jeudi 9 juillet 2026

De la patho­lo­gi­sa­tion de la religion

Pour cer­tains, toute foi reli­gieuse fer­vente tend à être vue comme une névrose. D’où la ten­ta­tion d’un contrôle liber­ti­cide sur l’édu­ca­tion des enfants. Un texte de Laurent Dandrieu dans Valeurs actuelles du 1er juillet 2026.

C’est assu­ré­ment un bon choix qu’a fait cette année le Fes­ti­val de Cannes en don­nant sa palme d’or à Fjord, de Cris­tian Mun­giu, non seule­ment parce que ce film, dont l’action se passe en Nor­vège à l’approche de Noël, est cli­ma­ti­que­ment rafraî­chis­sant, mais parce que le cinéaste rou­main, comme à son habi­tude, réus­sit à faire réflé­chir à un sujet pri­mor­dial sans impo­ser de réponse. Ce n’est pas le lieu ici de par­ler des qua­li­tés ciné­ma­to­gra­phiques de l’œuvre — nous y revien­drons quand il sor­tira en salle, à la mi-août —, mais de voir com­ment il peut nous éclai­rer sur un phé­no­mène inquié­tant, qui n’est pas sans lien avec l’actua­lité française.


Posons d’abord le cadre du récit: il est cen­tré sur une famille com­po­sée d’un époux rou­main et de son épouse nor­vé­gienne, qui ont récem­ment quitté la Rou­ma­nie pour venir vivre en Nor­vège, plus près des grands-parents mater­nels de leurs cinq enfants. Une famille chré­tienne fer­vente, où les enfants sont éle­vés de manière aimante, mais dans un cadre strict — lec­tures bibliques, prière quo­ti­dienne obli­ga­toire, ni télé­phones ni réseaux sociaux. Ces res­tric­tions si éloi­gnées des normes de la société libé­rale avan­cée nor­vé­gienne deviennent des cir­cons­tances aggra­vantes lorsque, des bleus ayant été décou­verts sur l’aînée, les parents sont accu­sés de bru­ta­li­tés phy­siques sur leur pro­gé­ni­ture — eux recon­naissent seule­ment des petites tapes sur les fesses quand les enfants étaient plus petits.

Dans le pro­cès qui s’ensuit, le repré­sen­tant de l’état, loin de se concen­trer sur ces éven­tuelles vio­lences, ne dis­si­mule pas son hos­ti­lité aux valeurs reli­gieuses de ce couple — le simple fait d’adhé­rer à une concep­tion de la “famille tra­di­tion­nelle” consis­tant en l’union d’un homme et d’une femme étant clai­re­ment une cir­cons­tance aggra­vante, et la non-ad­hé­sion à la théo­rie du genre deve­nant, pour ce pro­gres­sisme d’état, le signe d’une édu­ca­tion rétro­grade contraire aux valeurs libé­rales de la société nor­vé­gienne. Que l’avo­cate des parents, fai­sant remar­quer qu’en enten­dant leur impo­ser ces valeurs au détri­ment de ce qu’ils veulent trans­mettre à leurs enfants, la société se montre en réa­lité assez peu libé­rale, pose une argu­men­ta­tion ponc­tuel­le­ment effi­cace, mais dont on sent bien qu’elle est ame­née à deve­nir poli­ti­que­ment de plus en plus fra­gile.

Cris­tian Mun­giu a, certes, donné une puis­sance dra­ma­tique sup­plé­men­taire à son récit en confron­tant une famille de culture rou­maine au puri­ta­nisme post-luthé­rien scan­di­nave. Mais com­ment ne pas pen­ser, devant ce Fjord, à la France et à la ten­ta­tion qui s’y fait jour, de plus en plus net­te­ment, d’ins­tru­men­ta­li­ser l’indis­pen­sable lutte contre les vio­lences faites aux enfants pour exer­cer un contrôle liber­ti­cide sur le droit des parents à édu­quer leurs enfants selon leurs concep­tions et à leur trans­mettre les valeurs aux­quelles ils sont atta­chés? De la récente pro­po­si­tion de loi “Béthar­ram” aux contrôles agres­sifs mul­ti­pliés dans les écoles hors contrat, en pas­sant par une pres­sion admi­nis­tra­tive contre l’école à la mai­son qui confine sou­vent à l’inter­dic­tion de fait, on assiste bel et bien à une offen­sive en règle pour faire entrer l’ensei­gne­ment privé dans le giron des sacro­-saintes “valeurs de la Répu­blique”.

Et ce d’autant plus que ces “valeurs de la Répu­blique”, réfé­rent fluc­tuant auquel on peut faire dire à peu près tout ce que l’on veut, sont pour cer­tains enra­gés de la laï­cité tota­le­ment incom­pa­tibles avec toute convic­tion reli­gieuse, a for­tiori si celle-ci emprunte une forme un peu consé­quente. Il y a long­temps déjà que, dans les colonnes du Monde et de Libé­ra­tion, tout catho­lique pre­nant sa foi un peu au sérieux est qua­li­fié sans autre forme de pro­cès de “tra­di­tio­na­liste” ou d’“inté­griste”, ce qui pour cette presse est syno­nyme de “sec­taire”. Et que, dans les médias de ser­vice public et les dis­cours d’une cer­taine gauche, toute mani­fes­ta­tion de foi enga­gée est assi­mi­lée à un fana­tisme contraire à la rai­son.

Fjord a le grand mérite d’atti­rer notre atten­tion sur cette patho­lo­gi­sa­tion de la foi, mal­heu­reu­se­ment appe­lée à deve­nir, dans les années qui viennent, une ter­rible épée de Damo­clès sur la liberté de conscience.


Maire français au sujet d' une école catholique : « Je l'aurais fermée deux fois plus » [qu'une école musulmane]

En assistant à une réunion publique au Grand Orient de France, consacrée à l'éducation, Anne Coffinier a pu constater la vigueur de l'anticléricalisme qui y persiste.

Le maire de Raismes (dans le département du Nord) y expliquait, non sans fierté, avoir fait fermer une école musulmane qu'il jugeait islamiste. Lorsqu'une personne de l'assemblée lui a demandé ce qu'il aurait fait s'il s'était agi d'une école catholique, sa réponse a fusé : « Je l'aurais fermée deux fois plus. » Et toute la salle applaudit.

Une scène édifiante, qui en dit long sur le rapport très inégal de certaines institutions à la religion : autant (voire plus) de zèle à traquer l'influence catholique qu'à combattre un certain islamisme.


Vio­lence, pros­ti­tu­tion : le nau­frage de l’aide gouvernementale à l’enfance

Une marche blanche en hommage à Louis organisée dimanche dernier à Narbonne 

Le lyn­chage à mort de Louis met en lumière les dérives du sys­tème de pro­tec­tion de l’enfance, où le manque d’enca­dre­ment et la mal­trai­tance font le lit d’une vio­lence tou­jours plus décom­plexée. Une marche blanche en hommage à Louis a été organisée, dimanche, à Narbonne.

Le 19 juin der­nier, à Nar­bonne (Aude), cinq jeunes hommes rouent de coups Louis, 17 ans, le lais­sant pour mort après avoir filmé la scène. Alors que trois d’entre eux, ainsi que leur vic­time, sont ou ont été pris en charge par l’aide sociale à l’enfance, cette affaire en sym­bo­lise à elle seule la faillite. Sui­cides, absence de soins pédo­-psy­chia­triques, manque d’édu­ca­teurs, pros­ti­tu­tion… Cette «machine à broyer les gosses» qui suit 400000 enfants, dont un contin­gent tou­jours plus impor­tant de mineurs étran­gers non accom­pa­gnés (MNA), engendre-t-elle plus de dégâts qu’elle n’en répare? Aujourd’hui, à l’heure où le pro­jet de loi rela­tif à la pro­tec­tion de l’enfance, exa­miné à par­tir du 15 juillet, ne sus­cite pas l’enthou­siasme des pro­fes­sion­nels, «la balance béné­fice-risque d’un pla­ce­ment en pro­tec­tion de l’enfance se pose», recon­naît Lyes Louf­fok, membre du Conseil natio­nal de la pro­tec­tion de l’enfance.


Louis avait 17 ans, un trouble de l’atten­tion, et vivait dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance (ASE) de Nar­bonne. Le 19 juin, sur un chan­tier, cinq jeunes le rouent de coups, filment la scène, le laissent pour mort. L’état, qui avait la charge de cet enfant, ne l’a pas pro­tégé. Et parmi les cinq jeunes mis en exa­men après ce lyn­chage, trois sont ou ont été pris en charge par l’aide sociale à l’enfance.

Louis est devenu un de ces visages qui disent le nau­frage d’un sys­tème de pro­tec­tion de l’enfance. Une «machine broyer les gosses », dit désor­mais la dépu­tée du Modem Maud Petit. Des scan­dales, il y en a eu d’autres ces der­niers mois. Celui de ce garçon de 13 ans, frappé à terre, hur­lant sous les coups, filmé par ses cama­rades dans un foyer à Châlons-en-Champagne, en février der­nier. Cette scène insou­te­nable, dif­fu­sée sur les réseaux sociaux, a entraîné une sai­sine de la jus­tice par la ministre de la Santé, au titre de l’article 40 du code de pro­cé­dure pénale.

mercredi 8 juillet 2026

France : , deux agrégés de philosophie dressent le même constat. Le vocabulaire des lycéens s'effondre

Au lendemain des résultats du bac, deux agrégés de philosophie dressent le même constat dans Valeurs actuelles. Le vocabulaire des lycéens s'effondre, et avec lui, la capacité à penser avec nuance. Or, avec les mots disparaissent aussi les outils indispensables pour construire une pensée argumentée et logique.

« De plus en plus d’élèves ont un problème de vocabulaire tellement fort qu’ils ne comprennent pas le sujet ».


Une lecture à voix haute qui trébuche à chaque phrase. Une dissertation à peine déchiffrable. Une problématique mal comprise, faute de connaître les mots qui la composent. Deux agrégés de philosophie, ayant enseigné la philosophie en lycée, tirent la même sonnette d’alarme, au lendemain d’un bac pourtant réussi à près de 90 %. « De plus en plus d’élèves ont un problème de vocabulaire tellement fort qu’ils ne comprennent pas le sujet », observe Jean*, professeur de Seine-et-Marne, membre du jury du bac cette année. « Plus on a de vocabulaire, plus on peut penser dans la nuance. » Sauf qu’à l’inverse, un lexique limité appauvrit mécaniquement l’exercice de la pensée.

Forte de son expérience auprès d’adolescents de filière générale et technologique, Pauline* confirme les carences. Pour elle, la maîtrise de la langue reste « une immense faille » chez les élèves de terminale notamment dans la définition des termes et dans la capacité à trouver des synonymes et antonymes. « On pense dans les mots », alerte-t-elle observant le même trou en mathématiques, où le raisonnement, la logique, la capacité à formuler un contre-exemple ou un argument, exigent eux aussi une maîtrise du langage que beaucoup d’élèves n’ont plus.

Un taux d’illettrisme préoccupant

Le constat en histoire n’est pas plus flatteur. Incapacité à citer un auteur de l’Antiquité ou des Lumières, à situer la Première Guerre mondiale dans le temps : une méconnaissance que l’ancienne professeur de Sciences Po qualifie d’« effarante », alors même que les outils de référence n’ont jamais été aussi accessibles. Et la conséquence dépasse la seule discipline scolaire alertant sur la disparition progressive des grandes idées qui donnaient jadis une cohérence au monde, un relativisme renforcé, faute de mots pour désigner et hiérarchiser des valeurs.

« On enfantilise les jeunes, on veut les protéger, on leur fait croire qu’ils ont des compétences qu’ils n’ont pas », lance Jean, alarmé par le taux d’illettrisme. Un élève sur cinq arriverait au collège sans savoir vraiment lire, avance-t-il. Soit un cinquième d’une classe d’âge qu’il faudrait, selon lui, faire redoubler plutôt que de la laisser avancer avec des importantes lacunes. Le test de lecture passé par tous les jeunes lors de la Journée défense et citoyenneté (JDC), à 17 ans, confirme que le problème ne s’arrête pas au collège. Selon le dernier bilan de la Depp, publié en octobre 2025, 6 % des jeunes de 16 à 25 ans étaient en situation d’illettrisme en 2024 et 13 % présentaient des difficultés de lecture significatives. Un jeune Français sur vingt, littéralement, est incapable de déchiffrer un texte simple à la sortie du système scolaire.

Les deux enseignants pointent une même origine sociale à cet écart de vocabulaire. Grandir avec des livres à la maison et des parents présents fait, selon eux, toute la différence. Pauline a pu comparer, au fil de sa carrière, un lycée d’Achères, en milieu populaire, à un autre de Billancourt, fréquenté par des enfants d’ingénieurs. Dans le second, les élèves connaissaient des mots comme « étymologie », quand ce terme valait aux autres des regards interloqués. 

Lire à voix haute, un exercice devenu difficile

La lecture à voix haute d’un texte est le symptôme concret de cette érosion. Cet exercice basique est devenu un véritable défi pour une partie non négligeable des élèves de terminale. C’est une génération qui a grandi avec l’image et l’oral comme repères, et qui communique à base de messages vocaux, observe Pauline. « Les jeunes communiquent plus vite à l’oral, mais de façon moins organisée et moins logique, un pur flux de conscience, alors que l’écrit oblige à sélectionner sa pensée, à la hiérarchiser avant de la poser sur le papier », remarque-t-elle.

Face à ce constat, les deux enseignants convergent vers des pistes similaires. Réintégrer les parents dans le suivi scolaire, ne serait-ce que par la discussion à la maison sur ce que l’enfant apprend en classe. Remettre la lecture au centre, pour combler à la fois le vocabulaire, la logique et la culture générale. La philosophe insiste aussi sur le potentiel des élèves qui ne demande qu’à se déployer : « La plasticité cérébrale reste importante jusqu’à 25 ans », dit-elle, et nombre d’entre eux révèlent leurs capacités bien après le lycée, une fois qu’ils ont trouvé leur voie dans leurs études supérieures.

Il subsiste toujours un défi : l’intelligence artificielle. Jean se montre dubitatif : « Les élèves n’ont plus le goût de l’effort, de toute façon le bac leur est donné. » Pour Pauline, utilisée à bon escient, l’IA permettrait d’entraîner la maïeutique, cet art socratique de poser les bonnes questions, une compétence particulièrement utile en philosophie, où toute réflexion commence par une question bien posée.


Ces cani­cules qu’a connues la France au fil des siècles et qu’on a oubliées

Au Moyen Âge, sous Louis XIV, pen­dant la Révo­lu­tion ou encore au XIXe siècle, les contem­po­rains ont subi des vagues de cha­leur aux effets désas­treux. Au siècle der­nier, les cani­cules de 1911, 1947 et 1976, en par­ti­cu­lier, ont long­temps mar­qué les mémoires.

La cani­cule qui a écrasé la France du 18 au 28 juin avant de connaître une nou­velle phase ces jours-ci est-elle vrai­ment d’une gra­vité sans pré­cé­dent ? « Les biens de la terre (les cultures, NDLR) péris­saient de séche­resse », écrit un contem­po­rain à pro­pos de l’été 1524, sous François Ier. Le 25 mai 1524, à Troyes, en Cham­pagne, la cha­leur est si acca­blante et aride depuis un mois qu’elle contri­bue à un incen­die mas­sif qui dévaste la ville et détruit 1 500 mai­sons. Les cani­cules ponc­tuent l’his­toire de France. Pen­dant des siècles, cha­cune a pro­vo­qué son cor­tège de morts, sou­vent par cen­taines de mil­liers. Long­temps, ces cani­cules ont mar­qué la mémoire col­lec­tive, avant d’être oubliées.

L’année 1420, cinq ans après Azin­court, une vague de cha­leur se déclare dès février, dure jusqu’à mai, puis se trans­forme en cani­cule l’été, décrit Emma­nuel Le Roy Ladu­rie dans son His­toire humaine et com­pa­rée du cli­mat (Fayard), pré­cieux guide sur le sujet. Le soleil brûle les cultures. Les récoltes sont catas­tro­phiques. Les prix des céréales aug­mentent dans un contexte de forte infla­tion et de déva­lua­tion des mon­naies. Le Jour­nal d’un bour­geois de Paris, œuvre d’un dia­riste ano­nyme qui relate la vie dans la capi­tale, raconte : « Enché­rit tant le blé et la farine que le setier (ins­tru­ment de mesure ancien) de blé fro­ment valait à la mesure des halles de Paris 30 francs de la mon­naie qui lors cou­rait. » C’est la famine. En pays albi­geois, la cani­cule est telle que la récolte du seigle a dû com­men­cer fin avril et que les cerises étaient pré­co­ce­ment mûres dès ce mois.

Après une nou­velle cani­cule en 1473 sur­vient, en 1504, l’un des douze étés les plus chauds du XVe au XXe siècle dans l’hémi­sphère Nord (d’après les tra­vaux du cli­ma­to­logue anglais Keith Briffa dans l’ouvrage Glo­bal and Pla­ne­tary Change, paru en 2003 et cité par Le Roy Ladu­rie). Une géné­ra­tion plus tard, une cani­cule faite d’ultra­cha­leur sèche frappe la France, l’Alle­magne et l’Europe cen­trale en 1540, alors que François Ier et Charles Quint pour­suivent leur inter­mi­nable lutte pour la pré­pon­dé­rance en Europe. Cet été-là, le Rhin est presque à sec et on peut le tra­ver­ser à pied, a éta­bli l’his­to­rien suisse Chris­tian Pfis­ter. Le vin du mil­lé­sime 1540, lui, mûri par une cha­leur solaire excep­tion­nelle, est si chargé de sucre, que, après fer­men­ta­tion, il se trans­for­mera en quasi-apé­ri­tif, recher­ché par connais­seurs et col­lec­tion­neurs jusqu’à la fin du XXe siècle.

L’année 1556, sous Henri II, figure dans la liste des cani­cules éta­blie par le cli­ma­to­logue néer­lan­dais Aryan van Enge­len, dont les tra­vaux font réfé­rence. Cet été-là, le cli­mat est brû­lant et ultra-sec. Dans le Coten­tin, un gen­til­homme cam­pa­gnard, Gilles de Gou­ber­ville, accueille comme une béné­dic­tion une pluie brève le 1er juin. « Il n’avait plu depuis le com­men­ce­ment d’avril par quoi les blés étaient for­te­ment endom­ma­gés, à cause de la grande séche­resse, et fort enché­ris jusqu’à 22 sous le bois­seau de fro­ment », écrit-il. L’extrême cha­leur pro­voque des incen­dies de forêt en Nor­man­die, fait raris­sime dans cette région d’ordi­naire humide. Le 23 juillet, « il fit une mer­veilleuse (extra­or­di­naire, excep­tion­nelle) cha­leur », s’inquiète notre témoin. À Paris, l’église accepte de faire pro­ces­sion­ner la châsse de Sainte-Gene­viève, patronne de la capi­tale, pour sol­li­ci­ter son inter­ven­tion en faveur de la pluie.

En 1616, alors que Louis XIII a 14 ans, sur­vient « une énorme vague de cha­leur en juin-juillet », qui « se révèle comme l’une des plus intenses des cinq der­niers siècles» (Le Roy Ladu­rie). Pour autant, une cani­cule ne s’accom­pagne pas néces­sai­re­ment de séche­resse, comme on pour­rait le pen­ser. Et, en l’espèce, « les pré­ci­pi­ta­tions ont été suf­fi­santes » pour pré­ser­ver les récoltes, diag­nos­tique l’his­to­rien. Les contem­po­rains n’ont pas cette chance en 1636. La cha­leur de l’été est extrême. Le niveau d’eau des rivières baisse, ce qui aggrave leur pol­lu­tion, leur saleté et fait pul­lu­ler, dans l’eau que boivent les pay­sans, des micro-orga­nismes dys­en­té­riques. La conta­gion est fou­droyante. La toxi­cose emporte quan­tité d’enfants en bas âge, d’autant que la dys­en­te­rie chauffe fié­vreu­se­ment les corps. De sur­croît, cette même année 1636, tan­dis que Cor­neille écrit Le Cid, la France de Louis XIII et Riche­lieu est en guerre ouverte contre les Habs­bourg d’Autriche et d’Espagne depuis un an. Des épi­sodes de peste se déclarent dans nombre de villes. Toutes ces causes pro­voquent plu­sieurs cen­taines de mil­liers de morts.

Le cli­mat s’acharne ensuite sur les Français de la fin du règne de Louis XIV. À l’été 1705 sur­vient notam­ment une cani­cule qui aurait causé 200 000 morts, au pre­mier chef des enfants en bas âge (par déshy­dra­ta­tion ou salis­sure des eaux entraî­nant des dys­en­te­ries). À l’époque, la guerre de suc­ces­sion d’Espagne fait rage, ce qui n’arrange rien. « Je sue d’une façon extra­or­di­naire », écrit la prin­cesse Pala­tine, belle-sœur de Louis XIV. « Voici deux mois qu’il n’est pas tombé une goutte de pluie. Je n’ai jamais vu un été tel que celui-là, et la cha­leur aug­mente chaque jour. Les feuilles sur les arbres sont des­sé­chées comme si le feu y avait passé » (13 août 1705). Ce même mois d’août, le ther­mo­mètre de l’astro­nome Cas­sini casse sous l’effet de la cha­leur intense (plus de 38°C dans la capi­tale). Puis, en 1719, sous la régence de Phi­lippe d’orléans, une nou­velle cani­cule aurait causé 400 000 morts, au pre­mier chef des enfants en bas âge, pour les rai­sons qu’on a évo­quées pré­cé­dem­ment.

Au XVIIIe siècle, les consé­quences humaines des dérè­gle­ments du cli­mat cessent d’être perçues comme une fata­lité. L’opi­nion publique, qui s’affirme, incri­mine non plus les acca­pa­reurs, comme sous Louis XIV, mais les ministres du roi. Les Français prennent l’habi­tude de « l’impu­ta­tion au poli­tique » (Ernest Labrousse) de leurs maux. Ceci alors même que l’état royal a rare­ment été aussi actif pour les atté­nuer. Mais la santé publique en reste encore à ses pré­mices : en 1779, une nou­velle cani­cule aurait causé plus de 200 000 morts, au pre­mier chef par dys­en­te­rie. À Brest, les équi­pages de la flotte, qui font l’objet d’une sur­veillance médi­cale docu­men­tée, sont très atteints. «Les intes­tins s’ enflamment à J +3, les malades meurent à J +5 ou J +9, pas au-delà »( Jean-pierre Gou­bert).

Pen­dant la Révo­lu­tion, l’été 1793 est cani­cu­laire. Alors que les dépu­tés giron­dins sont guillo­ti­nés, incar­cé­rés ou en fuite et que la Ter­reur s’accé­lère, on étouffe à Paris. Si Marat est dans son bain lorsqu’il reçoit Char­lotte Cor­day le 13 juillet 1793, ce n’est pas seule­ment pour soi­gner sa mala­die de peau, mais aussi parce que la cha­leur est acca­blante. Plus tard, l’extrême cha­leur joue un rôle dans la Révo­lu­tion de février 1848. Après un hiver excep­tion­nelle ment doux( ce qui épargne mau­vaises herbes et para­sites, d’où le pro­verbe « Hiver sans rigueur, été sans faveur »), 1846 est un des douze étés les plus chauds des cinq der­niers siècles dans l’hémi­sphère Nord (Keith Briffa). Le ther­mo­mètre atteint 36 °C en juillet à Paris. Un coup d’échau­dage obère les récoltes. Le prix des céréales com­mence à aug­men­ter à l’automne. La disette et les épi­dé­mies consé­cu­tives auraient causé quelque 60 000 décès. La crise éco­no­mique se pro­page au tex­tile et le mécon­ten­te­ment devient géné­ral. Or, « l’oppo­si­tion ne man­quait pas d’exploi­ter cette humeur et tâchait de la tour­ner en grief contre le gou­ver­ne­ment. (…) On eût dit que, dans chaque symp­tôme fâcheux qu’elle pou­vait enre­gis­trer, elle voyait une bonne for­tune» (Paul Thu­reau-Dan­gin, His­toire de la monar­chie de Juillet). Ainsi s’engage la cam­pagne des ban­quets, qui va pro­vo­quer la chute de Louis-Phi­lippe. A contra­rio, la cani­cule de 1859 (qui cause plu­sieurs dizaines de mil­liers de morts) et celle de 1868 n’ébranlent pas le second Empire. Puis, en août 1870, c’est en pleine cani­cule que com­mence la guerre entre la France et les États alle­mands coa­li­sés autour de la Prusse.

Ce que les spé­cia­listes appellent « le petit âge gla­ciaire » (carac­té­risé par des hivers très froids et, aux belles sai­sons, une ten­dance à la fraî­cheur et à de fortes pluies), amorcé vers 1300, s’achève à par­tir de 1860. Un réchauf­fe­ment débute alors en Europe. Il est net à comp­ter de 1910, lorsque les gla­ciers alpins com­mencent un recul sub­stan­tiel et continu à l’échelle de la longue durée. Le réchauf­fe­ment reste d’abord modéré. C’est dans ce contexte qu’inter­vient la cani­cule de 1911. Les 22 et 23 juillet, il fait par­tout plus de 35 °C. Les 38 °C sont atteints à Lyon, Bor­deaux, Châ­teau­dun. Le mois d’août 1911 est un des plus chauds de l’his­toire de France. Les tem­pé­ra­tures dépassent 30°C treize jours de suite dans la capi­tale. Le 5 août, on renoue avec les 38 °C à Lyon et on atteint 39 °C à Tou­louse. Entre le 6 et le 9 sep­tembre, la pres­sion cani­cu­laire ne fai­blit pas : 36 °C à Paris et 38 °C à Tou­louse. Le nombre de morts est éva­lué à 40 000, dont la moi­tié âgés de moins de 1 an. C’est la der­nière héca­tombe d’enfants qu’a pro­vo­quée une cani­cule en France.

D’autres cani­cules sévissent ensuite en 1921, 1947 et 1976, pour s’en tenir aux plus impor­tantes. De 1950 à 1970, le cli­mat connaît para­doxa­le­ment une période de rafraî­chis­se­ment en France (celle-ci dure jusqu’en 1974, voire 1980 s’agis­sant du centre et du sud du pays). Puis s’engage un nou­veau cycle de réchauf­fe­ment qui, selon les spé­cia­listes, tend à s’accé­lé­rer depuis le début du XXIe siècle. Trois cani­cules sérieuses se pro­duisent au cours de la décen­nie 1980 : en 1982 (2 300 morts), 1983 (quatre mois extrê­me­ment chauds de juin à sep­tembre et 6400 morts), 1990 (1700 morts). D’autres adviennent en 1994, 1995 et 1997, entraî­nant un bilan estimé res­pec­ti­ve­ment à 2600, 2300 et 2 200 morts. Arrive ensuite la cani­cule d’août 2003, qui a frappé les esprits.

Au terme de ce récit, pré­ci­sons les méthodes uti­li­sées pour éta­blir les tem­pé­ra­tures et le cli­mat des siècles pas­sés. Les scien­ti­fiques pré­lèvent dans les gla­ciers proches des pôles, par forage pro­fond, des cylindres qu’on appelle des carottes de glace et les ana­lysent. Sous les cli­mats plus tem­pé­rés d’europe, ils étu­dient les langues ter­mi­nales des gla­ciers alpins de réfé­rence (Cha­mo­nix en France, Aletsch et Gor­ner en Suisse) pour appré­cier leur évo­lu­tion au fil du temps. D’autres scrutent les anneaux de crois­sance annuelle dans le bois des troncs des grands arbres. Ces scien­ti­fiques par­viennent ainsi à dater et carac­té­ri­ser les étapes suc­ces­sives de leur vie végé­tale, et en tirent de pré­cieuses infor­ma­tions sur les tem­pé­ra­tures d’alors. Le bois de l’anneau de crois­sance des chênes qui cor­res­pond à 1473, année de cani­cule, est ainsi « ultra­dur, très peu impré­gné d’eau », explique Le Roy Ladu­rie. L’étude des pol­lens et des chan­ge­ments d’essences fores­tières per­met par ailleurs de cor­ro­bo­rer des hypo­thèses. On dis­pose en outre, s’agis­sant de la capi­tale, de séries ther­mo­mé­triques réa­li­sées sans dis­con­ti­nuer depuis les années 1670 par l’obser­va­toire de Paris. Et la France béné­fi­cie de sta­tions météo depuis 1855. Les dates des ven­danges, recen­sées à Dijon depuis 1370, offrent éga­le­ment d’utiles indi­ca­tions, même si les com­pa­rai­sons doivent tenir compte d’éven­tuelles évo­lu­tions du cli­mat d’un siècle à l’autre. Les his­to­riens s’appuient sur ces recherches des scien­ti­fiques et y ajoutent l’étude et la cri­tique de sources qui leur sont plus fami­lières, comme les témoi­gnages des contem­po­rains.

Source : Le Figaro

mardi 7 juillet 2026

Partout en Asie, les gouvernements obligent les enfants à prendre soin de leurs parents

En mars, les législateurs de Tel­an­gana, un État du sud de l’Inde, ont adopté un projet de loi prévoyant que jusqu’à 15 % du salaire d’un enfant adulte puisse être versé sur le compte bancaire de ses parents s’il s’avère qu’il les néglige. Selon Revanth Reddy, ministre en chef du Telangana, les enfants qui ne prennent pas soin de leurs parents « n’ont pas leur place dans la société ».

Partout en Asie, la tendance à punir les enfants qui manquent à leurs devoirs filiaux — lancée en 1995 par Singapour avec sa loi sur l’entretien des parents — se généralise. La Malaisie s’attache à faire respecter l’obligation filiale sur deux fronts : un projet de loi laïque sur les personnes âgées protégeant ces dernières contre les mauvais traitements ou l’abandon, et des amendements à la législation relative aux tribunaux de la charia permettant à ces derniers de statuer sur les demandes d’entretien parental. Aux Philippines, les députés ont déposé pour la troisième fois depuis 2016 une loi sur le bien-être des parents visant à punir les contrevenants d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison.


 
Ce sont les derniers ajouts à une liste qui ne cesse de s’allonger. Depuis 2013, la Chine oblige les enfants majeurs à rendre « souvent » visite à leurs parents âgés, sous peine d’amendes ou d’emprisonnement. À Shanghai, ceux qui enfreignent les décisions de justice leur enjoignant de subvenir aux besoins de leurs parents sont inscrits sur une liste noire de crédit. De nombreux pays, dont la Corée du Sud, l’Inde et le Japon, ont mis en place des protections juridiques pour les personnes âgées contre les maltraitances, y compris l’exploitation financière.

À l’échelle mondiale, les taux de maltraitance et d’abandon des personnes âgées augmentent à mesure que la population vieillit. Les autorités malaisiennes ont recensé 2 144 cas de patients âgés abandonnés dans des hôpitaux entre 2018 et 2022. Ce pays de 36 millions d’habitants ne compte que 18 maisons de retraite agréées et environ 70 gériatres. En bref, les gouvernements asiatiques ont perdu foi dans le respect filial en tant que politique sociale.

L’Asie vieillit plus vite que n’importe quelle autre région de l’histoire connue, généralement avant que ses économies ne soient suffisamment riches pour absorber le choc. Quelque 722 millions de personnes, soit environ 15 % de la population asiatique, ont plus de 60 ans. D’ici 2050, cette proportion atteindra 26 %. Une enquête a révélé que 49 % des millénariaux thaïlandais et 31 % des millénariaux indonésiens citaient les soins à prodiguer à leurs parents comme la principale raison pour laquelle ils ne pouvaient pas quitter le foyer familial. La génération censée combler ce vide est elle-même mise à rude épreuve.

En Asie, la piété filiale a toujours obéi à une logique économique. Les enfants ont longtemps été, comme le note un sociologue singapourien, « mis au monde et élevés dans le cadre d’une planification de la retraite ». Une partie de leur salaire était reversée aux parents tant que les familles vivaient sous le même toit. L’urbanisation a rompu ce pacte, les jeunes adultes migrant vers les villes, fondant leur propre foyer et devant faire face à des crédits immobiliers et aux frais liés à la garde des enfants. Les pressions concurrentes sur leurs revenus se multiplient, « alors que l’attente d’une aide financière de la part des enfants persiste », explique Haslina Muhammad, de l’Université Malaya à Kuala Lumpur.

Les détracteurs affirment toutefois qu’au lieu de chercher à sanctionner ceux qui ne s’acquittent pas de cette obligation, les États devraient mettre en place de meilleures infrastructures pour les personnes âgées, notamment des centres d’accueil de jour, des structures de fin de vie et des systèmes de protection sociale qui offrent des choix aux familles, et non des obligations. La Chine offre l’avertissement le plus frappant. Lorsque, en 2013, ses dirigeants ont exigé que les enfants rendent « souvent » visite à leurs parents, la réaction a été immédiate. « Le gouvernement aurait dû réfléchir à la manière dont il allait résoudre ce problème lorsqu’il a instauré la politique de l’enfant unique », pouvait-on lire dans un commentaire largement partagé sur les réseaux sociaux. 

Source : The Economist
 
Voir aussi 
 
 
 
 
Le Japon vient de publier son indice synthétique de fécondité pour 2025. Cet indice a baissé à 1,135 enfant par femme (contre 1,148 en 2024).

L'Iran devrait afficher cette année un indice synthétique de fécondité d'environ 1,5 enfant par femme. Dans la région de Téhéran, cet indice sera toutefois plus proche de 1,1.

 
 

 
 
 

lundi 6 juillet 2026

Histoire — Le 8 juillet 1758 eut lieu la victoire française de Fort Carillon

La bataille de Fort Carillon eut lieu le 8 juillet 1758 à Ticonderoga, au sud du lac Champlain (de nos jours dans l’État de New York) dans le cadre de la guerre de Sept Ans. La bataille eut lieu à Fort Carillon entre le lac Champlain et le lac George, qui séparaient la colonie anglaise de New York de la colonie française du Canada. Le Canada français à l’époque comprend les actuelles provinces de Québec, Ontario, Manitoba, Nouveau-Brunswick, l’île du Prince-Édouard et une partie de la Nouvelle-Écosse, ainsi que des États américains comme l’Ohio, l’Indiana, l’Illinois, le Michigan, le Wisconsin, le Nord des États de New York, du Maine, du Vermont et du Nouveau Hampshire.

Cette victoire décisive française retarda d’un an l’invasion de la vallée du Saint-Laurent.

Localisation de Fort Carillon
La bataille eut lieu à environ un kilomètre du fort lui-même. Une armée française et canadienne de presque 4 000 hommes sous le commandement du général Louis-Joseph de Montcalm et du Chevalier de Lévis remporta une victoire sur une force militaire anglaise quatre fois supérieure de 16 000 hommes sous le commandement du général James Abercrombie. Ce dernier attaqua des positions françaises bien retranchées sans appui d’artillerie. La bataille fut la plus sanglante de la guerre avec plus de 3 000 victimes, dont 2 000 furent anglaises.

L’historien américain Lawrence Henry Gipson écrit que la campagne d’Abercrombie fut semée d’erreurs. Plusieurs historiens militaires ont cité la bataille de Carillon comme exemple classique d’incompétence militaire. Abercrombie, confiant en une victoire éclair, n'envisagea pas plusieurs options militaires viables en compte, comme le contournement des défenses françaises en attendant son artillerie ou de faire le siège du fort. Il fit plutôt confiance à un rapport erroné de son jeune ingénieur militaire et ignora ses recommandations. Il décida un assaut frontal sur les positions françaises, sans l’appui de l’artillerie. Montcalm, malgré son mépris pour la faible position militaire du fort, a conduit la défense avec brio.

Le fort Carillon restauré
Le Fort Carillon est situé sur une pointe au sud du lac Champlain et au nord du lac George, un point naturel de conflit entre les forces françaises se déplaçant vers le sud de la Nouvelle-France par la rivière Richelieu et à travers la vallée du lac Champlain vers la vallée de l’Hudson, et des bandes iroquoises au début de la colonie puis des forces britanniques de New York remontant vers le nord. Le fort est entouré d’eau sur trois côtés et, sur une moitié du quatrième côté, par un marécage. La portion restante a été puissamment fortifiée par de hauts retranchements, soutenus et accompagnés par trois batteries de canons, et devant cet ensemble, par des abattis d’arbres dont les bouts des branches furent durcis au feu, créant ainsi une formidable défense. Le fort Carillon contrôlait donc le Sud du lac Champlain et l’accès au fleuve Hudson. C’est par ce fort que les troupes du marquis de Montcalm partirent détruire le Fort William Henry, en août 1757.

Montcalm avait organisé les forces françaises et canadiennes en trois brigades et une réserve. Il commandait le régiment Royal-Roussillon et le régiment de Berry au centre des retranchements défensifs alors que Lévis commandait le régiment de Béarn, le régiment de Guyenne, et le régiment de la Reine sur la droite et Bourlamaque commandait le régiment de La Sarre et le régiment de Languedoc sur la gauche. À chaque bataillon furent données à peu près 100 verges (90 mètres) de retranchements à défendre. Les redoutes avec des canons protégeaient les flancs des retranchements bien que celle de droite ne soit pas achevée. Le terrain plat entre le flanc gauche et la rivière de La Chute était gardé par la milice et la marine, qui avaient aussi construit des abattis pour protéger leurs positions. Les forces de réserve étaient soit dans le fort, soit sur les terrains entre le fort et les retranchements sur le mont Espoir. Des détachements de chaque bataillon étaient tenus en réserve, pour intervenir dans les endroits où l’on aurait besoin d’eux.

Les troupes françaises s’avancent sur le mont Carillon à l’ouest du Fort

Les 3 600 hommes (dont les 400 Canadiens du chevalier de Lévis) de Louis-Joseph de Montcalm et 300 Abénaquis brisèrent l’assaut des 16 000 Britanniques (dont 6 000 tuniques rouges et 10 000 coloniaux) et de leurs alliés sauvages, les Agniers (qui ne prirent pas part à la bataille), sous les ordres du major général James Abercrombie.

La position française était organisée de sorte qu’ils pouvaient tirer sur les forces britanniques lors de leur avance. L’abattis devint vite un champ de morts. Vers 14 h, il était clair que la première vague d’attaque était un échec. Montcalm était actif sur le champ de bataille, après avoir enlevé son manteau, il se déplaça pour visiter ses soldats et les encourager en s’assurant que tous leurs besoins fussent satisfaits (voir l’illustration ci-dessous).

Montcalm et ses troupes victorieuses

Après que la première vague d’attaque eut échoué, Abercrombie persista à lancer d’autres attaques similaires. Lorsqu’il écrira pour sa défense, il rejettera le tort sur l’évaluation de Clerk selon laquelle les défenses françaises pouvaient facilement être prises d’assaut.

À environ 14 h, les barges britanniques qui portaient l’artillerie lourde commencèrent à descendre la rivière de La Chute et, contrairement au plan initial, descendirent le canal entre une île dans la rivière et la rive proche du fort français. Ceci les amena à portée des lignes françaises sur les berges et de quelques-uns des canons du fort. Les canons du côté sud-ouest du fort coulèrent deux des barges, ce qui fit battre les autres barges en retraite.

À environ 17 h, le 42e régiment britannique entama une offensive désespérée qui réussit finalement à atteindre le mur des Français ; mais ceux qui avaient l'avaient franchi se firent accueillir à la baïonnette. Un observateur britannique mentionna que « Nos forces tombèrent très vite », et un autre écrivit qu’« elles furent fauchées comme de l’herbe ». La tuerie continua jusqu’au coucher du soleil

Réalisant enfin l'ampleur du désastre, Abercrombie ordonna à ses troupes de plier bagage et de marcher vers un espace dégagé sur le lac George. La retraite au travers de la forêt sombre fut faite en panique et dans le désarroi puisque circulaient des rumeurs dans les rangs d’une attaque des Français. À l’aube, le matin suivant, l’armée remonta le lac George, pour regagner sa base au sud au coucher du soleil. La défaite humiliante de la retraite était immédiatement manifeste à certains participants à la bataille ; le lieutenant colonel Artemas Ward écrivit qu’« ils se sont retirés avec honte ».

Abercrombie avait mené une attaque brusquée de 12 h à 19 h sans son artillerie sur la face la mieux protégée du bastion. Le capitaine-ingénieur Pierre Pouchot de Maupas laissa le récit détaillé de la terrible bataille et de la glorieuse victoire. C’est lui qui commanda le feu quand les ennemis, croyant voir un drapeau parlementaire, s’étaient approchés du retranchement : 300 Anglais tombèrent foudroyés à bout portant.

Les Britanniques laissent près de 2000 soldats tués ou blessés (certaines sources parlent de 3000, d’autres de 1500 morts et blessés). L’armée française compte 106 tués et 266 blessés, les envahisseurs se retirèrent vers le lac du Saint-Sacrement (aujourd’hui lac George), abandonnant armes, munitions et blessés. Le 42e régiment royal des Highlands (Black Watch) perdit la moitié de son effectif. Du côté français, les pertes furent nettement moindres : 104 tués et 273 blessés.

Cérémonie et monuments près des retranchements (le mur des français)
 
L’armée française resta sur les lieux au Fort Carillon jusqu’à la fin d’août. Le 21, Montcalm organisa une fête mi-guerrière et mi-religieuse. L'aumônier, M. Picquet, bénit une grande croix qu’on érigea sur le plateau de Carillon, entre les retranchements et le fort. À droite et à gauche, deux poteaux marqués aux armes de France, portaient des inscriptions latines. Montcalm rédigea la première, l'abbé Picquet, la seconde. Voici cette dernière: « Non plus ultra, qui jam a Gallis caesi, victi, fugatique fuistis Angli, anno 1758, die vero 8 Julii, septem contra unum. » Soit en français:  « Vous n’irez pas plus loin, Anglais, qui sept contre un, avez été taillés en pièces, vaincus et mis en déroute par les Français, le 8 juillet 1758. »


Plaque en latin marquant la défaite des Anglais pourtant plus nombreux

Le retranchement aujourd'hui (il existe encore un talus et une tranchée)


Un des monuments sur le site de la bataille

Inscription près de la réplique de la croix érigée par Montcalm après la victoire. « Qu’a fait le général ? Qu’ont fait les soldats ? À quoi ont servi ces arbres énormes renversés ? Voici l'étendard ! Voici le vainqueur ! Dieu, ici, Dieu même, triomphe ! »

 
Plaque sur le site de la bataille reproduisant le quatrain que Montcalm envoya à sa mère
 

Le Drapeau de Carillon

Après la conquête de 1760, le Québec a progressivement été dépouillé de ses symboles distinctifs : le castor, la feuille d’érable et jusqu’à son nom de « Canadien », tous confisqués par le Canada anglais. Ne semblaient plus rester que de vagues légendes et coutumes devant tout autant aux Autochtones et Irlandais qu’aux Français. Durham put alors écrire en 1839 que ce peuple n’a ni histoire ni littérature.

Qui plus est, le seul drapeau désormais hissé au Québec est celui du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, l’Union Jack ; il représentera le Canada à l’international, lors des deux guerres mondiales, aux Jeux olympiques et jusqu’au cœur des années 1960.

Un siècle après la conquête, les francophones n’avaient donc ni de nom, ni de symboles distinctifs, ni même de drapeau. Les patriotes tentent bien d’en populariser un arborant trois bandes horizontales (verte, blanche et rouge), ainsi que divers autres symboles républicains, mais ils sont écrasés en 1837-1838. Lors des défilés Saint-Jean-Baptiste du 24 juin, on se rabattra donc sur le petit Saint-Jean-Baptiste accompagné d’un mouton et, en guise de drapeau, sur le tricolore bleu, blanc, rouge, piètre rappel des racines françaises.

Au milieu du XIXe siècle, la fleur de lys et les autres emblèmes français avaient résolument disparu du paysage québécois. À l’automne 1847, Louis de Gonzague Baillairgé, avocat distingué de Québec, est contacté par un mystérieux prêtre l’avisant être en possession d’une pièce inestimable. L’homme est en fait le frère Louis Martinet, dit Bonami, le dernier survivant de l’ordre des Récollets au Québec qui, avant de mourir, souhaitait raconter à Baillairgé l’histoire du drapeau de Carillon…

Avers et revers du drapeau Carillon

Présent à la bataille, le Supérieur des Récollets avait alors rapporté à Québec l’étendard qu’avaient brandi les troupes françaises, représentant quatre fleurs de lys pointant vers un centre marqué des armes du roi de France. La précieuse relique fut ensuite conservée, malgré la conquête anglaise ainsi qu’un incendie qui dévasta l’église de l’ordre où l’étendard était conservé jusqu’en 1796. Pieusement remisée dans un coffre, la relique s’était ainsi retrouvée en possession du dernier survivant de l’ordre qui souhaitait maintenant, par le biais de Baillairgé, la rendre au peuple québécois comme le témoignage d’une de ses plus glorieuses pages d’histoire.

Dès le 24 juin 1848, Baillairgé souhaita faire connaître sa découverte et prêta le fameux étendard qui « aurait vu le feu à Carillon » pour qu’il fût présenté à la foule lors du défilé de la Saint-Jean-Baptiste de Québec. Le drapeau frappa immédiatement l’imaginaire du peuple qui lui voua aussitôt un culte. En 1858, Octave Crémazie allait lui consacrer son plus célèbre poème, Le drapeau de Carillon, qui allait devenir une chanson populaire. La renommée de la relique était dès lors assurée. Avec l’étendard de Carillon, ce sont toutes les origines françaises qui refont surface : la croix de Gaspé, les armoiries de Québec, les enseignes régimentaires de la Nouvelle-France.

La chanson Ô Carillon

En 1902, le curé de Saint-Jude, Elphège Filiatrault en proposa une version assortie d’une croix blanche et d’un cœur de Jésus à la place des armoiries. Le Carillon Sacré-Cœur était né. Il s’imposa peu à peu lors des défilés de la Saint-Jean-Baptiste.

Le Carillon-Sacré-Coeur

Partout cependant, l’Union Jack continuait à trôner. En 1947, la Fédération des sociétés Saint-Jean-Baptiste (aujourd’hui le MNQ) réclama donc que le Québec se dote d’un drapeau véritablement national et dont nous soyons fiers. La pression devint alors si forte sur le Premier ministre Maurice Duplessis qu’il prit l’initiative de faire enlever l’Union Jack du Parlement et de hisser à la place le fleurdelisé, le 21 janvier 1948, un siècle presque jour pour jour après qu’on eut tiré de l’oubli le glorieux drapeau de Carillon.

Partout au Québec, ce geste fut salué comme une grande source de fierté nationale. Au Canada anglais en revanche, ce fut la consternation. Jamais une autre province ni même le Canada n’avaient songé à remplacer le drapeau anglais comme emblème du pays. Le geste du Québec était donc sans précédent.

dimanche 5 juillet 2026

La Cour de justice de l'UE donne une portée très large à l'interdiction de RT

Le 2 juillet 2026, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu un arrêt (affaire C-67/25, Traugott Ickeroth) qui élargit considérablement la portée de l’interdiction de diffusion des contenus de la chaîne internationale russe RT au sein de l'Union européenne.

Sous couvert de lutte contre la « propagande russe », la CJUE pose un principe aux conséquences potentiellement très étendues : quiconque met à la disposition du public des contenus de RT, même gratuitement, à petite échelle et sans but lucratif, peut être considéré comme un « opérateur » et faire l'objet de poursuites.

Les faits : trois « criminels » allemands

L'affaire concerne trois personnes poursuivies en Allemagne pour avoir diffusé à plusieurs reprises, sur un site internet accessible gratuitement au public et financé exclusivement par des dons, des vidéos provenant de RT Deutsch.

Il ne s'agissait ni d'un média professionnel d'envergure ni d'une opération financée par Moscou, mais de simples particuliers ayant choisi de relayer des contenus interdits par l'Union européenne.

Parmi les exemples évoqués dans le débat public figurent notamment des vidéos anodines de résultats de football. La juridiction allemande a demandé à la CJUE si ces personnes pouvaient réellement être qualifiées d'« opérateurs » au sens du règlement européen instituant les sanctions.

La réponse de la Cour : une interprétation maximaliste

La CJUE répond sans ambages:

  • La notion d'« opérateur » couvre toute personne responsable, directement ou indirectement, de la mise à disposition de contenus.
  • Peu importe que l'activité soit non lucrative, financée par des dons, ou que la diffusion soit limitée dans le temps ou en audience.
  • L'objectif est d'empêcher toute propagation de la « propagande » russe afin de protéger « l'ordre et la sécurité publics » de l'Union.
  • En pratique, republier un contenu de RT sur un blog personnel, l'héberger sur un site ou le relayer sur les réseaux sociaux peut donc, en théorie, relever de cette interdiction.

Critiques et contradictions

Une atteinte à la liberté d'expression

La Cour reconnaît implicitement qu'il s'agit d'une restriction à la liberté d'expression, mais la juge proportionnée. Le contrôle de proportionnalité en matière de sanctions laisse une large marge d’appréciation aux institutions politiques de l’Union. Le test d’aptitude et de nécessité, appliqué dans ce contexte de « proportionnalité », tend à accorder un poids déterminant à l’objectif poursuivi tel que défini par le Conseil, ce qui peut conduire à un contrôle juridictionnel relativement peu intrusif sur l’atteinte concrète aux libertés fondamentales.

Pourtant, interdire également des contenus sportifs ou culturels relève davantage d'une censure visant un média d'État que d'une mesure ciblée contre la désinformation liée à un conflit armé. La BBC, France 24 ou Al Jazeera, par exemple, ne font pas l'objet d'interdictions comparables, alors même que leurs lignes éditoriales peuvent également être jugées orientées.

Une démocratie aux principes variables

Les mêmes institutions qui invoquent régulièrement les « valeurs européennes » et la liberté d'expression, y compris lorsqu'elles critiquent les États-Unis ou Elon Musk, valident ici une interdiction d'une portée particulièrement large.

Un média russe est interdit, tandis que continuent de circuler sur les mêmes plateformes des contenus de propagande chinoise, qatarie, turque ou islamiste radicale, parfois bien plus virulents. Sans parler d'autres formes de propagande qui ne sont pas nécessairement étrangères ou gouvernementales.

La démocratie se défendrait-elle en interdisant certaines opinions ? Cet argument est fréquemment avancé par des régimes autoritaires.

Un effet Streisand prévisible

En faisant de RT un média « martyr », l'Union européenne incite les citoyens les plus curieux à consulter ses contenus par l'intermédiaire de VPN, de Telegram ou de sites miroirs. RT est visible sur X au Canada.


Le résultat pourrait être paradoxal : renforcer l'influence de RT auprès des personnes déjà sceptiques à l'égard des institutions européennes, au lieu de la combattre par la transparence et le débat contradictoire.

Un risque de dérive

Cet arrêt crée un précédent dont la portée pourrait dépasser le seul cas de RT.

Demain, un autre règlement de sanctions pourrait viser un média américain, hongrois, italien ou polonais considéré comme « problématique ». Une définition aussi large de la notion d'« opérateur » est susceptible de faire peser sur tout citoyen un risque pénal pour un simple partage de contenu.

Conséquences pratiques

Pour les particuliers : un risque réel de poursuites pénales en Allemagne et, potentiellement, dans d'autres États membres appliquant strictement ces sanctions.

Pour les plateformes (X, Telegram, etc.) : une pression accrue afin de « modérer » de manière active les contenus liés à RT. X, déjà dans le collimateur de Bruxelles, s'expose à d'importantes sanctions si ces contenus ne sont pas supprimés suffisamment rapidement.

Pour la liberté sur internet : un pas supplémentaire vers un internet plus étroitement surveillé et davantage contrôlé par la Commission européenne.

Conclusion

Cet arrêt est juridiquement cohérent avec la logique des sanctions européennes, mais il demeure politiquement et philosophiquement contestable.

Il illustre, selon ses détracteurs, une dérive de l'Union européenne qui, au nom de la défense de la démocratie, recourt à des méthodes rappelant celles des régimes qu'elle critique : interdiction de médias, interprétation extensive des interdictions et pénalisation de simples citoyens.

La meilleure arme contre la propagande reste la possibilité de lui opposer d'autres discours, non son interdiction.

En choisissant une politique de censure étendue, l'Union européenne donne, selon cette analyse, le sentiment de douter de la capacité de ses propres citoyens à exercer leur esprit critique et à distinguer le vrai du faux. Un aveu d'impuissance démocratique que ses détracteurs jugent préoccupant.



samedi 4 juillet 2026

États-Unis : l’aide française dans la guerre d’indépendance a été minimisée

À l’occasion du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine, l’historienne néerlandaise Iris de Rode a découvert dans des archives privées la correspondance de l’un des personnages clefs de la guerre, le marquis de Chastellux. « Des aristocrates qui vont se battre pour défendre des principes de liberté ne rentrent pas dans les schémas historiques », estime Iris de Rode. Le Figaro l'a rencontrée.


LE FIGARO. — Comment êtes-vous devenue historienne de la guerre d’indépendance américaine ?

IRIS DE RODE. — J’y ai été menée par un arbre. Je suis hollandaise, mais j’ai passé une partie de mon enfance en France. Mes parents avaient acheté, pour la restaurer, une propriété du XVIIe siècle dans le Morvan. Il y avait devant la maison un grand arbre appelé « l’arbre de La Fayette », la tradition locale voulant qu’il l’ait planté à son retour d’Amérique. Quelques années plus tard, j’ai découvert en lisant une biographie de La Fayette qu’il n’était jamais venu dans la région. J’ai décidé d’élucider l’histoire de cet arbre, et de savoir qui l’avait planté, si ce n’était pas La Fayette. Mes recherches m’ont amenée aux archives locales à Avallon. J’ai retrouvé la correspondance de l’ancien propriétaire de notre maison, qui évoquait un arbre d’Amérique dans des lettres à un certain Chastellux. Je me suis souvenue de l’existence d’un château de ce nom dans la région. J’ai trouvé une adresse électronique, et écrit à tout hasard en expliquant mes recherches. Le propriétaire actuel du château, Philippe de Chastellux, m’a répondu qu’il avait le même arbre chez lui, et qu’il savait qui l’avait planté. Il m’a invitée à lui rendre visite.

Le château de Chastellux

— Qu’y avez-vous découvert ?

— Que l’arbre de Chastellux était lui aussi un tulipier de Virginie, comme le nôtre. Mais surtout qu’il avait été selon la tradition familiale offert par George Washington à son ancêtre, François-Jean de Chastellux, qui avait participé à la guerre d’indépendance américaine et combattu à la bataille de Yorktown. Philippe de Chastellux m’a prêté le livre de ses souvenirs de campagne. C’est là où tout a commencé. J’ai découvert le personnage de Chastellux, mais aussi l’histoire de l’indépendance des États-unis et de la participation française à ce conflit. Ce livre m’a passionnée. J’ai repris mes recherches sur Chastellux à Paris pour mon mémoire de maîtrise, mais j’ai eu la surprise de ne trouver aucun document le concernant dans les Archives nationales. Je suis donc retournée voir Philippe de Chastellux, qui m’a montré en secret la tour de son château contenant les archives familiales.

— Qui est François-jean de Chastellux ?

Le marquis de Chastellux est major général dans l’expédition particulière, le corps expéditionnaire français envoyé en 1780 par Louis XVI pour aider les insurgés américains. Il est le numéro trois dans l’état-major, sous le commandement du général de Rochambeau. C’est un soldat professionnel, spécialiste des questions militaires. Il a combattu très jeune en Allemagne pendant la guerre de Sept Ans. Il a aussi étudié la stratégie, et a été l’auteur d’un plan de réforme de l’armée française après ce conflit.

— Quel est son rôle dans la campagne ?

Chastellux prend l’initiative d’un grand voyage de reconnaissance sur le terrain, que Rochambeau approuve. Ce déplacement marque un tournant dans la campagne, à un moment où la coopération entre les alliés est difficile et incertaine. Il traverse plusieurs États, visite les précédents champs de bataille. Il participe activement à la conférence où est décidée la stratégie : il contribue au choix de ne pas tenter de reprendre New York, pour se concentrer à la place sur la baie de la Chesapeake, décision qui aboutira à la victoire de Yorktown.

vendredi 3 juillet 2026

Certains étudiants ont des résultats similaires aux enfants de dix ans

Au cours des dernières semaines, plus de 1 800 professeurs de mathématiques et de sciences de l’Université de Californie, l’un des plus grands et des meilleurs réseaux universitaires publics des États-Unis, ont signé une lettre ouverte exposant un problème épineux. Selon eux, les étudiants de première année arrivent de plus en plus souvent sans les compétences de base nécessaires pour réussir. Sur le campus de Berkeley, écrivent-ils, environ 20 à 30 % des étudiants qui suivent un cours d’initiation au calcul différentiel et intégral présentent de « graves lacunes de préparation ». Les difficultés sont devenues si importantes, ajoutent-ils, que les enseignants sont contraints de réenseigner les mathématiques du collège (France) ou début du secondaire (Québec).

Cette lettre est le dernier épisode en date d’un débat qui ne cesse de s’amplifier sur l’enseignement supérieur, les pratiques d’admission à l’université — et le niveau d’érudition des jeunes Américains. Elle fait suite à un rapport stupéfiant publié en novembre sur le campus de San Diego du système universitaire californien. Les universitaires de cet établissement ont constaté que le nombre d’étudiants de première année arrivant avec des compétences en mathématiques inférieures au niveau du lycée (fin secondaire) avait été multiplié par près de trente en cinq ans, pour atteindre près d’un sur huit. Selon eux, environ 70 % des étudiants en difficulté n’atteignaient pas le niveau attendu d’un élève de 14 ans.

Les inquiétudes concernant les compétences en mathématiques des étudiants de premier cycle s’ajoutent à une consternation de longue date face à la baisse des niveaux de maîtrise de la lecture et de l’écriture. Les enseignants mettent en garde contre des étudiants en lettres qui semblent incapables de lire un livre jusqu’au bout. Ces problèmes ne sont pas seulement signalés sur la côte ouest ou dans les universités publiques. À Harvard, certains professeurs de sciences humaines et de sciences sociales affirment se sentir contraints de raccourcir leurs textes, selon un rapport communiqué au corps enseignant en octobre. Les étudiants arrivent dans la plus célèbre université des États-Unis « avec moins d’expérience dans la lecture de textes complexes et une capacité réduite à se concentrer et à maintenir leur attention ».

Ils « ont du mal avec des lectures que les étudiants maîtrisaient sans peine il y a à peine dix ans ».