Texte de Mathieu Bock-côté paru dans Le Figaro du 26 Septembre 2026.
Dans quelques heures, quand tous les frileux seront forcés de se rendre à l’évidence, s’acharner sur Thélyson Orélien n’aura aucun intérêt.
— Juliette Briens (@JulietteBriens) September 23, 2026
La seule chose qui compte, c’est le naufrage du petit milieu qui l’a encensé. Écrivains, journalistes, critiques, jurés..
Tout ce petit… pic.twitter.com/qq9UsqDC60
Puis une bombe a explosé. Le compte Balance ton Claude, que l’on sait depuis animé par Samuel Fitoussi, a accusé Orélien d’avoir écrit son livre avec L’IA. L’accusation semblait crédible, et fondée sur un logiciel de détection de l’écriture IA, reconnu pour son exactitude. Une part du milieu littéraire s’est immédiatement braquée : c’est faux ! Et très vite, elle a riposté : derrière cette critique s’exprimerait un racisme viscéral contre un écrivain noir parlant des migrants. On voulait l’effacer, l’humilier. La question de L’IA était secondaire : l’intégrité de l’œuvre ne comptait plus, même si encore hier, tous se seraient dits horrifiés par un monde où la littérature deviendrait le produit d’une machine. Cette riposte était prévisible. C’était ça ou mourir avait été célébré sur la base de critères idéologiques, et c’est à partir de tels critères qu’on le défendrait. Orélien, de son côté, a bien évidemment contesté les accusations. Mais comme le disait moins poliment Chirac, les soucis volent en escadrille.
Au jour 3 de la controverse, on a découvert que Thélyson Orélien était un vilain plagiaire. Dans la presse québécoise, où il écrivait depuis longtemps, mais aussi en France, il était coutumier d’une pratique singulière : il prenait un texte paru à l’étranger, le traduisait approximativement, puis le publiait sous son nom, en partie ou totalement. En 2012, il a même remporté un concours de nouvelles organisé par Radio-canada en plagiant un vieux texte de Louis Pauwels - à tout le moins, on lui reconnaîtra de saines admirations. Chaque jour, de nouveaux plagiats sont révélés, même dans ses poèmes.
Au Québec, l’enthousiasme s’est converti en doute. Pouvait-on croire un plagiaire multirécidiviste ? Sa défense devenait moins crédible. Elle fut moins enthousiaste, son éditeur, Boréal, renonçant même à promouvoir le livre. Les accusations de racisme contre ses critiques demeurèrent, toutefois : il fallait bien sauver la face. En France, la question du plagiat trouve moins d’écho.
La polémique vire au comique. L’aristocratie culturelle pouvait difficilement s’ébaubir le lundi et reconnaître s’être fait bluffer le vendredi. Il y a des limites au triple salto arrière. Puisqu’il n’était plus possible de nier la chose, aussi bien la décréter normale. D’ailleurs, l’intelligentsia ne peut même pas s’émerveiller de manière tactique devant le canular, sur le mode « chapeau l’artiste » car ce n’en était pas un - les critiques d’Orélien y voient tout simplement une fraude littéraire. Au mieux, pour ne pas se dédire, elle peut normaliser l’écriture par L’IA, y voir une forme d’audace - mais sur cette question, elle se clivera, car les hommes de lettres ne sont pas encore prêts à s’immoler devant le dieu IA. Simple réflexe de survie. Alors on y revient : restait à traiter tout cela dans le logiciel antiraciste. Il ne déçoit jamais et s’applique à toutes les situations. Orélien l’a fait aussi. Il affirme qu’on voudrait le faire taire, qu’il cesse d’écrire. Les mauvaises langues répondront surtout qu’on voudrait qu’il écrive par lui-même.
La forteresse littéraire a pourtant tremblé - d’autant qu’elle s’est moins décomposée de l’intérieur qu’elle ne fut prise d’assaut par la piétaille des réseaux sociaux, n’acceptant pas le récit officiel qu’on lui faisait des événements, présentant simplement les faits le contredisant, ne s’inclinant tout simplement pas devant ses totems, en fait. Disons-le autrement : sans les réseaux sociaux, nous ne saurions pas grand-chose de toute cette affaire, Thélyson Orélien raflerait le Goncourt, et il aurait trouvé sa demeure sur le Mont Olympe de la diversité, à la manière du nouveau dieu à vénérer. Il n’en sera pas ainsi. Que vaudra demain le système des prix littéraires ? Comment ce milieu va-t-il gérer sa déculottée, comment va-t-il retrouver sa superbe, comment pourra-t-il faire croire à la sincérité de ses enthousiasmes ? Que faire quand tout le monde a compris que le roi était nu ?
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