Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
samedi 27 juin 2020
Les ultras du racialisme
Quand les débats de société s’invitent à l’école
L'histoire : la lutte des traces
Journaliste sanctionnée pour avoir cité le titre du livre Nègres Blancs d’Amérique
L’animatrice du rendez-vous hebdomadaire The Weekly, Wendy Mesley (ci-contre), fait l’objet de mesures disciplinaires après qu’une enquête interne a révélé qu’elle avait utilisé « un langage offensant à deux reprises durant des réunions de travail », confirme le directeur des relations publiques de CBC, Chuck Thompson.
jeudi 25 juin 2020
Les écoles privées sont-elles réellement meilleures ?
Les programmes de chèques éducation supposés aider les élèves, qui n’en auraient pas l’occasion autrement, à accéder à l’enseignement privé sont souvent durement et passionnément débattus.
Cet article présente les résultats de l’étude PISA portant sur l’enseignement privé dans 72 pays et régions. La logique voudrait que dans les pays dotés d’un enseignement public standard, les écoles privées occupent un segment de niche haut de gamme.
En tout état de cause, les politiques d’éducation devraient inclure un système d’amélioration de l’enseignement public, par exemple via les chèques éducation, que les dirigeants politiques des pays les mieux dotés en enseignement public ne doivent pas adopter sans mesurer les implications de leur distribution et de leur fonctionnement.
Bien qu’ils puissent être bénéfiques, les systèmes de chèques éducation n’améliorent globalement pas l’égalité des chances dans les pays où l’Etat fournit déjà un enseignement public de qualité. [Note du carnet : est-ce que PISA mesure vraiment bien la qualité d'enseignement ? Pas selon certains (voir ici et là). Que dire des aspects intangibles de l'éducation ? Est-ce que les parents ne peuvent pas trouver que certaines valeurs sont meilleures que d'autres, même si les résultats dans des tests assez simples comme PISA sont bons dans le public ?]
Dans bien des pays, les débats politiques à propos des chèques scolaires, destinés à aider les élèves qui n’en auraient pas l’occasion autrement, à accéder à l’enseignement privé, sont fréquents et intenses. En mai-juin 2013 par exemple, de nombreux débats ont vu le jour dans le New Jersey, en Pensylvannie et dans le Wisconsin, ainsi qu’autour des résultats d’un référendum sur le financement public d’une école privée à Bologne, en Italie. Les chèques-éducation sont généralement défendus par les politiciens de droite qui ne croient pas en la capacité du gouvernement à gérer l’enseignement (ni quoi que ce soit d’autre) et les économistes qui veulent favoriser la pression conurentielle et craignent que les enseignants du public, largement syndiqués, n’accordent que peu d’attention aux besoins présents et à venir de leurs élèves.
Les chèques éducation peuvent être une bonne chose
Il est toutefois possible d’envisager les programmes de chèques scolaires comme une solution efficace et incontestable à un problème économique classique. Si les capacités individuelles sont complémentaires aux ressources des écoles dans le processus d’éducation, alors les individus talentueux sont prêts à payer pour d’avantage de ressources, et pour des ressources de meilleure qualité que celles fournies par les systèmes d’enseignements publics qui s’adaptent aux capacités moyennes des étudiants (Stiglitz, 1974).
Dans ce cas, les écoles financées publiquement laissent la place à des écoles privées bien plus chères qui, en attirant de meilleurs étudiants et en utilisant plus et de meilleures ressources éducationnelles, produisent une meilleure éducation. En dépassant la contrainte qui exclut les étudiants brillants mais pauvres des meilleures écoles, le système de chèques-éducation améliore à la fois l’égalité des chances et la productivité des ressources sociales allouées à l’éducation.
Preuve empirique
Cette perspective théorique correspond aux preuves empiriques observées aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans d’autres systèmes d’éducation anglo-saxons, où les écoles privées sont occupées par des étudiants qui semblent à la fois plus talentueux et plus riches (Epple et Romano 1998 ; De Fraja 2002 ; Epple, Figlio, et Romano 2004). Les ressources éducationnelles peuvent se substituer, plutôt que compléter le talent. Les élèves qui s’inscrivent dans des écoles privées doivent être moins talentueux que ceux des écoles publiques exigeantes, et leurs performances peuvent être particulièrement mauvaises lorsque les écoles privées ne sont pas plus chères que les écoles publiques, mais utilisent leur autonomie pour répondre aux besoins des étudiants les plus lents (Bertola, Checchi, et Oppedisano 2007; Brunello and Rocco 2008).
Les différences (propres à chaque pays) de moyennes obtenues par les élèves au test PISA entre les établissements publics et privés sont inversement proportionnelles aux différences de part des frais de scolarité versés par les parents entre le public et le privé. Le lien entre privé et qualité de l’enseignement est donc relatif.
Betola et Checci (2013) ont démontré, dans l’étude 2009 de PISA, que les écoles privées n’étaient en effet pas toujours à l’origine de meilleurs résultats scolaires. L'illustration 1 montre qu’alors que quasiment tous les pays avec des systèmes d’écoles privées financent la plupart de leurs charges avec des frais de scolarité, ce n’est pas le cas des écoles publiques, il n’y a qu’une proportionnalité assez moyenne entre le coût et la qualité apparente (mesurée par le test PISA) de l’éducation privée, et ce pour les 72 pays ou régions de la base de donnée. Si les meilleurs étudiants étaient sélectionnés dans des écoles du secteur privé, les différentiels de score au PISA devraient tous être positifs, et plus importants là où le différentiel de part des frais financés directement par les parents est le plus important entre public et privé. C’est le cas dans tous les pays anglo-saxons (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle Zélande). Mais dans plusieurs pays (particulièrement en Italie et en Norvège), les étudiants du privé sont moins bons au test PISA.
Les informations détaillées collectées par l’étude PISA sur chaque école et sur les élèves de chaque pays rendent possible une étude plus détaillée sur les différences qualitatives de rôles joués par les établissements privés au sein des systèmes éducatifs. Des informations sur le niveau des écoles sont disponibles sur des aspects organisationnels qui indiquent si l’école est spécialisée pour les élèves à fort potentiel, ou si elle est plus adaptée à renforcer les résultats scolaires des élèves les plus faibles.
Les différences respectives entre les écoles privées et publiques de chaque pays peuvent être mises en interaction avec des indicateurs, pour chaque étudiant, sur leurs capacités à apprendre et à choisir des écoles privées. L’étude fournit des informations pertinentes sur la richesse familiale et le niveau culturel, et le résultat au test PISA lui-même (administré sur une longue année, voire deux ans après l’arrivée à l’école primaire) peut être vu comme une indication sur le talent de chaque élève plutôt que sur l’efficacité d’une école.
Les études qui décrivent les choix d’inscription aux écoles privées d’un individu détectent une interaction positive entre la richesse apparente d’une famille et le coût relatif de l’éducation privée, suggérant que la capacité à payer joue un rôle important dans le choix ou non d’une école privée. En revanche, le niveau apparent de niveau culturel interagit négativement avec les indicateurs d’attente en termes de performance académique. Ces résultats, comme d’autres, suggèrent que l’éducation privée n’est pas nécessairement choisie pour les étudiants qui, sur la base du niveau culturel de leur famille et de leurs tests de performances, paraissent plus à même de supporter un environnement éducatif exigeant.
Recherches complémentaires
Des études plus poussées devraient se pencher sur les déterminants politiques et historiques du fait que, dans chaque pays, les écoles gérées par le privé soient financées par l’État (comme c’est le cas en Autriche, en République Tchèque, en Finlande, en Allemagne, en Hongrie, en Islande, en Lettonie, en Lituanie, aux Pays Bas, en Norvège, en Slovaquie, en Serbie, en Slovénie et en Suède), et si les méthodes d’enseignement du public sont plus adaptées aux étudiants à faible – ou fort potentiel, laissant différents marchés de niches aux écoles privées. Mais une preuve indique déjà que les politiciens et électeurs ne devraient pas prendre pour acquis le fait que « les écoles privées sont meilleures ». Elles sont en effet meilleures pour les élèves qui choisissent d’y aller, mais peuvent aussi rechercher des solutions à leurs difficultés quand l’école publique est déjà exigeante, plutôt que des opportunités d’exprimer leurs talents quand les écoles publiques s’adaptent aux étudiants les plus faibles.
Implications politiques
Dans les pays fournissant un système d’enseignement de base, les écoles privées peuvent occuper une niche supérieure. Les plans politiques devraient inclure un système d’amélioration des normes de l’enseignement public, tout comme des chèques-éducation, que les politiques des pays où l’enseignement public est meilleur ne devraient pas adopter sans considérer les effets de leur distribution et de leur utilisation. Si l’éducation de haut niveau attire le segment le plus brillant des élèves, alors le financement privé organisé par les chèques-éducation bénéficie aux étudiants qui ne sont pas assez riches ou trop intelligents pour aller dans des systèmes d’éducation non subventionnés mais plus adaptés aux apprenants les moins doués.
Alors que le résultat d’une redistribution entre des individus différemment riches et différemment doués peut-être politiquement attractif dans certains cas, les chèques éducation n’augmentent en rien l’égalité globale des chances et des résultats dans les pays où l’Etat fournit déjà un système éducatif de qualité.
Références
Bertola G Checchi D (2013), “Who Chooses Which Private Education? Theory and International Evidence”, CEPR Discussion Paper 9513.
Bertola G Checchi D Oppedisano V (2007), “Private School Quality in Italy », Giornale degli Economisti e Annali di Economia 66(3), 375-400.
Brunello G Rocco L (2008), “Educational Standards in Private and Public Schools », Economic Journal 118(533), 1866-1887.
De Fraja G (2002), “The design of optimal educational policies”, Review of Economic Studies 69: 437-466.
Epple D and Romano R (1998), “Competition between private and public schools vouchers and peer-group effects”, The American Economic Review 88(1), 33-62.
Epple D, D Figlio and R Romano (2004), “Competition between private and public schools: testing stratification and pricing predictions”, Journal of Public Economics 88, 1215–1245.
OECD (2012), « PISA 2009 Technical Report », Paris, Organization for Economic Cooperation and Development.
Stiglitz J (1974), “The demand for education in public and private school systems”, Journal of Public Economics 3, 349-385.
Source (traduction)
Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)
dimanche 21 juin 2020
Statistiques : discrimination systémique contre les francophones au Canada ?
Selon les activistes intersectionnels avec qui j’ai discuté récemment, dès qu’il y a une différence statistique entre deux groupes ethniques au profit du groupe dominant, c’est qu’il y a racisme systémique. Je n’abonde pas dans le même sens, mais poussons le raisonnement : au Canada, la différence entre les francophones de langue maternelle et les allophones en termes de revenu d’emploi est nettement moins grande que celle entre les anglophones et francophones, comme en témoigne le tableau ci-joint. Les anglophones gagnent en effet environ 25 % de plus que les francophones, qui sont pratiquement à égalité avec les allophones.

Cela s’implique en partie par la localisation géographique, le Québec étant plus pauvre et étant le lieu de résidence de la majorité des francophones… mais le fait que le Québec soit plus pauvre que le reste du Canada (notamment l’Ontario qui a des ressources similaires) n’est-il pas en lui-même une preuve d’une discrimination institutionnelle dont les francophones minoritaires furent (et sont toujours) victimes, bénéficiant de beaucoup moins de pouvoir politique et économique et d’investissements fédéraux ?
L’écart s’explique aussi sans doute partiellement par des différences dans l’éducation, les francophones étant moins nombreux à avoir des études postsecondaires. Mais encore une fois : n’est-ce pas là la conséquence d’une forme de discrimination étatique à leur égard, le réseau scolaire anglophone étant surfinancé par rapport au réseau francophone, et bénéficiant de surcroît d’un avantage historique (l’éducation postsecondaire francophone étant pratiquement inexistante jusqu’à récemment) ?
Il y a sans doute aussi une question de capital social : les francophones étant sous-représentés dans l’élite économique, ils n’ont pas accès au même réseau de pouvoir que les anglophones leur facilitant l’accès à des emplois prestigieux et bien rémunérés.
Finalement, on peut sans doute expliquer l’écart par une forme de discrimination systémique. Les francophones, pour obtenir un bon emploi, doivent mettre un effort que les anglophones n’ont pas à faire : celui d’apprendre une seconde langue.
Bref, au sein du Canada, les francophones sont victimes d’à peu près des mêmes désavantages que les allophones. Peut-on les considérer comme victimes d’un racisme systémique ? Et dans le cas contraire, selon quel critère en seraient-ils exclus ?
Réécrire l'Histoire avec une grande hache communautariste
Quand certains veulent manipuler ou réécrire le passé à l’aune de la morale contemporaine.
La République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. Elle n’oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera pas de statues. » Après le Premier ministre britannique Boris Johnson (« Je suis très circonspect sur la grande campagne visant à photoshoper entièrement notre paysage culturel ») et le président américain Donald Trump (« Mon Administration n’envisagera jamais de renommer nos superbes et légendaires bases militaires »), Emmanuel Macron est entré dimanche dernier dans l’arène folle ouverte par les activistes du mouvement antiraciste #BlackLivesMatter. En prononçant ces mots lors de son allocution solennelle, le président de la République a relayé le souhait de l’immense majorité des Français. Importé des États-Unis, prolongé aux Antilles, au Royaume-Uni et en Belgique essentiellement, le nouvel iconoclasme visant à détruire des statues ou des monuments dédiés à des grandes figures de l’Histoire jugées, au choix, racistes, esclavagistes ou colonialistes, a été condamné par la quasi-totalité de la classe politique. Mais non sans réserves. Certains, à gauche, s’interrogent malgré tout sur l’opportunité de conserver par exemple devant l’Assemblée nationale une statue de Colbert, grand ministre des Finances de Louis XIV, mais aussi instigateur du Code noir, qui fixa dans notre pays un cadre juridique à l’esclavage au XVIIe siècle. C’est le cas de l’ancien premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault, qui a soudain retrouvé la mémoire après s’être assis durant vingt-six ans dans la salle Colbert en tant que député et après avoir fréquemment arpenté la rue Colbert à Nantes, dont il a été maire pendant vingt-trois ans…
D’autres se demandent si les noms de Faidherbe, Bugeaud ou Gallieni, figures militaires de la colonisation de l’Afrique, ne doivent pas être effacés des plaques de rues ou descendus de leur piédestal, quels qu’aient été leurs autres mérites (pendant la Première Guerre mondiale, par exemple). De même, on s’interroge sur Napoléon « qui-rétablit-l’esclavage-et-méprisait-les-femmes ». On grince à propos de Louis XIV, qui œuvra certes très modérément pour l’entente franco-allemande et poussa les protestants à fuir la France. On souligne que le général de Gaulle était chef du gouvernement provisoire quand la rébellion de Sétif, en Algérie, fut réprimée en mai 1945…
Outre qu’elle ranime l’éternel débat entre mémoire et histoire, qu’elle invite à une détestable repentance collective (« Il ne faut pas permettre à l’homme de se mépriser tout entier », disait le sage Bossuet), qu’elle détourne le message universaliste jusque-là porté par le discours antiraciste et qu’elle émane de minorités très agissantes, mais guère représentatives, cette polémique est stérile et dangereuse pour deux raisons principales : d’une part, elle est sans fin ; d’autre part, elle ouvre la porte, dans tous les domaines culturels, à d’évidentes censures, des réécritures de l’histoire permanentes et des négationnismes coupables. Elle promet tout simplement l’avènement d’une société totalitaire, sur le modèle de celle décrite dans 1984 par George Orwell : dans celle-ci, « les livres avaient été réécrits… les statues, rues et immeubles avaient été renommés… ».
Cette polémique est sans fin, car nos rues, nos places et nos parcs regorgent de milliers de statues de chefs politiques et militaires à qui notre époque peut en effet tout reprocher, à commencer par la mort de leurs prochains — car oui, la guerre fait des morts. Mais aussi des gestes et des paroles qui, à l’aune de la morale contemporaine, font d’eux des monstres. Faut-il nettoyer l’espace public de toute représentation d’hommes ou de femmes possédant une part d’ombre ? Faut-il leur substituer des personnes irréprochables ? Mais si oui, lesquelles ? Et surtout, qui en décide ? Au nom de quoi, de quelle valeur, de quelle autorité incontestable ? La tâche n’est pas immense, elle est impossible. Tant de victimes ou de héros auront été aussi des bourreaux. Clovis et Vercingétorix ? Ils massacraient avec allégresse leurs ennemis. Tel chef protestant, victime des exactions des Guise et de la Ligue ? On trouvera à son actif des massacres de catholiques. Danton ? Un prévaricateur. Robespierre, au prétexte qu’il œuvra pour l’abolition de l’esclavage (février 1794) ? Ce serait faire fi de son discours du 17 novembre 1793 où, à l’occasion de son Rapport sur la politique extérieure, il justifiait l’élimination des Girondins abolitionnistes en des termes où on chercherait en vain quelque tendresse pour les Noirs et les esclaves : « La même faction qui voulait réduire tous les pauvres à la condition d’hilotes et soumettre le peuple à l’aristocratie des riches, voulait en un instant affranchir et armer tous les nègres pour détruire nos colonies. » François Mitterrand ? Il était d’extrême droite dans sa jeunesse, protégeait Bousquet et fut décoré de la francisque par le maréchal Pétain. À ce propos, sait-on que les dernières rues portant le nom du chef de l’État français n’ont été débaptisées qu’il y a dix ans — à Tremblois-lès-Carignan (Ardennes), Parpeville (Aisne) et Dernancourt (Somme) ?
Car non, l’histoire n’est pas manichéenne, elle est complexe, dans la mesure où ceux qui la font sont des hommes, traversés de contradictions, de paradoxes, d’accès de violence et de bienveillance, de vices et de vertus. Raison pour laquelle aucune des grandes figures déjà honorées par l’érection d’une statue au cours des décennies et des siècles passés n’échapperait aux promoteurs d’une histoire écrite non avec un grand H, mais avec une grande hache. Même ceux qu’on croirait au-dessus de tout soupçon.
Voltaire tenait des propos odieux sur les Juifs. Lazare Hoche a participé au génocide vendéen. Le révolutionnaire et père de l’indépendance haïtienne Toussaint Louverture possédait lui-même des esclaves avant de se lancer dans la lutte abolitionniste. Arthur Rimbaud était un trafiquant d’armes et peut-être d’esclaves. Jules Ferry, tout inventeur de l’école laïque, gratuite et obligatoire qu’il était, justifiait sa politique de colonisation du Tonkin en 1885 par des mots qui font frémir en 2020 : « Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. » Léon Blum ne faisait pas mieux en 1925, devant ses collègues de l’Assemblée nationale : « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture, et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie. » Édouard Herriot, incarnation bonhomme du radical-socialisme et de la IIIe République, avait fait venir des Sénégalais et des Chinois pour reconstituer des villages exotiques lors de l’exposition universelle de Lyon en 1914.
Le mot « extermination » et l’adverbe « abominablement » ont aussi été grimés, comme effacés. Le chiffre 4 115 a également été effacé, il correspond au nombre d’enfants de moins de 16 ans impliqués dans cette rafle organisée en juillet 1942 et plus tard tués dans les camps nazis.Va-t-on demain devoir en faire autant avec Le Cuirassé Potemkine, Octobre et tous les grands films de propagande soviétique du génial Eisenstein et de ses épigones ? Va-t-on diffuser des avertissements avant la diffusion de chaque western montrant les Apaches, les Navajos ou les Sioux comme des sauvages féroces et assoiffés de sang ? Va-t-on « expliciter » trois quarts des répliques de Clint Eastwood et de Charles Bronson ? Va-t-on interdire Mary Poppins notamment parce que la scène des ramoneurs relève du procédé désormais condamnable du « blackface » ?
Va-t-on organiser des débats sur les chaînes de télévision programmant les séries Nord et Sud ou Shérif, fais-moi peur, dont les héros pilotent une Dodge Charger orange baptisée « Général Lee » et flanquée, sur son toit, d’un drapeau confédéré ? Chaque concession à ce mouvement d’essence totalitaire drapé dans sa bien-pensance morale (qui n’est pas antiraciste ?) en appelle d’autres. On préférera, comme la salle de cinéma parisienne Le Grand Rex avec le film de Victor Fleming, ôter de son affiche une œuvre (donc la censurer), sans lutter, à la demande de son distributeur (Warner), plutôt que de subir les foudres (ou les assauts physiques) de groupes associatifs accusateurs. Et on se moquera de la réaction outrée d’un ministre de la Culture aussi impuissant que son homologue de l’Intérieur à endiguer les flots de haine et de bêtise. Un autre exemple ? La tentative de vol, au musée du quai Branly-Jacques Chirac, la semaine dernière, d’un poteau funéraire bari du XIXe siècle afin, dixit l’un de ses auteurs, « de le ramener à la maison » (comprendre en Afrique ; quant à savoir dans quel pays…). Affaire d’autant plus pitoyable quand on se souvient du discours du président de la République en 2006, pour l’inauguration de ce bâtiment destiné à célébrer la grandeur des arts premiers : il y rendait un vibrant hommage « à des peuples brutalisés, exterminés par des conquérants avides et brutaux », stigmatisant au passage « l’ethnocentrisme, cette passion déraisonnable de l’Occident à porter, en lui seul, le destin de l’humanité ». Une manière de demander pardon qui, manifestement, ne suffisait pas.
Mais sans doute les quatre activistes — dont un Congolais — arrêtés puis relâchés par la police ignoraient-ils ces propos. Comme la plupart de ceux qui ne voient l’histoire et la mémoire que comme un combat entre des victimes et des bourreaux, le Mal et le Bien, ignorent le passé. Et pour cause. Le connaître dans ses détails oblige à la nuance. À l’étonnement. Au doute. Il conduit à parler de l’esclavage généralisé dans la Grèce antique et dans l’Amérique du Sud, bien avant l’arrivée de Christophe Colomb, autre cible des #BlackLiveMasters ces derniers jours. À rappeler l’ampleur de l’esclavage entre tribus africaines depuis la nuit des temps. À raconter l’histoire de ces deux princes d’Old Town, dans l’actuel Nigeria, qui, après avoir été capturés par des négriers anglais, puis vendus comme esclaves aux États-Unis, avaient racheté leur liberté avant de revenir sur leur terre natale pour devenir… négriers. À mentionner la mise en esclavage à grande échelle de Noirs et d’Européens par les Arabes, et ce jusqu’au milieu du XXe siècle (l’Arabie saoudite ne l’a aboli officiellement qu’en 1962 et la Mauritanie en 1980). À se souvenir surtout de ce qu’écrivait Jean Bodin dans Les Six Livres de la République en 1576 : « Tout le monde est rempli d’esclaves, hormis un quartier de l’Europe. » Faut-il le préciser : la France faisait partie de ce quartier.
[Au VIIe siècle, la reine des Francs Bathilde, elle-même ancienne esclave et par la suite canonisée, aurait, selon la tradition, jugulé l’esclavage dans les royaumes francs en interdisant le commerce sur ses terres. Plus tard, Louis X le Hutin, roi de France, publie un édit le 3 juillet 1315 qui affirme que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc ». Officiellement, depuis cette date, « le sol de France affranchit l'esclave qui le touche ».]
Histoire — la traite esclavagiste a-t-elle permis le décollage économique de l’Occident ?
Le génocide voilé (traite négrière musulmane)
Californie : un professeur de UCLA suspendu pour avoir refusé de favoriser les étudiants noirs dans leur notation
Nouvelle traduction « antiraciste » d'Autant en emporte le vent
Bandes dessinées — Quand Hergé expurgeait un missionnaire chez les Esquimaux (au Canada d'abord, devenu scandinave)
La Comtesse de Ségur déchiffrée : son vocabulaire est-il encore compris aujourd’hui ?
« Le Club des Cinq » caviardé car trop politiquement (et religieusement) incorrect et à la langue trop compliquée
Faites attention à quelles bandes dessinées vos enfants lisent (Bichon, Titeuf, Mauvais Genre)
Le Petit Chaperon rouge serait trop sexiste
Le ministère en France n'approuve pas les manuels. « Seul le régime de Vichy s’est permis cela. » Et bien au Québec, c'est comme sous Vichy.
Le Pape François se dresse contre une éducation trop sélective (bédé Don Bosco)
« L'Allemagne s'abrutit »
FOCUS. — M. Winterhoff, dans votre nouveau livre, vous critiquez le système éducatif allemand. Vous avez intitulé votre livre « l’Allemagne s’abrutit ». De quoi s’agit-il ?
samedi 20 juin 2020
« Tyrannie des minorités » avec le changement de population en Occident « Les revendications deviendront de plus en plus stridentes »
« On le voit aussi dans la mise en cause sur les campus américains de ce qu'on appelle les DWAM, les Dead white American males [les mâles américains blancs morts]. On se dit que les choses vont continuer dans ce sens étant donné l’ampleur du changement démographique en Europe [et en Amérique y compris Québec]. Ces revendications seront de plus en plus stridentes, et beaucoup d’intellectuels plieront le genou dans un geste d’expiation en apparence, mais qui est en fait un geste de soumission », s’est alarmé le philosophe.
L’essayiste a également fustigé le « formidable conformisme » des médias qu’il accuse de « présenter comme des martyrs et des victimes, des gens dont le CV est pour le moins ambigu », faisant référence à un reportage sur la famille d’Adama Traoré dans Paris Match. « Les médias s’engouffrent dans des voies faciles parce qu’ils cherchent à la fois de l’audience, et le visage d’une nouvelle victime incontestable », a-t-il ajouté.ÉLIE SANS INTERDIT | « Aux États-Unis, on est pris entre le marteau de Donald Trump et son électorat, et l’enclume de la politique des identités. Depuis l’assassinat de George Floyd, on assiste à un transfert idéologique massif des É.-U. à la #France” Pascal Bruckner, philosophe pic.twitter.com/Y3R8qfcYkI
— i24NEWS Français (@i24NEWS_FR) June 14, 2020
vendredi 19 juin 2020
Le « vivre-ensemble » et la diversité mènent-ils au jacobinisme et à la privation de libertés ?
Il a également promis un durcissement, plus de contrôle et plus de sanctions envers des parents qui s’écartent trop de l’école « républicaine » quand ils osent enseigner à leurs enfants à la maison : « Nous avons décidé d’avoir un deuxième cran de durcissement législatif avec la loi pour une école de la confiance pour renforcer le contrôle de la scolarité à domicile. Nous avons facilité les modalités de contrôle ainsi que les sanctions. »« Pour faire barrage à la radicalisation nous avons développé un corpus législatif et règlementaire, notamment avec une proposition de loi portant sur les établissements privés “hors contrat” qui étaient un angle mort juridique dans notre système. » @jmblanquer (@education_gouv) pic.twitter.com/hh1mSO4e32
— Sénat Direct (@Senat_Direct) June 18, 2020
« Nous avons décidé d’avoir un deuxième cran de durcissement législatif avec la loi pour une école de la confiance pour renforcer le contrôle de la scolarité à domicile. Nous avons facilité les modalités de contrôle ainsi que les sanctions. » @jmblanquer (@education_gouv) pic.twitter.com/8VzkS6RuFi
— Sénat Direct (@Senat_Direct) 18 juin 2020






