de sélection dans les entreprises qui ne correspondent pas toujours aux diplômes proposés dans le pays. Autant de défis pour un pays pas riche, mais certainement ambitieux.


mercredi 2 décembre 2020

Amnesty International accuse Facebook et Google de faciliter la censure de l’opposition et d'entraver les libertés politiques

Amnesty International s’intéresse au cas vietnamien.

Un jour, Amnesty International se penchera sur la censure des GAFA en Occident…

Facebook et Google deviennent des « zones sans droits de l’homme » au Vietnam, a averti Amnesty International mardi. L’organisation a accusé les géants de la technologie d’aider à censurer l’opposition pacifique et la liberté politique dans le pays.

Amnesty a averti que, bien qu’elles aient été « autrefois le grand espoir pour l’essor de la liberté d’expression dans le pays, les plateformes des réseaux sociaux sont en train de devenir rapidement des zones sans droits de l’homme ».

Le ministre de l’Information Nguyen Manh Hung a indiqué le mois dernier que les entreprises de technologie se conformaient aux demandes de retrait « des mauvaises informations, de la propagande contre le Parti et l’État », à un rythme plus élevé que jamais, d’après un média d’État. Le même article précise que cette année Facebook s’est conformé à 95 % des demandes du gouvernement et YouTube, 90 %.

Le Vietnam communiste a longtemps emprisonné ses dissidents, mais a été critiqué ces dernières années pour avoir ciblé les utilisateurs de Facebook. Le réseau social est populaire auprès des activistes du pays où les médias indépendants sont interdits.

Le réseau social a admis plus tôt cette année qu’il bloquait des contenus jugés illégaux par les autorités. Son dernier rapport de transparence révèle une augmentation en six mois de près de 1000 % de contenus censurés sur ordre du gouvernement.

jeudi 14 mai 2020

Aide aux écoles françaises de l'étranger



Est-ce que le prêt de 100 millions d’euros attribué à l’AEFE et les 50 millions d’euros supplémentaires injectés pour les bourses scolaires seront suffisants pour sauver le réseau des Établissements Français de l’Étranger ?

Virginie Royer (ci-dessous), Vice-présidente de la FAPEE nous fait part des préoccupations des parents d’élèves qui font face à des difficultés financières, mais aussi pédagogiques. Aujourd’hui, nous parlons de survie du réseau des établissements français présents à l’étranger.


Comment les parents d’élèves qui scolarisent leurs enfants dans un établissement français à l’étranger perçoivent l’aide financière qui a été allouée à l’enseignement français à l’étranger ?

Pour commencer, nous sommes très contents d’avoir été entendus par le gouvernement français sur la nécessité d’annoncer des aides pour rassurer les familles qui sont confrontées à une situation exceptionnelle.

Depuis le début de la crise, nous avons demandé que toutes les familles rencontrant des difficultés financières, françaises et également celles qui ne le sont pas, puissent être aidées. Concernant l’aide financière d’un montant de 100 millions d’euros octroyés à l’enseignement français à l’étranger, il est important de noter que c’est une avance. Les établissements français à l’étranger vont devoir rembourser cette somme.

Il est important de savoir si l’aide financière qui va être versée aux familles étrangères passe par ces 100 millions d’euros. À ce moment-là, nous pouvons nous poser la question de la solidarité à crédit remboursable. Depuis plusieurs années, nous parlons de pistes de réformes de l’AEFE. Il faudra mener cette réforme en lien avec la crise actuelle que nous vivons. En l’état, les 100 millions d’aides ne suffiront pas. Le gel ou la maîtrise sur les frais de scolarité sur une durée de trois ans, rendu possible par cette aide vis-à-vis des établissements et des opérateurs serait un geste fort en vue de la rentrée qui s’annonce compliquée.

Il faut penser que nous sommes en pleine période de réinscription et comme l’a mentionné Olivier Brochet, directeur de l’AEFE lors de son audition au Sénat, la baisse d’effectif de la rentrée entraînera un cercle vicieux. La réduction d’élèves présents à la rentrée engendrera une diminution de postes et des frais de scolarité qui augmenteront. Quant aux familles, elles ne pourront pas continuer à payer.

Nous nous posons donc des questions : par quels critères et par quelles modalités l’aide sera calculée ? Comment, pour qui et quand cette aide financière sera-t-elle versée ? Il y a encore trois mois, nous parlions d’un plan de développement de l’enseignement français à l’étranger. Aujourd’hui, nous parlons de survie du réseau des établissements français présents à l’étranger.

Dans quelles zones géographiques, les familles rencontrent les plus grandes difficultés ?

Dès aujourd’hui, nous constatons que des familles sont en grandes difficultés et dans les prochains jours, semaines et mois, leur situation ne s’améliorera pas.

Les conséquences économiques dues à la crise sanitaire vont perdurer. De façon générale, certains parents d’élèves font face à la perte d’emploi entraînant une diminution forte de leurs revenus notamment dans les pays où les familles sont privées d’aides sociales ou dans des pays où l’économie s’est complètement effondrée comme au Liban.

Dans d’autres pays où l’économie est basée sur le tourisme ou encore la restauration comme les pays du sud de l’Europe ou l’Asie du Sud-Est, la situation est également très difficile pour les parents d’élèves.

L’industrie pétrolière en Russie et dans certains pays d’Afrique s’effondre complètement. Les familles sont aussi amenées à subir une dévalorisation de leur monnaie locale qui, comme en Amérique latine, provoque des hausses de prix concernant les frais de scolarité appelés en euros.

Même lorsque la crise sanitaire sera moindre, la crise économique, elle, impactera les familles pendant plusieurs années.

Est-ce que les fonds alloués aux bourses scolaires seront suffisants pour aider les familles ?

Les familles sont en train de déposer les dossiers de bourse donc nous ne savons pas pour le moment si l’aide allouée sera suffisante. Les parents d’élèves ont la possibilité de déposer soit des demandes de révisions de dossiers ou soit de nouveaux dossiers de bourse.

Habituellement, les bourses scolaires prennent en compte les revenus des familles de l’année n-1. Exceptionnellement, les revenus des familles de cette année seront pris en compte notamment pour calculer les baisses de revenus engendrés par la pandémie de Covid-19. Les familles n’auront donc pas besoin d’attendre l’année 2021 pour déclarer leurs revenus. Nous demandons que les bourses soient allouées dans une logique de besoin et non pas dans une logique d’enveloppe.

Cette enveloppe de 50 millions d’euros devrait permettre d’aider de nouveaux demandeurs de bourse sans affecter les boursiers actuels et nous espérons qu’elle sera suffisante. Le montant accordé aux bourses scolaires doit cependant être ajusté dans les années à venir. Nous avons des conseils consulaires de bourse, c’est-à-dire, des commissions locales présentes dans chaque pays qui vont statuer sur l’obtention des bourses.

Ces conseils consulaires de bourses se tiennent ou vont se tenir avant la date limite de dépôt des dossiers. Or, on nous a demandé de repousser la commission nationale des bourses en septembre pour que les commissions locales puissent être elles aussi repoussées. Nous craignons une certaine rupture d’égalité dans les traitements des dossiers puisqu’ils seront observés après les conseils consulaires des bourses. Les dossiers seront instruits en comités restreints et notamment sans la participation des représentants de parents d’élèves qui connaissent très bien les dossiers.

Les 50 millions d’euros qui ont été octroyés pour les bourses sont un montant conséquent puisqu’il représente quasiment 50 % d’augmentation du budget. Cette aide permettra d’aider les familles françaises en difficultés pour le troisième trimestre autant que pour l’année 2021 et ainsi éviter que les élèves ne quittent le réseau.

Notre point de vigilance repose sur le fait que cette aide ne concerne que les enfants français. Or, deux tiers des élèves du réseau des Établissements français à l’étranger ne sont pas de nationalité française. L’aide ne concerne donc qu’un tiers des élèves du réseau. Nous sommes inquiets sur le sort des familles étrangères : vont-elles recevoir une aide quelconque ?

Le directeur de l’AEFE, Olivier Brochet, a abordé ce point, devant les sénateurs, en parlant de la mise en place de commissions au sein des Établissements conventionnés ou en gestion directe qui permettrait d’attribuer des remises partielles ou totales des frais de scolarité à ces familles. Nous attendons d’avoir plus d’informations notamment sur la composition de cette commission et sur les critères qui seront appliqués. Nous sommes conscients que les difficultés des familles ne vont pas disparaître dans les six mois à venir, c’est pour cela que les familles doivent être accompagnées sur le moyen terme.

Pensez-vous que les établissements français à l’étranger ont bien assuré la continuité pédagogique ?

Les équipes enseignantes et les directions des Établissements français à l’étranger se sont mobilisées pour assurer la meilleure continuité pédagogique possible. Au fil des semaines, les cours en distanciel se sont organisés.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer et Olivier Brochet ont mentionné l’évidence que l’enseignement à distance ne remplace pas l’enseignement en présentiel. Néanmoins, les deux objectifs principaux sont d’atteindre les objectifs fixés de l’année par des moyens différents et faire en sorte qu’aucun élève ne décroche.

Encore une fois, la continuité pédagogique n’est pas la même pour les élèves qui sont allophones puisque les parents ne peuvent pas les accompagner dans l’enseignement de la langue française. Dans certains établissements, les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM), les établissements français à l’étranger ou encore les parents bénévoles aident à traduire les cours pour ces élèves et leurs familles.

De plus, nous constatons des disparités entre les établissements que ce soit par zone géographique ou par type d’établissement. Certains élèves font face à des difficultés d’accès à Internet dans des pays. Les enseignants n’ont pas tous été formés aux nouveaux outils de la communication. Les parents d’élèves ne sont pas tout le temps du même avis que les enseignants concernant la liberté pédagogique, tel que le recours ou non aux visioconférences.

Les visioconférences permettent aux enfants de rester en contact avec la langue française, et le rythme proposé par les enseignants est parfois contesté par les parents. La continuité pédagogique à distance n’est pas prévue sur le long terme, or, nous avons des établissements qui sont fermés depuis la mi-janvier comme c’est le cas au Vietnam et en Chine.

Des établissements commencent à rouvrir leurs portes, mais d’autres resteront fermés jusqu’en septembre comme c’est le cas dans les pays du Golfe et fort probablement en Italie et en Espagne. Une certaine forme de culpabilité ou de colère naît chez certains parents d’élèves qui ne peuvent pas faire cours à leurs enfants, car ils télétravaillent. Au cours des prochaines années, il faudra réfléchir sur un grand plan de numérisation à destination des établissements français présents à l’étranger en gestion directe par l’AEFE. Les établissements doivent tous avoir accès aux équipements numériques et des formations massives au numérique doivent être organisées pour les enseignants.

Quelles sont vos inquiétudes concernant les examens nationaux ou encore le baccalauréat que devront passer certains élèves à la fin de l’année ?

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a déclaré que le contrôle continu serait pris en compte dans l’obtention du baccalauréat. Toutefois, nous restons vigilants concernant certaines situations, comme au Vietnam où les élèves n’ont que des notes pour le premier trimestre. Ces élèves obtiendront peut-être des notations au troisième trimestre seulement si la réouverture des classes est confirmée. Pour l’oral de français, nous nous demandons comment il va être organisé puisque beaucoup d’établissements restent fermés. Nous travaillons avec le service pédagogique de l’AEFE, qui est pleinement mobilisé avec les missions de pilotage des examens du ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse.

Je pense qu’il y aura bientôt des précisions sur les modalités de passage d’examens. Nous restons persuadés que les spécificités de l’enseignement français à l’étranger sont bien défendues et comprises et qu’aucun élève ne sera délaissé.

Les parents d’élèves redoutent-ils la fermeture d’établissements français à l’étranger ou des fermetures de classes ?

Les gros établissements devraient réussir à rester ouverts, car ils pourront adapter leur structure pédagogique si nécessaire. Mais comme je l’ai précisé, il y aura peut-être des fermetures de postes si la baisse des effectifs s’avérait trop grande. À un moment donné, il faudra réorganiser la structure des établissements français à l’étranger, car nous ne pouvons pas seulement fonctionner sur la base d’une aide financière.

Concernant les petits établissements qui ont parfois une seule classe par niveau, certains rencontreront sûrement des difficultés de réouverture dès la rentrée. Il faudra les aider notamment sur le moyen terme pour qu’ils retrouvent une stabilité pour pouvoir poursuivre l’enseignement. Nous pensons que malgré l’aide financière, il y aura peut-être des établissements qui devront fermer des classes homologuées, avoir recours au Centre national d’enseignement à distance (CNED) ou les deux.

Il est très difficile aujourd’hui d’avoir des chiffres clés. Comme l’a précisé Olivier Brochet, lors de son audition devant les sénateurs, une perte d’effectif de 5 %, ce qui fait environ 20 000 élèves, représenterait 140 millions d’euros en moins dès la rentrée de septembre. La réouverture des établissements français de l’étranger coûte cher.

De plus, les établissements français à l’étranger sont dépendants des mesures sanitaires demandées et prises par chaque pays d’accueil. Nous n’avons donc pas un seul plan de déconfinement, une seule date de réouverture. La hausse des frais de scolarité ne doit pas être le seul moyen permettant de faire face aux pertes financières.

Nous avons toutefois une lueur d’espoir grâce aux témoignages de plusieurs établissements qui rouvrent. Nous avons des chaînes de courriels où différentes associations d’élèves membres de la FAPEE échangent sur les bonnes pratiques afin d’assurer le retour à l’école.

samedi 9 novembre 2019

« 340 millions menacés par la hausse du niveau de la mer en 2050 », quand les gros médias prennent l'eau

Au début de cette semaine, de nombreux gros médias dont l’AFP, Radio-Canada, le New York Times et la RTBF belge ont répercuté — sans aucun esprit critique ni mise en contexte — une étude alarmiste sur la hausse du niveau de la mer d’ici 2050. Selon Radio-Canada, 300 millions de personnes seraient menacées par la montée des océans dans 30 ans (voir la capture d’écran ci-dessous).


Gros média parmi les gros médias, le New York Times a relayé illico cette étude sur l’élévation du niveau des mers, hausse « évidemment » due au changement climatique et qui devrait tripler, d’ici à 2050, le nombre de personnes menacées de submersion. Publiée par Climate central, une organisation regroupant scientifiques et journalistes dont le but est de porter à la connaissance du public des informations relatives au changement climatique et à son impact sur les populations.

L’écologiste « sceptique » Bjorn Lomborg a démonté le traitement que le New York Times faisait de cette étude sur l’élévation du niveau de la mer. Un appel à cesser de systématiquement dramatiser les données scientifiques.

« Le Sud du Vietnam pourrait bien disparaître en 2050 » selon le New York Times

Effrayer le lecteur

La médiatisation faite par les gros médias comporte cependant plusieurs biais visant surtout à effrayer les lecteurs plutôt qu’à les informer. Biais que Bjorn Lomborg, ancien activiste reconverti en « écologiste sceptique », du nom de son succès de librairie publié en 2004, s’est plu à décortiquer.

 Premier biais : publier une carte d’une région donnée, en l’occurrence le Sud du Vietnam, en indiquant en rouge quelles seront les zones susceptibles de submersion en 2050 (à savoir la quasi-totalité de cette région) en omettant de préciser que ce même pays est déjà en zone inondable et qu’une population très nombreuse y vit pourtant fort bien, usant du bateau pour se déplacer, par exemple dans le delta du Mékong. Ne pas le préciser revient à faire croire que le pays va passer d’une situation normale (les pieds au sec) à une situation anormale (les pieds dans l’eau), du fait du réchauffement climatique, alors que les habitants vivent depuis longtemps dans des zones inondables, s’y sont depuis longtemps adaptés et devraient continuer à pouvoir le faire quand on considère la faible hausse prévue du niveau marin1.



Autre biais, qui lui est connexe : jouer sur la peur engendrée par l’idée même de submersion. Comme le faisait remarquer Bjorn Lomborg, des millions de personnes vivent déjà sous le niveau de la mer — aux Pays-Bas notamment — et n’ont pas été pour autant transformées en migrants climatiques. L’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, 14e plate-forme mondiale pour ce qui est du nombre de passagers, serait ainsi, à en croire le New York Time, condamné à brève échéance. « C’est oublier l’existence d’un objet comme la digue », ironise l’ancien militant de Greenpeace. En appliquant à la Hollande le traitement qu’ils réservent au Vietnam, les rédacteurs du New York Times auraient dû dire que ce pays était dès aujourd’hui « sous les eaux à marée haute » et donc inhabitable, ce qui bien évidemment n’est pas le cas. Ils n’ont pas osé, ils ont préféré mentionné des régions asiatiques exotiques remettant au goût du jour l’ancien adage « A beau mentir qui vient de loin ».

Autre aspect de l’urgence climatique épinglé par Lomborg : l’inefficacité des mesures politiques envisagées pour censément sauver l’humanité du désastre annoncé. Pour reprendre le cas du Vietnam et du nombre de personnes menacées par la montée des eaux, l’étude du Climate central montre que passer d’une politique mondiale haut-carbone à une politique mondiale bas-carbone (au prix de mesures coercitives coûteuses) n’améliorerait le sort que d’un million de personnes… sur 24 millions ! Mettre les économies des pays développés sens dessus dessous, détruire purement et simplement leurs industries ou réseaux de production d’énergie, ponctionner des milliers de milliards de dollars en culpabilisant des populations entières, fragiliser les économies des pays en développement, tout ceci pour améliorer, peut-être, et en 2050, le quotidien de 5 % des habitants d’un pays donné, en les soustrayant à des conditions de vie dont ils s’accommodent déjà fort bien, comme d’autres avec eux sur la planète. Voilà l’avenir que nous dessine l’urgence climatique revue et corrigée par le New York Times — et bien d’autres médias avec lui.

C’est ainsi que le diffuseur public belge, la RTBF, a repris la dépêche catastrophiste de l’AFP en y ajoutant 40 millions de personnes menacées, pour ce diffuseur subventionné il y aurait en effet 340 millions de personnes menacées... La RTBF ajoutait une carte des côtes belges menacées oubliant — comme le New York Times — de mentionner qu’il s’agirait de zones inondables une ou deux fois par an (en l’absence de digues) et que la Belgique a déjà de ces polders, ces zones habituées situées sous le niveau de la mer aujourd’hui, en 2019.


L’existence de ces polders est bien connue. De telles zones existent aussi dans le Nord de la France dans la région des watergangs ou wateringues, près de Dunkerque. Enfin, c’est aussi le cas dans la région de Kamouraska au Québec, ces polders y sont protégés par des digues nommées aboiteaux.

La région des polders est en orange protégée par un fin liséré jaune (les dunes côtières)

L’alarmisme de l’article était trop évident. Deux jours plus tard, la RTBF corrigeait le tir : « Non, Bruges ou Termonde ne seront pas en bord de mer en 2050 ». Frank Pattyn, glaciologue à l’Université libre de Bruxelles (ULB), relativisait cet article trop sensationnaliste :  « les auteurs [de l’étude] se sont appuyé sur des études qui prennent un compte une élévation du niveau des mers plus importante, mais aussi moins probable que celle avancée dans d’autres études, c’est-à-dire 2 mètres d’élévation que plutôt que 1 mètre. » Notons que ce mètre de hausse est lui-même supérieur à la plus haute des prévisions du Rapport 5 du GIEC où le pire scénario (RPC8.5) ne prévoit qu’une hausse de 0,82 m. La hausse du niveau de la mer varie d’un endroit à l’autre sur la planète, car la plaque continentale s’affaisse dans certaines régions (l’Atlantique canadien) mais se soulève dans d’autres (presque tout le Canada et le Québec), voir Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète... Est-ce grave ?

« Cette étude ne détermine pas où se trouveront les côtes dans le futur, mais bien jusqu’où rentrera[it en absence de digues] l’eau en cas d’inondation lors des hautes marées. Ces hautes marées ont lieu une à deux fois par an et peuvent provoquer des rentrées d’eau de mer via les estuaires vers l’intérieur des terres. Ces nouvelles cartes nous indiquent des zones, en rouge, qui peuvent être inondées 1 fois par an. » En résumé, les zones rouges le long de la côte belge n’indiquent pas des zones inondées en permanence, mais bien des endroits à risque quand on néglige la présence de digues.

À la question de savoir si, en 2050, selon cette étude, il sera dangereux pour les gens de vivre dans ces zones, Frank Pattyn répond : « Non ce n’est pas dangereux en soi, mais le risque d’inondation est accru. Si la Belgique ne réagit pas, les inondations seront très importantes. Il faut donc adapter nos infrastructures, comme aux Pays-Bas où de nombreux aménagements ont été faits et sont planifiés. » Adaptation nettement moins coûteuse que les mesures préconisées par ceux qui veulent imposer une politique mondiale « bas-carbone ».


Note 1 : On rappelle que, selon le dernier rapport du GIEC (AR5), pour la période allant de 2081 à 2100 par rapport à 1986-2005, l’élévation moyenne du niveau de la mer au niveau mondial devrait se situer entre 0,26 et 0,55 m pour le scénario RCP2.6, de 0,32 à 0,63 m pour le RCP4.5 de 0,33 à 0,63 m pour le RCP6.0 et de 0,45 à 0,82 m pour le RCP8.5. Et ceci si les modèles sont fiables, or ils ont tendance à surestimer le réchauffement climatique par rapport aux valeurs observées. Voir John Christy : « Les modèles climatiques surchauffent ». Les quatre scénarios du GIEC sont nommés d’après la gamme de forçage radiatif obtenue pour l’année 2100 : le scénario RCP2.6 correspond à un forçage de +2,6 W/m2, le scénario RCP4.5 à +4,5 W/m2, et de même pour les scénarios RCP6 et RCP8.5. Plus la valeur de forçage radiatif est élevée, plus le système terre-atmosphère gagne en énergie et se réchauffe. Le scénario RCP8.5 est peu probable pour plusieurs raisons : il suppose une croissance démographique très soutenue et rapide (un doublement de la population de la Terre à 12 milliards alors que même l’ONU prévoit plutôt 10,9 milliards en 2100), une faible « innovation technique, une croissance lente du PIB mondial, une augmentation massive de la pauvreté mondiale, et une plus forte consommation d’énergie fossile alors que celle-ci se tariront probablement et coûteront donc plus cher ce qui en limitera la consommation.


Voir aussi

Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète... Est-ce grave ?

lundi 18 novembre 2013

États-Unis — Forte augmentation (7 %) des étudiants étrangers en 2012-2013

Selon un rapport de l'Institut international de l'éducation (IIE) des États-Unis sur les échanges éducatifs internationaux en 2013, les États-Unis comptait pendant l'année universitaire 2012-2013 environ 819.644 étudiants étrangers, soit une hausse de plus de 40 % en plus d'une décennie. C'est la 7e année consécutive que le nombre d'étudiants étrangers s'accroît.

Les plus nombreux viennent de Chine, d'Inde et de République de Corée. Le nombre d'étudiants chinois aux États-Unis a atteint 235.000, soit une hausse de 21 % par rapport à l'année scolaire 2011-2012.

Le nombre d'étudiants vietnamiens aux États-Unis pendant l'année scolaire 2012-2013 s'est élevé à près de 16.100, soit une hausse annuelle de 3,4 %.

Les étudiants étrangers ont rapporté aux États-Unis environ 24 milliards de dollars. La Californie demeure l’État accueillant le plus d'étudiants étrangers (plus de 100.000), suivi par New York, Texas, Massachussetts et Illinois




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