mardi 17 décembre 2019

L’anglicisation de la jeunesse québécoise assombrit l’avenir du français

Extrait d’un article de Pierre Fortin dans l’Actualité. Nous trouvons que ses solutions sont peu précises et manquent de mordant. Il ne s’agit pas uniquement de « franciser » (en réalité simplement apprendre le français, car connaître une langue ne signifie pas s’y identifier), il faut rendre le français plus utile en éliminant les possibilités de s’adresser en anglais au gouvernement québécois ou de suivre des études (cégeps par exemple) dans cette langue. Pour ne rien dire d’une immigration limitée, plus francophone et d'une aide réelle à la natalité.

Partout au Canada, depuis 25 ans, le poids de la langue française est en baisse, et pas à peu près. Pour déterminer la préférence linguistique d’une personne, il faut savoir si elle s’exprime habituellement en français, en anglais ou dans une autre langue lorsqu’elle est vraiment libre de son choix. À cette fin, le recensement du Canada demande à chaque répondant quelle langue il parle « le plus souvent à la maison ». On lui fait ensuite indiquer s’il parle « régulièrement d’autres langues à la maison ». Cela permet de voir si une personne qui s’exprime le plus souvent dans une langue tierce penche vers l’une ou l’autre des deux langues officielles.

Ce sont les réponses à ces deux questions qui nous disent que la préférence pour le français a nettement diminué depuis un quart de siècle. Le tableau résume le glissement observé en concentrant l’attention sur la génération des 25 à 34 ans, habituellement messagère de l’avenir. Au Québec comme au Nouveau-Brunswick, le pourcentage de ces jeunes adultes qui parlent le plus souvent ou régulièrement français à la maison a baissé d’environ quatre points en 25 ans. Au Québec, il est passé de 85,5 % en 1991 à 81,8 % en 2016 ; au Nouveau-Brunswick, de 31,7 % à 27,3 %. Dans l’ensemble des huit autres provinces, le poids démographique des jeunes francophones de 25 à 34 ans, déjà minuscule à 1,9 % en 1991, est descendu à 1,3 % en 2016.

Dans ces trois régions, la régression du français a eu comme contrepartie une progression de l’anglais. Au Québec, par exemple, le poids démographique des jeunes de 25 à 34 ans qui parlent le plus souvent ou régulièrement anglais a gagné trois points, se hissant de 11,6 % en 1991 à 14,7 % en 2016.
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Depuis 1945, la mondialisation des échanges a consacré la domination de l’anglais comme langue internationale. Le Canada français n’y a pas échappé. Au Québec, la préférence pour le français est en recul en dépit des deux remparts de protection qu’on a instaurés au cours des 50 dernières années. D’une part, les ententes conclues avec le fédéral depuis 1971 ont permis d’accorder une importance accrue à la connaissance du français dans la sélection des immigrants. D’autre part, la loi 101 de 1977 a imposé la scolarisation obligatoire en français aux jeunes immigrants. Les données du tableau montrent que ces mesures n’ont pas suffi. Elles n’ont pas empêché les Québécois nés au milieu des années 1980 d’être moins portés à s’exprimer librement en français que leurs prédécesseurs nés au début des années 1960.

Le déclin du français risque même de s’accélérer. La langue est un bien public dont la valeur dépend du nombre de personnes qui l’utilisent. Si le français voit son poids démographique continuer à diminuer, il perdra encore plus de valeur et un nombre encore plus élevé de Québécois s’en détourneront. Autrement dit, plus le français déclinera, plus cette chute sera rapide.

Que faire ? Il faut éviter les attitudes extrêmes : le déni du « tout va très bien, madame la marquise » ou le découragement du « nous sommes condamnés à disparaître ». Mieux vaut prendre le problème à bras le corps. L’investissement maintenant prévu par le gouvernement du Québec en matière d’immigration doit ajouter de façon appréciable à l’effort de francisation. Le gouvernement reconnaît par là que le glissement de la langue française est réel, mais il manifeste son espoir de pouvoir stabiliser les choses. Sa détermination nous amène au moins à mettre en place des solutions du côté de l’offre.

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Suède — « Le Paradis » retable pro-homo ôté de l'église par crainte de transphobie



L’église Saint-Paul de Malmö, au sud de la Suède, a retiré de son autel une peinture LGBT controversée (ci-dessus) de crainte que les transgenres soient associés au mal.

Le retable nommé « Le Paradis », œuvre d’une lesbienne revendiquée, dépeint le jardin d’Éden comme une joyeuse bacchanale homosexuelle, Adam et Ève et leurs partenaires de même sexe respectifs s’amusent follement sous le regard lascif d’un serpent qui pourrait sembler travesti ou transgenre (détail ci-dessous).



Nombre de personnes ont critiqué la peinture LGBT dans l’église après son installation.

Selon le pasteur Per Svensson, la peinture sera déplacée dans un autre endroit non pas en raison de réactions conservatrices, mais à cause de sa représentation des personnes transgenres.

Le pasteur Svensson a déclaré au diffuseur SVT que les couples homosexuels dans la peinture n’étaient pas du tout un problème pour l’église, mais que ce qui gênait était la possible association de personnes transgenres avec le serpent du jardin d’Éden, symbole de la tentation et du mal. Chose insupportable à ses yeux.


« Au début, je n’avais pas saisi la complexité, mais après mûre réflexion et une discussion approfondie avec la direction, nous n’avions pas d’autres choix que de déplacer le retable », a-t-il déclaré.

L’évêque de Lund, Johan Tyrberg, s’est exprimé sur la question, affirmant que la peinture pouvait être interprétée à la fois comme pro-LGBT et comme anti-LGBT selon le point de vue de la personne qui la regardait.

Il a ajouté que l’église aurait dû discuter de la peinture avec le diocèse avant de la suspendre au-dessus de l’autel de l’église.

Les décisions d’accrocher puis de retirer le tableau font partie d’une tendance de l’église suédoise à être l’une des églises les plus « progressistes » et pro-LGBT au monde. L’archevêquesse de Stockholm, Eva Brunne, est une fière lesbienne.

L’archevêquesse Brunne, ainsi que plusieurs autres hauts dignitaires religieux, a affirmé plus tôt cette année qu’elle avait plus en commun avec les musulmans qu’avec les chrétiens conservateurs. (Que pensent les musulmans de ces peintures LGBT ?)

En 2015, Brunne est même allée jusqu’à demander aux églises de Stockholm de retirer les croix de leurs murs et de mettre en place des espaces de prière musulmans au plus fort de la crise des migrants.

L’église luthérienne suédoise en crise

On apprenait en 2018 que l’Église (luthérienne) de Suède devrait commencer à vendre ses biens immobiliers. Selon une étude citée par SVT, l’église libérale de gauche « perdra bien plus d’un million de membres dans une période de 10 ans » sur un total de 5 899 242 membres en 2018.

Le président du conseil de l’église de Lima-Transtrand, l’un des plus touchés par l’effondrement de l’église, a déclaré que la paroisse « ne peut tout simplement pas se permettre de joindre les deux bouts ». La réduction des revenus résultant de la diminution du nombre de membres a fait en sorte que le conseil envisage de vendre le presbytère paroissial, un édifice patrimonial classé que les médias locaux décrivent comme « une propriété unique qui, avec l’église d’à côté, est l’un des les paramètres les plus pittoresques de la région ». Il a déclaré à SVT : « Alors que nous perdons des membres et moins de gens assistent aux services, le coût de l’entretien de nos églises est encore très élevé. »

Source SVT



Autres nouvelles de la Suède

La ville de Stockholm serait la ville européenne qui consomme le plus de méthamphétamines. C’est ce que montre une étude effectuée dans le centre-ville de Stockholm au cours d’une semaine d’octobre 2019. Lorsqu’on a testé les eaux usées de Stockholm pour voir combien de drogues sont utilisées, l’analyse a été réalisée selon une norme européenne adoptée par l’OEDT, l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies. Les niveaux mesurés de résidus de médicaments dans les eaux usées peuvent donc être comparés à d’autres pays européens qui ont testé leurs villes de la même manière depuis 2011. En 2018, plus de 70 villes de 20 pays européens étaient connectées au projet. Selon le test, le taux est de 675 milligrammes d’amphétamine pour 1 000 habitants par jour, ce qui place les habitants de Stockholm au sommet de l’Europe en termes de quantité d’amphétamine consommée. Le résultat surprend Johan Lindberg, chimiste et chef de groupe chez RISE, qui a analysé le résultat du test des eaux usées collectées. « C’est la première fois que nous voyons un niveau aussi élevé. » Aucune des villes comparables n’a jamais mesuré une moyenne supérieure à 450 milligrammes d’amphétamine pour 1000 habitants depuis le début des mesures en 2011. Source : SVT

Suède : environ un million de Suédois prennent des antidépresseurs, l’un des taux de consommation les plus élevés au monde. On estime qu’un million de personnes prennent des antidépresseurs en Suède, plus que jamais auparavant. L’an dernier, environ un Suédois sur dix a pris des antidépresseurs, a rapporté la télévision suédoise (SVT), soit deux fois plus qu’au début des années 2000.

Malmö (Suède) : 29 attaques à la bombe en 2019, de nombreux habitants quittent la ville, jadis saluée comme un haut lieu multiculturel. Les actes de violence sont si fréquents à Malmö que la nouvelle de l’un est effacée par la nouvelle d’un autre. Cette année, il y a déjà eu 29 attaques à la bombe dans une ville de seulement 320 000 habitants. Dans l’ensemble, la Suède est en bonne voie d’atteindre un rythme annuel de 150 explosions, soit environ trois par semaine. Il s’agit d’attaques perpétrées par des bandes criminelles qui ciblent habituellement d’autres criminels. Mais les victimes sont parfois des innocents. Dans un cas récent, par exemple, une étudiante a été grièvement blessée au visage alors qu’elle est passée devant un magasin qui a explosé à Lund, à dix minutes en voiture de Malmö. Les attaques les plus spectaculaires ont laissé des villes entières comme Malmö craintives et traumatisées, comme l’a expliqué une grand-mère dans un récent article sur Facebook à propos d’un attentat à la bombe qui a fait sauter les fenêtres d’un immeuble résidentiel où dormaient ses petits-enfants — « …. deux enfants suédois très effrayés, dont la vie s’est écroulée ». Source

La cocaïne devient moins chère et plus courante en Suède, entraînant une augmentation spectaculaire du nombre de décès liés à la drogue, selon une nouvelle enquête. Source

L’agence de presse SVT a rapporté que la police de Göteborg, la deuxième plus grande ville de Suède, a déclaré qu’elle découvre des lycéens drogués à la cocaïne et aux amphétamines pendant les heures de classe. Après un an d’actions policières ciblées sur les lycées de la ville, la police a trouvé des étudiants sous l’influence de stupéfiants puissants tels que l’amphétamine, la cocaïne et le tramadol opioïde sur ordonnance. « Que ce cocktail de drogues se trouve dans les écoles secondaires est un énorme échec pour la Suède », a déclaré à SVT Robin Nilsson, chef de l’unité de police de Göteborg spécialisée dans le trafic de drogue. Source

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Extrême-Orient et Occident : le boum des femmes sans enfants

Plusieurs pays développés ont dépassé le taux de 20 % de femmes restées sans enfant. Israël est une exception notable.

Les jeunes Japonaises non mariées à 25 ans étaient affublées il y a peu encore du sobriquet de Gâteau de Noël, parce qu’elles devenaient moins appétissantes comme un gâteau de Noël qui a passé la date du 25 décembre… En français, on parlait de catherinettes. Les célibataires sont encore fréquemment qualifiées de « parasites » dans l’archipel nippon, rapporte la sociologue Xiao Lei [1].

Dans un Japon où mariage et procréation demeurent des valeurs cardinales — moins de 3 % des enfants y naissent hors mariage —, nombre de Japonaises veulent échapper à la tradition, et les grandes villes s’adaptent à la nouvelle donne sociale. En 2010 à Tokyo, plus de 36 % des femmes de 30 à 39 ans étaient célibataires. Au niveau national, 29 % des femmes nées en 1974 sont restées sans enfant (certaines pouvant être mariées). « On s’attend à ce que ce taux continue à augmenter au Japon, mais aussi à Singapour, en Corée du Sud et à Taïwan », pronostique Tomas Sobotka, de l’Institut autrichien de démographie.

À Séoul, en Corée du Sud. Les actifs coréens (15 à 64 ; ans) ne constitueront en 2040 que 56,4 % de la population contre 72,7 % aujourd’hui.

« Coût prohibitif »

Ces pays d’Extrême-Orient suivent la même courbe que Hong Kong où plus d’une femme sur trois (35 %) née en 1972 est restée sans enfant. « La pression pour le mariage, les fortes inégalités entre hommes et femmes, les contraintes économiques, le coût prohibitif pour élever un enfant contribuent à l’augmentation du célibat et au fait de ne pas avoir d’enfant », estime ce démographe. Cette explication nous apparaît toutefois comme convenue et superficielle : la pression pour le mariage et les inégalités entre hommes et femmes étaient encore plus grandes auparavant alors que la natalité était plus justement plus importante, il faut donc se tourner vers d’autres explications.

Quelles politiques mettre en œuvre pour enrayer la chute de la natalité en Corée ?

 La vie sans enfant progresse également dans la plupart des pays développés, y compris dans des États européens où les évolutions sociétales ont été très rapides. En Espagne, le taux devrait atteindre 25 % pour les femmes nées en 1975, estiment Albert Esteve et Rocio Trevino, du Centre d’études démographiques espagnol. S’il n’est pas possible de tracer une frontière nette entre les situations subies et celles qui sont choisies (faut-il distinguer les « sans enfant » et les « libres d’enfants »), selon les démographes, l’émancipation tardive en Espagne — 61 % des 18-34 ans vivent chez leurs parents — n’est pas étrangère à cette situation. Cette « émancipation » tardive en Espagne ou en Italie est principalement due à un sous-emploi des jeunes adultes.

En Italie, la proportion de femmes sans enfants augmente constamment d’une génération à l’autre. Pour celles nées en 1978, à la fin de leur cycle de reproduction, ce taux aura doublé (22,5 %) par rapport à ce taux pour les femmes nées en 1950 (11,1 %).

Israël fait figure d’exception avec non seulement le taux de natalité le plus élevé de tous les pays industrialisés, mais il devance même d’un enfant le Mexique avec une moyenne de 3,1 enfants par famille. Rappelons que l’indice synthétique de fécondité du Québec est de 1,59 enfant/femme soit quasiment deux fois moins d’enfants par couple.

On remarquera que les femmes veulent plus d’enfants qu’elles n’ont (rouge) notamment dans les pays à faible natalité comme le Japon, la Corée du Sud, Formose (Taïwan) et la Malaisie.

La société de marché à haute protection sociale, une société sans enfant

« Quantité de facteurs structurels concourent au fait que la maternité devienne une question de choix personnel », souligne la sociologue Anne Gotman, auteure de Pas d’enfant. La volonté de ne pas engendrer [2]. S’appuyant sur les travaux du sociologue allemand Ulrich Beck, elle rappelle que, poussée à son paroxysme, la société de marché est une société sans enfant reposant sur l’individu débarrassé de tout « handicap » relationnel, conjugal ou familial. Et s’il y a une meilleure acceptation sociale de la vie sans enfant, « le phénomène est loin d’être inédit », rappelle-t-elle en évoquant les inquiétudes de Polybe concernant une Grèce antique souffrant d’un « arrêt de la procréation » et d’une « disette d’hommes ». Lire à ce sujet : Les plus religieux hériteront-ils de la Terre ? et Démographie et croissance.

Plus récemment, au fil du XXe siècle, le taux d’infécondité a épousé une courbe en « U » sur le continent européen. De 20 à 23 % pour les femmes nées entre 1900 et 1915, le taux est tombé progressivement à 10 % pour celles nées au début des années 1940, puis n’a cessé de remonter, relevait une étude de l’Institut national d’études démographiques en 2017. Les femmes européennes nées entre 1900 et 1915 avaient connu le manque d’hommes suite à la Première Guerre mondiale et la crise économique de la fin des années 20. En France, 24 % des jeunes Français nés en 1894 et donc âgés de 20 ans en 1914 sont morts au combat, cela fera autant de femmes célibataires et sans enfant.

Rappelons également que, dans une société où l’État — les enfants des autres — procure une forte protection sociale et qui vante l’autonomie individuelle plutôt que la stabilité des familles, il y a peu de raisons économiques ou même de pressions sociales à former des familles nombreuses : ce ne sont pas les enfants des parents qui garantiront leurs retraites, leurs soins médicaux ou la survie économique  de l’affaire familiale, mais les enfants des autres. Des gens font donc le pari de ne pas s’encombrer d’enfants puisque ceux-ci coûtent très cher.  Un enfant coûte 151 000 €  jusqu’à sa majorité en France et 253 950 $ au Québec. Les allocations et aides ne remboursement pas ces coûts, d’autant plus qu’elles sont le plus souvent sujettes à des conditions de ressources (la classe moyenne supérieure en est souvent exclue) ou à des conditions idéologiques (aides à la garde uniquement si l’enfant est confié à des tiers au Québec, mais rien pour la femme au foyer qui garde ses enfants en bas âge).

Malgré ces surcoûts et la mentalité prônant la réussite individuelle dans la carrière, le désir d’enfants existe encore, voir aucune mesure d’aide à la naissance malgré un désir d’enfants ?


[1] Journal of International and Advanced Japanese Studies, février 2017.

[2] MSH, 2017, 248 p., 27 €.

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Italie, nouveau nadir démographique

La fécondité israélienne (3,1 enfants/femme) contraste avec celle de l’Occident où les pays rivalisent pour les jeunes des autres pays.

lundi 16 décembre 2019

Premier ministre Trudeau directement impliqué dans discrimination contre camps d'été confessionnels

Le Centre de justice pour les libertés constitutionnelles (JCCF.ca) a publié récemment de nouveaux documents mis au jour dans le cadre de ses procès contre Emplois d’été Canada. Ils montrent que le Premier ministre Trudeau a été directement impliqué dans la création de nouvelles règles utilisées pour empêcher les camps d’été confessionnels d’obtenir des subventions du programme Emplois d’été Canada (« EEC »).

Les documents (1, 2) révèlent que deux camps d’été chrétiens ont été jugés inadmissibles aux subventions du Programme emplois d’été du Canada (EEC) en raison de leurs croyances chrétiennes. Des documents obtenus par le Centre de justice indiquent comment les employés du gouvernement ont décrit les croyances des camps d’été comme « une doctrine religieuse controversée ainsi que des pratiques d’embauche discriminatoires fondées sur les croyances de l’Église », et ont rejeté les demandes des camps d’été, sans donner aux camps d’été la possibilité de répondre à ces accusations.

Comme l’expliquent les déclarations sous serment (1, 2), certains des postes dans les camps d’été nécessitaient une compréhension approfondie des croyances chrétiennes. Par conséquent, les camps d’été utilisaient des formulaires de demande d’emploi comportant une section demandant aux candidats leurs croyances chrétiennes, afin de permettre aux camps d’été « de déterminer le rôle qu’ils sont en mesure de remplir » dans les camps.

En juin, le Centre de justice a engagé des actions en justice contre le gouvernement fédéral au nom du Mill Stream Bible Camp, près de Peterborough, en Ontario, et du Mount Traber Bible Camp, près de Halifax, en Nouvelle-Écosse. Il s’agit de deux des nombreux camps de vacances confessionnels auxquels le gouvernement fédéral a refusé de subventionner des emplois d’été Canada en 2019. Selon un courriel interne du gouvernement reçu par le Centre de justice, la nouvelle règle de 2019 utilisée pour exclure ces camps du programme EEC a été créée sous les instructions précises du Premier ministre.

Une note interne « secrète » du 16 novembre 2018 adressée à la ministre fédérale du Travail, Patricia Hajdu, sur l’admissibilité (« la note d’admissibilité ») proposait deux options différentes qui pourraient servir de nouveaux « critères d’admissibilité » envers des organisations demandant des subventions. Option A : employeurs réputés non admissibles qui « discriminent sur la base de motifs interdits », y compris la religion, entre autres critères d’inadmissibilité. L’option B n’incluait pas la question de savoir si les employeurs « discriminaient » ; il s’agissait plutôt de se pencher sur la nature des projets et des activités proposés dans le dossier de candidature EEC.


La note d’admissibilité indiquait que le personnel gouvernemental allait prendre plus de temps « en rapport avec l’examen préalable et l’évaluation » des demandes de EEC, et craignait que l’option A rende inadmissibles « trop ​​d’organisations », plus particulièrement les « employeurs d’inspiration religieuse ». La note d’admissibilité indique que, dans le cadre de l’option A, « les employés régis par des organisations confessionnelles ou liés à des organisations confessionnelles seraient disproportionnellement jugés inadmissibles aux subventions, compte tenu des liens potentiels établis par le personnel du programme avec la doctrine plus large suivie par les organisations confessionnelles ». La note d’admissibilité mentionnait spécifiquement le risque accru pour « un employeur confessionnel qui organise un camp d’été ».

En réponse aux recommandations du mémorandum d’admissibilité adressées à la ministre Hajdu, le Premier ministre s’est directement impliqué dans l’élaboration des nouvelles règles. Un courriel du 12 novembre 2018 indique « Veuillez trouver ci-joint un libellé qui a été approuvé par le Premier ministre et le ministre. »

Le libellé approuvé par le Premier ministre Trudeau et le ministre Hajdu ajoutait expressément « restreindre l’accès à... un emploi » notamment en raison de la religion comme un des motifs pour refuser une subvention du EEC à un camp d’été.

Les employés du gouvernement fédéral ont utilisé cette règle pour refuser des subventions à des camps d’été confessionnels, en raison des demandes d’emploi utilisées par ces derniers pour embaucher du personnel.

« Il n’y a rien d’illégal ou de mal à ce que des camps de vacances chrétiens engagent des employés chrétiens », a commenté l’avocat du Centre de justice, Marty Moore.

« Interdire aux camps d’été les enfants défavorisés de participer au programme Emplois d’été Canada sur la base de leurs croyances religieuses n’est rien d’autre que du sectarisme antireligieux », a poursuivi M. Moore.

Surdiagnostics de dysphorie de genre chez des enfants : 35 psychologues démissionnent

Après l’alerte lancée par certains d’entre eux quant aux surdiagnostics d’enfants pour dysphorie de genre, 35 psychologues ont démissionné en 3 ans du London’s Gender Identity Development Service (GIDS) au sein du Tavistock and Portman NHS Foundation Trust en Angleterre.

« Les lanceurs d’alerte ont affirmé que trop d’enfants étaient placés sous médicaments pour bloquer leur puberté », alors qu’ils n’auraient pas dû être diagnostiqués. D’anciens employés ont également avoué avoir été incapables d’évaluer correctement leurs patients, « de peur d’être étiquetés transphobes ». L’un des psychologues ayant démissionné témoigne : il craint avoir été « aux premières loges d’un scandale médical ».

Les chiffres montrent que le nombre d’enfants traités au sein du GIDS est passé de 77 à 2590 en dix ans. Les enfants sont âgés de moins de 18 ans, et même pour quelques-uns d’entre eux de 3 ans. Près de la moitié des patients suivis au GIDS reçoivent un traitement afin de bloquer leur développement hormonal et stopper leur puberté. Ce traitement, interférant avec leur production hormonale naturelle, peut causer des sautes d’humeur. S’il est arrêté, la puberté peut reprendre. L’étape ultérieure est la prescription d’une thérapie hormonale, « normalement non donnée avant 16 ans, car elle est irréversible et peut rendre les patients infertiles ». La chirurgie n’intervient qu’à partir de 18 ans.

Thomasin, après avoir passé la majorité de son adolescence identifiée comme un garçon, a choisi de redevenir une fille à l’âge de 19 ans après avoir été diagnostiquée à 17 ans par le Tavistock. Elle témoigne : « J’étais nourrie de cette idée que tu pouvais changer de sexe », et se dit heureuse de n’avoir jamais franchi d’étape irréversible pour devenir un garçon.

Sources : The Daily Telegraph, Laura Donnelly (12/12/2019)

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Fonctionnaires contre père : qui décide si un enfant mineur peut subir une thérapie de transition de genre ? 

Trans — Médecins inquiets que des enfants s'exposent à des "dégâts à long terme" en raison de groupes de pression et de parents agressifs

Endocrinologues mettent en garde contre le traitement hormonal de la dysphorie sexuelle chez l’enfant

« Des centaines de jeunes transgenres souhaitent retrouver le sexe de leur naissance »

Grande-Bretagne — enfants autistes poussés à s’identifier comme transgenres ?

Royaume-Uni : vers une facilitation du changement d’état-civil pour les transsexuels ?

Californie — vers une interdiction de livres prônant une sexualité traditionnelle ?

Les élèves québécois parmi les meilleurs au monde ?

Texte de Sarto Lelièvre, enseignant retraité, envoyé au Devoir.

Nombre d’observateurs ont réagi avec scepticisme au dévoilement du résultat exceptionnel obtenu par le Québec aux tests de classement des 79 pays participants au PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves). Depuis les premières évaluations de l’organisme international qui ont été réalisées tous les trois ans depuis l’an 2000, nos élèves se sont toujours retrouvés dans le peloton de tête.

Pourtant on constate une double réalité dans les résultats obtenus du Québec à l’international avec ceux que nous projette la réalité quotidienne québécoise à tous les niveaux de notre système éducatif.

La réalité internationale


En 2016, dans l’une des conclusions du rapport PISA, on déplorait la faiblesse de la représentativité de l’échantillon québécois. En 2018, on nous assurait que les résultats avaient été pondérés pour tenir compte du public et du privé.

Le Québec a un système scolaire à trois vitesses : les écoles publiques ordinaires, les écoles publiques à projets particuliers en concurrence avec les écoles privées.

Qu’en est-il de l’échantillon québécois ? Nous savons qu’un nombre indéterminé d’écoles refusent de participer au PISA. Quels en sont le nombre et le pourcentage ainsi que leur répartition géographique ? Dès lors, le caractère aléatoire de l’échantillon le rend-il biaisé ? L’exercice de pondération prend-il en compte les trois sous-groupes de l’échantillon ? Le deuxième sous-groupe (projets particuliers) bénéficie-t-il du mécanisme de pondération ? Est-il surreprésenté dans l’échantillon des écoles publiques ? Une connaissance exhaustive de la méthode d’échantillonnage du Québec serait de nature à éclairer bien des questionnements.

La réalité québécoise

La performance exceptionnelle des élèves québécois à l’échelle internationale depuis 20 ans ne semble pas se refléter dans le plan populationnel, ni dans les réseaux scolaire, collégial ou universitaire. On observe dans la population québécoise une progression du taux d’analphabétisme fonctionnel, qui se situe actuellement à 53 %. À l’échelle canadienne, le Québec enregistre le pire taux de décrochage scolaire. Le résultat d’enquêtes récentes révèle que l’école ne parvient à diplômer que 40 % de ses élèves après sept ans.

Au collégial, seulement un tiers des finissants du secondaire franchissent la porte d’entrée du cégep et un certain nombre d’entre eux sont admis sans qu’ils détiennent un diplôme d’école secondaire (DES). Le taux de décrochage au collégial, qui était de 46 % dans les années 1970, a explosé dans les dernières décennies pour atteindre 70 % au Québec, selon les données les plus récentes recueillies par l’Association pour l’alphabétisme et un chercheur de la FTQ.

Pour sa part, l’université québécoise maintient toujours un écart historique de diplomation de 20 % avec l’Ontario.

Comment expliquer un tel fossé entre ces deux réalités ? Comment nos experts peuvent-ils concilier des résultats aussi contradictoires qui perdurent depuis 20 ans ? Ce sont là des questions qui restent malheureusement sans réponse.

Voir aussi

Québec et PISA 2018 — bons résultats en maths, baisse en sciences, immigrants à la traîne et fort taux de non-participation des écoles

PISA — analyse des résultats de la Finlande (en baisse) et de l’Estonie (1re en Occident)




dimanche 15 décembre 2019

Crèche vivante brusquement arrêtée par cinquante « anti-fascistes »

Affligeant. C’est aux cris de « Stop aux fachos », sans même se rendre compte que c’est ce qu’ils sont eux-mêmes, en ne respectant aucunement la liberté de pensée des autres, qu’une cinquantaine d’individus, a interrompu samedi, vers 16 h la crèche vivante avec chœurs, qui devait se dérouler jusqu’à 18 heures, place Saint-Georges à Toulouse.

Regroupés sur les murettes entourant la place, vociférant et proférant insultes et cris à l’encontre « des flics, des fachos » revendiquant « nous, on est les anticapitalistes ». Effrayant les enfants qui jouaient dans la pastorale et jouant la provocation jusqu’à descendre sur la place en cherchant la confrontation. Ce qui a clos définitivement la représentation, prévue avec succession de chorales, jusqu’à 18 h. Alors, les enfants sont descendus de l’estrade, trois chœurs prévus encore n’ont pas chanté. L’âne et les moutons sont repartis dans leur ferme. Et le public déçu, hochait la tête de dépit. Aussi triste que crétin. Quel intérêt de venir manifester là ?

La crèche vivante avant qu’elle ne soit brusquement arrêtée


Tout avait pourtant bien commencé, vers 15 heures, avec une crèche vivante « à l’ancienne » organisée par l’association Vivre Noël autrement, avec la venue outre de la présentation dans la tradition provençale, de cette pastorale du camion d’une ferme solidaire, qui réinsère des gens sans travail et qui avait prêté pour l’occasion quelques moutons. Plusieurs chœurs étaient prévus, devant se succéder toutes les demi-heures : l’ensemble Vocal de femmes Mélina, un trio flûte piano voix, jouant Bach, Vivaldi, Donzetti, l’ensemble choral des Dominicains, le groupe Only Voices style gospel, le chœur Evangelous, le chœur jeune éclats de voix...



Souriante, Cécile prend tout cela avec philosophie : « C’était pire au premier temps des Chrétiens » dit-elle avec humour « Tous ceux qui crient ne savent pas que Jésus n’était pas un bourgeois, mais un pauvre, un démuni. Je les plains » termine-t-elle.

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samedi 14 décembre 2019

École inclusive : même école pour tous, savoir pour personne ?

Extraits d'un texte de Corinne Berger, professeur agrégée de Lettres au lycée La Fayette de Clermont-Ferrand.

Au nom de principes louables, écoles et lycées accueillent désormais des élèves autistes, hyperactifs, voire psychotiques. Ces handicapés parfois, hélas, inaptes à tout apprentissage scolaire plombent le travail des professeurs. Et ne parviennent pas à progresser.

Tout comme l’écriture inclusive massacre allègrement la langue, l’école du même nom porte un coup de plus à ce qu’il reste de l’institution.

Qu’est-ce que l’école inclusive ? Pour faire bref, c’est une école qui repose sur le principe d’inclusion de tous les enfants, quel que soit leur handicap, la loi pour la refondation de l’école de 2013 mettant en avant le droit à l’éducation pour tous. Najat l’a dit, Blanquer le dit à son tour [on notera la continuité de ce ministre macronien sur de nombreux dossiers] : il faut inclure. Tout cela est bel et bon ; qui voudrait en effet priver les enfants et jeunes gens, quels qu’ils soient, de l’instruction nécessaire à leur développement psychique et intellectuel ?

Dans la réalité, comme souvent, les choses ne sont pas si simples : là où le principe est séduisant, sur le papier, l’expérience du terrain devrait refroidir les enthousiasmes bureaucratiques de la Rue de Grenelle. Dans le lycée où j’enseigne, au nom de cette inclusion devenue la règle, il n’est pas rare de trouver dans une même classe un ou deux élèves handicapés moteurs, ou sourds, malentendants, malvoyants, autistes, hyperactifs, voire psychotiques... dont la situation nécessite bien souvent l’assistance d’un AVS (auxiliaire de vie scolaire) ou d’un AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap) pendant les cours et parfois même pendant les repas. Une amie m’a récemment parlé des troubles du comportement d’un élève de collège, qui déchiquette les documents donnés par les professeurs, puis s’en prend à sa table à coups de ciseaux… Sont également considérés comme souffrant d’un handicap les élèves diagnostiqués « dys- », dyslexiques, dysorthographiques, dyscalculiques, dyspraxiques – et j’en oublie sans doute : il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur ces profils, dont certains présentent une pathologie avérée et beaucoup paraissent hélas simplement inaptes à tout apprentissage scolaire. Mais comme la tendance est à l’euphémisation, l’école ne nomme plus la carence intellectuelle et préfère parler de maladie : exit le mauvais élève, faites entrer le malade.

Et il y a inflation de malades dans cette école hospitalière : dans la classe de sixième d’un collègue, sur un effectif de 28 élèves, on n’en compte pas moins de 20 diagnostiqués « à problème(s) ». Les listes sont désormais interminables d’élèves bénéficiant d’un PAI (projet d’accueil individualisé) ou d’un PAP (plan d’accompagnement personnalisé), c’est-à-dire de protocoles spécifiques établis par un spécialiste de la spécialité, orthophoniste ou médecin, leur permettant d’utiliser un ordinateur en classe, d’avoir un tiers-temps supplémentaire pour un devoir surveillé, de se faire relire les consignes afin de s’assurer de leur bonne compréhension, sans parler de ceux à qui il faut donner un plan préalable du cours, voire un compte-rendu détaillé de ce qui aura été fait en classe, parfois en caractères d’impression adaptés à la déficience visuelle de l’élève concerné. Les documents de suivi que nous recevons sont remplis de formules du type « lenteur dans les apprentissages », « difficultés de lecture », « mauvaise maîtrise du geste graphique », « concentration difficile »... Peut-être faudrait-il s’interroger d’une part sur ce qu’a fait l’école avant que ces élèves arrivent dans le secondaire, et d’autre part sur la nocivité des écrans (parfois plébiscités par cette même école) dans leur construction personnelle. Beaucoup ne savent pas manier un stylo correctement, se concentrer plus de dix minutes, lire (et comprendre !) ce qui est écrit. Certains élèves ont d’ailleurs bien saisi le bénéfice qu’ils pouvaient en tirer : ils s’abritent derrière le diagnostic pour ne faire aucun effort et le brandissent parfois pour se dédouaner de toute responsabilité dans leurs insuffisances. Quand on vous dit qu’ils sont malades !

Bref, le handicap, qu’il soit légitimement reconnu tel ou devenu un simple cache-misère, fait l’objet d’une explosion spectaculaire depuis quelques années. Et la tâche d’enseigner s’en trouve grandement compliquée, voire compromise : comment transmettre un savoir à 30 ou 35 élèves dont plusieurs parmi eux auraient besoin d’un effectif réduit et de structures adaptées à leur(s) pathologie(s) ? Comment envisager de dispenser simultanément 35 cours particuliers, en répondant aux besoins spécifiques de chacun et en tenant compte de la disparité des profils ?

L’une de mes collègues, cette année, enseigne dans une classe de seconde « à la Prévert ». [...] Il a fallu récemment que ma collègue explique en classe les mots « lycéen » et « balançoire », on en est là. Je rappelle que nous sommes censés aborder avec eux les grands auteurs, les amener à réfléchir à de profondes problématiques littéraires, tout en les initiant aux subtilités du commentaire et de la dissertation. De qui se moque-t-on au juste ? Des professeurs, c’est sûr, des élèves également, qui sont plus à plaindre qu’à blâmer : ils sont certainement les premiers à se demander ce qu’ils font là.

Où l’on voit bien qu’il ne s’agit plus d’enseigner, de transmettre un savoir – puisque les conditions pour le faire ne sont pas réunies, et qu’on en multiplie même sciemment les empêchements –, mais de favoriser – tout du moins de le faire croire – l’épanouissement personnel de tous parmi tous. En réalité, tout le monde est perdant : l’élève réellement handicapé dont le profil suppose une structure adaptée pour espérer évoluer, l’élève abusivement décrété handicapé qui ne fournit aucun effort, l’élève lambda qui peut dans ce contexte être ralenti dans sa progression et le professeur qui voit ses conditions d’exercice lourdement aggravées. Et je ne suis pas persuadée que la vie qui attend cette multitude dysfonctionnelle fera preuve de la même bienveillance maternante et lui accordera pour accomplir ses tâches et missions professionnelles les mêmes conditions d’accompagnement qu’à l’école. [...]

Finalement, tout cela est assez caractéristique d’une époque qui, sous couvert de respect des différences, se refuse à discriminer, c’est-à-dire à reconnaître que, précisément, les différences existent : le handicapé n’est pas le valide, la femme n’est pas l’homme, l’étranger n’est pas l’autochtone. L’égalitarisme dont nous souffrons aujourd’hui est un nivellement, une indifférenciation, et finalement une négation de l’autre. Tout est dans tout, et réciproquement : Alphonse Allais pourrait avoir défini avant l’heure notre formidable époque (moins drôle que lui !) qui vante les individus interchangeables et liquides.

L’ouverture tous azimuts a cours dans tous les domaines, et il est malvenu de la remettre en question : le procès en xénophobie n’est jamais loin quand il s’agit de défendre l’idée de frontière, de nation, d’identité, et critiquer l’école inclusive peut vite valoir soupçon de « handiphobie ». N’est-il pas pourtant légitime de se demander si, derrière les bons sentiments, l’apparente générosité de cet accueil inconditionnel, on n’est pas en train de détourner l’école de sa mission première, qui consiste à transmettre un savoir et non œuvrer au « vivre-ensemble » ? Tout comme on est en droit de s’interroger sur les risques d’une société multiculturelle inclusive, qui détruit la cohésion en juxtaposant des différences inconciliables.

À ce titre, l’expression officielle, présente dans le texte de loi comme dans la bouche des technocrates qui vantent le processus d’inclusion, est loin d’être anodine : on ne parle pas d’élèves handicapés [lui même déjà un anglicisme technocratique pour invalide, infirme, malade], mais d’élèves « en situation de handicap ». Intéressant glissement du terme propre à cette périphrase assez grotesque : non seulement on ne nomme plus pour ne pas stigmatiser, mais on laisse entendre que le handicap ne serait qu’une situation [passagère ?] parmi d’autres, ni plus ni moins problématique. Habile façon de banaliser et de faire admettre l’amalgame de tous les élèves en ramenant le handicap à n’importe quelle autre situation. Inclure, disent-ils... tout en renonçant aussi à mettre dehors les absentéistes et les perturbateurs, c’est-à-dire ceux qu’on devrait exclure.

Il ne suffit pas de vouloir inclure pour que l’inclusion fonctionne ; on est encore une fois, comme dans bien des domaines, dans l’incantation qui fait fi du réel. Les problèmes existent, il est bon de les exposer, et cette école inclusive qui refuse de les envisager ressemble plutôt à une école élusive.

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Déboulonner Gandhi

Héros de l’indépendance indienne, le Mahatma Gandhi ne fait plus l’unanimité. Depuis cet hiver, l’association étudiante Manchester Student Union (MSU) l’accuse du pire des maux contemporains : le racisme. Sous le mot-croisillon #Gandhimustfall (# Gandhidoittomber), ses militants ont lancé une campagne Twitter doublée d’une pétition en ligne exigeant le déboulonnage de la statue de bronze de 2,75 mètres récemment installée devant l’université mancunienne.



Dans une lettre adressée au conseil municipal de Manchester, la MSU cite les propos peu amènes qu’a tenus Gandhi durant son séjour en Afrique du Sud. Sous sa plume, notamment dans ses articles à l’Indian Opinion, les Africains apparaissent comme des personnes « sauvages », « non civilisées » et « sales comme des animaux ». Et pour alourdir son dossier, ces étudiants en quête d’une cause reprochent à Gandhi de s’être rendu « complice des exactions raciales au sein de l’Empire britannique en Afrique ».

Avant d’agiter Manchester, l’affaire a démarré au Ghana, pays chantre du panafricanisme, qui a exhumé de vieux textes où le Mahatma fait l’apologie de la pureté raciale. Choquée, l’université d’Accra a fait déboulonner la statue du héros de l’Inde. À quelques milliers de kilomètres de là, la Manchester Student Union entend bien lui emboîter le pas, dénonçant par ailleurs l’utilisation de l’image du Mahatma par le gouvernement de New Delhi comme « outil de propagande ».

Une fois n’est pas coutume, les élus ont refusé de céder aux oukases du syndicat étudiant. Il faut dire que Gandhi n’est pas un affreux Européen. « Gandhi a inspiré les dirigeants africains, y compris Nelson Mandela, […] c’est un citoyen du monde et une icône de la paix. La statue de Manchester est ici pour célébrer le pouvoir universel de son message », ont répondu les élus de Manchester.

Loin de se laisser convaincre, les syndicalistes étudiants ont exigé des excuses du conseil municipal, le sommant par ailleurs de « commémorer un militant antiraciste noir ayant eu des liens avec Manchester, comme Olive Morris ou Steve Biko ». Contre vents et marées, la statue a bel et bien été inaugurée le 25 novembre à Manchester en présence des officiels indiens. Gare à ce qu’elle ne tombe pas de son piédestal.

Voir aussi
Erreurs, imprécisions et omissions dans le manuel d’ECR pour la 6e primaire de Modulo (mythe Gandhi et al.)

« La vérité sur le cours ECR », une nouvelle catéchèse politiquement correcte ? Extrait :


Il manque Gandhi dans la liste de ces saints modernes (il est pourtant suggéré dans le programme ECR). Dans certains manuels, on fait croire que Gandhi a été décisif dans l’indépendance de l’Inde, ce qui est très discutable. Tous les manuels que nous avons lus passent sous silence la vision très racialiste des rapports humains de Gandhi et son peu de sympathie pour les Noirs en Afrique du Sud. À ce sujet, lire The South African Gandhi : Stretcher-Bearer of Empire d’Ashwin Desai et Goolam Vahed (octobre 2015, Stanford University Press). Le livre n’a pas été traduit en français.

Uniformiser les universités de la « nation arc-en-ciel » au nom de l’« unité » ? (déboulonnage d’autres statues dont Cecil Rhodes)