dimanche 3 mai 2026

Autant de nonagénaires que de jeunes enfants (0 à 4 ans) en Italie en 2050 ?

L'Italie n’a jamais enregistré aussi peu de naissances depuis trente ans. 

  • Il pourrait perdre 5 millions d’âmes d’ici à 2050.1,14 enfant par femme C’est le taux de natalité en Italie en 2025, un record historiquement bas. 
  • La région où la fécondité est la plus faible reste la Sardaigne qui, pour la sixième année consécutive, affiche une fécondité inférieure à l'unité, à savoir 0,85, en baisse par rapport à 2024 (0,91). Viennent ensuite le Molise (Sud) et le Latium (Centre, Rome), avec un nombre moyen d'enfants par femme de 1,02 et 1,05 respectivement. Le Trentin-Haut-Adige (en partie germanophone dans le Nord-Est) détient, une fois de plus, le record de la région ayant le taux de fécondité le plus élevé, avec un nombre moyen d'enfants par femme de 1,40.
  • Il faut 2,05 enfants (dans un pays occidental) par femme pour assurer le renouvellement de la population.
  • 31,9 ans, c'est l’âge moyen de la première grossesse chez les Italiennes.
  • 1 million de jeunes de moins de 35 ans ont quitté le sud du pays pour s’installer dans le centre ou le nord entre 2002 et 2024.
  • 385000 jeunes de moins de 35 ans du centre et du nord du pays se sont installés à l’étranger entre 2002 et 2024. Parmi eux, 21 000 diplômés en 2024 (soit +30% par rapport à 2023).
Guardia Perticara (province de Potenza), un village déserté où vivent 400 personnes,
il abritait plus de 1500 habitants en 1960. 

L'espérance de vie dans la Botte a encore augmenté après les années Covid-19. Elle atteint 81,7 ans pour les hommes et 85,7 ans pour les femmes, ce qui place l'Italie dans le peloton de tête des pays de l'Union européenne, selon l'Istituto nazionale di statistica (Istat).

La baisse des naissances en Italie de date pas d'aujourd'hui. Le solde naturel du pays est négatif sans interruption depuis 1993, et le problème n'est plus seulement celui d9une fécondité trop faible. Il est devenu structurel : le pays est pleinement entré dans un piège démographique dont il sortira difficilement à court terme, car les femmes en âge d'être mère ne sont désormais plus assez nombreuses pour inverser la courbe.

Le dernier rapport de l'Istituto nazionale di statistica (Istat) sur les indicateurs démographiques pour 2025 le montre nettement. La population italienne reste globalement stable, à 58,9 millions d'habitants, mais cette constance ne tient que grâce à un solde migratoire positif, qui compense presque entièrement un déficit naturel massif. Les naissances ont encore reculé (355.000 contre 652.000 décès), en baisse de 3,9%, la fécondité tombant à un nouveau minimum historique (1,14 enfant par femme).

Si, en France, le débat se concentre, à juste titre, sur la question de la baisse de la natalité, vue d'Italie, la situation française paraît presque favorable. Si l'Italie avait eu en 2024 la même fécondité que la France (1,61 enfant par femme), elle aurait enregistré environ 494.000 naissances au lieu de 370.000. Ce serait nettement mieux, mais encore très loin des 664.000 naissances françaises. La différence tient donc à la structure par âge de la population.

Le coeur du problème ne réside même plus dans la natalité mais dans le vieillissement. Au 1er janvier 2026, l'âge moyen de la population italienne est estimé à 47,1 ans, soit six mois de plus qu'un an auparavant. D'où cette projection de l9Istat, si la tendance se prolonge : à l'horizon 2050, les nonagénaires pourraient devenir plus nombreux que les jeunes enfants de 0 à 4 ans. Le déséquilibre générationnel est d'ailleurs déjà visible aujourd'hui. Les Italiens âgés de 25 ans sont un peu plus de 600.000, contre plus de 800.000 pour les 65 ans.
 
Selon le scénario médian, la part des jeunes âgés de 0 à 14 ans devrait continuer de baisser pour atteindre 11,2 % d’ici 2050, malgré une légère reprise du taux de fécondité. En termes d’équilibre intergénérationnel, la proportion des personnes âgées de 65 ans et plus pourrait dépasser le triple de celle des enfants et des adolescents en 2050.

La population en âge de travailler, entre 15 et 64 ans, tombe à 63,2 % du total, en baisse de 73.000 individus en un an, alors que les plus de 65 ans atteignent 25,1 % de la population, avec plus de 240.000 personnes supplémentaires sur un an.

Le vieillissement continu de la population résultera également du passage des importantes cohortes du baby-boom (nées dans les années 1960 et au début des années 1970) dans les tranches d'âge plus âgées. Parallèlement, la population en âge de travailler (15-64 ans) devrait reculer à 54,3 % en 2050 selon le scénario médian, avec une fourchette possible comprise entre 53,2 % et 55,4 %. 

Dans la prochaine décennie, cette accélération aura un impact considérable sur le marché du travail, tandis que la composante la plus âgée continue elle aussi de progresser rapidement 3 les plus de 85 ans sont désormais 2,5 millions et représentent 4,3/% de la population 3 avec un effet évident sur le système de santé. 

Cette transformation reconfigure la société italienne. Aujourd'hui, plus d'un tiers des foyers sont composées d'une seule personne, contre un quart il y a vingt ans. Le vieillissement et la faible natalité modifient concrètement la structure des ménages, les équilibres sociaux et commencent déjà à peser sur les politiques publiques. La campagne du ministère de la Santé italien « Il n'est jamais trop tard pour vieillir en bonne santé » en donne une illustration claire : il ne s'agit plus seulement de soigner les personnes âgées, mais de faire du vieillissement actif un enjeu central de santé publique et de soutenabilité du système.

La démographie produit aussi des effets budgétaires très concrets. Le premier signal vient de l'allocation universelle versée pour chaque enfant jusqu'à 21 ans, dont le nombre de bénéficiaires a reculé de 3% en un an, ce qui pourrait représenter une économie de plus de 500 millions d'euros pour les finances publiques. Mais ce répit comptable masque une détérioration beaucoup plus profonde du rapport entre les générations, de la base productive et de la soutenabilité future du système de protection sociale.

Sources : Istat, L'Opinion 

Moins d’enfants, plus de chambres dans des maisons plus grandes : les chiffres d’un paradoxe américain

Les États-Unis offrent aujourd’hui un cas d’école démographique : jamais les logements n’y ont été aussi vastes, et pourtant la natalité n’y a jamais été aussi faible. L’argument souvent avancé du « manque de place » ne résiste tout simplement pas à l’examen des données.

Une natalité au plus bas historique

Le recul de la fécondité américaine n’est pas une impression, mais un fait statistique massif. Selon le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), le taux de natalité a atteint en 2023 un niveau historiquement bas, avec environ 54,5 naissances pour 1 000 femmes âgées de 15 à 44 ans, en baisse de 3 % sur un an .

La tendance ne s’est pas inversée depuis :

Si l’on raisonne en fécondité synthétique (nombre d’enfants par femme), le constat est tout aussi net : environ 1,6 enfant par femme aujourd’hui, très loin du seuil de remplacement de 2,1. Ce niveau constitue un nadir historique en temps de paix.

La baisse est continue depuis près de vingt ans, avec une chute particulièrement marquée après la crise de 2008. Depuis 2007, le nombre de naissances a reculé d’environ 16 %, tandis que la fécondité a baissé de plus de 20 % .

L'indice synthétique de fécondité de l'Italie pour 2025 serait plus bas : 1,14

Des maisons toujours plus grandes

Alors que les Américains faisaient moins d’enfants, ils construisaient des maisons toujours plus vastes.

L’évolution de la surface moyenne est spectaculaire :

1950 : 983 sq ft (≈ 91 m²)
1960 : 1 289 sq ft (≈ 120 m²)
1970 : 1 500 sq ft (≈ 139 m²)
1980 : 1 740 sq ft (≈ 162 m²)
1990 : 2 080 sq ft (≈ 193 m²)
2000 : 2 266 sq ft (≈ 211 m²)
2010 : 2 392 sq ft (≈ 222 m²)

En un demi-siècle, la surface moyenne a donc plus que doublé, alors même que la taille des ménages diminuait. Autrement dit : plus d’espace par personne, mais moins de personnes.

Explosion du nombre de chambres

Le détail des nouvelles constructions rend le contraste encore plus frappant.

  • 1950 :
    • 1/3 seulement des nouvelles maisons ont 3 chambres
    • 1 % seulement en ont 4 ou plus
  • 2024 :
    • 45 % des nouvelles maisons ont 3 chambres
    • 49 % en ont 4 ou plus

Autrement dit, les logements américains sont devenus non seulement plus grands, mais structurellement conçus pour accueillir davantage d’enfants — alors même que ceux-ci sont de moins en moins nombreux.

Si les grands logements existent, ils seraient de plus en plus détenus par des ménages âgés ou aisés (Boomers et Older Millennials), tandis que l’accès des jeunes à la propriété est retardé par la hausse des prix et des taux d’intérêt. Ce décalage s’explique principalement par une croissance des coûts du logement supérieure à celle des revenus des jeunes ménages. Notons cependant que les logements que les jeunes acceptaient il y a 50 ans étaient non seulement plus petits mais souvent de moindre qualité, voir Éco­no­mie des âges de la vie par Hip­po­lyte d’Albis. Ajoutons à cela une offre très rigide dans les zones côtières et métropolitaines attractives en raison du zonage restrictif. S’ajoute une augmentation du nombre de ménages due aux séparations, aux divorces et à la baisse de la taille moyenne des foyers (notamment par la hausse du célibat) et à la croissance démographique via l’immigration, exerçant une pression supplémentaire dans certaines régions. 

Ce carnet pense cependant que les explications économiques n'épuisent pas les raisons de la formation tardive de familles et la naissance d'enfants : pourquoi ces zones « côtières et métropolitaines » sont-elles attrayantes à l'époque du télétravail,  pourquoi l'allongement des études, pourquoi le retard du mariage et même la formation des couples ? 

Un contre-exemple. Les Juifs ultra-orthodoxes aux États-Unis et au Canada qui vivent surtout dans des zones aux logements coûteux (Outremont, Brooklyn, Lakewood, etc.) et dans les grandes villes israéliennes comme Jérusalem ou Bnei Brak. Ils ne bénéficient pas d’un « prix spécial ». Ils font face aux mêmes prix de marché (ou parfois pires, à cause de la forte concentration dans certains quartiers). Les jeunes adultes haredims (18-25 ans) quittent généralement le foyer après le mariage, qui arrive tôt. Présenter le « coût du logement » comme cause principale pour la société générale en négligeant les facteurs culturels est simpliste.