samedi 27 février 2021

Histoire du Canada français — La Chambre et le gouverneur (1791-1840)


« La bagnole, instrument de souveraineté »

Recension par Éric Zemmour du livre
Prendre la route de l’Américain Matthew Crawford. Un bel éloge de la voiture par un auteur original et un philosophe qui se méfie autant des leçons de morale des progressistes que de l’impérialisme des GAFAM.

C’est une photo publiée par le New York Times de janvier 2019 qui n’a pas retenu l’attention des médias français : un vélo brûlé par des « gilets jaunes ». Un vélo comme symbole d’un mode de vie, celui des métropoles, et de leurs habitants, « vaste troupeau de moralistes arrogants à bicyclette ou en scooters électriques et de fondamentalistes anti-carbone ». Le vélo comme l’anti-bagnole. Le vélo comme l’ennemi du peuple.

Tout le monde se souvient que la révolte des « gilets jaunes » est partie d’une protestation contre une nouvelle taxe sur l’essence et la réduction de la vitesse autorisée sur les routes nationales et départementales. À la même époque, les automobilistes allemands endossaient un gilet jaune pour dénoncer un projet de limitation de vitesse sur les autoroutes ; et quelques années auparavant, la révolte des chauffeurs de taxis londoniens contre Uber avait été un déclencheur non négligeable de la campagne du Brexit.

« Beaufs » populistes

La concomitance de ces événements n’a pas échappé à Matthew Crawford. Notre auteur est un original. Enseignant la philosophie à l’université de Virginie, il tient aussi un atelier de réparation de motos. Dans un précédent ouvrage, Éloge du carburateur, il avait marié avec art ses deux passions. Il récidive dans son dernier livre avec l’automobile. Il y mélange de manière explosive (comme le moteur !) des récits de courses dans le désert, des expériences de laboratoire autour de rats conducteurs, ou son inlassable travail de réhabilitation d’une Coccinelle rouge de 1975 sans cesse menacée par la rouille, à des réflexions philosophiques sur la liberté et la responsabilité, et l’histoire de l’automobile. Il y a dans ce livre un côté Gran Torino, ce superbe film dans lequel Clint Eastwood campait un ancien combattant de la guerre de Corée amoureux de sa belle américaine, seule tâche de beauté et de luxe dans un univers urbain en déréliction.

Ne nous y trompons pas : derrière une apparence loufoque et fantaisiste, et son humour très anglo-saxon, le propos de notre auteur est éminemment politique. Que nous dit-il ? Que la conduite automobile est le symbole de la liberté et de la responsabilité individuelle. Que les amoureux de la bagnole ne sont pas des « déplorables », comme dit Hillary Clinton, des « beaufs » populistes, comme pensent les élites progressistes françaises. Que le développement passé de l’automobile n’a pas été le produit de l’anarchisme individualiste, comme le prétendent les écolos, mais le résultat d’une programmation d’un État planificateur et progressiste. Que le coût des voitures a quasiment doublé entre 1977 et 2016. Que le plaisir de conduire a, dans le même temps, décliné au même rythme. Qu’« à partir des années 1990, les voitures sont devenues de plus en plus ennuyeuses à conduire (…) voitures de plus en plus lourdes avec pour objectif une isolation maximale par rapport à la route qui élimine tous les mécanismes de transmission tangibles ». Que « le plaisir de conduire, c’est le plaisir de faire quelque chose ; de sentir toutes nos facultés activement engagées dans un réel qui nous résiste ». Que la voiture d’aujourd’hui est truffée d’électronique et de sécurités ; qu’elle n’est plus du tout l’appendice de notre corps, à la manière d’un outil, mais un objet extérieur, étranger, comme un jeu vidéo. Que nous conduisons de plus en plus mal, car nous sommes de plus en plus distraits ; que « nous sommes tellement distraits au volant parce que nous conduisons déjà comme si nos voitures étaient autonomes » ; que « les accidents d’avion viennent de plus en plus de la confiance excessive des pilotes dans les systèmes automatisés ».

Voiture sans chauffeur

Crawford retourne nos préjugés avec maestria. Il oppose l’ordre américain au désordre italien, et chante le génie des automobilistes transalpins qui n’ont pas plus d’accidents par une transgression intelligente des règles. Il vante en même temps l’absence de limitation de vitesse sur les autoroutes allemandes, qui repose sur la grande confiance que les automobilistes germaniques éprouvent l’un envers l’autre.

Crawford n’est dupe de rien. Il a bien compris que les déclarations vertueuses des gouvernants sur la « sécurité au volant » ne sont pas exemptes d’arrière-pensées fiscales. Il le démontre avec des exemples très simples, comme le temps des feux orange réduit artificiellement, ou les radars installés dans des carrefours où les accidents sont rares. Pas étonnant, note-t-il, que les « gilets jaunes » aient détruit près de 60 % des radars français !

Crawford s’assume en nostalgique d’un monde qui disparaît. Il pointe le « dégoût de soi des hommes (surtout les hommes) au sein d’une société bourgeoise d’où la menace de danger physique a été presque entièrement extirpée ».

Mais il nous prévient sans ambages : ce monde ultra-sécurisé qui arrive tourne autour de la voiture sans chauffeur. Truffée d’électronique, elle sera l’instrument de notre colonisation par les Gafa. Il nous raconte comment le système de Street View, qui rend tant de services à tous ceux qui sont dépourvus de sens de l’orientation, a permis aussi à Google de rafler d’innombrables données personnelles des habitants des villes qu’elle cartographiait, en utilisant sans vergogne le Wi-Fi sur les réseaux privés, quand ses caméras passaient lentement autour des maisons. Crawford nous rappelle que le propre des empires est de vouloir connaître et accéder au plus près des territoires qu’ils dominent. La destruction du Paris moyenâgeux par Haussmann avait d’abord pour but d’assécher la veine révolutionnaire de la capitale française. Ce projet impérial est désormais porté non par les États, mais par les Gafa.

Sous son air d’intello loufoque, Crawford a choisi son camp. Il a vu la face noire du projet progressiste. Il a pris le parti de ceux qui sont sans cesse dénigrés et ostracisés. Il leur rend leur noblesse et retourne avec élégance les stigmates de leur condamnation. Il remet la souveraineté au cœur du projet démocratique, souveraineté individuelle au volant de sa voiture, comme souveraineté nationale. La rationalité et l’idéal des Lumières ne sont pas forcément du côté de ceux qui en parlent le plus. On a trouvé en Crawford, un lointain héritier de George Orwell et de sa fameuse « décence commune ».

Prendre la route,
par Matthew B. Crawford,
publié aux éditions de la découverte,
à Paris,
le 4 mars 2021, 356 pp.
ISBN-10 : 2 707 198 803


vendredi 26 février 2021

Intox radio-canadienne — l'« assaut du Capitole » et le policier « frappé à coups d'extincteur »

Dans un article publié ce jour sur le site du diffuseur fédéral intitulé Plus de 300 personnes accusées en justice pour avoir assailli le Capitole, on lit que l’« assaut [du Capitole] s’est soldé par la mort de cinq personnes, dont un policier, frappé à coups d’extincteur ».

Rien ne prouve que le policier, Brian Sicknick, ait été frappé à coups d’extincteur. C’est une rumeur non fondée, un hypothèse sans preuve exploitée par les démocrates et leurs médias.

Le tout commence le lendemain de l’émeute au Capitole quand, selon le New York Times, deux sources anonymes auraient déclaré au journal, notoirement anti-Trump, que Sicknick avait été blessé à coups d’extincteur. Cependant, aucune preuve ne corrobore cette version anonyme. CNN rapporte que les médecins légistes n’ont trouvé aucun signe de traumatisme contondant. En conséquence de quoi le New York Times a publié une correction à son article initial : « Les enquêteurs ont trouvé peu [!!!] de preuves pour étayer l’attaque avec l’extincteur comme cause du décès, a déclaré le responsable. Au lieu de cela, ils soupçonnent de plus en plus le fait que l’agent Sicknick aurait été aspergé au visage par une sorte d’irritant, comme du poivre de Cayenne ou un répulsif à ours (aussi appelé chasse-ours) ». Le chef du syndicat de la police du Capitole a déclaré qu’il avait eu un accident vasculaire cérébral. Depuis, le corps de l’agent Sicknick a été incinéré.

Un service funèbre pour le policier du Capitole Brian Sicknick alors que ses cendres reposaient dans la rotonde du Capitole américain le mercredi 3 février.

Les démocrates ont fait grand cas de cette mort inexpliquée, organisant avec forte pompe une veillée solennelle de la dépouille de l’agent Sicknick dans la Rotonde capitoline. La République était en danger, heureusement les démocrates sont arrivés à temps pour la préserver des vandales ventrus et cornus, ils sauront venger cette mort, tremblez racistes et suprémacistes blancs !

Radio-Canada parle de 5 morts, mais qui sont-ils ? Pas un mot de la part de l’organisme gouvernemental financé par plus d’un milliard de $ de subventions par an. On a l’impression qu’ils sont tous victimes de la barbarie brutale des assaillants pro-Trump...

Les cinq victimes de l’émeute du Capitole

Voici ce qu’en disait Tucker Carlson de Fox News le 10 février.

Quatre des cinq morts ce jour-là étaient des partisans de Trump. Le cinquième était un policier de Capitol Hill qui a apparemment également soutenu Donald Trump. 

Pourquoi est-ce pertinent ? Bien sûr, les opinions politiques du défunt ne devraient pas avoir d’importance, mais malheureusement, dans ce cas, elles en ont. La députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez (New York) et de nombreux autres élus démocrates affirment que la foule venait pour leur faire la peau ce jour-là. Pourtant, les seules victimes enregistrées le 6 janvier sont des personnes qui ont voté pour Donald Trump.

La première d’entre elles était une femme de Géorgie de 34 ans appelée Rosanne Boyland. Les autorités ont initialement annoncé que Boyland était décédé d’une « urgence médicale ». Des séquences vidéo ultérieures suggèrent qu’elle a peut-être été accidentellement piétinée par la foule. Nous ne sommes toujours pas sûrs, mais c’est la meilleure hypothèse.

La deuxième victime est Kevin Greeson, 55 ans, décédé d’une insuffisance cardiaque alors qu’il parlait avec son téléphone portable à sa femme à l’extérieur du Capitole. « Kevin avait des antécédents d’hypertension artérielle », a déclaré plus tard sa femme, « et au milieu de l’excitation, il a subi une crise cardiaque. »

Le troisième était Benjamin Phillips, 50 ans, de Ringtown, en Pennsylvanie. Phillips était un partisan de Trump qui a organisé un voyage en bus à Washington pour le rassemblement ce jour-là. Il est mort d’un accident vasculaire cérébral sur le terrain du Capitole. Il n’y a aucune preuve que Phillips a participé à l’émeute ou a été blessé par des émeutiers ou même qu’il est entré dans le bâtiment du Capitole.

La quatrième personne à mourir, la seule à avoir été victime de violence intentionnelle, était Ashli ​​Babbitt, 35 ans, un ancien combattant de San Diego. Babbitt portait une cape Trump lorsqu’elle a été abattue par un lieutenant de police de Capitol Hill. La mort de Babbitt a été filmée, la sienne est donc la mort la mieux documentée qui ait eu lieu ce jour-là. Pourtant, il est surprenant de constater à quel point nous en savons peu.

Babbitt a été abattue alors qu’elle tentait de se faufiler à travers une fenêtre cassée dans l’antichambre de la présidente de la Chambre.  Nous n’en savons guère plus. Les autorités ont refusé de divulguer le nom de l’homme qui l’a abattue ou de divulguer les détails de l’enquête qu’elles disent avoir menée. Nous ne saurons peut-être jamais exactement pourquoi ce policier anonyme de Capitol Hill lui a pris la vie.

Selon l’avocat de cet officier, « il n’y a aucun moyen de regarder les preuves sans penser qu’il est un héros. » Bien sûr, nous ne pouvons pas vraiment examiner ces preuves, car on les occulte. On nous cache même l’identité de ce policier. Tuer une femme non armée peut être justifié dans certaines circonstances spécifiques, mais depuis quand est-ce héroïque ? Suffit-il que la personne tuée ait parcouru des sites Web de QAnon ? Les républicains ne posent pas cette question.

Le député républicain Markwayne Mullin (Oklahoma) a déclaré qu’il avait immédiatement serré dans ses bras l’officier qui avait tiré sur Ashli ​​Babbitt et lui avait dit : « Écoutez, vous avez fait votre devoir. » L’officier devait-il vraiment faire cela ? On ne le sait pas. Nous savons qu’Ashli ​​Babbitt n’avait pas d’arme lorsqu’elle a été tuée. Cela n’a pas empêché le député démocrate David Cicilline (Rhode Island), lors du procès de destitution au début février de décrire ce qui s’est passé au Capitole comme d’« une insurrection armée ». 

Cicilline est un ancien avocat de la Mafia, il sait donc reconnaître un crime commis avec une arme à feu.  Il n’y a aucune indication que des émeutiers au Capitole le 6 janvier aient tiré avec une arme à feu ou aient menacé quiconque avec une arme à feu. Alors, de quoi parle exactement David Cicilline ?

Apparemment, il fait allusion à la mort de l’agent Brian Sicknick. Dans les heures qui ont suivi l’émeute, le New York Times a rapporté que des partisans de Trump avaient brutalement battu à mort l’agent Sicknick avec un extincteur. La nouvelle de la mort de Sicknick par la violence a été rapidement reprise par d’innombrables autres médias qui l’ont répétée puis amplifiée. [Coucou Radio-Canada !]

Ce récit est à la base du mythe que les démocrates ont construit autour du 6 janvier. Des flots de politiciens, qui quelques mois auparavant déclaraient que les flics [surtout blancs comme Sicknick] étaient racistes par définition, ont salué en Brian Sicknick un héros. Ils avaient finalement trouvé un policier qui servait leurs objectifs politiques.

Mais il y a un hic ! Le récit qu’ils racontaient était un mensonge du début à la fin. L’agent Sicknick n’a pas été battu à mort, ni avec un extincteur ni quoi que ce soit d’autre. Selon une nouvelle analyse exhaustive et fascinante sur Revolver News, il n’y a aucune preuve que Brian Sicknick a été frappé avec un extincteur à un moment quelconque le 6 janvier. Le corps de l’officier ne présentait apparemment aucun signe de traumatisme. En fait, dans la nuit du 6 janvier, bien après que les émeutiers du Capitole aient été arrêtés ou dispersés, Brian Sicknick a envoyé un texto à son frère depuis son bureau. Selon son frère, Sicknick a déclaré qu’il avait été « pulvérisé deux fois », mais que, par ailleurs, il était « en bonne forme ». Vingt-quatre heures plus tard, l’agent Brian Sicknick était mort.

Comment est-il décédé ? Le chef du syndicat de la police du Capitole a déclaré qu’il avait eu un accident vasculaire cérébral. Son corps a immédiatement été incinéré et les autorités ont refusé de publier son autopsie. Personne n’a été inculpé pour sa mort et aucune accusation n’est en cours. Ce qui est arrivé à Brian Sicknick était tragique, évidemment, mais c’était aussi très différent de ce qu’ils nous ont dit. Ils ont menti sur la façon dont il est mort. Ils ont beaucoup menti. 

Une insurrection armée ?

La plupart des personnes arrêtées après l’émeute du Capitole font face à des accusations de délit d’intrusion ou de conduite désordonnée, mais des dizaines sont en prison et se voient refuser une caution pour le crime de penser que l’élection présidentielle de 2020 n’était pas tout à fait honnête. Le procureur général des États-Unis par intérim qui supervise l’enquête promet d’en appréhender des centaines d’autres, mais cela fait deux semaines que les autorités n’ont arrêté personne dans le cadre de l’enquête.

Julie Kelly a examiné les accusations portées contre plus de 200 personnes arrêtées pour inconduite criminelle liée au 6 janvier. Elle a constaté que seuls 14 accusés faisaient face à des accusations liées à des armes. Les infractions varient ; les actes d’accusation vont de la possession d’une arme « mortelle » pour des motifs « restreints » à l’agression d’un policier. Les armes utilisées évoquées vont du poivre de Cayenne, à un casque en passant par un bouclier.

Mais jusqu’à présent, seules deux personnes ont été accusées de possession illégale d’une arme à feu. Il n’y a aucune preuve que ni l’un ni l’autre de ces deux hommes n’a pénétré dans le Capitole et encore moins menacé les législateurs dans le cadre d’une insurrection armée coordonnée.

Dans une interview télévisée de 2007 avec David Letterman, Joe Biden, alors sénateur démocrate du Delaware, a déclaré qu’il avait été arrêté au Capitole des États-Unis quand il avait 21 ans.

Letterman a demandé à Biden ce qu’il avait ressenti quand il avait pénétré dans la Chambre du Sénat des États-Unis après avoir été élu à l’âge de 29 ans. Biden s’est alors vanté d’avoir pénétré plus tôt dans cette Chambre et d’avoir été arrêté pour intrusion illégale par la suite.

France — pour le bac 2021, seules les écoles libres vont plancher


Les élèves des écoles libres (hors contrat avec l'État, sans subventions) ne sont pas dispensés des épreuves de terminale, comme c’est le cas pour ceux des lycées sous contrat.

Ces élèves fréquentent quelque 700 structures hors contrat, réparties équitablement en trois grandes catégories : les établissements confessionnels — essentiellement catholiques —, les établissements laïcs et ceux qui proposent des pédagogies dites « alternatives ».

La « guerre scolaire » est-elle déclarée ? Derrière cette expression, le conflit historique entre l’école publique laïque et les écoles privées, reconnues par la loi Debré de 1959, qu’elles soient « sous contrat » (leur programme doit être conforme aux normes de l’Éducation nationale en échange d’une rémunération de leurs enseignants par l’État) ou « hors contrat » (libres du contenu de leurs enseignements). Pour les partisans de l’« école libre », ces dernières seraient clairement dans le collimateur du ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer.

« Nous avons le sentiment d’être traités comme des parias », résume Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école, qui soutient le développement d’écoles hors contrat. En cause, la décision du ministre de maintenir les épreuves terminales de spécialités du bac 2021 pour les élèves du hors contrat, là où ceux des lycées publics et privés sous contrat en sont dispensés. Crise sanitaire oblige, ces derniers seront évalués sur la base des notes obtenues au cours de l’année dans les deux spécialités qu’ils ont choisies. « Lorsque le ministre a annoncé, en janvier, l’annulation des épreuves, il a évoqué la nécessaire “sérénité” des lycéens. Pourquoi nos élèves ne font-ils pas l’objet de la même délicate attention ? Ils devraient donc être les seuls à passer ces épreuves dans de gros centres d’examen ? » interroge Anne Coffinier, qui dénonce « une rupture d’égalité ». « Il y aura donc deux bacs, un privé et un public », poursuit-elle, évoquant d’un côté des épreuves terminales, de l’autre des notes de contrôle continu, qui « seront sans doute remontées, dans les lycées qui notent sec, comme ce fut le cas en 2020 ». Elle prévoit d’ores et déjà de saisir la justice, via un référé suspension, quand la décision ministérielle sera officielle.

Nous avons le sentiment d’être traités comme des parias

Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école

Du côté du ministère, on rappelle que dans les écoles hors contrat, les programmes sont « très libres » et que les professeurs ne sont pas inspectés. « Le ministère n’a donc aucun moyen de certifier du niveau effectif des élèves. C’est la raison pour laquelle, il faut une évaluation terminale. » 
 
[Note du carnet : cela nous paraît un prétexte à moitié convaincant, car la notation des établissements sous contrats est extrêmement variable : un 14/20 à Henri IV école de prestige vaut nettement plus qu’un 14/20 dans une « banlieue difficile ». Rien ne garantit que les deux écoles aient vu dans le même détail et avec la même rigueur le programme prescrit non plus. En outre en terminale, les écoles hors contrat ont tendance à coller d’assez prêt au programme officiel (c’est moins le cas dans les années précédentes) précisément pour préparer au bac.]  
 
On précise par ailleurs que les élèves concernés passeront les épreuves dans des « conditions sanitaires strictes », qu’ils auront deux sujets au choix au lieu d’un et seront évalués sur les deux tiers du programme.

3000 à 4000 élèves

Qui sont ces élèves ? Ils fréquentent quelque 700 structures hors contrat, réparties équitablement en trois grandes catégories : les établissements confessionnels — essentiellement catholiques —, les établissements laïcs et ceux qui proposent des pédagogies dites « alternatives ». Du lycée Saint Pie X à Saint-Cloud, qui a vu sur ses bancs Marion Maréchal-Le Pen, à l’établissement juif Beth Myriam de Marseille, en passant par les cours Fides, à Paris, où se croisent enfants d’artistes et d’ambassadeurs, la galaxie du hors contrat est un monde disparate. Elle compte aussi des structures qui se sont fait une spécialité de l’accueil des précoces, sportifs de haut niveau et artistes, ces profils qui ne trouvent pas leur place dans l’Éducation nationale… À condition d’y mettre le prix, de 400 à 1 300 euros par mois.

Ces élèves seront 3 000 à 4 000 à passer le bac cette année, sur 550 000 candidats au total. Une goutte d’eau ? Pas certain. Car ces écoles peuvent activer de puissants réseaux. Et, en toile de fond, revient régulièrement l’ombre de la guerre scolaire. « Que ce soit le Covid ou le projet de loi confortant les principes républicains (qui permettra de fermer plus rapidement des structures déviantes, NDLR), tout est bon pour taper sur le hors contrat et faire entrer tout le monde le cadre », estime Anne Coffinier.

« Blanquer m’a clairement dit qu’il ne voulait pas avoir les syndicats sur le dos », raconte Philippe de Villiers, le créateur du Puy du Fou, qui a lancé en 2015 une école privée hors contrat. « Les lycées hors contrat dérangent, d’autant plus qu’ils sont en concurrence directe avec le public pour l’accès aux grandes écoles », ajoute-t-il. Représenté par l’avocat Gilles-William Goldnadel, le Vendéen annonce qu’il va attaquer le gouvernement devant la Cour de justice de la République, pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Source : Le Figaro

Oui, la loi 101 est un échec

Ce texte de Frédric Lacroix est une réplique au billet La loi 101 n’est pas un échec du chroniqueur Jean-Benoît Nadeau du magazine L’Actualité.


J’ai lu avec étonnement la recension que Jean-Benoît Nadeau a faite de mon essai, recension intitulée « La loi 101 n’est pas un échec ». Le titre de mon essai est « Pourquoi la loi 101 est un échec ». Le « pourquoi » est important ; mon livre se veut une démonstration de la mécanique qui a mené à l’échec de la Charte de la langue française. Mais dans son titre, M. Nadeau laisse tomber le « pourquoi » et se cantonne dans l’affirmation, une simple affirmation qui semble relever pour lui de la certitude. Qu’il énonce d’ailleurs en ces mots : « personnellement, j’ai toujours trouvé que la loi 101 n’était pas un échec ». Excellent ! Mais, pour appuyer cette affirmation, encore faut-il une démonstration ! Cette démonstration, M. Nadeau ne la fait pas.

Il écrit qu’il avait « beaucoup hésité » avant de vous parler de mon livre, car il s’agirait « non pas d’un essai », mais d’un « pamphlet catastrophiste ». Le Petit Larousse définit un « pamphlet » comme étant « un écrit satirique, généralement court et violent, dirigé contre quelqu’un, une institution, un groupe ». Quant à « catastrophiste », il est défini comme : « qui est très pessimiste, qui imagine toujours le pire ». Moi qui pensais avoir livré dans cet ouvrage une démonstration documentée, étayée, rationnelle, propre à faire réfléchir ; mais non, j’aurais écrit une satire « violente », dirigée contre un groupe (lequel ?) et qui « imagine le pire » ? La qualité de mon « pamphlet » a pourtant été soulignée par de nombreux journalistes, chroniqueurs et intellectuels (la liste ici : fredericlacroix. quebec).

Qualifier mon essai de « pamphlet » n’est pas sérieux. Voilà une recension qui, à vrai dire, n’est pas sérieuse.

Ce qui semble beaucoup déranger M. Nadeau dans mon essai, c’est que le portrait de la dynamique linguistique que j’y brosse ne s’accorde pas avec ses convictions personnelles. Il semble avoir beaucoup de mal à admettre la réalité linguistique telle que je la conçois et la présente dans mon essai ; réalité qui est que le rapport de force entre l’anglais et le français au Québec est défavorable au français. Cette « réalité » est tissée à partir de nombreuses études, tendances, analyses que j’utilise pour brosser un portrait cohérent, me semble-t-il, de la situation. Pour contredire mon analyse, il ne suffit pas d’être en désaccord à cause de ses « opinions personnelles », il faut prouver que j’ai tort.

Par exemple, M. Nadeau m’accuse de passer sous silence les succès de la loi 101 alors qu’elle a réussi à faire passer le taux d’immigrants choisissant le français de 15 à 55 % (note : c’est la politique d’immigration qui a conduit à cela et non pas la loi 101, comme il en convient aussi). Il faudrait donc voir le verre « à moitié plein ». Je m’explique pourtant au long sur ceci (pages 11-12) en disant que la question ne se conçoit pas en ces termes de verre à moitié plein ou vide ; et qu’elle est plutôt mathématique. Au bénéfice des lecteurs, utilisons une analogie (que je dois à Jean-François Lisée) : avant la loi 101, le canot du français était entraîné à grande vitesse sur une rivière et se dirigeait tout droit vers une chute ; tout le monde dans le canot était menacé d’y laisser sa peau en tombant dans la chute. Avec la loi 101, nous nous sommes mis à ramer à contre-courant, ce qui a permis de ralentir la vitesse avec laquelle le canot était entraîné vers la chute. À ralentir seulement ; car nous n’avons pas réussi à inverser la direction du canot ; nous sommes toujours entraînés par le courant, car nous ne ramons pas assez vite pour que le canot ne tombe pas dans la chute éventuellement. Nous n’avons fait que gagner un peu de temps. Pour arriver à ne pas tomber dans la chute, il faudrait ramer suffisamment pour que le canot soit au moins immobile au milieu de la rivière. Cette immobilité du canot correspond à l’objectif premier de la loi 101, qui était d’arrêter l’érosion annoncée du poids démographique des francophones au Québec en incitant une nette majorité d’immigrants allophones à s’intégrer au groupe francophone. Cet objectif est écrit noir sur blanc dans le « Livre Blanc » déposé par Camille Laurin un peu avant le dépôt de son projet de loi en 1977.

Je démontre que cette « nette majorité » devrait être de 90 % pour simplement assurer la stabilité du poids relatif des groupes francophone et anglophone au Québec sur le long terme (toutes autres choses étant égales). À 55 % en 2016, trente-neuf ans après l’adoption de la loi 101, nous sommes très, très loin du 90 %. La loi 101 a certes ralenti la vitesse du canot, mais nous sommes toujours entrainés vers la chute ! Ainsi, le poids des francophones au Québec va continuer de chuter pour tout l’avenir prévisible.

Ce « catastrophisme » est même entériné par Statistique Canada, un organisme fédéral qui n’écrit ordinairement pas de pamphlets, qui prévoit que le poids démographique des francophones aura fondu à 69 % au Québec en 2036. A contrario, le poids démographique des anglophones sera en augmentation. La loi 101 n’atteint donc aucunement son premier objectif. Peut-on affirmer qu’une loi qui n’atteint pas son premier objectif est un succès ? Ou bien même qu’elle est un « non échec » ? La loi 101 nous fournit collectivement un faux sentiment de sécurité linguistique. Le roi est nu et il me semble important que nous en prenions conscience collectivement.

Il est crucial de préciser que la loi 101 qui est en échec est celle qui a été façonnée par les tribunaux fédéraux, dont les jugements, un après l’autre, sont venus démolir des pans entiers, très importants, de la loi 101 originale déposée par Camille Laurin en 1977. Ce sont les tribunaux canadiens qui ont transformé une loi qui aurait pu être un succès en échec. L’intention du législateur, de l’Assemblée nationale du Québec, n’a pas été respectée (voir Éric Poirier, La Charte de la langue française : ce qu’il reste de la loi 101 quarante ans après son adoption, Septentrion, 2016). Il est important de se le rappeler.

Mais après m’avoir balancé le pot, M. Nadeau me lance cependant quelques fleurs. Il convient que la politique du « libre choix » au cégep et à l’université favorise indûment les institutions anglophones, ce qui signifie que le réseau postsecondaire francophone est sous-financé. Il affirme même que ma démonstration est « impitoyable » (merci !). Il convient aussi avec moi qu’un des problèmes majeurs de la loi 101, c’est qu’elle a été rédigée en vue de l’indépendance du Québec, chose qui n’est pas advenue. Ce qui signifie que le Québec est toujours soumis au bilinguisme compétitif qui est au cœur de la Loi sur les langues officielles, un bilinguisme qui place hypocritement les langues sur un pied d’égalité juridique, tout en ignorant le fait qu’elles sont loin d’avoir le même rapport de force sociologique ; l’anglais étant la langue dominante du pays qui s’appelle le Canada, pays dont le Québec fait toujours partie. La Charte devrait tenir compte de l’échec de l’indépendance et tenter de faire contrepoids au bilinguisme compétitif fédéral.

Mais là où j’estime que M. Nadeau dérape, c’est quand il affirme que j’utilise « francophones » comme synonyme de « canadiens-français ». C’est totalement faux. À la page 11, je spécifie bien que le concept de poids démographique se rapporte à la langue maternelle. La langue maternelle est bien sûr celle fournie par Statistique Canada lors des recensements. Je n’utilise aucune catégorie ethnique nulle part dans mon livre, et j’estime que cette catégorisation ne permet pas de comprendre la dynamique linguistique. Je ne vois pas comment, de bonne foi, on peut en arriver à dire que mes « francophones » sont des « canadiens-français ». Quant à la langue d’usage, il s’agit d’une autre variable tirée des recensements canadiens et définie comme étant la langue « parlée le plus souvent à la maison » (spécifié à la page 58).

Il est vrai qu’à la page 62, j’écris que « depuis 1871, le poids démographique des francophones au Québec n’a jamais été sous 80 % » alors que la question sur la langue maternelle n’a été posée pour la première fois dans les recensements qu’en 1901. Il est vrai que les « francophones » du recensement de 1871 sont ceux qui répondent « française » à la question sur l’origine ethnique. Il s’agit donc, et je l’accorde à M. Nadeau, d’une approximation de l’origine ethnique « française » comme « francophone », approximation qui ne vaut que pour cette date précise. Une approximation, du reste, couramment utilisée en démographie pour les données du dix-neuvième siècle.

Tout ce que M. Nadeau trouve à opposer pour contrer ma démonstration que les cégeps et universités anglophones agissent comme des foyers d’assimilation à Montréal, c’est son « expérience personnelle » et le fait qu’il connaisse des francophones formés en anglais qui enseignent en français. Bien sûr, on peut choisir d’ignorer les études bien faites, rigoureuses, avec échantillonnage statistique aléatoire, comme celle de l’IRFA que je cite dans mon livre, études qui nous permettent de conclure hors de tout doute que les cégeps anglais sont des foyers d’anglicisation pour les allophones (surtout) et les francophones (dans une moindre mesure). Mais M. Nadeau erre en opposant ses anecdotes à des études. Poussons la chose à l’absurde ; si le postsecondaire anglophone n’agit pas en tant que foyer d’anglicisation, alors la disparition des cégeps et universités de langue française à Montréal ne devrait pas avoir d’impact sur la vitalité linguistique du français à Montréal. M. Nadeau, vous êtes d’accord ?

On doit aussi comprendre que si la proportion de francophones baisse dans une région, c’est parce qu’ils quittent cette région, tout simplement ! Alors qu’on appliquait autrefois cette idée à Montréal seulement, M. Nadeau l’étend à toute la région métropolitaine de Montréal. Ainsi, si le français recule à Laval, c’est « aussi parce que les francophones partent pour Granby ou Vaudreuil » (note : le poids des francophones recule aussi à Vaudreuil-Soulanges, oups !). Le français recule aussi au Québec globalement (-3,4 % en 15 ans). Est-ce parce que les francophones partent ? Son explication ne tient pas la route. Et ce que M. Nadeau évite de mentionner, c’est que pendant que le français recule à Laval (-12,4 % de 2001 à 2016 pour la langue d’usage), l’anglais avance (+3,9 %) ! L’anglais avance parce que les substitutions linguistiques des allophones se font vers l’anglais de façon totalement disproportionnée.

Il m’accuse ensuite de tenir un discours « identitaire » et d’avoir du mal à accepter que le Québec devienne « pluriculturel » et affirme même que « ça revient partout » et que je souffre de « frilosité identitaire ». Disons-le : n’arrivant pas à réfuter mes idées de façon convaincante, M. Nadeau en est réduit à m’accuser à mots couverts de « racisme ». Voilà qui est odieux.

Non, M. Nadeau, de gros mots ne constituent pas une réfutation de mon essai. Il s’agit même d’un aveu d’échec. De votre part.


« Le français pourrait disparaître de la fonction publique au Québec »

« Nous avons tous été stupéfaits d’apprendre que 74 % des employés de l’État à Montréal utilisent parfois une autre langue que le français dans leurs interactions orales avec des personnes physiques au Québec, une proportion qui grimpe à 81 % à Laval et à 88 % en Outaouais », soulignait Mme Lamarre dans les pages du Devoir.

Les Canadiens français deviendraient minoritaires au Québec en 2042 (long billet, graphiques)

Montréal : en 2031 les minorités visibles représenteront 31 % de la population 

Démographie — En 15 ans, les minorités visibles sont passées au Québec de 7 % à 13 % de la population

Laval s’anglicise

Natalité baisse au Québec depuis 7 ans, mais CS de Montréal devrait accueillir 5000 élèves de plus d’ici cinq ans [impact de l’immigration]

Chute importante prévue du français dans les foyers québécois

Québec — Trois nouveau-nés sur dix ont au moins un parent né à l’étranger 

Canada — un pays non blanc vers le milieu de ce siècle ?

 
 

 

 

jeudi 25 février 2021

Théorie du genre, décolonialisme, racialisme... Ces nouveaux dogmes qui veulent s’imposer

Le terme « wokisme » est né aux États-Unis dans le sillage du mouvement Black Lives Matters.  En France, patrie des idées, on aime à se déchirer sur les mots. Chacun a sa définition de la « laïcité », on veut retirer « race » de la Constitution, on glose sur la pertinence du terme « ensauvagement ». La polémique sur « l’islamo-gauchisme » vire, elle aussi, à la querelle sémantique. Tandis que la ministre Frédérique Vidal s’est empêtrée dans une définition floue du phénomène (« l’ensemble des radicalités qui traversent notre société », a-t-elle dit dans le JDD), de nombreux universitaires et responsables politiques de gauche en profitent pour déduire de l’imprécision du mot la preuve irréfutable qu’il s’agirait d’un fantasme. Telle il y a quelques années la « théorie du genre qui n’existait pas », l’islamo-gauchisme est discrédité comme un concept « imaginaire » (dixit les 800 universitaires qui ont signé une tribune réclamant la démission de Vidal), forgé par des « réactionnaires », qui ne renverrait à aucune réalité sociale. Et, en effet, ce terme qui domine le débat ne recoupe qu’une partie d’une dérive militante des sciences sociales qui se déploie sur plusieurs fronts.

Islamo-gauchisme

Interrogé par l’hebdomadaire Marianne, l’inventeur du terme « islamo-gauchisme », le politologue Pierre-André Taguieff affirme qu’il faut élargir l’idée d’une enquête lancée par la ministre au « statut des fausses sciences sociales calquées sur l’idéologie décoloniale, la “théorie critique de la race” et l’intersectionnalisme ». Mais que signifient tous ces termes ? Ces concepts ou champs de recherches, dont certains se veulent drapés d’une légitimité scientifique, d’autres au contraire utilisés pour désigner péjorativement l’adversaire, recoupent différentes facettes d’une puissante lame de fond qui prend sa source dans les départements des sciences sociales des facultés occidentales, et se déploie aussi en politique et dans les entreprises.

Néogauchisme

Ce qu’on pourrait appeler le « néogauchisme » — car il reprend certains mots d’ordre du gauchisme culturel des années 1970 en les radicalisant — se traduit globalement par l’abandon de la question sociale au profit de la politique des identités, du paradigme de l’exploitation pour celui de la domination, de la centralité des classes populaires vers celles de minorités sexuelles, religieuses ou ethniques, et la centralité de la race et du genre dans la recherche. Ce dévoiement militant de la science se déploie en rhizome (pour reprendre l’expression phare de la French Theory, c’est-à-dire de façon horizontale et souterraine) dans des proportions qui restent à quantifier précisément, mais qui ne sont certainement pas négligeables.

Théories de la race et du genre

L’obsession pour le genre, la race et les identités qui parcourt l’université ne tombe pas du ciel. Elle s’enracine dans un mouvement intellectuel qui remonte aux années 1970 et qu’on a appelé postmodernisme. L’abandon des grands récits (le marxisme, le tiers-mondisme, etc.), qui structuraient auparavant le militantisme progressiste, conduit au repli de l’individu sur soi et son identité. Il s’accompagne d’une évolution des sciences sociales vers le constructivisme, c’est-à-dire l’idée que les faits sociaux sont entièrement des constructions sociales. Ce constructivisme ne ferait qu’enfoncer des portes ouvertes (après tout, oui, la plupart des réalités humaines sont construites) s’il ne s’accompagnait pas d’une dimension critique : le dévoilement de la construction s’accompagne de l’impératif de la déconstruction. Suivant la méthode du philosophe Michel Foucault, il s’agit de révéler que ce qui apparaissait comme un universel est, en réalité, une construction sociale au service d’une domination.

La norme n’est plus vue comme la sédimentation du fait majoritaire, mais comme une culture dominante traduisant l’oppression, qu’il faut déconstruire pour laisser place aux minorités raciales et sexuelles. Les Lumières et l’universalisme ? Des paravents de la domination blanche. Les « cultural studies » (études culturelles), qui se répandent à l’université à partir des années 1970, reprennent cette idée et postulent le refus d’une hiérarchisation entre les cultures et les objets culturels, soutiennent que la culture ne saurait se réduire aux œuvres classiques et entreprennent de « décentrer l’Occident » au sein même de celui-ci. Les « subaltern studies » (« subalternité ») analysent les cultures des groupes sociaux longtemps dominés. Il existe même des « fat studies » (« études de la grosseur ») qui étudient la construction sociale d’une corpulence perçue péjorativement (la « grossophobie »).

Si vous n’êtes pas d’accord avec la théorie critique de la race, c’est que vous profitez du racisme : imparable ! Dans ce cadre, la théorie critique de la race (« critical race theory ») affirme que la blanchité est une construction sociale dont les Blancs n’ont pas conscience. La race est un déterminisme social que les minorités doivent se réapproprier. L’aveuglement à la race (« color blindness ») est un luxe permis par le « privilège blanc » : seuls les Blancs peuvent vivre comme si la race n’existait pas. La sociologue et « consultante diversité » américaine Robin di Angelo, auteur du succès de librairie Fragilité blanche, est typique de cette mouvance. Elle explique que les réactions négatives à la réintroduction de l’idée de race dans le débat public sont constitutives d’une « fragilité blanche », c’est-à-dire de la peur des Blancs de perdre leurs privilèges. En résumé, si vous n’êtes pas d’accord avec la théorie critique de la race, c’est que vous profitez du racisme : imparable !


La même dialectique existe dans la théorie du genre, que ses défenseurs préfèrent appeler « études de genre ». Celles-ci proclament que la différence des sexes est entièrement une construction sociale au service, cette fois-ci, non pas des blancs, mais de l’hétéropatriarcat (même si les deux vont souvent ensemble). Dans la foulée de sa principale théoricienne Judith Butler, il s’agit de jeter le « trouble dans le genre » pour libérer les minorités sexuelles de l’oppression qu’elles subissent de par l’existence de normes. L’activisme pour la minorité transgenre prend une place centrale dans ce dispositif. Les « études de genre » se veulent, elles aussi, scientifiques et affirment que ceux qui s’y opposent tirent bénéfice du « système » qu’ils cherchent à préserver. Elles se répandent dans les universités hexagonales. À Paris-VIII, le département d’études de genre est l’un des piliers de l’université. Des maîtrises en études culturelles (cultural studies) existent à l’université Paul-Valéry de Montpellier, ainsi qu’à Bordeaux-Montaigne. À Paris-III, a été ouvert une maîtrise médias, genre et cultural studies.

J'ai essayé la formation sur les « préjugés inconscients ». Une arnaque.

Un texte de Douglas Murray paru dans le Daily Telegraph du 14 février 2021.

J’ai essayé la formation sur les « préjugés inconscients ». Étonnamment, c’est du pipeau.

C’est un exercice inutile et diviseur qui doit son existence à une collaboration entre les faibles d’esprit, les opportunistes et les facilement intimidés.

Cette semaine, le patron de KPMG, Bill Michaels, a fait la une des journaux pour avoir déclaré que les formations sur les préjugés inconscients étaient « de la m**e complète ». Ou, devrais-je plutôt dire « l’ancien patron de KPMG Bill Michaels » ? Car moins d’un jour après ce commentaire, l’Australien de 52 ans a été contraint de se retirer. Après tout, où irait-on si les dirigeants des entreprises du Fortune 500 allaient à l’encontre de la doxa anticapitaliste contemporaine ? Et aucun élément de la doxa n’est aussi dogmatique que l’imposture connue sous le nom de « formation aux préjugés inconscients ».

Beaucoup de personnes lisant ces lignes auront entendu parler de cet exercice. Certains pourraient même y avoir été soumis. Au cours de la dernière année, cet exercice non scientifique a été déployé dans toute une série d’entreprises. M. Michaels était trop indulgent. La formation sur les préjugés inconscients est plus que de la m**e. C’est un tissu d’inepties. Il n’a pu être mis en place que par une collaboration entre les faibles d’esprit, les opportunistes et les facilement intimidés.

Le tout a commencé il y a 20 ans grâce à une expérience réalisée par trois universitaires de Harvard. Les universitaires ont essayé de voir si l’on pouvait observer et quantifier les préjugés inconscients que les gens ont les uns envers les autres. Au cours des deux dernières décennies, ce test rudimentaire a été effectué en ligne par des millions de personnes. Avec le temps, il est devenu la base d’une industrie, propulsé par des gens qui avancent des idées de discorde au niveau de la politique identitaire. Ces personnes croyaient ou professaient croire que l’exercice était scientifique et pouvait en fait corriger le cerveau et le comportement de quiconque avait des croyances avec lesquelles ils n’étaient pas d’accord.

Cette théorie s’est répandue comme une traînée de poudre à un tel point que, lorsque ses inventeurs ont compris quel monstre ils avaient créé, ils ont essayé de le tuer. Deux des trois universitaires responsables de Harvard ont déclaré publiquement que l’exercice ne pouvait pas être utilisé de la manière dont il était utilisé. Il y a trop de variables dans le comportement des gens au cours d’une journée, sans parler d’une période plus longue, pour quantifier ou cerner — encore moins « corriger » — les « préjugés » de quiconque.

Mais c’est là que les opportunistes interviennent. Car ces dernières années, un autre groupe a décidé de prétendre que ces tests avaient une précision millimétrique. Ils ont commencé à facturer des centaines de dollars aux gens pour leur dire qu’ils avaient des préjugés. Une arnaque juteuse. Car si quelqu’un s’y opposait, c’était simplement une preuve supplémentaire de préjugé inconscient. Le camarade Staline aurait admiré le tour de passe-passe. [Voir à ce sujet La théorie de la « fragilité blanche ».]

Mais pour que l’arnaque fonctionne, les opportunistes avaient besoin de clients : ils en trouvèrent beaucoup parmi les lâches. Car dans tout le pays, les chefs d’entreprise et les fonctionnaires, intimidés par leurs employés subalternes, se dirent que donner à chacun une formation sur les préjugés inconscients était un moyen de montrer qu’il « faisait quelque chose ». Des militants peu sincères et ignorants ont réussi à lancer un programme qui se propose non seulement d’identifier les préjugés humains, mais également de recâbler le cerveau de tout un chacun. Prétention inouïe.

J’ai moi-même passé l’un de ces tests l’année dernière. Mon cours de « formation à grande vitesse » n’a duré que quelques heures. Pour mon argent, j’ai obtenu un certificat, j’ai subi quelques heures de tentatives de reprogrammation et j’en ai beaucoup appris sur cette supercherie.

L’objectif affiché était de montrer que les préjugés et les stéréotypes existent, que nous n’en sommes pas toujours conscients et qu’il faut briser « les vieilles habitudes ». Par exemple, on nous dit que nous sommes susceptibles de promouvoir des personnes avec lesquelles nous ressentons une plus grande sympathie et que cela est mal. Une étude de cas est proposée : une personne qualifiée pour un poste et une autre personne qui est un de vos amis et n’est pas qualifiée pour postuler au même emploi. Qui devriez-vous promouvoir ? Vous serez étonné d’apprendre que la bonne réponse n’est pas « votre copain ».

Mais l’essentiel est de promouvoir l’ordre du jour diversitaire. On nous dit que les préjugés inconscients « portent atteinte à la diversité » et qu’« une main-d’œuvre diversifiée et inclusive est essentielle pour recruter les meilleurs talents, favoriser la créativité et guider les stratégies commerciales. » Ce qui devrait faire de l’ONU l’organisation la plus efficace du monde.

Tout cela est simplement affirmé, jamais prouvé. Parce qu’en faisant le test, il devient de plus en plus clair qu’il ne s’agit pas d’éducation, mais de rééducation.

On m’a averti qu’en ce qui concerne la promotion des femmes, je peux faire le mauvais choix, car « dans votre culture et lors de votre éducation, vous avez appris que la femme est la figure maternelle. » Ailleurs, on nous avertit que nous pourrions avoir un parti pris antijeune en supposant que les personnes âgées en savent plus que les jeunes. Heureusement, il existe un éventail de façons de surmonter toutes ces notions scandaleuses.

Vous serez surpris d’apprendre que la première façon est d’« investir dans la formation ». « Tous les membres du personnel devraient recevoir une formation sur les préjugés inconscients afin de savoir ce qu’il faut surveiller. » Cette formation devrait être « pour tous ». Les « valeurs fondamentales » que chacun aura alors seront claires. Nous sommes encouragés à les réciter à haute voix. Une des incantations est « Je désire une main-d’œuvre où tout le monde est égal et diversifié. »

Et voilà. Une idéologie toute faite avec des slogans prêts à l’emploi pour vous préparer à notre époque. Tout ce que cela vous coûte, c’est du travail, du temps, de l’argent et toute l’estime de soi que vous auriez pu avoir avant d’être obligé de vous y soumettre.

Voir aussi 

 La théorie de la « fragilité blanche » et des extraits du test idoine 

« La blanchité multiraciale » : comment les wokes expliquent que des non blancs votent pour Trump

Coca-Cola accusé d’avoir dit à des employés d’être «  MOINS BLANC  » pendant une formation donnée par DiAngelo, auteure/autrice/autoresse de la Fragilité blanche.

La psychologue organisationnelle Karlyn Borysenko, une militante contre la théorie critique raciale, a déclaré vendredi qu’elle avait obtenu des copies du matériel de formation d’un dénonciateur de Coca-Cola qui avait reçu un courriel  de la direction annonçant le cours. Le cours est donné en ligne, via la plateforme Linkedin Learning. Il est intitulé «Confronter le racisme, avec Robin DiAngelo», une des principales partisanes de la théorie critique de la race qui propose des séminaires d’entreprise sur la « blanchité/blanchitude et la fragilité blanche » et la «Justice raciale». Elle est connue pour facturer jusqu’à 40 000 $ pour une conférence d’une demi-journée.

 



Covid — nombre de naissances en France en janvier 2021 a chuté de 13 % par rapport à janvier 2020

Le nombre de naissances enregistrées en France en janvier a chuté de 13 % par rapport à janvier 2020. Une baisse inédite depuis 1975 qui « pourrait être liée » à la pandémie de Covid-19, a annoncé l’Insee, jeudi 25 février.

Les bébés nés en janvier 2021 ont été conçus au début du premier confinement, instauré à la mi-mars 2020. Or, « le contexte de crise sanitaire et de forte incertitude a pu décourager les couples de procréer » ou « les inciter à reporter de plusieurs mois leurs projets de parentalité », observe l’institut d’études statistiques.

La natalité est en baisse constante depuis six ans, mais la chute observée en janvier est « sans commune mesure avec les baisses qui ont pu être observées dans le passé », souligne l’Insee. « Il faut remonter à 1975, la fin du baby-boom, pour observer un phénomène de telle ampleur », ajoute-t-il. 

Or, en décembre 2020, la baisse des naissances par rapport à décembre 2019 avait déjà été « prononcée », avec -7 % sur un an. Cette double statistique mensuelle « laisse peu de doute sur le rôle important joué par le contexte de la pandémie sur cette évolution », selon l’Insee. 

Dans les mois à venir, observe l’institut, les statistiques mensuelles des naissances permettront d’évaluer si cette baisse de décembre et janvier relève d’un « phénomène ponctuel en début de pandémie », autrement dit d’un « report des projets de parentalité de quelques mois seulement ». Ou au contraire si elle marque le « début d’une tendance plus durable », qui aurait vu la crise sanitaire et économique inciter des couples à reporter durablement, voire à abandonner leur projet de concevoir un enfant. 

Les données de décembre 2020, publiées jeudi, permettent par ailleurs d’affiner — à la baisse — les premières estimations sur la natalité en France en 2020 publiées le 19 janvier par l’Insee, et qui faisaient déjà état de chiffres très bas.  

L’Insee estime désormais à seulement 735 000 le nombre de bébés nés en France en 2020 (-2,5 % en un an), un nombre qui n’avait jamais été aussi bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.  


Voir aussi

Le taux de natalité du Québec devrait atteindre son niveau le plus bas historique en 2020 et cela risque d'être pire en 2021... (nous n'avons toujours pas les chiffres préliminaires des naissances pour décembre 2020)

Pologne : solde démographique négatif de 129 000 personnes en 2020

La population russe diminue d’un demi-million pour la première fois en 15 ans 

France : « Le nombre de nos naissances n’a jamais été aussi bas. Il faut changer notre politique de natalité, en prenant exemple sur la Hongrie ».

Baisse de la démographie aux États-Unis en 2020

Sur fond de pandémie, la crise démographique au Japon s’accélère en 2020 

Démographie : en 2050 pour un Européen proche de 50 ans, il y aura trois Africains de moins de 30 ans [d’âge en moyenne] 

Extrême-Orient et Occident : le boum des femmes sans enfants

La fécondité israélienne (3,1 enfants/femme) contraste avec celle de l’Occident où les pays rivalisent pour les jeunes des autres pays.

Disparaître ? de Jacques Houle : Regard franc sur l’immigration

Le monde a maintenant plus de grands-parents que de petits-enfants

Québec — Plus de 30 % des naissances issues d’au moins un parent né à l’étranger

 

Australie — Facebook cède, Google et Facebook passent des accords de rémunération avec divers médias australiens

Le Parlement australien a finalement adopté jeudi la loi destinée à obliger les géants du web à payer en échange de leurs contenus d'actualité et qui, depuis des mois, suscite l'attention de gouvernements du monde entier.

Première législation du genre, elle a été adoptée sans difficulté après que le gouvernement a accepté de faire des compromis sur les points auxquels l’industrie s’opposait farouchement.

Quelques jours avant ce vote, Facebook et Google avaient cependant déjà fini par passer des accords avec divers médias australiens.

Une rémunération équitable

La manière dont les deux parties ont réussi à transiger devrait, à l'avenir, servir de référence au reste de la planète, au moment où les groupes numériques sont dans le collimateur de gouvernements qui veulent les contraindre à payer les contenus médiatiques qu'ils diffusent sur leurs plateformes.

La loi va garantir aux groupes de presse, en grandes difficultés financières, une rémunération équitable en échange du contenu qu'elles génèrent, contribuant ainsi à soutenir le journalisme d'intérêt public en Australie, a affirmé le gouvernement.

Google a déjà négocié des accords portant sur des millions de dollars avec les deux principaux groupes de presse australiens : News Corp de Rupert Murdoch (voir plus détails ci-dessous), et Nine Entertainment.

De son côté, Facebook, encore plus réticent, était allé jusqu'à bloquer temporairement les contenus d'actualité pour manifester sa désapprobation. Il a fini en début de semaine par signer un premier accord avec le puissant groupe Seven West et d'autres négociations seraient en cours.

Tant que ces accords avec les médias locaux seront en vigueur, l'intervention d'un arbitre indépendant australien, susceptible de leur infliger de lourdes amendes, ne sera pas imposée aux géants du numérique.

Des milliards de dollars investis pour l’information

Les médias australiens percevront ainsi des millions de dollars de Google et Facebook. De leur côté, les géants du numérique ont ainsi la garantie de ne pas payer des sommes plus élevées que celles sur lesquelles ils se seront entendus avec les médias.

Ces accords ouvrent une brèche sur la question de la rémunération du contenu provenant de médias par ces deux géants, qui comptent parmi les entreprises les plus rentables du monde en agrégeant le contenu provenant d'autres sources.

Facebook et Google ont chacun promis d'investir environ un milliard de dollars dans les contenus d'actualité pendant les trois prochaines années.

Google a aussi promis de payer les éditeurs de presse afin d'utiliser leurs contenus dans un nouvel outil baptisé Google News Showcase, tout comme Facebook pour ceux qui apparaîtront dans News, un produit devant être déployé dans les prochains mois en Australie.

 


Leçons australiennes (au 23 février)

Un combat contre les Gafa ne peut se gagner qu’avec l’aide active des pouvoirs publics. L’État australien, exécutif et législatif réunis, a montré une détermination sans faille. Le Sénat a concocté une loi très favorable aux éditeurs de presse en introduisant un point majeur : la création d’un arbitre habilité à trancher rapidement entre les propositions des Gafa et celles des éditeurs. Et quand, à la fin de la semaine dernière, Facebook s’est rebellé en bannissant de son réseau à la fois les articles de presse et quelques services gouvernementaux de première nécessité, le Premier ministre Scott Morrisson a tapé du poing sur la table, avec à la clé une franche explication au téléphone avec Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. La création d’un arbitre est une véritable arme de dissuasion massive. Microsoft et les éditeurs européens ont d’ailleurs lancé un appel visant à reprendre cet élément absent de la directive européenne sur les droits d’auteur et droits voisins.

Forte mobilisation et un géant

Troisième leçon, engager un tel bras de fer nécessite un front puissant du côté des éditeurs de presse. L’Australie n’est peut-être pas un « grand » pays, mais c’est la patrie de Rupert Murdoch, un géant mondial des médias qui ne craint pas les Gafa : son empire comprend les principaux journaux australiens, mais aussi américains (Wall Street Journal et New York Post) et britanniques (The Sun, The Times). Le magnat a obtenu des accords de licences avec Google (dont le montant est resté secret), non seulement pour ses journaux australiens, mais pour tous les autres à travers la planète. De son côté, le groupe Nine a signé un accord avec Google pour une rémunération de 20 millions de dollars par an sur cinq ans. Il a obtenu à lui seul plus d’argent que les 76 millions d’euros accordés par Google à l’ensemble des journaux français.

Profiter de la concurrence

Dernière leçon, il est extrêmement efficace de s’appuyer sur un tiers capable de proposer une alternative au duopole Google-Facebook. C’est le cas de Microsoft, le « M » des Gafam, qui a bien l’intention d’en découdre avec ses deux concurrents. Le groupe dirigé par Satya Nadella n’a ni la puissance du moteur de recherche Google, ni de réseaux sociaux aussi populaires de ceux du groupe Facebook (Facebook, Instagram et WhatsApp). C’est un prétendant. Son moteur de recherche Bing et son réseau social LinkedIn sont certes petits, mais ils ne veulent pas laisser le duo Google-Facebook imposer son emprise sur le marché mondial de la publicité digitale. Grignoter des parts de marché d’un gâteau qui pèse plus de 350 milliards de dollars vaut bien un petit coup de main à la presse !

Google veut partir de l’île-continent ? Qu’à cela ne tienne, Microsoft et son moteur de recherche Bing sont prêts à prendre la relève et à rémunérer les médias locaux, avec le sourire en prime. L’occasion est belle : Bing n’a que 5 % de part de marché en Australie, où Google Search est ultradominant. « C’est l’occasion pour nous de combiner affaires et bonne cause », reconnaît Brad Smith, président de Microsoft. « Nous n’avons aucun problème à proposer un service de haute qualité avec une marge moindre que celle de Google. » Le président de Microsoft va jusqu’à affirmer que « les États-Unis ne devraient pas s’opposer à cette proposition australienne qui renforce la démocratie en obligeant la tech à soutenir la liberté de la presse. Les États-Unis devraient la copier. »

Source : Figaro


Billet du 19 février

Facebook empêche distribution de nouvelles, Google s'entend avec conglomérat conservateur de nouvelles

D’après les autorités australiennes de la concurrence, Google capte 53 % des dépenses publicitaires dans le pays et Facebook 28 %, les autres acteurs du marché, dont les entreprises de presse, se partageant les maigres restes, qui s’avèrent insuffisants pour financer le journalisme.

La crise des médias a été aggravée par l’effondrement économique lié à la pandémie. En Australie, des dizaines de journaux ont fermé et des centaines de journalistes ont perdu leur emploi.

En conséquence, le gouvernement conservateur australien est résolu à mettre en œuvre son projet de loi destiné à contraindre les plateformes internet à rémunérer les médias pour la reprise de leurs contenus.

Ce projet a été adopté la semaine dernière par la Chambre des représentants et est désormais devant le Sénat.

Le site du journal The Australian (près d’un million d’abonnés sur Facebook) n’affichait plus aucune publication ce vendredi matin

 Blocage de Facebook, colère en Australie

Jeudi matin, les utilisateurs australiens de Facebook ne pouvaient plus consulter les liens d’informations provenant de médias locaux ou internationaux et les personnes vivant à l’étranger n’avaient plus accès aux informations australiennes.

Le gouvernement australien a réagi avec colère jeudi face au blocage de nombreux contenus d’actualité par Facebook dans le pays, en représailles contre un projet de loi qui entend forcer le réseau social à rémunérer les médias.

Le ministre australien des Finances Josh Frydenberg a qualifié la mesure de Facebook d’inutile, brutale qui va, selon lui, nuire à sa réputation ici en Australie.

Ce que les événements d’aujourd’hui confirment pour tous les Australiens, c’est la position dominante de ces géants dans notre économie et le paysage numérique, a-t-il ajouté, quelques heures seulement après qu’il eut affirmé, sur Twitter, avoir eu une discussion constructive avec le PDG de Facebook Mark Zuckerberg.

 

Le site du diffuseur public ABC  (près d’un million d’abonnés sur Facebook) n’affichait plus aucune publication ce vendredi matin

Plusieurs pages Facebook officielles de services de secours servant à alerter la population en cas de feux de brousse, de cyclone ou encore d’épidémie ont cessé de fonctionner.

Un porte-parole de Facebook a affirmé que les pages officielles du gouvernement ne devraient pas être touchées par les mesures de rétorsion, et il a promis le rétablissement de toutes les pages qui ont été touchées par inadvertance.

D’autres sites du pays ont également été touchés par cette mesure et leur fonctionnement redevenait normal au fil des heures.

La directrice de Human Rights Watch Australie, Elaine Pearson, a qualifié ce blocage — qui a également eu un impact sur les organisations non gouvernementales, ainsi que sur la propre page Facebook de HRW — de virage inquiétant et dangereux.

Couper l’accès à des informations vitales à tout un pays en pleine nuit est inadmissible.

Facebook a dit ne pas avoir eu d’autre choix que de mettre en place ce blocage d’informations.

Le projet de loi comprend très mal la relation entre notre plateforme et les éditeurs qui l’utilisent pour partager du contenu d’actualité, a déclaré William Easton, responsable de Facebook pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Elle nous place devant un choix difficile : tenter de nous conformer à une loi qui ignore les réalités de cette relation ou cesser d’autoriser les contenus d’actualité sur nos services en Australie. C’est avec le cœur lourd que nous choisissons cette dernière solution, a-t-il affirmé.

Google s’entend avec mégagroupe de presse conservateur

La réaction de Facebook contraste avec celle de Google qui a accepté mercredi de verser des sommes importantes en contrepartie des contenus du groupe de presse conservateur News Corp. de Rupert Murdoch.

Il s’agit du premier contrat de ce type signé par un grand groupe de presse. News Corp. a joué un rôle déterminant afin que le gouvernement conservateur australien s’attaque aux géants de la technologie.

Selon M. Easton, Facebook a prétendu auprès des responsables australiens que l’échange entre Facebook et les éditeurs se fait en faveur de ces derniers et génère des centaines de millions de dollars de revenus pour les groupes de presse australiens.

Malheureusement, cette législation ne fait pas cela. Elle cherche plutôt à pénaliser Facebook pour des contenus qu’il n’a pas repris ou demandés, selon lui.

L’initiative australienne est très suivie dans le monde, au moment où les médias souffrent dans une économie numérique où les revenus publicitaires sont de plus en plus captés par les grandes firmes de la technologie.

Google a changé son fusil d’épaule

À la fin janvier, Google avait menacé de supprimer sa fonction de recherche des utilisateurs australiens si la législation était adoptée, tout en parlant de cette éventualité comme du « pire scénario ».

Le géant de la technologie avait alors affirmé que la législation rendrait son service de recherche Google non rentable malgré le paiement de seulement 59 millions de dollars d’impôt sur les sociétés en Australie l’année dernière tout en déclarant des revenus supérieurs à 4 milliards de dollars.

Campbell Reid, un dirigeant du groupe de médias australien News Corp a déclaré que Google minait la capacité des organes de presse à produire du contenu, mais restait d’une « immense valeur » pour les personnes accédant à l’information. News Corp Australie est l’un des plus grands conglomérats de média australien, il emploie plus de 8 000 personnes, dont 3 000 sont journalistes.

Sénateur australien : on ne fera pas chanter l’Australie

Andrew Bragg, sénateur libéral (centre droit en Australie) et membre du comité qui se penche sur le monopole des géants de l’internet, a déclaré que « les menaces et le chantage de Google ne pouvaient pas être pris au sérieux » alors que Google n’avait pas présenté de proposition.

« Les grandes entreprises technologiques sont les compagnies ferroviaires et pétrolières du XXIe siècle. Elles ont plus de pouvoir et d’influence que toute autre organisation pour le moment », a-t-il déclaré à NCA NewsWire.

« Le fait qu’elles ne peuvent pas proposer de modèle décent avec lequel ils peuvent vivre est un terrible aveu, une véritable mise en accusation à leur encontre, cela montre à quel point elles sont devenues arrogantes. »

« Le gouvernement élu d’Australie ne va pas céder aux grands titans de la technologie. »

La Commission australienne de la concurrence et de la consommation a constaté que Google représentait 95 % du trafic de recherche en Australie, mais M. Bragg était convaincu que d’autres moteurs de recherche « combleraient le vide » si Google menait à bien sa menace.

« Google ne possède pas Internet, il y aura de l’innovation. Si des organisations veulent quitter l’Australie, c’est leur affaire. Le soleil se lèvera le lendemain », dit-il.

Mais la sénatrice des Verts Sarah Hanson-Young a déclaré que le moteur de recherche était devenu un produit utilisé au quotidien et pouvait être considéré comme un service essentiel.

« Si jamais on avait besoin d’un exemple du pouvoir immense des grandes entreprises, en voilà un », a-t-elle déclaré aux journalistes vendredi.

« C’est une entreprise qui ne paie pratiquement aucun impôt en Australie. Il entre au Parlement, siège à une enquête du Sénat et demande au Sénat de faire ce qu’elle veut ou c’est la fin de la partie ».

« C’est un échec du marché. Il est temps de réglementer les grandes technologies. »

Le corps d’un monstre avec le cerveau d’un gamin

Chris Cooper, directeur général de Reset Australia — une initiative conçue pour « contrer les menaces numériques à la démocratie », a déclaré que la présentation de Google au comité montrait que l’entreprise avait « le corps d’un monstre, mais le cerveau d’un gamin » et a exhorté le gouvernement à rester ferme.

« Lorsqu’une entreprise privée tente d’utiliser son monopole pour menacer et intimider une nation souveraine, c’est un signe infaillible qu’il aurait fallu légiférer depuis longtemps », a-t-il déclaré.

« La recherche sur Internet est nécessaire dans notre société et pour l’économie. Google profite de l’énorme avantage d’être un géant dans le domaine tout en pensant pouvoir se soustraire à sa responsabilité. Ce n’est tout simplement pas ainsi que les choses devraient fonctionner. »

M. Reid a déclaré que bien que les organes de presse australiens n’aient jamais atteint autant de lecteurs, leurs revenus diminuaient paradoxalement à mesure que les géants de la technologie faisaient ressentir leurs muscles dans ce secteur.

« Google n’a pas inventé la voiture pour remplacer le cheval et la charrette. Il ne remplace pas les services d’information par des journalistes et ne dispose pas de salles de rédaction », a-t-il déclaré.

« Il ne fournit pas les services dont il se nourrit, c’est nous qui les fournissons. »

Facebook avait également déclaré à la commission d’enquête qu’un projet visant à interdire à ses 17 millions d’utilisateurs australiens d’accéder au contenu des actualités n’était pas une menace, mais « conçu pour éclairer le processus politique ». C’est cette menace qui a été mise en œuvre jeudi.


Sources : AFP, News Corp, Sky News

États-Unis : deux écoles ne veulent plus du nom de l'explorateur français Jean Ribault

Le comté de Jacksonville en Floride propose de débaptiser plusieurs établissements, dont ceux portant le nom du navigateur qui a pris possession de la Floride en 1565. Ses descendants s’en émeuvent.

Des Amérindiens prosternés devant la célèbre colonne de Ribault, qui marque la prise de possession du territoire pour le Roi de France. Gravure — « Histoire des Amériques » par Théodore de Bry (1528-1598)

La « culture de l’effacement » (cancel culture), le mouvement idéologique qui veut invisibiliser des personnalités plus ou moins controversées, s’attaque à une figure de l’Histoire de France. La commission scolaire du comté de Jacksonville envisage de rayer du perron des écoles le nom de Jean Ribault, explorateur du XVIe siècle qui prit possession de la Floride au nom du roi Charles IX.

Dans le comté de Duval, qui englobe la métropole, neuf établissements pourraient changer de nom en mai prochain. Les six premiers portent le nom d’officiers sudistes. Les trois autres sont des figures accusées « de marginalisation systémique et du massacre des peuples autochtones ». Jean Ribault est, à ce titre, sur le banc des accusés dans une école secondaire inférieure (collège, middle school) et un lycée (high school), au même titre qu’Andrew Jackson, le 7e président américain, commandant militaire lors des « Guerres amérindiennes ».

Ashley Smith-Juarez (ci-contre), la membre du conseil scolaire qui porte cette proposition, estime que l’explorateur français a sa part de responsabilité dans la « discrimination […] qui perdure » encore aujourd’hui à l’égard des Amérindiens de la région. « Je ne le qualifie pas d’impérialiste borné, mais je continue de me demander ce que sa décision de revendiquer des terres au nom de la France […] représentait pour le peuple Timucua et si c’est quelque chose que le comté veut honorer », s’explique-t-elle sur la chaîne locale Action News Jax. Plusieurs de ses descendants qui vivent en France ont écrit une tribune publiée dans la presse locale de Floride, la semaine dernière, pour peser sur la décision. « Je le ressens comme une salissure de la mémoire de notre ancêtre, raconte Yves de Montcheuil au Figaro. Jean Ribault ne voulait pas s’installer au détriment des tribus amérindiennes. Si les Américains veulent réécrire leur Histoire, c’est leur problème, mais cet épisode de la découverte de la Floride n’a rien à voir avec ce qui s’est passé dans les siècles suivants ».

C’est un contresens historique

Jean Ribault a accosté sur les rives du nord de l’actuel Sunshine State en 1565. Il est alors missionné par l’amiral Gaspard II de Coligny, chef des protestants de France, dans le but d’établir une colonie où les huguenots pourraient trouver refuge. « Il n’a tué aucun Amérindien. Dans ses écrits il a toujours parlé d’eux de manière très positive », explique Philippe Montillet, secrétaire général association des descendants et du souvenir de Jean Ribault. « C’est un contresens historique, abonde Laurent Veyssière, historien spécialiste de la Nouvelle France. Jean Ribault a fait alliance avec trois tribus amérindiennes qui étaient en guerre contre une quatrième. S’il a combattu contre elle, ce qui n’est pas prouvé, ce fut au maximum quelques escarmouches », détaille-t-il. Globalement, le spécialiste regrette qu’un Français soit mis dans le même panier que les sanguinaires conquistadors espagnols, portugais ou que les colons anglais. « Dans l’histoire de la Nouvelle France, nous avons toujours été alliés à des autochtones », pointe-t-il.

La classe des diplômés du lycée (high school) Jean Ribault en juillet 2020
 
Jean Ribault est entré dans la postérité pour avoir érigé une colonne matérialisant la prise de possession royale qui était vénérée par les tribus locales. Jusqu’en 2016, le marin était une figure pourtant méconnue de l’histoire de la conquête de Nouveau Monde. Son navire La Trinité a été retrouvé par 8 mètres de fond au large de cap Canaveral. Petite ironie de l’histoire, il fut lui-même victime de la violence des conquistadors. « Il a été massacré par les Espagnols à cause de sa religion protestante », rappelle son descendant.

Source : Le Figaro et WCJT (Yves de Montheuil, s’y exprime en anglais à partir de la  33e minute)


Voir aussi

Première action de grâce en Amérique du Nord, la Floride française

Le Théâtre de la Floride

Autour de la Brève narration des événements qui arrivèrent aux Français en Floride, province d’Amérique, de Jacques Le Moyne de Morgues (1591)

Les expéditions en Floride de Jean Ribault et René de Laudonnière prennent place au début des guerres de Religion (1562-1565). Il s’agit, à l’instigation de l’amiral de Coligny, de faire pièce à l’Espagne en Amérique du Nord. Or c’est menacer la voie traditionnelle des galions qui, chaque année, rapportent l’or et l’argent d’Amérique. D’où la brutale intervention militaire de la fin de l’été 1565 et, sous l’action expéditive de l’adelantado Menéndez de Avilés, la liquidation de la colonie en quelques semaines. Les derniers survivants sont traqués, égorgés ou faits esclaves. Les estimations varient entre cinq cents et mille morts. Ce sinistre épisode a pour épilogue l’expédition de représailles menée par Dominique de Gourgues contre trois forts espagnols, dont la garnison est pendue en totalité.

L’ouvrage prend appui sur les images de Jacques Le Moyne de Morgues, les quarante-deux gravures du second volume des Grands Voyages de Théodore de Bry (1591). Pour la première fois est traduit du latin en français le récit de la colonisation, suivie de la destruction de l’établissement.

Vingt-cinq ans après, les Indiens Timucua de Floride sont représentés à travers un ensemble de références aussi tardives que disparates, qui associent à la hache des Tupinamba du Brésil des détails venus des tuniques aztèques, telles qu’elles sont figurées dans le Codex Mendoza, ou des artefacts européens comme la hotte de vendangeur. Au total, la suite floridienne est un ensemble composite, mais nostalgique d’un monde embelli par le souvenir, qui replonge par instants le spectateur dans l’Éden des origines.

Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2017, 280 pages, 35 €


Le 2 mai 2018 est parue aux éditions Delcourt une BD de Jean Dytar, intitulée « Florida ».

Voilà donc une intéressante nouvelle qui permet de constater que la geste Jean Ribault continue et cela même en dehors du contexte de l’action en justice menée par les autorités françaises et de Floride pour faire reconnaître la souveraineté de la France sur l’épave de la Trinité. Depuis lors un juge américain a donné raison. L’épave du navire retrouvée au large de Cap Canaveral appartient bel et bien à la France.

Jean Dytar bien formé et renseigné par le regretté Jean-Yves Sarazin, un des premiers qui nous avait apporté de l’aide sur la question, avant que la maladie ne l’emporte, a mené une belle enquête qui lui permet d’offrir une histoire en 228 pages. L’ouvrage est complété par de nombreuses annexes dont une postface éclairante du Professeur Frank Lestringant et la publication des planches (malheureusement en noir et blanc) des gravures de Théodore de Bry.

L’auteur prend un parti très original pour conter cette aventure de la Floride française puisqu’il se place du côté du dessinateur Le Moyne de Morgues qui a participé à la seconde expédition (celle de 1564) et qui a réussi à échapper au massacre de septembre 1565. Jena Dytar partant de là, dresse toute une histoire dans laquelle la psychologie joue son rôle. Mais il innove aussi en donnant une place importante à l’approche anglaise des essais de colonisation en Floride. Cet aspect n’avait pas été traité de cette manière, si ce n’est par Hélène Lhoumeau dans sa thèse, malheureusement toujours non publiée. Les chercheurs américains étaient plus diserts sur ce point, mais leurs travaux ne sont pas connus diffusés en France, ainsi le travail de Jean Dytar prend toute sa place dans l’historiographie consacrée à Jean Ribault.