dimanche 4 août 2019

L'instruction écologique a remplacé l'éducation civique [et la religion] à l'école, les politiciens s'en mordront les doigts

Marcel Gauchet affirme dans Causeur

Depuis une trentaine d’années, l’instruction civique a été remplacée par l’instruction écologique. L’écologie est devenue la forme acceptable de l’obligation envers la collectivité. Voilà le grand problème de la pédagogie actuelle, en matière sociale et civique. Parler de la patrie, des impôts ou des institutions est assez ingrat dans le contexte où nous nous trouvons. Alors qu’avec le tri sélectif, vous avez un objet incontestable et familier, faisant appel à des ressorts émotionnels faciles à comprendre. Cela passe très bien [beaucoup mieux que l’éducation civique à l’ancienne NDLR] ! Nous payons aujourd’hui le résultat d’un endoctrinement solidement conduit par les institutions scolaires depuis maintenant une génération.

[...] Mais sonner l’alarme sans se donner les moyens pratiques de quoi que ce soit hors de proclamations sur la radicalité du changement nécessaire, et alors qu’on n’est bien entendu pas décidé à l’appliquer pour son propre compte, ça ne coûte pas cher.

Les gouvernants peuvent assez peu faire s’ils veulent rester dans leur position d’élus. C’est bien là le sujet. La cause écologique va être la machine à broyer tous les gouvernements démocratiques dans la période qui vient. Je peux l’augurer sans risquer de me tromper. L’écart sur ce terrain va être béant à tout moment entre la solennité des annonces et la minceur des mesures effectivement prises. D’ores et déjà, par exemple, on voit bien que le cri d’alarme lancé à l’intérieur du monde politique [est contredit] par l’objectif de croissance, auquel bien entendu on ne touche pas. Ah bon ? Avec la croissance économique, avec la croissance de la population et des énergies nécessaires, comment fait-on ? Il y a là un hiatus terrible. Le personnel politique se met dans une ratière. Ratière dont il ne peut sortir qu’en charpie.

[...]

Et on va privatiser « Aéroports de Paris » pour avoir plus d’avions. Et plus de kérosène à dépenser, etc. Quel que soit le sujet [politique] que l’on prenne, on est dans une équation fatale. Il y a une telle distance entre les mesures praticables et la réalité des problèmes à l’échelle « massive ». Sans parler d’un petit détail… Imaginons que les Européens deviennent demain écologiquement vertueux. Ce qu’ils ne sont pas prêts de faire, mais imaginons simplement qu’ils y arrivent. Leur conduite ne changerait rien à l’état de la planète. Comment fait-on pour convaincre le reste de la planète d’entrer dans la logique occidentale ? On arrivera à une démagogie inévitable ici : « Vous nous imposez des sacrifices à nous, alors que les autres populations s’en contrefichent ! Et en plus, qu’est-ce qu’il se passe ? Rien ». C’est une situation politique terrible à gérer.


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