lundi 23 février 2026

L'Oint n'aime pas le peuple, mais son image de sauveur du peuple

Quentin Deranque, un étudiant catholique en mathématiques de 23 ans dont la mère est péruvienne a été tué à Lyon le 12 février 2026 par une bande de nervis.

Anne-Sophie de Rous sur RTS (télé publique suisse) souligne que les suspects, issus de milieux bourgeois et militants antifascistes, ne sont pas des "damnés de la terre" mais des produits d'une idéologie déresponsabilisante, comme l'analyse Thomas Sowell dans ses travaux sur la culture de la dépendance.

Anne-Sophie de Rous sur RTS, où elle dénonce le mépris de classe des élites de gauche qui romantisent la violence au nom de la justice sociale, reliant cela à une impunité favorisée par des institutions complices.

L’économiste américain Thomas Sowell emploie l’expression « the anointed » — que l’on peut traduire par les oints, les consacrés, voire les auto-oints — pour désigner, sur un mode à la fois critique et ironique, une certaine élite intellectuelle, médiatique et politique persuadée d’avoir une vision supérieure de ce qui est bon pour la société. Il a surtout popularisé ce terme dans son livre de 1995, The Vision of the Anointed, dont le sous-titre résume bien l’idée : l’auto-congratulation comme fondement de la politique sociale.

Qui sont « les oints » selon Sowell ?

Il s’agit, non pas d’un groupe institutionnel précis, mais d’un milieu ou d’un état d’esprit. Sowell y range des personnes et des cercles qui se perçoivent comme moralement et intellectuellement supérieurs, détenteurs d’une vision privilégiée du bien commun. On y trouve typiquement :

  • des intellectuels et universitaires plutôt situés à gauche ;
  • des journalistes et commentateurs des grands médias ;
  • des militants et responsables politiques progressistes ;
  • des experts et planificateurs sociaux.
Selon lui, ces acteurs se voient volontiers comme des guides éclairés, chargés de corriger les injustices, les inégalités et les dysfonctionnements sociaux à l’aide de réformes, de programmes publics ou d’interventions de l’État. S’ils sont « oints », explique Sowell, c’est parce qu’ils se désignent eux-mêmes comme tels : personne ne les a réellement investis d’une mission, mais ils agissent comme s’ils avaient reçu une sorte d’onction morale.

Les traits principaux de cette « vision »

Dans son analyse, Sowell attribue à cette attitude plusieurs caractéristiques récurrentes.

1) Une autosatisfaction morale.
Les « oints » tireraient une grande part de leur légitimité du sentiment d’avoir de bonnes intentions. Le fait que certaines politiques produisent des résultats discutables ou négatifs n’entamerait guère cette certitude : l’essentiel, à leurs yeux, reste la noblesse de l’objectif.

2) Une opposition entre les « oints » et les autres.
Sowell parle aussi des benighted — qu’on pourrait traduire par « les égarés » ou « les arriérés ». Dans cette logique, les critiques ne sont pas seulement en désaccord : elles sont soupçonnées d’être moralement fautives, égoïstes, rétrogrades, voire hostiles au progrès.

3) Une tendance à éluder les contre-preuves.
Lorsque des données empiriques semblent contredire certaines politiques publiques — par exemple dans la lutte contre la pauvreté, la criminalité ou les réformes éducatives —, Sowell estime que les partisans de cette vision ont tendance à déplacer le débat : redéfinir ce qu’est un succès, invoquer un manque de moyens, ou passer à une nouvelle réforme sans remettre en cause l’hypothèse de départ.

4) Une confiance élevée dans la transformation sociale.

À la « vision tragique » que Sowell revendique — selon laquelle l’être humain est limité et les bonnes intentions peuvent produire des effets pervers — il oppose celle des « oints », qui attribuent les problèmes sociaux surtout à des structures défectueuses. Il suffirait alors de les réorganiser par l’action publique pour améliorer profondément la société.

C’est dans ce cadre qu’il formule une idée souvent résumée ainsi : l’Oint n’aime pas tant le peuple réel que l’image qu’il se fait de lui-même comme sauveur du peuple.

Les exemples que Sowell met en avant

Pour illustrer sa critique, Sowell évoque notamment :
  • certaines prédictions catastrophistes des années 1970 (sur la démographie ou l’environnement) qui ne se sont pas réalisées telles qu’annoncées ;
  • des politiques criminelles jugées trop indulgentes dans les années 1960-1980, concomitantes d’une hausse de la criminalité dans plusieurs villes américaines ;
  • l’idée selon laquelle la pauvreté s’expliquerait uniquement par un manque de redistribution, alors que lui insiste davantage sur les comportements, les incitations et les effets de politique publique.
En résumé

Pour Sowell, « l’Oint » n’est pas simplement un progressiste ou un libéral. C’est quelqu’un dont la vision politique s’est transformée en identité morale quasi religieuse : contester ses idées revient alors, implicitement, à mettre en cause sa bonté ou sa vertu.

Depuis une trentaine d’années, ce concept est devenu une référence fréquente — souvent moqueuse — dans les milieux conservateurs et libertariens lorsqu’ils critiquent ce qu’ils perçoivent comme des élites éloignées des réalités sociales. On le retrouve encore aujourd’hui dans de nombreux débats publics.

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