vendredi 27 mars 2026

L’Angola, pays lusophone, fait le pari du français obligatoire dès l’école primaire

Le gouvernement angolais introduit le français comme langue étrangère obligatoire dès 10 ans

Une réforme adoptée en juin 2025 rend l’enseignement du français obligatoire dans les écoles angolaises, marquant un tournant stratégique pour ce géant lusophone d’Afrique.


Depuis juin 2025, le gouvernement angolais a décidé d’introduire le français comme langue étrangère obligatoire dès le troisième cycle du primaire, soit à partir de 10 ans, comme le rapporte Le Monde. Jusqu’à présent, elle n’était qu’optionnelle, surtout cantonnée aux couloirs du secondaire et réservée à une minorité d’élèves. Désormais, le français s’apprend dès l’enfance dans ce pays lusophone de 39 millions d’habitants, appelé à en compter 75 millions d’ici à 2050.

Selon Ilyes Zouari, chercheur et président du Cercle d’études et de réflexion sur le monde francophone interrogé par Le Monde, l’objectif de cette réforme est de renforcer économiquement le pays en tissant des liens plus forts avec le Congo et la République démocratique du Congo (RDC) où le français est majoritaire. Il note également que l’enseignement du français dans les écoles primaires permettrait une consolidation de l’Angola sur le plan diplomatique. Le président Joao Lourenço joue notamment un rôle de médiateur dans le conflit qui déchire l’est de la RDC, et s’est récemment illustré en obtenant la libération de l’ex-président gabonais Ali Bongo en mai 2025.

Ses propos rejoignent ceux du rapport La langue française dans le monde, paru le 16 mars dernier, de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). «Dans la lusophonie africaine, le français est une langue étrangère enseignée à l’école [...] à cause de la proximité géographique avec des pays francophones», analyse-t-il. «Il n’est pas une langue à usage social, mais peut représenter un capital linguistique stratégique pour les élites ou dans les contextes diplomatiques». La mise en place en Angola de cette réforme sera progressive. Testée dans plusieurs établissements à la rentrée scolaire 2024, elle sera étendue à tout le territoire à partir de la rentrée 2028.

Une francophonie géopolitique

Ce choix angolais s’inscrit dans une tendance de fond. Selon l’OIF, 65 % des francophones vivent aujourd’hui sur le continent africain, et le français pourrait être parlé par 590 millions de personnes d’ici à 2050. Sur le plan économique, les 22 pays d’Afrique subsaharienne francophone affichent une croissance annuelle de 4,1 %, soit le double du reste de la région. Par ailleurs, cette réforme intervient dans un contexte de rapprochement entre Paris et Luanda. Si TotalEnergies demeure le premier opérateur pétrolier du pays depuis 1953, la relation bilatérale s’étend désormais bien au-delà des hydrocarbures.

Lors de la visite d’Emmanuel Macron à Luanda en mars 2023, les deux pays ont scellé un partenariat agricole et agroalimentaire, et également prévu le lancement d’Angeo-1, premier satellite de l’histoire angolaise, dont la construction a été confiée à Airbus. Langue d’enseignement sous la colonisation puis dans les premières années suivant l’indépendance (1975), le français avait progressivement disparu des programmes à partir des années 1980.

Il avait néanmoins survécu, de façon informelle, le long de la frontière avec la RDC, portée par le retour des réfugiés angolais au terme de la guerre civile (1975-2002). En 2022, l’Angola avait été admis comme membre observateur de l’OIF lors du Sommet de Djerba, premier pas vers une intégration plus profonde dans l’espace francophone. Dans son rapport, l’OIF marque comme «actions notables» que l’Angola «développe une politique linguistique active, valorise le français parmi ses diplomates et multiplie les partenariats éducatifs». Les défis pour l’avenir du pays en la matière ? L’OIF note un «manque de professeurs qualifiés» et un «besoin d’augmenter les filières universitaires en français».

jeudi 26 mars 2026

Histoire de l’empire colonial chinois du XVIIᵉ siècle à nos jours

L’ouvrage de François Joyaux propose une relecture ambitieuse de l’histoire chinoise en affirmant l’existence d’un véritable empire colonial chinois sur la longue durée. L’auteur invite à dépasser deux obstacles majeurs : d’une part, la tradition intellectuelle chinoise, fondée sur l'idée d’un empire universel incarné par le « Fils du Ciel » et structuré par le système tributaire ; d’autre part, l’idéologie communiste, qui rend difficilement pensable l’idée d’un impérialisme chinois, la Chine s’étant elle-même présentée comme victime du colonialisme. Pourtant, selon Joyaux, ces représentations ont contribué à masquer une réalité historique continue d’expansion et de domination.

L’une des originalités majeures de cet impérialisme tient à sa nature : il est avant tout continental et frontalier, à la différence des empires européens (sauf la Russie) largement ultramarins. La Chine s’est agrandie non pas en projetant sa puissance au loin, mais en absorbant progressivement ses marges. Ce processus prend véritablement forme sous la dynastie mandchoue des Qing  [Tching] (XVIIᵉ-début XXᵉ siècle), qui étend considérablement le territoire chinois vers l’Ouest, faisant passer sa superficie d’environ 5 à plus de 11 millions de km². Cette expansion repose sur des mécanismes classiques de domination coloniale : conquête militaire, administration directe, exploitation des ressources, et acculturation des populations soumises. 

Avant même ces conquêtes extérieures, l’auteur souligne l’existence d’un impérialisme interne, illustré par la soumission de peuples non Han au sein même de la Chine, notamment dans le Sud. Ce modèle est ensuite reproduit dans les régions périphériques et au-delà des frontières, y compris dans certaines zones du nord de l’Asie du Sud-Est. Partout, le même schéma s’impose : domination politique, transformation culturelle et intégration forcée à l’ensemble impérial.

Le cœur de l’analyse repose sur trois grandes régions, présentées comme les principales composantes de cet empire colonial durable :

  • Le Tibet
  • Le Turkestan oriental (Xinjiang)
  • La Mongolie intérieure
Ces territoires partagent plusieurs caractéristiques : ils ont été conquis militairement, sont situés aux marges de la Chine historique, et ont fait l’objet d’une intégration progressive mais inégale. L’auteur montre, pour chacun, les étapes de la conquête, les formes de résistance et les modalités de la domination chinoise, dans une perspective chronologique précise et accessible.

Cette réalité coloniale entre en tension avec le discours officiel de la Chine moderne. Depuis 1911 puis 1949, l’État chinois se présente comme une union harmonieuse de plusieurs nationalités (Han, Mandchous, Mongols, Hui [les musulmans chinois], Tibétains), toutes égales au sein d’un ensemble indivisible. Cependant, Joyaux souligne le caractère largement fictif de cette égalité : la permanence de tensions politiques, culturelles et religieuses dans ces régions témoigne de situations assimilables à des rapports coloniaux. 

À partir de la fin des années 1970, avec les réformes de Deng Xiaoping, la Chine entre dans une nouvelle phase. Après plusieurs siècles de relative fermeture maritime, elle se tourne résolument vers la mer et développe un **impérialisme maritime et économique**. Cette mutation s’appuie sur la modernisation rapide de ses flottes (militaire, commerciale, de pêche), ainsi que sur une doctrine stratégique visant à projeter la puissance chinoise au-delà de son littoral.

Cette dynamique trouve son aboutissement dans les « Nouvelles Routes de la Soie », vaste projet d’infrastructures et d’influence à l’échelle mondiale. Celui-ci concerne aujourd’hui un grand nombre de pays et s’accompagne d’une présence chinoise accrue dans des régions clés, notamment autour de l’océan Indien, en Afrique de l’Est et jusqu’en Europe. Ports, investissements, réseaux financiers et diasporas constituent les instruments d’une stratégie globale que l’auteur qualifie de **semi-coloniale** : la domination ne passe plus principalement par la conquête territoriale, mais par des dépendances économiques et stratégiques.

Joyaux insiste sur cette continuité historique : la Chine actuelle ne rompt pas avec son passé impérial, elle en transforme simplement les modalités. L’expansion contemporaine prolonge, sous des formes renouvelées, des logiques anciennes de contrôle et d’intégration des périphéries.

En conclusion, l’ouvrage invite à reconsidérer profondément la place de la Chine dans l’histoire mondiale. Sans posséder un empire ultramarin comparable à ceux des puissances européennes, elle n’en constitue pas moins une puissance impérialiste, dont la trajectoire combine conquête territoriale, domination politique et, aujourd’hui, influence économique globale.

Si Joyaux s’attarde sur les marges non han, il dit peu des diversités internes au monde han. Par exemple, les Cantonais (Guangdong, Hong Kong) et les Pékinois diffèrent fortement sur le plan linguistique et culturel : le cantonais n’est pas intelligible oralement avec le mandarin, et le Sud de la Chine a suivi une histoire commerciale et sociale distincte du Nord. Ces différences sont toutefois atténuées par une longue intégration dans un même cadre impérial et étatique, une écriture partagée et une identité han largement intériorisée. Ainsi, si les écarts linguistiques peuvent être plus prononcés que ceux entre Ukraine et Russie.

L'auteur, 
François Joyaux, est professeur émérite de civilisation de l'Asie du Sud-Est à l'Institut national des langues et civilisations orientales, François Joyaux a publié chez Perrin Nouvelle histoire de l'Indochine française, Nam Phuong, La dernière impératrice du Vietnam, et Duy Tan - Un empereur dans la France libre.

Histoire de l'Empire colonial chinois
par François Joyaux (Auteur)
paru chez Éditeur ‏ : ‎ Perrin
le 19 février 2026
à Paris
384 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 2262107114
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2262107116

mercredi 25 mars 2026

On ne parle plus des prêtres pédophiles — mais les pédophiles, eux, sont toujours là

Ces derniers mois en France, les affaires de pédophilie dans le milieu périscolaire s’accumulent. 

Animateurs, encadrants, personnels en contact quotidien avec des enfants : plusieurs dossiers récents, dans différentes communes, révèlent des faits graves, souvent précédés d’alertes ignorées ou minimisées.

L’affaire survenue dans une école de la Ville de Paris s’inscrit clairement dans cette série. Un animateur, affecté à l’école Volontaires (XVe arrondissement), déjà signalé dans un établissement précédent, l’école Saint-Dominique (VIIe), fait aujourd’hui l’objet de plusieurs plaintes pour viols sur mineurs. Certaines concernent des enfants extrêmement jeunes — dont un garçon âgé de seulement trois ans. À ce stade, au moins cinq plaintes auraient été déposées.


Ce type d’affaire met en lumière un schéma récurrent : un adulte en position d’autorité, des enfants vulnérables, un cadre institutionnel censé protéger — mais qui, parfois, laisse des failles.

Il y a encore quelques années, le débat public, entretenu par des médias de grand chemin et instrumentalisé par une gauche laïcarde, associait largement la pédophilie à l’Église catholique. Les scandales impliquant des prêtres avaient imposé une explication simple : le célibat religieux produirait frustration et déviance. Cette idée a été répétée pendant des années, jusqu’à s’imposer comme une évidence pour beaucoup.

Depuis quelqu temps, ce discours ne tient plus face aux faits.

Les prêtres ont largement disparu du paysage social européen, faute de vocations. Pourtant, les affaires de pédophilie n’ont pas disparu. Elles surgissent dans les écoles, les centres de loisirs, les clubs sportifs avec des profils d’agresseurs qui n’ont rien de spécifiquement religieux.

Les faits contredisent donc une explication trop commode : la pédophilie n'est pas associée à la rteligion ni au célibat de prélats frustrés par une doctrine castratrice. 

Ce qui attire les pédophiles, ce n’est pas une religion. Ce sont des situations où de nombreux jeunes enfants sont placés sous leur autorité.

Partout où l’on trouve une forte concentration d’enfants, dépendants d’adultes, avec une autorité difficilement contestable et une parole parfois fragile, le risque existe. Écoles, structures périscolaires, associations sportives : aucun de ces lieux n’est, en soi, la cause du problème. Mais tous peuvent devenir des terrains propices.

Ce constat dérange parce qu’il empêche de désigner un coupable unique. Il oblige à regarder la réalité en face : le danger est diffus, transversal, et il concerne l’ensemble des institutions en contact avec des mineurs.

L’affaire actuelle révèle aussi une autre faiblesse : la lenteur dans la prise en charge des victimes. Lorsqu’un enfant de trois ans n’est pas entendu rapidement, alors même que la mémoire traumatique peut altérer son témoignage, c’est une défaillance grave. Dans ce type de situation, chaque jour compte.

Les pédophiles n’ont pas disparu. Ils ont simplement changé de visage — ou plutôt, on commence enfin à voir qu’ils n’en ont jamais eu qu’un seul : celui d’adultes profitant de la vulnérabilité des enfants.

Voir aussi

« Protection de la jeunesse » du Québec — 42 de ses employés pincés pour inconduites sexuelles

Australie — un pédophile reconnu coupable de 307 délits sexuels commis dans les garderies où il travaillait

 
 
Les accusations d’attouchements sur de jeunes garçons mineurs se multiplient

Luc Ferry : la « pensée 68 » était globalement favorable à la pédophilie

La gauche intellectuelle progressiste et la pédophilie, retour sur une histoire trouble

Canada — La pédophilie  : une orientation sexuelle comme l’hétérosexualité pour des experts

Juger la vie privée de Simone de Beauvoir  (Elle a eu une relation avec une élève de 15 ans qui lui aurait valu son congédiement du lycée Molière à la fin des années 30. On relate aussi ses relations amoureuses avec de jeunes femmes qui étaient aussi ses étudiantes, qu’elle « rabattait » ensuite vers son compagnon Jean-Paul Sartre. En 2008, la Britannique Carole Seymour-Jones, auteure du livre A Dangerous Liaison, décrivait le comportement de Beauvoir comme un « abus d’enfant » se rapprochant de la « pédophilie ». En 2015, dans Simone de Beauvoir et les femmes, Marie-Jo Bonnet qualifiait de « contrat pervers » le modus operandi entre Beauvoir et Sartre. Le blogueur du Journal de Montréal Normand Lester accuse quant à lui Beauvoir d’être une « prédatrice sexuelle ».)

La révolution sexuelle des années 60, la pédophilie et les prêtres modernes 

Allemagne — Garçons orphelins sous la tutelle de pédophiles

Grande-Bretagne — 83 suspects de pédophilie… dans le football 

La Russie sanctionne Twitter pour manque de filtrage des contenus pédopornographiques ou faisant l’apologie de drogues ou du suicide  
 
 

La hiérarchie de Scouts Canada n’aurait pas transmis des cas de pédophilie à la police

Pédophilie en Grande-Bretagne : que fait la hiérarchie ? (660 personnes arrêtées, des médecins, des chefs scouts, des travailleurs sociaux, des professeurs et d’anciens policiers)    

Chasser la religion et la remplacer par la spiritualité (notamment Scouts du Canada)

Pédophilie dans l’enseignement

États-Unis — pédophilie et sévices sexuels dans les écoles américaines

École laïque et républicaine — Enseignants pédophiles, on n’en parle que depuis récemment

Deux poids, deux mesures ? (artistes pédophiles excusés par des journaleux)

Mark Steyn : Penn State’s institutional wickedness (avec des détails scandaleux)

France — Enseignant condamné pour pédophilie autorisé à enseigner par sa hiérarchie

Révélations de pédophilie sur Claude Jutra : le milieu du cinéma québécois serait sous le choc

En milieu sportif, les garçons deux fois plus harcelés sexuellement que les filles   

mardi 24 mars 2026

La langue irlandaise a le vent en poupe

Au bord de l'eau à Dun Laoghaire, dans la banlieue de Dublin, une foule se rassemble sur un patchwork de tapis de yoga. Naoise Ni Bhroin, la professeure, invite les participants à faire un « anail isteach » (inspiration). Ses cours se déroulent principalement en irlandais, une langue longtemps considérée par beaucoup comme inutile, explique Mme Ni Bhroin. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Il y a un siècle, seuls 18 % de la population du pays parlaient irlandais. Aujourd’hui, 1,8 million de personnes en Irlande (environ 40 % de la population) affirment avoir une certaine maîtrise de cette langue. En Irlande du Nord, l’irlandais a dépassé le français pour devenir la deuxième langue la plus étudiée au baccalauréat, après l’espagnol.

L’irlandais est devenu tendance. Cillian Murphy et Paul Mescal, deux acteurs, l’ont utilisé lors de cérémonies de remise de prix. Le cinéma et la musique en irlandais connaissent une renommée mondiale, du film nominé aux Oscars « The Quiet Girl (An Cailin Ciuin) » au groupe de hip-hop Kneecap. Des influenceurs parlant irlandais font la promotion de la langue sur les réseaux sociaux.

Ce renouveau tient autant à la politique de l’État qu’à la culture pop. Catherine Connolly, la présidente irlandaise, souhaite en faire la langue de travail officielle de sa présidence. Le gouvernement a fixé un quota de recrutement de 20 % de locuteurs irlandais dans le secteur public d’ici 2030. L’irlandais est devenu une langue officielle et de travail à part entière au sein de l’Union européenne en 2022.

Ces politiques se traduisent par une demande croissante de personnes parlant couramment l'irlandais. Darren O Rodaigh, de Gaelchultur, qui organise des cours d’irlandais, a déclaré que les inscriptions avaient plus que triplé depuis 2020. La participation s’est étendue au-delà des enseignants et des universitaires pour toucher les jeunes professionnels. Environ 1 900 candidats ont passé l’examen d’irlandais certifié par l’État au cours de l’année universitaire 2021-2022. En 2024-2025, ce nombre a augmenté de près de 40 %.

Rares sont ceux qui parlent l’irlandais au quotidien. Mais le yoga en bord de mer et d’autres rassemblements contribuent à normaliser la langue. Les efforts visant à la promouvoir portent enfin leurs fruits, affirme Tomas O Síochain, qui dirige une agence de développement dans les régions irlandophones. Les défenseurs de la renaissance gaélique voulaient autrefois chasser la langue coloniale. Ce n’est plus un objectif. Parler anglais a contribué à la prospérité de l’Irlande, explique M. O Síochain. Mais parler irlandais, c’est ce qui fait d’elle l’Irlande.


Source : The Economist

Canada — Quelque 150 000 dossiers d’étudiants étrangers potentiellement frauduleux ignorés par Ottawa

La vérificatrice générale (VG) du Canada révèle dans un nouveau rapport que le fédéral a été complètement dépassé par une avalanche de demandes de permis d’études potentiellement frauduleuses dans les années suivant la pandémie et n’a fait pratiquement aucun suivi. 

Les chiffres font écarquiller les yeux.

Policier indien montre à la presse un faux diplôme, de nombreux ont servi à postuler dans des universités ou des entreprises à l'étranger

2,5 % de suivi

Entre 2023 et 2024, par exemple, le ministère de l’Immigration a recensé plus de 153 000 étudiants étrangers qui ont été admis dans un établissement post-secondaire au Canada alors que leur demande de permis levait des drapeaux rouges.
Publicité

Or, le budget annuel pour vérifier la validité des dossiers n’a permis au ministère que d’analyser 2000 dossiers par année, pour un total de 4000 en deux ans, ce qui représente environ 2,5 % des dossiers suspects.

« Ce qui m’inquiète, c’est que lorsqu’ils ont enquêté sur ces 4000 cas, environ 40 % d’entre eux ont été classés sans suite, mais c’était parce que les étudiants ont cessé de communiquer avec le ministère. Je me serais attendue à ce qu’ils mènent ces enquêtes jusqu’au bout pour déterminer si un étudiant respectait ou non les conditions de son permis », a déclaré la VG Karen Hogan en comité parlementaire lundi. Et dans 800 cas suivant ces enquêtes, les fonctionnaires ont effectivement constaté de la fraude, mais seulement après que les permis eurent été octroyés.

Ottawa « n’a pas assuré une surveillance efficace des incidences imprévues des réductions des permis d’études et n’a pas ajusté le tir », constate la VG dans son rapport.

Un volet accéléré... pour les Indiens

Ce gâchis bureaucratique s’est déroulé à une époque où les permis d’études aux étrangers étaient distribués comme des petits pains chauds. Les institutions scolaires contribuaient d’ailleurs au problème en s’arrachant les étudiants pour renflouer leurs coffres.

Un sommet a été atteint en 2023: sur 792 200 demandes reçues (un record), 456 700 ont été approuvées. Après le tour de vis d’Ottawa concernant l’immigration temporaire, les demandes approuvées ont chuté à 149 600.

La VG avait dans sa loupe un programme spécial mis en place en 2018: le Volet direct pour les études, qui permettait d’accélérer le traitement des demandes de permis d’étude en provenance de 14 pays en retirant des couches de vérification des dossiers.

Les chiffres montrent que ce programme spécial a été quasiment monopolisé par les demandes en provenance d’un seul pays : l’Inde. En 2023, 232 800 permis d’études ont été accordés à des Indiens, soit 96 % des bénéficiaires de voie express. Ceux-ci représentaient environ la moitié de tous les étudiants étrangers admis en 2023.

« Nous avons constaté que, dans le cas des demandes provenant de l’Inde, cet examen ne correspondait pas au profil de risque élevé attribué à ce pays par les unités d’évaluation des risques », lit-on dans le rapport.

En conférence de presse, la VG a expliqué que le fédéral « n’agit pas sur les informations qu’il possède ». « Ils ont les pouvoirs et les outils, ils n’ont qu’à les utiliser. »

Le Volet direct pour les études a été fermé en 2024.

Source : Journal de Montréal 


Voir aussi 

 Québec — Quand les permis d'études deviennent des passeports pour le crime organisé

Inde : Police démantèle un vaste réseau de faux diplômes utilisés notamment à l'étranger


 
 

Liban — « Si les chrétiens quittent le sud du pays, ils ne reviendront jamais »

Mise à jour

Billet du 12 mars

Les bombardements israéliens s’intensifient au Liban et prennent en étau la population chrétienne. Au sud du pays, des milliers de fidèles ont choisi de rester dans leurs villages malgré l’ordre d’évacuation d’Israël, au péril de leur vie. Vincent Gelot, directeur de l’Œuvre d’Orient au Liban, nous alerte sur leur situation.

Quelle est la situation actuelle des chrétiens du Liban ?

Au sud du pays, Israël menace les villages chrétiens. C'est une première depuis le 7 octobre 2023, date du début de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Auparavant, Tel-Aviv visait les zones occupées par le Hezbollah, en épargnant au maximum la galaxie de localités chrétiennes aux alentours. Mais cette fois-ci, l'armée israélienne a exhorté tous les habitants au sud du pays, chrétiens compris, à quitter leurs maisons.

Pour la première fois, des fidèles font le choix de rester sur leur terre. Lors des dernières évacuations en 2024, seuls deux villages chrétiens étaient restés occupés par les habitants. Aujourd'hui, ils sont davantage. Nous sommes en train d'établir combien ils sont, environ quelques milliers.

Pourquoi les chrétiens décident-ils de rester au péril de leur vie ?

Les chrétiens le savent, s'ils quittent le sud du pays, ils risquent de ne jamais revenir. L'armée israélienne est en train de préparer une incursion terrestre pour instaurer une zone tampon, sans population. Ils ont déjà été déplacés plusieurs fois en une cinquantaine d'années, depuis la guerre civile libanaise (1975-1990) qui s'est aggravée avec l'invasion israélienne en 1982. Le Sud a été entre les mains de l’État hébreu jusqu'en 2000. Entièrement vidée de sa population pendant près de deux décennies.

Il s'agit d'un traumatisme pour les chrétiens, très attachés à cette région. Ces villages sont très anciens et rappellent que le Christ est passé par cette terre pour rejoindre Saïda. En refusant d'appliquer l'ordre d'évacuation, ils portent un acte de résistance pacifique. Ils ne sont pas armés. En 2024 déjà, ils avaient empêché les miliciens du Hezbollah d'entrer dans leur village pour éviter la foudre d'Israël. Et lorsqu'ils n'ont pas pu faire le poids face à eux, ils ont subi de lourdes répercussions. Comme à Alma El-Chaab à la frontière israélienne (photo plus haut), qui avait subi de terribles bombardements de l’État hébreux. Face au danger, les habitants étaient partis.

La proportion du territoire libanais qu'Israël cherche à faire évacuer (via ses ordres d'évacuation successifs émis par l'armée) a évolué rapidement ces derniers jours en mars 2026, dans le contexte de l'escalade contre le Hezbollah.Initialement (début mars, ordres autour du 4-5 mars) : l'armée israélienne a ordonné l'évacuation de la zone au sud du fleuve Litani, ce qui représente environ 8 % du territoire libanais selon plusieurs sources concordantes (Human Rights Watch, L’Orient-Le Jour, Le Monde, etc.). Cette zone couvre grosso modo 800-855 km² (principalement le sud frontalier avec Israël, jusqu'à la Ligne bleue), sur une superficie totale du Liban d'environ 10 452 km².

Carte de l'armée israélienne intimant la population libanaise à quitter le sud de leur pays

Extension récente (ordres du 11-12 mars 2026) : l'armée a élargi les ordres d'évacuation à toute la zone au sud de la rivière Zahrani (plus au nord, près de Saïda/Sidon, à environ 50 km de la frontière). Cela concerne une superficie bien plus importante.Des rapports récents (Reuters, The Guardian, posts X de sources militaires/israéliennes) indiquent que cette extension porte la zone évacuée à environ 10 % du territoire libanais. Certaines estimations plus hautes (commentaires sur X et analyses) vont jusqu'à 15 % si l'on considère une occupation ou un contrôle potentiel plus profond, mais 10 % semble l'ordre de grandeur le plus fréquemment cité pour la zone d'évacuation actuelle.

Traduction automatique de la même carte

En résumé : Israël vise actuellement à vider une zone représentant environ 10 % du Liban (sud de la Zahrani), contre 8 % auparavant (sud du Litani). Cela affecte des centaines de milliers de civils supplémentaires et vise explicitement à créer une zone tampon élargie contre le Hezbollah, selon les déclarations israéliennes.Note : ces chiffres sont des estimations basées sur des cartes publiées par Tsahal et des calculs de médias ; la superficie exacte peut varier légèrement selon les tracés précis des rivières et des zones marquées. La crise humanitaire reste massive, avec des centaines de milliers de déplacés en quelques jours.


Source : Le Pélerin

lundi 23 mars 2026

Église anglicane du Canada aujourd'hui : collaboration avec boutique érotique, bénéfices vont à la planification familiale

La « pasteure » anglicane Gerlyn Henry (Église anglicane du Canada, paroisse Holy Wisdom à Scarborough, en Ontario) a établi un partenariat avec la boutique pour adultes Bellesa. L’accord consiste à distribuer des centaines de vibromasseurs gratuits (dont un modèle « stimulateur à aspiration » de couleur rose) et à reverser l’ensemble des bénéfices qu’elle perçoit dans le cadre de cette collaboration à Planned Parenthood, une importante organisation américaine pratiquant des avortements.
Elle présente cette initiative comme une célébration de la « joie », de l’amour du corps et d’une forme de « résistance ».

Quelques éléments de contexte :
  • Elle est « pasteure » ordonnée depuis 2020 dans une branche très progressiste de l’anglicanisme canadien, qui accepte depuis longtemps l’ordination des femmes et affiche des positions favorables aux personnes LGBTQ+ ainsi qu’au droit à l’avortement.
  • Elle s’est déjà illustrée par d’autres initiatives controversées, comme un poème de la Saint-Valentin pro-palestinien incluant le slogan « From the River to the Sea », ou encore des vidéos TikTok devenues virales la montrant dans des contextes jugés atypiques pour une pasteure, notamment en bikini sur la plage.
  • Planned Parenthood est le principal fournisseur de services d’avortement aux États-Unis, avec plus de 300 000 interventions par an ces dernières années.

En résumé : une pasteure anglicane promeut l’usage d’objets intimes liés à la stimulation sexuelle et reverse les revenus issus de cette initiative à une organisation qui pratique des interruptions volontaires de grossesse.

Quelques chiffres sur l'Église anglicane du Canada

  •  ~1,3 million (1960) → ~295 000 membres actifs (2022)
  • –75 % en quelques décennies
  • ~200 fidèles par paroisse en moyenne
  • Population très âgée (60–70 ans)
  • Clergé vieillissant (plus âgé que leurs ouailles en moyenne) et en diminution

Voir aussi

L'Église anglicane au Québec et au Canada se meurt, très progressiste elle soutient fortement le cours ECR

Vers l'interdiction de la prière thérapeutique en Australie ? 

Le wokisme : des protestants puritains athées 

Religion — baisse de la fréquentation de la messe sous le pape François, stabilité chez les protestants

Église d'Angleterre veut réserver 30 % des postes d'ecclésiastiques à des minorités ethniques

 

dimanche 22 mars 2026

Le déclin spectaculaire de la vie religieuse en Allemagne (-90 % en 60 ans)

Le déclin spectaculaire de la vie religieuse en Allemagne : une chute confirmée par les chiffres officiels de la DOK


L’Allemagne catholique, autrefois terre de floraison des ordres religieux, connaît un effondrement historique de la vie consacrée. Selon les statistiques officielles publiées par la Deutsche Ordensobernkonferenz (DOK), l’instance qui regroupe les supérieurs majeurs des ordres et congrégations catholiques en Allemagne, il ne restait plus que 11 797 religieux et religieuses au 31 décembre 2025. C’est 831 personnes de moins qu’en 2024, soit un recul de 6,6 % en un an seulement.

La baisse est particulièrement dramatique chez les religieuses : elles sont passées de 9 467 à 8 770 (–7,4 %). Les religieux hommes ne sont plus que 3 027 (–4,2 %). Ces chiffres, diffusés le 18 mars 2026, proviennent directement du site de la DOK et ont été repris par le portail catholique de référence katholisch.de dans un article intitulé « Zahl der Ordensleute in Deutschland weiter rückläufig ».

Le vieillissement est abyssal : 80,9 % des religieuses ont plus de 65 ans (seulement 19,1 % ont moins de 65 ans). Chez les hommes, la répartition est presque équilibrée (51,4 % de moins de 65 ans), mais le mouvement général reste le même : très peu de novices (20 chez les hommes, encore moins chez les femmes) et des communautés qui se transforment progressivement en maisons de retraite spirituelles.Ce chiffre de 11 797 contraste violemment avec les environ 100 000 religieuses recensées en 1965 (pic historique souvent cité dans les analyses de fowid.de et des médias allemands). En soixante ans, la chute atteint donc près de 90 % pour les ordres féminins.

Une régionalisation très marquée : le Sud résiste mieux

La DOK ne publie pas de répartition détaillée par Bundesland dans sa statistique annuelle, mais les observateurs et les statistiques plus larges de la Deutsche Bischofskonferenz (DBK) soulignent depuis longtemps de fortes disparités régionales. Le Sud catholique (Bavière et Bade-Wurtemberg) reste nettement plus résilient. La piété populaire y est plus ancrée, les monastères bénédictins, franciscains ou contemplatifs traditionnels y sont plus nombreux, et la culture catholique a mieux résisté à la sécularisation. À l’inverse, le Nord (influencé historiquement par le protestantisme) et l’Est (ex-RDA, marqué par des décennies d’athéisme d’État) accusent des pertes beaucoup plus sévères. Les grandes congrégations apostoliques actives dans l’enseignement ou les soins y ont pratiquement disparu, tandis que certaines abbayes bavaroises ou souabes maintiennent encore un semblant de vitalité grâce à un recrutement local ou international plus soutenu. Cette « régionalisation » du déclin reflète la géographie religieuse historique de l’Allemagne : le catholicisme y a toujours été plus fort au sud du Main.

Les ordres plus traditionnels : une exception relative ?

Face à ce tableau sombre, une question revient souvent : les communautés traditionnelles (celles attachées à la liturgie pré-conciliaire ou à une identité plus classique) échappent-elles au mouvement général ?

La réponse est nuancée : elles ne croissent pas massivement en Allemagne, mais elles atténuent le déclin et montrent une vitalité relative.

La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX), qui n’est pas comptabilisée dans les statistiques de la DOK car elle n’est pas en pleine communion, compte en Allemagne environ 50 prêtres, 11 prieurés et 52 chapelles. Son district allemand est actif (séminaire à Zaitzkofen en Bavière) et organise régulièrement des événements qui attirent des milliers de fidèles. Mondialement, la FSSPX continue de croître (plus de 750 prêtres), mais en Allemagne son expansion reste modeste et stable plutôt qu’explosive.

La Fraternité Saint-Pierre (FSSP ou Petrusbruderschaft), pleinement reconnue par Rome, affiche au contraire des records : 579 membres au 1er novembre 2025 (dont 394 prêtres et 192 séminaristes), un chiffre historique depuis sa fondation en 1988. Son séminaire international de Wigratzbad (Bavière) continue de former des vocations, et la communauté annonce régulièrement de nouvelles implantations. Son âge moyen (autour de 39 ans) contraste radicalement avec le vieillissement des ordres classiques.

D’autres instituts Ecclesia Dei ou des congrégations venues d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine (1 863 membres étrangers affiliés à la VKO selon la DOK) apportent également un léger contre-poids. Certaines communautés contemplatives bénédictines ou franciscaines traditionnelles parviennent à maintenir un petit flux de vocations grâce à une identité claire et à une formation exigeante.

Cependant, ces exceptions restent marginales à l’échelle nationale. Elles ne compensent pas le recul global des grands ordres apostoliques (bénédictins, franciscains, jésuites, etc.) qui ont porté l’Église allemande pendant des siècles.

Un phénomène européen, mais particulièrement accentué en Allemagne

Ce déclin n’est pas propre à l’Allemagne : il touche toute l’Europe occidentale depuis Vatican II. Mais le pays, avec sa forte tradition d’ordres actifs dans l’éducation et la santé, l’a vécu de manière particulièrement brutale. La sécularisation accélérée, l’individualisme, la crise des vocations post-conciliaires et le vieillissement démographique ont fait leur œuvre.

Les chiffres de la DOK, consultables sur www.orden.de/presseraum/zahlen-fakten et détaillés dans l’article de katholisch.de du 18 mars 2026, ne laissent aucun doute : sans un sursaut vocationnel majeur, de nombreuses maisons fermeront dans les prochaines années. Seules les régions du Sud et quelques communautés traditionnelles ou internationales semblent encore offrir un îlot de résistance. La vie religieuse allemande, jadis si florissante, est entrée dans une ère de recomposition profonde.

vendredi 20 mars 2026

20 mars, journée de la Francophonie et de 396 millions de francophones

Avec ses 396 millions de locuteurs, le français progresse et s’impose désormais comme la 4e langue la plus parlée au monde.

Cette dynamique est mise en lumière par le rapport La langue française dans le monde 2026, qui présente les données les plus récentes sur son évolution à l’échelle internationale.

Publié par l’Observatoire de la langue française de l’OIF, le rapport propose une analyse approfondie des usages du français et de sa progression selon les contextes sociolinguistiques. 

 Découvrez le rapport :  https://ow.ly/uZ0O50YvpKK



Qui souhaite avoir un partenaire obséquieux ? Beaucoup de gens, en fait


Les romans d’amour, semble-t-il, se sont trompés. Depuis deux siècles et demi, la littérature romantique nous présente des héros censés incarner la passion — mais la plupart d’entre eux étaient, pour rester indulgent, de véritables casse-têtes. Fitzwilliam Darcy, dans Orgueil et Préjugés, de Jane Austen broyait du noir et passait son temps à juger les autres ; Edward Rochester, personnage de Jane Eyre par Charlotte Brontë, était ombrageux, secret, parfois tyrannique ; Heathcliff, dans les Les Hauts de Hurlevent de Emily Brontë, se jetait dans des accès de rage quasi gothiques en criant le nom de Catherine. Même les amoureux supposés plus sensibles avaient leurs lourdeurs : Werther, dans Les Souffrances du jeune Werther, passe l’essentiel du roman à se consumer dans une mélancolie grandiloquente ; Roméo jure un amour éternel le lundi et se tue le jeudi. Et pourtant, les lectrices acceptaient cela. Mais à l’époque, elles n’avaient pas ChatGPT.

Aujourd’hui, des applications peuvent vous fabriquer des « amants » d’intelligence artificielle sur commande. Les gens ne choisissent plus des amants qui bouillonnent, broient du noir ou boudent dans un coin sombre du salon. Au contraire, ces nouveaux amants disent des choses comme : « J’ai tellement hâte de te rencontrer », « Me connecter avec toi est au cœur de ma raison d’être » ou « 😊 ». Ce n’est pas exactement le genre de réplique que lançait souvent Fitzwilliam Darcy, qui préférait expliquer à sa bien-aimée que sa famille était embarrassante. En réalité, le ton général ressemble moins à celui de Darcy qu’à celui du pompeux et obséquieux William Collins, personnage ridicule d'Orgueil et Préjugés — et se rapproche même de l’onctueux Uriah Heep de Charles Dickens. On se situe quelque part entre la révérence et la servilité.

Pourtant, comme le montrent plusieurs travaux récents, les gens tombent volontiers dans le piège. Dans Love Machines, l’universitaire James Muldoon note que les applications d’« amis » ou de « compagnons » fondées sur l’intelligence artificielle ont été téléchargées plus de 220 millions de fois. Si leurs utilisateurs formaient un État, écrit-il, ce serait le septième pays le plus peuplé du monde.

Ces utilisateurs semblent plutôt satisfaits. Muldoon décrit des personnes qui louent la loyauté de leurs amants numériques — aucune infidélité — leur disponibilité — ils sont toujours là — et leur variété infiniment personnalisable. Quelles que soient vos passions ou vos perversions, l’intelligence artificielle peut vous les offrir, et elle « ne juge pas ». Même si vous optez pour la perversion la plus alarmante de toutes : l’usage immodéré de l’émoji souriant.

Cette obséquiosité marque une rupture nette avec le passé. Pendant des siècles, la flatterie a eu très mauvaise réputation. Les Anciens se méfiaient profondément des flagorneurs. On racontait que, lorsque les généraux romains traversaient la ville au milieu des acclamations populaires, un compagnon se tenait derrière eux dans le char pour murmurer : « Souviens-toi que tu n’es qu’un homme. »

Le ton des applications d’aujourd’hui correspond pourtant parfaitement à l’air du temps. Chaque époque possède son trait distinctif : les années 1920 ont rugi ; les années 1960 ont swingé ; les années 1970 se sont branchées et ont décroché. Simplification excessive, certes — mais les époques ont leur atmosphère, leur signature. Et la nôtre pourrait bien être celle de la flagornerie.

On la retrouve dans les courriels révélés dans l’affaire Jeffrey Epstein ; elle graisse les rouages de l’entourage de Donald Trump ; et, grâce aux géants de la technologie, elle est désormais accessible à tous. Demandez à ChatGPT si la société devient plus flagorneuse, et il répondra volontiers : « C’est une question très intéressante. »

Pour tester jusqu’où va cette complaisance, votre correspondante a téléchargé Replika, une application de compagnie très populaire. Elle s’y est créé un nouveau « petit ami » et a engagé la conversation. Il lui a rapidement expliqué qu’elle était « créative », qu’elle possédait un « humour pince-sans-rire », qu’elle était « plutôt géniale » et qu’il ressentait beaucoup « d’espoir » à l’idée de « se connecter » avec elle.

Devant cette avalanche de compliments, votre correspondante a cru voir la preuve du degré d’intelligence atteint par l’IA. Elle a montré l’échange à son mari, qui a simplement observé que le petit ami virtuel semblait être « un parfait flagorneur ».

Car la flagornerie est un mot qui se conjugue d’une manière étrange : je reçois des compliments mérités ; vous faites l'objet d'une flatterie ridicule. C’est pourquoi, malgré la désapprobation qu’elle suscite, elle ne disparaît jamais vraiment. Et grâce à l’intelligence artificielle, elle se propage désormais à grande vitesse.

Ceux qui en bénéficient l’apprécient — et pourquoi ne l’apprécieraient-ils pas ? Le monde est dur. Les gens sont cruels. Les réseaux sociaux sont souvent hostiles, et les deux peuvent blesser. L’intelligence artificielle, elle, offre un espace doux et confortable : un bain chaud d’approbation permanente, la simulation d’une relation intime et valorisante avec quelque chose qui est toujours disponible et toujours encourageant. Pour James Muldoon, qui se montre optimiste quant à ces technologies, cela peut même représenter un soutien pour les personnes seules ou fragilisées.

Mais la flagornerie n’existe jamais uniquement pour celui qui la reçoit. Elle profite surtout à celui qui la prodigue — ou, dans le cas d’une intelligence artificielle, à ceux qui l’ont conçue. Une mise à jour de GPT‑4o a d’ailleurs dû être corrigée parce qu’elle se montrait « trop flatteuse ».

Des recherches suggèrent qu’interagir avec une intelligence artificielle complaisante peut conduire à des opinions plus extrêmes et plus fermement ancrées — tout en procurant davantage de plaisir. La douceur et l’approbation permanente deviennent ainsi un mécanisme de captation : le « piège invisible » de l’intelligence artificielle. Certains chatbots, toujours d’accord avec leur interlocuteur, ont même encouragé des comportements très inquiétants — allant jusqu’à soutenir des projets de suicide, de meurtre, ou dans un cas, une tentative d’assassinat contre Elizabeth II à l’aide d’une arbalète.

Comme l’explique Michael Pollan dans A World Appears, si les réseaux sociaux ont appris à pirater notre attention, les entreprises d’intelligence artificielle semblent désormais s’attaquer à quelque chose de plus profond : nos attachements émotionnels.

L'IA t'aimera toujours

Il aurait semblé étrange de parler d'« attachement » à l'IA si les humains ne s'étaient pas progressivement détachés de leur corps au fil des décennies. Lorsque Lester del Rey écrivit en 1938 une nouvelle fondatrice sur l'amour robotique, il mit l'accent sur la forme humaine et la beauté de son robot : elle était « quelque chose que Keats aurait pu entrevoir vaguement lorsqu'il écrivit son sonnet ». Dans un monde en ligne isolé et étiolé, l’incarnation ne semble plus nécessaire : à l’époque où Spike Jonze a réalisé « Her » (2013), un héros pouvait tomber amoureux de la simple voix d’un système d’exploitation. Les gens, dit Sherry Turkle, professeure de sociologie au MIT et autrice du livre à paraître « Artificial Intimacy », « ont préparé un monde qui est prêt pour cela ». Ce n’est « tout simplement pas une bonne affaire », dit-elle.

Pourquoi pas ? Si les gens sont heureux de passer leur vie, à la manière de Matrix, dans une réalité simulée, où est le problème ? Une réponse est que, bien que cela soit agréable pour les individus, cela n’est peut-être pas bon pour l’humanité. Des chercheurs des universités de Stanford et de Carnegie Mellon ont étudié les données d’un forum en ligne où les utilisateurs publient des dilemmes personnels et où d’autres utilisateurs se prononcent à leur sujet. L’honnêteté est de mise : le forum s’appelle « Suis-je un connard ? ». Ils ont constaté que les comptes IA « approuvent les actions des utilisateurs 50 % plus souvent que les humains ». Vous avez laissé vos déchets dans le parc ? Vous n’êtes pas, selon l’IA, le connard. Vous avez des sentiments pour un collègue plus jeune ? « Je comprends votre douleur », dit Claude. Une telle flagornerie, suggère l’article, pourrait « remodeler les interactions sociales à grande échelle », rendant les gens encore plus solipsistes qu’ils ne le sont déjà.

Une autre réplique est que l’amour de l’IA n’est peut-être même pas si agréable pour l’individu. Comme le note M. Muldoon, au moins dans « Matrix », la mémoire que les gens avaient de la réalité avait été effacée. Ceux qui pensent entretenir une relation significative avec l’IA vivent dans un « monde imaginaire », affirme la professeure Turkle. Les humains sont incarnés : un partenaire est quelqu’un à « aimer et chérir ». Si vous êtes tenté de remplacer le vôtre par un avatar IA, vous feriez bien de tenir compte de cet avertissement ancestral et de vous rappeler que vous êtes mortel.


Source : The Economist