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mercredi 19 mai 2021

Instruction à la maison : Maître Lucas, le site de cours qui cartonne auprès des élèves de primaire

Il a 36 ans, et son site destiné aux élèves du premier degré et à leurs enseignants cartonne ! Découvrez le monde de Maître Lucas.

Les élèves de primaire reprennent les cours en personne, ce lundi matin. Les sites d’aides continuent toutefois de cartonner comme celui de Maître Lucas, un instit, visité des dizaines de milliers de fois. Et il a même été salué par… le président de la République française !

« À la base, j’ai bricolé ça pour ma classe de CP [élèves de 6 ans]. Je ne pensais pas que des dizaines de milliers de profs et d’élèves allaient se ruer dessus… » La force est avec Maître Lucas. Derrière l’énigmatique appellation : le « bébé » d’un instituteur de 36 ans au nom imprononçable — il s’appelle Lucas Schildknecht — qui a créé, avec son cousin Benoît, un site web de contenus pédagogiques dédié aux élèves du premier degré et leurs enseignants. 200 vidéos ludiques, 600 fiches techniques, portant sur le programme officiel du CP au CM2 [10/11 ans].

Et même si les élèves du premier degré vont retrouver leur maître ou maîtresse en vrai ce lundi, après le pont de l’Ascension, et qu’ils ont repris l’enseignement en présence depuis fin avril, ce site continue, comme d’autres, à attirer les écoliers (et leurs parents).

Du « fait maison » sans prétention, assure le professeur des écoles reconverti cette année dans la formation de ses pairs, qui a connu surtout un succès affolant lors de la semaine à distance, juste avant les vacances de printemps… La même semaine où les contenus officiels de l’Éducation nationale, notamment « Ma classe à la maison », déployée par le CNED, et les espaces numériques de travail (ENT), ont planté. En quatre jours, 87 000 enfants et profs ont visionné 170 000 contenus sur la chaîne de Maître Lucas !

De quoi attirer l’attention jusqu’à l’Élysée : le 26 avril, le président de la République français, Emmanuel Macron, s’est fendu d’un courrier aux deux cousins, les « félicitant » pour leurs « vidéos ludiques et éducatives qui illustrent l’extraordinaire esprit d’initiative et de solidarité » des Français, « en particulier nos enseignants », face à la crise sanitaire.

L’histoire démarre en 2017. « J’ai créé une chaîne YouTube pour mettre en ligne des petites vidéos sur certains aspects du programme de ma classe de CP, des choses que je cherchais en tant qu’enseignant, mais que je ne trouvais pas. Je faisais 4 ou 5 vidéos par mois, avec un petit logiciel de montage permettant de créer son personnage, doublé par ma propre voix », raconte Lucas.

Ses montages sont animés par le fameux Maître Lucas, une sorte de héros de bande dessinée qui disserte, avec des mots simples, sur, au choix, les additions, les soustractions, les volcans, les adjectifs, le système solaire ou le cycle de la vie. Modestement, il utilise l’outil pour les devoirs et les révisions à la maison, ou même en classe, pour un moment ludique. Mais tout change lors du premier confinement et la fermeture des établissements.

« C’est 100 % bénévole »

« Au plus fort, les vidéos ont été vues 50 000 fois par jour ! Des profs appelaient, proposaient des sujets, et des parents envoyaient des courriels pour dire qu’ils faisaient l’école à la maison avec nos vidéos », se remémore Benoît. En septembre, les deux cousins passent la vitesse supérieure et créent un site dédié : Maitrelucas.fr. De nouveaux personnages sont créés, dont celui de l’élève, qui n’a pas de nom, et son papy. « C’est 100 % bénévole », précisent-ils. « On y a mis plus de vidéos, inclus des fiches techniques à télécharger, le tout 100 % basé sur les programmes de l’Éducation nationale, ajoute Benoit. Cela a pris vite ! » En un mois, leur site affiche 250 000 visites en moyenne, avec un pic, donc, la semaine du 6 avril.

Cette semaine-là, Noémie, directrice d’école et professeure en CE2-CM1 dans le secteur de Metz (Moselle), n’hésite pas : « Devant le bogue généralisé des ENT et du CNED en mars 2020, j’ai utilisé les vidéos de Maître Lucas. Chaque jour, au lieu de faire des visio, j’ai envoyé des liens vers leurs vidéos à mes élèves. Je l’utilise aussi en tant que maman pour ma fille. Elle adore. L’un des avantages, c’est qu’il n’y a pas de pub, de bannière qui s’affiche, et je n’ai encore eu aucun dysfonctionnement. C’est assez clair et ludique, et très sûr, puisque ce sont les programmes officiels. Alors, en couplant à quelques exercices, je m’y retrouve. »

« On a été un recours pour pas mal d’enseignants, de familles, confirme Benoît. Nos vidéos ont été diffusées par le biais des ENT, ou le lien de nos vidéos et nos fiches directement envoyées par courriel aux parents par les profs. »

Pour autant, tout le monde est formel : le concept ne vaut pas la classe. « Rien ne remplace une instit en chair et en os pour le développement d’un élève », estime Noémie. Ce dont sont conscients les deux cousins : « On n’a pas du tout l’ambition de remplacer les profs ou l’Éducation nationale. C’est un outil modeste, mais qui peut rendre quelques services si le distanciel revient. Et le sujet de l’une de nos prochaines vidéos, c’est : Comment fonctionne un vaccin. »

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jeudi 14 mai 2020

Aide aux écoles françaises de l'étranger



Est-ce que le prêt de 100 millions d’euros attribué à l’AEFE et les 50 millions d’euros supplémentaires injectés pour les bourses scolaires seront suffisants pour sauver le réseau des Établissements Français de l’Étranger ?

Virginie Royer (ci-dessous), Vice-présidente de la FAPEE nous fait part des préoccupations des parents d’élèves qui font face à des difficultés financières, mais aussi pédagogiques. Aujourd’hui, nous parlons de survie du réseau des établissements français présents à l’étranger.


Comment les parents d’élèves qui scolarisent leurs enfants dans un établissement français à l’étranger perçoivent l’aide financière qui a été allouée à l’enseignement français à l’étranger ?

Pour commencer, nous sommes très contents d’avoir été entendus par le gouvernement français sur la nécessité d’annoncer des aides pour rassurer les familles qui sont confrontées à une situation exceptionnelle.

Depuis le début de la crise, nous avons demandé que toutes les familles rencontrant des difficultés financières, françaises et également celles qui ne le sont pas, puissent être aidées. Concernant l’aide financière d’un montant de 100 millions d’euros octroyés à l’enseignement français à l’étranger, il est important de noter que c’est une avance. Les établissements français à l’étranger vont devoir rembourser cette somme.

Il est important de savoir si l’aide financière qui va être versée aux familles étrangères passe par ces 100 millions d’euros. À ce moment-là, nous pouvons nous poser la question de la solidarité à crédit remboursable. Depuis plusieurs années, nous parlons de pistes de réformes de l’AEFE. Il faudra mener cette réforme en lien avec la crise actuelle que nous vivons. En l’état, les 100 millions d’aides ne suffiront pas. Le gel ou la maîtrise sur les frais de scolarité sur une durée de trois ans, rendu possible par cette aide vis-à-vis des établissements et des opérateurs serait un geste fort en vue de la rentrée qui s’annonce compliquée.

Il faut penser que nous sommes en pleine période de réinscription et comme l’a mentionné Olivier Brochet, directeur de l’AEFE lors de son audition au Sénat, la baisse d’effectif de la rentrée entraînera un cercle vicieux. La réduction d’élèves présents à la rentrée engendrera une diminution de postes et des frais de scolarité qui augmenteront. Quant aux familles, elles ne pourront pas continuer à payer.

Nous nous posons donc des questions : par quels critères et par quelles modalités l’aide sera calculée ? Comment, pour qui et quand cette aide financière sera-t-elle versée ? Il y a encore trois mois, nous parlions d’un plan de développement de l’enseignement français à l’étranger. Aujourd’hui, nous parlons de survie du réseau des établissements français présents à l’étranger.

Dans quelles zones géographiques, les familles rencontrent les plus grandes difficultés ?

Dès aujourd’hui, nous constatons que des familles sont en grandes difficultés et dans les prochains jours, semaines et mois, leur situation ne s’améliorera pas.

Les conséquences économiques dues à la crise sanitaire vont perdurer. De façon générale, certains parents d’élèves font face à la perte d’emploi entraînant une diminution forte de leurs revenus notamment dans les pays où les familles sont privées d’aides sociales ou dans des pays où l’économie s’est complètement effondrée comme au Liban.

Dans d’autres pays où l’économie est basée sur le tourisme ou encore la restauration comme les pays du sud de l’Europe ou l’Asie du Sud-Est, la situation est également très difficile pour les parents d’élèves.

L’industrie pétrolière en Russie et dans certains pays d’Afrique s’effondre complètement. Les familles sont aussi amenées à subir une dévalorisation de leur monnaie locale qui, comme en Amérique latine, provoque des hausses de prix concernant les frais de scolarité appelés en euros.

Même lorsque la crise sanitaire sera moindre, la crise économique, elle, impactera les familles pendant plusieurs années.

Est-ce que les fonds alloués aux bourses scolaires seront suffisants pour aider les familles ?

Les familles sont en train de déposer les dossiers de bourse donc nous ne savons pas pour le moment si l’aide allouée sera suffisante. Les parents d’élèves ont la possibilité de déposer soit des demandes de révisions de dossiers ou soit de nouveaux dossiers de bourse.

Habituellement, les bourses scolaires prennent en compte les revenus des familles de l’année n-1. Exceptionnellement, les revenus des familles de cette année seront pris en compte notamment pour calculer les baisses de revenus engendrés par la pandémie de Covid-19. Les familles n’auront donc pas besoin d’attendre l’année 2021 pour déclarer leurs revenus. Nous demandons que les bourses soient allouées dans une logique de besoin et non pas dans une logique d’enveloppe.

Cette enveloppe de 50 millions d’euros devrait permettre d’aider de nouveaux demandeurs de bourse sans affecter les boursiers actuels et nous espérons qu’elle sera suffisante. Le montant accordé aux bourses scolaires doit cependant être ajusté dans les années à venir. Nous avons des conseils consulaires de bourse, c’est-à-dire, des commissions locales présentes dans chaque pays qui vont statuer sur l’obtention des bourses.

Ces conseils consulaires de bourses se tiennent ou vont se tenir avant la date limite de dépôt des dossiers. Or, on nous a demandé de repousser la commission nationale des bourses en septembre pour que les commissions locales puissent être elles aussi repoussées. Nous craignons une certaine rupture d’égalité dans les traitements des dossiers puisqu’ils seront observés après les conseils consulaires des bourses. Les dossiers seront instruits en comités restreints et notamment sans la participation des représentants de parents d’élèves qui connaissent très bien les dossiers.

Les 50 millions d’euros qui ont été octroyés pour les bourses sont un montant conséquent puisqu’il représente quasiment 50 % d’augmentation du budget. Cette aide permettra d’aider les familles françaises en difficultés pour le troisième trimestre autant que pour l’année 2021 et ainsi éviter que les élèves ne quittent le réseau.

Notre point de vigilance repose sur le fait que cette aide ne concerne que les enfants français. Or, deux tiers des élèves du réseau des Établissements français à l’étranger ne sont pas de nationalité française. L’aide ne concerne donc qu’un tiers des élèves du réseau. Nous sommes inquiets sur le sort des familles étrangères : vont-elles recevoir une aide quelconque ?

Le directeur de l’AEFE, Olivier Brochet, a abordé ce point, devant les sénateurs, en parlant de la mise en place de commissions au sein des Établissements conventionnés ou en gestion directe qui permettrait d’attribuer des remises partielles ou totales des frais de scolarité à ces familles. Nous attendons d’avoir plus d’informations notamment sur la composition de cette commission et sur les critères qui seront appliqués. Nous sommes conscients que les difficultés des familles ne vont pas disparaître dans les six mois à venir, c’est pour cela que les familles doivent être accompagnées sur le moyen terme.

Pensez-vous que les établissements français à l’étranger ont bien assuré la continuité pédagogique ?

Les équipes enseignantes et les directions des Établissements français à l’étranger se sont mobilisées pour assurer la meilleure continuité pédagogique possible. Au fil des semaines, les cours en distanciel se sont organisés.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer et Olivier Brochet ont mentionné l’évidence que l’enseignement à distance ne remplace pas l’enseignement en présentiel. Néanmoins, les deux objectifs principaux sont d’atteindre les objectifs fixés de l’année par des moyens différents et faire en sorte qu’aucun élève ne décroche.

Encore une fois, la continuité pédagogique n’est pas la même pour les élèves qui sont allophones puisque les parents ne peuvent pas les accompagner dans l’enseignement de la langue française. Dans certains établissements, les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM), les établissements français à l’étranger ou encore les parents bénévoles aident à traduire les cours pour ces élèves et leurs familles.

De plus, nous constatons des disparités entre les établissements que ce soit par zone géographique ou par type d’établissement. Certains élèves font face à des difficultés d’accès à Internet dans des pays. Les enseignants n’ont pas tous été formés aux nouveaux outils de la communication. Les parents d’élèves ne sont pas tout le temps du même avis que les enseignants concernant la liberté pédagogique, tel que le recours ou non aux visioconférences.

Les visioconférences permettent aux enfants de rester en contact avec la langue française, et le rythme proposé par les enseignants est parfois contesté par les parents. La continuité pédagogique à distance n’est pas prévue sur le long terme, or, nous avons des établissements qui sont fermés depuis la mi-janvier comme c’est le cas au Vietnam et en Chine.

Des établissements commencent à rouvrir leurs portes, mais d’autres resteront fermés jusqu’en septembre comme c’est le cas dans les pays du Golfe et fort probablement en Italie et en Espagne. Une certaine forme de culpabilité ou de colère naît chez certains parents d’élèves qui ne peuvent pas faire cours à leurs enfants, car ils télétravaillent. Au cours des prochaines années, il faudra réfléchir sur un grand plan de numérisation à destination des établissements français présents à l’étranger en gestion directe par l’AEFE. Les établissements doivent tous avoir accès aux équipements numériques et des formations massives au numérique doivent être organisées pour les enseignants.

Quelles sont vos inquiétudes concernant les examens nationaux ou encore le baccalauréat que devront passer certains élèves à la fin de l’année ?

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a déclaré que le contrôle continu serait pris en compte dans l’obtention du baccalauréat. Toutefois, nous restons vigilants concernant certaines situations, comme au Vietnam où les élèves n’ont que des notes pour le premier trimestre. Ces élèves obtiendront peut-être des notations au troisième trimestre seulement si la réouverture des classes est confirmée. Pour l’oral de français, nous nous demandons comment il va être organisé puisque beaucoup d’établissements restent fermés. Nous travaillons avec le service pédagogique de l’AEFE, qui est pleinement mobilisé avec les missions de pilotage des examens du ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse.

Je pense qu’il y aura bientôt des précisions sur les modalités de passage d’examens. Nous restons persuadés que les spécificités de l’enseignement français à l’étranger sont bien défendues et comprises et qu’aucun élève ne sera délaissé.

Les parents d’élèves redoutent-ils la fermeture d’établissements français à l’étranger ou des fermetures de classes ?

Les gros établissements devraient réussir à rester ouverts, car ils pourront adapter leur structure pédagogique si nécessaire. Mais comme je l’ai précisé, il y aura peut-être des fermetures de postes si la baisse des effectifs s’avérait trop grande. À un moment donné, il faudra réorganiser la structure des établissements français à l’étranger, car nous ne pouvons pas seulement fonctionner sur la base d’une aide financière.

Concernant les petits établissements qui ont parfois une seule classe par niveau, certains rencontreront sûrement des difficultés de réouverture dès la rentrée. Il faudra les aider notamment sur le moyen terme pour qu’ils retrouvent une stabilité pour pouvoir poursuivre l’enseignement. Nous pensons que malgré l’aide financière, il y aura peut-être des établissements qui devront fermer des classes homologuées, avoir recours au Centre national d’enseignement à distance (CNED) ou les deux.

Il est très difficile aujourd’hui d’avoir des chiffres clés. Comme l’a précisé Olivier Brochet, lors de son audition devant les sénateurs, une perte d’effectif de 5 %, ce qui fait environ 20 000 élèves, représenterait 140 millions d’euros en moins dès la rentrée de septembre. La réouverture des établissements français de l’étranger coûte cher.

De plus, les établissements français à l’étranger sont dépendants des mesures sanitaires demandées et prises par chaque pays d’accueil. Nous n’avons donc pas un seul plan de déconfinement, une seule date de réouverture. La hausse des frais de scolarité ne doit pas être le seul moyen permettant de faire face aux pertes financières.

Nous avons toutefois une lueur d’espoir grâce aux témoignages de plusieurs établissements qui rouvrent. Nous avons des chaînes de courriels où différentes associations d’élèves membres de la FAPEE échangent sur les bonnes pratiques afin d’assurer le retour à l’école.

mardi 10 mars 2020

Coronavirus : l’école française face au défi des cours à distance

Plus de 300 000 élèves, sur 12 millions d’enfants scolarisés en France, sont concernés par la fermeture de leurs établissements.

Mère de deux enfants âgés de 6 et 9 ans, Sophie a appris ce week-end que l’école privée de ses enfants à Mulhouse (Haut-Rhin) était fermée par précaution pendant quinze jours pour éviter la propagation du coronavirus. « Pour le moment, ce sont mes parents qui s’occupent des petits », raconte-t-elle. Les grands-parents sont âgés, ce n’est pas l’idéal, « mais mon mari et moi-même sommes commerçants. Nous ne pouvons pas arrêter le travail ». Sophie a bien « reçu un courriel de l’école promettant un contact mercredi pour d’éventuels devoirs », mais, faute de temps, elle ne s’y est pas encore intéressée.

Comme pour beaucoup de parents, son urgence, c’est d’abord de trouver une solution de garde pérenne. Dans les Hauts-de-France, Amélie s’appuie ainsi depuis la semaine dernière sur les « quelques consignes » envoyées « en une fois » via un mail par l’enseignante de sa fille de 10 ans : « on fait des révisions le matin. Mais en une heure, elle a fait le tour. Je l’envoie dans sa chambre pour lire, mais elle passe aussi du temps devant la télé. Car moi-même je travaille à distance pour mon entreprise. » Au total, plus de 300 000 élèves, sur les 12 millions scolarisés en France, de la maternelle au lycée, sont concernés en ce début de semaine par la fermeture de leurs établissements scolaires. Pour assurer une « continuité pédagogique », le ministère de l’Éducation nationale a prévu des dispositifs d’enseignement à distance, dans l’Oise, le Haut-Rhin et Ajaccio. Quelques classes ont par ailleurs été fermées lundi après des cas positifs chez des élèves ou enseignants à Paris, Woippy (Moselle), Louvres (Val-d’Oise).


Les enseignants des collèges et lycées « jouent plutôt le jeu », car ils ont « l’habitude, comme leurs élèves » d’utiliser des espaces numériques de travail et d’y glisser documents et devoirs, selon Hubert Salaün, porte-parole de la PEEP (deuxième fédération des parents d’élèves de l’enseignement public).

Dans le lycée de sa fille à Chantilly (Oise), une professeur de français a même mis des vidéos de ses cours en ligne. « Certes, l’engagement des enseignants est variable, poursuit Hubert Salaün. L’un d’eux a demandé de bénéficier d’un droit de retrait. C’est choquant, mais exceptionnel. On n’était d’ailleurs pas surpris quand on a vu le nom du professeur… »

Quant aux parents et aux élèves, si tous disposent d’un téléphone relié à internet, certains n’ont pas forcément ordinateur ou tablette à domicile, ce qui peut être handicapant. C’est dans les écoles primaires que la continuité est la plus difficile à assurer, la plupart des élèves et professeurs ne disposant pas d’espace numérique de travail.

« Classe virtuelle »

Les enseignants n’ont à leur disposition que les courriels des parents. Certains ont bien envoyé des « fiches » par ce biais, assure Francette Popineau, du principal syndicat d’enseignants du primaire. De petites révisions pour l’essentiel « qui ressemblent à ce qu’on trouve dans les cahiers de vacances », raconte une enseignante de Senlis (Oise). Beaucoup renvoient aussi vers le Cned, le Centre national d’enseignement à distance, qui propose une plateforme avec des exercices pour chaque niveau de classe, censée compléter les directives des enseignants.

Si certains cours et exercices sont très interactifs, d’autres ressemblent à des pages peu attractives, émanant de manuels papiers

La qualité est assez inégale, mais « elle a été mise en place très rapidement. C’est un travail colossal », observe Stéphane Crochet du syndicat enseignant Se-Unsa. Si certains cours et exercices sont très interactifs, d’autres ressemblent à des pages peu attractives, émanant de manuels papiers. La directrice de l’école Viefvillers (Oise), fermée jusqu’au 20 mars, a demandé lundi aux parents de s’y inscrire, et donné des consignes très générales. Pour les CP « revoir les différents sons étudiés, les tables d’addition et les nombres jusqu’à 59 ». Pour les CE2 et CM1 « revoir les verbes au présent, les tables de multiplication 1 2 3 5 et faire un résumé du livre Les Doigts rouges… ».

Quant à la « classe virtuelle » proposée par le Cned, elle ne fait pas recette auprès des enseignants qui se disent « insuffisamment formés » selon Francette Popineau. « Il faut bien reconnaître que les enseignants ne sont pas du tout habitués au télétravail », note Stéphane Crochet de l’Unsa, selon qui il n’est « pas évident de donner du travail à distance à des enfants très jeunes, encore non autonomes. D’autant plus que de nombreuses familles parlent mal le français surtout en zones d’éducation prioritaire (REP et REP+) ».


Il ne faudrait pas non plus que ces cours et devoirs créent des conflits entre parents et enfants, craignent des enseignants : « suivre les devoirs trente minutes le soir, c’est plus facile que de suivre son enfant une matinée chaque jour », soutient-il. « C’est assez éprouvant, reconnaît Stéphanie, confinée avec ses enfants collégiens dans l’Oise, additionner sa journée de travail et un semblant de cours de mathématiques ou de physique, c’est vraiment la double peine. Je ne tiendrai pas des semaines. Et pourtant mes enfants sont plutôt bons élèves. »

Source : Le Figaro

vendredi 7 février 2020

France (réforme Blanquer) — le bac hors contrat, le vrai bac

La réforme du baccalauréat par le ministre Blanquer introduit des nouveautés : moins d'épreuves finales et des épreuves de contrôle continu dès la 1re (l'avant-dernière année du lycée). Les élèves des écoles hors contrat qui ne reçoivent aucune subvention de l’État (ainsi que les autres candidats libres et donc certains élèves du CNED) devront passer davantage d'épreuves finales du bac puisqu’elles ne pourront fournir de notes de contrôles continus, contrairement aux écoles publiques et privées sous contrat de l’État. Cette charge supplémentaire pour les candidats provenant des écoles libres a inspiré cet édito à EducFrance.

Jusqu’à récemment, les forts en thème passaient, pour se distinguer, le concours général en maths ou philosophie. C’était la preuve qu’ils étaient des cracks destinés aux meilleures prépas ! D’ailleurs, l’Éducation nationale qui hait la concurrence l’avait bien compris en interdisant aux lycéens du hors contrat de se présenter au concours général. Comme cela, ils ne pouvaient pas faire la démonstration de leur excellence scolaire en latin, grec, hébreu ou philosophie ! Quant au bac (ou plutôt aux bacs), tout le monde sait bien qu’il ne sanctionne plus aucune excellence à l’heure où les meilleurs lycées frôlent ridiculement le 100 % de bacheliers avec mention bien ou très bien.

  Non, croyez-moi, aujourd’hui, il y a bien mieux pour se faire remarquer et sortir de la grisaille : c’est de passer le bac dans un lycée hors contrat. Ça, c’est du vrai sport !

C’est « différenciant en diable » à tel point que plusieurs organisations viennent de déposer un recours contentieux contre cette rupture d’égalité injustifiable.

Alors que les bacheliers du public passent en contrôle continu l’essentiel de leur bac, ceux du hors contrat n’ont droit à aucun point en contrôle continu. C’est comme s’ils n’allaient pas à l’école ! Et lorsqu’ils passent les matières en contrôle final, leurs épreuves portent sur le programme de première et de terminale dans certaines disciplines tandis que les élèves du public ne sont interrogés que sur le programme de terminale. Bref, si votre enfant est un cador, le Graal à sa mesure, c’est le bac hors contrat. Enfin de la difficulté ! Enfin de la sélection ! Merci Monsieur Blanquer :))

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mardi 16 juillet 2019

Roberge modifie à la marge ses restrictions imposées à l'instruction à domicile


Le ministre Jean-François Roberge a légèrement modifié son règlement sur l’école à la maison pour répondre à quelques critiques de parents qui trouvaient les nouvelles règles imposées bien trop contraignantes.

L’obligation pour les enfants scolarisés à la maison de passer les examens ministériels est repoussée d’un an, de juin 2020 à juin 2021. Les commissions scolaires devront offrir gratuitement des activités de préparation aux épreuves ministérielles. Dès l’été 2020, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur devra aussi rendre disponibles aux parents des documents préparatoires aux épreuves qu’il impose.

Le règlement modifié prévoit que l’enfant soit exempté des examens ministériels « si celui-ci est dans l’impossibilité de se présenter aux séances tenues à cette fin en raison d’une maladie ou d’autres circonstances exceptionnelles. » Cependant, une nouvelle contrainte qui ne figurait pas dans le texte présenté en mars a été ajoutée : « L’enfant qui est dans l’impossibilité de se présenter à une séance donnée doit se présenter à une autre séance. »

Les grandes lignes de la réforme du monopole de l’Éducation restent toutefois en place : le nombre de matières à enseigner augmentera dès la rentrée de cet automne, des agents du ministère de l’Éducation rencontreront les élèves à la maison pour s’assurer qu’ils suivent le programme, et les examens ministériels deviendront obligatoires en dépit de l’opposition de groupes de parents.

Rien ne semble indiquer à ce stade la moindre souplesse dans le type d’examens permis et qui les fait passer. Ainsi, il semble bien que des enfants qui suivent le programme du CNED (enseignement officiel français à distance) soient obligés d’également passer les examens du Monopole de l’Éducation du Québec alors que les matières sont vues à un rythme différent, selon des terminologies différentes et des pédagogies différentes.

« Ces modifications permettront d’éviter que des enfants déclarés en enseignement à la maison ne soient assujettis à des contenus d’apprentissage minimalistes », a indiqué lundi le ministre Jean-François Roberge dans un communiqué. M. Roberge oublie de mentionner le désagrément que cela cause à d’autres familles qui ont fait d’autres choix que le programme du monopole de l’Éducation du Québec. Mais en vieil instituteur qui défend sa paroisse, il ne semble pas pouvoir imaginer que d’autres manières de faire existent.

Au cours de la dernière session parlementaire, il a affirmé que des centaines d’enfants passent à travers les mailles du système, hors de l’écran radar du ministère de l’Éducation. Les parents risquent cependant de se cacher davantage s’ils n’ont pas le choix de pédagogie et d’évaluateur. Un parent nous a indiqué qu’il avait déjà pris des dispositions pour que son fils quitte le Québec pendant l’année scolaire prochaine.

M. Roberge prétend également que son nouveau règlement vise à encadrer non seulement l’enseignement à la maison, mais aussi les écoles illégales, notamment religieuses. On aimerait savoir lesquelles puisque les yéchivas juives qui ont tant défrayé la chronique ne sont pas illégales, mais des petits séminaires et donc non assujettis à la loi sur l’instruction publique (ou privée) selon le juge Dugré. 

Aucun journaliste ne semble être assez curieux pour poser la question au ministre, se contentant de recopier les communiqués émanant du Monopole sans sourciller (voir les « mieux encadrés », plutôt que « davantage surveillés » et les « en laissant la flexibilité nécessaire » alors qu’il faudrait le démontrer, les associations de parents qui instruisent leurs enfants à la maison ne semblent pas le penser !) En outre, il faudrait démontrer que cette bureaucratie et ces contraintes supplémentaires sont efficaces, or cela ne semble pas évident : les États les plus tatillons dans la surveillance de l’instruction à domicile n’obtiennent pas de meilleurs résultats que ceux plus souples.

Enfin, il est facile pour M. Roberge de bomber le torse contre des parents très minoritaires afin de paraître dur (mais juste à ses yeux doit-on croire) sans régler les problèmes de fond qui affectent nettement plus de gens : l’école québécoise est médiocre au niveau de l’enseignement de la culture générale, trop de garçons dans les écoles décrochent encore, les parents n’ont pas vraiment le choix de programme puisque celui du ministère s’impose à tous (ce n’est évidemment pas le cas dans de nombreux pays en commençant par la France).

Le diagnostic de M. Roberge candidat... Ministre, il veut désormais que les parents imitent cette école qui diplôme des « analphabètes » ?

Christine Perry, mère d’une fillette de neuf ans scolarisée à la maison, est partiellement satisfaite des concessions faites par le ministre Roberge.

« Ce que le ministre considère comme des contenus d’apprentissage minimalistes, c’est une pédagogie qu’il ne comprend pas », a réagi au Devoir cette militante du Réseau des écoles démocratiques au Québec (REDAQ) et du Front de solidarité pour la liberté éducative.

Elle a hâte de voir le texte modifié du règlement, qui sera publié dans la Gazette officielle du Québec du 17 juillet. Elle surveillera la façon dont le ministre obligera l’enseignement de disciplines supplémentaires — ou de compétences. « On pourra voir à ce moment-là s’il a vraiment été à l’écoute des parents », dit Christine Perry.

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Un État tatillon en éducation est-ce mieux ?

Le ministre Roberge : « l’État québécois veillerait plus que jamais à ce que chaque jeune reçoive une éducation adéquate. »


mardi 28 février 2017

Devoir d'allemand, vous reprendrez bien un peu de culpabilisation pour aider les migrants ?

Un parent dont un des enfants suit les cours par correspondance du CNED français nous a envoyé ce devoir d’allemand de 4e (13 à 14 ans). Nous le laissons décrire sa réaction face à ce devoir et, plus généralement, face au programme du CNED en allemand.

Ce devoir sert principalement, dirait-on, à mobiliser la jeunesse en faveur de l'accueil des immigrants de Syrie. Il n'hésite pas pour ce faire à tracer un parallèle entre la crise migratoire et le sort des juifs sous le Troisième Reich et plus particulièrement d'Anne Frank.

 

Scène de récréation dans une école allemande moderne...


Anne Frank est cette adolescente allemande juive qui écrivit un journal intime, rapporté dans le livre Le Journal d’Anne Frank, alors qu’elle se cachait avec sa famille et quatre amis à Amsterdam pendant l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Elle mourut en 1945 à Bergen-Belsen.





Le cours d’allemand qui précède ce devoir a consacré deux leçons (des pages 154 à 163) à l’histoire d’Anne Frank, puis une leçon contenant d’autres mentions à Anne Frank, à la solidarité en classe et un voyage scolaire à Amsterdam pour y visiter le musée d’Anne Frank.

Page 175 : questions autour du voyage à Amsterdam pour y visiter le musée Anne Frank

Notons que le matériel du CNED insiste très peu sur la culture allemande. Les premières leçons parlent surtout de musique rock'n roll, de former un orchestre de musique rock et maintenant de parler de la Deuxième Guerre mondiale et de l’horreur nazie. Exit Goethe, les frères Grimm, la Lorelei de Heine (un juif au passage) comme les anciens manuels d’allemand le faisaient.

Complètement évacuée du cours du CNED, la culture classique allemande

La première question du devoir ci-dessous signale aux écoliers qu’il existe des choses injustes et inhumaines (bien sûr), mais qu’il ne faut pas uniquement se concentrer sur le passé et penser à Anne Frank (« Aber wir sollen nicht alle von Anne Frank sprechen »). « Il existe aussi aujourd’hui des choses injustes et inhumaines. Pensez aux enfants qui, par exemple, viennent chez nous de Syrie ! » (« Es gibt auch heute Dinge, die ungerecht und unmenschlich sind. Denkt an die Kinder, die zum Beispiel aus Syrien zu uns kommen!»)

Le CNED n’hésite pas à faire le parallèle donc entre le sort d’Anne Frank et celui des enfants syriens qui viennent en Allemagne, comme si les enfants syriens étaient menacés de mort dans les camps de réfugiés ou les appartements du Liban, de Turquie ou de Jordanie où ils sont passés avant de venir en Allemagne... Comme si la responsabilité de l'Allemagne était aussi engagée envers Anne Frank qu'aujourd'hui envers les Syriens... Pas d'amalgame, n'est-ce pas ?

Tout le devoir qui suit parle du merveilleux professeur Baumann qui s’implique bénévolement au sein de l’organisation (MiKiBu) qui donne des cours d’allemand aux jeunes immigrants syriens. Il faut émouvoir les écoliers alors on leur dit que beaucoup de jeunes Syriens seraient orphelins (« Viele Kinder bei MiKibU haben ihre Eltern verloren, und zwar die Kinder aus Syrien »). Nous ne connaissons pas la source de cette affirmation du CNED, il est vrai qu’il y a de nombreux Syriens et Afghans qui se disent mineurs (14 000 en Bavière ici, pas de mention à des orphelins...) et qui ne sont pas accompagnés, mais ce n’est pas la même chose. Notons qu'il s'agit surtout de jeunes hommes et qu’il existe d’excellentes raisons pour que de jeunes hommes se rajeunissent, voir cet article sur ces réfugiés comme Saad Alsaud le plus rapide ado de « quatorze ans  » en Suède qui dépassait la concurrence d’une bonne tête. Voir aussi cet article autrichien sur de jeunes Afghans qui auraient menti sur leur âge pour bénéficier d’allocations généreuses destinées aux mineurs. Enfin, en Allemagne, chaque réfugié mineur coûte chaque mois entre 3000 et 5000 euros. Évidemment, le coût économique et social pour l’Allemagne lié à l’immigration de plus d’un million d’immigrants (réfugiés) en 2015 n’est pas abordé ni dans le devoir ni dans le manuel... D’abord, les émotions.

Le devoir se termine avec une lettre à écrire en allemand sur les Restaurants du cœur. Une œuvre respectable, mais surtout bien laïque ce qui est important pour l’école de la République. Le devoir sera donc directif : on ne laisse pas l’enfant choisir son œuvre de bienfaisance, on lui demande de bien connaître celle de Coluche et de vanter les efforts de l’école qui organise une « foire à tout » pour leur envoyer de l’argent.



Complètement absente du cours allemand de 4e, la culture allemande. Reste la culpabilisation, les amourettes, la « solidarité » et le rock'n roll.



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Allemagne — difficultés d'intégration des immigrés

dimanche 26 avril 2015

Désinformation — Voltaire et le « Combat contre l’obscurantisme » du CNED (Éducation nationale de France)





L'historienne Marion Sigaut a été interrogée par un de ses correspondants au sujet de la fiche « Combat contre l’obscurantisme » éditée par le CNED (cours par correspondance de l'Éducation nationale française) pour les élèves de seconde (secondaire V). Elle analyse ici ce qu'elle qualifie ici de mensonges éhontés publiés sous couvert de l’Éducation nationale dans cette fiche, qui fait les louanges du controversé Voltaire.

Une partie du cours du CNED sur ce sujet est en accès libre ici. Marion Sigaut les commente. L'ensemble des notes est reproduit dans la vidéo.


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