mercredi 6 mars 2013

Arrêt Whatcott : la Bible pas « haineuse », mais le juge Rothstein a-t-il tout lu ?

Le juge Rothstein (72 ans)
Les avocats de Bill Whatcott lors de leur audience devant les magistrats de la Haute cour d’Ottawa avaient demandé si la lecture des passages de la Bible qui condamnent l’homosexualité était désormais interdite au Canada.

Le juge Rothstein (ci-contre) a essayé de répondre à cette question sans se contredire. Joe Carter de l’Acton Institute tente de suivre les méandres de la pensée tortueuse de l’avocat en robe rouge Rothstein.

La Cour suprême s’est penchée sur une citation de Matthieu 18:6 utilisée par Whatcott pour déterminer si elle pouvait être considérée comme des « propos haineux ». Il s'agit de « Mais si quelqu'un scandalise un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attachât une meule au cou, et qu'on le jetât au fond de la mer. »


Le tribunal a décidé que ce passage n'était pas haineux et il a ajouté :
« Bien que le renvoi à la Bible en tant que source crédible à l’appui de propos haineux ait été considéré comme une caractéristique de la haine, seules des circonstances et un contexte exceptionnels pourraient faire en sorte que la simple lecture ou publication d’un texte sacré soit objectivement perçue comme un discours haineux. »
Propos, bien évidemment, tout à fait farfelus au regard du reste de ce même arrêt Whatcott. En effet, selon ce jugement, le verset du Lévitique (18:22) « Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C'est une abomination » devrait justifier que l’on considère la Bible comme un document haineux. En effet, la cour a aussi clairement déclaré que
« Si des propos ciblant certains comportements sexuels sont formulés de manière à exposer des personnes dont l’orientation sexuelle est identifiable à ce que l’on peut objectivement considérer comme des propos empreints de détestation et de mépris, on ne saurait affirmer que de tels propos ne visent que les comportements. Ils visent de toute évidence le groupe vulnérable. Par conséquent, une interdiction qui englobe des propos de cette nature n’a pas une portée excessive. » [nous soulignons]
Si la simple critique du comportement homosexuel en le désignant comme abominable, abject est interprétée comme une critique des homosexuels comme le prétend le juge Rothstein alors une « simple lecture » de Lévitique 18 et de son contexte démontre clairement que « l’on peut objectivement considérer comme des propos empreints de détestation et de mépris » ce passage de la Bible, selon les critères du juge Rothstein.

Comme le souligne Joe Carter, il semble bien que le juge Rothstein – par manque de culture biblique ? – se contredise dans ce jugement. S’il affirme, d’une part, que la simple lecture ou citation de la Bible ne peut constituer un discours haineux en soi (on comprend qu’il se sentait obligé de dire cela explicitement), les critères, d'autre part, qu’ils utilisent condamnent implicitement, mais mécaniquement, des citations de la Bible sur lesquels le juge Rothstein n’a pas cru devoir se pencher.

Notons que Rothstein avait l’air parfois un peu perdu à l’audience, ne sachant pas très bien, par exemple, quelle pouvait être la distinction entre « buggary » et « sodomy ». La juge en chef lui avait précisé le sens de ces mots, le tout sur fond de gloussements de la part de la galerie. C’est en suivi une discussion peu ragoutante sur les pratiques homosexuelles comme l’anulingus que Whatcott réprouve, les juges semblaient être en terrain inconnu.

Décisions précédentes

En 1997, la commission des droits de la personne de la Saskatchewan a instruit une enquête pour se pencher sur des plaintes similaires. Elle avait alors statué que citer des portions de la Bible était haineux.

En effet, cette commission avait décidé qu'une simple publicité dans un journal qui ne faisait que citer les références à des passages de la Bible (voir ci-dessous) condamnant l'homosexualité associées aux silhouettes de deux hommes inscrites dans un cercle d'interdiction constituait une forme de discours prohibé. Elle avait condamné l'auteur de cette publicité, Hugh Owens de Regina, et le journal qui l'avait publiée, le Saskatoon StarPhoenix, à payer 1.500 $ à trois activistes homosexuels.

La publicité jugée haineuse par la Commission saskatchewannaise

Hugh Owens comme Bill Whatcott utilisent des passages bibliques pour s'opposer à l'homosexualité. Ceux auxquelles faisait référence la publicité de Hugh Owens sont ceux-ci :

« [...] Voilà pourquoi Dieu les a livrés à des désirs sexuels honteux, car leurs femelles ont changé l’usage naturel [de leur corps] en celui contre nature ; et pareillement les mâles aussi ont laissé l’usage naturel de la femelle et se sont enflammés dans leur passion les uns pour les autres, mâles avec mâles, faisant ce qui est obscène et recevant en eux-mêmes le plein salaire que méritait leur égarement.  »
Romain 1 [extrait : 26-27]
« Et tu ne dois pas coucher avec un mâle comme on couche avec une femme. C’est une chose détestable. »
Lévitique 18,22
« Lorsqu’un homme couche avec un mâle comme on couche avec une femme, tous deux ont fait une chose détestable. Ils doivent absolument être mis à mort. Leur sang est sur eux. »
Lévitique 20, 13
« Comment ! Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront pas du royaume de Dieu ? Ne vous égarez pas. Ni fornicateurs, ni idolâtres, ni adultères, ni hommes qu’on entretient à des fins contre nature, ni hommes qui couchent avec des hommes, ni voleurs, ni gens avides, ni ivrognes, ni insulteurs, ni extorqueurs n’hériteront du royaume de Dieu. »
I Corinthiens 6, 9-10

Cette décision de la commission fut renversée en 2006 par la Cour d'appel de la Saskatchewan, le tribunal avait trouvé que ces publicités ne constituaient pas des propos haineux.


Voir aussi

Cour suprême — « toutes les déclarations véridiques » ne doivent pas « être à l’abri de toute restriction » (bref, on peut censurer la vérité au Canada).

Tribunaux suprémacistes (arrêt Whatcott, suite)

Reproduire une annonce d'une revue homo et un verset biblique : un discours haineux ?

Cour suprême du Canada — limites aux propos chrétiens « haineux » « homophobes » ?

Selon la Juge puinée Deschamps de la Cour suprême : l'église catholique en faveur du créationnisme (C'est faux.)





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1 commentaire:

Le Saguenéen a dit…

Si je comprends bien le juge n'a pas eu le courage de dire que certains passages de la Bible, mais si on applique sa logique il aurait du le faire ? C'est ça ?