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lundi 3 août 2026

France — Immi­gra­tion de tra­vail : der­rière l’écran de fumée

Les dis­cours qui tendent à nous faire croire que l’immi­gra­tion de tra­vail est une néces­sité vitale sont lar­ge­ment inva­li­dés par un exa­men rigou­reux des don­nées. Texte de Nico­las Pou­vreau-Monti, est direc­teur de l’obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie (OID), paru dans Valeurs actuelles.

L’immi­gra­tion est deve­nue, plus que tout autre, un enjeu poli­tique au sujet duquel les convic­tions pré­cèdent sou­vent les faits. En par­ti­cu­lier, l’idée que les étran­gers de nais­sance feraient « le tra­vail que les Français ne veulent pas faire » figure parmi les pon­cifs fré­quents.

Pour la pre­mière fois, en ana­ly­sant les micro-don­nées du recen­se­ment de la popu­la­tion, l’obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie a pu éta­blir une radio­gra­phie inédite de la situa­tion de l’emploi des per­sonnes nées étran­gères et ins­tal­lées en France – selon leur natio­na­lité à la nais­sance, leur niveau de diplôme, leur sexe et leur âge. Il en res­sort un ensemble de constats abso­lu­ment sai­sis­sants.

À com­men­cer par celui-ci: il existe non pas une, mais des immi­gra­tions, aux résul­tats d’inté­gra­tion sur le mar­ché du tra­vail radi­ca­le­ment diver­gents. Hors étu­diants et retrai­tés: 82 % des Por­tu­gais de nais­sance occupent un emploi. Il s’agit du seul niveau supé­rieur à celui des Français de nais­sance (80 %). D’autres natio­na­li­tés d’ori­gine s’en rap­prochent néan­moins for­te­ment – ori­gi­naires d’Europe pour la plu­part d’entre elles, mais aussi du Viet­nam ou du Liban. À l’inverse : ces niveaux d’emploi les plus éle­vés sont supé­rieurs de 30 points à ceux des Como­riens, des Haï­tiens ou des Pakis­ta­nais de nais­sance (51 %). Bien au-delà aussi des Algé­riens (54 %) ou des Maro­cains de nais­sance (57 %).

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Contre­di­sant cer­taines expli­ca­tions “ras­su­ristes”, la fai­blesse de ces taux d’emploi per­siste à âges et niveaux de diplôme équi­va­lents. Par exemple : une per­sonne née avec une natio­na­lité du Magh­reb et diplô­mée d’un Bac +5 tra­vaille, en moyenne, moins sou­vent qu’un simple bache­lier français de nais­sance…

L’un des fac­teurs iden­ti­fiables tient dans la très faible inté­gra­tion, sur le mar­ché du tra­vail, de cer­taines femmes nées étran­gères. À qua­rante ans, c’est-à-dire au pic des âges actifs: plus de 40 points séparent les taux d’emploi des Françaises de nais­sance (très proche de celui des hommes) et des Turques de nais­sance. Ce fait appa­raît déter­miné par des traits cultu­rels et anthro­po­lo­giques struc­tu­rants, qui pri­vi­lé­gient un rôle domes­tique et fami­lial des femmes.

L’ana­lyse de la situa­tion des « métiers en ten­sion » met éga­le­ment en évi­dence un pro­fond dés­équi­libre entre la région pari­sienne et le reste du pays. En Île-de-France, 66 % des employés de la res­tau­ra­tion sont nés étran­gers — contre seule­ment 21 % dans les autres régions. Le même contraste appa­raît parmi les ouvriers non qua­li­fiés du second œuvre du bâti­ment : ils sont 59 % à être nés étran­gers en Île-de-France, contre 19 % ailleurs.


Concen­trés majo­ri­tai­re­ment à Paris, les res­pon­sables poli­tiques et de nom­breuses voix média­tiques semblent consi­dé­rer que « l’immi­gra­tion de tra­vail » serait la seule solu­tion pour pal­lier les besoins en recru­te­ment de ces pro­fes­sions. Une telle vision, foca­li­sée sur l’agglo­mé­ra­tion pari­sienne, offre un miroir défor­mant d’une réa­lité beau­coup plus nuan­cée à l’échelle natio­nale. Dans la majeure par­tie du pays, contrai­re­ment aux idées reçues : ce sont très majo­ri­tai­re­ment des Français de nais­sance qui occupent ces postes.

L’argu­ment éco­no­mique pour l’immi­gra­tion de masse, dans un pays qui compte 4 mil­lions de per­sonnes au chô­mage ou dans son halo direct — et où les immi­grés sont parmi les moins “au tra­vail” de toute l’Europe — gagne­rait à être reconnu comme ce qu’il est : une illu­sion aux consé­quences lourdes, à dis­si­per rapi­de­ment. 

 
[Les professions médicales constituent l’un des cas exemplaires des difficultés de recrutement en France. En effet, la pénurie de médecins, d’infirmières et des autres professions médicales fait régulièrement l’actualité, tout comme le développement de « déserts médicaux ». 

Là où d’aucuns affirment que l’immigration contribuerait positivement au fonctionnement du système médical dans ce contexte, il convient de regarder les chiffres disponibles à cet égard.

L’analyse par profession médicale comparées à la population de plus de 15 ans (hors étudiants et retraités) montre que les étrangers de naissance originaires d’Afrique subsaharienne ou de Turquie sont nettement sous-représentés parmi les médecins, au regard de leur poids dans la population. Les personnes nées d’une nationalité d’Afrique du Nord ou d’Europe du Sud sont représentés à un niveau « normal » parmi les médecins, cohérent avec leur part démographique. Les personnes nées étrangères avec une nationalité de l’UE sont, elles, surreprésentées.

En revanche, tous les groupes étrangers de naissance sont sous-représentés (parmi les personnes employables) chez les autres professions médicales tels que la pharmacie, les sage-femmes et les infirmiers.]


« Le nombre de bénéficiaires de l’Aide médicale d’État (AME), réservée aux étrangers en situation irrégulière sur le sol français, a triplé en 20 ans. »


mercredi 13 mai 2026

« Jamais autant d'immigration en France »

L’immigration est-elle une fatalité ? C'est le sujet abordé par Le Club Le Figaro Idées présenté par Eugénie Bastié. Elle reçoit Didier Leschi et Nicolas Pouvreau-Monti.

dimanche 28 décembre 2025

Les emplois à l'épreuve de l'IA

Devriez-vous abandonner vos études universitaires et apprendre à utiliser une clé à molette pour protéger votre emploi contre l’IA ? 

Jacob Palmer ne savait pas grand-chose des métiers manuels qualifiés lorsqu’il était enfant, si ce n’est qu’ils étaient « sales, pénibles » et « semblaient vraiment peu gratifiants ». Mais il n’a fallu qu’un an d’enseignement à distance pendant la pandémie de Covid pour que M. Palmer, qui a grandi en Caroline du Nord, se rende compte que l’université n’était pas faite pour lui. Il a abandonné ses études après sa première année, a passé les deux années suivantes à suivre une formation d’apprenti électricien et a créé sa propre entreprise en 2024. À seulement 23 ans, il possède désormais un entrepôt, une camionnette et une chaîne YouTube avec plus de 33 000 abonnés qui le regardent réparer des appareils allant des détecteurs de fumée aux chargeurs Tesla. Il prévoit de réaliser un chiffre d’affaires de 155 000 dollars cette année, dont 10 % proviendront de YouTube. M. Palmer énumère les avantages du métier d’électricien : « Vous êtes plutôt bien payé pour le faire. On est payé pour apprendre à le faire. » Et cela crée une « sécurité de l’emploi massive » à une époque où de nombreux jeunes diplômés universitaires s’inquiètent de voir l’intelligence artificielle (IA) remplacer les cols blancs débutants. M. Palmer ne s’en fait pas pour cela : « Je vais câbler ces centres de données, pas vrai ? »

M. Palmer n’est pas le seul membre de la génération Z (les personnes nées entre 1997 et 2012) à remettre en question l’intérêt des études universitaires. Selon un récent sondage réalisé par l’institut Gallup, seul un tiers environ des adultes américains considèrent aujourd’hui que les études universitaires sont « très importantes », contre trois quarts en 2010. Environ un quart des Américains déclarent avoir « très peu » ou pas confiance dans l’enseignement supérieur. En creusant un peu plus, on constate que bon nombre de ceux qui ont peu confiance affirment que les universités n’enseignent pas de compétences pertinentes et qu’elles sont trop chères. En effet, les frais de scolarité moyens pour un diplôme de quatre ans dans les universités publiques américaines ont plus que doublé au cours des 30 dernières années, après ajustement pour tenir compte de l’inflation.

Si l’IA crée de nouveaux types d’emplois, tels que ceux d’ingénieurs logiciels chargés de la déployer dans les entreprises, elle rend également plus difficile l’accès à un premier emploi pour certains diplômés. Des études récentes menées par Stanford, Harvard et le King’s College de Londres ont montré que les entreprises qui adoptent l’IA générative aux États-Unis et au Royaume-Uni ont tendance à embaucher moins de cols blancs débutants. En novembre, 6,8 % des 20-24 ans titulaires d’une licence aux États-Unis étaient au chômage, contre 8,6 % de ceux qui n’avaient qu’un diplôme d’études secondaires (voir graphique). Parmi les diplômés universitaires qui ont trouvé un emploi, plus de la moitié sont sous-employés (occupant des emplois qui ne nécessitent pas de diplôme universitaire de quatre ans) un an après l’obtention de leur diplôme, et 73 % de ceux qui commencent par être sous-employés le restent dix ans plus tard.

Dans le même temps, l’intérêt pour les métiers manuels qualifiés est en hausse. Une récente publicité dans le métro londonien montre une requête tapée : « Eh ! IA, plie ce tuyau en cuivre » et la réponse d’un modèle linguistique à grande échelle (LLM) : « Désolé, je ne peux pas faire ça. » La publicité invite ensuite les passants à « apprendre un métier et à assurer leur avenir professionnel ». Sur les réseaux sociaux tels qu’Instagram et TikTok, de jeunes plombiers et électriciens publient des vidéos de leur travail quotidien qui recueillent des dizaines de milliers de vues et des commentaires admiratifs.

Une enquête publiée en juin par l’American Staffing Association a révélé qu’un tiers des adultes conseilleraient aux jeunes diplômés du secondaire de suivre une formation professionnelle ou technique, une proportion légèrement supérieure à celle qui les encouragerait à faire des études universitaires. Certains suivent ce conseil : les inscriptions à des programmes professionnels et techniques de deux ans dans les collèges communautaires américains ont augmenté de près de 20 % depuis 2020. Selon le ministère américain du Travail, le nombre d’apprentis actifs aux États-Unis a plus que doublé entre 2014 et 2024.

Un avenir prometteur

Les diplômés universitaires âgés de plus de 25 ans bénéficient toujours d’un taux de chômage plus faible et d’un salaire annuel médian presque deux fois supérieur à celui des diplômés du secondaire. Mais si l’on examine de plus près les différents diplômes, les résultats sont plus variés. Selon une étude de l’université de Georgetown (voir graphique ci-dessous), les titulaires d’une licence en sciences, technologie, ingénierie ou mathématiques (STIM) gagnaient un salaire annuel médian de 98 000 dollars en 2024. Les diplômés en arts et sciences humaines avaient un revenu médian de 69 000 dollars. En revanche, le salaire annuel médian d’un technicien d’ascenseur aux États-Unis est de 106 580 dollars.

Les écarts au sein des métiers sont également importants. Le salaire annuel médian des électriciens aux États-Unis est de 62 000 dollars, mais les 10 % les mieux rémunérés gagnent plus de 100 000 dollars chacun. Il en va de même pour les meilleurs plombiers, chauffagistes, mécaniciens aéronautiques et installateurs de lignes électriques. Aucun de ces emplois ne nécessite de licence, mais ils exigent une formation spécialisée.

Les cols bleus sont également très recherchés dans des secteurs tels que la fabrication de pointe et la défense. Selon une étude réalisée par la Semiconductor Industry Association et Oxford Economics, près de 60 % des nouveaux emplois dans la fabrication et la conception de puces électroniques qui seront créés aux États-Unis entre 2023 et 2030 devraient rester vacants en raison d’un manque de main-d’œuvre qualifiée. Parmi ces emplois vacants, 40 % sont des postes de techniciens ne nécessitant qu’un diplôme de deux ans. Jensen Huang, PDG du fabricant de puces Nvidia, a déclaré que les centres de données pour l’IA auront besoin de centaines de milliers d’électriciens, de plombiers et de charpentiers.

Au Royaume-Uni, les rapports sectoriels estiment qu’il manque 35 000 soudeurs qualifiés, nécessaires notamment pour construire des parcs éoliens en mer, des centrales nucléaires et des sous-marins. Beaucoup de ceux qui possèdent ces compétences vieillissent : la moitié de la main-d’œuvre britannique spécialisée dans le soudage devrait prendre sa retraite d’ici 2027.

Une solution à la pénurie de compétences consiste à encourager davantage de jeunes à acquérir des compétences techniques. Mais les métiers manuels restent stigmatisés. De nombreux parents les considèrent comme « sales, pénibles et dangereux » et « sans avenir », explique Sujai Shivakumar, du Centre for Strategic and International Studies, un groupe de réflexion basé à Washington. Le manque de coordination entre les écoles, l’industrie et le gouvernement est également un problème, selon M. Shivakumar. Les collèges communautaires proposent souvent des cours qui augmentent le nombre d’inscriptions, mais pas ceux dont les industries ont besoin, explique-t-il, ce qui laisse aux diplômés professionnels peu de choix d’emploi, même s’il y a une pénurie de compétences.

L’exemple suisse

Une meilleure solution serait de s’inspirer de pays comme la Suisse, où environ deux tiers des jeunes suivent une formation technique après 11 ans de scolarité obligatoire. Ce système fonctionne parce qu’il est « perméable », ce qui signifie que les étudiants peuvent facilement passer d’une filière technique à une filière universitaire, et inversement, explique Ursula Renold, experte en formation professionnelle à l’ETH Zurich, une université suisse. De nombreux autres pays encouragent l’apprentissage, qui permet aux stagiaires d’obtenir une certification pour travailler dans un certain secteur, mais ne leur permet pas d’utiliser cette certification dans le système éducatif général. « Ils sont cloisonnés », explique Mme Renold, ce qui est « très dangereux ». Selon elle, un système idéal devrait éviter de séparer les étudiants et les apprentis dans des filières différentes. Il devrait également laisser les entreprises prendre l’initiative d’élaborer les programmes d’études et de former les étudiants sur le lieu de travail.

La mise en place de systèmes tels que celui de la Suisse peut prendre des décennies. En attendant, la meilleure option pourrait être l’apprentissage diplômant, dans le cadre duquel les étudiants sont rémunérés par un employeur pour poursuivre des études universitaires tout en acquérant une formation sur le terrain. BAE Systems, un fabricant d’armes britannique, dispose d’un programme d’apprentissage qui accueille plus de 5 000 stagiaires par an, dont un tiers sont des apprentis en licence. Laché, un apprenti en génie aérospatial de 20 ans (dont le nom de famille n’est pas divulgué pour des raisons de sécurité), passe quatre jours par semaine à travailler sur les technologies du cockpit du Tempest, un nouvel avion de chasse, et le cinquième jour à suivre des cours. « C’est vraiment, vraiment, vraiment génial », dit-elle. La demande pour ce type d’apprentissage est forte : BAE a reçu plus de 31 000 candidatures pour 1 100 places lors de son dernier cycle, selon Richard Hamer, directeur de la formation de l’entreprise. Cela « en vaut vraiment la peine » tant pour les stagiaires que pour l’entreprise, qui avait du mal à trouver des diplômés possédant les compétences requises, dit-il. 

Passer de la cuisson de hamburgers à la fabrication de semi-conducteurs 

Des programmes similaires voient également le jour aux États-Unis. TSMC, un fabricant de puces taïwanais, a récemment lancé un programme d’apprentissage en Arizona, où il prévoit de construire six usines de semi-conducteurs. Nolan Cunningham, un apprenti technicien de processus âgé de 23 ans, travaillait dans une chaîne de restauration rapide avant de rejoindre le programme TSMC en avril. Il avait décidé de renoncer à l’université pour éviter de s’endetter. « Je ne veux pas passer les 25 prochaines années à rembourser mes prêts étudiants », explique-t-il. « Cela vous handicape complètement. »

Mais il suit désormais des cours de nanotechnologie dans un établissement d’enseignement supérieur communautaire, financés par TSMC, et est en passe d’obtenir un diplôme de premier cycle. Son travail à l’usine consiste principalement à analyser des données et à surveiller les systèmes de fabrication à partir d’un ordinateur. Passer de la cuisson de hamburgers à la fabrication de semi-conducteurs a été un « énorme bond en avant », explique M. Cunningham, mais un choix facile.

Source : The Economist

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dimanche 21 décembre 2025

Apocalypse professionnelle ? Pas pour l'instant : l'IA crée de tout nouveaux métiers

Les compétences humaines sont les plus recherchées. 


Une fausse offre d’emploi qui a récemment fait le tour des réseaux sociaux recherche un « ingénieur coupe-circuit » pour OpenAI, le créateur de ChatGPT. La description exige que le candidat retenu reste à côté des serveurs toute la journée et les débranche « si cette chose se retourne contre nous ». Parmi les compétences utiles, il faut également savoir « jeter un seau d’eau sur les serveurs. Au cas où. »

Malgré les craintes généralisées de pertes d’emplois dues à l’essor des agents d’intelligence artificielle (IA), tout n’est pas noir. La technologie crée déjà de nouveaux rôles : former les agents conversationnels, les intégrer dans les organisations et s’assurer qu’ils se comportent correctement. En outre, bon nombre de ces nouveaux emplois requièrent des compétences propres à l’humain.

Commençons par les annotateurs de données. Ils ne sont plus seulement des travailleurs précaires mal payés qui étiquettent des images de manière fastidieuse. À mesure que les modèles d’IA sont devenus plus avancés, des experts dans des domaines tels que la finance, le droit et la médecine ont été de plus en plus sollicités pour aider à les former. Mercor, une jeune entreprise qui a créé une plateforme pour embaucher des experts chargés d’aider au développement de robots, a récemment été évaluée à 10 milliards de dollars. Brendan Foody, son directeur général, affirme que ces experts gagnent en moyenne 90 dollars de l’heure.

Une fois les robots formés, des équipes d’ingénieurs déployés sur le terrain (ou à l’avant) sont nécessaires pour les intégrer dans les organisations. Palantir, un géant du logiciel qui a été le pionnier de ce concept, leur insuffle un esprit d’audace. « Au début, il n’y avait que nous ». Deux ingénieurs ont débarqué dans une base militaire près de Kandahar, avec des ordres minimaux, mais clairs venus de Palo Alto : « Allez-y et gagnez », commence un article de blogue typique rédigé par un ancien ingénieur de Palantir.

Dans la pratique, leur travail est un mélange de développeur, de consultant et de vendeur. Ils travaillent sur place pour personnaliser les outils d’IA pour un client et les mettre en service. Les ingéneiurs déployés à l’avant se multiplient, même si leur nombre reste faible. Garry Tan, le patron de YCombinator, une pépinière de jeunes pousses, a récemment déclaré que ses jeunes entreprises avaient publié 63 offres d’emploi pour des ingénieurs déployés sur le terrain, contre quatre l’année dernière. À mesure que les agents IA se répandent, leurs créateurs doivent comprendre les domaines liés à l’humain dans lesquels leurs outils fonctionnent. Un programmeur qui crée un agent de service client, par exemple, doit comprendre pourquoi un client frustré compose le zéro juste pour hurler sur un humain.

Himanshu Palsule, directeur général de Cornerstone OnDemand, une entreprise de développement des compétences, cite Waymo, une entreprise de robotaxis en pleine expansion, comme exemple de l’évolution du métier de développeur. Les voitures de Waymo roulent de manière autonome du début à la fin. Mais que se passe-t-il si elles tombent en panne, enfermant leurs passagers à l’intérieur ? C’est là qu’intervient ce qu’il appelle « le gars — ou la fille — dans le ciel », un dépanneur humain à distance qui doit non seulement comprendre la technologie, mais aussi savoir comment gérer des passagers épuisés. Selon M. Palsule, les ingénieurs en logiciel étaient autrefois recherchés pour leurs compétences en codage, et non pour leur savoir-faire relationnel. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’écriture de code peut désormais être effectuée par un algorithme [Avis du carnet : suggérée ou facilitée par un algorithme]. « C’est votre personnalité qui fait votre valeur. »

Il faut ensuite établir des règles pour s’assurer que les agents IA ne sèment pas le chaos. L’AI Workforce Consortium, un groupe de recherche dirigé par Cisco, un fabricant d’équipements réseau, a récemment examiné 50 emplois dans le secteur informatique dans les pays riches. La croissance la plus rapide, encore plus que celle des programmeurs IA, concernait les spécialistes des risques et de la gouvernance IA, qui veillent généralement à ce que les robots ne divulguent pas de données ou ne provoquent pas de panne dans les opérations d’une entreprise, entre autres.

C’est au directeur de l’IA qu’incombe la responsabilité de rassembler tous ces rôles. Ce poste est de plus en plus populaire parmi les cadres supérieurs, car les PDG cherchent à convaincre leurs conseils d’administration qu’ils prennent cette technologie très au sérieux. Les directeurs de l’IA combinent généralement une expertise technique avec une connaissance approfondie d’un secteur particulier et une expérience dans la refonte des processus d’entreprise. Ce n’est pas un travail pour les timides. Selon IBM, une entreprise informatique, une grande entreprise type utilise jusqu’à 11 modèles d’IA générative et est constamment sollicitée par des fournisseurs qui tentent de lui vendre des agents pour toutes les fonctions imaginables. Les responsables sont peut-être déjà tentés d’appuyer sur le bouton d’arrêt d’urgence. 

Source : The Economist

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samedi 15 novembre 2025

Immigration au Canada : entre annonces officielles et réalité

Le gouvernement libéral affirme avoir réduit ses cibles d’immigration, les fixant à 380 000 résidents permanents par année. Toutefois, comme l’ont souligné plusieurs observateurs, le total réel approche plutôt les 528 000, lorsqu’on ajoute 33 000 travailleurs étrangers temporaires qui, selon certains, auraient acquis un droit de résidence permanent après de longues années au Canada à titre strictement temporaire, ainsi que 115 000 personnes dites « protégées ».


Au final, ce sont 148 000 admissions supplémentaires sur trois ans qui demeurent largement invisibles, dissimulées dans les notes budgétaires. Une légère réduction officielle ne suffit donc pas à répondre aux pressions croissantes — et rien n’indique que le gouvernement s’attaque réellement au problème.

La députée fédérale Rempel Garner a également attiré l’attention sur une pétition déposée à la Chambre des communes par la députée libérale Amandeep Sodhi, réclamant la résidence permanente et un soutien fédéral pour les étudiants étrangers et les travailleurs migrants menacés d’expulsion. Alors que de trois à cinq millions de détenteurs de visas temporaires ont déjà expiré ou arriveront à échéance sous peu, cette démarche apparaît pour plusieurs comme une tentative ouverte de normaliser des situations de dépassement de statut, un recul notable pour un gouvernement qui affirme vouloir réformer le système.

Pendant ce temps, 6,5 millions de Canadiens n’ont pas de médecin de famille, et la crise du logement continue de s’aggraver. Malgré cela, les critiques dénoncent la poursuite de « comptabilité créative » en matière d'immigration. Une majorité de citoyens réclament encore des ajustements majeurs aux politiques d’admission, et les gestes récents du gouvernement semblent aller à l’encontre de cette demande.

Un nouveau programme sous Carney : des obstacles supplémentaires pour les jeunes Québécois

Après la controverse des « Chaires du Canada », qui a exclu certains candidats (trop masculins, trop blancs) des postes professoraux, M. Carney présente un nouveau programme susceptible de compliquer davantage l’accès des jeunes Québécois aux postes de professeurs dans les universités québécoises.

Dans son allocution du 7 novembre 2025 au Canadian Club, le premier ministre a annoncé le lancement d’une Stratégie nationale d’attraction des talents internationaux, dotée de 1,7 milliard de dollars, visant à recruter activement des chercheurs et universitaires étrangers. Il a également mis de l’avant son intention d’accroître les admissions de migrants économiques, notamment en facilitant l’arrivée de titulaires du visa américain H-1B.

Pour le gouvernement, ces mesures doivent stimuler l’innovation et la compétitivité du pays. Pour d’autres, elles risquent plutôt de marginaliser une nouvelle fois les candidats locaux — en particulier les jeunes universitaires québécois — en augmentant la concurrence internationale sur des postes déjà rares.

Chômage des jeunes près du double que celui de la population générale

En 2025, le chômage des jeunes demeure nettement plus élevé que celui de la population générale au Canada comme au Québec. À l’échelle canadienne, les 15-24 ans affichent un taux d’environ 14,7 %, soit plus du double du chômage global qui tourne autour de 7 %. Au Québec, la situation est un peu moins tendue : les jeunes présentent un taux d’environ 9,9 % pour cette même tranche d’âge, comparativement à un chômage général avoisinant 6,3 %. Malgré des variations régionales, l’écart entre jeunes et adultes reste marqué, confirmant qu’en 2025 les nouveaux entrants sur le marché du travail demeurent beaucoup plus exposés à l’instabilité et aux difficultés d’intégration que le reste de la population active.

Conclusion


Entre objectifs officiels et chiffres réels, démarches parlementaires et nouvelles stratégies d’attraction internationale, le gouvernement libéral maintient une orientation résolument militante en faveur d'une immigration élevée (aucune mesure nataliste n'a été annoncée). Or, pour de nombreux Canadiens, cette approche accentue des pressions déjà fortes sur les services publics, le logement et les perspectives professionnelles locales.

samedi 30 août 2025

Allemagne — Dix ans après, le bilan amer de l’ouverture des frontières par Angela Merkel

Le 30 août 2015, Angela Merkel, euphorique, accueillait des centaines de milliers de réfugiés syriens. Depuis, l’enthousiasme a disparu et Friedrich Merz prend le contre-pied de sa politique.

Anas Modamani se souvient comme d’hier de ce selfie mythique en compagnie d’ Angela Merkel  qui l’a rendu célèbre. Après avoir prononcé le 30 août 2015 la fameuse phrase « Wir schaffen das » (« nous y arriverons »), la chancelière était venue visiter un centre d’accueil de réfugiés dans le quartier de Spandau. Le jeune Syrien fuyant la guerre civile ne savait pas qui était cette dame avenante à la coupe blonde. Et, dans son enthousiasme, il s’est photographié avec « Mutti ». « Je suis très reconnaissant envers l’Allemagne. Grâce à elle, j’ai fait des études, étudié la communication, je parle la langue, je me suis fait des amis allemands et arabes, j’ai un passeport et un magnifique appartement à Berlin. »


Ce cliché et la réussite de son auteur illustrent la face heureuse d’un des épisodes les plus marquants de l’histoire allemande. À partir de septembre 2015, sous la pression des réfugiés bloqués à la frontière hongroise, majoritairement syriens, qui souhaitent rallier l’Allemagne via l’Autriche, Angela Merkel décide, pour de strictes raisons humanitaires, de s’affranchir des règles communautaires de l’accueil et d’ouvrir les portes de son pays. Le seul week-end du 6 septembre, 18.000 migrants débarquent via Munich. Ils seront très vite 1,6 million. 

[...]

Selon une étude de l’Institut du marché du travail (IAB), [seuls] 70 % des réfugiés de 2015 avaient trouvé un emploi neuf ans après leur arrivée.

Mais l’image est trompeuse. Outre l’opposition de son ministre de l’Intérieur, rapidement bousculée par un afflux non anticipé, la chancelière a demandé à ses voisins l’instauration d’un mécanisme communautaire de répartition des migrants. « L’Europe ne peut pas accueillir plus de réfugiés », lui a répondu le premier ministre français,  Manuel Valls , soutenu par les pays d’Europe centrale. Traditionnel pays d’immigration ayant déjà intégré une forte diaspora turque, et balkanique dans une moindre mesure, l’Allemagne s’est retrouvée seule en première ligne dans la crise des réfugiés syriens.

Ainsi 29 % des Afghans sont-ils au chômage, cela ne veut cependant pas dire que 71 % des Afghans travaillent car la définition du chômage est précise et peu inclusive. En réalité, graphique ci-dessous,  seuls environ 42% des Afghans sont en emploi.

 


 Merkel toujours fière de son bilan

Dix ans plus tard, l’image du pays en est profondément changée. Sur la plage de Timmendorfer, près de Lübeck, un soir d’été 2025, sur l’embouchure de la Baltique, deux mondes se font face. À l’arrière de la plage, les Allemands de souche sirotent leur bière. Sur les pelouses adjacentes, les familles d’origine orientale ont déroulé leurs tapis. Seules ces dernières occupent le ponton et le coin de baignade, les femmes s’ébattent dans l’eau, vêtues de burkinis, des pieds à la tête. « Il est très difficile de se lier d’amitié avec des Allemands »,regrette Anas Modamani.

Dix ans après, Angela se dit fière de son bilan, insensible aux nouvelles humeurs nationales qui lui reprochent d’avoir « divisé le pays ». « Je ne crois pas avoir surmené l’Allemagne », a dit la chancelière à la chaîne ARD. Dans la foulée de son initiative, le parti d’extrême droite  AfD , autrefois marginal, a vécu une renaissance jusqu’à devenir la principale force d’opposition du pays. Aussi positifs soient-ils, les chiffres de l’IAB montrent que seules 35 % des femmes immigrées ont trouvé un emploi. 

Prisonniers du carcan allemand de reconnaissance des diplômes, la grande majorité des réfugiés ont hérité d’un poste sous-qualifié. Ne maîtrisant pas la langue, les enfants de cette génération se sont difficilement intégrés dans le système scolaire. « À l’époque, on pensait qu’on allait pouvoir faire d’une pierre deux coups : résoudre le problème du vieillissement de la population allemande grâce à l’accueil humanitaire. Mais l’euphorie est vite retombée », observe Jonas Wiedner, chercheur au Centre d’études sociales de Berlin (WZB). 

Lecture : le taux de mise en cause des Algériens (rouge) est plus de douze fois supérieur à celui des Allemands. 
 

Manque de soutien public

Épuisées, ralenties par les vents contraires, les ONG allemandes, qui ont joué un rôle déterminant dans l’accueil des réfugiés de 2015, se plaignent d’un manque de soutien public. « Nous devons constamment faire campagne pour récolter des dons et y passons une grande partie de notre temps » regrette Diana Henniges, directrice de l’Association berlinoise Moabit Hilft, 

La vague ukrainienne de 2022 – environ 1 million de personnes – a davantage saturé les structures d’accueil. Puis la vague d’attaques commises par des migrants dans les douze derniers mois, en particulier à  Solingen il y a un an, où un jeune syrien a tué trois personnes, a scellé la fin d’une époque. Après que le gouvernement du social-démocrate Olaf Scholz a durci les conditions du droit d’asile, c’est le successeur conservateur d’Angela Merkel qui a pris le contre-pied de sa politique migratoire libérale. 

À l’évidence, nous n’y sommes pas arrivés

« À l’évidence, nous n’y sommes pas arrivés », a lâché Friedrich Merz cet été, reprenant en négatif la formule de « Mutti » (« Wir haben nicht geschafft »). Berlin est devenue en Europe la capitale du club des durs en matière d’immigration, comme l’a montré l’organisation, cet été, d’un sommet organisé par l’actuel ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt. Ce dernier milite pour le refoulement des illégaux, y compris vers des pays jugés peu sûrs.  

 
[...]

Dix ans ont passé et le vent a tourné. L’aide aux réfugiés n’est plus dans l’air du temps d’une Allemagne pressée de tourner la page. Selon un sondage paru cette semaine, publié par l’institut économique DIW, 65 % des réfugiés se sentent les bienvenus en Allemagne. En 2016, ils étaient 83 %. Dans un mouvement symétrique, leur crainte de subir des agressions à cause de leur origine a bondi, de 32 % à 54 %.

Réussite à la Pyrrhus

L'hebdomadaire anglais The Economist parle de victoire à la Pyrrhus pour l'Allemagne. Oui, bien sûr, l'Allemagne pouvait se débrouiller en 2015, comme n'importe quel pays riche de plus de 80 millions d'habitants qui aurait accueilli une vague importante de migrants. Mais la plupart des Allemands contraints de se débrouiller n'étaient pas les gauchistes aisés qui accueillaient les Syriens dans les gares avec des ours en peluche et des fleurs. Ce sont plutôt ceux qui vivent loin des quartiers chics de Berlin et de Munich, dont les camarades de classe de leurs enfants ne parlaient pas allemand, qui ont dû supporter les coûts. Ils s'attendaient à ce que l'État veille sur eux, mais ils se sont sentis traités avec condescendance par leur propre chancelière. Aujourd'hui, sept Allemands sur dix estiment que l'État est dépassé par l'immigration.

  
Sources : Le Figaro, The Economist
 
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mercredi 20 août 2025

Québec — Explosion du chômage chez les jeunes hommes, plus particulièrement les diplômés de l’université

Le chômage des jeunes a bondi au Québec ces dernières années. C’est notamment le cas de ceux qui ont un diplôme universitaire, et particulièrement les hommes, constate une étude, qui s’inquiète du signal que cela peut leur envoyer sur l’importance de la persévérance scolaire.

Le taux de chômage des jeunes femmes de 22 à 26 ans avec un diplôme universitaire (baccalauréat [licence en Europe] ou plus) est passé de 3 % en 2023 à une moyenne de 6,6 % durant les six premiers mois de l’année en cours, indique une étude de l’Institut du Québec (IdQ) dévoilée mercredi. Cette augmentation se révèle bien inférieure toutefois à celle observée chez leurs homologues masculins, pour qui cette proportion a bondi de 4,6 % à 11,4 % durant la même période, dépassant même la moyenne de l’ensemble des jeunes hommes (9,9 %), y compris ceux sans diplôme.


Ce phénomène découle du contexte économique, mais aussi des particularités du marché du travail québécois, expliquent les auteurs de l’étude. Le ralentissement économique freine l’embauche de nouveaux travailleurs, et la hausse de l’immigration temporaire intensifie la concurrence pour les postes disponibles. Mais si le taux de chômage des jeunes hommes universitaires est 1,7 fois plus élevé que celui des femmes du même profil, c’est que près de la moitié des emplois quand même créés ces dernières années l’ont été en santé et en éducation, deux secteurs [publics...] comptant plus de 70 % de femmes et où les proportions de travailleurs détenant au moins un baccalauréat [licence] sont fortes, à raison de 35 % en santé et de 65 % en éducation.

Cette tendance favorisant les femmes n’est pas près de s’éteindre, observe l’IdQ. Le vieillissement de la population promet notamment encore de beaux jours pour l’emploi dans le secteur de la santé et de l’assistance sociale [mais pas nécessairement l'enseignement étant donné l'effondrement des naissances, voir Chine — L'année dernière, il y avait 12 millions d'élèves de maternelle de moins qu'en 2021]. D’autant plus que le bassin de travailleurs disponibles devrait, au même moment, croître cinq fois moins vite.

Certains secteurs où les hommes sont surreprésentés devraient aussi finir par profiter de la conjoncture à long terme. C’est le cas notamment de celui de construction, qui sera stimulé par les chantiers de modernisation des infrastructures, de construction de nouveaux logements et de la transition énergétique. Seulement [et donc ?], il s’agit aussi de secteurs où la plupart des emplois ne requièrent pas de diplôme universitaire.

Dans ce contexte, les jeunes hommes pourraient se demander pourquoi ils investiraient « temps et argent dans des études qui ne semblent plus offrir les bénéfices promis », souligne l’IdQ.

« Ce calcul de court terme explique en partie pourquoi les hommes sont déjà 25 % moins nombreux que les femmes à détenir un diplôme universitaire, alors qu’en 1990, c’étaient eux qui dépassaient les femmes de 26 % », note Emna Braham, présidente-directrice générale de l’IdQ. La proportion d’hommes de 25 à 54 ans ayant un diplôme universitaire a, en effet, doublé, de 15 % à 33 %, en l’espace de 35 ans, alors que celle des femmes a quadruplé, de 11 % à 44 %.

Cela viendrait s’ajouter au problème de décrochage scolaire chez les plus jeunes, particulièrement préoccupant chez les garçons.

Bien qu’il diminue depuis quelques années, entre autres parce que la pénurie de main-d’œuvre incite les employeurs à payer plus leurs employés moins qualifiés, l’écart de salaire entre un diplômé universitaire et un diplômé de niveau secondaire est ainsi de 25 % en début de carrière pour les hommes et de 35 % pour les femmes. Cet avantage croît avec le temps pour s’élever à 62 % pour les hommes et à 60 % pour les femmes à mi-carrière (45-59 ans) [peut-être vrai parce que le nombre de diplômés dans ces cohortes plus âgées étaient nettement plus faible...]

« Non seulement les études universitaires permettent de gravir les échelons et d’accéder plus facilement aux promotions, dit Emna Braham, mais elles facilitent aussi l’adaptation aux transformations de l’économie, engendrées notamment par l’évolution extrêmement rapide des nouvelles technologies. »

Source : Le Devoir
 
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mardi 22 juillet 2025

«La revanche des “ploucs ” sur les diplômés qui ne trouvent pas de travail aux États-Unis»

Les difficultés des jeunes «graduates» (diplômés) donnent du grain à moudre à tous ceux qui dénoncent « la surproduction d’élites » quand celles-ci ne trouvent pas à employer leurs compétences.


Les cérémonies de  remise des diplômes  ont été moins festives qu’à l’accoutumée pour clôturer l’année 2024-2025 outre-Atlantique. Traditionnellement, les nouveaux « graduates » , affublés de leur toge noire, se trémoussent joyeusement, lançant en l’air leur « mortier », cette toque à fond plat. Or, non seulement l’Administration Trump cherche noise aux universités les plus prestigieuses, Harvard en tête, mais le marché de l’emploi s’est assombri pour les nouveaux diplômés. Les « bachelors » ayant accompli quatre années de « college » doivent désormais se battre pour se faire une place au soleil qui leur semblait acquise.

Une enquête de la Banque de la Réserve fédérale de New York vient de révéler que les « graduates » de 22 à 27 ans, titulaires au minimum d’un bachelor, d’un master, voire d’un  doctorat (PhD), ont subi un taux de chômage de 5,8 % au premier trimestre 2025, bien supérieur à celui de la population américaine dans son ensemble (4 %). Cela va à l’encontre de la norme qui prévalait depuis 1945, donnant un avantage d’emploi aux diplômés. Le croisement des courbes s’est amorcé avec la pandémie de Covid de 2020, qui avait détraqué le marché du travail, propulsant brièvement le chômage total à plus de 16 %. Et depuis, l’écart ne cesse de se creuser en défaveur des jeunes ayant terminé leurs études.

Les « graduates » des anciennes générations paraissent pour le moment épargnés et leur niveau de chômage n’est que de 2,7 %. Mais le dividende salarial dont ils bénéficiaient en raison de leur formation tend à s’effriter. Selon les données de la Réserve fédérale de New York, les « graduates », tous âges confondus, gagnaient en moyenne 69 % de plus qu’un simple diplômé du secondaire en 2015 et cet avantage n’est plus que de 50 % aujourd’hui.

Déboire des jeunes «graduates»

L’heure de la revanche a-t-elle sonné pour les sans-grade, les « ploucs » («hillbillies», en anglais) comme aime à les appeler JD Vance, le vice président américain, qui estime en être issu et a intitulé son autobiographie Hillbilly Élégie ? « Je veux tout mettreà bas, et détruire nos élites actue lles », a pu dire de son côté l’idéologue populiste trumpiste Steve Bannon, très remonté contre le « wokisme universitaire ».

Les déboires des jeunes « graduates » tiennent d’abord à leur nombre semble-t-il excessif par rapport aux besoins effectifs de l’économie. La baisse des standards universitaires est également incriminée ; selon une enquête de l’université d’État de Pittsburg (Kansas), même les étudiants en lettres ne parviennent plus à lire Charles Dickens ! Et l’intelligence artificielle (IA), qui vient concurrencer en priorité les professions intellectuelles, y compris scientifiques, n’arrange pas les choses.

Durant les deux premières décennies de ce millénaire, et jusqu’à la pandémie de Covid de 2020, la transformation numérique à marche forcée des entreprises américaines a provoqué une très forte demande de services informatiques et scientifiques. Et dans la foulée, les formations de Stem («science, technology , engeenering, mathematics ») ont explosé dans les universités. Or la marée montante de la numérisation s’est stabilisée, observe Matthews Martin, économiste d’Oxford Economics, et les nouveaux entrants sur le marché du travail en font les frais. « Alors que l’emploi pour les qualifications informatiques et mathématiques a progressé d’à peine 0,5 % depuis 2022 pour les “graduates” de plus de 27 ans, il a reculé de 8 % pour les 22-27 ans », a-t-il calculé, dans son étude intitulée « Educated but unemployed ».

Surproduction d’élites

De son côté, l’IA n’est plus une menace sur les emplois mais une réalité qui prend corps à grande vitesse, à en croire les déclarations récentes récurrentes des CEO (patrons) américains. «  L’IA remplacera la moitié des postes de cols blancs dans un avenir proche » , pronostiquait fin juin Jim Farley, le CEO de Ford. Stéphane Bancel, le patron des vaccins Moderna, explique de son côté que sa société « n’aura besoin que de quelques milliers d’employés » grâce à l’IA. Les dirigeants de la tech s’accordent à penser que celle-ci supprimera en priorité les emplois de « matière grise » - programmeurs, « data scientists », juristes, analystes financiers, etc. – et plus leurs qualifications sont techniquement pointues, plus ils seront concernés au premier chef. À l’inverse du titan Cronos dévorant ses enfants (dont le dieu Zeus), l’IA est-elle amenée à avaler ses propres géniteurs ?

Le paradoxe de Moravec - du nom du chercheur en robotique -, qui remonte aux années 1980, nous a appris que les raisonnements intellectuels de haut niveau sont plus aisés à reproduire par un logiciel d’IA que les aptitudes sensorimotrices les plus basiques. C’est en train de se réaliser à grande échelle. La robotique et l’IA remplaceront plus difficilement un plombier réparant une baignoire qu’un chercheur en mathématiques.

Ces tendances de fond, certes difficilement quantifiables, donnent du grain à moudre à tous ceux qui dénoncent « la surproduction d’élites » quand celles-ci ne trouvent pas à employer leurs compétences. Alors que 15 % des Américains étudiaient dans l’enseignement supérieur durant les années 1950 et qu’ils sont 60 % aujourd’hui, l’anthropologue Peter Turchin, de l’université du Connecticut, explique cette envolée des effectifs de l’enseignement supérieur par le passage d’une société industrielle à une économie de la connaissance. Mais il met en garde contre les phénomènes de déclassement et la formation de « contre-élites » plus ou moins violentes. (Le Chaos qui vient, Éditions Le Cherche midi).

À cet égard, l’hebdomadaire The Economist cite le cas de  Luigi Mangione , 27 ans, bachelor of Science in Engineering de l’université de Pennsylvanie, qui a assassiné par balle en décembre 2024 le CEO de UnitedHealthcare, compagnie américaine d’assurances santé. Plus stupéfiant encore, Mangione a suscité un courant de sympathie et de ressentiments anti-élites à la fois au sein de la population, permettant de collecter plus de 1 million de dollars en sa faveur. Fait divers ou fait de société ?

Source : Le Figaro
 
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mardi 3 juin 2025

Pourquoi l'IA n'a pas remplacé votre emploi (pour l'instant)

Presque chaque semaine, le monde de la recherche se rapproche de l’intelligence artificielle générale.

Les modèles d’IA les plus avancés exécutent à présent une gamme stupéfiante de tâches, allant de la rédaction de rapports fouillés à la génération de vidéos à la demande. Les hallucinations, autrefois fréquentes, deviennent peu à peu l’exception.

Il n’est guère surprenant, dès lors, que nombre de nos contemporains redoutent de se retrouver bientôt relégués au rang d’accessoires ou d'inutiles. Plus tôt cette année, les recherches mondiales sur Google pour « chômage lié à l’IA » ont atteint un sommet historique. Dans des métropoles telles que Londres ou San Francisco, la question « Combien de temps penses-tu encore rester en poste ? » est devenue un sujet de conversation récurrent. Mais ChatGPT a-t-il réellement conduit quiconque au chômage ?

Nombre d’observateurs l’affirment. Ils invoquent notamment une étude récente de Carl Benedikt Frey et Pedro Llanos-Paredes, chercheurs à l’université d’Oxford, qui suggère une corrélation entre l’automatisation et le recul de la demande en traducteurs. Pourtant, les données officielles américaines indiquent que le nombre de personnes employées dans l’interprétation et la traduction a augmenté de 7 % en un an. D’autres citent l’exemple de Klarna, entreprise de technologie financière qui s’était vantée d’avoir automatisé son service à la clientèle grâce à l’IA. Mais la société semble aujourd’hui infléchir sa trajectoire : « Il y aura toujours un humain, si vous le souhaitez », a récemment déclaré son directeur, Sebastian Siemiatkowski.

Certains analystes scrutent les indicateurs macroéconomiques à la recherche des signes avant-coureurs d’un cataclysme de l’emploi dû à l’IA. L’un des indices les plus surveillés est le rapport entre le taux de chômage des jeunes diplômés et la moyenne nationale américaine. Ces jeunes sont désormais plus exposés au chômage que les travailleurs dans leur ensemble (voir graphique ci-dessus). L’on avance pour explication qu’ils occupent fréquemment des postes de début de carrière dans des secteurs à forte intensité cognitive — juristes auxiliaires, créateurs de présentations en cabinets de conseil, etc. Or ce sont précisément ces tâches que l’IA accomplit avec brio. La technologie aurait-elle donc supprimé ces emplois ?

En réalité, il n’en est rien. Les données ne corroborent pas cette hypothèse. Le taux relatif de chômage des jeunes diplômés a commencé à augmenter dès 2009, bien avant l’avènement de l’IA générative. Et leur taux de chômage absolu, autour de 6 %, demeure modeste.

Revenons à une méthode d’analyse fondée sur les données d’emploi par profession aux États-Unis, en ciblant les métiers réputés vulnérables à l’IA. Il s’agit d’emplois de col blanc : soutien administratif, opérations financières, ventes, entre autres. Là encore, le constat est sans équivoque : nulle trace d’un impact négatif attribuable à l’intelligence artificielle (voir graphique ci-contre). Bien au contraire : la part des emplois dits de col blanc a légèrement progressé au cours de l’année écoulée.

Dans l’ensemble, le taux de chômage américain reste bas, à 4,2 %. La croissance salariale demeure soutenue, ce qui cadre mal avec l’idée d’un effondrement de la demande de travail. Les tendances observées hors des États-Unis vont dans le même sens : les salaires progressent dans l’ensemble du monde développé — au Royaume-Uni, dans la zone euro, comme au Japon. En 2024, le taux d’emploi au sein de l’OCDE, mesurant la proportion de personnes en âge de travailler effectivement en activité, a atteint un sommet historique.

Deux explications concurrentes se font jour. La première est que, malgré les innombrables déclarations d’entreprises vantant l’intégration de l’IA à leurs opérations, peu en font réellement usage pour des activités productives. Une estimation officielle indique que moins de 10 % des entreprises américaines recourent à l’IA dans la fabrication de biens ou la fourniture de services. La seconde hypothèse est que, même lorsque les firmes adoptent la technologie, elles ne se séparent pas pour autant de leurs salariés. L’intelligence artificielle servirait davantage à accroître l’efficacité du travail qu’à le remplacer.


Quoi qu'il en soit, pour l'heure, selon The Economist, nul besoin de céder à la panique.



Source : The Economist

mardi 27 mai 2025

Québec — taux de chômage des immigrants récents (moins de 10 ans) est plus du double de celui des Québécois d'origine

 
Selon un rapport de l'Institut du Québec d'octobre 2024: 
L'afflux important d'immigrants temporaires a conduit à une expansion rapide de la population active, qui a surpassé le rythme de création d'emplois. Ce sont les immigrants eux-mêmes, tant permanents que temporaires, qui en ont payé le prix. Ainsi, au Québec, le taux de chômage des personnes natives du Canada a très peu augmenté au cours de la dernière année pour atteindre un très faible 4,6 %, tandis que celui des immigrants permanents récents (11 %) et temporaires (12,5 %) s’est considérablement accru.

mardi 21 janvier 2025

L'apogée du MBA ?

Pourquoi les diplômés des écoles de commerce d’élite peinent à trouver un emploi.

Dans le monde des affaires, il n’y a pas de signe plus sûr de détresse que lorsqu’une entreprise retarde la publication de ses résultats financiers. Il semble que ce soit également le cas pour les écoles de commerce. Aux alentours de Noël — et dans de nombreux cas en retard sur leur calendrier habituel — les principales écoles de commerce américaines ont publié l’équivalent de leur rapport annuel, qui comprend des données sur les nouveaux emplois occupés par les diplômés de leurs programmes de maîtrise en administration des affaires (MBA), qui sont généralement des cours de deux ans destinés aux étudiants ayant une expérience professionnelle. Nous avons analysé les chiffres. Dans les 15 meilleures écoles de commerce, la part des étudiants de 2024 qui ont cherché et accepté une offre d’emploi dans les trois mois suivant l’obtention de leur diplôme, une mesure standard des résultats de carrière, a chuté de six points de pourcentage, pour atteindre 84 %. Par rapport à la moyenne des cinq dernières années, cette proportion a diminué de huit points.

Certaines baisses sont spectaculaires. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) peut se targuer d’être la meilleure université du monde. Mais son école de commerce, qui porte le nom d’Alfred Sloan, un géant de l’industrie automobile du XXe siècle, est en train de perdre ses lettres de noblesse. Au cours de la décennie qui s’achève en 2022, 82 % en moyenne des étudiants à la recherche d’un emploi en ont accepté un à la fin de leurs études, et 93 % trois mois plus tard. En 2024, ces chiffres étaient respectivement de 62 % et 77 %. Dans certaines écoles d’élite, la réalité est peut-être encore pire qu’il n’y paraît. Un professeur s’inquiète du fait que certains étudiants considérés comme entrepreneurs sont en fait au chômage. Les entreprises américaines sont peut-être en plein essor. Mais ceux qui s’imaginent être ses futurs dirigeants souffrent d’une récession.

Les écoles de commerce américaines sont habituées aux critiques. L’argument selon lequel les affaires sont quelque chose qui se fait et ne s’enseigne pas existe au moins depuis que la première classe de la Harvard Business School (HBS) s’est réunie en 1908. Les MBA sont décrits comme des « cartes syndicales pour yuppies » dans « Snapshots from Hell », les mémoires de Peter Robinson, un ancien étudiant de Stanford, publiés en 1994. « Aujourd’hui, il est possible de trouver des professeurs de gestion titulaires qui n’ont jamais mis les pieds dans une véritable entreprise », s’insurge un article paru en 2005 dans la Harvard Business Review. Certains tiennent les écoles de commerce pour responsables de tous les maux du capitalisme. D’autres, en revanche, accusent leurs diplômés d’être des capitalistes inefficaces. Elon Musk a déploré le nombre de MBA à la tête de grandes entreprises.

Le stéréotype de la maximisation du profit n’est pas totalement infondé. Une étude réalisée par Daron Acemoglu, Alex Xi He et Daniel le Maire, trois universitaires, montre que les cadres diplômés en commerce sont moins enclins à partager les bénéfices avec les travailleurs que leurs homologues moins expérimentés sur le plan commercial. À quoi ressemblent ces gens en fin de semaine ? Un autre article de 2007, rédigé par Nicole Stephens, Hazel Markus et Sarah Townsend, a montré que, comparés aux pompiers, les étudiants en MBA étaient beaucoup plus susceptibles d’être contrariés si un ami achetait sciemment la même voiture qu’eux.

Ce qui ne fait aucun doute, en revanche, c’est l’énorme succès des diplômés des écoles de commerce américaines. Des promotions entières de diplômés de HBS ont fait l’objet d’éloges : Le magazine Fortune a qualifié les diplômés de 1949 de « classe sur laquelle les dollars sont tombés ». La promotion de 1982 comprenait Jamie Dimon, le patron de JPMorgan Chase, Jeffrey Immelt, l’ancien patron de General Electric, et Seth Klarman, un investisseur de renom. Près de la moitié des entreprises de l’indice S&P 500 sont dirigées par un diplômé de MBA.

Il s’agit là d’un gisement de prestige. Mais il doit être continuellement réalimenté par les étudiants qui décrochent de bons emplois. La réussite commerciale est, après tout, l’objectif principal de l’enseignement des affaires. Et comme le suggèrent les données récentes sur l’emploi, ce succès est aujourd’hui moins assuré.

Les secteurs du conseil et de la finance absorbent depuis longtemps la majorité des diplômés des écoles de commerce d’élite. Chaque année, McKinsey, Boston Consulting Group et Bain, les principaux cabinets de conseil, envoient un grand nombre de leurs employés prometteurs dans les écoles de commerce. Nombre d’entre eux reviennent après avoir obtenu leur diplôme, accompagnés de nouveaux convertis à l’industrie.

Le complexe écoles de commerce-consultants permet aux entreprises d’attirer des étudiants qualifiés, enthousiastes et dociles, tandis que les écoles de commerce reçoivent un flux constant d’études rapides et de frais de scolarité fiables. La proportion d’étudiants optant pour des emplois dans la finance, en particulier dans les banques, a chuté depuis la crise financière. Mais il reste sur les campus un groupe important de « private equity bros » (frères du capital-investissement). Certains se décrivent eux-mêmes de manière arithmétique : l’un des parcours de carrière est le « 2 +2 +2 », une succession de périodes de deux ans dans la banque d’investissement, le capital-investissement et l’école de commerce, qui sert de tapis roulant bien rémunéré et très rapide pour certains des étudiants les plus brillants des États-Unis.

Lorsque les sociétés de conseil ont ralenti leurs recrutements après avoir connu un boum pendant la pandémie, les écoles de commerce se sont senties prises à la gorge. Selon l’analyse des données de quatre écoles (Chicago Booth, Columbia, MIT Sloan et NYU Stern) réalisée par The Economist, le nombre de diplômés travaillant pour les trois grands cabinets de conseil a diminué d’un quart l’année dernière, par rapport aux trois années précédentes.

Les écoles de commerce sont tout aussi préoccupées par la technologie, qui recrute également moins de titulaires de MBA. Les baisses d’embauche des géants de la technologie (Alphabet, Amazon, Apple, Meta et Microsoft) sont particulièrement marquées. Dans les quatre écoles de cette analyse, les étudiants qui finissent dans les grandes entreprises technologiques ont diminué de plus de moitié l’année dernière, par rapport à la moyenne entre 2018 et 2022, pour s’établir à environ 50.

Certains de ces problèmes sont sans doute cycliques. Le secteur technologique est sujet à des périodes d’expansion et de ralentissement. Après l’éclatement de la bulle Internet, la part des diplômés de la Wharton School de l’université de Pennsylvanie qui se sont lancés dans les industries de « haute technologie » s’est effondrée, passant de 17 % à 8 %. Cette fois, le déclin de l’intérêt des grandes entreprises technologiques pour les MBA semble avoir précédé la correction du marché après la pandémie. Il est donc possible que les entreprises commencent à se désintéresser des gestionnaires professionnels. Même si le secteur du conseil reprend vie, rares sont ceux qui pensent que le MBA sera aussi essentiel pour s’imposer à l’avenir. Les diplômes supérieurs, notamment en sciences et en ingénierie, sont aujourd’hui considérés comme plus crédibles par les clients des consultants.

Quelles sont les autres options qui s’offrent aux étudiants ? Un nombre restreint mais croissant d’entre eux choisissent de gérer une petite entreprise plutôt que de gravir les échelons d’une grande. Les investisseurs investissent dans des « fonds de recherche », où de jeunes diplômés d’écoles de commerce tentent d’acquérir et d’exploiter une entreprise. Les retours des investisseurs sont impressionnants, même si les chiffres sont faibles — une étude de Stanford indique que 94 fonds ont été lancés en 2023. « C’est une façon moins risquée de s’essayer à l’entrepreneuriat ; les résultats ne sont pas aussi binaires que si l’on crée une nouvelle entreprise », explique Lacey Wismer, de Hunter Search Capital, qui soutient ce type de fonds. « Certains des meilleurs étudiants en MBA suivent cette voie. Ce ne sont pas les rejetés de McKinsey », affirme Mark Agnew, de Chicago Booth. À en juger par l’intérêt suscité sur le campus, il est probable que de nombreux autres étudiants tenteront l’expérience.

Donald Trump, MBA

Les convulsions dans les industries en col blanc ne représentent que la moitié de l’histoire. Après tout, les écoles de commerce ont un pied dans le commerce et l’autre dans le milieu universitaire. Leur adhésion enthousiaste à la diversité, à l’équité et à l’inclusion (DEI) depuis 2020 signifie qu’elles n’ont pas été épargnées par la crise de légitimité qui affecte leurs universités de tutelle. Nichées entre les grandes universités, les entreprises et les cabinets de conseil — qui ont tous fait preuve de zèle en matière de diversité raciale et de genre ces dernières années —, il n’est guère surprenant que certaines écoles de commerce se soient lancées à corps perdu dans l’aventure : Wharton permet même aux étudiants en MBA de se spécialiser dans l’IED.

Les écoles de commerce sont également en décalage par rapport à l’époque. Si l’Amérique se réindustrialise, les campus n’en ont pas encore été informés. Le commerce est le domaine d’études supérieures le plus répandu aux États-Unis, avec environ quatre fois plus d’étudiants obtenant un maîtrise dans ce domaine que dans celui de l’ingénierie. Les écoles de commerce seront-elles aussi enclines à modifier leur enseignement pour refléter les règles du commerce dans l’Amérique de Donald Trump ? Probablement pas. Même si l’embauche s’améliore, elles resteront exposées et déconnectées de la réalité.


Source : The Economist

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Selon Henry Mintzberg, professeur de gestion à McGill, les arguments avancés par les aspirants managers en faveur de l’obtention d’un MBA sont puissants.

« Un gros salaire, un poste important, des recruteurs qui me tombent dessus, peut-être même une prime à la signature comme une étoile du football — la voie rapide, la belle vie ».

Le problème, selon Mintzberg, c’est que les MBA « forment les mauvaises personnes, de la mauvaise manière et pour les mauvaises raisons ». Les jeunes gens ayant peu d’expérience en matière de gestion ne devraient pas exercer une telle influence dans le monde de l’entreprise, simplement parce qu’ils ont réussi une ou deux études de cas dans un cadre très éloigné de la vie réelle.

« Essayer d’enseigner la gestion à quelqu’un qui n’a jamais géré, c’est comme essayer d’enseigner la psychologie à quelqu’un qui n’a jamais rencontré un autre être humain », insiste Mintzberg.

Selon Mintzberg, les programmes de MBA ont tendance à attirer des personnes dont l’estime de soi dépasse souvent leurs compétences, puis à renforcer dangereusement leur confiance en eux de sorte qu’ils se croient capables de gérer et de prendre des décisions capitales, même s’ils ne l’ont jamais fait auparavant.

Ce qu’ils ont fait à la place pendant leurs études de MBA est souvent l’équivalent académique d’un jeu de déguisement — travailler sur des études de cas. Ce n’est pas nécessairement mauvais, sauf si l’on prétend — comme le font trop de programmes de MBA — que ces exercices équivalent à l’expérience durement acquise par les gestionnaires en exercice en prenant chaque jour des dizaines de décisions dans la vie réelle.

Mintzberg méprise ceux qui pensent avoir gagné leurs galons de dirigeants en excellant dans « une situation que tout le monde dans la salle a lue, mais que personne n’a vécue, pour des décisions qui peuvent être prises, mais jamais mises en œuvre ». Quelle prise de décision ! Quel management !

Selon Mintzberg, les PDG (en particulier aux États-Unis) ont tendance à être surpayés et surestimés.

mardi 10 décembre 2024

Canada — 50 % des réfugiés syriens dépendaient encore de l'aide sociale cinq ans après leur arrivée

Une étude menée en 2024 par Statistique Canada révèle des tendances inquiétantes chez les réfugiés syriens qui sont arrivés au Canada en tant que réfugiés pris en charge par le gouvernement (certains sont pris en charge par les particuliers, par exemple les membres de leur famille) dans le cadre du programme de réinstallation du Premier ministre Justin Trudeau.


L'étude, intitulée « Résultats sur le marché du travail à court terme pour les réfugiés désignés par un bureau des visas au titre du Programme mixte », dont les auteurs sont Yasmin Gure et Feng Hou, révèle que les réfugiés pris en charge par le gouvernement ont obtenu certains des pires résultats sur le marché du travail par rapport à d'autres catégories.

Les chercheurs ont souligné que 42,3 % de la cohorte 2014 des réfugiés pris en charge par le gouvernement, âgés de 15 à 54 ans, dépendaient encore de l'aide sociale six ans après leur arrivée au Canada.

La situation s'est aggravée pour les cohortes suivantes, les arrivées de 2015, coïncidant avec le lancement par le gouvernement libéral de l'opération « Réfugiés syriens », montrant une dépendance de 50,4 % à l'égard de l'aide sociale après cinq ans.

Le recours à l'aide sociale était encore plus élevé pour la cohorte de 2016, alors que la relocalisation des Syriens se poursuivait, 69,5 % des réfugiés pris en charge par le gouvernement ayant déclaré avoir recours à l'aide sociale quatre ans après leur arrivée.

Les coûts d'installation des réfugiés pris en charge par le gouvernement sont entièrement couverts par les contribuables, contrairement aux réfugiés parrainés par le secteur privé, dont les parrains assument la responsabilité financière.


En outre, l'étude a révélé que les réfugiés originaires du Moyen-Orient, en particulier l'afflux important de réfugiés syriens, étaient représentés de manière disproportionnée parmi les personnes ayant accès à l'aide sociale. En 2016, 81,6 % de cette catégorie de réfugiés étaient originaires de cette région.

L'identification par l'étude de la région d'origine comme variable clé influençant les taux d'assistance sociale soulève des questions sur les processus de filtrage et de sélection des réfugiés.

En outre, un rapport sur les résultats de la réinstallation d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a montré que la catégorie des réfugiés pris en charge par le gouvernement avait également le taux de participation au marché du travail le plus bas.

Seuls 56 % des réfugiés pris en charge par le gouvernement participaient directement au marché du travail canadien. Le taux de participation directe comprend les personnes qui travaillent, qui cherchent un emploi ou qui commenceront bientôt à travailler.

Voir aussi

Seuls 29 % des femmes syriennes en âge de travailler (30-64 ans) ont un emploi au Danemark. Les autres bénéficient de l'aide sociale. Ce chiffre est étonnamment bas, même pour des immigrés au Danemark. (Voir Tableau 2-5)

Suède — 79 % des réfugiés sont déjà retournés en vacances dans le pays qu'ils ont fui 

Une étude néerlandaise a montré que chaque immigrant syrien coûte aux contribuables entre 157 000 (2e génération) et 480 000 euros (1re génération qui ne retourne pas en Syrie) en moyenne. (voir Tableau 4.3)  Si l'immigrant retourne en Syrie, le coût moyen va de 322 000 euros (pour la 1re génération) et 96 000 euros (2e génération).

Aux Pays-Bas, chaque réfugié africain coûterait en moyenne 600 000 euros à la société

 
 

72 % des Canadiens trouvent que les seuils d'immigration sont trop hauts

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Plus de 3 millions de résident dits non permanents au Canada (dont 588 263 au Québec)

Canada — PIB par habitant devrait baisser pour le 6e trimestre consécutif « malgré » la forte immigration

Le Ministre fédéral de l'Immigration Marc Miller se félicite que les loyers augmentent désormais moins vite : « La décélération des loyers coïncide avec une réduction significative des entrées nettes de résidents non permanents. » Il se disait pourtant en avoir assez, au début de l'année, que les gens rejettent toujours la faute sur les immigrants après les commentaires de Legault sur le logement.

Le PIB réel par habitant poursuit son déclin au Canada, chômage également en hausse, retour aux niveaux de 2017