Un rapport publié jeudi par l’Institut du Québec (IDQ) vient confirmer une croissance substantielle des dépenses en éducation au Québec au courant des sept dernières années, avec des résultats mitigés ou du moins difficilement mesurables sur le terrain.
Prenant comme point de départ l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ) en 2018 et sa promesse de faire de l’éducation une priorité, ce regard socioéconomique visait en quelque sorte à faire le bilan de cette «ère dépensière» à l’aube d’un virage gouvernemental davantage orienté vers la restriction budgétaire depuis 2025, expliquait mercredi en entrevue la PGD de l’IDQ, Emna Braham.
Hasard de l’actualité, le principal architecte de ces différentes orientations, le premier ministre François Legault, allait démissionner quelques minutes plus tard.
Le rapport identifie plusieurs bonnes raisons à ce phénomène. La plus logique est l’augmentation du nombre d’élèves, attribuée à la fois à un «mini baby-boom» durant les années 2000 et ensuite à un bond de l’immigration. Sauf que même en rapportant les dépenses en dollar par élève, celles-ci ont cru de 43 % sur la même période. Le nombre d’élèves n’explique donc pas tout, selon l’IDQ.
Le personnel de soutien a par exemple augmenté plus que le personnel enseignant, une situation qui pourrait «notamment s’expliquer par l’augmentation du nombre d’élèves ayant des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage» [des enfants immigrés ?], mentionne le rapport.
Mais c’est également un choix, commente Mme Braham, qui note que le Québec a «pris un tournant» à partir de 2018, moment où l’on était légèrement sous la moyenne canadienne en dépense par élève.
Si la tendance s’est inversée, elle isole aussi comme facteur déterminant les négociations avec le secteur public. «En 2024, on a vraiment un bond avec les dépenses par élève qui augmentent de près de 15 % en une seule année. Et là-dedans, c’est principalement l’impact du renouvellement des conventions collectives avec les syndicats enseignants. Il y a eu une hausse des salaires qui était importante, mais il y a aussi eu une embauche importante d’aides à la classe qui était une des conditions qui étaient négociées», rappelle Emna Braham.
Bilan des courses: «on met plus de ressources pour chaque élève, on met davantage d’éducateurs par élève [au Québec]», pointe-t-elle.
En a-t-on pour notre argent?
«Sans statistiques précises sur le personnel et ses qualifications et sans indicateurs de performance sur la diplomation harmonisés, il est impossible de mesurer l’efficacité des investissements et de déterminer si chaque dollar additionnel sert véritablement à la réussite des élèves», écrivent les auteurs.
De manière générale, on peut néanmoins observer que les lacunes et les défis québécois (taux de diplomation, rétention de personnel) restent bien réels, mais que ses forces (excellente performance à l’échelle internationale dans les scores en littératie et numératie) [avec une sélection des élèves qui participent à ces tests plus élevée] demeurent également.
Dans les perceptions, on semble toutefois toujours définir le réseau de l’éducation comme étant en crise. «On le définissait comme un réseau en crise en 2018, on le définit aujourd’hui encore comme un réseau en crise», décrit Emna Braham.
Pourtant, il «parvient à atteindre certains des objectifs fondamentaux qu’il se donne, même si c’est plus difficile de faire un lien de causalité entre les dépenses et ses résultats», observe-t-elle.
Et si l’IDQ parle d’un tournant à partir de 2025, ce n’est pas uniquement à cause des premières compressions annoncées par l’ancien ministre Bernard Drainville, qui ont d’ailleurs été passablement assouplies à l’automne par sa successeure Sonia LeBel.
Ce n’est probablement que partie remise, avertit Simon Savard, économiste qui a aussi contribué à ce rapport. «On se retrouve en quelque sorte avec un dilemme budgétaire», énonce-t-il en évoquant l’obligation d’un retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030.
Dures années à venir
«Ça veut dire que le gouvernement va devoir faire des choix. Soit couper dans certains services, trouver des gains d’efficacité, puis il n’y a pas nécessairement beaucoup de gras administratifs à enlever dans le réseau», selon son analyse.
«C’est sûr que la marge de manœuvre, elle est assez limitée, renchérit Emna Braham. C’est déjà des choix auxquels les centres de services scolaires ont été confrontés cette rentrée-ci, puis ça va recommencer l’année prochaine», prédit-elle en spécifiant que «l’arbitrage» budgétaire se fait en bonne partie à cette échelle décisionnelle plutôt qu’au gouvernement lui-même.
Source : Le Soleil
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PISA 2018 — les bons résultats de la Suède s'expliqueraient par l'élimination de 11 % de mauvais élèves, surtout immigrés (avec explication de la sélection des écoles et des élèves aux tests PISA).
Dépenses en éducation dans les écoles publiques au Canada (Québec champion !), édition 2024
Syndicats satisfaits : taux du nombre d’élèves par enseignant en baisse constante au moins jusqu’en 2015 (des classes de plus en plus petites, des résultats qui diminuent dans les épreuves internationales)
Dépenser plus en éducation, est-ce la solution ?


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