Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
L'apocalypse est reportée. Pour l'instant ? Un mini-boom se profilerait, selon l'hebdomadaire britannique The Economist.
Peut-être que les machines rendront à terme de nombreux humains inemployables — mais rien ne le laisse encore présager. Le 4 septembre, le Bureau des statistiques du travail américain a annoncé que l’économie américaine avait créé 162 000 emplois en août, un chiffre bien supérieur aux prévisions. Le taux de chômage s’élève à 4,1 %, soit un niveau inférieur à celui de près de 90 % des mois du dernier demi-siècle. Les jeunes actifs, souvent présentés comme les premières victimes de l’intelligence artificielle, s’en sortent très bien : l’écart entre le taux de chômage des 20-24 ans et le taux global est proche de son plus bas niveau depuis plusieurs décennies.
Certaines entreprises et certains travailleurs sont toutefois fortement perturbés par l’IA. Les embauches dans les services professionnels et aux entreprises sont inférieures d’environ 10 % à la moyenne enregistrée entre 2015 et 2019. Des géants de la technologie tels que Microsoft et Meta réduisent leurs effectifs à mesure qu’ils réorganisent leurs activités autour de cette technologie. Des entreprises plus modestes, telles que Block, propriétaire de Square et Cash App, et Intuit, concepteur de logiciels comme TurboTax et QuickBooks, remplacent leurs employés par des robots. Les entreprises américaines ont annoncé en moyenne quelque 16 000 suppressions d’emplois liées à l’IA par mois depuis le début de l’année, selon Challenger, Gray & Christmas, un cabinet de conseil en recrutement.
Mais les licenciements liés à l’IA se confondent dans un marché de l’emploi en pleine effervescence où les employeurs se séparent d’environ 1,7 million de salariés au cours d’un mois type. Et les données disponibles à ce jour montrent que l’IA crée déjà de nombreux emplois pour remplacer ceux qu’elle a supprimés. Les sommes colossales investies dans les centres de données et la production d’électricité ont déclenché une ruée vers les emplois dans le bâtiment et les infrastructures. Les jeunes pousses spécialisées dans l’IA embauchent à tour de bras. Les acteurs établis, qui se démènent pour suivre le rythme, créent de nouveaux postes liés à l’IA. Et en rendant certains travailleurs plus productifs, l’IA pourrait bien accroître la demande pour leurs services.
Si l’on fait le bilan, l’hebdomadaire londonien The Economist estime que l’IA a jusqu’à présent créé environ un million de nouveaux emplois aux États-Unis. Ce chiffre dépasse largement les quelque 200 000 licenciements attribués à l’IA depuis mi-2023, et semble plus que suffisant pour compenser la baisse des embauches dans de nombreux postes administratifs. C’est la frénésie d’investissements américains dans les infrastructures d’IA qui en a créé une grande partie. Les dépenses consacrées au matériel nécessaire au fonctionnement de l’IA — des puces et serveurs aux centres de données, en passant par les systèmes de refroidissement et l’alimentation électrique — dépassent d’environ 500 milliards de dollars par an leur niveau de 2022, année où le monde a découvert ChatGPT, selon les calculs de la banque Goldman Sachs. La construction de centres de données, à elle seule, progresse à un rythme annuel de plus de 75 milliards de dollars, soit près de 60 % de plus qu’il y a un an, selon les données du Bureau américain du recensement. Cette frénésie de construction nécessite une armée de travailleurs : des électriciens pour câbler les baies de serveurs, des spécialistes en systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC) pour éviter leur surchauffe, des ingénieurs du réseau électrique pour les raccorder à l’alimentation électrique et des techniciens pour installer et entretenir les machines.
Cette vague d'embauches se reflète dans les chiffres. The Economist a suivi cinq secteurs au cœur du développement des centres de données, de la sous-traitance électrique à la fabrication d'équipements. Depuis 2023, l’emploi dans ces secteurs a augmenté d’environ 320 000 postes de plus que ne le laisseraient supposer les tendances générales du secteur de la construction et de l’industrie manufacturière (voir graphique 1, partie haute). Le Bureau des statistiques du travail (BLS) prévoit que les entreprises dans le secteur de l'énergie et des services publics seront le grand secteur connaissant la croissance la plus rapide d’ici à 2035.
Tous ces emplois ne doivent pas leur existence à l’IA — la modernisation des réseaux électriques et d’autres projets de construction d’usines y contribuent également. Mais c’est le cas pour bon nombre d’entre eux. En effet, un site d’offres d’emploi constate que les postes vacants dans les centres de données ont plus que doublé en deux ans, alors même que les offres d’emploi ont globalement diminué. LinkedIn, un réseau social destiné aux professionnels enthousiastes, estime que près d’un demi-million d’emplois dans les centres de données ont été créés entre 2023 et 2025 aux États-Unis, les techniciens et les ingénieurs figurant parmi les profils les plus fréquemment recrutés ces derniers temps.
Cette ruée vers les travailleurs se reflète également dans les salaires. Indeed constate que les offres d’emploi dans l’installation et la maintenance des centres de données proposent des salaires supérieurs d’environ 40 % à ceux d’emplois similaires ailleurs. Les données officielles confirment cette tendance. Entre janvier et juin, le salaire horaire moyen a augmenté de plus de 13 % dans le secteur de la fabrication d’équipements électriques et de près de 8 % chez les entrepreneurs en électricité.
Malgré ces hausses salariales, il reste difficile de trouver de la main-d’œuvre. Lors d’une récente visite dans une usine de transformateurs, Donald Leavens, de l’Association nationale des fabricants d’équipements électriques, a demandé à la directrice générale de l’entreprise de quoi elle avait le plus besoin. « Pouvez-vous venir ici et gérer l’une de nos chaînes de production pour moi ? », a-t-elle répondu.
Il n’y a pas que les ouvriers qui se multiplient. L’IA crée également une nouvelle catégorie d’emplois de cols blancs. Les ingénieurs (développeurs) construisent les modèles, les annotateurs de données étiquettent les données d’entrée et évaluent les réponses, des ingénieurs « déployés sur le terrain » les adaptent aux besoins des clients, et les nouveaux « responsables IA » décident de la manière dont les entreprises doivent exploiter cette technologie. Certains de ces postes n’existaient pratiquement pas jusqu’à récemment. Beaucoup voient leur nombre augmenter rapidement. Selon LinkedIn, les offres d’emploi destinées aux responsables de l’IA, aux ingénieurs en IA et aux directeurs de l’IA ont pratiquement doublé depuis 2023-2024.
Les chiffres commencent à parler d’eux-mêmes. Une étude préliminaire menée par Gad Levanon, économiste en chef au Burning Glass Institute, s’appuie sur la base de données relative aux parcours professionnels de cet organisme de recherche (qui s’appuie principalement sur les parcours professionnels répertoriés sur LinkedIn) pour identifier les emplois qui n’existeraient pas sans l’IA, que ce soit au sein d’entreprises spécialisées dans l’IA ou parce qu’il s’agit de postes spécifiques à l’IA dans d’autres entreprises. Il estime qu’environ 1 % des emplois professionnels sont désormais des « emplois liés à l’IA », soit de l’ordre d’un million de postes aux États-Unis. Dans les métiers de l’informatique et des sciences de la vie — y compris les chercheurs utilisant l’IA pour découvrir de nouveaux médicaments —, cette part atteint 4 à 5 %. L’analyse de LinkedIn prévoit environ 640 000 nouveaux emplois spécifiques à l’IA entre 2023 et 2025. « À ce jour, les données suggèrent que l’IA a été un créateur net d’emplois », déclare Kory Kantenga, responsable des questions économiques pour les Amériques chez LinkedIn.
The Economist a suivi l’évolution de l’emploi dans les professions les plus étroitement liées à l’essor de l’IA — ingénieurs, développeurs de logiciels, mathématiciens et spécialistes en mégadonnées — et a comparé leur croissance depuis 2022 à celle de l’emploi professionnel dans son ensemble. Ces métiers ont permis de créer environ 730 000 emplois de plus que la tendance ces dernières années (voir graphique 1, en bas). L’IA n’aura pas créé chacun d’entre eux. Mais elle en a très certainement créé un bon nombre.
Une troisième source d’emplois provient des gains de productivité. L’IA permet aux avocats de rédiger des contrats plus rapidement et aux analystes de passer au crible des documents financiers en quelques minutes. Si une productivité accrue réduit le coût des services professionnels, il est possible que la demande pour ces services augmente suffisamment pour créer davantage d’emplois dans l’ensemble.
Certaines des professions que l’on croyait autrefois les plus vulnérables à l’IA semblent bénéficier de cet effet. Entre 2023 et 2025, l’emploi des assistants juridiques a augmenté d’environ 11 % et celui des analystes d’études de marché de 6 %, contre une moyenne nationale d’environ 2 % (voir graphique 2). Malgré des avertissements alarmistes concernant des licenciements imminents, les services professionnels devraient continuer à croître rapidement grâce à la demande en systèmes d’IA et en conseil, selon les prévisions du BLS.
Certaines professions sont en difficulté. Depuis janvier 2023, l’emploi a baissé d’environ 10 % chez les agents du service client, et d’environ 15 % chez les secrétaires et assistants administratifs. Ces trois catégories de métiers reposent largement sur des tâches routinières dans lesquelles les agents d’IA excellent de plus en plus. Le BLS prévoit que les métiers de bureau et d’assistance administrative perdront 752 000 emplois d’ici 2035.
Mais à mesure que les capacités de l’IA s’étendent, celle-ci devrait continuer à créer de nouveaux emplois. Plus de 6 millions d’Américains occupent aujourd’hui des emplois liés à l’informatique qui n’existaient pas à l’époque pré-informatique. Huit millions d’autres travaillent dans de nouveaux secteurs tels que l’économie des petits boulots, le commerce électronique et la création de contenu. Les travailleurs de demain pourraient bien superviser des équipes d’agents autonomes ou régler les différends entre eux. Utopique ? Peut-être. Mais le métier d’influenceur l’était aussi il y a une ou deux décennies.
Tous les trois ans, l’OCDE, un regroupement de pays pour la plupart riches, publie les résultats des tests scolaires internationaux passés par des élèves de 15 ans à travers le monde. Il y avait des raisons d’espérer que les dernières données, publiées le 8 septembre, apporteraient de bonnes nouvelles. Les résultats en mathématiques, en lecture et en sciences s’étaient effondrés lors de la précédente session de tests, qui avait eu lieu juste après la pandémie. Les décideurs politiques osaient espérer que, cette catastrophe étant désormais loin derrière, les résultats commenceraient à remonter.
Ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, dans les pays riches — qui constituent le principal champ d’étude des tests —, les résultats ont encore baissé (voir graphique 1). En matière de maîtrise de la lecture et de l’écriture, le déclin s’accélère même. Ces données suggèrent que des facteurs de longue date font baisser les résultats scolaires et que, sans une correction rapide, les capacités des élèves pourraient s’enfoncer encore davantage. Quiconque se soucie des jeunes d’aujourd’hui — et, par conséquent, des sociétés de demain — devrait s’en alarmer.
Le projet de l’OCDE, connu sous le nom de PISA, évalue les aptitudes des jeunes à l’approche de la fin de leur scolarité obligatoire. Le nombre de systèmes scolaires participants s’est accru au fil des ans : les derniers tests ont été passés dans l’ensemble des 38 pays membres de l’OCDE et dans 53 autres pays (dont beaucoup sont des économies en développement). Les résultats servent à établir une sorte de classement international.
Cette année, comme lors de presque toutes les sessions de tests depuis 2000, les systèmes scolaires asiatiques dominent le classement. Les élèves chinois — qui participaient pour la première fois depuis 2018 — se sont classés en tête ou près de la tête dans toutes les disciplines. Mais les résultats de ce pays ne sont pas représentatifs car, entre autres problèmes, seuls quatre provinces ont participé aux évaluations. Les notes élevées enregistrées dans des pays comme Singapour, Taïwan et le Japon suscitent moins de doutes. Les élèves de ces pays semblent également devancer de manière significative leurs pairs des autres régions du monde.
L’Estonie semble toujours disposer du meilleur système scolaire en Occident. La Turquie progresse très rapidement. Et il y a des nouvelles encourageantes pour la Grande-Bretagne, dont les jeunes se classent désormais parmi les dix premiers au monde dans les trois disciplines. Par rapport à il y a trois ans, la Grande-Bretagne a amélioré ses résultats en sciences et a globalement maintenu ses performances en lecture et en mathématiques. Cela constitue un bon résultat alors que de nombreux autres pays sont en recul.
Pourtant, si l’on prend du recul, c’est le déclin à long terme qui domine le tableau. Les résultats moyens des 23 pays membres de l’OCDE ayant participé à toutes les éditions du programme PISA ont atteint un pic vers 2012 et n’ont cessé de baisser depuis. Tant en mathématiques qu’en lecture, les élèves de 15 ans des pays de l’OCDE affichent désormais des résultats qui auraient pu être obtenus par des élèves de 14 ans il y a une dizaine d’années (voir graphique 2). Les résultats concernant les établissements scolaires américains sont brouillés par de faibles taux de réponse, bien que les données disponibles suggèrent que, lors de la dernière session d’évaluation, leurs résultats en lecture et en écriture ont chuté, suivant la tendance observée dans les pays riches. Les tendances sont un peu moins préoccupantes dans les pays en développement, pour lesquels le niveau de performance était initialement plus faible. Mais même dans bon nombre de ces pays, les résultats en mathématiques et en lecture sont en baisse.
Les enfants qui figuraient déjà parmi les moins performants prennent encore davantage de retard. Dans l’ensemble des systèmes éducatifs, l’écart entre les élèves les moins performants et les plus performants n’a jamais été aussi important, selon les données du PISA, et ce dans toutes les disciplines évaluées. Environ 20 % des jeunes de 15 ans dans les pays de l’OCDE sont considérés comme ayant de faibles résultats en lecture, en mathématiques et en sciences — contre 16 % lors des évaluations menées il y a quatre ans. L’OCDE estime que ces jeunes auront du mal à comprendre tout ce qui dépasse les textes les plus simples, ou à déchiffrer une facture de services publics.
Quelles sont les causes de ce recul ? L’impact persistant de la pandémie joue sans aucun doute un rôle. Les jeunes qui ont participé aux tests PISA de cette année avaient environ dix ans lorsque la Covid-19 a frappé ; il est possible qu’ils aient été davantage affectés par les perturbations de cette période que les adolescents qui étaient plus avancés dans leur parcours scolaire.
La pandémie a également engendré de nouveaux problèmes qui persistent sans être maîtrisés. Les taux d’absentéisme restent bien plus élevés qu’avant la propagation de la Covid, pour des raisons très débatues. Dans les pays riches, environ 15 % des élèves manquent au moins une journée d’école primaire tous les quinze jours, contre environ 10 % en 2019 ; les absences sont également en hausse dans les établissements secondaires. Manquer ne serait-ce que quelques jours de cours peut avoir un impact considérable sur les notes.
Mais la baisse des résultats va également raviver les inquiétudes de longue date concernant l’impact de la technologie sur l’apprentissage des enfants — et sur leurs compétences en lecture en particulier. L’omniprésence des téléphones portables et l’accès généralisé aux réseaux sociaux font que les jeunes sont moins amenés à s’exercer à comprendre des textes complexes, affirme Andreas Schleicher, responsable de l’éducation à l’OCDE. Il souligne une augmentation du nombre de candidats classés comme « lecteurs pressés » qui parcourent rapidement l’évaluation de lecture tout en se trompant sur de nombreuses réponses.
Les écrans détournent manifestement les enfants des livres : seuls 37 % des enfants américains âgés de neuf ans déclarent aujourd’hui lire pour le plaisir, contre près de 60 % dans les années 1990. Le recul de la culture de la lecture pourrait bien faire baisser les notes dans d’autres disciplines, car une bonne maîtrise de la lecture est également essentielle pour progresser dans des matières telles que les mathématiques et les sciences.
Relever ces défis nécessite des politiques scolaires de premier ordre. Or, sur un large éventail de questions, les ministères de l’Éducation semblent manquer à leur devoir. M. Schleicher craint que les écoles ne soient devenues « complaisantes » et qu’elles aient de plus en plus tendance à dire aux élèves et aux parents que « un travail médiocre, c’est très bien ». Il critique l’utilisation excessive et désordonnée des logiciels éducatifs en classe, affirmant que les élèves servent trop souvent de « cobayes » à des outils dont l’efficacité n’a pas été prouvée. Certaines données suggèrent qu'on a laissé les écoles devenir de plus en plus turbulentes. Dans une récente enquête, des enseignants des pays riches ont indiqué que le temps qu'ils consacraient simplement à maintenir l'ordre augmentait progressivement.
Le programme PISA pourrait lui-même porter une part de responsabilité pour avoir orienté les réformateurs scolaires sur une voie hasardeuse. Lorsque les tests ont été menés pour la première fois en 2000, la Finlande a surpris le monde entier en se classant en tête du classement. Les décideurs politiques qui s’étaient rendus à Helsinki pour s’inspirer de l’expérience finlandaise sont revenus avec des messages que les enseignants de leur pays d’origine étaient ravis d’entendre. La Finlande semblait avoir obtenu des résultats remarquables avec un nombre limité d’évaluations et d’inspections. Son système éducatif prônait un apprentissage « basé sur le jeu », en particulier pour les plus jeunes. Il soutenait que les enseignants devaient passer moins de temps à parler devant le tableau noir et davantage à aider les élèves à trouver les réponses par eux-mêmes.
Pourtant, depuis ces premières évaluations PISA, presque aucun pays n’a vu ses résultats chuter aussi brutalement que la Finlande — une baisse qui se poursuit dans les derniers résultats. Les détracteurs de la Finlande avancent que les notes élevées obtenues en 2000 reflétaient en réalité des approches pédagogiques traditionnelles qui prévalaient encore dans ses écoles jusque dans les années 1990 — et non les nouvelles politiques « progressistes » qui ont fait sa renommée. Si tel est le cas, cette erreur a peut-être fait dérailler des dizaines de systèmes scolaires.
Quels pays pourraient servir de nouveaux modèles ? Les systèmes scolaires asiatiques ont eux aussi connu une certaine baisse ces dernières années, mais généralement moins marquée que dans d’autres pays riches. L’écart important entre les résultats de l’Est et de l’Ouest suggère que les politiques menées en Asie de l’Est méritent d’être réexaminées. Les parents y sont très attachés à la scolarité et n’hésitent souvent pas à dépenser sans compter pour des cours particuliers.
Les critiques ont raison de souligner que de tels facteurs sociaux sont difficiles à reproduire. Mais les responsables politiques de la région ont également pris un certain nombre de décisions judicieuses. Les pays asiatiques sont bien moins obsédés que les pays occidentaux par le maintien de classes à effectifs réduits : ils choisissent généralement d’avoir moins d’enseignants, qu’ils peuvent alors mieux rémunérer et former de manière plus intensive. Cela semble fonctionner mieux que d’ajouter sans cesse du personnel dans les écoles — la principale méthode par laquelle les États-Unis, en particulier, ont longtemps tenté d’améliorer les résultats.
La progression de la Grande-Bretagne dans les classements mérite davantage d’attention qu’elle n’en a reçu. Il y a une quinzaine d’années, sous un gouvernement de coalition dirigé par les conservateurs, les réformateurs scolaires en Angleterre — de loin le plus grand des quatre systèmes scolaires distincts du Royaume-Uni — ont pris une direction opposée à celle adoptée par la plupart des autres pays.
Le pays a renforcé le contenu factuel de ses programmes scolaires (certains préfèrent parler de « programmes riches en connaissances ») à une époque où, ailleurs, les décideurs politiques ne tarissaient pas d’éloges sur l’importance d’inculquer de vagues « compétences non techniques ». Il a rendu les examens plus rigoureux, a réduit l’importance des devoirs (pour lesquels il est facile de tricher) et a durci les inspections. Les responsables politiques ont également cherché à éloigner les écoles des méthodes d'enseignement dernier cri, à la mode mais non éprouvées, pour les ramener vers des méthodes plus traditionnelles.
Le fait que les politiques anglaises aient joué un rôle bénéfique sur les résultats scolaires apparaît très clairement lorsqu’on les compare à celles des systèmes scolaires voisins qui ont choisi une voie radicalement différente. Il y a vingt ans, les enfants écossais obtenaient de meilleurs résultats que leurs camarades du sud de la frontière. Aujourd’hui, leurs résultats ont tendance à être moins bons, alors même que les dépenses scolaires par élève y sont bien plus élevées. Les critiques de l’Écosse imputent cette situation à un programme scolaire à la mode « moderne », ainsi qu’à une approche laxiste en matière de discipline. Ni la Covid ni les écrans n’expliquent cette disparité, étant donné que ces fléaux ont touché tous les enfants de Grande-Bretagne de manière assez similaire.
Les résultats aux examens ne constituent pas une mesure de la valeur d’une personne, ni la preuve qu’elle est vouée à l’échec ou à la réussite. Mais de bonnes notes sont un indicateur très fiable de revenus plus élevés, d’une meilleure santé et d’une espérance de vie plus longue, parmi une multitude d’autres avantages. À l’échelle nationale, l’amélioration du niveau intellectuel d’un pays semble aller de pair avec des poussées ultérieures de croissance économique ; une analyse réalisée par Ludger Woessmann et Eric Hanushek, deux économistes, conclut qu’une augmentation de 25 points des résultats au test PISA pourrait faire progresser la croissance annuelle du PIB des pays riches d’un demi-point de pourcentage. Il n’existe pas encore beaucoup de preuves que l’intelligence artificielle réduira les retombées d’une éducation de haut niveau, mais il y a de nombreuses raisons de penser que cette technologie fera des ravages parmi les personnes peu qualifiées. Il est temps pour les réformateurs de l’éducation de se plonger dans les livres.
Nous ne sommes pas sûr de suivre Mathieu Bock-Coté quand il dit (vers 1 min 24) : « Et là, on tombe sur la fameuse question de la théorie du Grand Remplacement. Et là, c'est la formule médiatique consacrée, c'est la théorie conspirationniste et raciste du grand remplacement. Et je lui demande est-ce que c'est une théorie raciste ? Elle me dit, elle est fausse, c'est mensongère. Très bien, elle est inexacte. »
Ou plus précisément, on ne sait si le « inexact » est une concession rhétorique pour faire avancer le débat comme pour dire « admettons qu'elle soit raciste, faut-il alors, selon vous, traîner les gens qui utilisent cette formule devant les tribunaux ? ». Ou Bock-Côté dit-il qu'elle inexacte car son auteur, Renaud Camus, n'y voit qu'une description factuelle et non un complot ourdi en secret par quelques noirs cénacles ?
En effet, Renaud Camus a nié, de façon répétée et explicite, que le « Grand Remplacement » soit un complot ou une « théorie du complot ». Il a réagi très souvent à cette accusation.
Ce que Camus dit lui-même
Sa position constante est à peu près celle-ci :
le Grand Remplacement n’est pas une théorie ;
ce n’est donc pas une théorie du complot ;
c’est un constat, un « chrononyme » (comme « Grande Guerre » ou « Grande Dépression ») : le nom d’une époque d’après son phénomène principal, le « changement de peuple et de civilisation ».
Dans un entretien de 2023 (repris dans son journal), à la question « Qu’est-ce qui se cache derrière, un complot ? », il répond :
Certainement pas. Le mot est infiniment trop petit. Il s’agit de mécanismes infiniment plus vastes, dont les rouages ne sont pas forcément des hommes, des femmes, des groupes ou des coalitions d’intérêts.
Ailleurs, il écrit qu’il n’a « jamais fait allusion au moindre “complot” », mot qu’il juge « ridiculement petit » face à des mécanismes industriels, financiers, cybernétiques, ontologiques.
Il ajoute souvent qu’un complot est censé être secret, alors que le processus, selon lui, « s’étale en pleine lumière », même si les médias et les élites le nient ou le taisent.
A-t-il réagi à l’accusation de complot ?
Oui, de façon obsessionnelle depuis plus de dix ans. Il appelle cela « la théorie de la théorie du complot » : selon lui, coller l’étiquette « complotiste » à toute description du changement démographique sert à décrédibiliser la question sans la discuter.
Il s’est parfois demandé s’il n’avait pas eu tort de passer tant de temps à se défendre de l’être. En 2015, dans son journal, il écrit même être devenu « semi-complotiste a posteriori » : non pas qu’il croie à un complot au sens classique, mais à une « volonté agissante ». Plus récemment, il ironise : les journalistes qui répétaient « théorie du complot ! » avaient peut-être raison de pointer une volonté, même si le mot reste « dix millions de fois trop petit ».
Source de ce phénomène démographique, selon Camus ?
Pas par une cabale secrète à la manière des Protocoles de Sion. Camus écarte en général l’idée d’un petit groupe d’inspirateurs cachés. Il distingue deux plans :
Le Grand Remplacement : le phénomène qui décrit l'immigration de masse, les différentiels de fécondité entre populations et la « déculturation », qu’il présente comme un fait, pas comme un plan ourdi dans l’ombre.
Le « remplacisme global » / la « davocratie » : sa théorie des causes. Ce serait la gestion managériale du « parc humain » par Davos, les banques, les fonds spéculatifs, les fonds de pension, les multinationales, les GAFAM, la cybernétique. Voir par exemple cet entretien.
Les « acteurs » qu’il nomme ne sont pas un comité secret unique :
les élites « remplacistes » (politiques « La Nouvelle France » de Mélenchon par exemple, médiatiques, intellectuelles) qui, selon lui, acceptent, encouragent ou taisent le processus ;
des intérêts économiques très concrets (main-d’œuvre, croissance, interchangeabilité) ;
une logique systémique plus qu’une intention claire : il compare cela à la Révolution industrielle, parle de Machenschaft (Heidegger) et dit que « la Machine se corrige et se contrôle elle-même » ;
parfois « vous, moi, la petite bourgeoisie universelle ».
Il parle aussi d’une « conspiration du silence » des élites sur le sujet, ce qui, pour ses critiques, suffit à classer le récit comme complotiste. Voir notamment l’article Grand remplacement sur Wikipédia.
Comment les autres le présentent
Wikipédia, Conspiracy Watch, Le Monde, franceinfo, etc., qualifient le Grand Remplacement de théorie complotiste d’extrême droite : substitution démographique acceptée, soutenue, voire organisée par une élite « remplaciste », dans un cadre « mondialiste ».
La tension est donc celle-ci : Camus refuse le mot « complot » et le schéma du secret ourdi par un petit groupe identifiable ; il décrit pourtant des élites complices, une volonté politique/financière et un silence organisé. Ses détracteurs retiennent le second volet ; lui insiste sur le premier.
L’existence des peuples, contre Habermas
Après le rappel de la polémique récente sur l'expression taboue de « Grand Remplacement », Bock-Côté dit que, pour nier toute idée de « remplacement » ou de « submersion », on commence par nier l’existence même des peuples historiques :
si le peuple d’un pays n’existe plus au sens ethnoculturel, démographique, civilisationnel, il ne peut pas être « submergé » ;
« si une réalité n’existe pas, elle ne peut pas disparaître » ;
mais réduire les peuples à de pures constructions juridiques rend le monde « inintelligible ».
Il donne des contre-exemples : les Irlandais face à l’Empire britannique ; les Slovènes et les Croates au moment de l’éclatement de la Yougoslavie ; les Catalans et les Écossais aujourd’hui. Dans chaque cas, des gens juridiquement citoyens d’un État disent qu’ils forment un peuple irréductible aux catégories légales du régime.
L'éditorialiste québécois pose ensuite la question pour la France : le mot « France » n’a-t-il qu’un sens constitutionnel, ou désigne-t-il aussi un peuple avec 1 500 ans d’histoire, au-delà des valeurs « circonstancielles » (républicaines, libérales, monarchiques, etc.) ?
Selon Bock-Côté, Habermas, pour tirer les leçons du nazisme, redéfinit la nation comme adhésion à un pacte constitutionnel sans arrière-plan culturel. Le chroniqueur de CNews dit comprendre le traumatisme allemand, mais refuse que tous les peuples occidentaux « abolissent leur identité culturelle » pour se définir seulement par un texte administratif et juridique, « pour payer les fautes de l’Allemagne ».
Il pousse l’argument : si demain la France était peuplée majoritairement d’Allemands ou de Danois, serait-elle encore la France, ou une extension de l’Allemagne ou du Danemark ?
Il cite aussi les pays baltes (Estoniens, Lettons, Lituaniens) après 1945 : selon lui, ils ont dû définir un droit de la nationalité pour que les populations russes installées par la colonisation soviétique ne les privent pas, par le vote, de leur indépendance. Les peuples minoritaires : Taubira et la Guyane
Bock-Côt. enchaîne avec Christiane Taubira. Il rappelle des propos de 2007 (et d’environ deux ans plus tôt) sur la Guyane :
Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre.
Elle expliquait cela, dit-il, par des « plans de peuplement » lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes et sécuriser le centre spatial.
Or Taubira a le droit de parler ainsi, et personne ne la traite de complotiste, de raciste ou d’extrême droite. La mise en minorité d’un peuple historique sur son territoire n’est donc pas, en soi, une thèse interdite — sauf, apparemment, quand il s’agit du peuple français [occidental plus globalement dirions-nous].
L’Initiative du siècle au Canada
L'éditorialiste évoque l’Initiative du siècle (Century Initiative) : un projet visant un Canada de 100 millions d’habitants, dont la croissance reposerait surtout sur l’immigration.
Selon lui, l’État canadien s’en est historiquement servi pour :
noyer la présence française au Québec** ;
et surtout affaiblir le poids politique des indépendantistes québécois.
Le parallèle avec Taubira est clair : elle parlait de « plans de peuplement » pour noyer l’indépendantisme guyanais ; Bock-Côté applique le même schéma au Québec dans le Canada.
Rappelons que l’Initiative du siècle est un groupe de pression canadien, lancé notamment par Dominic Barton (alors McKinsey) et Mark Wiseman (BlackRock), qui milite pour porter la population du Canada à 100 millions d’ici 2100. Bock-Côté et d’autres nationalistes québécois y voient une « noyade » du Québec francophone dans un Canada beaucoup plus peuplé et plus anglophone.
Déjà élu en 2023, Guillaume Trichard a de nouveau été choisi par ses pairs, vendredi, à Bordeaux, pour reprendre les fonctions de grand maître du Grand Orient de France.
Il a déclaré dans le Figaro du samedi 29 août 2026
Dans quelques semaines, nous publierons un livre blanc sur l'école de la République, avec des propositions nombreuses. Je ne rentrerai pas dans le débat des écoles privées et de l'école publique, quand bien même le Grand Orient de France est un ardent promoteur de l'école publique laïque et gratuite. L'on connaît le rôle que les francs-maçons ont joué dans les lois Jules Ferry. Mais j'estime que les écoles privées hors contrat n'ont pas leur place dans la République. Parce que hors contrat, ça signifie qu'il n'y a pas de contrat avec la République indivisible, laïque, démocratique et sociale, ce qui peut laisser place à de nombreuses dérives.
Madeleine de Jessey, professeur de lettres classiques et auteur de «L'École des illettrés» (éd. Albin Michel), est l'invitée de Vincent Roux dans Points de Vue.
Le 19 octobre 2026, les électeurs albertains seront appelés aux urnes pour un référendum provincial hors du commun. Parmi la dizaine de questions qui leur seront soumises, cinq portent directement sur l’immigration et l’accès aux services publics. La première ministre Danielle Smith présente ce scrutin comme une réponse à une pression financière qu’elle juge devenue insoutenable. Selon elle, pour chaque dollar d’impôt généré par un travailleur temporaire, les contribuables albertains assumeraient environ dix dollars en services de santé, d’éducation et d’aide sociale.
Elle a notamment évoqué quelque 282 000 travailleurs temporaires dont les coûts de santé atteindraient environ 1,9 milliard de dollars, auxquels s’ajouteraient près de 600 millions pour les quelque 45 000 enfants de ces travailleurs inscrits dans le système scolaire.
En mars 2026, le ministre de l’Éducation, Demetrios Nicolaides, a notamment déclaré en comité budgétaire qu’il y avait 45 554 élèves « résidents temporaires » dans le système scolaire, à un coût d’environ 12 000 $ par élève, soit 544 millions $ pour 2026.
La facture totale approcherait ainsi 2,5 milliards de dollars pour des personnes qui, selon le gouvernement provincial, n’ont pas encore pris d’engagement permanent envers l’Alberta. La première ministre compare régulièrement cette situation à celle d’un visiteur à l’étranger, qui devrait généralement souscrire une assurance plutôt que de compter immédiatement sur les régimes publics du pays d’accueil.
Ces questions sont issues des consultations menées par le panel Alberta Next en 2025. Les électeurs devront notamment se prononcer sur la possibilité pour le gouvernement provincial d’exercer un maîtrise accrue sur les seuils d’immigration, de privilégier les migrants économiques et de donner la priorité aux Albertains pour les nouveaux emplois. D’autres propositions visent à restreindre l’accès immédiat à certains programmes provinciaux aux citoyens, aux résidents permanents et aux personnes titulaires d’un statut d’immigration approuvé par l’Alberta; à imposer un délai de résidence de douze mois avant l’accès à certains programmes; et à faire payer aux titulaires d’un statut temporaire une contribution pour l’utilisation des systèmes de santé et d’éducation. Ces questions n’auront toutefois pas de force juridique contraignante.
Les sondages récents montrent néanmoins un appui majoritaire à ces propositions. Une enquête de Research Co., réalisée à la fin août 2026 auprès d’électeurs probables, fait état d’un soutien compris entre 58 % et 66 % selon les différentes questions relatives à l’immigration. Environ 65 % des répondants se disent notamment favorables à un contrôle provincial accru afin de ramener l’immigration à des niveaux jugés plus soutenables. Ces résultats contrastent avec la question de la séparation : une nette majorité d’Albertains continue de préférer que la province demeure au sein du Canada.
Le débat est toutefois loin d’être tranché. Certaines analyses soulignent que la forte croissance démographique a également accru les recettes fiscales. Entre 2022 et 2026, la population albertaine a augmenté d’environ 11 %, tandis que les revenus provenant de l’impôt des particuliers et des sociétés ont progressé davantage que les dépenses consacrées à la santé et à l’éducation. Les travailleurs temporaires contribuent par ailleurs à combler des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, la restauration, la construction et les soins. Le Programme des travailleurs étrangers temporaires du gouvernement fédéral exige généralement une étude d’impact sur le marché du travail destinée à démontrer qu’aucun résident canadien n’est disponible pour occuper le poste. Pour les critiques, le ratio avancé par Mme Smith — un dollar de recettes pour dix dollars de dépenses — donne donc une image trop simplifiée de la réalité, puisque les cotisations, la consommation et la production de ces travailleurs doivent également être prises en compte.
Sur le plan constitutionnel, l’immigration relève principalement de la compétence fédérale, même si les provinces disposent de certains pouvoirs de sélection, notamment pour les immigrants économiques. Le Québec bénéficie déjà, en vertu de l’Accord Canada-Québec de 1991, d’un pouvoir de sélection beaucoup plus étendu que celui des autres provinces. L’Alberta cherche à obtenir un levier comparable. Il ne s’agirait pas, affirme Edmonton, de fermer la porte à l’immigration, mais de pouvoir en déterminer davantage le rythme et le profil, ainsi que les conditions d’accès aux services financés par les contribuables provinciaux. Pour le gouvernement Smith, l’objectif est de protéger des systèmes mis sous pression par la forte croissance démographique et de recentrer l’immigration sur des personnes susceptibles de s’établir durablement dans la province.
Le référendum d’octobre ne modifiera évidemment pas, à lui seul, le partage constitutionnel des compétences. Il pourrait néanmoins fournir au gouvernement albertain un mandat politique difficile à ignorer. Si les propositions relatives à l’immigration recueillent une majorité, Edmonton pourra s’en prévaloir dans ses négociations avec Ottawa, dans l’élaboration de mesures relevant de sa compétence et dans la mise en place éventuelle de frais ou de délais d’accès aux services pour les titulaires de statuts temporaires.
Au-delà de leur portée juridique limitée, les questions posées aux Albertains auront donc une portée politique considérable. Le scrutin permettra de mesurer leur degré d’acceptation du modèle actuel — croissance démographique rapide, accueil important de travailleurs temporaires, accès relativement immédiat aux services publics et prise en charge collective des coûts — ou leur volonté d’établir un contrat plus explicite entre ceux qui s’installent temporairement dans la province et la collectivité qui les accueille.
Source: OCDE, Plus de 760 000 élèves de 91 pays et économies du monde entier, représentant en tout environ 33 millions de jeunes de 15 ans, ont participé, en 2025, à l’évaluation PISA en sciences, en mathématiques
Sont arrivées en tête de classement dans ces trois domaines les collectivités chinoises de Pékin, Shanghai, Jiangsu et Zhejiang, ainsi que Singapour. L’Estonie, la Corée, le Japon, Macao (Chine), Formose (Taipei chinois) et le Royaume-Uni figuraient également sur la liste des 10 meilleurs systèmes éducatifs.
La performance globale des pays de l’OCDE se détériore : les résultats moyens en sciences, en lecture et en mathématiques sont, en effet, les plus faibles jamais observés. Quelques progrès n’en doivent pas moins être relevés ; ainsi, parmi les pays de l’OCDE, le Costa Rica, la République slovaque, la Türkiye et le Royaume-Uni ont amélioré leurs résultats en sciences par rapport à 2022.
Les résultats en lecture ont connu une baisse particulièrement marquée sur trois ans, notamment en ce qui concerne les compétences les plus utiles à l’ère de l’IA, comme savoir évaluer l’information, faire des liens entre différentes sources et poser un regard critique sur ses lectures. Les cas de « lecture hâtive » – où les élèves lisent rapidement, mais de manière imprécise – ont pratiquement doublé en proportion par rapport à 2018, pour atteindre 9 %.
Les données du Canada sont néanmoins à prendre avec des pincettes, puisque pour le Québec comme pour le Canada, « une ou plusieurs normes d’échantillonnage du programme PISA n’ont pas été respectées », précise l’OCDE dans la présentation de ses résultats. D'autres pays sont concernés : Pays-Bas, Nouvelle-Zélande Norvège et États-Unis (dans l'OCDE) et l'Albanie (hors OCDE, mais partenaire pour cette étude).
Il semblerait notamment que les élèves qui ont passé les tests aient un meilleur niveau que la moyenne nationale, entraînant une légère surévaluation de leurs performances.
Par conséquent, les résultats présentés pourraient comporter de « grandes incertitudes, voire être biaisés », ajoute le rapport.
Les limites des tests PISA
Quels élèves sont soumis au test ? Dans quelles écoles ? Impossible de le savoir.
L’OCDE exige une confidentialité absolue et la Commission d’accès à l’information refuse de rendre accessible la liste des écoles participantes.
L’OCDE assure que sa méthode d’échantillonnage est béton, que les élèves sont choisis au hasard, que les écoles publiques et privées, par exemple, sont adéquatement représentées.
Encore faut-il pouvoir le vérifier.
« Et c’est pour ça qu’un chercheur sérieux se garde une grande réserve quant à l’interprétation des résultats. Sur le plan méthodologique, ça semble sérieux, mais il y a des zones d’ombre », estime Roch Chouinard, professeur émérite à l’Université de Montréal, interrogé par La Presse.
« Dans une logique de chercheurs et quand il s’agit de publications scientifiques, croit aussi Line Laplante, professeure au département de didactique des langues à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), il faut avoir accès aux données brutes, donc aux écoles, aux élèves qui passent le test. »
Mais au surplus, l’OCDE elle-même invite à interpréter les résultats PISA 2025 avec prudence pour plusieurs pays. Car aussi bien pour le Canada que pour les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, les États-Unis et l’Albanie, « une ou plusieurs normes d’échantillonnage PISA n’ont pas été respectées ».
Pour vulgariser la chose : trop d’écoles ou d’élèves sélectionnés n’ont pas participé, ou trop d’élèves ont été exclus. Au Canada, le taux de participation pondéré des écoles n’a atteint qu’environ 82 % après remplacement (la cible est de 85 %) et celui des élèves environ 77 % (la cible est de 80 %), tandis que le taux d’exclusion dépasse légèrement le plafond de 5 %. Une analyse du biais de non-réponse a été jugée suffisamment rigoureuse pour que les données canadiennes soient tout de même publiées. L’organisme canadien responsable de l’enquête précise toutefois que les résultats du Québec — comme ceux de Terre-Neuve-et-Labrador, de la Nouvelle-Écosse, de l’Ontario, du Manitoba, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique — doivent être lus avec prudence, en raison d’un possible biais de non-réponse. Le risque habituel demeure : que des écoles ou des élèves plus faibles s’auto-excluent et fassent ainsi augmenter artificiellement les moyennes.
Un test avantageux pour les Québécois ?
Au-delà des considérations statistiques, Roch Chouinard fait observer que les élèves québécois sont probablement avantagés par les tests PISA du fait que les notions évaluées « correspondent exactement à ce sur quoi nos programmes éducatifs et nos écoles mettent l’accent », notamment la résolution de problèmes de tous les jours en mathématiques (la France insiste davantage sur les maths formelles, par exemple).
Line Laplante pense de même pour ce qui est de la langue maternelle. Pour tous les pays, ce qui est évalué par le PISA, c’est la compréhension de texte, et non l’écriture ou l’orthographe. « Or, dans l’épreuve d’écriture de la fin du secondaire du ministère de l’Éducation du Québec, l’orthographe d’usage et l’orthographe grammaticale sont les deux critères sur lesquels les élèves québécois en arrachent le plus », fait observer Line Laplante.
La faiblesse des élèves en orthographe et en grammaire ne les pénalise donc pas quand ils passent leurs tests PISA. Elle ne les empêche pas non plus d’obtenir à tout le moins la note de passage aux examens du Ministère.
« Les élèves de 5e secondaire peuvent réussir en français tout en ayant échoué aux critères d’orthographe de l’examen du Ministère », l’examen du Ministère ne constitue qu’un pourcentage de la note finale du cours de français. Notons que les tests PISA n'évalue en rien la culture générale (souvent très lacunaire chez les jeunes québécois), la capacité de composition d'une dissertation, d'une critique structurée d'un texte littéraire ou scientifique.
Sinon révélateurs de la valeur exacte de notre système d’éducation, ces résultats PISA donnent donc certaines tendances.
Seize ans plus tard, Loyola se retrouve de nouveau confrontée à l’État québécois. Cette fois, le gouvernement ne lui demande plus seulement de modifier la manière dont elle enseigne la religion : la Loi 9, adoptée et sanctionnée le 2 avril 2026, conditionne désormais le maintien de certaines subventions publiques des écoles privées à des exigences renforcées de laïcité. Pour les établissements confessionnels comme Loyola, les conséquences seront importantes à compter du 2 avril 2029 : l’enseignement religieux obligatoire ne pourra plus avoir pour objectif de transmettre les croyances catholiques et les messes, prières et retraites devront être facultatives et se dérouler à l’extérieur des heures consacrées aux services éducatifs.
Loyola vient donc d’annoncer qu’elle fera le choix de son identité plutôt que celui de la subvention. Fondée en 1896, l’école entend renoncer au financement provincial et devenir entièrement indépendante. Elle estime que la disparition de la subvention représente environ 7 500 $ par élève et par an et que ses frais de scolarité pourraient passer d’environ 12 530 $ à 20 000 ou 21 000 $. Elle promet, en contrepartie, de développer considérablement son aide financière afin que l’indépendance de l’école ne la transforme pas en établissement réservé aux familles aisées.
Loyola insiste sur un point essentiel : elle n'est pas une institution en déclin. Les demandes d’admission sont à un niveau historique, la vie scolaire est florissante et ses finances sont solides. Elle fait donc un choix délibéré : elle préfère perdre l’argent public plutôt que de laisser l’État déterminer jusqu’où elle peut être catholique et jésuite. Le célèbre établissement dit prendre cette décision « en position de force, et non de faiblesse »
Mais Loyola n’est pas la seule école chrétienne placée dans cette situation.
À Québec, l’École L’Eau-Vive, une école privée protestante évangélique fondée en 2001 et qui accueille aujourd’hui plus de 580 élèves, a elle aussi été directement menacée par la réforme. Lors des consultations parlementaires, sa direction expliquait que la contribution de l’État représente environ 47 % des frais de scolarité et que la perte de cette subvention ferait passer la facture actuelle d’environ 3 800 $ à près du triple. Selon ses estimations, moins de 10 % des familles pourraient alors se le permettre.
Le cas de L’Eau-Vive est particulièrement révélateur. L’école affirme respecter le régime pédagogique québécois, ne pas sélectionner ses élèves ou ses enseignants selon leur religion et ne consacrer qu’une petite partie de son horaire — moins de 3 % selon sa direction — à un enseignement chrétien facultatif. Elle affirme en outre qu’aucune dérive ni aucune plainte n’ont été signalées contre elle. Son problème n’est donc pas d’avoir été prise en flagrant délit d’une pratique coercitive ou d’une violation du programme scolaire : c’est précisément son caractère chrétien revendiqué qui la met en difficulté.
Le contraste avec le contexte politique qui a vu la naissance de la Loi 9 est frappant.
La loi n'est pas nullement née de problèmes posés par les écoles privées Loyola ou L’Eau-Vive. Elle naît de scandales apparus dans le réseau public.
Radio-Canada (1,4 milliard de $ en subventions par an) veut nous faire « comprendre » en invoquant le nazisme... et l'image de « loups aux dents très, très longues ». L'impartialité en action.
C’est par un message posté sur le réseau social X qu’Éric Zemmour, président de Reconquête, a salué la « victoire» du parti nationaliste allemand, anti-immigration, pro-Donald Trump et russophile. « L’AfD vient de réaliser 45 % des voix en Saxe-Anhalt. Son record historique. On accusera les électeurs», clame-t-il avant d’enchaîner : « Les vrais responsables sont ceux qui, un demi-siècle durant, ont traité comme un délit ce que les peuples éprouvaient comme une évidence : le désir de demeurer soi-même. Le cordon sanitaire n’a jamais protégé personne. Il n’a fait que retarder l’heure de vérité. »
« En Allemagne, la victoire de l’AfD est le résultat de la politique néolibérale des gouvernements allemands de grande coalition droite-ps » Jean-luc Mélenchon candidat LFI à l’élection présidentielle Pour Sarah Knafo, députée européenne de Reconquête , l'AfD est « qualifiée à tort de néonazie ».
Même discours du côté de Sarah Knafo, députée européenne de Reconquête, invitée de TF1 lundi matin. «Je vais vous dire la même chose que ce que j’ai dit lors de la victoire de Donald Trump, lors de la victoire de Giorgia Meloni (…) je sais reconnaître une vague occidentale quand j’en vois une », affirme-t-elle. Et l’ancienne candidate à la mairie de Paris, compagne d’Éric Zemmour dans la vie, d’ajouter : « Vous dites le parti d’extrême droite. Je vous rappelle quand même que (…) la moitié des électeurs (allemand, NDLR) de centre droit ont voté pour l’AfD ». Pour Sarah Knafo, l’AfD est « qualifiée à tort de néonazie ».
La réaction des deux figures de Reconquête n’est pas très surprenante. Le parti nationaliste français et l’AfD sont alliés au Parlement européen depuis juillet 2024, et siègent dans le même groupe : l’Europe des nations souveraines (ENS). Si Sarah Knafo est vice-présidente du groupe, elle est bien la seule élue française de cette formation.
La comparaison avec la réaction des responsables du Rassemblement national (RN), favori des sondages en vue de la prochaine élection présidentielle, est flagrante. Ces derniers ont accueilli les résultats du scrutin allemand par un grand silence. Le jour même du vote, Jean-Philippe Tanguy, bras droit de Marine Le Pen, avait donné le ton. « On ne se prononce pas sur les élections étrangères de partis avec lesquels nous n’avons pas d’alliance », a-t-il lâché, invité de France 2 et de France Inter. Le député RN avait tout de même ajouté : « Je ne pense pas que l’Allemagne laisse un parti dangereux prospérer (…) On diabolise à l’excès l’AfD. Sinon, (ce parti) serait interdit. »
Jordan Bardella, président du parti à la flamme, avait été interrogé samedi lors du forum de Cernobbio en Italie, sur la possibilité que le RN renoue avec l’AfD. Le jeune loup nationaliste a simplement répondu que ce n’était « pas prévu ». « Un certain nombre de désaccords nous ont amenés à prendre nos distances avec l’AfD», a rappelé celui qui est aussi président du groupe Patriotes pour l’Europe (PE), avant d’ajouter : « Je note néanmoins que la pression électorale exercée par l’AfD en Allemagne a contribué à faire bouger les lignes au sein du gouvernement de Friedrich Merz, puisque l’Allemagne a rétabli il y a quelques mois des contrôles à ses frontières. »