À l’échelle du petit monde de Saint-Germain-des-Prés, c’est un véritable séisme.
Le roman à succès de l’écrivain haïtien qui vit au Québec, Thélyson Orélien (ci-dessous), a-t-il été écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle ? C’est ce que nous disent les meilleurs logiciels destinés à repérer ces contrefaçons. Leur jugement semble accablant ainsi que celui des experts les plus pointus.
Le roman à succès de l’écrivain haïtien qui vit au Québec, Thélyson Orélien (ci-dessous), a-t-il été écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle ? C’est ce que nous disent les meilleurs logiciels destinés à repérer ces contrefaçons. Leur jugement semble accablant ainsi que celui des experts les plus pointus.
Le soupçon est d’autant plus grave que son roman, C’était ça ou mourir, est en lice pour les plus prestigieux prix littéraires français comme le Goncourt et qu’il a déjà remporté celui du roman de la FNAC. Jusqu’à mardi, Thélyson Orélien était considéré comme la révélation de cette rentrée littéraire. En France, et pour le Québec, ce n’est pas rien.
Pour le néophyte cette accusation est à la fois terrible et déconcertante. C’est un peu comme si on lui demandait de juger de la qualité des vaccins contre la Covid. Depuis deux jours, plus les experts défilent à la télévision, moins le quidam s’y retrouve.
Mais c’était avant que l’on découvre que, dans ses chroniques, Thélyson Orélien a allègrement plagié des articles de la presse étrangère. Si l’on pouvait certes douter de la première accusation et croire que les nombreux logiciels qui détectent les textes écrits par l’IA avaient des failles, il n’en va pas de même pour la seconde.
Plusieurs de ses articles écrits il y a plus d’une décennie ne sont en réalité que des traductions littérales et bancales d’articles ou d’extraits de livres, comme vient de le reconnaître La Presse. Sa chronique « Ne mettons pas nos héros sur un piédestal » publiée le 28 février 2013 reproduit mot pour mot de larges extraits de celle de Dean Andy Bautista dans le Philippine Star, « My four centavos » (23 février 2013). Même chose pour « Le prochain pape devrait être plus jeune » (15 février 2013) qui reproduit en partie un éditorial de The Hindu. Dans plusieurs textes, l’auteur n’hésite pas non plus à s’approprier des extraits du « futurologue » Alvin Toffler sans jamais le citer.
Last but not least, sa nouvelle « Où va le monde » qui reçut le Prix du public de Radio-Canada en 2014 était plagiée d’un texte de l’écrivain français Louis Pauwels. [Note du carnet: Il s'agit de préface du Matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier, publié en 1960.] Notons en passant qu’au moment où la polémique éclatait, Thélyson Orélien faisait opportunément disparaître son blog personnel.
Ici, il n’est plus question de débat entre spécialistes et d’évaluation technique de la qualité d’un logiciel. Il n’y a plus la moindre marge d’erreur. Il suffit de savoir lire. Or, la crédibilité de Thélyson Orélien sort de cette épreuve pour le moins égratignée. Sinon en pièces.
Comment croire que l’écrivain a eu plus de scrupules à utiliser l’IA pour son roman comme l’indiquent les logiciels les plus perfectionnés ?
Un véhicule de la pensée unique
Si l’affaire ébranle tout le milieu littéraire, c’est qu’au-delà de la personne de Thélyson Orélien, elle pose des questions abyssales.
On se demande en effet comment, si ce roman a vraiment été écrit (coécrit ou réécrit) par l’IA, il a pu être à ce point encensé par les meilleurs critiques de France et de Navarre ? Comment expliquer qu’il ait pu franchir tous les filtres qui normalement précèdent une candidature à ces prestigieux prix littéraires, et être publié par deux éditeurs respectés ? Comment ne pas avoir le vertige en se disant que l’IA serait dorénavant capable de produire un roman qui recueille les éloges de tant de critiques et parvient à séduire un public aussi vaste ?
La réponse à ces questions réside dans la nature même de l’IA.

Ici, il n’est plus question de débat entre spécialistes et d’évaluation technique de la qualité d’un logiciel. Il n’y a plus la moindre marge d’erreur. Il suffit de savoir lire. Or, la crédibilité de Thélyson Orélien sort de cette épreuve pour le moins égratignée. Sinon en pièces.
Comment croire que l’écrivain a eu plus de scrupules à utiliser l’IA pour son roman comme l’indiquent les logiciels les plus perfectionnés ?
Un véhicule de la pensée unique
Si l’affaire ébranle tout le milieu littéraire, c’est qu’au-delà de la personne de Thélyson Orélien, elle pose des questions abyssales.
On se demande en effet comment, si ce roman a vraiment été écrit (coécrit ou réécrit) par l’IA, il a pu être à ce point encensé par les meilleurs critiques de France et de Navarre ? Comment expliquer qu’il ait pu franchir tous les filtres qui normalement précèdent une candidature à ces prestigieux prix littéraires, et être publié par deux éditeurs respectés ? Comment ne pas avoir le vertige en se disant que l’IA serait dorénavant capable de produire un roman qui recueille les éloges de tant de critiques et parvient à séduire un public aussi vaste ?
La réponse à ces questions réside dans la nature même de l’IA.

Celle-ci ne construit ses réponses qu’en recoupant les informations qu’elle a pillées dans des centaines de milliers de documents. Elle ne rapporte pas ce qu’elle considère comme la « vérité » — comment une machine pourrait-elle se poser une question aussi existentielle ? —, mais l’opinion générale, dominante et majoritaire. Si tout le monde dit que la terre est plate, l’IA dira que la terre est plate. Elle ne fait que restituer le consensus mou de la société.
En ce sens, l’IA est un gigantesque véhicule de la pensée unique.
Il n’est donc pas difficile de croire qu’elle pourrait être en mesure d’écrire un roman qui tienne compte de ce qu’apprécie une majorité de lecteurs, qui reprend les formules les plus à la mode, construit des phrases faciles à lire, reprend des figures de style éprouvées. « Une langue morte et [des émotions pré]calibrée[s] », dit la chroniqueuse Élisabeth Lévy. Bref, un roman qui coche toutes les cases du succès littéraire.
Or, le roman de Thélyson Orélien est largement de cette eau. Il raconte l’histoire on ne peut plus édifiante de Jonas Dorléon, valeureux migrant qui quitte Haïti, traverse tous les obstacles les plus abominables pour arriver jusqu’à cette terre resplendissante appelée Québec où il pourra enfin s’émanciper. Même si, en passant, les autochtones pourraient être plus accueillants. Bref, Thélyson Orélien raconte l’histoire édifiante que tout le monde attendait. Celle qui nous rassure tous, pleine de bons sentiments, qui éponge les larmes de notre culpabilité et rassure nos bonnes âmes en confortant leur culte de l’Autre.
Malheureusement, le style est dans la même veine. À mille lieues d’un Aimé Césaire ou d’un Dany Laferrière, les phrases sont d’une simplicité déconcertante. Pas la moindre complexité syntaxique. Pas de descriptions un peu senties d’un paysage ou des personnages — un adjectif suffit, une brève figure de style souvent convenue et parfois même incompréhensible. Pas la moindre sonorité créole, à part les dialogues évidemment. Et surtout cette impression permanente de survoler le monde sans y toucher comme le ferait un touriste en mal de frissons.
L’« emblème de la diversité »
Mais, il y a une autre explication à l’ascension phénoménale de Thélyson Orélien. C’est le préjugé favorable dont il aurait bénéficié à cause de ses origines. Impossible de mettre de côté cette question que tout le monde se pose, mais que personne n’ose formuler.
On nous accusera de préjugés racistes. Mais d’où pourrait bien venir cette interrogation sinon de ces politiques qui pratiquent ouvertement et ostensiblement la discrimination positive ?
C’est un secret de polichinelle qu’à notre époque nombre de rédacteurs en chef et de directeurs littéraires ont tendance à privilégier une œuvre lorsqu’elle vient d’un membre d’une minorité raciale, ethnique ou sexuelle. On peut parier que Thélyson Orélien n’aurait pas eu accès à des tribunes aussi prestigieuses s’il n’avait pas correspondu aux critères des programmes d’égalité, de diversité et d’inclusion (EDI) qui sont devenus le credo du monde médiatique.
On peut d’ailleurs se demander si l’écrivain haïtien ne serait pas le double de Jason Arday, cet universitaire britannique de 41 ans qui s’est suicidé après qu’on eut découvert qu’il avait plagié une grande partie de sa thèse de doctorat et menti effrontément sur son parcours universitaire.
La grande question alors posée fut de savoir comment ce fils de parents ghanéens avait pu franchir tous les filtres qui empêchent normalement un tel escroc d’accéder à ces postes. Poser la question, c’était y répondre puisque Cambridge rêvait depuis des années de recruter un professeur qui serait l’« emblème de la diversité », selon les mots du Telegraph.
Ce n’est pas un hasard si Arday vient du Royaume-Uni et Orélien du Québec, deux champions des programmes d’EDI.
Difficile de prédire comment se terminera cette histoire tant les enjeux économiques et idéologiques sont considérables. Chose certaine, ceux qui croyaient servir une cause juste ont fait le contraire. Si la forfanterie du plagiaire Thélyson Orélien devait triompher, imaginez la suspicion qu’elle ferait peser sur le travail de tous ces jeunes auteurs qui s’acharnent, eux, à construire une œuvre littéraire.
Voir aussi
En ce sens, l’IA est un gigantesque véhicule de la pensée unique.
Il n’est donc pas difficile de croire qu’elle pourrait être en mesure d’écrire un roman qui tienne compte de ce qu’apprécie une majorité de lecteurs, qui reprend les formules les plus à la mode, construit des phrases faciles à lire, reprend des figures de style éprouvées. « Une langue morte et [des émotions pré]calibrée[s] », dit la chroniqueuse Élisabeth Lévy. Bref, un roman qui coche toutes les cases du succès littéraire.
Or, le roman de Thélyson Orélien est largement de cette eau. Il raconte l’histoire on ne peut plus édifiante de Jonas Dorléon, valeureux migrant qui quitte Haïti, traverse tous les obstacles les plus abominables pour arriver jusqu’à cette terre resplendissante appelée Québec où il pourra enfin s’émanciper. Même si, en passant, les autochtones pourraient être plus accueillants. Bref, Thélyson Orélien raconte l’histoire édifiante que tout le monde attendait. Celle qui nous rassure tous, pleine de bons sentiments, qui éponge les larmes de notre culpabilité et rassure nos bonnes âmes en confortant leur culte de l’Autre.
Malheureusement, le style est dans la même veine. À mille lieues d’un Aimé Césaire ou d’un Dany Laferrière, les phrases sont d’une simplicité déconcertante. Pas la moindre complexité syntaxique. Pas de descriptions un peu senties d’un paysage ou des personnages — un adjectif suffit, une brève figure de style souvent convenue et parfois même incompréhensible. Pas la moindre sonorité créole, à part les dialogues évidemment. Et surtout cette impression permanente de survoler le monde sans y toucher comme le ferait un touriste en mal de frissons.
L’« emblème de la diversité »
Mais, il y a une autre explication à l’ascension phénoménale de Thélyson Orélien. C’est le préjugé favorable dont il aurait bénéficié à cause de ses origines. Impossible de mettre de côté cette question que tout le monde se pose, mais que personne n’ose formuler.
On nous accusera de préjugés racistes. Mais d’où pourrait bien venir cette interrogation sinon de ces politiques qui pratiquent ouvertement et ostensiblement la discrimination positive ?
C’est un secret de polichinelle qu’à notre époque nombre de rédacteurs en chef et de directeurs littéraires ont tendance à privilégier une œuvre lorsqu’elle vient d’un membre d’une minorité raciale, ethnique ou sexuelle. On peut parier que Thélyson Orélien n’aurait pas eu accès à des tribunes aussi prestigieuses s’il n’avait pas correspondu aux critères des programmes d’égalité, de diversité et d’inclusion (EDI) qui sont devenus le credo du monde médiatique.
On peut d’ailleurs se demander si l’écrivain haïtien ne serait pas le double de Jason Arday, cet universitaire britannique de 41 ans qui s’est suicidé après qu’on eut découvert qu’il avait plagié une grande partie de sa thèse de doctorat et menti effrontément sur son parcours universitaire.
La grande question alors posée fut de savoir comment ce fils de parents ghanéens avait pu franchir tous les filtres qui empêchent normalement un tel escroc d’accéder à ces postes. Poser la question, c’était y répondre puisque Cambridge rêvait depuis des années de recruter un professeur qui serait l’« emblème de la diversité », selon les mots du Telegraph.
Ce n’est pas un hasard si Arday vient du Royaume-Uni et Orélien du Québec, deux champions des programmes d’EDI.
Difficile de prédire comment se terminera cette histoire tant les enjeux économiques et idéologiques sont considérables. Chose certaine, ceux qui croyaient servir une cause juste ont fait le contraire. Si la forfanterie du plagiaire Thélyson Orélien devait triompher, imaginez la suspicion qu’elle ferait peser sur le travail de tous ces jeunes auteurs qui s’acharnent, eux, à construire une œuvre littéraire.
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