Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Dans les rues de toutes les grandes villes s’est déchaînée une violence inédite contre la France, son État, sa politique, sa culture mais aussi sa beauté… Un texte de Christian Rioux.
La mairie de Limoges s’effondre… 🥹
Classé monument historique, le bâtiment existait depuis 150 ans (1876) https://t.co/UW3Ej8UNm3
Le symbole est parlant : la magnifique mairie de Limoges a résisté à deux guerres mondiales. Samedi elle a été ravagée et incendiée par les émeutiers. Magasins pillés, office du tourisme incendié, statues de Marianne décapitées, résidence des préfets saccagée, mairies et préfectures vandalisées, octogénaires dépouillés, même l’académicien Jean-Claude Ruffin a été battu. Le 17 octobre est une journée historique à marquer au fer rouge. Jamais, la France n’avait vécu de telles émeutes étudiantes. Pas même en Mai 68.
L’importance des revendications (remplacement des professeurs, état des locaux, surcharges de travail, etc.) semble pourtant inversement proportionnelle au niveau de violence. La France consacre en effet 24 % de plus à l’éducation que la moyenne des pays de l’OCDE. Pensons simplement à ces élèves du lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis, qu’on a vu se plaindre sur les écrans du monde entier du délabrement de leur école. Ils se sont bien gardés de dire que sa rénovation était déjà bien engagée au coût de… 45 millions d’euros !
Place de la République à Paris, pas un drapeau français
Cette grève étudiante n’a rien à voir avec celles qui l’ont précédée et que j’ai couvertes depuis que je suis correspondant à Paris. Même les 3 millions de manifestants contre le CPE (2006), les 500 000 contre le CIP (1994), le million contre la loi Devaquet (1986) n’avaient pas fait de tels dégâts. La différence est évidente : avec ses drapeaux algériens et palestiniens, ce mouvement a été dès le début kidnappé par celui des banlieues et submergé par la même fureur et le même déchaînement que les émeutes de 2023.
Van a un país sin invitación. En 5 años, ni trabajan ni aportan ni respetan y además se enorgullecen de ello. Parasitan servicios y recursos sociales Vienen con una agenda cultural basada en el culto a la violencia. La única solución es la deportación. https://t.co/MgS6vidoh8
Il y aura évidemment des débats sur la responsabilité de tout cela. On entend déjà une certaine gauche — et les idiots utiles qui la soutiennent au Québec — blâmer la violence policière et dénoncer un gouvernement « fasciste » (dixit le député LFI Aymeric Caron). Ce samedi, on a pourtant vu des policiers submergés par le nombre et manquant cruellement d’effectifs et de moyens, ne serait-ce que pour protéger les dizaines de pompiers agressés par les émeutiers alors qu’ils tentaient d’éteindre des feux.
Mais l’important n’est pas là. Sans l’esprit des Français que j’ai croisés dans la rue, à l’épicerie comme chez le fleuriste, quelque chose semblait s’être cassé ce samedi. Devant ces scènes inédites au parfum insurrectionnel, il a bien fallu se rendre à l’évidence qu’elles exprimaient d’abord et avant tout une véritable détestation de la France. Sur BFM, LCI, CNews, France Info mes collègues n’avaient que ces mots à la bouche : on n’a jamais vu ça ! On se serait cru à Jérusalem, Bagdad ou Ryad. Je ne peux m’empêcher de comparer, toutes proportions gardées, cette fracture à celle que j’avais constatée de mes propres yeux dans l’esprit des Israéliens lors de la seconde intifada alors qu’ils découvraient sidérés que des fous de Dieu étaient prêts à se faire sauter à deux pas d’un marché, d’une école ou d’une gare routière. Cette fracture ne s’est jamais refermée.
L'apaisement n'est pas une politique. Chamberlain l'a essayé, et l'on sait où cela mène.
Le prochain président trouvera une France dans une situation cataclysmique. Il faudra aimer assez son pays pour se sacrifier, et prendre des décisions fortes. Je ne me suis pas engagé dans cette bataille par goût, mais parce que je veux sauver mon pays de ce que je vois.
Que la France reste la France, c'est le combat de ma vie.
Samedi, s’est déployé une révolte, non pas destinée à satisfaire des revendications précises, mais essentiellement dirigée contre la France et tout ce qui en est le symbole : mairies, écoles, commissariats, etc. Mais, j’ajouterais que cette révolte est aussi une révolte esthétique contre la magnificence de ses monuments, le charme de ses bords de Seine, l’harmonie de ses rues, l’élégance de ses places publiques, la splendeur de ses paysages. Bref, contre tout ce qui fait la beauté de la France.
De ça, le pays ne se remettra pas de sitôt.
Ce n'est pas la misère qui unit ces émeutiers. C'est leur haine de la France.
Ils vivent dans le même bain culturel et religieux, et ils répètent que la France les a colonisés et volés.
Tant que la France s'excusera, ils se croiront en droit de se venger. https://t.co/woAxjbW3Be
Les scènes place de la République nous montrent ce que serait une France gouvernée par l’extrême gauche du Nouveau Front Populaire : Drapeaux Français aux oubliettes. Drapeaux étrangers partout. Messages haineux. Voulez-vous cela pour la France ? Nous non.
https://t.co/i5XTeg5xYS
Ce n'est pas une révolte, c'est une revanche.
Dans leur mentalité, ils sont toujours colonisés. Ils le disent eux-mêmes : « La France nous a colonisés, désormais nous la coloniserons. Elle nous a volés, donc c'est normal de la voler. »
Ce n'est pas un hasard si c'était le 17 octobre, jour anniversaire de la manifestation interdite de 1961.
La loi confortant le respect des principes de la République (française) de 2021 a rendu l’instruction à la maison interdite par principe alors que c’était jusque là une liberté. Face à l’inutilité de cette réforme et ses nombreux effets délétères, les députés rapporteurs proposent de revenir à un régime déclaratif renforcé, plus simple, plus fonctionnel et probablement plus efficace.
La Mission d’information sur l’instruction en famille de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale française a rendu son rapport d’information ce mercredi 7 octobre 2026 (accessible ici). En un peu plus de 250 pages, ce rapport dévoile enfin de manière argumentée et irréfutable la vérité : la quasi-interdiction de faire l’école à la maison a été faite pour obliger à la scolarisation et non pour lutter contre le séparatisme.
Comme l’ont expliqué les rapporteurs dans leur présentation du rapport, la réforme a engendré de nombreuses difficultés, de nombreux surcoûts et un contentieux significatif sans que cela ne se traduise par aucun gain réel pour les élèves, les parents ou l’administration.
Les rapporteurs ont aussi noté une absence flagrante de données objectivées, en particulier d’ordre statistique, à la base de la réforme de 2021 et que la liberté d’instruction en famille a injustement été sacrifiée sur l’autel de la lutte contre les séparatismes : un prétexte infondé qu’aucune donnée documentée n’est venue attester, ni avant ni après l’entrée en vigueur de la loi.
60 % de baisse entre 2021 et 2026
C’est l’ampleur de l’effondrement engendré par le changement de régime : d’une simple déclaration à un régime d’autorisation fastidieux pour les parents, l’administration a pu progressivement réduire le nombre d’enfants instruits en famille (IEF). Ainsi, de 72.000 enfants en IEF en 2021 - année précédant la réforme, ils ne sont aujourd’hui plus que 28.000, ce qui représente une baisse de plus de 60 %.
Le système d’autorisation mis en place par la réforme de 2021 est illisible selon les rapporteurs.
L’administration devient subitement le meilleur juge de l’intérêt de l’enfant et autorise ou non une instruction en famille sans qu’il soit réellement possible de comprendre pourquoi et sans que les taux d’autorisations ne puissent être harmonisés entre les académies. Ce rapport met en lumière l’absence d’un réel problème de séparatisme islamiste dans cette réforme et montre comment l’Éducation nationale s’est piégée dans sa justification. En effet, toute la justification de ce régime plus restreint reposait sur la volonté de lutter contre le séparatisme islamiste, l’intégrisme et le dévoiement de l’école à la maison. Comme si des milliers de petites filles étaient enfermées dans les caves de parents prétendant faire l’IEF. Or, malgré les demandes, aucun chiffre inquiétant n’a été produit par les services de l’État. Non seulement les allégations n’ont jamais été étayées, mais pire : l’Éducation nationale a reconnu finalement ne pas bien connaître ces enfants et ces parents car elle ne disposait pas d’outils statistiques suffisants.
En réalité, l’IEF était en pleine croissance jusqu’à la Covid pour différentes raisons, et l’Éducation nationale commençait à rencontrer des difficultés pour assurer l’effectivité des contrôles. Il lui fallait donc diminuer drastiquement le nombre d’enfants en IEF et la lutte contre l’islamisme ne fut qu’un prétexte. Ainsi, des milliers de familles ont subi les préjugés et ont été pointées du doigt comme des séparatiste, alors que ce n’est absolument le cas.
Ce rapport montre la diversité de l’instruction en famille qui ne se résume pas à quelques clichés :
beaucoup le font de manière contrainte en raison du handicap de leurs enfants ;
plus de la moitié ne fait l’IEF qu’un an ou deux;
par convenance familiale ou pour redonner confiance à l’enfant en raison de harcèlement ou de phobie scolaire;
certains le font car c’est plus pratique;
d’autres parce qu’ils veulent « proposer autre chose » à leurs enfants;
ou sont (de plus en plus) déçus de l’école publique;
il y a des gens du voyage;
il y a des écologistes et
il y a monsieur et madame tout le monde, riches ou pauvres.
Ce rapport démontre formellement que le régime d’autorisation n’améliore par la qualité de l’instruction, il apporte au contraire un flot de contraintes et de problématiques ; sans réaliser aucune économie ou avantage réel.
Thibault van den Bossche, chargé de plaidoyer pour la liberté religieuse l’ECLJ (le Centre européen pour le droit et la justice), a été auditionné le lundi 12 octobre 2026 par la commission des pétitions du Parlement européen. Face à l’inertie de Bruxelles, la commission maintient ouverte la pétition de l’ECLJ « sur la montée présumée des sentiments antichrétiens et la nécessité d’une protection égale dans l’ensemble de l’Union », et poussera pour une résolution en plénière.
La nécessité d’agir s’appuie sur la réalité des chiffres globaux fournis par l’Observatoire sur l’intolérance et la discrimination à l’encontre des chrétiens en Europe (OIDAC Europe), qui a recensé 2 211 crimes de haine antichrétiens sur le continent pour la seule année 2024, incluant 274 agressions physiques directes et 94 incendies criminels d’églises. L’ECLJ a ouvert l’audition sur le rappel du meurtre atroce d’Ashur Sarnaya, réfugié irakien chrétien ayant fui l’État islamique en 2014 pour finalement être égorgé à Lyon en septembre 2025 par un Algérien musulman radicalisé. Les trois visages d’une invisibilisation systémique
Cette violence antichrétienne en Europe demeure largement occultée en raison de trois obstacles majeurs :
La sous-comptabilisation par les États, qui qualifient souvent le vandalisme des églises de simples « atteintes aux biens » et omettent de transmettre leurs données aux instances internationales comme l’OSCE.
La sous-déclaration par les victimes, qui renoncent à porter plainte par résignation, par peur ou par tendance à relativiser les faits.
Un biais idéologique et politique, qui perçoit le christianisme uniquement comme une religion historiquement dominante et refuse de concevoir que les chrétiens puissent, eux aussi, être des victimes.
En réponse, l’ECLJ demande dans sa pétition la nomination d’un Coordinateur de l’Union européenne chargé de la lutte contre les attaques et les discriminations contre les chrétiens, à l’instar des postes créés en 2015 pour les communautés musulmanes et juives. Nous réclamons également le renforcement de la collaboration entre les communautés, la société civile et les États afin de bâtir des cadres nationaux de coopération, briser l’autocensure et déployer des protections efficaces.
Le clivage politique de Bruxelles face au «deux poids, deux mesures»
Lors des débats, les représentants du Parti populaire européen (PPE), des Patriotes pour l’Europe (PFE), des Conservateurs et réformistes européens (ECR) et de l’Europe des nations souveraines (ESN) ont unanimement soutenu le maintien de la pétition, dénonçant une politique du « deux poids, deux mesures ». À l’inverse, les bancs des groupes du centre et de gauche sont restés intégralement vides. Ce désintérêt flagrant a été vivement fustigé par l’eurodéputé allemand Tomasz Froelich (ESN), rappelant qu’il s’agit pourtant de violations caractérisées des droits de l’homme.
De son côté, le représentant de la Commission européenne au titre de l’article 17 du TFUE (relations avec les Églises) a livré une réponse particulièrement timorée. Tout en concédant le caractère inacceptable des violences, l’exécutif européen a affirmé qu’il comptait utiliser les textes existants mais « ne prévoyait pas de développer de nouveaux dispositifs », se défaussant ainsi sur la seule responsabilité des États membres. Illustrant cet immobilisme persistant, l’eurodéputée française Virginie Joron (PFE) a rappelé qu’une question écrite avait été déposée dès le 22 octobre 2025 par Fabrice Leggeri (PFE) pour exiger la nomination d’un Coordinateur européen, une interpellation restée sans réponse satisfaisante de la part de la Commission.
La situation locale n’en demeure pas moins alarmante. L’eurodéputée espagnole Margarita de la Pisa Carrión (PFE) a condamné le silence des institutions face à ce qui s’apparente à la plus grande persécution religieuse sur le continent, rappelant que 67% des prêtres espagnols rapportent avoir subi des insultes ou des moqueries. En France, l’eurodéputée Laurence Trochu (ECR), qui conduit une pétition connexe réunissant déjà plus de 15 000 signatures, a pointé du doigt l’explosion de 70 % des atteintes aux personnes chrétiennes entre 2024 et 2025. Elle a également rappelé que le Parlement européen avait déjà validé le principe d’une telle protection en adoptant dans une résolution du 21 janvier 2026 un amendement qu’elle avait proposé déplorant l’absence de coordinateur dédié, tout en mettant en parallèle le sort des 380 millions de chrétiens persécutés à travers le monde.
Face à l’insuffisance des réponses de l’exécutif, la commission PETI a choisi de maintenir la pétition ouverte. Elle exige désormais des informations officielles complémentaires de la Commission européenne et poussera pour obtenir un débat en plénière suivi d’une résolution. La nomination d’un Coordinateur européen est une pure question d’égalité et de justice, une demande d’ailleurs largement soutenue par l’Intergroupe sur la liberté de religion, la COMECE (Conférence des évêques de l’UE), le nonce apostolique Monseigneur Noël Treanor, ainsi que de nombreuses organisations de la société civile européenne.
Signe qu’une prise de conscience globale est en cours, le 8 octobre 2026, le Parlement européen a adopté une résolution majeure sur la nécessité pour l’Union de se doter d’une stratégie contre l’entrisme islamiste et l’influence du réseau des Frères musulmans. Les eurodéputés y identifient explicitement la « haine antichrétienne » au même titre que l’antisémitisme, la soumission des femmes ou la remise en cause de la laïcité, comme un marqueur clair de radicalisation idéologique. De plus, le 24 juin 2026, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) est elle aussi saisie du sujet à travers une motion de résolution transpartisane intitulée « Crimes de haine, intolérance et discrimination à l’encontre des chrétiens d’Europe », exhortant les États à développer une stratégie commune pour prévenir ces crimes, y compris en ligne, et pour sécuriser les lieux de culte.
Chapitrage : 00:00 Introduction 01:08 Pourquoi la France ne fait-elle plus d’enfants ? 07:26 Une crise démographique historique 10:08 Natalité : jusqu’où l’État peut-il intervenir ? 13:34 La société du « sans engagement » 16:55 Applications de rencontre : le paradoxe du choix 22:16 Tinder et la frustration des hommes et des femmes 26:16 Applications de rencontre, masculinisme et guerre des sexes 31:31 Peut-on vraiment nier les différences entre hommes et femmes ? 36:07 Marchandisation de l’intime 45:34 Le consentement suffit-il ? 51:19 Dark Romance : la pornographie des femmes ? 01:05:08 Love coaches et nouvelles injonctions amoureuses 01:10:01 Pourquoi est-il devenu si difficile de se mettre en couple ? 01:16:50 Le mariage est-il devenu « un simple bout de papier » ? 01:22:16 À quoi sert encore le mariage ? 01:30:06 La peur de l’engagement et de fonder une famille 01:34:43 "Tocophobie" : pourquoi la grossesse fait-elle peur ? 01:39:16 Réseaux sociaux, corps féminin et peur de changer 01:42:17 Que se passe-t-il quand les enfants disparaissent de notre quotidien ? 01:44:57 Accepter de ne pas tout contrôler 01:48:48 Littérature, désir et reconquête de l’altérité 01:52:29 Grand Enfant : pourquoi avons-nous oublié l’enfance ? 01:54:02 Conclusion
Hélène Calas : «La première cause de la dénatalité est l’instabilité conjugale»
En 2025, le taux de fécondité en France a atteint son niveau le plus bas depuis l’après-guerre. Le résultat d’un basculement culturel, initié en mai 68, qui a sapé les fondements du couple, estime l’auteur d’une étude sur «la dénatalité française comme choc anthropologique».
Entre 1965 et 1975, l’indice conjoncturel de fécondité en France passe de 2,85 à 1,93 enfant par femme. Un enfant disparu en dix ans, pour chaque femme. Ces chiffres paraissent presque confortables au regard de la situation actuelle : en 2025, l’Insee estime le taux de fécondité à 1,56 enfant par femme, niveau le plus bas depuis l’après-guerre. Pour expliquer ce recul, on invoque toujours les mêmes causes : prix du logement, insuffisance des modes de garde, écoanxiété. Mais l’on aborde rarement par la question la plus centrale : pourquoi semble-t-il de plus en plus difficile de former et maintenir un couple, et créer une famille ? Un mouvement historique, célébré comme une grande libération des mœurs, a précisément attaqué ce point névralgique. Ce mouvement s’appelle Mai 68. Il est d’abord utile de rappeler une évidence que la mythologie commémorative a soigneusement gommée : l’émancipation juridique des femmes ne naît pas sur les barricades du Quartier Latin. Le 13 juillet 1965, la loi accorde à la femme mariée la pleine capacité juridique : elle peut ouvrir un compte bancaire, exercer une profession, contracter sans l’autorisation maritale. Deux ans plus tard, en 1967, la contraception est légalisée, sur proposition du député gaulliste Lucien Neuwirth, compagnon de la Libération, abrogeant la loi de 1920 qui interdisait jusqu’à l’information sur les moyens anticonceptionnels. Autrement dit, lorsque les pavés commencent à voler, les grandes réformes sont déjà votées.
Mai 68 n’a donc pas libéré les femmes, mais mis la dernière touche à un tableau déjà peint par la Vᵉ République. Et surtout, il a traduit en combat politique ce qui flottait dans l’air du temps : la famille devint une prison, le mariage une convention bourgeoise, la fidélité un archaïsme. Il fallait briser les cadres. On allait voir ce qu’on allait voir. Le démographe Louis Roussel fut l’un des rares à nommer ce que d’autres se contentaient de mesurer. Dans La famille incertaine (1989), il écrit : «d’assurée, la famille est devenue incertaine». Pendant des siècles, elle avait été structurante. Elle avait constitué une institution. Elle organisait les rôles, stabilisait les alliances, garantissait la transmission. Elle fixait des rôles, des obligations, des attentes. Elle encadrait le désir, le disciplinait autant que possible, l’inscrivait dans une durée. Une première brèche avait été ouverte au XIXᵉ siècle avec le triomphe du mariage d’amour bourgeois, qui substituait la passion à l’alliance. Mai 68 poussait le mouvement, en délégitimant les dernières contraintes institutionnelles qui tempéraient encore le désir. Son véritable héritage est donc là : faire du désir l’unique fondement du lien conjugal.
Or le désir ne se légifère pas, ne se promet pas, ne se contracte pas. Il est volatil, fragile. S’il devient l’unique fondement de la relation, toute contrainte apparaît illégitime. Pourquoi rester ensemble si l’on ne s’aime plus ? Pourquoi promettre ce que l’on ignore pouvoir tenir ? Peu à peu alors que le désir devint souverain, l’idée même d’engagement durable prit des airs de superstition, de « pari fou ». On déplaçait toute la charge de la relation vers l’intériorité des individus. Autrefois, l’institution matrimoniale fixait des rôles, des obligations, des attentes. Elle encadrait le désir, le disciplinait un peu, l’inscrivait dans la durée, proposait, in fine, un chemin qu’avait emprunté les millions de couples de l’histoire humaine. Après Mai 68, le couple dut se fabriquer lui-même, sans structure préalable, avec pour unique ciment la passion. Un matériau magnifique pour écrire des romans, beaucoup moins pour bâtir une maison.
Gilles Lipovetsky a décrit ce moment dans L’Ère du vide (1983), parlant de «première révolution indifférente». Après la révolte collective vint celle de l’individu narcissique. La grande transformation culturelle n’était pas tant la libération des mœurs que l’installation d’un individu qui enfin, se regarde vivre. Mais Narcisse ne fonde pas une lignée. Il passe son temps à se contempler. « Sous les pavés, le libertinage » : le slogan n’a jamais existé tel quel, mais il résume mieux que n’importe quel tract ce que Mai 68 a réellement accompli sur le plan conjugal. Non pas la libération d’un désir opprimé, mais la destruction des cadres qui permettaient au désir de s’inscrire dans la durée. On a pris l’institution pour une cage, oubliant qu’elle était aussi une armature.
Comment donner encore plus de pouvoir au désir « libéré » ? Un nouveau basculement intervenait en 1975. En janvier, la loi Veil légalisait l’interruption volontaire de grossesse. En juillet, le divorce par consentement mutuel était instauré. Jusqu’alors, depuis la loi Naquet de 1884, le mariage ne pouvait être rompu que par la faute ou par la mort. Désormais, il devient révocable par simple accord des époux. Les chiffres suivent. Entre 1950 et 1970, la France comptait environ 33 000 divorces par an. En 1986, ils dépassent 108 000. Les mariages reculent. Et surtout, l’âge moyen de la mère au premier enfant, qui diminuait depuis 1950, repart à la hausse : 24,1 ans en 1975, 28,9 aujourd’hui.
Le recul de l’âge au premier enfant est probablement l’un des phénomènes démographiques les plus sous-estimés du débat public. Les travaux d’Éva Beaujouan à l’INED (Institut national d’études démographiques) montrent que les ruptures conjugales réduisent mécaniquement la fécondité individuelle. Les unions hors mariage sont statistiquement plus instables que les unions mariées. L’effet cumulé est simple, moins de stabilité, moins d’enfants. Ce n’est pas tant la contraception qui fait des berceaux vides, que l’instabilité conjugale, et l’inédit historique de l’individu qui n’arrive plus à se lier durablement. Les Français continuent de souhaiter des enfants, environ deux par couple dans les enquêtes d’opinion, mais ils repoussent le moment de les avoir. Il faut d’abord finir ses études, trouver un travail stable, voyager, et sacrifier à la sacro-sainte « réalisation de soi-même ». Pendant ce temps, l’horloge biologique ne se met pas en pause.
Les enfants viendront donc après notre jouissance sans entrave. Mais là est l’ironie la plus mordante : de nombreuses études analysent désormais la mort du désir, et une véritable récession sexuelle ! L’Ifop dans son enquête « Sex recession » de 2024, soulignait que la proportion de Français ayant eu un rapport sexuel au cours de l’année était tombée à 76 %, soit 15 points de moins qu’en 2006, le niveau le plus bas observé depuis un demi-siècle. Chez les 18-24 ans initiés sexuellement, près de 28 % n’avaient eu aucun rapport sexuel en un an, contre 5 % seulement en 2006. Et la fréquence hebdomadaire des rapports recule elle aussi. La liberté sexuelle proclamée a débouché sur une étrange austérité intime. Le sexe est partout dans les discours, les images, les écrans ; il est absent des chambres. On a fini par fragiliser le terrain même où le désir pouvait s’épanouir. Comme l’écrit Vincent Cocquebert dans son ouvrage récemment paru La Guerre de Sexcession, « l’héritage de la révolution sexuelle des années 1970 semble avoir été liquidé au profit d’un imaginaire rétro-puritain ».
Il ne s’agit évidemment pas de regretter le mariage forcé. On peut au moins reconnaître une vérité simple : une société prônant la satisfaction permanente du désir ne peut se développer, et se maintenir dans le temps. En libérant le désir, en lui donnant tout pouvoir et toutes les responsabilités, Mai 68 a rendu la chair bien triste. Le mouvement qui prétendait libérer l’individu l’a livré à la plus exigeante des tyrannies : celle de ses propres affects, sans filet institutionnel, sans durée garantie. C’est peut-être là sa plus subtile servitude. L’institution soutenait les couples ; aujourd’hui le couple doit se soutenir, dans un environnement hostile. Soixante ans plus tard, les slogans ont mal vieilli.
Jérôme Fourquet et Ruben Rabinovitch associent leur expertise pour analyser avec brio le basculement psychique de l’Occident.
La parution d’un livre de Jérôme Fourquet est toujours un moment spécial pour les amateurs d’études et de dynamiques sociales. Alors quand un psychologue, Ruben Rabinovitch, le rejoint dans son travail d’analyse, cela devient un événement. Homo occidentalis (Seuil) est le fruit de ce mariage interdisciplinaire. Aux graphiques et camemberts du sondeur s’ajoutent les études et témoignages du psychologue. À l’interprétation du geste succède la lecture des tourments de l’âme. Le livre est touffu, dense et narre le basculement anthropologique et psychique de l’homme occidental, lequel n’est pas uniquement mû par ses intérêts économiques. On comprend, en effet, que les affects, les désirs, les blessures et les pulsions déterminent autant, sinon plus, une attitude sociale que les conditions de vie matérielles ou l’appartenance à une classe sociale.
Les lecteurs de Fourquet retrouveront également, dans ces 450 pages passionnantes, des éléments augmentés ou actualisés de ses précédents ouvrages, comme la déchristianisation, le culte du corps, le choix des prénoms, la popularisation des tatouages, les rites funéraires, les phénomènes d’addiction, les structures familiales… Le tout est agrémenté de récits historiques, de développements internationaux, de références à la culture populaire et d’exemples de patients en thérapie, dont le vécu concrétise une évolution sociale. Mais arrêtons-nous sur un élément de ce livre qui constitue, selon nous, le sujet des sujets et qu’on pourrait qualifier, pour la société actuelle, d’acte fondateur : la fin du patriarcat. On parlerait volontiers d’un « péché originel » si cette expression ne comportait pas en elle un jugement moral. Au regard des conséquences qui se vérifient par ondulation, il est toutefois permis de poser un regard lucide sur cette rupture.
Car la fin du « patriarcat » a entraîné bien plus que la disparition d’un système de domination masculine. Elle est, selon les auteurs, à l’origine de l’effacement de la figure du père, du refus de toute verticalité, de la défiance généralisée vis-à-vis de l’autorité et de bien d’autres comportements néfastes pour la cohésion sociale. Elle est à l’origine d’une véritable anthropofracture, soit la conception d’un « homme nouveau ». Non pas que le schéma patriarcal fût en lui-même parfait, loin de là. Les reproches sont nombreux : possibilité de déshériter sa descendance, relégation des femmes, droit de correction sur les enfants, avantage légal, écrasement psychologique des fils… Mais, dans ce livre, c’est davantage la dimension symbolique de ce basculement qui est examiné que la question de la perte du statut privilégié des hommes.
Cet ordre social reposant sur la figure du père, « qu’on dirait granitique, impliquait une grande cohérence et une extrême stabilité. […] L’obéissance était, à tous les échelons, une valeur promue socialement. […] La fonction paternelle n’était pas seulement incarnée par le père de famille à la maison, mais de haut en bas de tout l’édifice social », écrivent les auteurs.
Charles de Gaulle et son épouse, Yvonne, sur une plage irlandaise, en 1969.
Une position qui impliquait des droits, mais aussi des devoirs : « Le pater familias, s’il est placé au sommet de la hiérarchie familiale, est aussi considéré comme responsable de l’intégrité matérielle et morale de ses membres : il doit en répondre devant le corps social et devant la loi. » Si elle garantissait la stabilité, cette « société d’ancien régime psychique» était aussi marquée par le secret, le refoulement, la honte et la culpabilité.
Des sentiments qui ont nourri de nombreuses œuvres littéraires et rempli les cabinets de psychologues. « Les névroses procédaient précisément de cet écart déchirant entre les désirs des individus et l’interdit que leur adressait le discours paternel », lit-on dans le livre.
Les baby-boomeurs, démographiquement nombreux, amorceront la grande bascule. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, « les pères européens sont des pères défaits militairement [Note du carnet: mais on verra la même chose aux États-Unis et au Canada, gagnants dans le conflit...], des pères souvent discrédités moralement et délégitimés dans leur rôle de garant d’un ordre et de valeurs à transmettre », selon Fourquet et Rabinovitch. Une explication à nuancer quand on sait que le général de Gaulle instaura « le mythe de la victoire », précisément pour contrer ce sentiment dépréciateur. Ce récit fut présent dans tous les manuels scolaires, à la télévision et répété tous les 8 Mai devant les monuments aux morts.
Quand ce n’était pas le silence ou le mensonge familial, c’est ce mythe qui fut largement partagé dans les foyers, ainsi que l’a montré le sociologue Henri Mendras. De même, de Gaulle avait compris l’urgence de moderniser le pays en réinstaurant le « père » à travers la figure de l’ingénieur d’État, qui fait entrer la France dans un futur radieux, grâce au TGV, au Concorde, à Ariane, au nucléaire… «La jeunesse a besoin de mythes », estimait-il.
En outre, là où le nationalisme fut en perte de vitesse après 1945, l’idéal révolutionnaire connut une expansion auprès de la jeunesse occidentale, de plus en plus diplômée. En France, des intellectuels marxistes ont fourni le matériau idéologique qui allait permettre à la bourgeoisie étudiante de se défaire des anciennes attaches. On pense notamment à Michel Foucault et à sa dénonciation des rapports de domination. « Papa pue ! » écrivaient sur les murs de la Sorbonne les étudiants de Mai 68. De Gaulle lui-même incarnait cette figure paternelle devenue le symbole d’un étouffement qui suscitera la révolte.
Très souvent « confronté à un mode relationnel égalitaire entre parents et enfants » dans son cabinet, Ruben Rabinovitch raconte le cas d’un garçon de 12 ans, Tom, qui insulte ses parents. Un enfant tyrannique, sans cesse dans la conflictualité. «Nombreux sont aujourd’hui les parents qui ne parviennent pas à puiser en eux les capacités nécessaires pour poser une limite à la toute-puissance de leurs enfants, explique-t-il, quand, jadis, la fonction de limitation des pulsions visait à transmettre à l’enfant l’intégration de la frustration.» Et à lui faire comprendre qu’il n’est pas le « centre du monde ».
Enfant roi. Autre constat déroutant : quand les enfants font l’éducation de leurs parents. Le psychologue parle d’un phénomène de «parentalisation des enfants », lesquels enseignent à leurs parents la manière d’être dans un monde qui leur échappe. Les pères d’aujourd’hui, pour ceux observés par Ruben Rabinovitch, admettent « ne pas disposer “des outils” et de la légitimité symbolique et sociale pour faire face au dur métier de papa ». Le témoignage de cette patiente, lasse de son mari qui ne remplit pas son rôle de père, est éclairant : « Je suis contrainte d’occuper toutes les places. Je n’y arrive pas. Il se comporte comme une mère de seconde zone ou comme un gentil grand frère. » Professeur d’université, Baptiste, lui, va jusqu’à se demander : « De quel droit serait-il autorisé à imposer sa volonté à un autre être humain, même à ses enfants?» Le reste du livre ressemble à un ruissellement qui partirait, sur fond de déchristianisation, de cette rupture historique pour se propager dans toutes les sphères de la vie…
Le mardi 6 octobre 2026 restera peut-être dans l’histoire comme l’une des journées les plus marquantes des mathématiques. Ce jour-là, OpenAI, une entreprise américaine spécialisée dans l’intelligence artificielle, a annoncé que ses agents d’IA, propulsés par un modèle qui n’a pas encore été rendu public, avaient résolu au moins 372 problèmes mathématiques anciens en l’espace de quelques semaines.
Ces résultats, détaillés dans plus de 700 articles de recherche rédigés par l'IA, donnent une idée de l'échelle : rien de tel n'avait jamais été produit, ni à cette vitesse. De quoi déranger plus d'un. Beaucoup de chercheurs se réjouissent à l'idée de vérités mathématiques nouvelles, mais ils s'inquiètent aussi pour leur discipline. Si l'on n'y prend pas garde, préviennent-ils, ces mathématiques produites en série vont multiplier les solutions sans faire progresser la compréhension.
Les progrès de l’IA en mathématiques ont été rapides. Le mois dernier, OpenAI affirmait déjà que ce même modèle interne avait résolu le problème de Navier-Stokes, l’un des célèbres problèmes problèmes du Prix du millénaire, en seulement 88 heures. Des centaines d’autres problèmes majeurs auraient désormais été résolus. Ils couvrent l’ensemble du champ mathématique, de l’algèbre et de la géométrie aux probabilités et à la logique, et comprennent de nombreux problèmes qui résistaient aux spécialistes depuis des décennies. En moyenne, les ressources de calcul nécessaires à ces mathématiciens autonomes pour parvenir à une solution correspondaient à environ trois heures de raisonnement avec les modèles qu’OpenAI met à la disposition du public.
Les autres problèmes du Prix du millénaire restent irrésolus, mais des avancées semblent avoir été réalisées sur un ou deux d’entre eux. La plus notable concerne l’hypothèse de Riemann, qui porte sur la répartition des nombres premiers. Parmi cette avalanche de travaux figure également une démonstration dont les auteurs affirment qu’elle résout une conjecture particulièrement difficile : la conjecture de Kakeya maximale en dimension trois. En juillet, Hong Wang, mathématicienne à l’Institut Courant de l’université de New York, a reçu la médaille Fields, l’équivalent du prix Nobel en mathématiques, pour ses travaux sur un problème étroitement lié.
Il faudra probablement des années aux mathématiciens pour déterminer précisément quelles avancées ont été réalisées et par quels moyens. Nombre des articles dépassent les 100 pages. Seuls 127 des problèmes résolus sont accompagnés d’un code permettant de vérifier la cohérence logique des démonstrations, une pratique courante dans la discipline. Le raisonnement interne des agents n’a, quant à lui, été rendu public que pour dix de ces problèmes. Les 372 problèmes résolus ne constituent par ailleurs qu’un sous-ensemble des 4 000 problèmes soumis aux agents d’OpenAI. L’entreprise n’a pas publié les données permettant de savoir lesquels ont dépassé les capacités de ses systèmes. Une telle transparence permettrait de mieux évaluer les capacités de cette technologie, mais aussi ses limites.
Certains chercheurs craignent qu’une telle approche ne favorise pas les progrès mathématiques à long terme. Peu après l’annonce, le mois dernier, de la résolution du problème de Navier-Stokes par OpenAI, 28 médaillés Fields ont publié une lettre ouverte dans laquelle ils avertissaient que l’approche des laboratoires d’IA était en contradiction avec les objectifs de la discipline. En utilisant des problèmes mathématiques non résolus comme critères d’évaluation des capacités de leurs nouveaux modèles, expliquaient-ils, les concepteurs de ces systèmes risquent de clore prématurément certaines voies de recherche sans faire émerger de nouvelles techniques, de nouvelles questions ni, en définitive, une compréhension plus profonde. Depuis, plus de 8 000 de leurs collègues ont également signé cette lettre.
OpenAI affirme avoir pris ces avertissements en considération. Pour déterminer comment rendre publiques ses nouvelles découvertes, l’entreprise dit s’être appuyée sur les recommandations d’un groupe consultatif indépendant composé de neuf mathématiciens réputés, constitué à la suite de l’annonce concernant Navier-Stokes. Outre la publication de certains éléments du raisonnement interne de ses modèles, OpenAI a promis de financer une série de conférences destinées à favoriser la compréhension et l’évaluation des résultats.
En définitive, l’ampleur de cette publication signifie que son véritable impact ne pourra être apprécié qu’avec le recul. « L’importance réelle d’un problème se mesure finalement aux nouvelles pistes de recherche qu’il ouvre et à ce que sa démonstration permet de comprendre d’autres problèmes », explique Martin Hairer, de l’EPFL, une université suisse. Membre du groupe consultatif d’OpenAI, il a également signé la lettre des médaillés Fields. Pour l’heure, les questions que l’IA pose aux mathématiques sont davantage existentielles que numériques.
Laurent Dandrieu dans Valeurs actuelles à l'occasion du décès de Catherine Ringer sur le nouveau monde qui se défausse de ses propres turpitudes sur l’ancien monde qu’il a renversé. Pour lui, en jetant aux orties la morale traditionnelle, on a laissé le champ libre à la loi du plus fort, qui triomphe quand les règles sont lettre morte.
La mort de Catherine Ringer, talentueuse chanteuse des Rita Mitsouko, emportée à 68 ans par un cancer foudroyant, a été l’occasion pour les médias de retracer un parcours qui fut parfois chaotique. Avant de connaître le succès dans la musique, la chanteuse, qui avait quitté sa famille à 13 ans, devint à 17 ans actrice de porno — une vingtaine de films en une dizaine d’années. Après avoir d’abord revendiqué fièrement cette expérience, à sa manière bravache, elle vint sur le tard à l’imputer à l’emprise qu’avait exercée sur elle, depuis ses 13 ans, « un pervers narcissique qui m’a entraînée vers les zones pornographiques, vers le viol ».
Portant un regard critique sur ce milieu où la femme est réduite à « un paquet de viande », elle incrimina le climat libertaire des années 1970, qui fut souvent le paravent de nouvelles formes d’esclavage : « On disait: […] “Vive l’amour libre.” Donc, vas-y, t’as 15 ans […] on va faire comme dans Emmanuelle, tu vas devenir l’esclave d’un mec qui a 45 ans […]. Moi, je me suis laissé faire aussi, et j’en ai beaucoup souffert. J’ai beaucoup pleuré. J’ai eu beaucoup de séquelles. » Ces propos, tenus en 2017, ont été plus tard commentés par l’actrice Judith Godrèche, en mettant elle aussi en cause « cette période où, sous prétexte […] de secouer le vieux monde […], on a été pas mal de petites jeunes filles […] qui ne se sont pas enfuies, qui n’ont pas dit non […]. J’en fais partie ».
“Sous prétexte de secouer le vieux monde”: la phrase est révélatrice, car c’est justement le vieux monde qui, sous le nom infamant de patriarcat, est jugé par les féministes, Judith Godrèche en tête, coupable de toutes les violences faites aux femmes. Or le point commun entre Catherine Ringer et Judith Godrèche, comme entre beaucoup de victimes d’abus sexuels, c’est que ces violences n’ont pas été commises par le vieux monde, mais par le nouveau, celui-là même qui prétendait mettre à bas toutes les valeurs morales et ce patriarcat censé résumer à lui seul toutes les iniquités et les oppressions du “monde d’avant”.
Ce n’est pas du patriarcat que Judith Godrèche a été victime, mais d’un cinéaste libertin qui l’a prise sous sa coupe à l’âge de 14 ans, et du laxisme de parents qui l’ont laissé faire. Ce n’est pas du patriarcat que fut victime à 14 ans Vanessa Springora, l’auteur du Consentement, mais de la pédophilie d’un écrivain qui prétendait qu’il n’y avait plus d’autre morale que son bon plaisir. Ce n’est pas le patriarcat qui est responsable des incestes dénoncés par Camille Kouchner dans la Familia grande, mais l’état d’esprit d’un milieu où l’on trouvait normal d’initier sexuellement les enfants dès le plus jeune âge, fût-ce en famille. Et si un système a couvert ces abus, ce n’est pas au nom du vieux monde et de la morale, mais du nouveau et de sa règle d’or: “Jouir sans entraves.”
Il ne s’agit pas ici de défendre aveuglément le patriarcat, s’il est le nom qu’on veut donner à la société déchristianisée qui, depuis le XIXᵉ siècle, avait trop souvent placé les femmes dans une situation de sujétion. Mais à travers lui, les féministes ont voulu jeter aux orties la morale traditionnelle, celle qui assurait la solidité de la famille et jetait l’opprobre sur certains comportements sexuels dégradants. Or la morale n’est pas un instrument d’oppression, le joug imposé par une caste de privilégiés pour défendre ses prérogatives, un obscurantisme qui vise à maintenir le bas peuple dans un état de subordination. C’est avant tout une barrière, un garde-fou, la traduction dans la loi ou les mœurs de cette maxime de Camus: « Un homme, ça s’empêche. » Par les interdits qu’elle pose, elle bâtit un rempart contre la loi du plus fort qui s’impose dès que les règles deviennent lettre morte.
La libération sexuelle a cru voir dans la mort de la morale un gage de liberté: pour bien des femmes, cette liberté a fait d’elles les jouets des libertins, ces “paquets de viande” dont des hommes sans scrupules ont pu user comme bon leur semblait. Il serait temps de le réapprendre: la liberté sans morale n’est bien souvent que le prélude à l’esclavage.
Lors du « Vendredi violet », journée annuelle de propagande à la cause LGBTQI +, à Utrecht (Pays-Bas), le 9 décembre 2022.
Aux Pays-Bas, l’acceptation de l’homosexualité chez les adolescents recule
Dans ce pays pionnier en matière de droits LGBTQI + en Europe, la publication d’une étude, lundi 21 septembre, soulignant une baisse significative de la tolérance des jeunes Néerlandais vis-à-vis de l’homosexualité inquiète les associations.
Difficile de croire que ces chiffres sortent d’une étude réalisée aux Pays-Bas, qui a été le premier pays du monde à légaliser le mariage entre personnes de même sexe, dès 2001, et dont le premier ministre, Rob Jetten, est ouvertement homosexuel. Pourtant, les recherches menées par l’université d’Utrecht et l’Institut Trimbos sont sans appel : sur les près de 7 000 adolescents âgés de 11 ans à 16 ans interrogés, il ressort que, parmi les garçons, la tolérance envers l’homosexualité est passée de 40 % à seulement 22 % entre 2021 et 2025, et que le sentiment de pouvoir en parler ouvertement à l’école a chuté de 60 % à 45 %.
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Dans sa vie quotidienne, le lycéen ne cache pas son homosexualité mais confie avoir parfois peur pour sa sécurité quand il marche dans la rue, depuis un incident survenu il y a dix-huit mois : « Un groupe de garçons est arrivé, je crois qu’ils avaient à peu près mon âge, et ils m’ont dit de me mettre à genoux et que je devais prier pour me faire pardonner mes péchés. » Avant de poursuivre : « Le climat est frustrant, parce qu’il n’y a vraiment rien que tu puisses y faire toi-même. Il existe une sorte de domination masculine machiste. »
C’est précisément dans cette idéologie de la « manosphère » que l’explication du déclin de la tolérance envers l’homosexualité aux Pays-Bas est à chercher, selon l’association COC. Très influente en ligne, notamment auprès des jeunes garçons, cette communauté met en avant des rôles traditionnels qui incomberaient aux hommes et aux femmes. Ce culte de l’hypermasculinité s’accompagne souvent d’une hostilité déclarée envers le féminisme, mais aussi, plus indirectement, envers l’homosexualité, perçue comme un écart à ces normes.
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« Cette baisse de l’acceptation de l’homosexualité n’est pas liée à l’origine migratoire, éclaire la chercheuse Gonneke Stevens. C’est un phénomène général que nous retrouvons, dans l’étude que nous avons menée, dans tous les groupes, pas seulement chez les profils issus de l’immigration. Par ailleurs, le pourcentage de jeunes issus de l’immigration reste identique chaque année [c'est inexact], que ce soit en 2025 ou lors des études précédentes, en 2021 et en 2017. » [Les musulmans peuvent se radicaliser ou être plus francs.]
En 2017 : Selon le Landelijke Jeugdmonitor 2017 de l'office néerlandais de la statistique (CBS), environ 26 % des jeunes de moins de 25 ans étaient issus de l'immigration (première ou deuxième génération), dont 18 % d'origine non occidentale.
En 2025 : Selon le Landelijke Jeugdmonitor 2025, cette proportion atteignait 32,3 %. Sur un peu plus de 4,9 millions de jeunes de moins de 25 ans, 11,5 % étaient nés à l'étranger (première génération) et 20,8 % étaient nés aux Pays-Bas d'au moins un parent né à l'étranger (deuxième génération).
En huit ans, la proportion de jeunes issus de l'immigration est donc passée d'environ 26 % à 32,3 %, soit une augmentation de 6,3 points de pourcentage.
Commentaire de Mathieu Bock-Côté :
« Je lis avec un mois de retard cet article. Je suis fasciné par le déni de réel qui l'accompagne. La baisse de l'acceptation de l'homosexualité aux Pays-Bas n'aurait rien à voir avec l'islamisation du pays, et tout à voir avec le "masculinisme". Le Monde, c'est la Pravda. »
Certains s'opposent à ce que les adolescents lisent Jane Eyre. Mais le Parti adore ce roman. Lire le bon genre de roman d'amour ?
« Lectrice, je l'ai épousé » : c'est par cette phrase que s'ouvre le dernier chapitre de Jane Eyre.
Cette célèbre phrase est une douce musique aux oreilles des responsables chinois. Depuis septembre, le roman de formation victorien de Charlotte Brontë est devenu une lecture obligatoire pour tous les collégiens et lycéens chinois. Le gouvernement, qui veut justement inciter les Chinois à se marier et à faire des enfants, s'inquiète de voir les femmes demander de plus en plus le divorce. Cette héroïne indépendante, Mlle Eyre, qui refuse deux demandes en mariage avant de finir par se marier et d'avoir un fils, a, selon le Parti communiste, une ou deux leçons à donner à la jeunesse chinoise.
Selon certaines estimations, la Chine pourrait compter 250 millions d'habitants de moins en 2050 qu'aujourd'hui. Après avoir autrefois imposé une stricte limitation des naissances, le Parti intensifie désormais ses efforts pour bâtir une « société favorable à la natalité ». Sans grand succès : au premier semestre 2026, le taux de nuptialité a reculé de 7,5 %, tandis que le taux de divorce progressait de 3,9 %. L'an dernier, les naissances sont tombées à un niveau historiquement bas : moins de la moitié du nombre enregistré dix ans plus tôt.
En juin, le gouvernement a lancé une campagne de deux mois pour sévir contre les mini-séries qui font l'apologie du « culte de l'argent » et de « conceptions dévoyées du mariage ». Ces vidéos très courtes, extrêmement populaires, racontent souvent des histoires absurdes ou fantastiques. Parmi les genres en vogue figure celui du « PDG despotique », où de riches patrons autoritaires font tomber les femmes pauvres sous leur charme. Ce genre séduit tout particulièrement ceux qui estiment que les possibilités de progression sociale se réduisent en Chine.
Pourquoi promouvoir Jane Eyre ? Sur les réseaux sociaux, certains internautes voient dans le roman un prototype de ces fictions mettant en scène des « PDG despotiques ». Mlle Eyre, gouvernante issue d'un milieu modeste, conquiert le cœur de son riche employeur, Edward Rochester. Son caractère autoritaire et ombrageux correspond à celui des PDG stéréotypés de ces vidéos. Mais une récente chronique du Quotidien de Pékin, journal officiel, souligne clairement le message : « Jane est convaincue que l'amour doit reposer sur l'égalité des âmes plutôt que sur le rang social, la richesse ou l'apparence. Ce n'est que lorsque deux personnes s'aiment sincèrement qu'elles peuvent accéder au véritable bonheur. »
Le Quotidien de Pékin concède que certains parents s'opposent à l'idée d'imposer aux adolescents d'une quinzaine d'années l'étude d'un roman aussi centré sur l'amour. Mais Jane Eyre est profondément ancré dans l'imaginaire littéraire chinois : la première traduction est parue en 1917. Une adaptation du roman figurait parmi les premiers films occidentaux projetés en Chine après la mort de Mao, en 1976. Le président Xi Jinping a évoqué le livre en 2015, lors d'une visite en Grande-Bretagne. Une comédie musicale adaptée du roman a été présentée cette semaine à Pékin. Aux yeux des Victoriens, Mlle Eyre pouvait passer pour une effrontée. Mais elle est aux antipodes des féministes chinoises d'aujourd'hui, que M. Xi considère comme une menace pour la procréation.
Quelle serait la population de l'Espagne si l'immigration nette avait été nulle de 1995 à 2026 ?
Pour bâtir ce scénario, on part de la structure par âge de la population en 1995 et l'on suppose que la fécondité et la mortalité à chaque âge auraient évolué comme elles l'ont fait en réalité. Cette hypothèse n'est pas nécessairement réaliste, mais elle fournit, semble-t-il, des résultats sur lequel la réflexion peut s'appuyer.
Chacun peut corriger mentalement la fécondité à la hausse (avec moins d'immigration, le prix du logement aurait presque certainement été plus bas) ou à la baisse (certains groupes d'immigrants ont une fécondité supérieure à la moyenne). Il n'est pas certain que l'impact hypothétique retenu sur la fécondité globale change grand-chose en pratique : quelques centaines de milliers de personnes tout au plus, dans un sens ou dans l'autre.
Côté mortalité, aucun ajustement n'est nécessaire : les calculs se fondent sur les tranches d'âge, et rien n'indique que les taux auraient différé dans mon scénario.
Le plus frappant est ailleurs. L'immigration a ajouté 11,1 millions d'habitants par rapport au scénario de référence — les immigrants eux-mêmes et leurs enfants nés en Espagne — et pourtant, la part de la population âgée de 15 à 64 ans à peine bougé : 66,3 % contre 64,2 %.
Or ce passage de 64,2 % à 66,3 % ne résout rien ; il aggrave le problème. Dans un État-providence fortement redistributif, et alors que l'immigration a été majoritairement peu qualifiée — autrement dit des personnes dont la valeur actualisée nette pour les finances publiques est négative, oui, même en équilibre général —, il est presque certain que la soutenabilité des comptes à long terme s'en trouve dégradée.
Les données espagnoles invitent à examiner sérieusement le coût budgétaire de l'immigration, plutôt qu'à en présumer les effets positifs. En 2024, le salaire annuel moyen pondéré des salariés de 18 à 65 ans s'élevait à environ 26 065 € pour les Espagnols, contre 18 530 € pour les étrangers, soit un écart de près de 29 % et, par conséquent, une assiette fiscale et sociale sensiblement plus faible. Dans le même temps, les femmes nées à l'étranger étaient à l'origine de 33,3 % des naissances en Espagne, alors qu'elles ne représentaient pas un tiers de la population : ces enfants entraînent des dépenses collectives immédiates supplémentaires, notamment d'éducation et de santé, avant de pouvoir contribuer à leur tour aux recettes publiques. Enfin, selon l'Institut national de statistique espagnol (INE), le taux de condamnation des étrangers adultes atteignait 15,7 pour 1 000 habitants en 2024, contre 6,2 pour les Espagnols, soit 2,5 fois plus, ce qui implique également des coûts supplémentaires de police, de justice et, dans les cas concernés, d'incarcération. Ces trois constats — salaires plus faibles, part disproportionnée des naissances et taux de condamnation plus élevé — vont à l'encontre de l'idée que l'immigration aurait nécessairement amélioré les comptes publics. Ils ne suffisent pas à calculer son solde budgétaire net, mais ils montrent pourquoi une comparaison limitée aux recettes fiscales immédiates (comme certains le font), sans imputer les dépenses collectives ni tenir compte des droits futurs à la retraite et aux soins, risque de présenter un bilan artificiellement favorable. Source des salaires espagnols ; source des salaires étrangers ; source des naissances.
L'Espagne s'est ainsi profondément transformée — sans que l'on y ait beaucoup réfléchi aux conséquences.