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mardi 5 novembre 2024

Émeutes violentes à Toronto dans un quartier « multiculturel »

Depuis dimanche, on assiste à de violentes émeutes à Brampton (650.165 habitants dont 523.850 font partie d'une « minorité » visible, soit plus de 80 %), près de Toronto.

Le tout a commencé par une manifestation de sikhs, plus précisément de partisans de l’indépendance du Khalistan, devant un temple hindou où se trouvaient des diplomates indiens. Puis, en représailles, il y eut une marche d’hindous, dont certains étaient armés, vers un lieu de culte sikh. Cette marche a toutefois été bloquée par la police. Résultats: des voitures vandalisées, des jets de pierres, des coups de bâtons, des blessés, dont un policier envoyé à l’hôpital, des arrestations, la suspension d’un policier qui a participé à une manifestation, un maire qui menace d’interdire les manifestations devant les lieux de culte et une aggravation de la crise diplomatique entre le Canada et l’Inde. Même le premier ministre indien s’en est mêlé, en dénonçant l’attaque contre un temple hindou.
Comme cette crise touche tout le Canada, pourquoi est-ce principalement à Brampton que de violentes émeutes éclatent? Peut-être est-ce parce que la population de cette ville vient à 58% du sous-continent indien, ou qu’elle est à 25% de confession sikhe et à 18% de confession hindoue? 
 
 
Mais, selon certains c'est aussi le résultat d'une absence de politique d’intégration tout aussi forte, plutôt que d’une politique du multiculturalisme qui encourage les immigrants à garder intactes leurs identités d’origine. Le maire de Brampton est un multiculturaliste radical, il a pris la tête du mouvement des villes canadiennes-anglaises qui ont financé illégalement la contestation de la Loi québécoise sur la laïcité de l’État québécois.

dimanche 6 octobre 2024

Les religions font-elles plus de bien que de mal ?

Les religions sont-elles à l’origine des conflits ? Mènent-elles à la violence, ou bien pacifient-elles les rapports humains ? Font-elles plus de bien que de mal ?

Ce débat oppose Pierre Conesa, historien, ancien administrateur civil au ministère de la Défense, auteur de nombreux essais sur les fondamentalismes religieux, et Rémi Brague philosophe et historien de la philosophie, membre de l'Institut de France.


mercredi 19 juin 2024

Canada — Intention de vote fédéral par religion


L'évolution démographique du Canada s'est traduite par un changement proportionnel dans la manière dont les partis politiques sollicitent le soutien des électeurs. Les politiciens contemporains cherchent à faire appel à des bases de soutien dans diverses diasporas linguistiques, culturelles et religieuses. En 2015, l'appel des libéraux aux électeurs musulmans a permis au Premier ministre Justin Trudeau de former un gouvernement majoritaire. Mais les tensions récentes provoquées par la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza, et la crise humanitaire qui en résulte, ont changé le paysage politique.

De nouvelles données de l'institut à but non lucratif Angus Reid Institute révèlent que l'exercice d'équilibrisme auquel se livrent les libéraux en abordant le conflit entre Israël et Gaza leur coûte le soutien de deux groupes d'électeurs clés. Le parti de M. Trudeau talonne le NPD (41 % contre 31 %) dans les intentions de vote des musulmans canadiens et le PCC (42 % contre 33 %) chez les juifs canadiens.

Cependant, ce ne sont pas les seuls groupes religieux pour lesquels les libéraux accusent un déficit de soutien. Pierre Poilièvre et le Parti conservateur sont le choix préféré d'une majorité (53 %) de chrétiens, d'hindous (53 %) et de sikhs (54 %).

Ces résultats interviennent alors que les Canadiens de toutes les confessions - ou sans aucune - indiquent être de moins en moins satisfaits du premier ministre.



(source : Angus-Reid)


Prévisions basées sur le dernier sondage Angus-Reid:

CON: 228 sièges (+109)

BQ: 52 sièges (+20) 

NPD; 37 sièges (+12)

LIB: 24 sièges (-136)

VERTS: 2 sièges (=)




vendredi 17 mai 2024

Élections en Inde, le triomphe du nationalisme hindou

Des affiches du campagne aux couleurs du BJP de Narendra Modi    

Depuis le 19 avril et jusqu'au 1er juin, 968 millions d'Indiens sont appelés à voter dans 102 circonscriptions réparties sur 21 États pour élire 545 députés à la Chambre basse du Parlement. Les résultats, attendus pour le 4 juin, détermineront le parti majoritaire et le nom du Premier ministre (Le Figaro, 18 avril). L'issue de ce marathon électoral de six semaines ne présente guère de doute : Narendra Modi et son parti, le BJP (« Parti indien du peuple »), au pouvoir depuis 2014, devraient triompher et imposer le nationalisme hindou. Selon ce courant de pensée, que d'aucuns qualifient d'idéologie, l'Inde aurait été asservie pendant douze siècles par les musulmans puis les Britanniques. Pour retrouver sa souveraineté et son identité, il lui faudrait donc revenir à « la source ». Cela signifie affirmer la primauté de l'hindouisme, avant tout sur l'islam et le christianisme qui sont les deux principales religions « allogènes ». Première minorité religieuse du pays devant les chrétiens (2,3 % de la population), les sikhs (1,7 %) et les bouddhistes (0,7 %), les musulmans représentent 15 % de la population indienne, soit près de 200 millions de personnes, mais n'occupent que 5 % des sièges de la chambre basse du Parlement.

Le parti au pouvoir n'a pas lésiné sur les moyens de propagande. Drapeaux, étendards et fanions du BJP claquent dans les rues des villes gouvernées par le parti ou ses alliés, à commencer par New Delhi. Des rues à consonances islamiques ont été renommées. L'opposition est sommée de donner des gages de ferveur nationale-hindouiste et est accusée d' « anti-hindouisme » quand elle entreprend de critiquer le bilan peu flatteur du pouvoir s'agissant du chômage, de l'inflation, de la corruption ou de l'indigence des services publics.

Depuis la première élection de Modi, en 2014, la pression sur les minorités religieuses n'a cessé de croître. Les lois promulguées à l'encontre des vendeurs (musulmans) de viande bovine, des congrégations religieuses recevant des fonds de l'étranger et les lois anti-conversions ont confirmé aux chrétiens comme aux musulmans qu'ils étaient dans le viseur des nouveaux dirigeants de l'Inde. Des nationalistes hindous, influencés par la rhétorique de politiciens affiliés au BJP, s'en prennent aux personnels d'institutions chrétiennes (écoles, orphelinats, dispensaires, hôpitaux). Déplorant un climat social hostile aux minorités religieuses, la Conférence des évêques catholiques de l'Inde (CBCI) a dénoncé une « polarisation religieuse sans précédent qui endommage notre chère harmonie sociale et menace la démocratie elle-même ».

Pour s'assurer un troisième mandat, Narendra Modi multiplie les signes de ferveur hindouiste. En janvier dernier, le Premier ministre a inauguré un temple construit sur le site d'une ancienne mosquée détruite en 1992 par des extrémistes hindous, dans la ville d'Ayodhya (Uttar Pradesh). Soulignant son engagement nationaliste et religieux, son discours annonçait l'avènement d'une « nouvelle ère » pour l'Inde.

Autre indice de la fin programmée du sécularisme : l'éclipse qui frappe les pères de l'indépendance indienne, Gandhi et Nehru, auxquels sont reprochées plus ou moins franchement leur conception séculière et pluraliste de la démocratie indienne. Signe symbolique de ce désamour : le Musée-Mémorial Nehru, institut prestigieux de sciences sociales à New Delhi, a été renommé en août 2023 « Musée et bibliothèque du Premier ministre ». Quant à Gandhi, le gouvernement Modi lui préfère ostensiblement Vinayak Damodar Savarkar (1883- 1966), un nationaliste qui fut incarcéré par les Britanniques. Savarkar est le fondateur de l'hindutva, une idéologie prônant la suprématie de la « nation hindoue » (« Hindu Rashtra »). À ce propos, La Croix (25 avril) relève qu'un détail historique gênant est occulté dans les manuels d'histoire : l'allégeance de l'assassin de Gandhi, le nationaliste hindou Narayan Vinayak Godse, à l'association des volontaires nationaux, organisation paramilitaire dont est issu le BJP…

La prochaine étape visée par les ultra-nationalistes est une réforme de la Constitution enterrant le sécularisme — qui y est inscrit depuis l'indépendance (Asia News, 19 avril). Modi n'a pas désigné le but aussi clairement, mais il n'a pas caché son désir d'obtenir une majorité suffisante au Parlement pour instaurer un nouveau code civil unifié qui priverait les minorités religieuses de leurs législations particulières, charia pour les musulmans, lois ou coutumes liées au mariage, au divorce, à l'adoption, à l'héritage pour les chrétiens.

L'Église catholique de l'Inde ne dissimule pas son inquiétude face aux desseins de Modi et du Bharatiya Janata Party, d'instrumentaliser l'hindouisme au détriment des autres religions rapporte Vatican News (9 avril). La minorité chrétienne ne représente que 2,3 % du 1,4 milliard d'habitants du pays, soit néanmoins entre 30 et 35 millions de citoyens indiens. Selon l'organisation United Christian Forum, 161 attaques ont ciblé les chrétiens en Inde entre le 1er janvier et le 15 mars 2024. Plus fondamentalement, l'offensive se concentre sur les écoles et universités catholiques, particulièrement recherchées pour leur qualité.

jeudi 23 mars 2023

Les Québécois plus susceptibles d’avoir une vision négative des religions, d'abord l'islam, mais aussi le christianisme

Les Canadiens de partout au pays sont plus enclins à avoir une mauvaise opinion de l’islam que des autres religions étudiées (les cinq principales religions du monde). Au Québec, le quart des répondants (25 %) ont une opinion favorable de l’islam. À noter, le nombre de répondants favorables à l’islam dans les différentes régions du Canada ne dépasse jamais 37 % :


Au pays, les Québécois sont les plus susceptibles d’avoir une vision négative de la plupart des religions présentées. Cependant, le reste du pays n’est pas non plus à l’abri de ce genre de perspective, en particulier lorsqu’il est question de l’islam :


Les Québécois se disent également les plus défavorables au christianisme (37 % d’avis défavorables), mais cette mesure doit être nuancée par le fait que le mariage avec un chrétien/une chrétienne est l’option la plus favorable pour les Québécois (acceptable à 80 %). Un rejet de la théologie catholique, mais l’acceptation des chrétiens historiques le plus souvent non pratiquants ?

En utilisant un indice net de favorabilité, une comparaison du pourcentage des répondants ayant une vision positive et de ceux dont l’opinion est négative, on peut observer clairement que l’opinion des Canadiens par rapport à l’islam est plus négative que celle qu’ils ont des autres religions.


Les symboles religieux en public et au travail

mardi 7 mars 2023

Inde — Le Premier ministre invité à mettre fin à la montée des violences contre les minorités chrétiennes

Du site des Missions Étrangères de Paris :

Un groupe d’anciens fonctionnaires appelle Modi à mettre fin aux attaques contre les chrétiens

Le 4 mars, un groupe de 93 anciens fonctionnaires et membres du Constitutional Conduct Group a adressé une lettre ouverte au Premier ministre indien Narendra Modi afin de l’appeler à mettre fin à la montée des violences contre les minorités chrétiennes dans le pays. L’Inde compte moins de 2,4 % de chrétiens. « Nous sommes profondément troublés par ce harcèlement continu contre les groupes minoritaires », ont dénoncé les signataires, dont certains ont été ambassadeurs en Europe.

 


 Des chrétiens indiens, le 8 janvier à la Nouvelle-Delhi lors d’une veillée aux chandelles contre les violences faites aux minorités.

Un groupe d’anciens fonctionnaires indiens a appelé le Premier ministre Narendra Modi à mettre fin à la montée des violences contre les minorités chrétiennes dans le pays. Dans une lettre datée du 4 mars, signée par 93 anciens fonctionnaires et membres du Constitutional Conduct Group, ils ont demandé au gouvernement BJP (Bharatiya Janata Party) pro-hindou d’assurer un traitement équitable et impartial vis-à-vis de la communauté chrétienne. « Il est urgent que vous, Premier ministre, leur donniez cette assurance », ont-ils insisté dans la lettre ouverte.

Selon le Forum chrétien unifié (UCF), une organisation œcuménique basée à New Delhi, l’Inde a enregistré 598 cas de violences contre les chrétiens dans 21 États du pays en 2022. Ce chiffre s’élevait à 279 en 2020 et à 505 en 2021, selon un rapport de l’UCF. Ces attaques, qui comprennent du boycottage social, des profanations d’églises et des arrestations de leaders chrétiens, ont eu lieu en majorité dans les États de l’Uttar Pradesh, du Madhya Pradesh, du Karnataka et du Gujarat, tous dirigés par le parti de Modo, ainsi qu’en Odisha, au Chhattisgarh et au Maharashtra, où le parti PJB est fortement présent.

« Nous sommes inquiets des actions toujours plus viles contre une petite minorité »

La plupart de ces États indiens ont voté des lois controversées anti-conversion, que les groupes nationalistes hindous utilisent pour cibler les chrétiens et leurs célébrations. « Nous sommes profondément troublés par ce harcèlement continu via des actions criminelles et des discours de haine, contre les groupes minoritaires dans le pays », ont déploré les signataires. Ils ont ajouté que « nous sommes inquiets des actes et des paroles de haine contre toutes les minorités, et des insultes et actions toujours plus viles contre une petite minorité religieuse, les chrétiens ».

Selon la lettre, la Constitution indienne stipule que tous les citoyens indiens, quelle que soit leur religion, sont égaux en droits. « Mais nous sommes forcés de protester contre la multiplication des affaires discriminatoires contre les chrétiens ces derniers temps », ont insisté les signataires. La lettre a également observé que les chrétiens sont régulièrement accusés de conversions forcées, alors qu’ils représentent moins de 2,4 % de la population indienne, sur 1,3 milliard d’habitants.

D’autant plus que cette proportion est restée plus ou moins la même depuis le recensement de 1951. « Pourtant, dans l’esprit de certains, ce chiffre minuscule est une menace pour les hindous qui forment plus de 80 % de la population », ont ajouté les anciens fonctionnaires, dont certains ont été ambassadeurs d’Inde dans plusieurs nations européennes.

(Avec Ucanews, via Belgicatho)

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Déboulonner Gandhi

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dimanche 11 décembre 2022

« Je ne vois pas pourquoi les gens n’auraient pas le droit de s’inquiéter de leur héritage politique et culturel »

Selon un récent recensement dans plusieurs grandes villes britanniques, on peut désormais évoquer une « minorité blanche » : ainsi de Birmingham, Manchester ou Londres. L’essayiste anglais Douglas Murray (ci-contre) analyse cette mutation à l’œuvre et ses conséquences. Entretien publié dans Le Figaro.
 
 — Selon un recensement, la part des « Blancs » en Angleterre et au pays de Galles est en forte baisse depuis vingt ans. De même, les chrétiens représentent désormais moins de 50 % du pays, tandis que les musulmans augmentent rapidement. Est-ce un changement dans l’histoire de la Grande-Bretagne ?

Douglas MURRAY. —   C’est un changement, mais il s’inscrit dans une trajectoire déjà ancienne. Dans les années 1990, la migration nette moyenne vers le Royaume-Uni était de quelques dizaines de milliers de personnes par an. Dans les années qui ont suivi la victoire des travaillistes au pouvoir en 1997, ce chiffre est passé à des centaines de milliers par an. L’année dernière, il a atteint le chiffre record d’un demi-million. Bien sûr, ces phénomènes ont un effet et avec le temps, la population change. J’ai décrit cela après la publication du dernier recensement, il y a dix ans, et j’ai écrit sur les effets plus larges pour la Grande-Bretagne et notre continent tout entier dans L’Étrange Suicide de l’Europe. Mais les gens ne savent toujours pas quoi faire en matière d’immigration. C’est la même chose partout dans le monde développé. Les politiciens sont trop faibles pour faire appliquer la loi, la population change et quiconque dit qu’il n’aime pas cela est dénoncé comme raciste. Je trouve remarquable que nous ayons fait si peu de chemin face à des changements aussi énormes. Nous avons l’impression d’être coincés dans le même piège, partout et toujours.

[Immigration nette d’un demi-million cela signifie qu’au cours de l’année se terminant en juin 2022 : 1,1 million de personnes ont migré vers le Royaume-Uni et 560 000 personnes en ont émigré, laissant une migration nette de 504 000 personnes.  Les Anglais quittent donc en grand nombre leur pays et sont remplacés par deux fois plus d’étrangers. Voir aussi Angleterre : le nombre de musulmans a doublé en 10 ans, les chrétiens ne sont plus majoritaires]

 — N’est-ce pas une évolution logique puisque la Grande-Bretagne est un ancien empire et conserve le Commonwealth ?

Douglas MURRAY. —  Pas nécessairement, bien que certaines personnes aiment avancer cet argument, généralement avec délectation. Ils disent « L’empire contre-attaque », comme si la citation d’un film de La Guerre des étoiles était suffisamment spirituelle pour repousser une véritable discussion. Je ne vois aucune raison pour expliquer le laxisme de la Grande-Bretagne à l’égard de ses frontières à partir des années 1950. Avant cela, nous avons eu une population très homogène pendant un millier d’années. Mais une fois que les politiciens ont perdu le contrôle de l’immigration — et dans certains cas l’ont favorisée — ils n’ont jamais pu le reprendre. Puis deux choses se sont produites en même temps. Nous avons largement sous-estimé le nombre de personnes qui voulaient venir sur nos côtes et nous avons largement surestimé notre capacité à intégrer ces personnes.

— La mutation démographique actuelle s’accompagne-t-elle de bouleversements culturels et politiques ?

Douglas MURRAY. — Bien sûr. La migration affecte tout. Elle affecte les modes de scrutin, les modèles sociétaux, les attitudes, l’harmonie sociale et les décisions que le pays est en mesure de prendre. Par exemple, il est bien connu (depuis une fuite du ministère de la Défense, il y a quelques années) qu’il y a certaines questions de politique étrangère dans lesquelles la Grande-Bretagne — comme la France — ne pourra jamais s’impliquer. En raison des populations qui existent aujourd’hui dans notre pays, si le Pakistan entre en révolution par exemple — ce qui pourrait tout à fait arriver — que pourrait ou voudrait faire le gouvernement britannique, compte tenu de la population de notre pays ? Sur un plan national, lorsqu’un film a été projeté dans certains cinémas au début de l’année et a été accusé de blasphémer l’islam, des foules de musulmans en colère ont protesté et le film a été retiré. La police pense que c’est une grande victoire pour la paix. Je pense que c’est une terrible capitulation devant des gens qui ne devraient pas être ici s’ils ne comprennent pas la liberté d’expression.

Mais il s’agit aussi de l’âme d’une nation. Une telle âme ne se transmet pas du jour au lendemain. Les personnes qui ont grandi dans un pays, qui ont une relation profonde avec ce pays, ont un lien différent de celui de quelqu’un qui est arrivé hier. C’est inévitable. Donc, plus il y a d’immigration, plus votre pays change, plus ses attitudes changent — et cela inclut ses vertus, soit dit en passant. Je suis seulement surpris que les gens soient si réticents à reconnaître cela. Je ne peux que supposer que c’est parce qu’ils souhaitent qu’il n’en soit pas ainsi. Mais souhaiter qu’une chose soit vraie n’est pas la même chose qu’elle le soit. Nos pays parlent de l’intégration comme s’il s’agissait d’une science bien comprise. En fait, l’intégration est une non-science très instable.

— Le porte-parole du Premier ministre Rishi Sunak — lui-même de religion hindoue et d’origine indienne — a déclaré : « De toute évidence, le Royaume-Uni est un pays diversifié, c’est quelque chose qui devrait être salué », « cela inclut la diversité des religions ». Certains peuples occidentaux expriment la crainte de voir leur héritage culturel et politique disparaître.

Douglas MURRAY. — Je ne vois pas pourquoi les gens n’auraient pas le droit de s’inquiéter de leur héritage politique et culturel. Le reste du monde l’est. Si un recensement venait d’être effectué en Inde et qu’il révélait que Delhi, Jaipur, Mumbai et Bangalore avaient désormais des populations indiennes minoritaires, je pense que les Indiens se demanderaient pourquoi. Bien sûr, c’est compliqué. D’une certaine manière, c’est une bonne chose que notre système soit ouvert et diversifié. Je suis fier qu’une personne d’origine indienne puisse devenir Premier ministre au Royaume-Uni, même s’il est impossible d’imaginer qu’un homme blanc d’origine britannique puisse atteindre le même poste en Inde. Pourtant, comme je l’ai souvent dit, et comme on me l’a reproché à l’infini, les avantages de la diversité ne sont pas inépuisables. Il y a un stade où vous avez effectivement dilué votre culture à tel point que vous n’êtes plus ce que vous étiez. Ou même reconnaissable. Certaines personnes s’en réjouissent. Ce n’est pas mon cas, en grande partie parce que j’aime mon pays et ma société, et ce que nous étions, et que je n’apprécie pas que ce qui s’est passé avec l’immigration se soit produit contre les souhaits clairs, déclarés et répétés à chaque élection, de l’opinion publique.

— Même si les flux migratoires sont maîtrisés à l’avenir, la question de l’intégration se pose dans la plupart des sociétés occidentales. Comment relever ce défi ?

Douglas MURRAY. — Trois choses seulement comptent en matière d’immigration : la vitesse, la culture et le nombre. Si la vitesse et le nombre sont trop importants, vous ne pouvez pas y faire face et tous les politiciens transfèrent simplement le problème à leurs successeurs. La question de la « culture » est difficile. Personnellement, je préférerais que l’immigration provienne de cultures similaires plutôt que de cultures très différentes. Mais ceux d’entre nous qui avaient ce point de vue ont manifestement perdu, dans la vaste mêlée d’activistes de gauche et d’autres qui ont déclaré publiquement qu’ils aimaient le désordre de l’immigration du XXe siècle parce que (comme l’a dit un apparatchik travailliste) il « met le nez de la droite dans la diversité ». Nous verrons assez rapidement s’ils continuent à apprécier ce spectacle et s’ils pensent toujours que les risques qu’ils ont fait courir à l’avenir de notre société en valaient la peine.

mercredi 26 octobre 2022

Inde — Pour la première fois une formation complète des médecins en hindi et non plus en anglais

Depuis son arrivée au pouvoir, le BJP s’est attaqué par intermittence contre l’anglais, le qualifiant de « relique coloniale » nimbée d’une « mentalité servile ».

 

Le gouvernement du Premier ministre indien Narendra Modi propose pour la première fois des diplômes de médecine en hindi.

Le gouvernement de Narendra Modi intensifie ses efforts pour reléguer l’anglais aux marges de la vie indienne comme « relique coloniale » en offrant pour la première fois des diplômes de médecine en hindi.

Depuis qu’il est arrivé au pouvoir il y a huit ans, Modi, le ministre de l’Intérieur Amit Shah et d’autres dirigeants du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata, se sont attaqué de façon intermittente à la langue anglaise tout en valorisant l’hindi, la langue du nord de l’Inde.

Modi a souvent parlé de libérer les Indiens de la « mentalité coloniale » léguée par l’Empire britannique et de supprimer les reliques de cette domination. Cette semaine encore, Modi a parlé de la « mentalité servile » qui entoure l’anglais.

En octobre, les responsables gouvernementaux du Maharashtra dirigé par le BJP se sont vu interdire de dire « hello » lorsqu’ils saluaient des membres du public. Au lieu de cela, ils doivent dire « vande Mataram » ou « Je m’incline devant toi, ô patrie ». Abide with Me [Reste avec moi] a été expulsé des célébrations annuelles de la fête de la République indienne et remplacé par une chanson patriotique hindie, tandis que les noms anglais de certains régiments de l’armée seront changés.

En 2020, le gouvernement a déclaré que les praticiens de l’ayurveda, le système de médecine traditionnelle, devraient être autorisés à pratiquer la chirurgie, à la grande horreur de l’établissement médical occidental.

Selon The Guardian de Londres, une fois de plus de nombreux médecins sont consternés après la décision du gouvernement de l’État du Madhya Pradesh d’offrir un diplôme de médecine en hindi. Jusqu’à présent, la médecine était enseignée en anglais dans toute l’Inde.

Au cours des neuf derniers mois, une armée de 97 traducteurs a fouillé les lexiques hindis pour trouver des mots pour des termes tels que biopsie, neuroblastome et hémorroïdes.

Maintenant que les manuels d’anatomie, de physiologie et de biochimie en hindi sont prêts, les étudiants de première année de 13 facultés de médecine publiques du Madhya Pradesh recevront un enseignement en hindi à partir de novembre, bien qu’ils puissent encore suivre leur formation en anglais.

L’objectif du nouveau diplôme de médecine hindi, a déclaré Modi, était de permettre aux Indiens issus de familles pauvres qui ne parlent pas couramment l’anglais de poursuivre leur rêve de devenir médecins.

« Nous visons à faire en sorte que les enfants de parents pauvres deviennent médecins et ingénieurs même s’ils ne sont pas éduqués en anglais… », a déclaré Modi mercredi au Gujarat en parlant de la nouvelle politique indienne en matière d’éducation, annoncée en 2020.

Cette mesure en faveur de l’hindi s’inscrit dans une politique plus large qui promeut l’enseignement de cours techniques et médicaux en langues indiennes. L’idée est que les élèves peuvent mieux développer leurs compétences cognitives et analytiques et être plus enracinés dans leur culture s’ils reçoivent un enseignement dans leur langue maternelle.

Modi a déclaré que l’anglais doit être traité comme un moyen de communication et non comme un « critère de capacité intellectuelle ».

Les partisans de la nouvelle politique conviennent qu’il sera difficile au départ de trouver des équivalents faciles en hindi. C’est ainsi que le mot hindi pour « anatomie » serait, selon The Guardian, le laborieux « charîr ratchna vigyân » (चरित्र रात्चना विज्ञानं). [Notons que Wikipédia en hindi donne aussi शारीरिकी « chârîrikî » qui signifie également physiologie.] Mais les traducteurs du Madhya Pradesh ont déjà déclaré que de nombreux termes anglais seront conservés si aucune solution facile en hindi n’existe.

Le Dr Arun Shah, pédiatre, ne voit aucune difficulté intrinsèque à enseigner la médecine en hindi. « Je pense que cela peut fonctionner avec du temps, de la bonne volonté et de la patience », a-t-il déclaré. « Si le reste du monde peut apprendre la médecine dans sa langue maternelle, alors pourquoi pas en hindi ? Il y aura des ratés, mais cela vaut la peine d’essayer et de persévérer. »

Inspirés par le Madhya Pradesh, deux autres États, l’Uttar Pradesh et l’Uttarakhand ont déclaré qu’ils offriraient également un cours de médecine en hindi, bien que l’option en anglais demeurera.

Voir aussi 

Inde — Rites et prières hindous obligatoires dans les écoles publiques et privées 

Déboulonner Gandhi 

« Les écoles privées, c’est pour les riches » 

L’essor de l’école privée pour les pauvres en Inde

 

 

vendredi 19 février 2021

Inde — Rites et prières hindous obligatoires dans les écoles publiques et privées

Au sein du territoire fédéral Dadra et Nagar Haveli et Daman et Diu (comptoir portugais jusqu'en 1961), dans l’ouest de l’Inde, dans toutes les écoles, les élèves de tout niveau auront l’obligation de célébrer le Vasant Panchami (festival hindou qui marque la préparation à l’arrivée du printemps), en vénérant la déesse Saraswati (déesse de la connaissance). 

C’est ce que dispose une circulaire émise par les autorités compétentes et envoyée à toutes les écoles, circulaire qui a créé un malaise parmi les enseignants et les élèves qui ne sont pas de religion hindoue ainsi qu’au sein des instituts privés. Ainsi que l’a appris l’Agence Fides, le United Christian Forum (UCF), organisation qui promeut les droits fondamentaux et civils, a fait appel au gouvernement afin qu’il retire la directive ordonnant d’adorer les divinités hindoues. « La communauté chrétienne de Dadra et Nagar Haveli et Daman et Diu souffre à cause de la directive » a déclaré à Fides A. C. Michael, coordinateur national de l’UCF.

Des élèves lors de la prière d’assemblée après la réouverture des écoles après dix mois de fermeture en raison de l’épidémie de Covid-19, à Hyderabad (État du Télangana), le 1er février 2021.

Suivant la circulaire en question, toutes les écoles, publiques et privées — y compris les établissements chrétiens — doivent organiser le programme de la festivité, rendant hommage à la divinité et présenter ensuite un rapport de conformité accompagné de photographies d’ici le 17 février. La directive comprend la récitation de formules de prières hindoues et des rituels hindous dans toutes les écoles.

La communauté chrétienne voit l’actuelle circulaire comme « une manière de limiter la pratique de sa propre foi et comme une violation de sa liberté ainsi que du droit d’administrer ses propres institutions » souligne A.C. Michael, responsable laïc catholique. La conduite de l’administration — affirme-t-il — « porte gravement atteinte à la liberté de religion et à la liberté d’instituer et d’administrer des institutions éducatives, prérogatives garanties par la Constitution indienne, en tant que garantie pour toutes les minorités religieuses ».

« La communauté chrétienne, pacifique, prie afin que l’Inde continue à prospérer et que le tissu séculaire de notre terre pluraliste demeure intact. Au nom de la communauté, le United Christian Forum demande à l’administration et à la Direction de l’Instruction de retirer immédiatement cette circulaire » note A.C. Michael.

Voici deux ans, la même administration avait tenté de retirer au Vendredi Saint son caractère de festivité officielle. La communauté chrétienne s’était alors adressée à la Haute Cour de Bombay, parvenant à faire révoquer la mesure en question.

Il est pertinent de remarquer qu’en Inde, la constitution limite le gouvernement en ce qui concerne le traitement préférentiel d’une religion quelconque. Dans sa décision historique S.R. Bommai contre Union indienne (1994) la Cour suprême a déclaré que « la tolérance religieuse et l’égalité de traitement entre tous les groupes religieux, la protection de leur vie, de leurs propriétés et des lieux de culte constituent une partie essentielle de la laïcité sanctionnée par la Constitution ».

Les chrétiens indiens rappellent aujourd’hui que, durant la lutte pour l’indépendance de l’Inde, leur contribution est bien connue alors qu’après l’indépendance, ils ont eu un rôle important dans la construction de la nation, fournissant une contribution précieuse aux forces armées, aux chemins de fer, à l’assistance sanitaire et à l’instruction scolaire et universitaire.

Source : Agence Fides 16/02/2021