samedi 10 février 2018

L'école québécoise : fabriquer un nouveau peuple

Mathieu Bock-Côté revient sur le programme d’éthique et culture religieuse imposé par le gouvernement québécois à tous les élèves québécois pendant toute leur scolarité (qu’ils soient inscrits dans une école publique ou une école privée catholique, voir Loyola) :

Joseph Facal a consacré une ré­cente chronique à l’endoctrine­ment de masse de la jeunesse québécoise dans le cadre du cours ECR. [Il en a consacré une seconde depuis lors.]

À la suite du témoignage d’un élève qui lui a fait parvenir des extraits troublants de son manuel scolai­re, Joseph Facal en est venu à l’essentiel : l’école québécoise est mise au service de la propagande multiculturaliste.

École

Elle fait la promotion de l’idéologie des accommodements raisonnables et caricature ceux qui s’y opposent comme des intolérants infréquentables. Grosse surprise !


Qu’on ne se demande pas ensuite pourquoi la jeunesse est aussi mal à l’aise avec la question identitaire : on l’a conditionnée à rejeter son identité, à diaboliser son histoire et à arracher ses racines. On l’a programmée dans cette perspective.


Elle a servi de génération-cobaye dans la fabrication d’une nouvelle société façonnée pour accueillir positivement l’immigration massive et la mondialisation. Et ce, même si l’intégration fonctionne mal.

Est-ce vraiment le rôle de l’école de politiser ainsi l’enseignement au service d’une idéologie ?

Derrière cela, il y a aussi une vision pas très démocratique de la société. En gros, le peuple réel, celui qui existe avec ses mœurs, ses habitudes, ses mentalités, son identité, sa culture, serait inadéquat. On le croit corrompu par le racisme, la xénophobie, l’intolérance et autres tares du même genre. Il faut donc le réformer, le rééduquer, le transformer.

Peuple

Bref, le peuple réel déçoit ses dirigeants parce qu’il ne chantonne pas l’hymne aux accommodements raisonnables, alors on va faire table rase en lui infligeant une campagne permanente de « sensibilisation à la diversité ».

Disons-le plus méchamment et plus clairement : on veut fabriquer un nouveau peuple. Et le cours ECR est au cœur du dispositif idéologique et pédagogique devant le fabriquer rapidement.

Si le PQ ou la CAQ remportent les prochaines élections, on est en droit d’espérer une chose simple dans les premiers mois de leur gouvernement : son abolition.

Voir aussi


Joëlle Quérin sur le cours d’éthique et de culture religieuse


Prof. Gary Caldwell sur le cours d’ECR (1ere partie)




L'immigration transforme rapidement la Rive-Sud de Montréal

Selon la Commission scolaire Marie-Victorin (Brossard, Saint-Lambert, Longueuil), 52 % des 35 842 élèves qu’elle accueille sont issus de l’immigration.

La proportion d’immigrants dans Montréal et ses banlieues continue de prendre de l’ampleur. Ainsi, dans son dernier rapport annuel, on apprend que la Commission scolaire Marie-Victorin (CSMV) a accueilli 35 842 élèves jeunes et adultes dans 73 établissements pour la période 2016-2017.

Sur ces 35 842 élèves, 52 % sont issus de l’immigration selon les données présentées en printemps 2017 par la CSMV ; la majorité vient de pays comme la Colombie, la France, le Maroc, la Chine, Haïti et l’Algérie. La CSMV a recensé 108 langues maternelles ou parlées à la maison.

Les proportions d’élèves issus de l’immigration et résidant à Longueuil étaient plus variables : 57,3 % d’entre eux résidaient à Greenfield Park, 47,8 % dans l’arrondissement du Vieux-Longueuil, 40 % dans l’arrondissement de Saint-Hubert, et 42 % étaient établis dans la Ville de Saint-Lambert.

Sources : Le Courrier du Sud et CSMV


vendredi 9 février 2018

Professeur de cégep suspendu pour prétendue « homophobie », la haine est peut-être ailleurs

Mise à jour du 9 février

Le Cégep du Vieux-Montréal a décidé de prolonger l’enquête qu’il mène sur le professeur de philosophie Jean Laberge et prolonge par conséquent sa suspension. L’établissement dit avoir recueilli « de nouveaux éléments ».

Jusqu’à nouvel ordre, Jean Laberge n’enseignera plus au Cégep du Vieux Montréal. Suspendu le 30 janvier en raison de publications prétendument homophobes sur Facebook, le professeur a vu l’enquête à son endroit être prolongée « pour une durée indéterminée », a indiqué Guylaine Fortin, la porte-parole du Cégep.

Le Cégep du Vieux Montréal n’a pas voulu préciser quels « nouveaux éléments » ont été recueillis pour justifier cette décision. Selon nos informations, au moins une autre plainte à l’endroit du professeur a été déposée auprès de la direction ces derniers jours. Il serait cette fois question de propos prétendument sexistes tenus en classe.

Notons que les jeunes gauchistes du Vieux Cégep avaient déjà par le passé dénoncé le professeur Laberge (avec d’autres professeurs pas assez à gauche) dans un « Catalogue des intervenant·es horribles du CVM ». On aimerait donc connaître quelles sont ces accusations et qui sont les étudiants (parfois bien peu modérés) qui rapportent ces propos prétendument sexistes.

Florilège des propos « horribles » que l’extrême gauche du Cégep du Vieux Montréal a relevés


Le racisme inverse n’existe pas, pas de discussion


Comportement « transphobe » de ce professeur d’un cours dont nous doutons même de sa pertinence pour ce qui n’est que le lycée en Europe

Jean Laberge a droit a plusieurs pages dans le document de dénonciation, il est la bête noire de la coterie LGBTQ2SAI+ du Cégep du Vieux Montréal. Les insultes anonymes sont légion.

On peut se demander devant cette mise au pilori si le Cégep du Vieux Montréal ne fait le jeu d’une minorité agissante très déterminée et qui est partie en croisade pour faire rentrer dans le rang les professeurs qui lui déplaisent. Cette coterie dresse des catalogues et appelle anonymement à la délation depuis plusieurs années :








Billet original du 5 février

Le professeur de philosophie Jean Laberge a été suspendu du Cégep du Vieux Montréal en attente d’éventuelles sanctions, a appris Radio-Canada. La direction lui reproche des propos  « homophobes » tenus en dehors de l’établissement, notamment sur sa page Facebook. Le professeur y déclare avoir une aversion pour l’homosexualité. Nous ne sommes pas sûrs si cet « aveu » vaut désormais « homophobie » de nos jours. Le professeur compte plaider le droit à la liberté d’expression.

Jean Laberge est un professeur « controversé » selon Radio-Canada. Fervent catholique, de droite, il se qualifie lui-même de « mouton noir » du Cégep du Vieux Montréal.

Depuis plusieurs mois, ses publications indisposent des étudiants et des collègues. Que ce soit sur sa page Facebook, publique, ou sur le site web du Huffington Post, où il tient un blogue. C’est un texte publié le 17 janvier sur son compte Facebook qui a provoqué la réaction de la direction du cégep. (Voir L’extrême gauche anti-québécoise et le « Catalogue des intervenant·es horribles du CVM.pdf ».)

Jean Laberge exprime sur sa page Facebook et son carnet son « aversion » pour l’homosexualité. Il parle de sa « peur » et son incompréhension de l’homosexualité, même s’il précise qu’il « les respecte » [les homosexuels]. Notez la nuance qui semble ne pas être avoir été perçue par les plumitifs de Radio-Canada.

Suspendu avec salaire



Le professeur a été suspendu mardi dernier, le temps de faire enquête. Il sera entendu par la direction mercredi et une décision devrait être rendue d’ici la fin de la semaine. Le cégep n’a pas voulu commenter l’affaire pour le moment.

Jean Laberge a écrit à ses collègues du département de philosophie pour qu’ils prennent sa défense, mais ceux-ci ont refusé.

Le professeur défend sa liberté d’expression

Joint chez lui par Radio-Canada, Jean Laberge ne comprend pas pourquoi on lui reproche des écrits publiés à l’extérieur de son travail. « C’est la dictature, c’est Big Brother, ça n’a aucun sens », dit-il.

Le professeur pense que le collège « commet une grave erreur » et lui cause « un préjudice considérable », en le privant de la liberté d’expression pour des propos qu’il n’a pas tenus en classe.
La devise du collège « Ouvert d’esprit » n’est que de la poudre aux yeux, de la fausse représentation.

Jean Laberge, dans un courriel à ses collègues du département de philosophie.

« Jean Laberge justifie son dégoût des homosexuels » [dixit Radio-Canada... il parle en réalité de l’homosexualité]

« J’ai un malaise depuis toujours envers l’homosexualité, nous dit-il au téléphone. Mais je ne déclare pas la guerre aux homosexuels. »

Il justifie son sentiment de dégoût de l’homosexualité par des raisons « d’inspiration chrétienne » et affirme n’avoir jamais partagé cela dans ses cours au cégep. « J’ai toujours observé un devoir strict de réserve. »

« J’ai des raisons de penser que l’homosexualité est une vision des choses qui est limitée, qui ne mène pas à l’épanouissement des êtres humains », dit le professeur de philosophie.

J’ai le droit de ne pas préférer l’homosexualité et j’invite les gens à ne pas choisir cette voie-là.

Jean Laberge, en entrevue à Radio-Canada.
« Je parle en tant que croyant », explique le professeur qui s’est déjà présenté au cégep avec une grande croix autour du cou, à l’époque du projet de Charte des valeurs. « Je ne cherche pas à convaincre, je cherche simplement à faire réfléchir », ajoute-t-il.

Ce n’est pas la première fois que Jean Laberge tient de tels propos. Sur le site du Huffington Post, en juillet 2017, il critiquait « le lobby des groupes LGBT », qui expliquerait, selon lui, « l’émasculation des hommes ».

Selon Radio-Canada « En 2013, la Cour suprême avait rabroué [[sic] étrange notion juridique... “condamné” est le terme] un militant anti-homosexualité (lui-même ancien homosexuel) pour ses écrits en statuant que tout n’était pas permis au nom de la liberté d’expression. » Il s’agit de l’arrêt de Whatcott. Selon cet arrêt, même dire la vérité et rappeler le taux important de maladies infectieuses liées à la sodomie (il y a d’excellentes raisons physiologiques à cela) peut être condamné si cela vise de manière « véhémente » un groupe particulier protégé par la loi. Voir Cour suprême — « toutes les déclarations véridiques » ne doivent pas « être à l’abri de toute restriction ».

La Cour avait toutefois précisé que, pour être interdits, les propos devaient avoir un caractère « haineux ». Mais cette notion est extrêmement vague et très subjective (cela fait du mauvais droit) et le juge Rothstein semble se contredire, car les tracts de Whatcott étaient laconiques et citaient surtout des annonces placées dans certains magazines LGBT, des statistiques et des passages de la Bible, mais ce juge parvient à condamner les simples citations que Whatcott en fait, qui seraient haineuses, et dire que ces mêmes passages dans la Bible ne sont pas haineux. Voir Arrêt Whatcott : la Bible pas « haineuse », mais le juge Rothstein a-t-il tout lu ? Reproduire une annonce d’une revue homo et un verset biblique : un discours haineux ?

Le professeur en droit des libertés de la personne à l’Université Laval, Louis-Philippe Lampron, rappelle que la Cour suprême ne considère pas comme haineux les propos qui portent atteinte à la dignité d’un groupe, qui les méprisent ou les ridiculisent.

« Ce n’est pas suffisant pour équivaloir à de la propagande haineuse, dit-il. Il faut qu’on s’approche de propos qui incitent les gens à la détestation et/ou la violence physique à l’égard de ce groupe-là. »

Notons qu’il y a dans le chef des juges canadiens un amalgame entre la détestation du péché (l’homosexualité ici) enseignée par les grandes religions et la détestation des homosexuels. L’argument sous-tendant cet amalgame serait que le comportement homosexuel (l’homosexualité condamnée par Whatcott) ne serait pas un choix, qu’il serait aussi enraciné en quelque sorte que la couleur de la peau, qu’il serait un comportement réflexif inné et inaltérable et qu’on ne peut donc discuter de sa validité. Argument discutable.

Arrêt Whatcott « controversé » et les craintes de l’époque semblent se réaliser

Gwen Landolt, vice-présidente nationale de REAL Women of Canada, avait qualifié la décision du juge Rothstein de « très déprimante » et de « mauvaise nouvelle ».

Mme Landolt a accusé la Cour suprême de « danser sur des charbons ardents, un pied ici et un pied là, en essayant de faire croire qu’elle fait une chose, alors qu’elle en fait une autre. »

« D’un côté, les juges disent : “Oh, non, non, non, nous ne bâillonnons pas vraiment la liberté de religion et la liberté d’expression et la liberté d’opinion”, mais en fait, ce qu’ils disent faire n’est pas ce qu’ils ont fait », a ajouté Gwen Landolt.

« Dans les faits, ce qu’ils ont fait, c’est de s’attaquer aux croyances religieuses et de donner préséance, à nouveau, comme ils ne cessent de faire, aux droits des homosexuels. »

Selon Landolt, la Cour a sévèrement brimé la liberté de religion en « manipulant et en déformant » la véritable intention de cette liberté « pour servir leur propre objectif, à savoir protéger les homosexuels. »

Pour Mme Landolt, les chrétiens feraient mieux de considérer cette décision comme un « coup de semonce », car ils vont être assaillis s’ils osent défendre la morale sexuelle chrétienne sur la place publique.

Haine et jubilation malsaine

Entretemps, sur la page Facebook du prof Laberge certains internautes s’en donnent à cœur joie avec des arguments qui valent leur pesant de cacahouètes (mal orthographiées).







Accros aux écrans : l'« héroïne numérique »

Aujourd’hui, les scientifiques en sont persuadés : les écrans sont dangereux pour nos enfants. Ils agissent sur leur cerveau, leur concentration. En France, des médecins lancent l’alerte. Aux États-Unis, d’anciens salariés racontent comment les industriels entretiennent la dépendance aux jeux sur téléphones intelligents (ordiphones), et des scientifiques dénoncent leur impact sur le développement de l’enfant. Que se passe-t-il réellement face aux écrans ?

Rayane a 3 ans. Pendant de longs mois, sa maman s’inquiète : toujours dans sa bulle, il ne parle plus et multiplie les crises de nerfs. Un jour, un médecin conseille à cette maman ne plus jamais laisser son enfant regarder de comptines sur son cellulaire. Rayane pouvait y passer des heures ! Au bout de quelques jours, sevré d’écran, Rayane redit « maman » pour la première fois depuis un an. Peu à peu, il redevient un petit garçon ouvert et joyeux.




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Essai sur les méfaits de la télévision

Le numérique, quelles conséquences pour l’école ?

Les aveux inquiétants de l'ex-président de Facebook (la mécanique des récompenses)

La blogosphère comparée aux réseaux sociaux

Malgré des prix fixés par ordinateur, les conductrices d'Uber gagnent moins que les conducteurs

Les hommes qui conduisent pour Uber gagnent en moyenne 7 % de plus que les femmes, d’après une étude menée auprès de plus d’un million de conducteurs et conductrices.

Alors que l’économie des petits boulots, devait être, selon certains, la solution pour une société égale entre les sexes, une nouvelle étude de l’Université Stanford sur Uber vient contrer cette prévision : les femmes conductrices gagnent moins que les hommes conducteurs. Après avoir interrogé plus de 1,8 million de conducteurs1, dont 27 % étaient des femmes, cette étude menée par l’Université de Stanford de Chicago et l’équipe économique d’Uber révèle que les hommes gagnent 7 % de plus par heure que les femmes. Elles gagnent en effet 1,24 $ américains, soit 1 €, de moins par heure que ses homologues masculins, cela fait en moyenne une perte de 130 $ américains par semaine.

Les cinq auteurs de l’étude, parmi lesquels on trouve les deux économistes en chef d’Uber, Jonathan Hall et John A. List ou encore le professeur d’économie Paul Oyer, la professeure-assistante en économie à Stanford Rebecca Diamond et Cody Cook de chez Uber, ont analysé les données récoltées par Uber sur ses chauffeurs et leurs gains.

Un algorithme distribue les courses et détermine le prix de la course

Selon les auteurs de l’étude interrogés par Freakonomics, Uber paie ses conducteurs en fonction d’une formule relativement simple et transparente qui tient compte de la longueur du trajet parcouru en milles, de la durée du trajet et, potentiellement, d’un multiplicateur de surchauffe quand la demande est excessivement élevée.

Ainsi, le tarif lui-même est déterminé par un algorithme qui ne tient pas compte du sexe du conducteur. La répartition des courses parmi les conducteurs disponibles ne tient, elle aussi, pas compte du sexe des conducteurs. La structure de rémunération est directement liée à la productivité des conducteurs et non négociée.

Cette transparence et cette simplicité de rémunération sont ce qui rend Uber si intéressant pour l’étude des écarts de rémunération entre les sexes.

Auteurs surpris

Rebecca Diamond pensait qu’il y avait des raisons de penser que l’écart salarial entre hommes et femmes chez Uber pouvait être faible, mais elle y est entrée avec un esprit très ouvert.

La prédiction de John List était plus ou moins que les hommes et les femmes gagneraient la même chose, mais s’il y avait une différence, il pensait que l’écart de rémunération favoriserait légèrement les femmes pour deux raisons. Primo, List savait que les femmes travaillaient moins d’heures par semaine, mais qu’elles pourraient choisir les meilleures heures pendant la semaine. Secundo, s’il y avait une discrimination, il pensait qu’elle aurait lieu dans le chef des clients et que ceux-ci préféreraient les conductrices aux conducteurs.

Aucune discrimination de la part des clients

List et Diamond déclarent à Freakonomics n’avoir trouvé aucune preuve de discrimination du côté des clients, ce qui signifie que les conducteurs ne préfèrent pas les hommes aux femmes ou les femmes aux hommes. Ils considèrent les hommes et les femmes de la même manière lorsqu’il s’agit d’être leur chauffeur. Les chercheurs n’ont pas constaté de différences globales dans les taux de refus entre les conducteurs masculins et féminins par les clients. Et si l’on considère ce paramètre dans la régression, il ne contribue pas à l’écart entre les sexes.

Les hommes travaillent plus et roulent plus vite

L’étude a révélé que la différence de salaire est liée à de simples facteurs d’habitudes chez les chauffeurs. Il faut notamment savoir que les chauffeurs hommes travailleraient 50 % plus souvent ce qui, logiquement, leur permet de toucher en moyenne 21,28 dollars par heure contre 20,04 dollars par heure pour les chauffeurs femmes.

Cette habitude de rouler plus leur permettrait également de mieux connaître le marché et de savoir où et quand il y a les meilleurs prix, Uber changeant les prix de la course en fonction de l’horaire, du lieu ou encore de la demande.

Et ce n’est pas tout : selon Uber les hommes ont tendance à rouler en moyenne 2,2 % plus rapidement que les femmes. Ils se rendent de fait plus rapidement à destination et peuvent plus rapidement accepter une nouvelle course. Si sur une journée cela ne fait pas une grande différence, sur le long terme cette habitude de conduire plus rapidement leur permet de gagner plus d’argent et vient s’ajouter à tous les autres paramètres.

Contrairement à l’intention de certains chercheurs, l’heure quand les courses sont effectuées n’est pas un facteur qui explique le fait que les hommes gagnent plus d’argent (ce serait plutôt l’inverse).

Des choix, des contraintes et des intérêts différents

Pour John List, auteur de l’étude et professeur en Économie à l’Université de Chicago, il faut prendre également certaines « contraintes » en compte. « Les femmes ont plus de contraintes — à savoir, emmener l’enfant à l’école le matin, devoir emmener Johnny à son match de football. Et je pense que ces contraintes conduisent alors les femmes à accumuler moins d’expérience », et donc d’argent.

Pour Rebecca Diamond de l’Université de Stanford, « [i]l est logique de payer les personnes qui font un travail plus productif. Il est normal de payer plus les gens qui travaillent plus d’heures. Je ne pense pas qu’il s’agit là de choses qu’il faudrait jamais changer parce qu’elles seraient un problème. Nous devrions rétribuer les gens en fonction de la productivité. »

Selon Rebecca Diamond, ces différences salariales s’expliquent fondamentalement par des choix différents des hommes et des femmes et non de la discrimination sur le lieu du travail, « à savoir comment les hommes et les femmes font des choix concernant leur vie, plus que simplement dans leur travail », comme les répartitions des tâches à la maison.





[1] Uber emploie à lui seul plus de 3 millions de conducteurs actifs dans le monde qui effectuent 15 millions de courses par jour.

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Liberté reconnue des pâtissiers qui refusaient de confectionner un gâteau pour un mariage homo

Un tribunal de Californie a reconnu lundi à une pâtissière le droit de refuser de vendre un gâteau de mariage à deux personnes de même sexe. Devant les deux lesbiennes préparant leur mariage, Cathy Miller avait invoqué ses « convictions religieuses » pour ne pas confectionner le gâteau. Le juge a expliqué :

« Aucun pâtissier n’a le droit de mettre ses produits dans une vitrine publique, d’ouvrir sa boutique puis de refuser des ventes pour des questions de race, religion, genre ou identité sexuelle. La différence ici est que le gâteau en question n’a pas encore été cuisiné et que l’État de Californie [qui a engagé les poursuites], veut forcer [la pâtissière Cathy] Miller à utiliser ses talents pour créer un gâteau qu’elle n’a pas encore fait tout en sachant que son œuvre sera affichée pour célébrer une union que sa religion interdit. Si ce tribunal forçait [Cathy Miller] à obtempérer, ce serait faire violence à l’essence de la liberté d’expression garantie dans le premier amendement de la Constitution. »

Un différend similaire oppose un couple d’hommes, aujourd’hui mariés, à un pâtissier du Colorado. La décision de la Cour suprême des États-Unis est attendue d’ici juin. Dans cette affaire devenue emblématique s’opposent un pâtissier de l’État du Colorado, Jack Phillips, et deux hommes aujourd’hui mariés, Dave Mullins et Charlie Craig. La transaction commerciale avortée remonte au 19 juillet 2012. Personne n’imaginait à l’époque qu’on en parlerait cinq ans plus tard au sommet du pouvoir judiciaire des États-Unis et que les protagonistes seraient à la Une de la presse nationale.

Invoquant sa foi chrétienne, Jack Phillips a tout bonnement expliqué dans sa pâtisserie en banlieue de Denver, « Masterpiece Cakeshop », qu’il ne pouvait prendre une commande venant de MM. Mullins et Craig. Les deux époux ont alors déposé plainte sur le fondement d’une loi du Colorado interdisant toute discrimination aux commerces accueillant le public.

jeudi 8 février 2018

Éducation: libre choix du privé ou du public aux parents

Sylvain Lévesque rappelle quelques faits intéressants dans le Journal de Québec. Rappelons que pour ce carnet, la liberté des parents doit aller au-delà de choisir une école dans le réseau public ou privé, les écoles devraient avoir plus de libertés en termes de recrutement, de pédagogie et de programme.

Québec solidaire promet, s’ils remportent les prochaines élections, de mettre fin au financement gouvernemental aux écoles privées. Le parti de gauche pense ainsi faire épargner 100 M$ à l’État tout en augmentant le soutien aux écoles publiques, elles qui recevraient 63 000 étudiants de plus au sein de leur réseau.

Quelques chiffres intéressants

  • 125 000 étudiants fréquentent les écoles privées du Québec (Source gouvernement).
  • Il en coûte environ 12 000 $ par enfant dans le réseau public, par élève au secondaire.
  • Dans les écoles privées, les parents assument 40 % des droits de scolarité de leur enfant, c’est-à-dire, une moyenne de 4500 $ par individu. (Voir ici tableau 1, page 13. Indexé pour 2017)


Une économie ?

Québec solidaire prétend qu’en coupant le financement public aux écoles privées, 50 % des 125 000 élèves ne pourraient encaisser cette hausse et s’inscriraient dans une école publique.

Sans aide gouvernementale, je m’excuse, mais beaucoup plus de parents n’auraient tout simplement plus les moyens d’envoyer leurs enfants dans ces écoles et n’auraient d’autre choix que de renoncer à ce choix. Est-ce 70 %, 80 % ou 90 % ? Je l’ignore, mais c’est certainement au-delà de 50 %.


Ceci étant dit, si le gouvernement se trouve à payer 100 % de la facture d’éducation au lieu du 60 % de 80 000 à 100 000 enfants supplémentaires, il est évident qu’au lieu d’avoir des économies, nous paierons collectivement davantage. En fait, 100 000 élèves de plus coûteraient 450 millions $ de plus. À ce montant, nous devons retrancher les subventions données aux écoles privées que nous ne verserions plus, c’est-à-dire (7500 $ x 25 000 élèves = 187,5 millions $).

De plus, est-ce que les écoles publiques actuelles ont la capacité d’accueillir 100 000 étudiants de plus à la prochaine rentrée ? Sinon, combien faudra-t-il investir pour agrandir les écoles ou pour en construire de nouvelles ?

Un choix individuel

Il est faux de prétendre que la majorité des parents qui font le choix de l’école privée sont tous des « riches ». Je connais plusieurs couples avec des revenus familiaux de 80 000 à 100 000 $ avant impôt qui ont fait ce choix. Ces parents, ils se serrent la ceinture, il renonce aux vacances d’été et aux petites sorties pour offrir à leurs enfants la meilleure éducation qui soit.

Comprenez-moi bien, je ne dis pas que les écoles publiques n’offrent pas une bonne qualité d’enseignement, mais l’encadrement des élèves y est en général supérieur dans les écoles privées, ne serait-ce que parce qu’il y a moins d’élèves à superviser. D’ailleurs, permettez-moi de vous souligner que je suis moi-même un produit de l’école publique.

Le modèle unique

Après le patriarcat [et patrimoine], c’est le mot privé qui fait hantise chez les solidaires. Ils ont un préjugé positif envers tout ce qui est étatique. Sans le privé, les écoles publiques auraient-elles ressenti de la pression pour développer des programmes à vocation comme le sport-étude, art-étude, ou encore les nombreux parcours internationaux et linguistiques ? Le secteur privé se distingue du public parce que pour avoir des clients, il se doit d’être performant sans quoi, les portes se fermeront.

Pourquoi un jeune politicien comme Gabriel Nadeau-Dubois voudrait-il empêcher des milliers d’enfants d’avoir accès à ce dont il a lui-même bénéficié au Collège Regina Assumpta de Montréal ? « Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ».

L’État omniprésent, l’interdiction de tout ce qui priver et la création de monopoles gouvernementaux, c’est un peu ça la lente soviétisation du Québec. Jean-François Lisée n’a pas tort quand il parle du « Politburo ».
Voir aussi

Rappel : Les Québécois veulent des bons d’étude Sondage Léger : 55 % des Québécois (63 % des parents) se montrent très ouverts à la mise en place des chèques éducation, le gouvernement octroyant une somme fixe pour la scolarité de chaque enfant et laissant alors les parents choisir l’école publique ou privée qu’ils privilégient.

Bermude abroge le mariage de même sexe et le remplace par une union civile

L’abrogation du mariage de même sexe par l’île de Bermude serait une première dans le monde.


La législation remplaçant le « mariage homosexuel » par des « partenariats conjugaux » (des unions civiles) aux Bermudes a été promulguée par le gouverneur mercredi. Les critiques de cette loi l’ont qualifiée de recul sans précédent des droits civils sur le territoire insulaire britannique.

Le ministre de l’Intérieur Walton Brown a déclaré que la législation signée par le gouverneur John Rankin visait à équilibrer l’opposition au « mariage homosexuel » sur l’île socialement conservatrice tout en se conformant aux décisions des tribunaux européens [les vrais maîtres ?] qui garantissent la reconnaissance et la protection des couples de même sexe sur le territoire.

Le Sénat et la Chambre d’assemblée des Bermudes avaient adopté à une large majorité la loi en décembre et une majorité d’électeurs se sont opposés au « mariage homosexuel » lors d’un référendum.

« La loi vise à établir un juste équilibre entre deux groupes actuellement inconciliables aux Bermudes [et quelque part dans un tribunal non élu en Europe apparemment], en réaffirmant que le mariage doit être une union entre un homme et une femme tout en reconnaissant et en protégeant les droits des couples de même sexe », [...] Les couples dans une union civile officielle auront désormais des droits « équivalents » à ceux des couples hétérosexuels mariés, y compris le droit de prendre des décisions médicales au nom de leur partenaire, a indiqué Brown dans un communiqué publié par le gouvernement. Une demi-douzaine de « mariages de même sexe » ont été célébrés aux Bermudes depuis la légalisation de celui-ci par une décision de justice en mai 2017 et l’abrogation de celui-ci par la nouvelle loi [les tribunaux sont devenus les décideurs des questions de société, voir La Cour suprême du Canada : décideur politique de l’année 2014].

Source

Éthique et culture religieuse : imposture et manipulation

Joseph Facal a reçu un courriel d’un étudiant de secondaire cinq, dont il tait le nom.

Le jeune homme apprécie son professeur d’Éthique et culture religieuse, mais s’insurge, exemples à l’appui, contre les biais tendancieux contenus dans le manuel du cours.

Facal a souvent écrit que ce cours — non pas tel qu’il est enseigné par le prof X ou Y, mais tel qu’il a été voulu — est une imposture motivée idéologiquement.

Nous reproduisons le texte de M. Facal, le texte entre crochets est de ce carnet.

Endoctrinement

On part de l’idée juste selon laquelle les croyances religieuses sont un phénomène trop important pour ne pas être étudié à l’école.

Mais au lieu de l’étudier objectivement, comme on étudierait un régime politique ou un système économique, les manuels utilisés valorisent le religieux, toujours présenté de façon vertueuse, jamais examiné sous l’angle de la raison critique. [Notons une autre erreur : considérer que toutes les religions sont de même nature, sont également respectables et se valent.]

Le questionnement de la religion y est dépeint comme un manque d’ouverture, de respect, ou une atteinte aux libertés.

On ne dit rien ou presque du mal que l’on peut faire au nom de la religion. [On le dit peu, mais ce n’est pas absent. On ne dit pas non plus que l’athéisme au XXe siècle a causé des dizaines, voire des centaines, de millions de morts et de persécutés...]

Fondamentalement, le jeune se fait expliquer qu’il est bon de croire sans preuve et il est découragé de questionner cela, au nom du prêchi-prêcha de l’idéologie multiculturaliste. [C’est surtout le multiculturalisme qui motive le programme, pas la volonté de croire sans preuve. Pour les concepteurs du programme et leurs appuis politiques, il faut trouver une manière de garantir le « vivre-ensemble » dans un Québec que les partis politiques (PQ comme PLQ et même l’ADQ) veulent de plus en plus multiethnique et multiconfessionnel. Voir Démographie — En 15 ans, les minorités visibles sont passées au Québec de 7 % à 13 % de la population.]

Ici, le manuel en cause est intitulé Tête à tête, édité par les éditions Grand Duc. [Ce n’est pas le pire...]

Dans le paragraphe sur le débat suscité par la charte des valeurs québécoises, la seule position évoquée est celle... d’Amnistie internationale. [Tous les manuels québécois sont approuvés par le BAMD, ils sont tous teintés de correctivisme politique. Voir Manuel d’histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part.]

On souligne lourdement que cet organisme lutte pour le respect des droits humains [de la personne] dans le monde et voyait dans la charte une atteinte à la liberté d’expression.

C’est tout, rien d’autre, sujet clos, prochain appel.

Plus loin, on dit que la France interdit les signes religieux dans les écoles. C’est suivi de la mention qu’au Québec, faire cela serait une pratique « discriminatoire ».

Vrai, mais il y a absence de toute mise en contexte et aucune présentation du raisonnement du législateur français.

Tout ce que l’élève doit retenir est : la France « discrimine », et c’est mal ; ici, on ne fait pas cela, et c’est bien.

Ailleurs, le manuel avance qu’il y aurait quatre attitudes possibles face au phénomène religieux : ouverture, intolérance, tolérance, indifférence.

L’« ouverture », c’est « faire des accommodements raisonnables ». Lesquels ? Quand ? Rien.

L’« intolérance », c’est « manquer d’intérêt [...] » pour la religion.

L’« indifférence », c’est « être agressif et imposer son point de vue ».

Du grand n’importe quoi, et malhonnête en plus.

Lucide

Le voile, lit-on, indispose ceux attachés à l’égalité hommes-femmes. Mais c’est immédiatement suivi de : « les raisons de le porter sont multiples et personnelles ». Bref, il ne faut pas juger.

Au cas où l’étudiant n’aurait toujours pas compris, on martèle encore qu’il serait « discriminatoire de l’interdire » en raison des chartes.

Combien reste-t-il de ces jeunes qui refusent de se faire laver le cerveau ?

Voir aussi

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Enseignante d’ECR déguisée en curé... enfin pas dans la Voix de l’Est

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Joëlle Quérin et « La face cachée du cours Éthique et culture religieuse »

mercredi 7 février 2018

Démographie : en 2050 pour un Européen proche de 50 ans, il y aura trois Africains de moins de 30 ans

Le journaliste et universitaire Stephen Smith publie un ouvrage saisissant sur la dynamique migratoire africaine. D’une ampleur sans précédent dans l’histoire, elle sera le défi de l’Europe du XXIe siècle, et peut-être aussi en partie du Québec puisque toute la croissance « francophone » viendra d’Afrique. Voir Démographie — En 15 ans, les minorités visibles (pas toutes francophones ni francophiles) sont passées au Québec de 7 % à 13 % de la population.

Journaliste-écrivain et universitaire, Stephen Smith a tenu la rubrique Afrique de Libération (1988-2000) puis du Monde (2000-2005). Il a travaillé comme analyste pour les Nations unies et L’International Crisis Group [en anglais dans le texte]. Depuis 2007, il est professeur à l’Université de Duke aux États-Unis, où il enseigne les études africaines. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages publiés en France, dont
Négrologie : pourquoi l’Afrique meurt ou Oufkir, un destin marocain et d’ouvrages coécrits avec Antoine Glaser comme Ces Messieurs Afrique ou Comment la France a perdu l’Afrique.

Présentation de l’éditeur

L’Europe vieillit [vrai] et se dépeuple [note du carnet : pas vraiment pour l'instant]. L’Afrique déborde de jeunes et de vie. Une migration de masse va se produire [probablement]. Son ampleur et ses conditions constituent l’un des plus grands défis du XXIe siècle.

L’Union européenne compte aujourd’hui 510 millions d’habitants vieillissants ; l’Afrique 1,25 milliard, dont quarante pour cent ont moins de quinze ans. En 2050, 450 millions d’Européens feront face à 2,5 milliards d’Africains. D’ici à 2100 [note du carnet : il faut se méfier des projections à 82 ans...], trois personnes sur quatre venant au monde naîtront au sud du Sahara.

L’Afrique « émerge ». En sortant de la pauvreté absolue, elle se met en marche. Dans un premier temps, le développement déracine : il donne à un plus grand nombre les moyens de partir. Si les Africains suivent l’exemple d’autres parties du monde en développement, l’Europe comptera dans trente ans entre 150 et 200 millions d’Afro-Européens, contre 9 millions à l’heure actuelle.

Une pression migratoire de cette ampleur va soumettre l’Europe à une épreuve sans précédent, au risque de consommer la déchirure entre ses élites cosmopolites et ses populistes nativistes. L’État-providence sans frontières est une illusion ruineuse. Vouloir faire de la Méditerranée la douve d’une « forteresse Europe » en érigeant autour du continent de l’opulence et de la sécurité sociale des remparts – des grillages, un mur d’argent, une rançon versée aux États policiers en première ligne pour endiguer le flot – corrompt[rait] les valeurs européennes.

L’égoïsme [... le terme culpabilisant !] nationaliste et l’angélisme humaniste sont uniment dangereux. Guidé par la rationalité des faits, cet essai de géographie humaine assume la nécessité d’arbitrer entre intérêts et idéaux.






Extraits d’un entretien sur son livre dans le Figaro.

— Votre livre fait état de l’extraordinaire vitalité démographique de l’Afrique. Quelles sont les proportions de ce dynamisme ?

Stephen SMITH. — Historiquement, l’Afrique est sous-peuplée. Cinquante fois grande comme la France, elle ne comptait qu’environ 150 millions d’habitants dans les années 1930. Mais c’est alors que la donne démographique a basculé grâce aux progrès de l’hygiène, de la médecine tropicale et de la politique coloniale dite « de mise en valeur ». Le développement a été une invention coloniale, la nouvelle « mission civilisatrice » pour justifier la domination de populations « différentes » et, bien sûr, pour en tirer avantage. Aujourd’hui, l’Afrique compte 1,3 milliard d’habitants. Elle en comptera 2,5 milliards en 2050, quand sa population aura été multipliée par 17 — par rapport à 1,7 pour la population française. Si la France [avait suivi] la courbe de l’Afrique, elle compterait en 2050 non pas 70 millions, mais 700 millions d’habitants, une moitié de la Chine actuelle. L’Europe, dans son ensemble, était deux fois plus peuplée que l’Afrique dans les années 1930. Dans une génération, en 2050, ses 450 millions d’habitants auront 2,5 milliards de voisins africains. Statistiquement, pour un Européen proche de la cinquantaine, il y aura trois Africains de moins de trente ans.


—  Justement, vous insistez beaucoup sur la « jeunesse » de l’Afrique. Pourquoi ?

Stephen SMITH. —  Parce qu’elle est capitale dans un continent où le « principe de séniorité », c’est-à-dire la prime de pouvoir et de prestige traditionnellement accordée aux aînés, surtout aux hommes, reste la ligne de fracture qui prive d’égalité les jeunes et, en particulier, les jeunes femmes. Or, aujourd’hui, au sud du Sahara, entre 40 et 45 % de la population a moins de… 15 ans ! Sur une planète qui « grisonne », y compris en Asie et en Amérique latine, c’est l’exception mondiale. La jeunesse de l’Afrique est sans précédent historique. Tous les quinze ans, la moitié de la population subsaharienne se renouvelle. L’Afrique « ancestrale » est broyée par l’engrenage des générations qui « tournent » rapidement. Ses normes et ses valeurs ne sont plus transmises, faute de mentors. Les jeunes se « débrouillent », ils se réinventent.

—  Pour vous, c’est là le moteur du « grand départ » à tous les niveaux…

Stephen SMITH. —  Oui, parce que, depuis un peu plus d’un siècle, les jeunes quittent en masse les villages, ils s’installent dans des villes puis des mégapoles — comme Lagos, au Nigeria, avec plus de 20 millions d’habitants — qui sont aux deux tiers des bidonvilles. La prochaine vasque de cette fontaine migratoire sera l’extérieur du continent, principalement l’Europe. Et, comme l’Europe à la fin de sa transition démographique entre 1850 et la Première Guerre mondiale, quand 60 millions d’Européens sur 300 millions sont partis vivre ailleurs, notamment en Amérique, les jeunes Africains vont tenter de bâtir une meilleure vie ailleurs. À cela, trois préalables : d’abord, un minimum de prospérité chez eux, qui leur permet de réunir les moyens nécessaires pour un voyage cher et, souvent, clandestin — ce qui implique que « l’Afrique émergente » se mette en route bien plus que « l’Afrique de la misère » et que, dans un premier temps, l’aide au développement accélère la noria migratoire ; ensuite, des communautés d’immigrés déjà installées en Europe, qui facilitent l’installation des nouveaux venus ; enfin, un écart toujours important entre les revenus ici et là-bas. Ce qui est le cas, puisque sa croissance démographique incontrôlée « noie » les progrès que l’Afrique accomplit. En 1960, un peu plus de la moitié des Africains vivait sous le seuil de la pauvreté ; maintenant, c’est un peu moins de la moitié, mais sur un nombre deux fois plus important…

— Y a-t-il une différence entre la démographie du Maghreb et celle de l’Afrique subsaharienne ?

Stephen SMITH. — Le Maghreb est en train d’achever sa transition démographique et, si les conditions politiques sont réunies, empruntera une trajectoire semblable à celle du Mexique. Entre 1975 et 2010, des Mexicains ont quitté massivement leur pays pour les États-Unis, où les Mexicains-Américains représentent aujourd’hui 10 pour cent de la population. Mais, depuis dix ans, le solde migratoire s’est inversé — ce que Trump ignore pour brandir la menace d’une « invasion », qui n’aura pas lieu, et ramasser le vote des populations blanches pauvres que la mondialisation a privées de leur « prime impériale ». Leur maison, leur voiture et le consumérisme ne leur sont plus garantis du seul fait d’être nés américains. En Europe, aussi, les inégalités à l’intérieur explosent alors que le fossé entre « pays riches » et « pays pauvres » se réduit en fait.



—  Vous décrivez la vitalité religieuse de l’Afrique subsaharienne. Quel christianisme domine ? Quel islam s’impose ?

Stephen SMITH. —  En France, où le protestantisme « born again » était marginal, on a tardé à prendre conscience de la révolution pentecôtiste, qui a transformé l’Afrique subsaharienne depuis les années 1980. Régis Debray a attiré l’attention sur le « néo-protestantisme à l’américaine », qui est entré dans les cités françaises du fait de l’immigration. Je parlerais plutôt de « l’Évangile de la prospérité », qui triomphe dans les anciennes marges du monde. En Afrique, il bat en brèche les traditions. Les « frères et sœurs dans la foi » servent de nouveaux réseaux de solidarité aux hommes et, surtout, aux femmes qui cherchent à s’affranchir des contraintes familiales et, plus largement, coutumières. Il s’agit surtout de jeunes, on vient de le voir. De son côté, l’islam, qui diversifie également son offre, leur propose une armature morale contre la « dépravation occidentale », la corruption sous toutes ses formes. L’avenir du christianisme, plus que de l’islam, se joue au sud du Sahara. L’Afrique subsaharienne, qui représente aujourd’hui 16 % des musulmans et 25 % des chrétiens dans le monde, en comptera en 2050, respectivement, 27 et 42 %.

—  Vous rappelez le rapport des Nations unies qui, au début du XXIe siècle, préconisait une immigration importante et régulière en Europe jusqu’en 2060 pour pallier le déclin démographique. Est-il toujours d’actualité ?

Stephen SMITH. —  C’était une scénarisation utile même si, depuis, le discours d’extrême droite a installé un malaise par rapport à une migration dite « de remplacement ». À mes yeux, l’idée de faire appel à 86 millions d’étrangers pour rajeunir l’Europe (ce que recommandait le rapport des Nations unies, NDLR) souffre de deux défauts. D’abord, elle ignore la dynamique migratoire propre à l’Afrique, le début de « décollage » du continent qui pourrait déclencher des départs plus massifs encore. Ensuite, pour ce qui est des besoins en « bras et cerveaux » de l’Europe vieillissante, elle fait l’impasse sur les gains en longévité qui pourraient stabiliser la population active, et donc les systèmes de sécurité sociale, d’autant que la robotisation va encore contracter le marché du travail. Depuis 1900, une vie occidentale statistique est passée de 47 à 78 ans. Il n’y a aucune raison pour que ces trente ans supplémentaires soient entièrement « privatisés » sous forme de retraite aux frais des jeunes cotisants. Mais sur le plan électoral, c’est un message qui passe mal.
[...]

—   Selon vous, cette « ruée vers l’Europe » peut suivre cinq scénarios. Lesquels ?

Stephen SMITH. —  Sommairement, ça va de « l’Eurafrique heureuse » — une sorte de miracle de la Pentecôte où toutes les langues étrangères se mêleraient dans une communion universelle — à la dérive politico-mafieuse, soit la traite des migrants, ce qui provoquerait une réaction populiste au profit de l’extrême droite. L’Europe-forteresse derrière un rempart d’argent, déjà en construction en Turquie, en Libye et dans les États sahéliens censés fixer les dunes humaines en échange de subventions, ne serait en fait pas si différente d’un retour du « réflexe colonial », directement interventionniste dans les pays d’origine. Enfin, une combinatoire de toutes ces mauvaises solutions, pour « tenir » sous prétexte de pragmatisme « sans excès », n’est pas non plus à exclure. Mais le défi est énorme. À mon avis, il ne peut être relevé que par une Europe qui ne serait ni bornée ni borgne. Les bornés sont obsédés par la frontière qu’ils voient en barrière baissée, sans comprendre que c’est un espace de négociation du passage, surtout entre voisins dont le sort est lié. Les borgnes ressemblent au Cyclope de la légende, ils se prennent pour des géants moraux, mais ne voient rien, ni l’Ulysse qui se joue d’eux ni les conséquences dramatiques — les tensions, les malheurs — qui résultent de leur manque de vigilance. Il me semble que la lucidité gagne du terrain, notamment en France depuis le recul du Front national. Mais il y a toujours une Europe qui a peur de perdre son « âme » et une autre qui veut à tout prix prouver qu’elle en a une.

[...]