lundi 20 février 2023

Québec — Pénurie d'enseignants, hausse des dépenses et des besoins pour élèves allophones et vulnérables

« On peut dire qu’aujourd’hui, on est toujours en rattrapage par rapport à ces départs massifs qui ont été causés par l’austérité des libéraux », a déploré Bernard Drainville.

(Québec) Questionné sur les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre dans les écoles, Bernard Drainville renvoie la balle aux libéraux tandis que l’ex-ministre des Finances, Carlos Leitão, admet des regrets sur les compressions en éducation.

Cette sortie publique coïncide avec une série de nouvelles sur les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre en éducation. Le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) s’est résigné à embaucher des enseignants non légalement qualifiés pour enseigner auprès des élèves les plus vulnérables, en adaptation scolaire, rapporte La Presse. Et les délais d’attente subis par les élèves allophones pour obtenir un enseignement en français ont aussi fait l’objet d’articles de presse. Voir La naïveté québécoise face à l’immigration et à la dénatalité : l’anglais langue commune même à l’école en français…

Au moment où le gouvernement Legault entame un deuxième mandat, M. Drainville défend le bilan de la Coalition avenir Québec (CAQ) : « Depuis qu’on est là, les dépenses en éducation, en moyenne, ont augmenté de 1 milliard par année. » 

Hausse constante des dépenses, qu'en est-il de la qualité ?

 

Le Québec chef de file des hausses de dépenses en éducation

En 2017-2018, la dépense globale par élève pour l’éducation préscolaire, l’enseignement primaire et secondaire au Québec était de 13 987 $, soit environ 2 % moins élevée qu’en Ontario (14 254 $) et que la moyenne canadienne (14 253 $).

Il est toutefois important de noter que la comparaison interprovinciale de la dépense par élève pour l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire et secondaire ne tient pas compte des différences du coût de la vie entre les provinces canadiennes. Celui-ci est moins élevé au Québec comparativement à l’Ontario et à la moyenne canadienne (écart de 15 % et 9 %, respectivement, en 2017). Si l’on tient compte de cette différence, la dépense par élève pour l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire et secondaire est plus élevée au Québec.

Enfin, notons que l’enseignement secondaire est plus court au Québec. Or, les dernières années du lycée (le collégial au Québec) coûtent plus cher que celles du secondaire québécois. Ceci tend aussi à fausser les comparaisons entre les pays.

(Cliquez pour agrandir)

Hausse des salaires, pensions et des « élèves en difficulté » [y compris les immigrants]

Selon un rapport de l’IEDM en 2017 où l’on observait déjà une hausse des dépenses pendant les dix années précédentes :

Pourquoi les dépenses en éducation ont-elles grimpé autant ? On peut d’office éliminer une cause : les dépenses d’infrastructure. Selon l’évaluation la plus récente, le déficit d’infrastructure, soit le montant qu’il faudrait dépenser pour remettre à niveau les bâtiments des commissions scolaires du Québec — ce qui inclut les écoles —, dépasse les 6 milliards $. Cette remise à plus tard des dépenses d’entretien normales a donc contribué à atténuer la croissance des dépenses du ministère.

C’est plutôt du côté des salaires qu’il faut regarder pour comprendre l’emballement des dépenses au cours des dix dernières années. Premièrement, le rapport élèves-enseignant dans les commissions scolaires est passé de 14,2 à 13,3 entre 2006-07 et 2015-16. Ce changement, qui peut sembler minime, a eu des impacts considérables sur les coûts récurrents en éducation.

La deuxième cause d’augmentation des dépenses est liée aux paiements de l’État dans les caisses de retraite des employés, qui ont bondi de près de 50 % en tenant compte de l’inflation lors de cette même période4. La troisième raison est le vieillissement des employés : comme on embauche pour le moment relativement peu de nouveaux professeurs, la progression automatique dans l’échelle salariale au fil des années fait augmenter les coûts par employé.

Outre les coûts salariaux, un autre phénomène fait croître de façon importante les dépenses en éducation : la croissance rapide de la proportion d’élèves en difficulté d’apprentissage et d’adaptation ou ayant un handicap. Le pourcentage de ces élèves inscrits au secteur public est passé de 16 % en 2006 — 2007 à 21,5 % du total en 2016-2017, une hausse d’un tiers. Étant donné qu’un élève présentant un handicap donne droit à une subvention qui peut être jusqu’à quatre fois plus élevée, ce facteur contribue lui aussi à la hausse des dépenses.

Bref, le gouvernement du Québec dépense de plus en plus en éducation. Ce n’est pas parce qu’il y a plus d’élèves ni parce que les écoles sont mieux entretenues, mais parce que le rapport d’élèves par professeur a baissé, que les coûts salariaux ont augmenté et qu’il y a plus d’élèves avec des besoins particuliers.

Il n’est pas du tout évident que cette augmentation constante des coûts de l’éducation se soit accompagnée par une hausse de la qualité de l’enseignement :

« Une part non négligeable de l’amélioration du taux de diplomation du secteur public est liée à la création de nouveaux diplômes dont la valeur est remise en question par certains observateurs8. À titre d’exemple, on peut nommer le Certificat de formation préparatoire au travail, qui nécessite que l’élève ait suivi 2700 heures de formation générale au niveau secondaire (soit environ trois années) et complété un stage de 900 heures en milieu professionnel (autrement dit qu’il ait occupé un emploi) ; ou encore le Certificat de formation en insertion socioprofessionnelle des adultes, décerné à un élève qui a réussi ses cours de français, anglais et mathématiques du niveau primaire, ainsi qu’une formation de 900 heures en sensibilisation au marché du travail. Environ 40 % de l’augmentation du taux de diplomation sur sept ans pour l’ensemble du Québec est due à ce nouveau type de qualification.

Enfin, la pression pour améliorer les taux de réussite a-t-elle permis de maintenir la qualité des diplômes, ou a-t-elle plutôt mené à un nivellement par le bas ? Il est difficile de répondre à cette question, mais certains éléments permettent de croire que la volonté de diplômer plus d’élèves a mené à une réduction de la rigueur dans leur évaluation. »

C'est ainsi que, dans un sondage mené auprès de 630 professeurs en avril 2017, on apprenait qu’un enseignant sur deux avait vu la direction de son école hausser la note qu’il avait accordée à un élève sans son consentement. Patricia Cloutier, « Des notes modifiées à l’insu des profs », Le Soleil, 27 avril 2017 ; Tommy Chouinard, « Le ministre de l’Éducation exige la fin des notes gonflées dans les écoles », La Presse, 30 mai 2017.


dimanche 19 février 2023

Excellents résultats des îles de la Madeleine : peu d'immigration, confinement court, petites classes, beaucoup d'effort en écriture et lecture au primaire

Alors que la majorité des centres de services scolaires du Québec ont vu le taux de réussite des élèves à l’épreuve ministérielle de français diminuer, aux Îles-de-la-Madeleine (dans le Golfe du Saint-Laurent, à plus de 200 km à l'est de la Gaspésie), il a augmenté.

Les élèves du secondaire des Îles-de-la-Madeleine ont obtenu des résultats pour le moins surprenants aux derniers examens ministériels, tant en français qu’en mathématiques. La somme de plusieurs facteurs qui, mis ensemble, ont bien servi les élèves.

« Qu’est-ce qu’il y a dans leurs gènes pour qu’ils obtiennent de tels résultats ? » Lancée par une spécialiste du français, la boutade exprime bien la surprise qu’ont eue plusieurs en voyant que 95,5 % des élèves des Îles-de-la-Madeleine avaient réussi l’épreuve ministérielle de français en 5e secondaire l’an dernier.

Alors que la majorité des centres de services scolaires du Québec ont vu le taux de réussite des élèves diminuer à cet examen, aux Îles-de-la-Madeleine, il a augmenté.

Comment expliquer un tel succès ? D’entrée de jeu, la directrice générale du centre de services scolaire des Îles rappelle que le nombre d’élèves en 5e secondaire est peu élevé.

« On a des petits groupes, environ une soixantaine d’élèves. Donc un élève vaut plus que 1 %. À la baisse ou à la hausse, nos taux [de réussite] sont très volatils. Si on était médiocres, ça paraîtrait très rapidement aussi », dit Brigitte Aucoin.

La Polyvalente des Îles-de-la-Madeleine compte cette année 424 élèves.

« Comme on a moins de jeunes, c’est peut-être plus facile d’aller voir les cas problématiques », abonde Nathaël Ouellet-Miousse, professeur de français au secondaire. « Je les compte sur les doigts de ma main : je peux dire : “Toi, toi et toi, je veux que vous veniez en récupération et qu’on travaille les conjugaisons de verbe” », dit-il.

L’enseignant insiste sur un point : on ne peut pas comparer les résultats des Îles-de-la-Madeleine à ceux de Montréal, par exemple, où on accueille beaucoup d’élèves issus de l’immigration.

On a un bassin d’élèves qui ont été élevés dans la langue française. Ça joue certainement sur le pourcentage de réussite.

Paysage des îles de la Madeleine

Nathaël Ouellet-Miousse, professeur de français au secondaire

Autre facteur qui a pu contribuer à ce succès : les écoles n’ont pas été fermées très longtemps aux Îles en raison de la COVID-19. « On était comme dans une bulle », illustre Mme Aucoin.

Les écoles des Îles, dit-elle aussi, travaillent « beaucoup » l’écriture et la lecture au primaire. L’idée : aller « au-delà du programme, pour qu’à la fin de chaque cycle, [les] élèves deviennent des lecteurs de haut niveau », poursuit Brigitte Aucoin.

Le professeur de français Nathaël Ouellet-Miousse dit lui aussi que ce n’est pas sa seule classe de 5e secondaire qui fait la différence. « Ça part du préscolaire, avec des habitudes en lecture et en littératie », explique-t-il. 


Source : La Presse

Le Canada veut étendre l'euthanasie aux mineurs

La loi canadienne sur l'aide médicale à mourir devrait être élargie pour inclure les mineurs et les personnes atteintes de maladie mentale, a recommandé un comité parlementaire dans un rapport déposé à la Chambre des communes.

Si cette loi passait, le Canada aurait la loi sur l'euthanasie la plus laxiste au monde.

On ne parle JAMAIS de natalité en politique canadienne ou québécoise, aucune aide à ceux qui veulent avoir des enfants. Rien. On y parle plutôt de la nécessité d'importer des gens d'ailleurs et faciliter le suicide des vieux blancs.


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DPJ — acharnement et impunité de la DPJ. Qui protège les parents contre la DPJ ?

Le gouvernement a donné l’impression d’agir en nommant une directrice nationale de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), Catherine Lemay, un bien discret chien de garde.

Pas un mot sur l’imputabilité que la DPJ devrait assumer dans ses décisions dans la nouvelle loi sur la Protection de la jeunesse pilotée par le ministre Lionel Carmant, dans laquelle on assume toujours que toutes les décisions prises le sont de bonne foi, même si ce n’est pas le cas. Comme l’exposait lundi le collègue du Nouvelliste Sébastien Houle, il arrive que des intervenantes modifient des rapports et noircissent à dessein le portrait de certains parents.

Ça arrive trop souvent.
 
C’est arrivé à François et Sylvie [Prénoms fictifs], deux parents qui se sont retrouvés avec leurs deux filles dans l’engrenage de la DPJ pour un désaccord sur l’enseignement à la maison. L’affaire a débouché sur un diagnostic d’autisme effectué par une clinique « très bonne cliente de la DPJ », selon la journaliste Mylène Moisan du Soleil. Diagnostic monté en épingle. Les parents se sont sentis attaqués par la DPJ, la DPJ n’a pas voulu lâcher le morceau et a placé les filles dans un centre de réadaptation.

C’était en 2015, elles avaient sept et huit ans. 

Presque huit ans plus tard, François et Sylvie se battent encore pour retrouver leurs filles envoyées à 7 et 8 ans en centre de réadaptation, lieu réservé habituellement pour les cas lourds. Elles en sont sorties uniquement à l’automne dernier. Depuis, elles en sont à leur deuxième famille d’accueil, les parents ne savent pas où elles sont, ni si elles ont dû changer d’école.

À chaque visite supervisée, la plus jeune, qui est maintenant âgée de 14 ans, supplie de revenir à la maison.

Une des filles a été victime d’agressions sexuelles dans une des familles d’accueil par un jeune connu pour ce genre de méfaits… On a ensuite déplacé ce jeune. L’intervenante n’a pas été sanctionnée pour manque de surveillance, déclare Mylène Moisan. Au contraire, dans les notes consultées par la journaliste, on notait que l’intervenante avait, somme toute, bien surveillé la situation.



François et Sylvie ont rué dans tous les brancards, mais rien n’y a fait, ils ont plutôt eu droit à des représailles, à une diminution de leurs heures de visite. Même si les jugements rendus depuis le début maintiennent qu’ils sont des parents aimants et que leurs enfants sont en sécurité avec eux, la DPJ s’entête. 

Et, aujourd’hui, François a décidé de dénoncer l’absence de recours contre les intervenantes qui s’acharnent, qui ne sont jamais imputables.

Il est parti à pied de l’Assomption dans Lanaudière il y a une semaine, par un matin sibérien, après avoir fait approuver son itinéraire par les autorités. Il marche entre 6 et 26 kilomètres par jour avec un dossard orange pour être bien visible, s’arrêtant dans des cafés et des restaurants pour rallier des personnes à sa cause.

Pour donner écho à son cri du cœur.

Après 226 kilomètres de marche, il prévoit arriver le dimanche 19 février, devant le parlement, où un rassemblement serait en préparation. 

Il veut s’attaquer à l’article 35 de la Loi sur la protection de la jeunesse, celui où on dit tenir pour acquis que tout le monde est de bonne foi, à moins de prouver le contraire. L’article en question : « Le directeur et toute personne qui agit en vertu des articles 32 ou 33 [ceux qui procèdent à l’évaluation et à l’orientation des dossiers] ne peuvent être poursuivis en justice pour des actes accomplis de bonne foi dans l’exercice de leurs fonctions. »

Ce qui peut sembler être du bon sens prend parfois des allures d’immunité.

D’impunité.

Cet après-midi, François s’arrêtera « à Trois-Rivières devant le bureau de circonscription de Jean Boulet », en espérant qu’il sorte lui parler. « Je marche chaque jour pour mes filles, mais aussi pour tous les enfants, parents, grands-parents, familles au Québec qui sont prises avec la DPJ, mais qui ne devraient pas. Cette marche a pour but que la DPJ soit imputable de ses actes. »

Elle devrait l’être depuis longtemps.

 
 

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vendredi 17 février 2023

Les loyers montent en flèche au Canada alors que l'afflux de personnes est sous-estimé (il est à près de 1 million/an !)

  • Les données officielles sous-estiment le nombre d’immigrants, prévient la CIBC
  • Un PDG dans l’immobilier déclare que « c’est terrible » pour ceux qui ont besoin d’appartements

La croissance démographique explosive du Canada due à l’immigration fait grimper les loyers dans ses plus grandes villes. Et il y a un autre problème : le pays ne compte même pas correctement le nombre de personnes qui ont besoin d’un logement.

Le gouvernement du Premier ministre Justin Trudeau prévoit d’accueillir 465 000 nouveaux résidents permanents cette année et de porter l’objectif annuel à un demi-million d’ici 2025. Mais ces chiffres souvent cités sous-estiment la pression sur l’offre limitée de logements au pays, car ils n’incluent pas une vague d’étudiants étrangers, de travailleurs temporaires et autres avec des visas non permanents.

Le pays a en fait enregistré près d’un million d’arrivées internationales l’année dernière, selon une analyse de la Banque Canadienne Impériale de Commerce (CIBC) basée sur d’autres données, y compris les visas. Elle acceptera probablement un nombre similaire cette année, a déclaré Benjamin Tal, économiste en chef adjoint de la banque.

Source : Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL)

En conséquence, le Canada connaît sa croissance démographique la plus rapide depuis les années 1970 et les appartements sont devenus extrêmement difficiles à trouver. Le taux d’inoccupation des immeubles locatifs est inférieur à 2 %, le plus bas depuis 2001. À Vancouver, il est inférieur à 1 %. La situation est aggravée par la hausse des taux d’intérêt qui a rendu l’achat d’une maison inabordable pour de nombreuses personnes, les poussant vers le marché des propriétés locatives.

« Nous sous-estimons le nombre de personnes au pays et le nombre de personnes qui ont besoin d’un bien immobilier », a déclaré Tal dans une interview. « Si vous ne disposez pas de chiffres officiels indiquant la demande avec précision, les municipalités qui allouent des logements en fonction de ceux-ci ne mesurent pas l’ampleur du besoin. »

Sources : Statistiques Canada, Bloomberg

Les conséquences de ce sous-dénombrement sont déjà visibles, a déclaré Tal. L’inflation des loyers a atteint près de 6 % au cours des deux derniers mois de 2022, contre 3,1 % au début de l’année dernière.

Les coûts du logement poussent certains à quitter les villes les plus chères à la recherche d’emplacements moins chers. Toronto a attiré des personnes issues de la migration internationale, mais a également enregistré une sortie nette de près de 100 000 résidents vers d’autres régions du Canada au cours des 12 mois terminés le 1er juillet.

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mercredi 15 février 2023

Biais idéologique et bien-pensance : conversation (audio) avec Chat GPT3

Après une conversation croisée entre Sonia Mabrouk et le robot conversationnel Chat GPT3 qui devient un phénomène, Olivier Babeau réagit et nous donne des clés de lecture.

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dimanche 12 février 2023

Écologie — Le Reich était vert de gris

Dans un étonnant livre enquête, Philippe Simonnot explique comment le nazisme se fit le champion de l’écologie politique en puisant au même antihumanisme qu’elle.

Carte postale des années 30, « Le Führer, l’ami des animaux »

 À défaut de l’avoir jamais su, on l’avait oublié. Moins par inattention qu’à cause d’un chaînon manquant, qui avait comme interrompu le fil de l’histoire. Entre la naissance de l’écologie comme science en 1866, sous la houlette du biologiste allemand Ernst Haeckel, et sa mutation en idéologie de la contre-culture en 1968, la page serait restée blanche. Il a fallu Luc Ferry et son Nouvel ordre écologique, qui dénonçait, en 1992, les dangers de la écologie profonde et son refus de tout anthropocentrisme, pour rappeler qu’entre ces deux dates, le nazisme avait fait franchir à l’écologie une étape décisive en en faisant une réalité politique. C’est la genèse de cette filiation que retrace et démêle d’abord Philippe Simonnot, récemment disparu, dans Le Brun et le Vert. Avant de scruter le corpus législatif et réglementaire pléthorique dont les nazis dotèrent le IIIe Reich en matière d’écologie, dès l’accession de Hitler au pouvoir en 1933.

À l’origine était donc Haeckel. Inconnu du public français, ce spécialiste des invertébrés marins fut le promoteur de Darwin en Allemagne, mais surtout l’inventeur du darwinisme social, soit l’application aux sociétés des théories du naturaliste britannique, et parmi elles la sélection naturelle et l’élimination des plus faibles. De la théorie évolutive, Haeckel, farouchement antichrétien et anti­sémite, déduisit d’une part le caractère insignifiant de l’humanité et l’absence de frontière entre celle-ci et le monde animal, de l’autre une classification des races humaines. Et c’est sous le patronage d’un Darwin revu et corrigé qu’il plaça son concept d’Ökologie, en le définissant comme « le corps du savoir concernant l’économie de la nature (…), l’étude de ces interrelations complexes auxquelles Darwin se réfère par l’expression de conditions de la lutte pour l’existence ».

Après Haeckel, mort en 1919, son disciple Walther Schoenichen reprit le flambeau de la science écologique naissante. Directeur de l’Office d’État pour la préservation de la nature en Prusse sous la république de Weimar, il adhéra au Parti nazi en 1932 et salua l’arrivée de Hitler au pouvoir l’année suivante en affirmant dans son journal : « Le peuple allemand doit être nettoyé, et de même la campagne allemande. » Un programme que le IIIe Reich naissant allait suivre à la lettre. Car pour les théoriciens nazis, le peuple allemand puise sa force de l’union du sang et du sol (Blut und Boden), menacée par les forces adverses de la démocratie, du capitalisme, du libéralisme, qu’il importe donc de combattre pour protéger l’un et l’autre.

Cette religion de la nature plus ou moins baignée de romantisme agraire et d’anti-urbanisme imprégnait déjà en réalité un appareil nazi hostile à tout anthropocentrisme. Membre du parti, le biologiste Paul Brohmer affirmait ainsi : « Selon notre conception de la nature, l’homme est un chaînon dans la chaîne naturelle comme n’importe quel organisme. » De 1933 à 1942, près de vingt-cinq lois et règlements donnèrent corps à cette croyance. Expression d’un souhait personnel de Hitler, la grande loi sur la protection de la nature de 1935 imposa l’idée d’une nature reine à protéger contre le capitalisme destructeur des paysages. Votée deux ans plus tôt, la loi sur la protection des animaux, qui ne faisait pas de différence entre animaux domestiques et sauvages, utiles et nuisibles pour l’homme, la surclassait pourtant. Elle fut encore renforcée par une loi sur l’abattage des animaux — qui visait en réalité le rituel des Juifs, accusés d’insensibilité — et d’autres lois et décrets sur leur transport, l’éclairage et la ventilation des stalles, le ferrage des chevaux, mais aussi l’interdiction aux Juifs de détenir des animaux domestiques. On alla jusqu’à prohiber l’application d’œillères aux chevaux !

Tous les barons du régime se mobilisèrent pour défendre cet arsenal législatif. Hitler apparut nourrissant des biches dans la forêt sur des cartes postales légendées « Le Führer, ami des animaux ». Apôtre du Blut und Boden, Richard Walther Darré, ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture, justifia l’extension du Reich vers l’est en affirmant que seule la race germanique était apte à tirer le meilleur profit de ses terres, et promut une exploitation agricole permettant de « garder la terre en bonne santé ». Mais c’est Göring qui fut le champion absolu de l’écologie nazie. Comme « grand veneur du Reich », il inspira en 1934 une loi qui encadrait sévèrement la chasse et, note Simonnot, faisait du chasseur « le responsable d’un état originel sauvage ». Comme maître des forêts du Reich, il s’appliqua à sanctuariser ce berceau mystique de la race germa­nique, lieu de son enracinement et de son unicité, à l’opposé du désert des Juifs, réputés un peuple d’errants, ennemi des forêts.

C’est encore le régime nazi qui construisit, sous la houlette du ministre Fritz Todt et de son adjoint Alwin Seifert, nommé « avocat du Reich pour le paysage », des milliers de kilomètres d’autoroutes présentées comme respectueuses de l’environnement, le tout technologique devant s’allier au tout naturel. Et qui promut l’agriculture biodynamique, soutenue par la SS de Himmler dans les territoires conquis à l’est. Là, Seifert entendait « germaniser » le paysage en plantant de forêts la steppe polonaise. À nouveau, l’écologie nazie se faisait l’alliée du nationalisme raciste du régime.

Le IIIe Reich disparu, les thuriféraires de sa politique écologique ne furent pas inquiétés après la guerre. Leur défense consista à affirmer, comme Seifert, qu’ils avaient

« été plus verts que bruns ». Les décennies passèrent et il fallut attendre le milieu des années 1980 pour voir un écologiste allemand membre du parti des Verts, Rudolf Bahro, revendiquer l’héritage écologique du nazisme, jusqu’à souhaiter l’avènement d’un « Adolf vert ». Alors que l’écologie est devenue une sorte de dogme officiel dans le monde occidental depuis les années 2000, lequel de ses militants s’associerait à ce vœu ? Elle n’en formule pas moins, particulièrement dans ses ramifications qui ont pour noms l’animalisme, l’antispécisme et le culte de la nature, des propositions politiques identiques à celles que vota le IIIe Reich, au nom d’un même refus de l’humanisme judéo-chrétien. Cette passionnante enquête refermée, ce sont les conséquences vertigineuses de ce refus qu’elle invite encore à méditer. 

Source : Figaro Histoire

Le brun et le vert
Quand les nazis étaient écologistes
par Philippe Simonnot,
publié le 17 novembre 2022
aux éditions du Cerf,
à Paris,
229 pp,
ISBN-10 : 2 204 152 404
ISBN-13 : 978-2204152402

samedi 11 février 2023

La naïveté québécoise face à l'immigration et à la dénatalité : l'anglais langue commune même à l'école en français...

Longtemps, de nombreux Québécois bien intentionnés se sont rassurés en pensant : « les immigrants, ils vont s'intégrer, ils vont à l'école en français ». Mais quand le pourcentage de francophone baisse trop dans un quartier, cela ne fonctionne pas et à Montréal l'anglais s'impose comme langue commune entre les élèves. Même à l'école française! 

La chute dans la proportion des francophones s'expliquent par la fuite des « de souche » vers les banlieues plus éloignées, la très faible natalité des Québécois et l'immigration de masse.
 
Extraits d'un article du Journal de Montréal :

À Montréal, même si les élèves allophones apprennent le français dans une classe d’accueil, certains ont de la difficulté à bien le maîtriser puisqu’ils parlent anglais à la maison et avec leurs camarades de classe, déplorent des enseignants qui dénoncent un manque criant de services.

Dans une école primaire du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal, seulement 8% des élèves parlent le français à la maison. Plusieurs enfants parlent anglais lors des repas en famille et entre amis à l’école. «Ici, la langue commune, c’est l’anglais», dit Julie*, une enseignante de sixième année.

Les élèves parlent entre eux en anglais dans la cour de récréation, dans les couloirs et même lors des travaux d’équipe en classe, même s’ils ne sont pas censés le faire, raconte l’enseignante.

Des consignes en anglais en classe

Leur niveau de français est très faible, ajoute son collègue qui enseigne en cinquième année. «Ils ne comprennent pas des mots de vocabulaire de base, comme orage ou coude. Je dois parfois traduire les consignes en anglais pour qu’ils me comprennent en classe», raconte Simon*.

Malgré d’énormes lacunes en français, aucun service d’orthopédagogie n’est disponible dans cette école pour les élèves de la troisième à la sixième année.

Plusieurs enfants n’ont plus aucun service de soutien en francisation après être passés par l’une des cinq classes d’accueil de cette école. Une seule enseignante, «débordée» offre ce service à environ 25 élèves, déplorent les deux enseignants, visiblement dépassés.

«Ça craque de partout, il y a une pénurie par-dessous [sic] tout ça... c’est vraiment fâchant», laisse tomber Simon.

[...] 

[Défi immense, qui paie la note ?]

Le défi reste immense pour les enseignants qui ont des groupes où la majorité des élèves sont passés par une classe d’accueil, puisque l’apprentissage du français est loin d’être réglé, indique l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal.

«Oui, on a développé une expertise en francisation à Montréal (avec les classes d’accueil). Mais par la suite, lorsque ces élèves arrivent en classe ordinaire, si le soutien n’est pas là pour différentes raisons, ça devient vraiment difficile d’enseigner le français comme on serait censé le faire», affirme sa présidente, Catherine Beauvais St-Pierre.

Avec le « compostage humain », l’écologie devient une religion intégrale

D’abord courant de pensée puis mouvement politique, l'écologie devient une religion intégrale, analyse ci-dessous l’écrivain Grégory Roose. Elle vénère désormais le dieu Climat, propage ses apôtres à travers le monde, impose ses interdits alimentaires et dispose désormais d'un rite funéraire, l'humusation.

L’idée n’est pas nouvelle, mais elle est devenue une proposition de loi par l’intervention de la vice-présidente MoDem de l’Assemblée nationale, Élodie Jacquier-Laforge. En errance perpétuelle dans le désert médiatique, le parti de François Bayrou se lancerait-il dans la course aux propositions sociétales clivantes pour tenter de s’extirper du ventre mou de l’invisibilisation ? Rien ne semblait en effet disposer cette discrète députée centriste à proposer une loi sur le compostage de nos défunts, procédé effrayant et choquant par nature : l’Homme a mérité sa majuscule quand il a commencé à enterrer ses morts. En pratiquant une forme de cannibalisme post mortem, il risquerait de la perdre. C’est donc une réussite sur ce point : le débat est rouvert.

Le terme « humanisation » né au cours des années 1980 avant d’être progressivement oublié, exprime l’idée de pratique funéraire consistant à transformer progressivement un corps humain en humus fertile. Ce procédé étonnant pose autant de problèmes éthiques que pratiques. Au-delà de la fertilisation d’espaces verts, qui nous garantit que l’humus utilisé dans nos jardinets ou en agriculture ne sera pas issu de la décomposition de cadavres humains ? Aurait-on envie de manger une salade bio ayant poussé sur les restes d’un père de famille disparu ou une soupe de potirons tout droit sortie des entrailles décomposées d’une vieille dame ? Une fois n’est pas coutume dans la pensée progressiste, l’humusation apparaît comme une énième démarche égoïste d’une minorité idéologique s’arrogeant le droit d’imposer, jusque dans la mort, des fantaisies délirantes à leurs contemporains.

L’Homme a mérité sa majuscule quand il a commencé à enterrer ses morts. En pratiquant une forme de cannibalisme post mortem, il risquerait de la perdre

L’écologie était un courant de pensée devenu mouvement politique. Sous la pression des écologistes intégristes, la frénésie verte prend désormais les formes d’une religion intégrale qui vénère le dieu Climat, propage son clergé à travers le monde, depuis Greta Thunberg jusqu’à Sandrine Rousseau, impose le jeûne de viande à ses fidèles et dispose désormais d’un rite funéraire, l’humusation, necrologisme abject qui désigne le compostage des cadavres dans le mépris de toute dignité humaine. Cependant, l’auteur de la proposition de loi ne saurait être considérée comme une écologiste fondamentaliste, ce qui devrait être de nature à nous inquiéter collectivement tant l’hystérie écologiste tend à se propager dans toutes sortes d’esprits. « Il faut que l’on puisse engager une réflexion qui s’inscrit dans la continuité de celle des cendres lors de la crémation », affirme-t-elle, assurant dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux que cette solution permet de mieux respecter l’environnement jusque dans la mort.

La Députée s’appuie même sur un passage de la Genèse dans la Bible pour convaincre : « De poussière tu redeviendras poussière. » C’est oublier qu’il existe déjà un procédé pour revenir poussière : il s’appelle crémation et l’Église catholique continue à la regarder d’un œil sévère, sans compter qu’il n’est nulle part écrit dans la Bible « D’humus tu redeviendras humus ». Quelles seront les prochaines réjouissances de l’écologie intégriste, fleur du mal qui pousse sur le terreau du progressisme ? Pourrait-on imaginer que les enfants du XXIe siècle seront nourris de légumes issus de la décomposition de leurs contemporains et qu’ils naîtront du ventre de femmes en état de mort cérébrale ? Cette dernière idée fait déjà son chemin dans certaines revues scientifiques pour offrir à nos enfants le meilleur des Mondes.
 
Source : Valeurs actuelles

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