vendredi 6 août 2021

Artiste imposteur : il se prétend amérindien et « survivant des pensionnats »

Il se dit membre des Premières Nations et survivant de la rafle [sic !] des années 1960. Pourtant, Morris Blanchard (ci-dessous), célèbre artiste originaire de Kingston, en Ontario, ne serait rien de tout cela, si l’on en croit sa propre famille et certaines de ses connaissances. Plusieurs dénoncent une usurpation d’identité autochtone.

 
Il reste que Morris Blanchard a passé sa carrière artistique à peindre des tableaux en s’inspirant des traditions autochtones. À Kingston [en Ontario, Frontenac ou Cataracoui sous le régime français], ses œuvres sont présentes partout. Elles ont d’ailleurs fait l’objet d’un livre à colorier pour enfants, que l’on peut trouver sur les étagères des librairies du pays.

Celui qui prétend être anichinabé est allé jusqu’à se faire appeler « Onagottay », un patronyme ojibwé. Il affirme également depuis des décennies avoir survécu à la rafle des années 60. Au fil des années, M. Blanchard a cumulé de nombreux prix et obtenu des subventions d’institutions publiques, dont celles de la Municipalité de Kingston et de l’Université Queen’s.

En tant qu’« ancien », M. Blanchard continue d’enseigner la langue ojibwée dans le cadre d’un programme local de préservation des langues autochtones. Mais celles et ceux qui le connaissent, y compris son ex-femme et son frère, ont déclaré qu’il n’est pas un Autochtone.

« Notre famille est blanche », assure Allen Blanchard, l’un des frères de Morris Blanchard. Il décrit les racines de sa famille comme étant principalement norvégiennes, anglaises et, dans une moindre mesure, françaises.

D’après ce que j’ai compris, ma mère m’a dit que nous avions un tout petit peu d’Autochtone en nous, mais je n’ai jamais compris ce qu’elle voulait dire par là.

Allen Blanchard, frère de Morris Blanchard

Morris Blanchard n’a pas souhaité s’expliquer.

Selon son frère, il est toutefois le seul membre de sa famille à s’identifier comme un Autochtone.

Les interrogations concernant l’origine autochtone de Morris Blanchard font suite à l’examen des affirmations d’une poignée d’autres personnalités de la région de Kingston, liées à l’Université Queen’s.

CBC News a commencé à enquêter sur cet artiste après la publication en juin dernier d’une lettre ouverte, signée par une centaine d’universitaires, demandant à l’établissement d’examiner les dommages potentiels d’une fausse représentation identitaire parmi le corps enseignant, le personnel et les associés.

Durant la dernière année, M. Blanchard a fait référence plusieurs fois à son prétendu héritage autochtone et au fait qu’il aurait survécu à la rafle [re-sic] des années 60, au cours de laquelle des Autochtones ont été arrachés à leurs parents et placés dans des familles d’accueil non autochtones.

« J’ai grandi dans un mode de vie traditionnel, anichinabé, et j’ai été élevé dans la nature », a déclaré l’artiste dans un balado.

« Je suis un survivant et je ne lis ni n’écris l’anglais, et j’évolue dans un mode de vie traditionnel », a-t-il maintes fois répété, mais ces affirmations sont contredites par son frère Allen. Dans de nombreux articles et notes biographiques, M. Blanchard a été présenté comme étant un Ojibwé, Métis, Pied-Noir, Navajo, Français et Norvégien.

« Onagottay est originaire du Lac des Bois, en Ontario [près du Manitoba], et a grandi en apprenant la langue et la culture de son peuple », peut-on lire dans un texte en ligne du Département de psychologie de l’Université Queen’s.

Dans ce même article, Blanchard est décrit comme « un membre du clan de l’aigle… un homme-médecin » et « un membre de la loge Midewiwin, où les anciens lui enseignent les méthodes de guérison sacrées, y compris les médicaments traditionnels et leurs usages ».

Morris Blanchard est présent lors d’un événement au Kingston Indigenous Languages Nest, une organisation qui fait la promotion de l’enseignement et de l’apprentissage des langues et de la culture autochtones.

Une publication sur Facebook consacrée à Blanchard pour faire la promotion d’un événement à Kingston indique qu’il a été arraché de sa maison à l’âge de quatre ans « pour aller vivre dans une ferme dont les propriétaires étaient des catholiques ».

D’après un autre article d’un magazine consultable sur le web, l’artiste « a échappé au pensionnat. Il a ensuite été caché chez son grand-père qui s’est occupé de son éducation pendant 17 ans ».

Les vidéos mettant en scène M. Blanchard le montrent souvent vêtu d’un manteau en daim à franges, parlant ojibwé et partageant des connaissances autochtones.

Son frère Allen Blanchard a déclaré que la famille est en fait originaire d’Atikokan, une petite localité rurale au nord-ouest de l’Ontario. Les enfants ont passé un an auprès d’une famille d’accueil, mais, toujours selon son frère, l’artiste est retourné vivre avec ses parents au moins jusqu’à la fin de son adolescence.

Une grande partie de ce que Morris sait de la vie et de la culture autochtones provient de son temps passé avec les membres de la Première Nation [des Sauteaux] de Rivière La Seine [en Ontario près du Manitoba], ajoute son ex-femme Alice Cupp. Celle-ci précise avoir été mariée à l’artiste pendant près de 10 ans dans les années 1980.

« Les médicaments et les valeurs traditionnelles qu’il utilise, il les a appris des gens d’ici à Fort Frances, en particulier de mon grand-père et de mon oncle », soutient Mme Cupp, qui est membre de la Première Nation de Rivière La Seine.

CBC News a contacté les représentants des Premières Nations de la région du lac des Bois et des environs, d’où Blanchard prétend être originaire. Chacun d’entre eux a confirmé que l’homme n’était pas un membre inscrit de leur communauté.

L’Université Queen’s dans le viseur

Au début de l’année, le nom de Morris Blanchard a fait l’objet d’une dénonciation anonyme, qui affirmait que lui et six autres personnes blanches liées à l’Université Queen’s se présentaient comme membres des Premières Nations.

Deux universitaires amérindiens ont depuis écrit une lettre de suivi — distincte de la lettre ouverte — pour exprimer leurs inquiétudes à propos de M. Blanchard en raison de son travail sur l’enseignement des langues et de la culture amérindiennes.

La lettre demande à l’établissement de suspendre immédiatement sa relation avec l’artiste et d’enquêter sur toutes les personnes dont les noms sont inscrits dans la dénonciation.

Geraldine King, une universitaire anichinabée qui a coécrit la lettre, a décrit les comportements de M. Blanchard comme « une forme perverse de colonialisme de peuplement ».

« On nous a déjà tout pris, et puis il y a ce traumatisme qui est lié à la terre et au déplacement. Tout ce qui nous reste, c’est ce traumatisme et ces histoires d’horreur », a-t-elle déclaré.

L’Université Queen’s assure dans une déclaration qu’elle prend « très au sérieux » les inquiétudes exprimées au sujet de M. Blanchard et qu’elle a « entamé à l’interne un important processus de révision en ce qui concerne l’identité autochtone ».

Elle note qu’elle n’a présentement aucun lien avec l’artiste et qu’il « n’est pas et n’a jamais été un employé de l’université ».

Source : SRC 

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Silence des championnes quand on leur demande de commenter ce « jour historique » (était Un premier haltérophile qui se dit femme pourrait participer aux JO chez les femmes)

L’haltérophile néo-zélandais Laurel Hubbard (43 ans) qui se dit femme et qui a participé aux Olympiades de Tokyo n’a pas terminé l’épreuve des femmes de plus de 87 kg à laquelle il était inscrit. Voir le tableau des résultats ci-dessous.

 Lors d’une conférence de presse qui a suivi cette épreuve, les médaillées, mesdames Li Wenwen, Emily Campbell et Sarah Robles, ont toutes refusé de répondre à un journaliste qui leur demandait de réagir à « l’événement historique » qu’était pour lui la participation de l’haltérophile transgenre (né mâle) Laurel Hubbard à une épreuve féminine.

 

Le Néozélandais avait 43 ans. Qu’arrivera-t-il quand un homme de 23 ans en forme se dira femme et gagnera une médaille chez les femmes ?

 


Billet originel du 7 mai 2021

L’haltérophile néo-zélandais Laurel Hubbard, qui a participé dans sa jeunesse à des compétitions masculines, pourrait devenir le premier sportif transgenre à disputer les Jeux olympiques, l’été prochain, à Tokyo.

Le Comité national olympique de Nouvelle-Zélande (NZOC) « est en mesure de confirmer qu’avec les systèmes de qualification révisés par les fédérations internationales, plusieurs haltérophiles néo-zélandais, dont l’athlète transgenre Laurel Hubbard (ci-dessous), devraient obtenir une place pour les JO de Tokyo », a-t-il indiqué jeudi.


 

L’haltérophile de 43 ans, inscrit à ses débuts sous son prénom de naissance masculin, a été en 2018 le premier sportif transgenre à participer aux Jeux du Commonwealth chez les femmes, à Gold Coast, en Australie, où il s’était blessé au coude.

Laurel Hubbard, actuellement 16e mondiale dans la catégorie des plus de 87 kg, répond aux critères de qualification pour les Jeux de Tokyo, qui veulent notamment que son taux de testostérone soit maintenu en dessous de 10 nanomoles par litre pendant une période d’au moins 12 mois.

Cette règle établie par le Comité international olympique (CIO) est également suivie par la Fédération internationale d’haltérophilie (IWF).

La sélection néo-zélandaise en haltérophilie n’a pas encore été annoncée, mais des officiels ont mentionné que Hubbard avait de bonnes chances de répondre aux critères de qualification simplifiés par l’IWF en raison de la pandémie de COVID-19. L’haltérophile a toujours reçu un soutien appuyé du NZOC, mais sa présence aux JO de Tokyo ne devrait pas manquer de relancer le débat sur la participation des sportifs transgenres.

 

Si, pour certains, elle répond tout simplement aux critères fixés par le CIO, pour d’autres, Hubbard bénéficie d’un avantage indu par rapport aux autres sportives nées femmes.

« Elle s’est conformée aux exigences du CIO et elle a prouvé qu’elle était une femme. Donc, il faut lui donner sa chance et lui permettre de continuer », expliquait sans rire en 2018 Paul Coffa, secrétaire général de la Fédération océanienne d’haltérophilie, pour défendre sa participation aux Jeux du Commonwealth.

La Fédération australienne d’haltérophilie avait de son côté tenté de lui interdire d’y participer, estimant que la musculature et la puissance que Hubbard avait développées quand il concourait encore chez les hommes lui conféraient un avantage physique, indépendamment de son taux de testostérone.

Étrangement aucune femme qui se dit homme ne semble concourir chez les hommes.

Source : AFP


lundi 2 août 2021

Wokisme avec vos impôts — Télé-Québec présente « Décoloniser l’histoire »

Dans la foulée du Jour de l’Émancipation, nouvelle fête décrétée par le fédéral, on apprend que Télé-Québec diffusera dès le 10 août la websérie documentaire Décoloniser l’histoire, présentant 10 chapitres « méconnus » de l’histoire canadienne et québécoise, animée par Vanessa Destiné (d’origine haïtienne qui « défend un féminisme intersectionnel »), Maïtée Labrecque-Saganash (« militante crie » de mère canadienne française) et Youssef Shoufan (d’origine syrienne né à Damas en 1987).

Cette série subventionnée par vos impôts sera présentée du point de vue de personnes autochtones et racisées. Le tout sera diffusé sur le site web de Télé-Québec ainsi que sur son application.

La websérie produite par Picbois abordera entre autres, dans des épisodes de huit minutes, l’histoire des pensionnats autochtones, le destin des travailleurs chinois des chemins de fer, la plus grande émeute étudiante au Canada à l’université anglophone (!) Concordia, ainsi que la vie de Mary Two-Axe Early ou celle de Sam Rabinovitch.

Quelques remarques :

Décoloniser l’histoire est un terme très politiquement chargé. Il s’agit de culpabiliser et par là de délégitimer la présence européenne, d’éliminer au moins symboliquement la prééminence de la colonisation occidentale et de s’attaquer à de prétendus privilèges économiques des blancs en prônant la discrimination positive qui favorisera les « racisés ». La présence européenne étant délégitimée, comment ces descendants européens pourront-ils s'opposer à l'immigration de masse venue d'ailleurs ? C’est un mouvement qui se nourrit des tensions et du ressentiment communautaires. Il n’est pas limité à l’Amérique du Nord, mais il atteint tous les pays peuplés par des Européens. C’est ainsi qu’il existe un mouvement « décolonial » en France qui, dans les termes de Mathieu Bock-Côté, « considère que la France achèvera son processus de décolonisation lorsque les Français seront étrangers chez eux. Les indigénistes croient qu’ils ont désormais, grâce à l’immigration massive, une base sociale qu’ils veulent mobiliser quitte à la contraindre par l’intimidation idéologique pour faire une démonstration de force. Cette mouvance cherche explicitement à construire une conscience raciale révolutionnaire et croit son heure arrivée, devant des élites ébaubies, qui ne comprennent pas que l’antiracisme indigéniste est un racisme antiblanc revendiqué. »

Il est ironique que des immigrants comme Vanessa Destiné et Youssef Shoufan [Choufane] parlent de décoloniser l’histoire du Québec, alors qu’ils sont eux-mêmes des colons modernes. C’est là que l’on comprend qu’il ne s’agit nullement de réparer des torts historiques, mais d’utiliser une histoire biaisée pour promouvoir les racisés, qu’ils soient récemment immigrés ou non, à force de culpabilisations de la majorité européenne.

La société de productions Picbois est coutumière des « documentaires » très « engagés », très « progressistes ». On trouve parmi ses autres productions :

  • « Citoyens du futur [qui] donne la parole à un groupe de jeunes cégépiens environnementalistes et engagés. »
  • « Briser le code révèle comment les personnes racisées et autochtones en sont venues à adopter des attitudes et des comportements pour se fondre dans la majorité québécoise sans déranger.
  • « Les Brutes, deux filles de la génération Y à l’esprit vif, un brin baveuses, qui jettent un regard drôle et irrévérencieux sur des sujets dans l’air du temps » dont nous avions déjà parlé dans Vos impôts à l’œuvre : Télé-Québec et le féminisme extrémiste. En voici une capsule.

  • « Debouttes ! est un documentaire sonore de 48 minutes réalisé par Jenny Cartwright qui relate un pan important et oublié de l’histoire du Québec. En 1971, des membres du Front de libération des Femmes du Québec (FLF) ».
  • « Bagages est un documentaire réalisé avec des jeunes immigrants de l’école secondaire Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont. Ce film donne la parole et la scène à des jeunes de 12 à 17 ans, nouvellement arrivés à Montréal, il y a moins de deux ans. »
  • etc.

Le mouvement décolonial croît de pair avec une immigration non occidentale croissante. L’augmentation rapide de cette immigration qui ne parvient pas à s’assimiler est une des conditions nécessaires à l’apparition de la culture victimaire selon Bradley Campbell et Jason Manning : « Pour qu’il y ait une discrimination réelle ou apparente, il faut une base sur laquelle distinguer facilement oppresseurs et opprimés. La race, notamment, est un facteur de distinction évident. On peut ainsi aisément répartir les rôles entre “dominants” et “dominés” ! » Voir L’essor de la culture victimaire.

Télé-Québec est une société de diffusion détenue par le gouvernement du Québec, son siège social est situé à Montréal dont la mission devrait principalement être tournée vers le Québec (les travailleurs chinois du chemin de fer en Colombie-Britannique !?)

Au sujet de la « plus grande émeute étudiante » mentionnée comme un des épisodes, les causes du conflit à l’Université Sir-George-Williams (devenue Concordia) remontent à 1968, lorsque six étudiants antillais anglophones ont accusé Perry Anderson, professeur de biologie, de discrimination parce qu’ils avaient eu de mauvaises notes à un examen. Les émeutes se conclurent par 2 millions $ de dégâts (13 millions $ en tenant compte de l’inflation) par les étudiants « racisés » et « afrodescendants ». Le professeur accusé de racisme par six étudiants noirs anglophones fut déclaré innocent. La commission d’audience chargée de l’affaire a estimé qu’« il n’y avait aucune preuve pour étayer les accusations générales de racisme ». 

Télé-Québec devrait promouvoir la vision historique de la grande majorité des Québécois (les « Canadiens français ») et non faire la promotion d’une vision radicale racialisée qui mine la société québécoise. 

Que fait la Coalition Avenir Québec au pouvoir, parti censément nationaliste ? La CAQ sait-elle même ce qui se trame à Télé-Québec, ce qui s’y diffuse avec l’argent du contribuable ? A-t-elle un corpus et les outils intellectuels nécessaires pour répondre à ce travail de sape  ? Ou alors, coalition disparate,  la CAQ désire-t-elle surtout ne pas aborder le sujet, son aile patronale poussant à une immigration importante, la loi sur la laïcité devant suffire à satisfaire les identitaires Québécois ? Un os que ces vieux Canadiens français devront se contenter de ronger.


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Et si la diversité diminuait la confiance ?

Étude — Baisse de « solidarité » corrélée à l'augmentation du nombre d'étrangers

 

« Jour de l'Émancipation » et le Québec

Réjouissances à Toronto pour le Jour de l’Émancipation
 
Le site du diffuseur étatique (la SRC) nous apprend que « Le Jour de l’émancipation et ses célébrations, marquant la loi de 1834 sur l’abolition de l’esclavage dans l’Empire britannique, sont officiellement reconnus pour la première fois cette année par Ottawa. La date du 1er août était toutefois commémorée par la communauté afro-canadienne depuis des décennies, et ce, bien avant la Confédération. »

Pour mieux comprendre l’importance ou non de cette célébration et sa pertinence pour le Québec, posons-nous deux questions : l’esclavage existait-il encore au Québec (alors le Bas-Canada) en 1834 et combien d’esclaves « afro-canadiens » y avait-il en Nouvelle-France puis au Bas-Canada ?

L’esclavage existait-il encore au Québec (alors le Bas-Canada) en 1834 ?

Non. En pratique, il n’existait plus depuis la fin du XVIIIe siècle.

En effet, le juge en chef au Bas-Canada, Sir James Monk, rendit une série de décisions judiciaires à la fin des années 1790 qui minèrent la capacité de contraindre les esclaves à servir leurs maîtres ; tout en  n’abolissant pas techniquement l’esclavage, elles l’ont rendu inoffensif. En conséquence, les esclaves ont commencé à fuir leurs maîtres au sein de la province. Cela se produisit plusieurs années avant que l’Assemblée législative n’agisse dans le Haut-Canada pour limiter l’esclavage. La décision était fondée sur un point de procédure : la loi existante autorisait le placement des esclaves dans des maisons de correction, mais pas en prison ; or le Bas-Canada était dépourvu de maison de correction ! Toutefois, Monk ajouta que « l’esclavage n’existait pas dans les provinces et [qu’il avertissait] les propriétaires qu’il appliquerait cette interprétation de la loi à tous les procès ultérieurs. » Dans des décisions ultérieures et en l’absence de législation spécifique, l’interprétation de Monk a été retenue, y compris après la mise en place de maisons de correction. Dans un examen ultérieur de cette interprétation, l’administrateur du Bas-Canada, Sir James Kempt, refusa une demande du gouvernement américain de renvoyer un esclave évadé. Il ajouta : « L’état d’esclavage n’est pas reconnu par la loi du Canada. Chaque esclave qui vient donc dans la province est immédiatement libre, qu’il ait été amené sous la contrainte ou qu’il y soit entré de son propre gré. »

Rapidement informés, les esclaves désertèrent leurs maîtres qui n’avaient plus aucune prise sur eux. Dans le Haut-Canada, une loi protégea les droits acquis des maîtres pendant une autre génération.

Le 14 septembre 1799, Marguerite Boucher de Boucherville veuve de Luc de la Corne vendit un esclave noir de neuf ans à Joseph Campeau. Il s’agissait de la dernière vente d’esclave au Canada.

Combien d’esclaves « afro-canadiens » en Nouvelle-France puis au Bas-Canada ?

À Montréal, les esclaves noirs ont constitué au maximum environ 0,1 % de la population de la ville de 1760 à 1840.

Rappelons d’abord qu’aucun bateau négrier n’accosta jamais dans la vallée du Saint-Laurent pendant le régime français.

L’historien Marcel Trudel nous apprend dans son ouvrage Deux siècles d’esclavage au Québec que les deux tiers des 4 200 esclaves connus sur toute la période de la Nouvelle-France et jusqu’en 1800 étaient des Amérindiens et non des noirs. Tous sauf deux provenaient de nations lointaines, notamment celle des Panis établis au Missouri, d’où le nom de « panis » devenu un nom commun pour désigner tous ces esclaves. Il s’agissait le plus souvent de prisonniers de guerre remis aux Français par des tribus indiennes alliées. Ce chiffre est d’ailleurs peut-être exagéré, car on est en droit de se demander si ces prisonniers de guerre retenus doivent être comptés parmi les « esclaves » puisque leur servitude s’éteignait après un certain temps. La Grande Paix de Montréal de 1701, par exemple, prévoyait que tous les prisonniers de guerre autochtones seraient rendus à leurs nations d’origine.

Les panis servaient en tant que domestiques, plus rarement comme ouvriers, guides, trappeurs ou voyageurs engagés dans la traite des fourrures, la durée de leur servitude variant beaucoup. 

L’absence de plantations et l’agriculture de subsistance qu’on pratiquait en Nouvelle-France puis au Bas-Canada ne nécessitaient pas le travail forcé d’esclaves ; le besoin en main-d’œuvre à bon marché était assuré par une descendance nombreuse. Contrairement aux colonies américaines, 77,2 % des esclaves dans la vallée du Saint-Laurent vivaient dans des villes et y travaillaient pour des familles bourgeoises en tant que domestiques.

Il y eut sans doute moins de 600 panis dans tout le territoire de la Nouvelle-France (y compris l’Ouest américain) à n’importe quel moment. La pratique de l’esclavage ne dépassa pas quatre-vingts ans sous le Régime français, soit de 1680 environ à 1759.

Un des premiers esclaves noirs vendus en Nouvelle-France le fut par un amérindien. Le chef agnier Joseph Brant (ci-contre), chef des Six nations alliées aux Anglais pendant la guerre d’Indépendance des États-Unis, vint s’établir près du Lac Ontario avec les 40 esclaves noirs qu’il avait capturés pendant cette guerre.

Dans son magnum opus, L’esclavage et les noirs à Montréal, Frank Mackey recense 500 esclaves noirs à Montréal de 1760 à 1840 — il n’y en a jamais eu plus de 60 en même temps. Soit environ 0,1 % de la population de la ville. Les esclaves noirs valaient le double des panis. Mackey mentionne le cas d’un noir libre ayant lui-même un esclave noir.

Sous le régime français et le début du régime anglais, écrit Mackey, la condition des esclaves était « exempte des caractéristiques très dures que nous associons aux systèmes esclavagistes ailleurs ». Dans son livre Les Noirs à Montréal, Dorothy-W. Williams ajoute : « Compte tenu de leur état de domestique, de leur coût élevé et de la difficulté à s’en procurer [puisque aucun bateau négrier n'accostait au Bas-Canada], la plupart des esclaves africains bénéficient d’un traitement indulgent tout simplement parce qu’on veut les garder longtemps à son service. »

Un phénomène très marginal au Québec, récemment politisé

Il y eut donc des esclaves en Nouvelle-France et au Québec. Cependant, l’esclavage plus particulièrement des noirs, phénomène au demeurant intéressant pour un historien, y fut toujours marginal. Il n’eut que peu d’impacts économiques et de conséquences démographiques.

L’intérêt soudain pour cet aspect secondaire de l’histoire du Québec ne peut se comprendre qu’à l’aune de l’immigration de masse récente qui a radicalement changé la composition ethnique du Québec et du Canada, d’une américanisation du Canada qui pense devoir imiter les États-Unis et l’importance croissante du mouvement « décolonialiste » dans le débat public. 

Cette pensée décoloniale veut déblanchir l’imaginaire des sociétés occidentales et culpabiliser ses populations blanches pour tailler une plus grande place à des personnes le plus souvent issues de l’immigration relativement récente. Il s’agit à nos yeux d’un moyen simple et efficace (devant le manque de riposte des héritiers occidentaux) pour accroître les avantages d’abord symboliques, ensuite économiques, pour les nouveaux venus « racisés ».

Ce ne sont en effet pas les descendants des panis ou des rares esclaves noirs de Montréal émancipés au début du XIXe siècle qui manifestent leur enthousiasme pour cette nouvelle fête nationale (si tant est que ces personnes existent ou s’identifient ainsi), mais plutôt des personnes issues de l’immigration récente. Ironiquement, certains de ces racisés pourraient bien être des descendants d’esclavagistes, car les trafiquants d’esclaves n’étaient pas rares parmi les Maghrébins et les Africains (voir la vidéo ci-dessous).

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Histoire du Québec : multiculturalisme expiatoire, esclavage et colonisation américaine d’esprits incultes

Timbre d’un inconnu émis par Postes Canada pour le mois de l’Histoire des Noirs (commémoration importée des États-Unis) [bas du billet]

Histoire moderne racisée — « Les Haïtiens ont éduqué les Québécois »

« Tyrannie des minorités » avec le changement de population en Occident « Les revendications deviendront de plus en plus stridentes » (Statue de Cervantés vandalisée, il a été esclave des Barbaresques pendant 5 ans) 

Radio-Canada renvoie dos à dos histoire factuelle « blanche » et tradition orale indienne

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dimanche 1 août 2021

Élèves de 10 ans ne doivent pas révèler à leurs parents les questions posées en matière d'identification de genre

Une classe de quatrième année (9/10 ans) du Minnesota a été soumise à une question sur « l’équité » en matière de race et de genre. Une institutrice aurait dit aux enfants de ne pas parler à leurs parents des questions qui leur étaient posées même s’ils ne les comprenaient pas.

L’enquête a été menée à l’école intermédiaire Riverview du district scolaire de Sartell-St. Stephen au Minnesota par l’Equity Alliance of Minnesota.

L’élève Hayley Yasgar s’est adressée à un conseil scolaire le 19 juillet et leur a dit qu’elle se sentait « très nerveuse et mal à l’aise » lorsque son institutrice lui a demandé de ne pas parler du questionnaire à sa mère.

Dans une vidéo de la réunion publiée par Alpha News, elle a également déclaré qu’elle était obligée de répondre à toutes les questions même si elle ne les comprenait pas.

Une des questions du questionnaire demandait : « Vous identifiez-vous actuellement comme une femme, homme, transgenre (les personnes transgenres ont une identité de genre ou une expression de genre qui diffère du sexe qui leur a été assigné. Par exemple, elles sont nées de sexe masculin, mais s’identifient maintenant comme femme) ou autre chose ? Voir une copie de cette question ci-dessous :

 
Un jeune garçon de la classe de Hayley a demandé à son institutrice si sa mère pouvait lui expliquer la question.

L’enseignante a refusé la demande de l’élève en lui disant qu’il ne pouvait pas demander à sa mère et que la classe ne devait pas répéter les questions à leurs parents.

Hayley a relaté lors du conseil scolaire “à quel point cela la rendait mal à l’aise et nerveuse” alors qu’elle expliquait que “sa mère lui dit toujours qu’elle peut tout lui dire, mais lui dit également qu’elle pouvait également faire confiance à [ses] enseignants”.

Hayley Yasgar et sa mère Kelsey Yasgar

Elle a déclaré “qu’on lui ait dit de cacher cela à [sa] mère la mettait très mal à l’aise, comme si [elle] faisait quelque chose de mal”.



Brève — Le latin sera enseigné dans 40 écoles publiques anglaises afin de rendre la matière moins « élitiste »

Un programme d’excellence latine de 4 millions de livres sterling verra la langue proposée à 40 écoles britanniques.

Le secrétaire à l’Éducation, Gavin Williamson, a déclaré qu’un nouveau programme garantirait que le sujet n’était pas « pour quelques privilégiés ». Le programme d’excellence en latin de 4 millions de livres sterling du ministère de l’Éducation verra la langue ancienne offerte à 40 écoles publiques en Angleterre dans le cadre d’un projet pilote de quatre ans, selon le Daily Telegraph.

Le personnel sera formé et doté de ressources pour enseigner aux élèves de 11 à 16 ans.

Gavin Williamson a déclaré : « Nous savons que le latin a la réputation d’être un sujet élitiste ».

Il a ajouté : « Mais le sujet peut apporter tant d’avantages aux jeunes ».

 

Romanes eunt domus, leçon de latin en Judée (Monthy Python)

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Lettres classiques — beaucoup d’élèves ne connaissent plus la patience 

Vive le latin ! 

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France — Valoriser le latin et le grec, auprès de tous 

Les Français veulent le retour à l’uniforme et la promotion du latin et du grec

 

samedi 31 juillet 2021

Libéraux de Trudeau veulent davantage censurer le discours qui leur déplaît sur internet

Le gouvernement Trudeau entend obliger les réseaux sociaux à retirer en 24 heures tout contenu illégal de leurs plateformes ainsi qu’à en déclarer certains aux autorités. Le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, a promis jeudi une loi à l’avant-garde des pratiques mondiales en matière d’encadrement du Web, mais veut d’abord consulter le public.

« La population canadienne en a un peu marre de voir ce discours haineux prendre de plus en plus de place. […] La population nous demande d’agir », affirme M. Guilbeault en entrevue au Devoir.

Des fonctionnaires de son ministère ont présenté jeudi matin aux journalistes le plan du gouvernement pour tordre le bras aux réseaux sociaux qui ne prennent pas au sérieux la propagation de contenu indésirable de cinq catégories déjà illégales : les discours haineux [à la définition tout à fait subjective : la légitime rage de l’un sera le discours haineux de l’autre], l’exploitation sexuelle des enfants, le partage non consensuel d’images intimes, l’incitation à la violence et le contenu terroriste. [On notera le procédé habituel : mêler des infractions de tout type et dont la réprobation est universelle — l’exploitation sexuelle des enfants, le partage d’images intimes contre son gré, la diffamation — pour faire condamner dans le lot des infractions idéologiques afin de faire taire les adversaires les plus virulents des libéraux.]

Selon la proposition, il incomberait aux plateformes de modérer leur contenu et de faciliter le signalement du contenu illégal par les usagers, ce qui n’est pas obligatoire à l’heure actuelle. Celles qui refuseraient de le faire s’exposeraient à de lourdes amendes : 10 millions de dollars ou 3 % de leurs revenus mondiaux, selon le montant le plus élevé. En dernier recours, la Cour fédérale pourrait imposer le blocage de plateformes fautives au Canada.

[…] Le gouvernement Trudeau prévoit de créer une Commission de la sécurité numérique du Canada, tout comme un Conseil de recours en matière numérique, un genre de tribunal en ligne où les citoyens pourraient demander des comptes aux plateformes. Le Canada serait le premier pays à disposer d’un tel mécanisme.

[Ce projet des libéraux fédéraux, manifestement inspiré par l’appel de Christchurch, est fort semblable à la loi Avia, qualifiée de « néosoviétique » par Mathieu Bock-Coté et invalidée par le Conseil constitutionnel français. Voyons si Bock-Côté osera condamner dans les mêmes termes le projet des libéraux canadiens…] 

 […]

Steven Guilbeault promet que ces changements seront inclus dans une nouvelle loi qui doit être déposée cet automne, et qui sera complémentaire au projet de loi C-36 dévoilé à la toute dernière journée de séance du Parlement, le 23 juin dernier. Ce texte offre notamment une définition du contenu haineux comme un discours qui « exprime de la détestation à l’égard d’un individu ou d’un groupe d’individus ou qui manifeste de la diffamation à leur égard ». [La diffamation est déjà punie, reste donc la détestation, on ne pourra donc plus détester des gens et exprimer son dégoût envers ces gens ? Y compris contre les fascistes et les racistes ?]

Source

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Inscription aux universités américaines — Quel patriarcat blanc ?

Quelle domination blanche ?

Le taux d’inscription à l’université américaine pour les Hispaniques de 18 à 24 ans était plus élevé en 2019 (36 %) qu’en 2010 (32 %). Le taux d’inscription à l’université pour leurs homologues amérindiens/indigènes de l’Alaska était plus faible en 2019 (24 %) qu’en 2010 (41 %). Il n’y avait aucune différence mesurable entre les taux d’inscription à l’université entre 2010 et 2019 pour ceux qui étaient blancs (41 % en 2019), noirs, asiatiques, insulaires du Pacifique et de deux races ou plus.

 

Quel patriarcat blanc ?

En 2019, les taux d’inscription à l’université américaine pour les hommes de 18 à 24 ans (37 %) et les femmes (44 %) n’étaient pas sensiblement différents des taux correspondants en 2010. Cependant, chez les hommes, les taux d’inscription au collège étaient plus élevés en 2019 qu’en 2010 pour ceux qui étaient hispaniques (33 contre 28 %) et plus bas en 2019 qu’en 2010 pour ceux qui étaient blancs (37 contre 41 %).

Source : https://nces.ed.gov/programs/coe/indicator/cpb


France — Stress de la concentration urbaine, « élèves difficiles », le désir d'exode des instituteurs

La tendance n’est pas nouvelle, mais elle s’est accentuée. À peine les jeunes professeurs des écoles ont-ils réussi le concours en Île-de-France qu’ils demandent à la quitter. Selon les statistiques du ministère de l’Éducation nationale français, il y avait, en 2020, 56 fois plus de demandes de sortie du département de Seine–Saint-Denis [département à forte présence immigrée] que d’entrées… À l’inverse, dans les Hautes-Alpes, on comptabilise 76 fois plus de candidats à l’installation qu’au départ.

En bleu foncé, les départements les plus demandés, en rouge foncé les moins demandés

Sur la carte de France, trois départements se détachent : les Hautes-Alpes, les Pyrénées-Atlantiques et le Finistère. Là-bas, on se bouscule : dans les Pyrénées-Atlantiques, par exemple, on comptabilisait, en 2020, 995 demandes d’entrées pour 16 départs ! « Il y a aussi un mouvement plus sociologique, comme l’exode vers le littoral, que toute profession connaît, accentué par la pandémie, précise Élisabeth Allain-Moreno, secrétaire nationale du syndicat des enseignants de l’Unsa en charge des questions de carrières. Mais on note une patience moindre : on a envie de fuir le stress de la concentration urbaine et des élèves difficiles. »

Conséquence logique, les départements les moins bien cotés sont bien moins regardants sur les moyennes obtenues au concours. Les académies [grosses commissions scolaires] franciliennes ont ainsi des taux d’admission très élevés. En 2021, le seuil d’admissibilité au concours externe de recrutement de professeurs des écoles était de 57,75 sur 80 à Rennes, tandis que le seuil d’admission, la note du dernier admis, était 167,13 (sur 240). Dans l’académie de Créteil, il suffisait d’obtenir 22,05 pour être admissible, et 71,96 (toujours sur 240) pour être admis…

Pour l’académie de Versailles, le taux de réussite est de plus de 80 %. « En gros, les profs les plus pourris vont aux moins bons élèves, soupire Pierre Favre, Vice-président du Syndicat national des écoles (SNE). Cette loi de l’offre et de la demande est telle que, dès qu’on entre dans l’académie de Créteil, on sait qu’on y sera assigné à résidence. On aura beau exciper d’une dépression ou d’une grand-mère malade, ça ne marchera pas avant d’avoir une très grande ancienneté. C’est un système intrinsèquement pervers, instable et volontiers immoral. »

Extraits du Figaro

vendredi 30 juillet 2021

« Le wokisme, un opium des intellectuels »

 Illustration pour ordination d’un évêque luthérien transgenre 
Le chapeau est celui du chapelier fou
d’Alice au pays des merveilles

Dans deux notes pour le réseau pensant Fondapol, Pierre Valentin, étudiant en maîtrise ès sciences politiques à l’université Paris-2 Panthéon-Assas, diplômé en philosophie et politique de l’université d’Exeter, trace les contours du nouveau militantisme de gauche aux États-Unis comme en France. Rencontre.

Mouvement idéologique venu des campus états-uniens, le « wokisme » est au centre des débats médiatiques et intellectuels. Pourtant, une majorité de Français n’en a jamais entendu parler et peu de gens qui emploient le mot sont capables de le définir précisément. De quoi faire dire à certains que le woke n’existe pas, si ce n’est dans les fantasmes de la droite et de la gauche républicaine.

Deux notes publiées par Fondapol, intitulées « L’idéologie woke. Anatomie du wokisme » et « L’idéologie woke. Face au wokisme », réussissent à tracer les contours de ce mouvement qui tend à prendre de l’ampleur. L’auteur, Pierre Valentin, étudiant en master science politique à l’université Paris-II Panthéon-Assas, diplômé en philosophie et politique de l’université d’Exeter au Royaume-Uni, revient avec nous sur le contenu de son étude.

 

 

 — Comment définiriez-vous « l’idéologie woke » ?

Pierre Valentin — La traduction littérale « stay woke » signifie en anglais « restez éveillés ». Cette expression s’est d’abord popularisée aux États-Unis dans la communauté afro-américaine, où elle fait des apparitions sporadiques tout au long du XXe siècle. Elle ne devient un slogan politique à grande échelle que lorsque le groupe Black Lives Matter s’en revendique en 2013 et 2014.

Deux critiques sont régulièrement formulées à l’encontre de ceux qui analysent le « wokisme ». La première est de critiquer la rigueur de ce terme, qui serait « fourre-tout » et « flou ». Chacun serait le woke de quelqu’un d’autre. La seconde — dans la même veine — est de dire que ce terme est une création inventée post-hoc par des gens de droite et les détracteurs de ce mouvement.

Prenons ces critiques dans l’ordre. La définition donnée par Radio-Canada, citée Mathieu Bock-Côté (La Révolution racialiste et autres virus idéologiques, Presses de la Cité, 2021, p. 72.), est la suivante : « Dans un contexte de combat en matière de justice sociale, cette expression définit quelqu’un qui est sensibilisé aux injustices qui peuvent avoir lieu autour de lui. »

Source : « Notoriété et adhésion aux thèses de la pensée “woke” parmi les Français », sondage Ifop pour L’Express, février 2021, p. 36.

 

Ce terme renvoie à l’imaginaire de la gnose, hérésie chrétienne qui conceptualise une petite élite qui posséderait un savoir qualitativement supérieur ; une paire de lunettes qui permettrait de voir comment la réalité quotidienne est en réalité entachée par la trace du mal partout présent. Ailleurs, la notion de wokisme a été traduite sous le nom de « vigilitantisme ».

— Est-ce suffisant pour caractériser une idéologie ?

— Il ne s’agit pas de nier que le fait de catégoriser une idéologie qui prône la non-catégorisation n’est pas parfois un défi ! Le wokisme se caractérise notamment par un scepticisme radical quant à la possibilité d’obtenir une connaissance ou une vérité objective, ainsi que par l’idée selon laquelle la société serait formée de systèmes de pouvoir et de hiérarchies qui décideraient de ce qui peut être su et comment. Comme le notent les intellectuels James Lindsay et Helen Pluckrose, ce postmodernisme mutant rejoue sans cesse ses quatre thèmes clefs : le brouillage des frontières, le pouvoir accordé au langage, le relativisme culturel, ou encore l’éviction de la notion d’individu et de l’universel.

Fréquence de l’apparition du terme « whiteness » dans le corpus de livres en anglais mesurée par l’outil Google Books Ngram Viewer de 1950 à 2019 (en %)

 
Venons-en à la seconde critique, selon laquelle ce terme est une invention de ses contradicteurs. Dans la vie politique, il faut bien évidemment se méfier de descriptions dont personne ne se revendique, car elles servent généralement à disqualifier et non à qualifier. Cependant, le terme woke — contrairement à ce que certains essaient de nous faire croire — a commencé sa vie sous la forme d’une revendication positive, et son glissement vers l’anathème n’a eu lieu que dans un second temps. À titre d’exemple, en 2018, Le Monde considérait encore qu’« être woke » avait plus ou moins pour synonyme « être cool » dans la culture noire américaine.

Fréquence de l’apparition du terme « blanchité » dans le corpus de livres en français mesurée par l’outil Google Books Ngram Viewer de 1950 à 2019 (en %)

 

— À quoi ressemble le « woke » moyen ?

— Pour un mouvement qui prône la dissolution de toute norme, le profil sociologique « type » du woke s’avère étonnamment simple à dessiner. Le sondage IFOP réalisé en février dernier a été analysé au début du second volume de cette note, et il s’avère riche en enseignements.

Tout d’abord, notons qu’il n’y a pas de prolétariat woke. La corrélation entre revenus élevés des parents et comportements woke des enfants saute aux yeux. Une analyse de quatre-vingt-dix cas d’intervenants « désinvités » en Amérique révèle que l’étudiant moyen inscrit dans une université où les étudiants ont tenté de restreindre la liberté d’expression est issu d’une famille dont le revenu annuel est supérieur de 32 000 dollars à celui de l’étudiant moyen en Amérique. En France, seuls 40 % des ouvriers ont entendu parler de l’écriture inclusive et seuls 18 % savent de quoi il s’agit, contre 73 % dans les catégories supérieures — 57 % répondant savoir de quoi il s’agit.

Le wokisme est ainsi un « opium des intellectuels », pour reprendre la célèbre formule de Raymond Aron sur le marxisme. Cependant, comme la culture des « élites » a tendance à être imitée par ceux qui souhaiteraient en faire partie, celle-ci pourrait s’étendre progressivement à l’ensemble des classes sociales.

Ensuite, l’âge joue un rôle fondamental. Il n’y a pas non plus de vieux woke. Les woke en France ont généralement entre 18 et 35 ans — l’IFOP n’a pas sondé les moins jeunes. Toutefois, en Amérique, où le wokisme jouit d’une influence depuis plus longtemps que chez nous, on remarque que certains, passé la quarantaine, restent enfermés dans cette idéologie. Là aussi, cela nous permet d’affirmer que cette idéologie est partie pour s’installer durablement dans nos sociétés. Tout système de pensée porté par des jeunes des milieux aisés est voué à gagner rapidement en popularité. Le wokisme est également porté beaucoup plus par des femmes que par des hommes.

L’électorat le plus favorable à l’idéologie woke parmi les quatre électorats les plus conséquents du premier tour de l’élection présidentielle de 2017 s’avère être celui de Jean-Luc Mélenchon. Il est suivi par celui d’Emmanuel Macron, au sein duquel on peut observer un net clivage entre ses électeurs jeunes et plus âgés sur cette question.

 

Les progressistes et les troubles mentaux

— Vous montrez que cette pensée pénètre bien les campus états-uniens. Quel en est-il en France ?

— Je dirai plutôt que désormais c’est la pensée des campus états-uniens qui pénètre bien toute l’Amérique ! La question du wokisme là-bas est sans doute le clivage numéro un de leur vie politique, notamment le sujet de la théorie critique de la race, débat qui fait rage chez eux. Le sondeur Frank Luntz estime que ce clivage vient de rentrer dans le top 3 des plus déterminants pour la vie politique britannique, tout en pronostiquant que sur les prochains six à douze mois, le Royaume-Uni devrait suivre « l’exemple » américain.

La grande différence avec les États-Unis, c’est que nous avons en France une gauche anti-woke relativement puissante. Je pense qu’une des raisons pour cela, c’est justement ce contre-modèle américain. Nous ne parlons pas ici dans le vide ! L’expérience du wokisme à (très) grande échelle a déjà eu lieu, et cela s’appelle les États-Unis d’Amérique, version 2021 : une société au clivage élites/peuples encore plus prononcé qu’avant, au vote contestataire extrêmement fort, où tous les sujets sans aucune exception possible sont désormais politisés. Voulons-nous de ce monde-là ? Une part de la gauche française, lucide, comprend très bien, et résiste.

Opinion des Américains sur les entreprises technologiques, par affiliation partisane

« La gauche universaliste française est plus facilement heurtée par ce discours que celle qui existe dans le monde anglophone, qui possède beaucoup moins d’anticorps intellectuels pour résister. » L’autre raison à mon sens de la résistance d’une part de la gauche à l’idéologie woke est d’ordre intellectuel. Kimberlé Crenshaw, qui a théorisé à la fois l’intersectionnalité et la théorie critique de la race, incarne bien le tournant dans le postmodernisme (aux conséquences inimaginables) vers la fin des années 1980, et au début des années 1990. Le progressisme, qui jusque-là voulait vider les catégories sexuelles et raciales de toute pertinence politique, se retourne contre lui-même, et explique, reprenant les écrits de Jacques Derrida et de Herbert Marcuse, que la meilleure manière de lutter contre une hiérarchie ou un binaire injuste est de les renverser.

On glisse ainsi d’une demande d’égalité à une demande de hiérarchie « à l’envers », où le « dominé » dominerait le « dominant ». La gauche universaliste française est plus facilement heurtée par ce discours que celle qui existe dans le monde anglophone, qui possède beaucoup moins d’anticorps intellectuels pour résister. Ce clivage au sein de la gauche sera déterminant pour la suite du wokisme en France.

— Les wokes sont-ils présents ailleurs que sur les campus ?

— Il faut traiter le wokisme comme une épidémie, dans la mesure où il se traite lui-même positivement de « virus », que ce soit chez Derrida ou chez certaines féministes woke. Or, comme face à toute épidémie, il existe des virologues « rassuristes ». Après les évènements très médiatisés de l’université d’Evergreen en 2017, où un couple de professeurs a dû fuir le campus en craignant pour leur vie, le sujet du wokisme est devenu inévitable. La poussière ne pouvait plus être mise sous le tapis. Du coup, les rassuristes expliquaient que si ce phénomène existait et pouvait parfois être dangereux, il resterait circonscrit uniquement aux campus américains. Ce pronostic fut doublement démenti par la réalité : le wokisme s’est évadé depuis longtemps des campus mais aussi des États-Unis.

L’autre pronostic naïf était de croire que ces jeunes-là quitteraient leurs universités pour se faire remodeler par l’impitoyable monde du travail. C’est justement l’inverse qui s’est produit : ils ont impitoyablement remodelé le monde du travail à leur image, et cela s’est fait aisément dans la mesure où ils sortaient tous de Harvard, Yale, Princeton etc. et pouvaient ainsi rentrer dans l’entreprise de leur choix les mains en haut du guidon.

Du coup, Coca-Cola, Apple, et les GAFAM ont été progressivement contaminés. Depuis la publication de Propaganda d’Edward Bernays en 1928, on sait que le monde publicitaire « anticipe » — mais en réalité fait advenir — les évolutions sociétales dans nos sociétés de l’image. Or, même la CIA fait désormais des publicités en jargon woke ! L’espace public est inondé de publicités wokisantes. J’observe pour la première fois en France des publicités en écriture inclusive, dans des affiches dans le métro, au cinéma, etc. Ce phénomène va s’accentuer. En interne, beaucoup de ces entreprises encouragent ce qui ne peut qu’être décrit comme des séances de rééducation à l’attention des salariés, parfois avec l’objectif de « déblanchir » leurs perceptions du réel.

— Quelles en sont les conséquences ?

— Face à ce que je viens de décrire, comment ne pas s’attendre à une gigantesque réaction des « dominants », surtout lorsque d’un point de vue socio-économique ils appartiennent bien souvent au camp des « dominés » ? L’élection de Trump doit en ce sens être interprétée comme une réaction face au wokisme. Il n’en est pas la cause, malgré ses outrances. D’ailleurs, fait sociologique intéressant, la quasi-intégralité des auteurs cités dans les deux volumes de la note se dit progressiste et de centre gauche, et a écrit leurs ouvrages après l’élection de 2016. J’en déduis qu’ils ont compris que si la gauche non-woke ne faisait rien, elle continuerait à perdre du terrain électoral, coincée entre des populistes de droite (Trump) et des hommes politiques qui se soumettent au wokisme (Biden). De plus, ces deux camps ont tout intérêt à mettre en avant l’autre pour mieux mobiliser leurs bases respectives. Pour citer René Girard, dans le Bouc Émissaire (1982) : « Ils tiennent à leur querelle car ils ne tiennent que par elle. »

On a vu aux dernières régionales les prémices d’un « front républicain à l’envers », où gauche non-woke, centre et droite se sont mis d’accord pour « faire barrage » à certains candidats jugés trop à gauche. Cette évolution — impensable hier encore — du paysage politique français qui constate l’influence grandissante du wokisme est une bande-annonce de grands bouleversements électoraux à venir si l’incendie woke n’est pas éteint.

Source : Marianne

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