Pour bâtir ce scénario, on part de la structure par âge de la population en 1995 et l'on suppose que la fécondité et la mortalité à chaque âge auraient évolué comme elles l'ont fait en réalité. Cette hypothèse n'est pas nécessairement réaliste, mais elle fournit, semble-t-il, des résultats sur lequel la réflexion peut s'appuyer.
Chacun peut corriger mentalement la fécondité à la hausse (avec moins d'immigration, le prix du logement aurait presque certainement été plus bas) ou à la baisse (certains groupes d'immigrants ont une fécondité supérieure à la moyenne). Il n'est pas certain que l'impact hypothétique retenu sur la fécondité globale change grand-chose en pratique : quelques centaines de milliers de personnes tout au plus, dans un sens ou dans l'autre.
Côté mortalité, aucun ajustement n'est nécessaire : les calculs se fondent sur les tranches d'âge, et rien n'indique que les taux auraient différé dans mon scénario.
Le plus frappant est ailleurs. L'immigration a ajouté 11,1 millions d'habitants par rapport au scénario de référence — les immigrants eux-mêmes et leurs enfants nés en Espagne — et pourtant, la part de la population âgée de 15 à 64 ans à peine bougé : 66,3 % contre 64,2 %.
Or ce passage de 64,2 % à 66,3 % ne résout rien ; il aggrave le problème. Dans un État-providence fortement redistributif, et alors que l'immigration a été majoritairement peu qualifiée — autrement dit des personnes dont la valeur actualisée nette pour les finances publiques est négative, oui, même en équilibre général —, il est presque certain que la soutenabilité des comptes à long terme s'en trouve dégradée.
Les données espagnoles invitent à examiner sérieusement le coût budgétaire de l'immigration, plutôt qu'à en présumer les effets positifs. En 2024, le salaire annuel moyen pondéré des salariés de 18 à 65 ans s'élevait à environ 26 065 € pour les Espagnols, contre 18 530 € pour les étrangers, soit un écart de près de 29 % et, par conséquent, une assiette fiscale et sociale sensiblement plus faible. Dans le même temps, les femmes nées à l'étranger étaient à l'origine de 33,3 % des naissances en Espagne, alors qu'elles ne représentaient pas un tiers de la population : ces enfants entraînent des dépenses collectives immédiates supplémentaires, notamment d'éducation et de santé, avant de pouvoir contribuer à leur tour aux recettes publiques. Enfin, selon l'Institut national de statistique espagnol (INE), le taux de condamnation des étrangers adultes atteignait 15,7 pour 1 000 habitants en 2024, contre 6,2 pour les Espagnols, soit 2,5 fois plus, ce qui implique également des coûts supplémentaires de police, de justice et, dans les cas concernés, d'incarcération. Ces trois constats — salaires plus faibles, part disproportionnée des naissances et taux de condamnation plus élevé — vont à l'encontre de l'idée que l'immigration aurait nécessairement amélioré les comptes publics. Ils ne suffisent pas à calculer son solde budgétaire net, mais ils montrent pourquoi une comparaison limitée aux recettes fiscales immédiates (comme certains le font), sans imputer les dépenses collectives ni tenir compte des droits futurs à la retraite et aux soins, risque de présenter un bilan artificiellement favorable. Source des salaires espagnols ; source des salaires étrangers ; source des naissances.
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