vendredi 24 novembre 2017

L'assistante intimidée par l'université Wilfrid Laurier ne croit pas en la sincérité des excuses de l'université

On se rappellera que la diffusion dans une classe universitaire d’un extrait de trois minutes de l’émission The Agenda a mis en émoi le monde de l’enseignement supérieur en Ontario.

The Agenda est une émission diffusée aux heures de grande écoute sur la chaîne gouvernementale de l’Ontario, TVO. Elle est animée par un Steve Paikin (ci-dessous) toujours serein et d’une onctueuse politesse.

Steve Paikin
 The Agenda prend souvent la forme d’une table ronde d’une heure et sélectionne ses panélistes en tenant compte des subtilités raffinées de la rectitude politique. L’émission est ardemment progressiste, ses partisans — et ils sont nombreux — le sont tout autant.

Pourtant, trois minutes de cette émission ont secoué le monde universitaire de l’Ontario. Comment est-ce possible ? Notons que la CBC insiste dans chacun de ses reportages ou articles pour dire que la vidéo serait « controversée ».

Une assistante, étudiante de troisième cycle, Lindsay Shepherd, de l’Université Wilfrid Laurier (UWL), a joué devant sa classe en communications un extrait de trois minutes de The Agenda qui portait sur le sujet des pronoms personnels « genrés ». En conséquence, elle s’est retrouvée accusée de « transphobie » et soumise à la surveillance directe des hautes sphères de Wilfred Laurier.

Lindsay Sheperd

Shepherd a été convoquée devant Adria Joel, directrice par intérim du programme « Prévention de la violence sexiste », en compagnie du coordonnateur du programme Herbert Pimlott et de son professeur superviseur en communications, Nathan Rambukkana. Ils étaient « troublés ».

Ils l’étaient par le fait que le fragment choisi laissait la parole à deux invités qui défendaient leurs points de vue antagonistes, le tout sereinement arbitré par l’animateur. L’erreur de Shepherd — telle que révélée par l’enregistrement de cette séance d’intimidation devant ses supérieurs hiérarchiques — est qu’elle ne soit pas intervenue pour condamner les propos du professeur Jordan Peterson. Ce professeur de l’Université de Toronto s’oppose à l’imposition des pronoms non genrés promus par certains LGBTQ2AI+  (par exemple « per », « ve », « xe », « ze » ou « zie », considérés neutres, à la place de « she » et « he » honnis, car genrés).

Dans le dossier des pronoms genrés, Jordan Peterson est une muleta du rouge le plus cramoisi pour les taureaux fumants que sont les guerriers de la justice sociale (SJW) qui hantent certains campus universitaires. Ils le considèrent comme l’Atilla de la grammaire or, depuis Roland Barthes, l’on sait que la grammaire est fasciste.

Peterson conteste ouvertement (et courageusement) certains des dogmes progressistes qui dominent l’université actuelle. Il a fait preuve d’un scepticisme presque socratique envers tout un pan du correctivisme politique qui sévit dans les facultés occidentales. On comprend mieux qu’il soit désormais considéré comme un paria par ses détracteurs. Le superviseur de Lindsay Sheperd, Nathan Rambukkana, l’a même comparé à Hitler...

L’intimidation patente de la part l'administratrice et les professeurs de l’université envers la jeune Lindsay Sherperd a causé un ramdam médiatique et l’intervention de certains politiciens comme le chef du Parti conservateur à la Chambre des communes.

L’hon. Andrew Scheer (chef de l’opposition, PCC)

Monsieur le Président, le Premier ministre se joindra-t-il à moi pour condamner la répression monumentale de la liberté d’expression à l’Université Wilfrid Laurier ?

L’hon. Kirsty Duncan (ministre des Sciences, Lib. pour Justin Trudeau absent)

Monsieur le Président, le gouvernement est résolu à créer des espaces ouverts où les Canadiens pourront débattre et exprimer leurs opinions. Dans une société libre, on peut être en désaccord avec autrui, mais il faut défendre le droit de chacun d’avoir sa propre opinion, à moins que celle-ci ne fasse valoir la haine. L’intolérance et la haine n’ont pas leur place dans la société canadienne ni dans nos établissements d’enseignement postsecondaire. Nous continuerons de lutter pour le respect des droits conférés aux Canadiens par la Charte et pour faire en sorte que tous les Canadiens se sentent en sécurité dans leur collectivité.

L’hon. Andrew Scheer (chef de l’opposition, PCC)
Monsieur le Président, j’ignore pourquoi le Premier ministre ne dénonce pas tout simplement ce qui s’est produit à l’université.

La Society for Academic Freedom and Scholarship (la Société pour la liberté universitaire) a publié une lettre en soutien à Lindsay Shepherd, disant que la mission de l’Université n’est pas de protéger les étudiants contre certaines opinions.

« Le but d’une discussion en classe, cependant, n’est pas de faire en sorte que les étudiants adoptent des croyances ou des attitudes particulières, mais de les aider à se faire leur propre opinion », affirme la lettre. « Exiger que les assistants condamnent certains points de vue exposés contredit ce but, car l’assistant pédagogique ferait alors pression sur les étudiants pour qu’ils rejettent certaines opinions ».

Le même jour, au micro de la radio CBC, le chef conservateur fédéral Andrew Scheer a appelé la réunion à laquelle Shepherd a été convoquée par l’université (2 professeurs et une administratrice) de véritable « inquisition » et qu’à l’écoute de l’enregistrement il ne pouvait pas en croire ses oreilles.

Mardi, devant la levée de boucliers, la présidente de l’Université Wilfrid Laurier de Waterloo s’excusait de la façon dont les professeurs de l’université avaient traité la ou les plaintes déposées (l’université n’a pas voulu indiquer leur nombre ni leur teneur exacte) contre l’assistante Lindsay Shepherd.

Mercredi, Lindsay Shepherd s’est dite contente que son professeur superviseur et la présidente de l’Université Wilfrid Laurier à Waterloo se soient excusés. Mais elle a ajouté que, selon elle, ils n’avaient pas le choix.

Mlle Sheperd a déclaré à la CBC : « Je ne m’attendais pas à ce que leurs excuses soient sincères, je ne pense pas qu’elles le soient. »

Linday Shepherd a déclaré que la question était loin d’être réglée étant donné que Laurier poursuit son enquête confiée à des tiers et qu’un groupe de travail se penchera sur la façon dont l’université pourra favoriser « d’importantes discussions d’une manière réfléchie et déterminée ».

Mlle Shepherd a affirmé ne pas savoir ce que cela signifiait.

« Bien que l’université ait réussi à limiter les dégâts en public, celle-ci n’a pris aucune mesure pour éviter que ce type d’incident ne reproduise à l’avenir si quelqu’un se retrouvait dans ma situation », a-t-elle déclaré à Craig Norris, de l’émission The Morning Edition de CBC Kitchener-Waterloo.

« C’est un peu dommage que l’université n’ait pris aucun engagement à long terme pour s’assurer que les étudiants pourront débattre librement à l’avenir de sujets en classe ».

Linday Shepherd regrette que l’université Wilfred Laurier ne profite pas de cet incident pour adopter la déclaration de l’université de Chicago qui défend la liberté d’expression même si des étudiants se disent offensés par des propos qu’ils considèrent comme « controversés ».


Sauf dans la mesure où des restrictions à cette liberté [d’expression] sont nécessaires au fonctionnement de l’Université, l’Université de Chicago respecte pleinement et soutient la liberté de tous les étudiants, professeurs et employés de « discuter de tout problème qui se présente » sans ingérence.

Cela ne veut pas dire que cette liberté est absolue. Dans des circonstances étroitement définies, l’Université peut restreindre à bon droit l’expression, par exemple, lorsqu’elle enfreint la loi, menace, harcèle ou diffame, ou envahit de manière substantielle la vie privée d’autrui ou menace la confidentialité. En outre, l’Université peut raisonnablement réglementer l’heure, le lieu et le mode d’expression pour s’assurer qu’elle ne perturbe pas les activités ordinaires de l’Université.

Toutefois, l’Université est foncièrement attachée au principe qu’elle ne puisse pas restreindre le débat ou la délibération parce que les idées avancées seraient offensantes, imprudentes, immorales ou erronées pour certains. C’est aux membres de la communauté universitaire de déterminer si les propos le sont et pour eux-mêmes.

En corollaire à cet engagement, les membres de la communauté universitaire doivent également respecter ce principe. Bien que les professeurs, les étudiants et le personnel soient libres de critiquer, de contester et de condamner les opinions exprimées sur le campus, ils ne peuvent pas entraver, perturber ou autrement restreindre la liberté d’autrui à exprimer des opinions qu’ils rejettent ou même détestent.


L’émission en question. Imaginez : un débat contradictoire ! (En anglais uniquement)
On remarque que Jordan Peterson  n’aurait pas de difficulté à appeler « elle » un homme transgenre à l’apparence féminine s’il lui demandait, mais il s’oppose à ce qu’on rende obligatoire l’utilisation de pronoms inventés ou à forcer d’utiliser « they » pour parler d’une personne, confondant le pluriel et le singulier par décision politique.


Voir aussi

Université Wilfred Laurier (Ontario) — S’opposer aux pronoms transgenres (Jordan Peterson), c’est comme Hitler...


La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

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