jeudi 6 août 2026

L'icône diversitaire de Cambridge dans la tourmente pour plagiat et affabulations

Le professeur de sociologie Jason Arday (ci-contre), âgé de 41 ans, a démissionné hier soir de l'université de Cambridge à la suite d'accusations selon lesquelles il aurait plagié des travaux universitaires et menti au sujet de plusieurs de ses réalisations personnelles.

Table des matières
Excuses de la police et démission de Jason Arday

Le chef de la police métropolitaine de Londres (Met), Sir Mark Rowley, a reconnu aujourd'hui que ses services n'auraient jamais dû ouvrir une enquête de quatre mois contre un journaliste qui enquêtait sur le professeur Jason Arday.

Sir Mark Rowley a déclaré ce matin que la police avait « commis une erreur » après que le journaliste de Times Higher Education, Jack Grove, eut été signalé aux forces de l'ordre pour avoir envoyé un courrier électronique au professeur Arday afin de l'interroger sur des accusations de plagiat concernant sa thèse de doctorat.

Peu après, le professeur Arday a publié un communiqué annonçant, « avec une profonde tristesse », qu'il quittait avec effet immédiat ses fonctions à l'université de Cambridge ainsi qu'au Jesus College.

Depuis plusieurs mois, il était au cœur d'une controverse grandissante liée à des accusations selon lesquelles il aurait repris, sans attribution suffisante, des passages de la thèse d'un autre doctorant.

Il faisait également l'objet d'interrogations concernant une série d'affirmations spectaculaires relatives à son parcours personnel. Présenté comme une figure emblématique de la diversité en raison de son accession au titre de plus jeune professeur noir de l'histoire de Cambridge, il avait d'abord bénéficié du soutien de l'université, qui avait dénoncé une « campagne ignoble destinée à saper sa crédibilité ».

Mais après que la presse britannique eut révélé que plusieurs universités contestaient les affirmations du professeur Arday selon lesquelles il y aurait occupé des fonctions universitaires, Cambridge a annoncé hier l'ouverture d'une procédure.

Peu après cette annonce, le professeur Arday a présenté sa démission en déclarant :
« Cette décision ne doit pas être interprétée comme une perte de confiance dans la recherche universitaire ni dans les valeurs qui m'ont conduit à Cambridge. Elle ne doit pas davantage être considérée comme une acceptation des récits qui ont circulé à mon sujet.

C'est simplement la décision d'une personne qui est arrivée aux limites de ce qu'il est raisonnable d'exiger d'un être humain. »
Cette démission est l'aboutissement de plusieurs mois de rumeurs portant aussi bien sur ses travaux universitaires que sur ses réalisations personnelles présumées, notamment ses affirmations selon lesquelles il aurait récolté 5,5 millions de livres sterling pour des œuvres caritatives et exercé diverses fonctions dans plusieurs universités.

Un journaliste visé par une enquête policière pour avoir enquêté sur Jason Arday

Le journaliste de Times Higher Education, Jack Grove, avait précédemment raconté avoir reçu un appel téléphonique d'un officier de la Metropolitan Police lui annonçant qu'il faisait l'objet d'une enquête pour harcèlement, ouverte à la suite d'un signalement du professeur Arday.

L'officier lui avait indiqué que l'enquête était classée sans suite, tout en lui demandant de ne plus reprendre contact avec le professeur, au motif que ces démarches affectaient sa « santé mentale ».

Selon M. Grove, il avait adressé au professeur Arday trois courriers électroniques contenant une série de questions réparties sur deux mois, le dernier ayant été envoyé quatre mois avant l'appel de la police.

Interrogé ce matin sur LBC, Sir Mark Rowley a reconnu :
« Nous avons commis une erreur. Inutile de tourner autour du pot.

Cette affaire aurait dû être écartée d'emblée comme ne relevant pas d'une intervention policière. »
Invité à expliquer pourquoi des policiers avaient consacré quatre mois à examiner le dossier de Jack Grove, Sir Mark a poursuivi :
« Avec le recul, nous n'aurions jamais dû agir ainsi. Nous n'aurions jamais dû lui passer cet appel. »

Nombreux cas présumés de plagiat dans la thèse d'Arday

Le professeur Arday s'est retrouvé au cœur d'une vive controverse après avoir été accusé d'avoir repris, dans sa thèse de doctorat soutenue en 2015 à la Liverpool John Moores University, de longs passages d'un autre travail universitaire sans en mentionner suffisamment la source. Le Daily Telegraph a mis en évidence de très nombreuses similitudes — d'abord plus d'une centaine de passages, puis 188 phrases identiques ou quasi identiques — entre la thèse d'Arday et celle de Paula Zwozdiak-Myers, soutenue en 2009.

Universitaire licencié après avoir rendu publiques les accusations de plagiat

Bien que l'université ait mené une enquête interne concluant à l'absence de faute de la part du professeur Arday, la controverse est devenue publique en juin grâce à Nathan Cofnas, ancien universitaire de Cambridge, dont le contrat n'a pas été renouvelé en raison de ses positions qu'il qualifie lui-même de « réalistes sur le plan racial » (race-realist).

Alors qu'il travaillait à Cambridge, M. Cofnas avait suscité une vive polémique après plusieurs billets de blog contenant des affirmations controversées sur les questions raciales ; il avait notamment été accusé de défendre un « racisme abject ».

Depuis les révélations sur le plagiat présumé, de nombreux aspects de la biographie du professeur Arday ont fait l'objet d'un examen approfondi et de contestations.

Les affabulations présumées d'une figure emblématique de la diversité

Jason Arday est devenu une figure emblématique de la politique de diversité de Cambridge en accédant au rang de plus jeune professeur noir de l'histoire de l'université. Aujourd'hui, son parcours universitaire comme plusieurs de ses réalisations personnelles sont remis en question.

Sa biographie publiée sur le site du Jesus College faisait notamment état de fonctions exercées dans quatre universités prestigieuses du Royaume-Uni, des États-Unis et d'Afrique du Sud, où il était fellow jusqu'à sa démission.

Arday a raconté un parcours marqué par un diagnostic d'autisme, un retard global du développement et une dyslexie. Il affirme n'avoir commencé à parler qu'entre 11 et 12 ans et n'avoir appris à lire et à écrire qu'à l'âge de 18 ans. Il a attribué certaines erreurs académiques à son autisme et à une tendance à l'imitation, tout en minimisant les accusations portées contre lui : « Je n'ai tué personne. Il ne s'agit que du monde universitaire. » D'autres affirmations de son récit de vie, notamment sa prétendue participation à l'émission Seven Up, ont également été contestées.

Sa biographie indiquait qu'il était professeur invité à l'Ohio State University, à l'université de Glasgow et à la Nelson Mandela University, en Afrique du Sud.

Les porte-parole des trois établissements ont depuis déclaré qu'il n'occupait aucun tel poste.

Son profil au Jesus College le présentait également comme « professeur honoraire au département de sociologie de l'université de Durham ».

Si le professeur Arday a effectivement occupé plusieurs fonctions à Durham par le passé, le Daily Mail a révélé cette semaine qu'il n'y détenait désormais plus aucun poste officiel.

Plusieurs autres incohérences sont également apparues au sujet des diplômes qu'il affirme avoir obtenus.

Dans une conférence donnée en 2022, il déclare ainsi préparer un master en « pratique psychodynamique » à l'université de Birkbeck, affirmation qui ne figure dans aucune liste publique de ses qualifications.

De même, une version archivée de sa page de présentation au Jesus College montre qu'une mention faisant état d'un « Master en sciences de l'éducation (Liverpool John Moores University) » a depuis été supprimée de la liste de ses diplômes.

Le professeur Arday a par ailleurs affirmé n'être « ni un affabulateur ni un mythomane », après que des doutes eurent été exprimés sur plusieurs de ses réalisations spectaculaires, notamment une course de 600 miles accomplie en six jours et plusieurs millions de livres sterling récoltés au profit d'œuvres caritatives.

Il a ensuite précisé que cet exploit exceptionnel avait en réalité été accompli en douze jours, sans toutefois produire la moindre preuve de sa réalisation.

Au cours de diverses conférences, le professeur Arday a affirmé avoir récolté 5,5 millions de livres sterling pour des œuvres caritatives grâce à cette épreuve et à plusieurs autres ultra-marathons organisés au bénéfice d'associations.

Il a ensuite reconnu que ce montant correspondait en réalité aux sommes recueillies collectivement par un syndicat de plus d'une centaine de personnes, dont il a déclaré ne pouvoir révéler l'identité en raison d'accords de confidentialité.

L'organisation caritative WaterAid a également mis en doute son affirmation selon laquelle il aurait participé, pour son compte, à l'installation de points d'eau en Amérique du Sud et en Afrique de l'Ouest. Le nom de l'organisation a ensuite disparu de certaines biographies en ligne du professeur.

Les médias britanniques ont aussi révélé que l'universitaire avait laissé entendre qu'il avait participé à la série documentaire britannique Seven Up, avant de revenir sur cette affirmation lorsqu'il lui fut rappelé que l'émission avait commencé à être diffusée plusieurs décennies avant sa naissance. Le professeur Arday a expliqué que cette référence n'était qu'une illustration générale d'un concept communautaire.

Kathleen Stock : « Les véritables responsables sont ceux qui l'ont porté aux nues »

Kathleen Stock, ancienne professeure de philosophie à l'université du Sussex, a estimé que la nomination du professeur Arday révélait que les exigences habituelles des universités d'élite n'étaient plus toujours respectées. Selon elle, Arday a également été instrumentalisé.

Interrogée ce matin dans l'émission Today, elle a déclaré :
« Les critères que le grand public pense voir appliqués dans des établissements d'élite comme Cambridge ne le sont, en réalité, pas toujours dans certains cas.

Des universités comme Cambridge ou Oxford souffrent depuis longtemps d'une réputation d'institutions austères, peu bienveillantes et très majoritairement blanches. Elles ont voulu modifier cette image.

Une personnalité comme Jason Arday a été utilisée, entièrement utilisée, pour raconter une autre histoire de ce qu'est Cambridge. »
Interrogée sur la compassion qu'elle pouvait éprouver à l'égard du professeur Arday, elle a poursuivi :
« Les éléments dont nous disposons sont contradictoires et l'on constate de nombreuses déformations manifestes, sinon des fraudes caractérisées ; il est donc encore trop tôt pour trancher définitivement.

Mais j'ai le sentiment que les véritables responsables sont ceux qui ont rendu tout cela possible. Ils ont créé les conditions permettant à quelqu'un comme lui d'émerger, puis ils l'ont exploité jusqu'au bout.

Ce sont donc les institutions elles-mêmes, et leurs erreurs de jugement, qui devraient retenir toute notre attention. »

Cambridge ouvre une enquête

Dans un communiqué publié hier soir, l'université de Cambridge a annoncé :
« L'université de Cambridge a ouvert une enquête à la suite de nouvelles informations concernant les qualifications universitaires et les nominations honorifiques du professeur Arday.

Afin de garantir une procédure équitable, nous ne ferons aucun autre commentaire tant que cette enquête ne sera pas achevée.

Par ailleurs, plusieurs plaintes relatives à des manquements à l'intégrité scientifique demeurent en cours d'examen, conformément à notre politique en matière de conduite de la recherche. »
L'université ajoute :
« Nous sommes pleinement conscients qu'il y a une personne au cœur de cette situation et nous continuons à lui apporter notre soutien. »
Un porte-parole du Jesus College a également déclaré :
« Parallèlement à l'enquête menée par l'université de Cambridge, le Jesus College ouvre sa propre procédure. Le statut de Fellow du professeur Arday est lié à son poste universitaire et nous apporterons tout notre soutien à l'université.

Le professeur Arday demeure Fellow pendant toute la durée de cette procédure. Nous sommes conscients qu'il traverse, avec sa famille, une période particulièrement difficile et demandons que chacun fasse preuve à leur égard de compassion et de respect. »
Quelques heures seulement plus tard, le professeur Arday annonçait pourtant sa démission de l'université, évoquant « un niveau incessant d'exposition publique et d'attaques personnelles ».

Dans son communiqué, il écrit :
« Si la critique fait inévitablement partie de la vie universitaire, ce que j'ai vécu est allé bien au-delà du simple désaccord intellectuel. Les accusations incessantes, les spéculations et les commentaires publics ont profondément affecté ma vie ainsi que celle de mes proches. »
Le professeur Arday ne reconnaît toutefois aucune faute dans cette déclaration. Il qualifie son accession à la chaire de sociologie de Cambridge de « plus grand privilège professionnel de [sa] vie ».

Il conclut :
« Mon travail ne s'arrête pas ici. C'est simplement la fin de ce chapitre.

J'ai besoin de temps pour guérir. J'ai besoin de temps pour redevenir simplement moi-même. Et, lorsque ce moment viendra, je reviendrai. »

Résumé des affirmations les plus extraordinaires

Nous avons cru utile de dresser un inventaire aussi complet que possible des affirmations les plus extraordinaires formulées par ce Tartarin de Tarascon des temps modernes.

Des performances sportives hors du commun

Jason Arday a affirmé avoir parcouru 600 miles (près de 965 kilomètres) entre Édimbourg et Londres en six jours au profit d'œuvres caritatives, une performance qui l'aurait placé parmi les meilleurs ultra-marathoniens du monde.

Il a également déclaré avoir couru trente marathons en trente-cinq jours. Au cours du vingt-et-unième, il aurait été victime d'une crise d'épilepsie, avant de se fracturer une jambe dans une chute. Cela ne l'aurait cependant pas empêché d'achever les neuf marathons restants.

« Aujourd'hui encore, je ne sais pas vraiment comment j'y suis parvenu », a-t-il déclaré.

Les millions récoltés pour des œuvres caritatives

Lors d'une conférence donnée en 2024, Arday a affirmé avoir recueilli plus de cinq millions de livres sterling grâce à ses marathons et plus de 5,5 millions de livres au total au cours de sa vie.

Il s'agit d'une somme exceptionnelle. Arday a expliqué à d'autres occasions que ces fonds avaient principalement bénéficié à Shooting Star Children's Hospices et à l'association Shelter.

Or, une page de collecte de fonds JustGiving ne fait apparaître qu'un montant de 380 livres sterling récolté lors de l'un de ses défis consistant à parcourir 300 miles en trois jours.

Des missions humanitaires contestées

Arday a également affirmé s'être rendu en Amérique du Sud et en Afrique de l'Ouest afin d'y installer des points d'eau.

L'organisation WaterAid a répondu qu'elle n'envoyait jamais ses bénévoles à l'étranger et que, « par respect pour les populations avec lesquelles nous travaillons, nous n'encourageons ni ne facilitons non plus les déplacements autofinancés ».

Des menaces dont la réalité est contestée

Arday a raconté à plusieurs reprises avoir été victime de menaces physiques.

Selon lui, des hommes cagoulés l'auraient menacé à deux reprises afin qu'il démissionne, la seconde fois sous la menace d'un couteau. Les caméras de vidéosurveillance de son immeuble n'auraient toutefois enregistré aucune intrusion.

Il a également déclaré au Guardian qu'une tête de porc décapitée avait été déposée au domicile de sa famille et que la police avait retrouvé la boucherie du sud de Londres où l'animal avait été acheté.

La police a indiqué au Guardian, « de manière catégorique », qu'aucune enquête de ce type n'avait jamais été menée. Quant au boucher cité par Arday, il a affirmé ne garder aucun souvenir d'une telle vente.

Une carrière de footballeur semi-professionnel

Lors d'un entretien accordé à l'université de Bath, Arday a déclaré avoir évolué dans un centre de formation de football avant de jouer ensuite au niveau semi-professionnel.

Cette affirmation ne figure plus dans son autobiographie à paraître et il n'a jamais précisé pour quel club il aurait évolué.

Un prodige du billard anglais

Arday affirme que, durant ses études secondaires, il fréquentait régulièrement une salle de snooker locale où il remportait ensuite d'importantes sommes d'argent en compétition.

Dans ses mémoires, il raconte qu'il gagnait tellement d'argent que sa mère avait fini par croire qu'il se livrait à un trafic de drogue.

Or, la base de données spécialisée CueTracker, qui recense les compétitions de snooker, ne lui attribue qu'une seule participation à un tournoi amateur, sans aucun gain financier.

Une apparition dans Seven Up

Arday a affirmé avoir participé à la célèbre série documentaire de la BBC Seven Up, qui suit depuis 1964 la vie de dix garçons et quatre filles en Angleterre.

Or, cette émission a commencé plus de vingt ans avant sa naissance, en 1985.

La BBC a déclaré que Jason Arday « n'avait absolument rien à voir avec nos documentaires ».

Des châtiments corporels à l'école

Arday affirme que, lorsqu'il était élève dans le secondaire, ses enseignants lui frappaient les jointures des doigts avec un stylo lorsqu'il ne terminait pas ses exercices.

Or, les châtiments corporels ont été interdits dans les écoles anglaises en 1987, soit environ deux ans après sa naissance.

« Peut-être a-t-il simplement sauté quelques années de scolarité grâce à ses talents ? », ironise l'auteur.

Des titres universitaires contestés

Arday a affirmé avoir été professeur invité à la Nelson Mandela University (Afrique du Sud), à l'université de Glasgow et à l'Ohio State University.

Les trois établissements ont démenti qu'il y ait jamais occupé un tel poste.

Selon le Daily Mail, il aurait également affirmé à tort être professeur honoraire à l'université de Durham.

Un ouvrage jamais publié

Arday a déclaré avoir publié chez Palgrave Macmillan un ouvrage intitulé Being Young, Black and Male: Challenging the Dominant Discourse. Cette affirmation figurait notamment dans sa biographie d'intervenant lors d'une conférence organisée par la Queen's University Belfast.

L'éditeur Palgrave Macmillan a indiqué avoir bien reçu une proposition de manuscrit, mais n'avoir jamais publié cet ouvrage.

Arday n'a pas répondu aux questions du Telegraph sur ce sujet.

L'université de Cambridge, pour sa part, a déclaré que Jason Arday était « la victime d'une campagne ignoble destinée à détruire sa crédibilité ».

Aucun commentaire: