mardi 17 mai 2022

Histoire — 17/18 mai 1642, fondation de Ville-Marie (Montréal)

Le 17 mai 1642, Paul de Chomedey de Maisonneuve et un groupe de colons fondent l’établissement de Ville-Marie sur l’île de Montréal. Baptisée Mons realis par Jacques Cartier en 1535, cette île est cartographiée par Samuel de Champlain lors d’un voyage exploratoire en 1611. Les alliances conclues entre les Français et les nations amérindiennes, plus particulièrement les Hurons, amènent les missionnaires jésuites et les Récollets à fréquenter ce carrefour, afin d’y porter leur mission évangélisatrice. À l’époque, les différents récits de voyage publiés en Europe frappent l’imagination de plusieurs Français et rendent la colonisation et le travail missionnaire de plus en plus populaires. Certains se donnent comme objectif de participer au rayonnement des valeurs françaises en Nouvelle-France. C’est le cas de Jérôme Le Royer de La Dauversière et de Jean-Jacques Olier qui forment, en 1639, la Société de Notre-Dame de Montréal, dont les buts sont de fonder une ville et de créer une nouvelle société chrétienne où cohabiteraient Français et Amérindiens.

L’île, d’abord concédée en seigneurie à Jean de Lauson, est acquise en 1640 par la société, qui la conserve jusqu’en 1663. Le Royer de La Dauversière choisit un jeune officier, Paul de Chomedey de Maisonneuve, pour gouverner la nouvelle colonie et une infirmière, Jeanne Mance, pour y fonder un hôpital. Une quarantaine de colons partent de La Rochelle, en France, le 9 mai 1641. Arrivés à Québec trop tard à l’automne pour pouvoir poursuivre leur route jusqu’à Montréal, ils passent l’hiver à Sillery (Québec). Malgré les efforts du gouverneur Charles Huault de Montmagny, qui tente de dissuader Maisonneuve de mettre son projet à exécution, l’expédition part pour Montréal le 8 mai 1642. Les colons, Montmagny, quelques missionnaires jésuites et Maisonneuve arrivent sur le site le 17 mai, à proximité de l’ancien village iroquois d’Hochelaga. Maisonneuve prend officiellement possession de l’île au nom de la Société de Notre-Dame de Montréal. Une messe est célébrée le lendemain et le nouvel établissement, dédié à la Vierge Marie, prend le nom de Ville-Marie, nom utilisé pendant une dizaine d’années avant d’être remplacé par Montréal. Rapidement, les colons se consacrent à la construction d’une clôture, d’une résidence pour le nouveau gouverneur et de quelques habitations. Sous la supervision de Jeanne Mance, l’Hôtel-Dieu de Montréal est érigé à l’automne.

En tant que poste le plus reculé de la Nouvelle-France, Ville-Marie se retrouve au cœur du réseau de communication donnant accès à l'Iroquoisie et à la Huronie. Sa position est stratégique tant au niveau militaire que commercial. La colonie devient un poste important pour le commerce des fourrures. Elle connaît toutefois des débuts difficiles en raison des attaques répétées des Iroquois. En 1645, Maisonneuve fait construire un fort et, huit ans plus tard, il engage en France une centaine de colons-soldats au cours de la Grande Recrue. L’arrivée de cette force défensive permet au jeune établissement de résister aux attaques iroquoises quoique sa sécurité ne soit définitivement assurée qu’avec la Grande Paix de Montréal en 1701.


samedi 14 mai 2022

Lettonie — Vers l'élimination de l'enseignement en russe en 2025

À partir de l’année scolaire 2025/2026, tous les enfants de Lettonie étudieront uniquement en letton, a souligné la ministre de l’Éducation et des Sciences, Anita Muižniece (Convervateurs), le 11 mai 2022 sur TV24.

Le ministre estime que la transition vers des études uniquement en letton au cours des trois prochaines années est tout à fait opportune. « J’aimerais avoir un livre blanc demain, mais il est important pour moi, en tant que ministre, de m’assurer que les décisions que nous prenons soient durables », a-t-il déclaré.

Jusqu’au 24 mai, les ministères devraient approuver les amendements aux textes réglementaires afin de mettre en œuvre la transition vers l’enseignement uniquement dans la langue d’État.

La proposition du ministère de l’Éducation et des Sciences prévoit qu’au début, les élèves de première, quatrième et septième années seront enseignés en letton, puis l’année suivante les élèves en deuxième, cinquième et huitième années, et à partir de l’année scolaire 2025/2026 — tous les enfants du pays seront enseignés dans la langue d’État.

Depuis 2018, il y a eu une transition progressive vers l’enseignement principalement en letton, et au cours de l’année scolaire 2021/2022, le processus touche à sa fin — actuellement, 50 à 80 % de l’enseignement dans les écoles primaires des minorités nationales (à 90 % russophones) se fait en letton.

L’Alliance nationale en demande davantage

Dans les écoles secondaires, l’enseignement est dispensé uniquement dans la langue d’État, ce qui maintient la possibilité pour les élèves d’étudier les langues minoritaires, la littérature et les matières liées à la culture et à l’histoire dans leur langue maternelle, note l’Alliance nationale (AN). L’Alliance nationale qui a récolté 16,61 % des voix aux législatives de 2018 est membre de la coalition conservatrice et libérale au pouvoir.

Logo de l’Alliance nationale
L’Alliance nationale est un parti national-conservateur, très hostile aux migrants et à toute forme de multiculturalisme ainsi qu’à l’expression des droits de la langue russe parlée par près de 40 % de la population à la maison. L’anticommunisme extrême du parti le conduit à considérer les collaborateurs pro-nazis de la Légion lettone comme des « patriotes ». Sur les questions de politique internationale, le parti est particulièrement hostile à la Russie. L’Alliance nationale demande instamment de passer à l’étape suivante et de veiller à ce que le programme scolaire ne soit enseigné que dans la langue d’État et ceci également au niveau de l’enseignement primaire.

Début mars, la Diète (le parlement) a rejeté les amendements proposés par l’AN à la loi sur l’éducation et à la loi sur les établissements d’enseignement supérieur, qui auraient prévu l’enseignement en letton uniquement dans les écoles dès la prochaine année scolaire.

Le russe, langue de la capitale et de 37 % des habitants du pays

La langue officielle de la Lettonie est le letton1 qui, pour environ 62 % de la population, est la principale langue parlée à la maison en 2011. Le russe est la principale langue parlée à la maison par environ 37 % des habitants du pays. Le letton est majoritaire dans tout le pays excepté dans les régions de Riga (la capitale) et de Latgale, où le russe est la langue de respectivement 56 % et 60 % de la population.

Éliminer le russe comme langue seconde

Le 3 février, le président letton Egils Levits a rencontré la ministre de l’Éducation et des Sciences Anita Muižniece au château de Riga. La réunion a porté sur la réforme du réseau scolaire à Dunebourg (Daugavpils) et, lors des discussions, Levits a exprimé l’avis que l’apprentissage d’une deuxième langue dans les écoles lettones devrait se concentrer sur les langues officielles de l’Union européenne — ce qui exclut notamment le russe.

Réforme de l’éducation de 2004

Une marche de protestation en 2003 contre le prochain transfert des écoles minoritaires en 2004 vers l’enseignement bilingue organisée par le Siège pour la protection des écoles russes,

En 2004, le ministère de l’Éducation et des Sciences de la Lettonie a imposé l’enseignement bilingue dans les écoles russophones (60 % en letton et 40 % en russe), provoquant une série de protestations et d’opposition de la part du Siège pour la protection des écoles russes et de l’Association de soutien des écoles de langue russe.

Réforme de l’éducation 2018-2021

Le 23 janvier 2018, le Conseil des ministres a convenu de lancer une réforme de l’éducation en 2019 qui comprenait une transition progressive vers le letton comme seule langue d’enseignement général dans toutes les écoles secondaires russophones et d’augmenter le pourcentage de matières générales enseignées en letton dans les écoles primaires russophones (au moins 50 % pour le primaire — 6 à 12 ans — et 80 % pour le secondaire inférieur niveaux — 13 à 15 ans), à l’exception de la langue maternelle, de la littérature et des matières liées à la culture et à l’histoire russes qui continueront d’être enseignées en russe.

Manifestation de russophones

Le 4 juillet 2018, le président letton de l’époque, Vējonis, a promulgué un projet de loi controversé proposé par le ministère de l’Éducation et des Sciences visant à étendre les mêmes restrictions linguistiques aux établissements d’enseignement supérieur publics et qu’elles s’imposent également aux universités et collèges privés à partir du 1er septembre 2019. Celles-ci ne seraient plus autorisées à admettre de nouveaux étudiants dans des programmes d’études enseignés dans des langues non officielles de l’Union européenne, à savoir en pratique le seul russe, et que ceux inscrits devront terminer les programmes d’études en cours respectifs d’ici le 31 décembre 2022. Le projet de loi a été opposé par le Parti social-démocrate d’opposition « Harmonie », ainsi que les chefs de plusieurs universités et de plusieurs ONG. Le vice-recteur de l’École internationale d’économie et d’administration des affaires de Riga, Igors Graurs, a déclaré que cela affecterait la capacité d’expatriation des diplômés lettons, entraînant une perte d’environ 54 millions d’euros pour l’économie lettone. Une opinion similaire a été exprimée par l’Union des étudiants de Lettonie qui a qualifié la proposition de « menace pour le développement des programmes d’études et la compétitivité de l’éducation dans l’Espace européen de l’enseignement supérieur, ainsi que dans le monde ».

Le 3 avril 2018, la Douma d’État (la diète russe) a publié une déclaration s’opposant fermement à la réforme et affirmant qu’elle « viole les principes observés par la plupart des pays civilisés ». Elle a exigé que des « mesures économiques spéciales » soient prises contre la Lettonie, tandis que le ministère des Affaires étrangères de Russie a averti que la nouvelle législation aurait un impact négatif sur les relations entre la Lettonie et la Russie. Le député russe Serge Jelezniak a qualifié la réforme de « génocide linguistique » et l’a comparée au « nazisme perpétré envers la population russe » qui aurait lieu en Ukraine. Le ministère des Affaires étrangères de Lettonie a répondu que « les responsables russes qui expriment leur point de vue sur les amendements aux lois lettones ne semblent pas du tout connaître le fond de la réforme ». Il a souligné que « le soutien de la Lettonie aux minorités est nettement plus élevé que dans d’autres pays européens, y compris la Russie ».

La réforme a été suivie de plusieurs manifestations de la part de Lettons russophones. Le ministre letton de l’Éducation et des Sciences, Kārlis Šadurskis, a qualifié les manifestations de « motivées politiquement », affirmant que le Kremlin désirait que les jeunes russophones de Lettonie aient de faibles compétences en letton et les maintiennent sous l’influence de la propagande russe.

Accueil réservé de la Commission de Venise sur les droits des minorités nationales

La Commission de Venise sur les droits des minorités nationales s’est penchée sur la réforme éducative en Lettonie. Elle a émis un avis en juin 2020 à ce sujet, on peut y lire aux paragraphes 119 et 120 sa conclusion :

119. Néanmoins, le système introduit par la législation récente concernant l’enseignement préscolaire doit être réexaminé pour faire en sorte que les personnes appartenant aux minorités nationales continuent de bénéficier de la possibilité de maîtriser leur langue, ce qui est essentiel pour la protection et la promotion de l’identité des minorités ainsi que pour la préservation de la diversité linguistique au sein de la société lettone. Selon la Commission, tant que la Lettonie garantit cette possibilité à toutes les minorités nationales, privilégier l’enseignement dans certaines langues — soit les langues officielles de l’UE — qui sont dans le même temps les langues de certaines minorités nationales serait acceptable. En outre, les écoles privées devraient être autorisées à dispenser un enseignement dans les langues minoritaires. La Commission rappelle que le respect du droit des personnes appartenant à des minorités de préserver et de développer leur langue ainsi que leur identité ethnique et culturelle est, pour la Lettonie, une obligation qui découle de ses engagements internationaux.

120. Même si l’orientation générale des modifications récentes soumises au présent avis ne constitue pas une source de préoccupation, certaines de ces modifications sont toutefois critiquables, car elles n’assurent pas un juste équilibre entre la protection des droits des minorités et de leurs langues et la promotion de la langue officielle. Pour garantir un tel équilibre, la Commission de Venise recommande de :

  • […]
  • prendre les mesures nécessaires sur le plan législatif, notamment, pour faire en sorte que les écoles publiques proposent un programme d’enseignement pour les minorités chaque fois que la demande en ce sens est suffisante ;
  •  dispenser les écoles privées de l’application des proportions obligatoires relatives à l’emploi de la langue lettone qui sont valables pour les écoles publiques mettant en place des programmes d’enseignement pour les minorités ;
  • élargir les possibilités pour les personnes appartenant à des minorités nationales d’accéder à l’enseignement supérieur dans leur langue minoritaire, soit dans leurs propres établissements d’enseignement supérieur, soit au moins dans les établissements publics d’enseignement supérieur ;
  • contrôler constamment la qualité de l’enseignement reçu par les élèves qui suivent les programmes d’enseignement pour les minorités pour s’assurer que les modifications introduites dans le système éducatif ne nuisent pas à la qualité de l’enseignement et n’entament pas de façon disproportionnée la possibilité qu’ont les élèves d’acquérir une bonne maîtrise de leur langue minoritaire. Les autorités responsables de l’éducation devraient aussi procurer aux écoles qui mettent en place des programmes d’enseignement pour les minorités les supports pédagogiques requis, et donner aux enseignants de ces écoles les possibilités voulues de continuer d’améliorer leurs compétences en letton et dans les langues minoritaires, afin qu’ils soient en mesure de mettre en œuvre le processus éducatif en letton, dans la langue minoritaire et dans deux langues à la fois.

Situation actuelle de l’enseignement dans les langues minoritaires

Selon les informations mises en ligne sur le site internet du ministère des Affaires étrangères de la Lettonie en juin 2018, des programmes d’enseignement pour les minorités existent dans sept langues : 

  • le russe, 
  • le polonais, 
  • l’hébreu, 
  • l’ukrainien, 
  • l’estonien, 
  • le lituanien et 
  • le biélorusse. 

L’État a procuré des financements à 104 écoles mettant en place de tels programmes (parmi elles, 94 ont mis en place des programmes en russe et bilingues, 4 en polonais et bilingues, 1 en ukrainien et bilingues, 2 en hébreu et bilingues, 1 en letton et lituanien, et 1 en letton et en estonien) et 68 écoles proposant à la fois des programmes d’enseignement en letton et dans les langues minoritaires (« écoles à double cursus »). 

Pour l’année scolaire 2017-2018, 49 380 élèves au total étaient inscrits aux programmes d’enseignement de base pour les minorités (de la 1re à la 9e année) sur un total de 176 675 élèves pour ces années et 9 271 élèves aux programmes du second cycle de l’enseignement secondaire pour les minorités (de la 10e à la 12e année) sur un total de 36 693 élèves pour ces années.

Certaines écoles privées dispensent également un enseignement dans d’autres langues que le letton. Toutefois, le nombre d’établissements d’enseignement de base et secondaire privés utilisant d’autres langues est négligeable. Selon les données communiquées aux rapporteurs par le ministère de l’Éducation, en 2018-2019, 58 établissements d’enseignement de base et secondaire privés existaient en Lettonie (de la 1re à la 12e année) : 6 d’entre eux étaient des écoles internationales, 11 écoles enseignaient en russe, 8 en letton et en russe, 2 en anglais, 1 en allemand, 1 en letton et en français, 1 en hébreu, et le reste uniquement en letton. Au cours de cette même année scolaire, le nombre total d’élèves inscrits dans les programmes d’enseignement pour les minorités ethniques (russe-letton bilingue) des établissements privés s’élevait à 1 484.

 Sources : TV3.lv, lsm.lv, Commission de Venise

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La minorité « historique » anglophone du Québec comprend 258 605 personnes, la communauté anglophone 1 103 475 (soit 844 870 allophones assimilés depuis à l’anglais). 

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vendredi 13 mai 2022

Netflix prévient ses employés wokes : si vous n'aimez pas notre contenu vous pouvez partir

Le service de diffusion sur internet Netflix a fait circuler une nouvelle « note de service sur la culture » indiquant à ses employés qu’ils étaient libres de quitter l’entreprise s’ils se sentaient offensés par le contenu diffusé par l’entreprise.

Les patrons ont averti qu’ils ne « censureront pas d’artistes ou des voix particulières », même si des employés considèrent le contenu comme « nocif ».

Le document a également appelé les travailleurs à se serrer la ceinture et à maîtriser les dépenses de l’entreprise alors que les finances de l’entreprise faiblissent.

La plate-forme en difficulté a perdu des millions de téléspectateurs au cours de la dernière année alors que ses rivaux Amazon, Disney et Apple prennent de l’ampleur et que la guerre en Ukraine l’a privé de près d’un million d’abonnés.

Les actions de Netflix ont plongé au cours des six derniers mois, passant de près de 700 dollars à 166 dollars hier 12 mai 2020, malgré une légère remontée à la fin de la journée.

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Cégep francophone : certains étudiants écrivent leurs travaux en anglais, pour ensuite les traduire grâce à Google Traduction

Réaction de David Anctil, professeur de cégep, à un article de Frédéric Lacroix : le problème c’est le français.

Excellent texte de Frédéric Lacroix comme d’habitude. La pensée mythique et les discours idéologiques ne peuvent pas servir de fondement pour nos politiques linguistiques et éducationnelles ; il faut observer calmement les faits connus et les dynamiques que nous ne voulons pas mieux connaître pour des raisons… étranges. 

 


Moi aussi mes étudiants me posent des questions en classe en anglais parce que" c’est plus clair ». Ils me demandent s’ils peuvent utiliser des traductions en anglais des œuvres à l’étude, car ils n’ont plus le niveau de français adéquat, même en 4e session du collégial francophone. Anecdote supplémentaire : mes étudiants écrivent de plus en plus leurs travaux de session en anglais, pour ensuite utiliser Google Traduction pour traduire leur propre texte… Ils m’expliquent que c’est trop difficile de construire leur pensée en français, parce qu’ils « pensent en anglais ». En fait ils « pensent en anglais » parce qu’ils vivent, s’alimentent culturellement et communiquent essentiellement en anglais, à l’exception de ce qu’on leur « impose » en français à l’école. Ce n’est pas de leur faute ; c’est un cercle vicieux dont nous sommes collectivement responsables. On leur dit depuis le primaire que l’anglais est supérieur et que sa maîtrise est la voie du succès et de l’émancipation. Pour eux, être bilingue, c’est donc vivre en anglais ; les humanités et les sciences en français deviennent des archaïsmes de plus en plus intolérables. Et comme pédagogue, je constate que c’est devenu le principal obstacle à leur succès scolaire.

De deux choses l’une : on prend la question du français au sérieux ou bien on passe graduellement vers l’anglais pour l’enseignement supérieur dans la grande région de Montréal. La re-francisation ou l’anglicisation assumée : que les partis politiques affirment clairement leur position sur l’avenir linguistique de Montréal à la prochaine élection.


jeudi 12 mai 2022

Maths — « L’excellence pour tous proclamée, l’excellence pour personne dans les faits »

Une adolescente ukrainienne scolarisée en France s’est étonnée du faible niveau en mathématiques de sa nouvelle classe.

Le rapport remis à Jean-Michel Blanquer le 21 mars sur « la place des mathématiques dans la voie générale du lycée » le reconnaît sans ambages : « Le niveau moyen de compétences en mathématiques en France est en baisse depuis près de quarante ans », et ce « quel que soit l’outil d’évaluation mobilisé (Timss, Cedre, LEC ou Pisa) ».

Olivier Rey
Le Figaro. — Comment expliquez-vous cette baisse de niveau ?

Olivier Rey. — Dans son discours aux « acteurs du numérique », en septembre 2020, Emmanuel Macron s’enchantait : « L’éducation, on a un des meilleurs systèmes éducatifs au monde. (…) Quelle autre économie au monde permet à des talents de former leurs enfants à l’école publique avec une école de qualité exceptionnelle tout au long de leur vie ? La France. » Il y a soixante ans, pareilles affirmations auraient été fondées. Aujourd’hui, on se demande ce qui permet à la présidence de la République de tenir des propos que tout dément, de la simple observation à l’ensemble des enquêtes, nationales ou internationales. Peut-être un rapport Mckinsey serait-il nécessaire pour que l’information remonte jusqu’à l’Élysée ? Quelques décennies de réformes ininterrompues, plus désastreuses les unes que les autres, ont accompli cette performance de ravaler « un des meilleurs systèmes éducatifs au monde » au rang de système déglingué, que seul un certain nombre d’enseignants encore pénétrés de l’ancienne dignité de leur tâche empêchent de s’effondrer tout à fait.

Dans ce sombre tableau, les mathématiques occupent une place à part. Un moment, en tant que seule discipline sélective qui demeurât, les mathématiques ont résisté au naufrage. Mais bientôt, cette résistance elle-même a paru insupportable : les horaires ont été rabotés, les filières ont perdu de leur substance, les exigences ont baissé dramatiquement. Comme le relevaient d’éminents scientifiques : « Que dans l’état actuel des programmes, des professeurs parviennent néanmoins à initier leurs élèves aux mathématiques et que certains élèves continuent à travailler et à s’intéresser aux mathématiques et aux sciences est un miracle qui tient à l’existence d’esprits particulièrement robustes et pugnaces, et aussi à l’aide des familles ou de remédiations extérieures, mais un “miracle” qui s’accompagne d’une chute très importante du nombre des vocations, et dont nous ne savons pas combien de temps encore il perdurera si les conditions actuelles ne s’améliorent pas. » Selon les dernières enquêtes, la France, naguère bastion de l’enseignement mathématique, occupe une place désastreuse, très inférieure à la moyenne de l’Union européenne ou de L’OCDE. Au collège, par exemple, 2 % des élèves sont crédités du niveau « avancé » en mathématiques, contre 11 % dans l’Union européenne et 50 % à Singapour. Le Vietnam, dont le système scolaire est demeuré profondément marqué par ce que la France avait mis en place du temps de la colonisation, obtient aujourd’hui, précisément parce qu’il est demeuré fidèle à cette empreinte, de bien meilleurs scores que notre pays qui, par ses mirobolantes réformes prétendant assurer l’excellence pour tous, ne cesse d’étendre le domaine de la médiocrité.

— Des initiatives n’ont-elles pas été prises pour remédier à cet état de fait ?

— En 2005, le président de la République Jacques Chirac a créé un Haut Conseil de l’éducation, dont les préconisations devaient aider à redresser une situation déjà jugée alarmante. Parmi les membres de ce conseil, le mathématicien Laurent Lafforgue, qui s’était vu décerner quelques années auparavant la médaille Fields. Le conseil ayant décidé, pour mener ses travaux, de faire appel aux experts du ministère de l’Éducation nationale, Lafforgue a fait part, dans un courrier privé adressé au président du conseil, Bruno Racine, de son désespoir : comment attendre le salut de ceux-là mêmes qui avaient conduit à une situation si dégradée ? Racine diffusa ce courrier et demanda à Lafforgue de démissionner. Moyennant quoi les experts en pédagogie ont continué leur œuvre : pour eux, la réponse aux échecs patents de leurs réformes consiste à poursuivre et radicaliser celles-ci. Les forces à l’œuvre avaient été parfaitement identifiées et décrites dès les années 1980 par le philosophe Jean-Cclaude Milner, dans son livre De l’école. Depuis, le mouvement n’a fait que se prolonger et s’intensifier. Fiant paedagogiae progressistae principia et pereat Gallica schola [1].

— Avec la réforme du baccalauréat en 2019, les mathématiques ont été purement et simplement supprimées des enseignements dits communs, rendant caduc leur apprentissage obligatoire en première (hors spécialité mathématique). Jean-Michel Blanquer a annoncé un retour aux modalités antérieures. Était-ce une erreur stratégique de supprimer cet enseignement ?

— Simone Weil remarquait que, « bien qu’aujourd’hui on semble l’ignorer, la formation de la vertu d’attention est le but véritable et presque l’unique intérêt des études. La plupart des exercices scolaires ont aussi un intérêt intrinsèque ; mais cet intérêt est secondaire. Tous les exercices qui font vraiment appel au pouvoir d’attention sont intéressants au même titre et presque également ». Le premier objet d’attention à proposer aux enfants à l’école est la langue avec laquelle nous nous exprimons. Être attentif aux mots que l’on emploie et à la syntaxe est au fondement de tout — y compris en mathématiques, où nombre de difficultés rencontrées par les élèves, à l’heure actuelle, tiennent tout simplement à une maîtrise insuffisante de la langue. Au début du XIXe siècle, le père du jeune Augustin Louis Cauchy, constatant les dispositions de son fils pour les mathématiques, alla demander conseil au grand géomètre Lagrange sur l’éducation qu’il convenait de donner à l’enfant. Lagrange répondit : « Ne lui laissez pas ouvrir un livre de mathématiques ni écrire un chiffre, avant qu’il ait achevé ses études littéraires. » Le jeune Cauchy collectionna les prix en latin et en grec, avant de devenir un des plus brillants mathématiciens de son temps. Aujourd’hui que l’enseignement des langues anciennes a presque disparu, et n’a plus rien du niveau d’antan, le conseil de Lagrange est « obsolète ». Au sein du marasme général, seules les mathématiques avaient réussi à conserver un minimum de prestige et d’exigence. De ce fait, leur éviction des enseignements communs au lycée est un renoncement supplémentaire.

— Vous avez vous-même fait Polytechnique, puis êtes devenu chercheur en mathématiques au CNRS avant de vous tourner vers la philosophie. En quoi l’enseignement des mathématiques est-il fondamental ?

— Comme je l’ai dit, je ne tiens pas l’enseignement des mathématiques comme le plus fondamental — la langue et la littérature viennent avant. Il y a des esprits bien formés et d’une intelligence supérieure tout à fait fermés aux mathématiques. Encore faut-il que l’enseignement des humanités ressemble à quelque chose. Par ailleurs, nous vivons dans un monde technologique. Je distingue les techniques, fruits directs de l’ingéniosité humaine, des technologies, inimaginables sans les sciences mathématiques de la nature qui ont pris leur essor au XVIIe siècle, et ont changé la face du monde à partir du XIXe. Lors des journées portes ouvertes à l’école polytechnique, des visiteurs du Centre de mathématiques posaient régulièrement la question : à quoi peuvent bien servir aujourd’hui les mathématiques ? La vérité, c’est qu’elles servent à peu près à tout, impliquées qu’elles sont dans les théories physiques, la modélisation, et « encapsulées » qu’elles se trouvent dans l’immense majorité des dispositifs et appareils que nous utilisons. Dans la mesure où les mathématiques sont au fondement du monde dans lequel nous évoluons, elles sont bel et bien devenues un savoir fondamental.

— Selon l’organisation professionnelle de l’ingénierie, il manquerait près de 20 000 ingénieurs diplômés en France par an. Peut-on faire un lien avec la baisse de niveau en mathématiques ? Que cela vous inspire-t-il ?

L’ingénierie a à faire avec la technologie, liée aux sciences mathématiques de la nature, et donc aux mathématiques. De ce fait, une baisse générale de niveau en mathématiques ne peut qu’avoir des effets négatifs dans le domaine de l’ingénierie. Depuis des décennies, le souci unique des réformes de l’enseignement est d’inclure tout le monde, hier jusqu’au lycée, aujourd’hui jusqu’au bac, demain peut-être jusqu’au doctorat. L’alignement sur les élèves en difficulté se justifie par le fait que les autres, « ils s’en sortiront toujours ». Ils s’en sortent sans doute, mais à un niveau inférieur à celui qui aurait été le leur si leurs capacités avaient été correctement cultivées. L’excellence pour tous proclamée, cela ne donne dans les faits l’excellence pour personne.

Le manque en ingénieurs de bon niveau a une autre cause, qui tient au virage massif et revendiqué de l’économie française vers les services, au détriment de la production. Les écoles d’ingénieurs en tirent les conséquences : de moins en moins écoles d’ingénieurs, de plus en plus d’écoles de commerce, dont beaucoup des meilleurs élèves s’orientent vers la finance et le « conseil ».

— In fine, cela se traduit-il par une perte de savoir-faire et de souveraineté ? 

— Oui. Lorsque la situation générale se tend, la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel revient sur le devant de la scène : que les « chaînes de valeur » se grippent, que la logistique s’enraye, et ceux qui savent faire se retrouvent en bien meilleure position que ceux qui ne savent plus que faire faire.

— Vous avez séjourné dans des universités chinoises. Avez-vous pu observer l’investissement de la Chine dans l’enseignement des mathématiques ?

— À la fin du XIXe siècle, un lettré chinois écrivait ceci : « Les superbes inventions des pays occidentaux nous sont, pour la plupart, inconnues et nous semblent incroyables… Mais, mon grand frère, peut-être allez-vous demander si toutes ces choses presque miraculeuses rendent les hommes plus heureux ? C’est une question très difficile à résoudre. Je ne sais pas ! Tout ce que je sais, c’est que ces machines travaillent cent fois plus vite que le manœuvre. Vous allez me demander si la vitesse est un bonheur… Je ne sais pas. Je suis seulement persuadé que sans ces inventions techniques et cette vitesse, on ne peut acquérir aucune puissance. Si on ne l’atteint pas, on reste plongé dans l’humiliation. Si l’on veut pouvoir se défendre, il faut absolument être en possession de cette science matérielle. » En Chine, la période qui s’étend de la première guerre de l’opium, en 1839, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale est nommée « siècle de l’humiliation ». Et c’est cette expérience qui nourrit la frénésie avec laquelle la Chine s’est lancée depuis lors dans la course technologique.

Les Chinois procèdent avec méthode, et ont parfaitement compris qu’un développement technologique pérenne suppose une base mathématique de premier ordre. Pendant un temps, ils ont encouragé l’expatriation de nombreux étudiants dans les meilleures universités américaines. Certains de ces étudiants ont préféré rester en Amérique, beaucoup sont revenus au pays, et aujourd’hui, l’université chinoise tourne à plein régime. La politique menée a répondu à des motifs « intéressés » : il s’agissait d’acquérir les moyens de la puissance. Mais si cette politique a réussi, c’est qu’elle a pu faire fond sur des dispositions qui se sont prodigieusement amenuisées en Occident, alors qu’elles sont demeurées très vivaces en Extrême-Orient : à savoir le respect des choses de l’esprit, l’exigence intellectuelle, l’ardeur à l’étude. Il est très stimulant de travailler dans un tel contexte. La question à laquelle je n’ai pas de réponse est la suivante : est-ce que la Chine est prémunie contre l’évolution que nous connaissons, ou bien ne fait-elle que bénéficier d’un retard de quelques décennies dans cette même évolution ? Quoi qu’il en soit, son avantage présent est considérable.

— Peut-on être une puissance dans notre monde globalisé sans une grande maîtrise des mathématiques ?

— Non. Les sciences mathématiques de la nature ne sont pas des sciences de la nature, mais des sciences de nos rapports opératoires avec la nature — de là, à la fois, leurs courtes limites philosophiques et leur prodigieuse puissance pratique. Et, comme le disait le lettré chinois, à partir du moment où certains disposent de cette puissance, il faut en disposer également, sans quoi « on reste plongé dans l’humiliation ».

Pour les pythagoriciens et les platoniciens, la réflexion géométrique était un exercice spirituel, par lequel l’âme apprenait à se détacher des réalités sensibles pour se tourner vers l’intelligible. Il est toujours possible de pratiquer les mathématiques dans cet esprit aujourd’hui. Mais depuis Platon, on a aussi découvert la puissance extraordinaire qu’elles confèrent sur le monde sensible.

[1] « Que s’accomplissent les principes de la pédagogie avancée et que périsse l’école française. »

*Olivier Rey est l’auteur de nombreux essais salués par la critique, comme « Quand le monde s’est fait nombre » (Stock, « Les Essais », 2016), « Leurre et malheur du transhumanisme » (Desclée de Brouwer, 2018) et « Réparer l’eau » (Stock, 2021). Il a également publié, sur le Covid, « L’idolâtrie de la vie » (Gallimard, « Tracts », 2020).

Le cas du Vietnam, conservateur de l’ancien système français

Le Vietnam, dont le système scolaire « est profondément marqué par ce que la France avait mis en place du temps de la colonisation, obtient aujourd’hui, précisément parce qu’il est demeuré fidèle à cette empreinte, de bien meilleurs scores que notre pays dans les classements internationaux »

Le souci unique des réformes « de l’enseignement est d’inclure tout le monde, aujourd’hui jusqu’au bac, demain peut-être jusqu’au doctorat. l’alignement sur les élèves en difficulté se justifie par le fait que les autres, “ils s’en sortiront toujours”. Sans doute, mais à un niveau inférieur à celui qui aurait été le leur si leurs capacités avaient été correctement cultivées »

« Wokisme », « covidé », « genre fluide »... Quels sont les nouveaux mots du dictionnaire Petit Robert ?

L’édition 2023 du Petit Robert contient de nouvelles définitions, dont les termes ont été largement employés dans l’actualité récente, notamment sanitaire.

Les questions sanitaires, sociétales et environnementales font partie intégrante du choix des nouveaux mots qui font leur entrée dans le dictionnaire du Petit Robert 2023.

Les mots du/de la Covid-19

Parmi les nouvelles définitions établies, les termes employés lors de la pandémie de Covid-19 ne manquent pas à l’appel. Ainsi, figurent, par exemple :

  • Covid long : Dont les symptômes persistent.
  • Covidé : Qui est atteint du Covid.
  • Écouvillonner : Prélever un échantillon (dans une cavité naturelle) à l’aide d’un écouvillon.
  • Portage : Capacité que possède une personne, un animal de transmettre un germe (➙ porteur). Vaccin qui empêche le portage et la circulation d’un virus. Le vocabulaire des nouvelles technologies et du cyber

Outre le domaine médical, le vocabulaire de l’informatique, régulièrement employé ces dernières années, fait aussi son apparition.

  • Brouteur : Escroc qui piège ses victimes sur Internet.
  • Cyberespionnage : Espionnage pratiqué en infiltrant les systèmes informatiques pour s’emparer de données stratégiques.
  • Harponnage : Hameçonnage ciblé
  • NFT : ANGLICISME. Certificat cryptographique associé à un objet numérique (image, vidéo, musique…) dont l’authenticité et la traçabilité sont garanties par la blockchain. Les œuvres d’art numériques s’échangent sous forme de NFT. Le NFT est un titre de propriété, dont la valeur dépend du cours des cryptomonnaies. — Cet actif numérique. Le marché des NFT.

Sexualité, genre, et discriminations

Parmi les questions sociétales, les mots employés dans les thématiques qui concernent le genre, la sexualité ou encore les discriminations sont aussi définis. On y retrouve notamment :

  • Culture de l’annulation : DIDACTIQUE (anglais cancel culture). Culture de l’annulation, visant à ostraciser quiconque serait considéré comme offensant par ses propos ou ses actes.
  • Culture de l’effacement : Culture de l’effacement, visant à bannir de l’espace public ou de la mémoire collective des personnalités, des œuvres, au nom de certaines valeurs (recomm. offic. pour remplacer l’anglicisme cancel culture).
  • Thérapie de conversion : Thérapie de conversion, prétendant modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne (pratique interdite dans plusieurs pays).
  • Dégenrer : Supprimer toute distinction en fonction du genre pour favoriser la mixité et l’égalité.
  • Genre fluide : (anglais gender fluid) Genre fluide, caractérisé par des fluctuations de l’identité de genre.
  • Identité de genre : Le genre auquel la personne s’identifie. « L’identité de genre est le sexe dans lequel se reconnaît le sujet » (J.-D. Vincent). Iel : Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier (iel) et du pluriel (iels), employé pour évoquer une personne quel que soit son genre. Iel se définit comme non binaire. Les stagiaires ont reçu les documents qu’iels doivent signer. « Au pluriel iels peut être pratique, iels plutôt que ils pour dire : les gens, désigner une foule, un groupe mixte. » (C. Delaume).
  • Woke: 2017 ◊ argot afro-américain « éveillé », de to wake « se réveiller ». ANGLICISME. Qui est conscient et offensé des injustices et des discriminations subies par les minorités et se mobilise pour les combattre, parfois de manière intransigeante (surtout péjoratif, par dénigrement) ➙ conscientisé, engagé, vigilant. — N. Les wokes. ♦ N. m Ce mouvement, cette pensée. ➙ wokisme. « Les dérives du woke, bien réelles et navrantes » (P. Ndiaye) (cf. Culture de l’effacement).
  • Wokisme : 2020 ◊ de woke ANGLICISME (souvent péjoratif). Courant de pensée d’origine américaine qui dénonce les injustices et discriminations ; mouvement, pensée woke.

Les mots de l’environnement

  • L’écologie et les thématiques de l’environnement sont bien sûr aussi présentes.
  • Dôme de chaleur : MÉTÉOROLOGIE. Système fermé de haute pression (anticyclone) sous lequel se crée une zone stationnaire de forte chaleur.
  • Écoanxiété : Anxiété provoquée par les menaces environnementales qui pèsent sur notre planète.
  • Écogarde : Garde chargé(e) de la gestion et de la surveillance des espaces naturels, de la protection du patrimoine naturel et de la préservation de la biodiversité.
  • Îlot de chaleur urbain : MÉTÉOROLOGIE. Zone localisée caractérisée par des températures très élevées.
  • Verdissement d’image : attribution abusive de qualités écologiques à un produit, une marque. ➙ blanchiment (écologique), écoblanchiment. Recomm. offic. pour greenwashing.

Gastronomie, culture et mots « familiers » (souvent issus de l’immigration)

Pour cette édition 2023, le dictionnaire Petit Robert a également intégré des définitions de plats gastronomiques, tels que le 

  • « café blanc » (boisson chaude, eau aromatisée à l’eau de fleur d’oranger), ou encore 
  • « le labné/labneh » (Fromage frais égoutté préparé traditionnellement avec du lait de chèvre ou de brebis — spécialité moyen-orientale).

Concernant les mots employés dans le domaine culturel, on retrouve la définition du nom

  • « instagrammeur, euse : Personne (influenceur, créateur de contenu) qui exerce son activité en publiant des photos et des vidéos sur son compte Instagram », ou encore du 
  • « visionnage : Visionnage boulimique : fait de regarder à la suite de nombreux épisodes d’une série. Recomm. offic. pour binge watching ».

Enfin, quelques mots employés dans le langage familier (en France) sont aussi présentés :

  • Bail : Chose que l’on ne peut nommer. ➙ machin, truc. J’ai un bail à te raconter. — Affaire, projet mal défini. « Et c’est quoi les bails maintenant ? » (E. Bayamack-Tam). T’as un bail pour ce soir ?
  • Chiller: Prendre du bon temps à ne rien faire.
  • Gênance : Sentiment de gêne, de malaise éprouvé dans une situation embarrassante. Quel moment de gênance !
  • Go : 1997 ◊ d’une langue d’Afrique de l’Ouest (bambara) FAMILIER. Jeune fille, jeune femme, petite amie.
  • Toubab : On rencontre la forme babtou (verlan). PÉJORATIF Babtou fragile : personne faible, qui se pose en victime. [Ajoutons qu'en Afrique, et probablement dans certaines banlieues françaises, ce terme désigne les Européens, les blancs voir Wikipédia...]

Source


mercredi 11 mai 2022

Covid-19 — Indicateurs ne confirment pas l'épidémie catastrophique annoncée, mais la gestion le fut

Laurent Toubiana : « Tous les indicateurs ne démontrent pas une épidémie catastrophique comme elle l’avait été annoncée. En revanche, les mesures qui ont été mises en place ont généré une crise catastrophique. »

Extrait :



Segment au complet :


Laurent Toubiana rappelle aussi que la crise en Ukraine a occulté totalement une vague de Covid-19 plus récente, vague qui adopta le même comportement que les précédentes alors que toutes les mesures étaient levées. Cela indiquerait pour le chercheur à l’INSERM que les mesures antérieures étaient virtuellement sans effet sur la pandémie et que celle-ci a évolué de manière habituelle.

Toubiana signale la faible surmortalité en France (nulle pour les moins de 65 ans, elle ne touche que légèrement les plus de 65 ans) et que la Suède qui a été nettement moins stricte, moins draconienne que la plupart des pays s’en sort mieux sorti que beaucoup de pays nettement plus stricts dans leurs mesures anti-Covid-19.

(On remarque que la chute de l’espérance de vie est plus grande chez les non-blancs aux États-Unis.  Noter que l’espérance de vie a augmenté en Suède pendant la pandémie. Cliquer pour agrandir.)



Un rapport soutenu par l’OMS conclut que 9 décès sur 10 sont survenus dans des pays où les niveaux d’obésité sont élevés

(Source : John Hopkins, via FT)

Taux d’obésité au Canada et au Québec

Les provinces avec le moins d’adultes obèses au Canada en 2018 étaient le Québec et la Colombie-Britannique. En effet, la moyenne du taux d’obésité au Canada était de 26,8 % alors qu’il n’était que de 25 % au Québec (25,0 %) et 23,1 % en Colombie-Britannique.


Taux de surpoids dans le monde

Source

 

 

Obésité, genre et infection à la covid (en français, même si toutes les diapos sont en anglais, c'est la Frônce de Macron)


Voir aussi

Québec — Augmentation de la consommation de drogues, des dépressions et de l’obésité  

Covid-19 — A-t-on donné le mauvais type de vaccins ? (étude danoise vaccins ARNm par rapport à vaccins à vecteur adénovirus)


 

mardi 10 mai 2022

« J’ai vu des crimes abominables » commis par les soldats ukrainiens

Un témoignage d’Adrien Bocquet, ancien militaire, de retour de trois semaines de mission humanitaire en Ukraine à Boucha et Lviv/Lvov/Lemberg/Léopol. Il a été témoin d'exactions contre des soldats russes : il dit avoir des vidéos de soldats ukrainiens qui tirent dans les genoux de soldats russes qui s'étaient rendus et de balles tirées dans la tête d'officiers russes qui s'étaient eux aussi rendus. Il parle également de l'attribution de dégâts causés par des mortiers ukrainiens aux Russes et d'une certaine mise en scène à Boucha.


Le continent immergé de la violence domestique par les femmes

Johnny Depp (à gauche) et Amber Heard
Atlantico — Très médiatisé, le procès entre Amber Heard et Johnny Depp fait couler beaucoup d’encre, de surcroît outre-Atlantique. Cet effet de loupe est-il en partie dû au fait que l’opinion publique a, pour une fois, l’impression que la femme est aussi l’agresseur ?

Pascal Combe — Je pense que ce procès peut faire évoluer les esprits et permettre de mettre en avant une vérité que beaucoup ne veulent pas admettre, c’est-à-dire que les hommes peuvent aussi être victimes de violences conjugales. En effet, c’est sans doute une des raisons qui explique une telle médiatisation.

Remettons cependant les choses dans leur contexte. La violence existe sous quatre formes : physique, morale, sexuelle et financière. Je pense que Johnny Depp est violent, car il est alcoolique. De son côté, Amber Heard est violente, car elle a des troubles de la personnalité. Dans la plupart des pays, les féministes sont tellement puissantes que l’on ne parle pas de la violence des femmes, c’est une sorte de tabou. Ainsi, on ne connaît pas suffisamment bien l’existence des hommes battus, notamment en France. Cela s’explique par le fait que de nombreuses féministes se sont infiltrées dans la sphère politique. De ce fait, elles influencent les gouvernements et les instituts de recherche, tout comme les universités et les administrations. Ces femmes tentent de cacher les hommes battus et leurs enfants, ce que je qualifie de criminel puisque de nombreux hommes se suicident suite à ces violences, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Les féministes sont d’ailleurs très puissantes aux États-Unis puisque c’est de ce pays que vient le mouvement MeToo.

— Pourtant, oublie-t-on qu’il existe une réalité statistique non négligeable au sujet des hommes victimes de violences conjugales ? Comment expliquer que ce facteur soit trop souvent oublié ?

— 80 000 hommes sont battus en France chaque année. Pourtant, c’est selon moi le seul pays de la planète ou ne reconnaît pas l’existence des hommes battus. Comment l’expliquer ? Les féministes, qui sont désormais au pouvoir, cachent cette réalité et tentent de faire croire que les hommes sont violents à cause du patriarcat. Dès lors, les femmes violentes le seraient à cause du matriarcat, et cette vérité n’est pas bonne à dire pour de nombreuses personnes.

Lors de la libération de la femme, dans les années 1960, les institutions ont commencé à émettre des chiffres sur les femmes battues. Or, ces mêmes institutions n’ont pas voulu reconnaître l’existence des hommes battus, pour des raisons idéologiques, mais aussi financières. Il y a une quinzaine d’années, lorsqu’on a mis en lumière l’existence des hommes battus, il fallait aussi reconnaître que l’homme n’est pas violent à cause du patriarcat. Selon moi, la seule raison qui peut expliquer la violence est d’ordre médical, psychiatrique. C’est ce que l’on voit à travers le procès de Johnny Depp et Amber Heard. L’un des protagonistes est alcoolique alors que l’autre souffre de troubles de la personnalité.

— Dans quelle mesure les victimes masculines souffrent-elles d’une double peine en raison du manque de visibilité de cette problématique ? Les victimes masculines sont-elles trop souvent ignorées ?

— Les hommes ne souffrent pas d’une double peine, mais d’une triple peine !

La première peine réside dans le fait que les chiffres sont cachés, ce qui veut dire que les forces de l’ordre ne sont pas au courant que les hommes battus existent, faute de formation adaptée. Quand ces derniers veulent porter plainte, ils ne sont pas reçus. Il y a ainsi 5 fois moins d’hommes battus qui portent plainte que de femmes.

La deuxième peine se situe au niveau de la justice, qui ne connaît pas les chiffres. Si un homme battu porte plainte, bien souvent la femme en fait de même. Deux plaintes arrivent donc sur le bureau du juge, celle de l’homme et de la femme, qui se revoient la balle. Bien souvent, c’est l’homme battu qui est condamné. Nous le savons grâce aux chiffres de l’ONDRP et du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, que nous avons croisés. Selon ces chiffres, seulement 3 % des femmes violentes sont condamnées, contre 50 % des hommes.

Troisième peine, lorsque ces hommes sont condamnés, parfois injustement, ils sont contraints d’aller voir des psychologues ! Au sein de notre association Stop hommes battus, nous avons justement connu un homme dont le psychologue refusait de reconnaître son statut de victime.

En conclusion, les victimes masculines sont oubliées pour de multiples facteurs, notamment historiques. Seule une évolution profonde de la société pourrait permettre de changer les choses, et le procès entre Amber Heard et Johnny Depp pourrait permettre de lever ce tabou.

Source : Atlantico

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Le 25 novembre et le 6 décembre, hier et aujourd’hui