La Lettonie franchit aujourd’hui une étape décisive dans sa politique linguistique : les médias publics cessent toute production de contenus en langue russe, tandis que l’enseignement du russe comme seconde langue étrangère disparaît progressivement des établissements scolaires publics à compter de cette année. Ces mesures, parmi les plus restrictives adoptées ces dernières années dans un pays membre de l’Union européenne, réduisent drastiquement la place institutionnelle d’une langue parlée par environ un tiers de la population.
Dans le domaine des médias, les amendements à la loi sur les médias électroniques, adoptés dès 2023 et entrés pleinement en vigueur ce 1er janvier, interdisent aux diffuseurs publics — la télévision LTV et la radio publique — de produire des programmes originaux en russe.
Désormais, les contenus diffusés par ces chaînes doivent être exclusivement en letton ou dans des langues qualifiées d’« appartenant à l’espace culturel européen ». Les programmes en russe existants sont relégués aux plateformes numériques, et aucune nouvelle production n’est autorisée sur les ondes traditionnelles. Cette décision met fin à des années de diffusion publique en russe, qui touchait une audience significative, particulièrement parmi les russophones. En éducation, la rigueur est tout aussi marquée.
Depuis les réformes de 2018, l’enseignement en russe comme langue principale d’instruction avait déjà été supprimé dans les écoles publiques, avec une transition complète vers le letton achevée en 2025 pour l’ensemble des cycles primaire et secondaire. À partir de l’année scolaire 2026-2027, le russe n’est plus proposé comme seconde langue étrangère : les établissements doivent obligatoirement offrir une langue officielle de l’Union européenne, de l’Espace économique européen ou une langue étrangère régie par des accords intergouvernementaux (anglais, allemand, français, etc.).
Seuls les élèves ayant opté pour le russe avant septembre 2025 peuvent le poursuivre jusqu’à la fin de leur scolarité. Cette suppression concerne l’ensemble du système public, y compris les écoles autrefois qualifiées de « russophones ». Ces dispositions touchent une communauté importante : environ 24 % de la population lettonne est ethniquement russe, et 33 à 38 % des habitants utilisent le russe comme langue maternelle ou principale, selon les données récentes. À Riga, la proportion de russophones dépasse souvent la moitié des résidents.
La présence du russe en Lettonie remonte au moins à l’époque de l’Empire russe (XVIIIe-XIXe siècles), où il servait de langue administrative, avant de s’imposer massivement durant la période soviétique (1940-1991) avec l’arrivée de centaines de milliers de migrants. Les autorités lettonnes justifient ces restrictions par des impératifs de sécurité nationale et d’intégration, dans un contexte géopolitique tendu depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Elles soulignent que des alternatives privées — médias commerciaux en russe, cours associatifs ou plateformes internationales — restent accessibles, et que la préservation culturelle des minorités est possible dans des cadres non publics.
Ces mesures n’ont cependant pas manqué de susciter des critiques internationales dès leur annonce. En 2023, Reporters sans frontières (RSF), l’Union européenne de radio-télévision (EBU) et d’autres organisations ont dénoncé le risque d’isolement informationnel pour les russophones, les exposant potentiellement à des sources moins fiables ou à de la désinformation. Des interrogations ont également été soulevées au Parlement européen sur la compatibilité de ces restrictions avec les principes de pluralisme linguistique et de protection des minorités défendus par l’UE.
Membre de l’Union depuis 2004, la Lettonie invoque sa souveraineté linguistique et les clauses des traités européens autorisant des mesures de sécurité nationale.
Voir aussi
Sondage gouvernemental — Prédominance du russe chez les écoliers de Kiev
Poutine a signé une loi sur la protection de la langue russe dans l’espace public
Vers l’interdiction du russe en Ukraine ? (2022)
Les Russes de Lettonie passent un test linguistique pour éviter d’être expulsés
Pologne — Des classes pour élèves ukrainiens en russe
Marioupol, les élèves retournent en classe [en mai] (vidéos), heureux de pouvoir étudier en russe
Moldavie — 88 % des réfugiés ukrainiens choisissent le russe comme langue d’enseignement, 6 % l’ukrainien
Lettonie — Vers l’élimination de l’enseignement en russe en 2025
Ukraine
— Sites internet, réseaux sociaux, interfaces de logiciel devront être traduits en ukrainien et cette version doit être présentée en premier
Budapest bloque adhésion de l’Ukraine à l’OTAN en raison des lois linguistiques de l’Ukraine (2017)
Des élèves réfugiés ukrainiens étudieraient en anglais au Québec malgré la loi 101 (et la loi 96)
Les autorités russes proposent de supprimer l’obligation de fournir des informations sur les transports en anglais
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire