mardi 23 juillet 2024

Kamala Harris et ses cinq années d'adolescence passées à Montréal

Kamala Harris, dans son livre Nos vérités : Mon rêve américain (2019), fait largement l’impasse sur ses années passées à Montréal, où elle a terminé ses études primaires avant de faire son secondaire à la Westmount High School. Non seulement la native d’Oakland expédie-t-elle son expérience montréalaise en moins de 400 mots — dans un livre de 352 pages —, mais elle ne retient qu’un seul souvenir positif de son séjour québécois et aucun de son expérience à l’école secondaire de Westmount, dont elle ne mentionne même pas le nom.

« J’étais heureuse là où j’étais », écrit-elle après avoir raconté son enfance à Oakland, où sa mère d’origine indienne, divorcée de son père né en Jamaïque en 1938. Donald Jasper Harris est un économiste jamaïcain-américain et professeur émérite à l'université Stanford.

« Mais quand j’étais [en sixième année, en 1976], nous avons dû partir. Ma mère s’était vu offrir une occasion unique à Montréal : enseigner à l’Université McGill et poursuivre ses recherches [sur le cancer du sein] à l’Hôpital général juif. C’était une étape excitante dans la progression de sa carrière. Ce n’était pas, cependant, une occasion excitante pour moi. J’avais 12 ans, et l’idée de quitter la Californie ensoleillée en février, au milieu de l’année scolaire, pour aller dans une ville étrangère d’expression française ensevelie sous 12 pieds de neige m’était pour le moins pénible. » [12 pieds = 3,65 mètres, devenus 12 cm dans un article du 17 août 2020 du Monde... C'est inexact. Il tombe en réalité en moyenne un peu plus de 2 mètres de neige par an à Montréal, mais comme la neige fond certains jours en hiver et se tasse, il n’y a jamais plus d’un mètre [102 cm] de neige au sol là où la neige n’est pas accumulée en congères, souvent beaucoup moins.]

Sa mère, la doctoresse Shyamala Gopalan Harris, titulaire d’un doctorat en endocrinologie et nutrition de l’Université de Californie à Berkeley, a passé 16 ans à Montréal, à l’Hôpital général juif et à la Faculté de médecine de l’Université McGill. Mme Gopalan Harris est décédée en 2009. La famille a habité une maison victorienne sur l’avenue Grosvenor.

L’impression d’être une cane (coin, coin) à l’école francophone

Selon Kamala Harris, le choc du déracinement a été d’autant plus grand que sa mère, Shyamala, a insisté pour que sa sœur cadette Maya et elle aillent à l’école primaire Notre-Dame-des-Neiges, fréquentée par des petits Montréalais francophones.

Elle écrit : « Cela a été une transition difficile, étant donné que le seul français que je connaissais venait de mes cours de danse, où madame Bovie, ma professeure de ballet, criait : “Demi-plié, and up !” J’avais l’impression d’être un canard, car durant toute la journée à notre école, je répétais : “Quoi ? Quoi ? Quoi ?” »

Sa mère a mis fin à ses difficultés linguistiques en la transférant dans une école anglophone.

Passage par une école artistique

Kamala Harris et sa jeune sœur Maya ont fréquenté la FACES (Fine Arts Core Elementary School) en 1977-1978 (et peut-être pendant une partie de l’année scolaire précédente, 1976-1977). Harris est alors en huitième année.

Comme l’école accueillait seulement les élèves jusqu’à la 8e année à l’époque, les élèves étaient ensuite obligés de changer d’école. Plusieurs d’entre eux, parmi lesquels Kamala Harris, se retrouvèrent à l’école secondaire de Westmount.

Harris se plaignait de ses cours de français

Kamala Harris fréquenta l’École secondaire de Westmount de 1978 à 1981. L’école secondaire de Westmount (en anglais Westmount High School), est une école secondaire publique située dans le quartier très aisé de Westmount, au Québec. L’école a été construite en 1961.

Kamala Harris, au centre en chemisier blanc et veste beige, photographiée en 1981 avec ses camarades de classe à l’école secondaire de Westmount

Selon le New York Times, « ses amis d’enfance se souviennent d’une jeune femme sûre d’elle, qui manifestait des velléités de militantisme, trouvait une affirmation culturelle dans son identité noire et se plaignait du cours de français. »

Cégep anglophone

Kamala Harris a également brièvement fréquenté le Cégep anglophone Vanier l’année suivante en 1982. Le cégep correspond à un collège pré-universitaire et post-secondaire. La première année du cégep correspond à la terminale du lycée en France.

Nostalgie des États-Unis dans son livre lancé pour sa candidature à la présidence des États-Unis

 « Au moment d’arriver au secondaire, je m’étais adaptée à notre nouvel environnement […] Ce à quoi je ne me suis jamais habituée, c’est le sentiment de nostalgie pour mon pays », écrit Kamala Harris avant d’enchaîner sur sa décision inéluctable de faire ses études universitaires aux États-Unis, où elle a d’abord fréquenté l’Université Howard, surnommée la Black Harvard, avant de s’inscrire à l’École de droit Hastings de l’Université de Californie.

Kamala Harris relie à son éducation auprès des amis militants de sa mère à Oakland sa seule anecdote positive concernant son séjour à Montréal. « Un jour, Maya et moi avons organisé une manifestation devant notre immeuble pour protester contre le fait que les enfants n’étaient pas autorisés à jouer au soccer sur la pelouse. Je suis heureuse de rapporter que nos demandes ont été acceptées », écrit-elle.


Kamala parmi ses camarades de promotion en 1981 (livre des diplômés de l’école). Elle y dit la nostalgie persistante pour son pays natal, quand elle cite encore « la Californie » au rang de ses « meilleurs souvenirs », mais elle témoigne aussi des bons moments vécus, en confiant que son passe-temps préféré est de « danser avec la bande des six, les Midnight Magic » — une troupe de danse montée avec cinq copines, qui se produit dans des maisons de retraite ou dans des galas de collecte de fonds.

Kamala Harris est la descendante d'un propriétaire d'esclaves irlandais en Jamaïque

Des recherches menées par un historien irlandais révèlent que l'ancêtre du vice-président américain, Hamilton Brown, propriétaire d'esclaves, est né dans le comté d'Antrim en 1776.

Mme Kamala Harris est la fille de Donald J. Harris, né en Jamaïque, et de Shyamala Gopalan Harris, originaire d'Inde.

Des recherches généalogiques menées par l'historien nord-irlandais Stephen McCracken ont révélé que le quadruple arrière-grand-père paternel de Mme Harris, Hamilton Brown, est né dans le comté d'Antrim en 1776, l'année de la Déclaration d'indépendance des États-Unis.

Brown a émigré en Jamaïque, alors colonie britannique, et est devenu un propriétaire d'esclaves enthousiaste dans les plantations de sucre qui constituaient le pilier de l'économie de l'île. Il s'opposa à l'abolition de l'esclavage dans tout l'Empire britannique en 1832 et se rendit à Antrim pour remplacer ses esclaves par des travailleurs de son comté natal.

Il a donné son nom à Brown's Town en Jamaïque et est enterré à l'intérieur de l'église anglicane St Mark, qu'il a construite avec ses propres fonds.

Le père de Mme Harris, professeur émérite d'économie à l'université de Stanford, a reconnu le passé esclavagiste de sa famille dans un article publié dans un journal jamaïcain en 2018. Curieusement, sa mère s'appelle Finegan. Les ancêtres irlandais du président Joe Biden s'appellent également Finegan (Finnegan).

Donald Harris a écrit : « Mes racines remontent, de mon vivant, à ma grand-mère paternelle, Miss Chrishy (née Christiana Brown, descendante de Hamilton Brown, dont on sait qu'il était propriétaire de plantations et d'esclaves et fondateur de Brown's Town) et à ma grand-mère maternelle, Miss Iris (née Iris Finegan, agricultrice et éducatrice, originaire d'Aenon Town et d'Inverness, dont l'ascendance m'est inconnue).

« Le nom Harris vient de mon grand-père paternel, Joseph Alexander Harris, propriétaire terrien et exportateur de produits agricoles (principalement du piment ou du quatre-épices), qui est décédé en 1939, un an après ma naissance, et qui est enterré dans la cour de la magnifique église anglicane construite par Hamilton Brown à Brown's Town (et où, enfant, j'ai appris le catéchisme, j'ai été baptisé et confirmé, et j'ai servi en tant qu'acolyte) ». 

La mère indienne de Kamala Harris et son père professeur d'économie d'origine jamaïcaine

Burnard, qui a écrit un livre sur le surveillant d'esclaves jamaïcain Thomas Thistlewood, nous dit que si le père de Kamala Harris dit qu'il est un descendant d'Hamilton Brown, « je serais enclin à le croire ».

Il ne serait pas inhabituel que Kamala Harris ait « un certain héritage de propriétaire d'esclaves », a déclaré M. Burnard. « Ce serait tout à fait normal pour les membres de la classe moyenne jamaïcaine, en particulier l'élite éduquée, d'où vient Kamala Harris.

Jessian Prince, que l'arbre généalogique identifie comme la mère de Miss Crishy et qui serait donc l'arrière-arrière-grand-mère de Kamala Harris, figure sur les registres de naissance et de décès en tant qu'« ouvrière ». Selon M. Zoellner, les travailleurs de la Jamaïque à cette époque étaient presque toujours « des personnes d'origine africaine, enfants et petits-enfants de personnes asservies qui avaient été libérées en 1838 ».

lundi 22 juillet 2024

Elon Musk dit s'être fait piéger en signant des documents pour la transition de genre de son fils.

Elon Musk s'est fait piéger par des professionnels en signant des documents pour la transition de genre de son fils.

Interrogé par Jordan Peterson, il déclare :

« Ce n'est pas pour rien que l'on parle de « Morinommer » (deadnaming) ». (Morinommer, c'est utiliser le  prénom indiqué à l’état civil à la naissance avant la transition de genre.)

« En somme j'ai perdu mon fils Xavier, tué par le virus mental woke. »

« Je me suis juré de détruire le virus mental woke. »


L’économie canadienne n’est peut-être pas en récession, mais c’est tout comme

La forte croissance démographique a permis d’éviter une chute pure et simple du produit intérieur brut canadien, mais la production par personne [PIB/habitant] diminue tandis que le taux de chômage augmente, et habituellement c’est quelque chose qui ne survient qu’en période de récession. Les réductions de taux d’intérêt de la Banque du Canada finiront par alléger une partie de la pression qui pèse sur les ménages. Avec la normalisation du pouvoir d’achat, nous prévoyons que la croissance par habitant deviendra positive d’ici le deuxième semestre de l’an prochain.

[...]

  • Cependant, la vigueur de la croissance démographique [en moins politiquement correct : l'immigration effrénée ] – la plus forte en plusieurs décennies – a camouflé les aspects récessionnistes de la conjoncture économique. Le Canada a gagné 2,1 millions de consommateurs depuis le milieu de 2022.
  • La production réelle par personne a décliné pendant six des sept derniers trimestres, et parallèlement le chômage a augmenté.

La taille totale de l’économie canadienne a continué de croître, ce qui a permis d’éviter de justesse les baisses consécutives du PIB qui constituent normalement la définition d’une récession, dans la foulée de la flambée de l’inflation et des énergiques hausses de taux d’intérêt de la Banque du Canada en 2022-2023. Néanmoins, cela est uniquement dû à la vague de nouveaux consommateurs en provenance de l’étranger. La population du Canada a augmenté de 6 % entre le deuxième trimestre de 2022 et le premier trimestre de cette année, ce qui représente 2,1 millions de nouveaux consommateurs de plus dans l’économie. Les dépenses de consommation représentent plus de la moitié du PIB, et bon nombre des nouveaux arrivants (dont la part est plus élevée que celle de la population née au Canada [manquerait plus que les immigrants en bonne part soient des retraités!] sont aussi des travailleurs qui contribuent à la capacité de production de l’économie.


[...] Par personne et sur une base corrigée de l’inflation, les dépenses des ménages sont inférieures de 2,6 % à leur sommet d’après la pandémie, et de 2 % à leur niveau d’avant la pandémie en 2019, étant donné que les prix et les taux d’intérêt plus élevés réduisent le pouvoir d’achat. Le PIB par habitant a diminué pendant six des sept derniers trimestres à 3,1 % pour s’établir sous le niveau de 2019.

La hausse de 1,6 point de pourcentage du taux de chômage est plus faible que celle qui a été observée pendant les récessions plus importantes, et la base comparative est le niveau d’après la pandémie, soit le plus bas en un demi-siècle. Cependant, depuis les années 1970, le Canada n’avait pas connu d’écart aussi important entre le taux de chômage le plus bas et le taux le plus haut en dehors des périodes de récession. À la suite de l’éclatement de la bulle Internet en 2000, cette augmentation avait atteint 1,5 point de pourcentage.

Environ la moitié de l’augmentation du taux de chômage par rapport à son creux d’après la pandémie est attribuable aux mises à pied, lesquelles ont augmenté de 20 % par rapport à l’an dernier en juin. Et environ 40 % de l’augmentation du chômage est attribuable aux étudiants et nouveaux diplômés qui ont du mal à trouver un emploi.

Le déclin du PIB canadien par habitant est moins marqué que lors des ralentissements plus récents. En 2008, la production réelle par habitant a chuté de 5 % entre son sommet et son creux, ce qui est comparable à la contraction du début des années 1990. La chute des années 1980 a été plus importante, à 7 %. Mais la baisse actuelle du PIB par habitant est plus importante que lors des périodes précédentes considérées comme des récessions.


Source : Banque royale du Canada, RBC

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samedi 20 juillet 2024

Éoliennes: du rêve aux réalités

Les éoliennes sont en quelques années devenues le symbole de la transition écologique. Quels enseignements politiques, sociaux, économiques et environnementaux peut-on tirer de leur multiplication ? Le rêve est-il en phase avec la réalité ? Professionnels, experts et riverains nous dévoilent les envers du décor.

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Il faut mettre fin à la « cécité énergétique »

jeudi 18 juillet 2024

Il faut mettre fin à la « cécité énergétique »

Il existe un décalage entre l'ambition du Canada (et du Québec) d'électrifier notre réseau électrique et notre réticence à augmenter la capacité de production d'électricité, écrit Phillip Cross dans le National Post.

Dans sa mise à jour mensuelle sur les tendances énergétiques, Statistique Canada a indiqué plus tôt ce mois que cette année, pour la première fois, le Canada est devenu un importateur net d'électricité. Ce changement dans la balance commerciale de l'électricité révèle les lacunes d'une stratégie énergétique qui privilégie désormais la décarbonation au détriment de la sécurité énergétique, laissant les consommateurs vulnérables aux pénuries d'approvisionnement et à l'augmentation des prix.

Traditionnellement, le Canada a produit un surplus d'électricité qu'il a exporté vers les États-Unis. Mais en avril, la production totale d'électricité a baissé de 6,9 % par rapport à l'année précédente, poursuivant une tendance amorcée au début de l'année. Cette baisse est due à la sécheresse qui a touché une grande partie du pays et qui a réduit la production hydroélectrique, ainsi qu'aux travaux de maintenance prévus dans les centrales nucléaires.

L'hydroélectricité et le nucléaire représentent un peu plus des deux tiers de la production totale d'électricité au Canada. L'hydroélectricité a contribué à hauteur de 26 millions de mégawattheures (MWH) et le nucléaire à hauteur de 5,2 MWH à la production totale d'électricité, qui s'est élevée à 45,7 MWH en avril. La baisse de la production d'électricité d'origine hydraulique et nucléaire au Canada nous a obligés à importer 2,6 millions de MWH des États-Unis en avril, tandis que nos exportations ont chuté de 64,4 % pour atteindre 1,7 million de MWH.

Le plan canadien de réduction des émissions de gaz à effet de serre repose en grande partie sur l'énergie hydroélectrique, qui couvre la majeure partie de nos besoins énergétiques en croissance rapide. Nous restons ambivalents à l'égard de l'énergie nucléaire, l'Ontario et le Nouveau-Brunswick étant les deux seules provinces à en produire après que le gouvernement du Parti québécois a fermé l'unique centrale nucléaire du Québec en 2012.

Les détracteurs des énergies éolienne et solaire soulignent souvent leur caractère intermittent lorsque le vent ne souffle pas ou que le soleil ne brille pas. Les sources d'électricité intermittentes comme celles-ci nécessitent le maintien de sources d'énergie de secours fiables, notamment les centrales électriques qui brûlent des combustibles fossiles tels que le pétrole, le gaz naturel ou le charbon. La récente réduction de la production d'hydroélectricité montre qu'elle aussi peut parfois être une source d'énergie peu fiable.

Les événements récents soulignent l'importance fondamentale de la sécurité de l'approvisionnement énergétique pour les clients. La sécurité énergétique signifie un approvisionnement fiable et abordable. Toute interruption prolongée de l'approvisionnement serait catastrophique. En février 2022, le Texas a été à quelques minutes de l'effondrement de son réseau électrique lors d'une tempête de verglas, une calamité qui n'aurait pas pu être entièrement réparée avant le mois de mai. Chez nous, le réseau de l'Alberta a été poussé presque au-delà de ses limites lors d'une vague de froid intense en janvier dernier. Cela aurait eu plus de conséquences et aurait mis davantage de vies en danger qu'un effondrement du réseau au Texas, compte tenu du froid extrême que connaissait l'Alberta.

L'électricité est essentielle à la vie et au mode de vie de la plupart des Canadiens. Comme l'a fait remarquer l'ancien ministre ontarien Dwight Duncan lors d'une récente conférence sur la politique énergétique, l'Ontario et le Québec ont la demande d'énergie la plus élevée au monde en raison des pics de demande en hiver et en été. Mais il y a un décalage entre l'ambition du Canada d'électrifier son réseau électrique et sa réticence à augmenter sa capacité de production d'électricité. L'électrification de nos maisons et de nos véhicules tout en utilisant des technologies gourmandes en énergie implique une augmentation massive de notre consommation d'électricité.

Ce n'est que récemment que les gouvernements ont commencé à se rendre compte que la demande d'électricité prévue dépasse de loin l'offre. C'est pourquoi l'Ontario et le Québec ont récemment annoncé des plans ambitieux et coûteux pour augmenter la production d'électricité. L'Ontario agrandit et remet en état son vaste réseau de centrales nucléaires. Au Québec, le gouvernement provincial a nommé l'année dernière Michael Sabia à la tête d'Hydro-Québec pour mettre en œuvre un plan visant à augmenter considérablement l'énergie hydraulique et éolienne afin de répondre à la demande future, en écartant des plans qui mettaient l'accent sur la conservation de l'énergie et qui auraient inévitablement nécessité des hausses de prix impopulaires. L'expérience de l'Alberta, qui a frôlé la catastrophe, l'a amenée à restructurer son réseau pour réduire la priorité accordée aux sources d'énergie renouvelables imprévisibles.

Le fait que le Canada soit devenu un importateur net d'électricité depuis le début de l'année nous rappelle qu'il nous reste beaucoup à faire pour augmenter la production, d'autant plus qu'importer de l'électricité des États-Unis signifie dépendre de combustibles fossiles à fortes émissions pour produire de l'énergie. La lenteur avec laquelle nous avons construit des mégaprojets au cours des dernières décennies soulève de sérieuses questions quant à notre capacité à réussir.

L'Union européenne a mis un terme à sa volonté de décarboniser son approvisionnement énergétique avant même l'invasion de l'Ukraine par la Russie, alors que le coût pour les ménages, l'industrie et les gouvernements ne cessait de croître. Richard Norris, du Canadian Global Affairs Institute, qualifie de "cécité énergétique" notre propre refus de reconnaître l'importance primordiale d'une énergie abondante et bon marché. Cette cécité doit cesser.

Le gouvernement turc veut prendre le contrôle des écoles françaises en Turquie

Lycée Pierre Loti d'Istamboul
 
 Le ministère turc de l'Éducation a intensifié sa surveillance des écoles françaises en Turquie à la suite du refus de la France d'autoriser la fondation turque Maarif d'y ouvrir des écoles, selon plusieurs sources.

Maarif, qui a été créée avant la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016 par le biais d'une loi adoptée par le parlement turc, a cherché à fermer les établissements d'enseignement créés par les adeptes du mouvement religieux Gülen depuis le putsch avorté, dans le cadre de la politique étrangère du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir en Turquie, qui qualifie le mouvement d'organisation terroriste et l'accuse d'avoir orchestré le coup d'État raté.

Le mouvement Gülen, une initiative civique mondiale inspirée par les idées du religieux musulman Fethullah Gülen, nie fermement toute implication dans le putsch manqué et toute activité terroriste.

À ce jour, la fondation Maarif a repris des centaines d'écoles dans le monde entier qui avaient été créées par des adeptes du mouvement Gülen dans le cadre des mesures de répression prises par le gouvernement à l'encontre de ce groupe.

Elle est désormais la seule organisation habilitée à ouvrir des écoles dans un pays étranger au nom de la République de Turquie. Elle gère des écoles pour tous les groupes d'âge, de la maternelle à l'université.

Le journaliste Nuray Babacan a écrit sur le site d'information Gazete Pencere que les inspections du ministère turc de l'éducation dans les écoles françaises d'Ankara et d'Istanbul ont atteint un niveau tel qu'elles perturbent l'éducation des élèves. Ces actions sont considérées comme des représailles après l'échec de la tentative de la Fondation Maarif d'établir des écoles en France.

Babacan indique dans son article que le gouvernement turc, sous l'administration de l'AKP, a pris pour cible des établissements français, notamment l'école Charles de Gaulle à Ankara et le lycée Pierre Loti à Istanbul. Les écoles ont dû s'acquitter d'amendes et d'ingérences dans leurs programmes sous couvert d'inspections.

"Cela va au-delà des inspections régulières ; le gouvernement s'immisce maintenant dans les programmes scolaires", écrit M. Babacan. "Ce problème a commencé lorsque les tentatives de la Turquie d'ouvrir des écoles en France ont été bloquées. Aujourd'hui, des pressions sont exercées sur les écoles françaises, exigeant qu'elles incluent des cours de religion et d'éthique, qu'elles suivent le programme turc et qu'elles emploient des enseignants turcs.

Ce développement s'inscrit dans une tendance plus large de détérioration des relations entre la Turquie et la France, qui ont connu des relations diplomatiques fluctuantes. Cette situation a suscité l'inquiétude des élèves et de leurs parents. Des parents français et turcs ont demandé au ministre turc des affaires étrangères, Hakan Fidan, d'intervenir et de chercher une solution diplomatique.

Fidan devrait aborder cette question lors de sa prochaine visite en France, où les discussions devraient se concentrer sur la résolution du problème avant le début de la nouvelle année universitaire en septembre.

Ces dernières années, la Fondation Maarif a reçu un soutien financier substantiel de la part du gouvernement turc. Depuis sa création, la fondation a pris le contrôle de 216 écoles dans 44 pays et prévoit d'en reprendre d'autres.

Malgré l'importance des fonds alloués à Maarif, ses détracteurs estiment que ces ressources devraient être affectées à la résolution des problèmes éducatifs nationaux, tels que les classes surchargées et le nombre insuffisant de nominations d'enseignants.

La résistance du gouvernement français à l'expansion de la Fondation Maarif est en partie due aux inquiétudes concernant l'imposition de l'éducation religieuse, qui contredit le strict système d'éducation laïque de la France. En réponse, la pression accrue exercée par la Turquie sur les écoles françaises à l'intérieur de ses frontières a suscité des critiques pour avoir potentiellement politisé l'éducation et affecté le bien-être des élèves et de leurs familles.Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci.

Déjà en 2020

Déjà en 2020, le quotidien Yeni Safak, proche du pouvoir islamo-conservateur, avait consacré des articles remettant en cause le statut des lycées Charles-de-Gaulle, à Ankara, et Pierre-Loti, à Istanbul, qui accueillent au total 2 300 élèves. « On se demande bien comment cette école illégale [Charles-de-Gaulle], qui n’a rien à voir avec la législation turque et n’a pas le statut d’école privée, a pu inscrire des étudiants turcs », avait écrit le journal, le 8 septembre 2020.

Renommés pour la qualité de leur enseignement, les deux lycées qui préparent au baccalauréat français comptent de nombreux élèves turcs francophones – près de 70 %, pour Pierre-Loti. Dépendants de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), Charles-de-Gaulle et Pierre-Loti ne sont pas enregistrés en tant qu’établissements internationaux. Au regard de la loi turque, ils n’ont pas d’existence légale. Paris estime, pour sa part, que ses écoles « à but non lucratif » sont soumises à la législation française. Conscient de la fragilité de ce statut – qui touche de nombreux établissements français ailleurs dans le monde – la France a créé, il y a sept ans, un groupe de travail avec la Turquie, regroupant des diplomates et des spécialistes des ministères de l’éducation, pour trouver un compromis.

Lycée Charles-de-Gaulle d'Ankara



« Prétendu génocide arménien »

Ankara ne voit pas d'un bon œil le fait que ces établissements échappent à sa supervision. « Aucun officiel ne peut contrôler ces écoles illégales », déplorait Yeni Safak dans son édition du 3 septembre 2020, jugeant sulfureux le contenu des manuels scolaires. « On dit que le prétendu génocide arménien est enseigné aux étudiants turcs qui suivent ces cours. » Empêcher les familles turques d'y envoyer leurs enfants sera difficile à réaliser, pour ne pas dire impossible. D'autant que certains des éditorialistes parmi les plus acharnés à critiquer la France et ses écoles ont, eux-mêmes, leurs enfants sur les bancs de Pierre-Loti.

Le ton de la presse s'est déjà fait menaçant. Des mesures de rétorsion sont évoquées, qui vont de la fermeture des établissements concernés à des représailles à caractère financier. « Évasion fiscale ! Les écoles françaises n'ont pas payé un sou d'impôt », affirmait Yeni Safak dans son article du 8 septembre 2020, en soulignant l'existence de droits d'inscription élevés. Au contraire, Paris souligne que les établissements ne jouissent pas d'un statut fiscal privilégié. Le 7 septembre 2020, en une seule journée, deux tentatives de « visite » avait eu lieu dans ces établissements, de la part de d'officiers de la voirie d'Istanbul, prétendant enquêter sur des travaux, et de jeunes hommes se prétendant agents de l'ONU.

Les établissements catholiques francophones de Turquie

Depuis plus de 150 ans, les établissements catholiques francophones de Turquie forment une partie de la jeunesse de ce pays. Ils ont été fondés par des congrégations françaises au dix-neuvième siècle pour répondre à des besoins de scolarisation des familles étrangères installées au Levant. Il en reste six aujourd’hui, cinq à Istanbul et un à Izmir. Ils portent le nom de Saints, d’ailleurs, on les appelle : « Les Saints ». Saint Joseph (à Istanbul et à Izmir), Saint-Benoît, Saint-Michel, Sainte-Pulchérie et Notre-Dame de Sion.

Leur particularité est d’enseigner le programme turc [ce n'est pas le cas d'autres Lycée comme celui Pierre Loti d'Istanbul ou de Charles-de-Gaulle d'Ankara qui enseignent le programme français], en langue française pour une grande partie des disciplines, hormis, par exemple, la langue turque, l’anglais et l’histoire. Dans ces établissements, qui sont des lycées, les enseignants sont turcs, ne parlant pas français, pour un tiers, turcs francophones pour un tiers et français, venant de l’enseignement public ou de l’enseignement catholique pour le dernier tiers. Cette cohabitation de cultures différentes est extrêmement riche sur un plan professionnel, surtout dans des établissements où le travail en équipe est la règle.

Pour un professeur français qui arrive dans cet univers, où c’est lui l’étranger, il faut s’accoutumer à d’autres habitudes relationnelles, au risque de commettre des indélicatesses. Beaucoup de choses sont différentes dans la relation aux élèves, aux familles, aux collègues, à la direction. Il faut également s’accoutumer à d’autres pratiques professionnelles qui peuvent surprendre au départ. Par exemple, les enseignants de ces établissements doivent assurer des heures de présence sur la cour de récréation pour renforcer la proximité avec les élèves dans un autre cadre que celui de la classe. Ils ont également une heure fixée dans leur emploi du temps hebdomadaire pour recevoir les familles.

Contrairement à l’origine, aujourd’hui, tous les élèves sont turcs. Leurs familles les inscrivent dans ces établissements, après la réussite à un concours, à cause de leur excellent niveau de réussite aux examens. Afin de pouvoir suivre les quatre années de lycée en français, les élèves doivent suivre une année préparatoire de renforcement linguistique avec vingt-cinq heures par semaine d’apprentissage de cette langue. L’ouverture linguistique et culturelle de ces établissements donnent la possibilité aux élèves qui le souhaitent de poursuivre leurs études dans des universités étrangères.

Outre leur excellence académique, les « Saint » sont aussi des promoteurs de la culture française, en lien avec la diplomatie française. De très nombreuses activités culturelles sont proposées : expositions, conférences, pièces de théâtre, concerts... De plus, de grands évènements thématiques sont organisés dans les établissements : Printemps du numérique, Modèle des Nations-Unies, Prix littéraires...

 

Lycée Notre-Dame de Sion, Mustafa Kemal Atatürk y inscrivit ses filles adoptives.

 

mercredi 17 juillet 2024

Le Canada, 3e pays où les ménages sont les plus endettés

Le Canada se trouve en troisième position mondiale en ce qui concerne l’endettement chez ses citoyens, selon une nouvelle étude de Desjardins. Ceux-ci feraient face à une hausse de taux directeur historique.

« La [Banque du Canada] a récemment amorcé une réduction graduelle de son taux directeur, mais à 4,75 % celui-ci demeure à un niveau élevé d’un point de vue historique », ont indiqué Maude Drapeau et Lorenzo Tessier-Moreau, économistes et auteurs du rapport publié mardi.

Le pays figure donc au troisième rang du podium, derrière l’Australie et la Suisse qui obtient la médaille d’or.

Avec la hausse des taux d’intérêt, combinée à l’augmentation du coût de la vie, les Canadiens ont encore plus de mal à épargner. Près de trois individus sur cinq estiment que leur revenu n’a pas suivi le coût de la vie.

Ceux avec un revenu plus faible doivent aussi se priver dans leur budget. Celui-ci se concentre principalement sur des besoins primaires comme le logement, le transport et l’alimentation, selon l’étude.

Le revenu des ménages a généralement diminué pour tous les Canadiens, sauf pour les plus fortunés. « Depuis 2021 [ils] sont les seuls à avoir enregistré une hausse de leur revenu disponible réel », a mentionné le rapport.

Les taux d’intérêt plus élevés, notamment sur l’habitation et les véhicules, sont l’une des raisons qui influencent la distribution des revenus à l’avantage des plus riches.

Ce sont ces mêmes personnes qui auraient d’ailleurs accumulé la majorité de la dette globale, selon Desjardins. Elles possèdent néanmoins plus d’actifs financiers et d’investissements, ce qui explique leur revenu supérieur.

Le coût des intérêts sur la dette affecte le plus les 20 % les moins riches (1er quintile) des ménages (en vert foncé).

mardi 16 juillet 2024

Le 17 juillet 1761 — la Nouvelle-France a 14 % d'habitants de moins qu'en 1759

Le 17 juillet 1761, dix mois après la capitulation de Montréal, le commandant James Murray envoie à William Pitt, ministre de la Guerre britannique, un relevé de la situation du pays conquis, et il constate que, depuis 1759, il y a au Canada dix mille habitants de moins [1]. Dix mille habitants de moins sur un total qui ne peut pas avoir dépassé de beaucoup soixante-dix mille, c’est là, pour la Nouvelle-France, le prix de la défaite et de l’invasion.

La Place-Royale de Québec est presque entièrement détruite par les Anglais. De l’église Notre-Dame-des-Victoires, il ne reste que les murs calcinés, comme en témoigne une gravure (ci-dessus) de l’officier de marine Richard Short réalisée en 1761.
 
Devant l’ennemi les Canadiens n’ont point accoutumé de se ménager. Au début de la guerre, ils sont seuls à composer les partis qui disputent aux Anglais les marches de l’Ohio. Ce sont eux qui, avec Beaujeu, remportent la belle victoire de la Manongahéla [2] (près de Pittsburgh actuel) ; eux encore qui, avec Villiers, vengent Jumonville et reprennent le fort Duquesne (Pittsburgh actuel) [3]. Ils ont une part beaucoup moindre à la journée de Carillon où la milice n’est représentée que par un détachement de deux cent cinquante hommes [4]. Au siège de Québec, tout le monde prend part à la résistance, même les écoliers, même les séminaristes [5]. À la bataille d’Abraham, les milices forment les deux ailes de l’armée de Montcalm [6]

L’armée de Braddock tombant dans l’embuscade tendue par les Français et de leurs alliés amérindiens à la bataille de la Monongahéla.

Mais c’est surtout dans les deux dernières campagnes que Lévis a recours à la milice, cette milice où toute la population mâle de la colonie, de seize à soixante ans, est enrégimentée [7]. Il verse un certain nombre d’habitants dans ses bataillons de réguliers qui ne peuvent plus se recruter autrement [8]; et quand, en plein hiver, il reprend l’offensive contre l’envahisseur, il emmène tout ce qui est mobilisable dans les districts des Trois-Rivières et de Montréal. De soldats et de miliciens il y a, à Sainte-Foy, à peu de chose près, le même nombre [9]. La dernière victoire française sur la terre canadienne coûte aux milices du Canada cinquante-et-un tués et cent quatre-vingt-dix blessés [10].

Déjà décimé par la guerre et par la maladie, ce malheureux peuple a enfin à subir l’invasion. Les Anglais ont entrepris de décourager la résistance par la dévastation systématique. Dès son entrée dans le fleuve, Wolfe se fait la main sur Gaspé et Montlouis. Parvenu devant Québec il adresse aux habitants, le 27 juin 1759, une proclamation qui se termine sur des menaces terribles. Malheur aux Canadiens s’ils persistent à prendre part « à une dispute qui ne regarde que les deux couronnes [11]. » Le bombardement de Québec commence. Il dure soixante-huit jours. Lorsque Ramezay capitule, la Haute-Ville est à demi détruite, la Basse-Ville l’est tout à fait [12]

Principales batailles de la guerre de Sept Ans (qui commença plus tôt en Amérique du Nord qu’en Europe où elle débuta en 1756)

Le retour offensif de Lévis en 1760 achève la ruine de la petite capitale. Battu à Sainte-Foy, Murray incendie les faubourgs de Saint-Roch et de la Potasse [13]. Les campagnes n’ont pas été épargnées davantage. Exaspéré par l’échec que Montcalm lui inflige à Montmorency, Wolfe livre tout le pays à ses soldats. Ils brûlent toutes les paroisses de l’ile d’Orléans, toutes celles de la côte nord depuis l’Ange-Gardien jusqu’à la baie Saint-Paul, toutes celles de la côte sud depuis L’Islet jusqu’à la Rivière-Ouelle [14]. Le plus souvent l’incendie éclaire le massacre. Les rangers, sorte de coureurs de bois que commande le major Rogers, tiennent à honneur de rapporter des chevelures françaises [15]. Un officier américain se signale par sa fureur sanguinaire : c’est le capitaine Montgomery, un futur lieutenant de Washington. Les Canadiens se vengeront plus tard de l’égorgeur de Saint-Joachim [16].

Murray ne fait pas la guerre plus humainement que Wolfe. Lui aussi, il refuse aux Canadiens le droit de défendre leur patrie [17]. Il prétend réduire Lévis aux débris du détachement de la marine et des sept bataillons de réguliers. Toutes les fois qu’il trouve une maison abandonnée de son propriétaire, c’est-à-dire dont le propriétaire sert à son rang de milicien, il la détruit [18]. Par ses ordres lord Rollo, qui a déjà passé au feu l’île Saint-Jean, renouvelle son exploit à Sorel [19]. Cette guerre sans pitié se prolonge quinze mois sur le sol de la Nouvelle-France. Wolfe paraît à l’entrée du Saint-Laurent le 11 juin 1759, Lévis traite le 8 septembre 1760. Ce que fut le lendemain de cette invasion de barbares on le devine ; la famine et l’hiver achèvent l’œuvre de mort.

Extrait de la colonisation de la Nouvelle France, huitième partie, La guerre de Sept Ans.

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samedi 13 juillet 2024

France — Ce n'est qu'en 1880 que le 14 juillet est devenu la fête nationale

Pourquoi le 14 juillet est devenu fête nationale ? Depuis quand ? L’historien Jean Sévillia raconte les dessous de cet évènement symbolique et les enjeux de sa commémoration. Jean Sévillia est Rédacteur en chef adjoint du Figaro magazine et écrivain. Son dernier livre Histoire passionnée de la France est paru chez Perrin.

Depuis quand et pourquoi le 14 juillet est-il devenu notre fête nationale ? Que commémore-t-on exactement ?

Jean Sévillia : C’est en 1880 que le 14 juillet est devenu fête nationale. Reprenons le contexte. En 1871, après l’effondrement du Second Empire et la défaite face aux Prussiens, se met en place, avec une majorité royaliste élue au suffrage universel, un régime d’attente, fait pour préparer la restauration de la monarchie, restauration qui n’aura pas lieu en raison de la division entre légitimistes et orléanistes et du refus du comte de Chambord, l’aîné des Bourbons, de composer avec les principes issus de la Révolution.

Faute de roi s’installe une République conservatrice, la République des ducs (Mac-Mahon, Broglie, etc.) En 1876, les républicains de conviction obtiennent la majorité à l’Assemblée. En 1877, ils forcent le Président conservateur, Mac-Mahon, à se soumettre en acceptant la prééminence du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif. En 1879, le Sénat passe aux républicains et Mac-Mahon démissionne. Commence alors la République des Jules (Simon, Grévy, Ferry), la République des républicains.

Sous le Second Empire, on fêtait la Saint-Napoléon le 15 août, date de l’Assomption, grande fête mariale dans l’Église catholique, fête confortée, en 1854 par la proclamation du dogme de l’Immaculée-Conception par le pape Pie IX. Le 15 août était donc la fête nationale de la France sous Napoléon III. Symboliquement, quand ils arrivent au pouvoir, en 1879, les républicains veulent donc instaurer une fête nationale qui soit en accord avec le projet politique dont ils sont porteurs : républicaniser la France, la couper de l’influence de l’Église.

Depuis 1872, le parti républicain organisait des manifestations privées à la date du 14 juillet. Lors d’un discours prononcé le 14 juillet 1872 à La Ferté-sous-Jouarre, Gambetta avait ainsi exalté le souvenir de la prise de la Bastille, affirmant que le peuple de Paris ne s’était pas levé « pour renverser une Bastille de pierre, mais pour détruire la véritable Bastille : le Moyen-Age, le despotisme, l’oligarchie, la royauté ».

La loi promulguée le 6 juillet 1880 annonce que « la République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle ». Le choix de cette date, en réalité, ratifie une pratique antérieure du parti républicain, mais en jouant sur la double signification du 14 juillet : les radicaux commémorent la prise de la Bastille (14 juillet 1789), tandis que les modérés, à qui la violence révolutionnaire fait peur, préfèrent se souvenir de la Fête de la Fédération (14 juillet 1790).


Prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Aquarelle d’époque, de Jean-Pierre Houël

Dès lors, ce choix fera-t-il l’objet d’un consensus ?

En 1880, le 14 juillet ne fait pas l’unanimité. Ni les conservateurs, qui n’ont accepté la République que par défaut, ni les catholiques, heurtés de front par l’anticléricalisme gouvernemental, anticléricalisme qui restera le ciment du parti républicain jusqu’en 1914, ne sont prêts à commémorer un évènement révolutionnaire. Jusqu’à la Grande Guerre, le 14 juillet, à l’instar de l’école laïque de Jules Ferry, restera idéologiquement marqué : il est un symbole républicain, c’est-à-dire de gauche, anticlérical et patriotique au sens des Volontaires de l’An II. Peu à peu, toutefois, il deviendra une fête populaire, avec ses bals et ses lampions.

Le 14 juillet 1919 voit le défilé de l’armée française victorieuse, derrière Joffre et Foch, avec des détachements de tous les pays vainqueurs. Les deux France se retrouvent dorénavant dans un 14 juillet qui revêt plus une signification militaire et nationale que politique. La politique revient le 14 juillet 1935 avec le défilé politico-syndical des organisations de gauche, prélude au défilé unitaire du 14 juillet 1936 qui rattache le Front populaire au mouvement de 1789.

Le 14 juillet 1945, c’est de nouveau un défilé de la victoire. A l’exception de 1989 et du défilé du Bicentenaire griffé par le publicitaire Jean-Paul Goude, la fête nationale s’est éloignée de sa source originelle. Elle n’est plus qu’une fête militaire, chérie du grand public, une fête populaire, avec ses feux d’artifice et encore ses bals de pompiers, et un microévènement politique pour les amateurs de « petites phrases », dans les années où le chef de l’État parle à la télévision... Les restrictions budgétaires ont enterré la garden-party, qui était en passe de devenir une tradition mixte, à la fois républicaine dans la mesure où tout citoyen, virtuellement, pouvait être amené à fouler les pelouses de l’Élysée, et monarchique dans l’autre mesure où il fallait une invitation du Château pour y participer.

On a fait de la prise de la Bastille l’élément fondateur marquant le début de la Révolution française. Est-ce vrai ? Est-ce réellement la borne qui marque « le début de la fin d’un monde » ?

Le 20 juin 1789, quand les députés du tiers-état qui se sont proclamés les mandataires de toute la population française, excluant de la représentation nationale la noblesse et le clergé, se rassemblent dans la salle du Jeu de Paume, à Versailles, et font serment de ne pas se séparer avant d’avoir donné une Constitution à la France, la Révolution commence vraiment, puisque les institutions qui maintenaient l’ancienne France deviennent caduques.

Il en est de même pour le 4 août 1789, où ce qu’on appelle improprement « l’abolition des privilèges », privilèges qui représentaient en réalité l’organisation socioterritoriale de droit coutumier de l’Ancien Régime, marque l’entrée dans un monde nouveau. Le 5 et 6 octobre 1789, quand la foule ramène la famille royale à Paris et que le roi est prisonnier de la révolution parisienne, marque aussi la fin d’un monde.

La prise de la Bastille était-elle un mouvement populaire spontané, une révolte plébéienne contre l’arbitraire, ou bien une manipulation des masses orchestrée par le haut ?


Le 12 juillet 1789, Camille Desmoulins appelle les Parisiens à prendre les armes. Le 14 juillet au matin, quelques milliers d’émeutiers envahissent les Invalides, et prennent armes et canons. A l’autre bout de Paris, la Bastille, prison d’Etat dénoncée par les libellistes comme un symbole de l’arbitraire royal, est assaillie non par la population spontanément mobilisée, mais par une bande d’agitateurs qui ont préparé l’opération. De l’édifice sont extraits, en fait de victimes de l’absolutisme, sept prisonniers, dont quatre faussaires, deux fous et un débauché.

Le gouverneur Launay, qui a capitulé devant l’émeute et qui a été conduit à l’Hôtel de Ville, est assassiné avec Flesselles, le prévôt des marchands, leurs corps étant dépecés et leurs têtes placées au bout d’une pique. 83 assaillants ont péri dans l’assaut. Le premier sang de la Révolution a coulé. L’opération a été orchestrée, mais elle a revêtu tout de suite un sens politique et une dimension symbolique.

On évoque souvent les mots de Louis XVI dans son journal le jour de cet évènement historique : 14 juillet : rien, pour montrer l’aveuglement et la nonchalance du roi. Comment se fait-il que ce dernier ne se soit pas rendu compte de l’importance de l’évènement ?

Rappelons d’abord que ce « rien » consigné par Louis XVI dans son carnet désignait son tableau de chasse, vide en l’occurrence puisqu’il n’avait pas chassé ce jour-là. Il est néanmoins exact que le roi n’a pas tout de suite pris la mesure de ce qui s’est passé à la Bastille, d’où le dialogue, authentique ou apocryphe, survenu lorsqu’on lui a raconté les évènements : « Mais c’est une révolte ? — Non, Sire, c’est une Révolution ! » Horrifié par le récit de la mort de Launey et Flesselles, Louis XVI sera conforté dans son refus de verser le sang, disposition d’esprit qui va lui dicter sa conduite face à la Révolution.

Le 14 juillet peut-il être le moment permettant la réconciliation des deux histoires de France, révolutionnaire et contre-révolutionnaire, dans la « République, notre royaume de France » chère à Péguy ?

La question me semble un peu dépassée, dans la mesure où la vie politique française ne s’organise plus du tout autour de l’axe pour ou contre la Révolution. Le débat sur la Révolution n’est pas épuisé intellectuellement, mais il n’a pas de traduction politique immédiate. En sens inverse, le 14 juillet d’aujourd’hui n’a pratiquement rien à voir avec la Révolution, ce qui était déjà le cas en 1989, lors du défilé du Bicentenaire évoqué plus haut. Encore une fois, le 14 juillet n’est plus que la fête de l’armée, ce qui déplace le débat : le rituel militaire est-il vraiment compris dans une époque où le patriotisme n’est plus enseigné, où l’armée est invitée à se battre pour les droits de l’homme et non pour le territoire national ou les intérêts extérieurs du pays, et où le sens du sacrifice renvoie à une morale en voie de disparition ?

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