jeudi 15 janvier 2026

Québec — Dépenses en éducation en hausse de 57 % les 7 dernières années : résultats mitigés ou difficiles à mesurer

Un rapport publié jeudi par l’Institut du Québec (IDQ) vient confirmer une croissance substantielle des dépenses en éducation au Québec au courant des sept dernières années, avec des résultats mitigés ou du moins difficilement mesurables sur le terrain.

Prenant comme point de départ l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ) en 2018 et sa promesse de faire de l’éducation une priorité, ce regard socioéconomique visait en quelque sorte à faire le bilan de cette «ère dépensière» à l’aube d’un virage gouvernemental davantage orienté vers la restriction budgétaire depuis 2025, expliquait mercredi en entrevue la PGD de l’IDQ, Emna Braham.

Hasard de l’actualité, le principal architecte de ces différentes orientations, le premier ministre François Legault, allait démissionner quelques minutes plus tard.


Au regard des budgets annuels, l’IDQ parle carrément d’une «explosion» des dépenses en éducation durant ses six premières années au pouvoir. De 14,9 milliards en 2018, les dépenses dans le réseau sont passées à 23,4 milliards en 2024, une augmentation de 57 %. Même ramenée annuellement, elle dépasse largement l’inflation. Et tout ça exclut les infrastructures, alors qu’il a fallu au même moment investir davantage dans des écoles vieillissantes.

Le rapport identifie plusieurs bonnes raisons à ce phénomène. La plus logique est l’augmentation du nombre d’élèves, attribuée à la fois à un «mini baby-boom» durant les années 2000 et ensuite à un bond de l’immigration. Sauf que même en rapportant les dépenses en dollar par élève, celles-ci ont cru de 43 % sur la même période. Le nombre d’élèves n’explique donc pas tout, selon l’IDQ.

Le personnel de soutien a par exemple augmenté plus que le personnel enseignant, une situation qui pourrait «notamment s’expliquer par l’augmentation du nombre d’élèves ayant des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage» [des enfants immigrés ?], mentionne le rapport.

Mais c’est également un choix, commente Mme Braham, qui note que le Québec a «pris un tournant» à partir de 2018, moment où l’on était légèrement sous la moyenne canadienne en dépense par élève.

Si la tendance s’est inversée, elle isole aussi comme facteur déterminant les négociations avec le secteur public. «En 2024, on a vraiment un bond avec les dépenses par élève qui augmentent de près de 15 % en une seule année. Et là-dedans, c’est principalement l’impact du renouvellement des conventions collectives avec les syndicats enseignants. Il y a eu une hausse des salaires qui était importante, mais il y a aussi eu une embauche importante d’aides à la classe qui était une des conditions qui étaient négociées», rappelle Emna Braham.

Bilan des courses: «on met plus de ressources pour chaque élève, on met davantage d’éducateurs par élève [au Québec]», pointe-t-elle.

En a-t-on pour notre argent?

Et à la grande question de savoir si tous ces efforts ont porté fruit, la réponse est… complexe. D’abord, allouer des ressources en éducation, c’est nécessairement un investissement à long terme pour une société. Sauf qu’on ne le mesure pas suffisamment, selon l’IDQ, qui fait d’ailleurs de l’amélioration de l’accès aux données sa principale recommandation dans ce rapport.

«Sans statistiques précises sur le personnel et ses qualifications et sans indicateurs de performance sur la diplomation harmonisés, il est impossible de mesurer l’efficacité des investissements et de déterminer si chaque dollar additionnel sert véritablement à la réussite des élèves», écrivent les auteurs.

De manière générale, on peut néanmoins observer que les lacunes et les défis québécois (taux de diplomation, rétention de personnel) restent bien réels, mais que ses forces (excellente performance à l’échelle internationale dans les scores en littératie et numératie) [avec une sélection des élèves qui participent à ces tests plus élevée] demeurent également.

Dans les perceptions, on semble toutefois toujours définir le réseau de l’éducation comme étant en crise. «On le définissait comme un réseau en crise en 2018, on le définit aujourd’hui encore comme un réseau en crise», décrit Emna Braham.

Pourtant, il «parvient à atteindre certains des objectifs fondamentaux qu’il se donne, même si c’est plus difficile de faire un lien de causalité entre les dépenses et ses résultats», observe-t-elle.

Et si l’IDQ parle d’un tournant à partir de 2025, ce n’est pas uniquement à cause des premières compressions annoncées par l’ancien ministre Bernard Drainville, qui ont d’ailleurs été passablement assouplies à l’automne par sa successeure Sonia LeBel.

Ce n’est probablement que partie remise, avertit Simon Savard, économiste qui a aussi contribué à ce rapport. «On se retrouve en quelque sorte avec un dilemme budgétaire», énonce-t-il en évoquant l’obligation d’un retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030.

Dures années à venir


«Dans la dernière mise à jour économique, elle nous dit que dans les trois prochaines années, les dépenses en éducation ne vont augmenter que de 1,6 % par année», une tout autre réalité que celle constatée entre 2018 et 2024, sans compter que les augmentations salariales négociées vont continuer de s’appliquer, note M. Savard.

«Ça veut dire que le gouvernement va devoir faire des choix. Soit couper dans certains services, trouver des gains d’efficacité, puis il n’y a pas nécessairement beaucoup de gras administratifs à enlever dans le réseau», selon son analyse.

«C’est sûr que la marge de manœuvre, elle est assez limitée, renchérit Emna Braham. C’est déjà des choix auxquels les centres de services scolaires ont été confrontés cette rentrée-ci, puis ça va recommencer l’année prochaine», prédit-elle en spécifiant que «l’arbitrage» budgétaire se fait en bonne partie à cette échelle décisionnelle plutôt qu’au gouvernement lui-même.

Source : Le Soleil

Voir aussi

Les résultats québécois aux tests PISA remis en question (Les écoles et les élèves du Québec sont nombreux à bouder les tests internationaux en sciences, mathématiques et lecture. Le taux de décrochage au Québec à 15 ans est également plus haut que dans des pays comme le Japon et la Norvège, ces élèves ne sont plus scolarisés et plus testés.)

PISA 2018 — les bons résultats de la Suède s'expliqueraient par l'élimination de 11 % de mauvais élèves, surtout immigrés (avec explication de la sélection des écoles et des élèves aux tests PISA).

Dépenses en éducation dans les écoles publiques au Canada (Québec champion !), édition 2024

 
 
 
 
 
 
 
 

Le solde migratoire est négatif aux États-Unis pour la première fois en 50 ans

Pour la première fois en 50 ans, il y a plus d'émigration que d'immigration aux États-Unis

En 2025, le nombre de personnes ayant quitté les États-Unis a été supérieur à celui des immigrants qui y sont entrés.

Les États-Unis ont enregistré un solde migratoire négatif en 2025, une première depuis au moins 50 ans, selon un rapport publié mardi par la Brookings Institution. En 2025, le nombre de personnes ayant quitté les États-Unis a été supérieur à celui des immigrants qui y sont entrés, relève cette étude.

«La première année du second mandat de Trump a été marquée par des changements radicaux dans la politique d'immigration, entraînant un net ralentissement de la migration nette vers les États-Unis», écrivent les auteurs de l'étude. «La migration nette a probablement été proche de zéro, voire négative, au cours de l'année civile 2025, une première depuis au moins un demi-siècle», indique le rapport.


«Une migration nette négative en 2026 est également probable»

«Bien qu'un fort degré d'incertitude politique subsiste, une migration nette négative en 2026 est également probable», ajoute-t-il. Selon les estimations des auteurs du rapport, la migration nette vers les États-Unis devrait se situer entre -10.000 et -295.000 en 2025. Le rapport explique qu'un solde migratoire négatif aura «des conséquences importantes sur la macroéconomie » américaine.

«Ces dernières années, la croissance de la population active née aux États-Unis a été faible et la quasi-totalité de la croissance de la population active est imputable aux flux migratoires», rappelle l'étude en notant que «les immigrants fournissent à la fois de la main-d’œuvre  et génèrent une demande de biens et de services». Une baisse de l'immigration entraînera une croissance plus faible de l'emploi, du PIB (mais pas nécessairement du PIB/habitant) et des dépenses de consommation, ont signalé les auteurs de l'étude.

Sources : Le Figaro et AFP