samedi 21 décembre 2019

Réflexions sur l'antichristianisme primaire en Occident

La chronique de Mathieu Bock-Côté dans le Figaro sur l’antichristianisme primaire en Occident.

L’agression contre une crèche vivante à Toulouse le 14 décembre dernier avait quelque chose de sidérant. On a compris qu’elle était le fait de militants radicaux déambulant à la fin d’une manifestation qui n’ont pu cacher leur hostilité devant cette expression de la religion populaire. Le catholicisme suscite apparemment chez eux une aversion irrépressible. « Stop aux fachos ! ». Le slogan lancé par ces manifestants apparemment anticapitalistes, aussi stupide soit-il, est révélateur de l’empoisonnement idéologique du vocabulaire politique par des termes n’ayant plus aucun rapport avec la réalité. L’homme de notre temps, lorsqu’il veut maudire quelque chose, est-il capable de ne pas la réduire au fascisme ?

 
Les agressions contre les crèches ne sont pas rares, après la crèche vivante de Toulouse, celle de Dijon vandalisée deux fois en quelques jours

Que l’attaque ait été préméditée ou non ne change rien à l’hostilité affichée à l’endroit de ceux qui témoignaient paisiblement leur foi, même si plusieurs médias ont voulu relativiser l’agression, en expliquant qu’elle n’avait pas vraiment eu lieu ou qu’elle ne serait finalement qu’un fâcheux incident. Comme d’habitude. Soyons toutefois sans crainte : s’il fallait un jour que des hooligans troublent les prières de rue musulmanes, on décréterait assurément la République en danger et les cortèges citoyens défileraient à Paris en disant « plus jamais ça », avec la classe politique au premier rang. Nous aurions alors droit aux discours les plus emportés sur le vivre-ensemble à sauver.

De même, le vandalisme contre les églises régulièrement rapporté ne semble pas émouvoir exagérément les médias, qui n’y voient généralement qu’une série de faits divers sans signification politique. On l’explique rarement, sinon jamais, par la haine, un sentiment apparemment réservé aux populations majoritaires, dans leurs rapports avec les minorités, toujours victimes de la société où elles se sont installées. Il est difficile de ne pas voir là une forme singulière d’asymétrie symbolique. Le moindre commentaire critique à l’endroit de l’islam est théâtralisé et transformé en scandale médiatique, alors que le procès systématique du catholicisme est banalisé.

Une statue de la Vierge Marie en bronze, d’un poids de quelque 200 kg de d’une taille de 1,75 m, a été volée dans une niche d’un mur de l’église catholique Sainte-Marie-Madeleine de Göteborg au tout début du mois de décembre. On l’a retrouvé le 5 décembre, mais brisée en six morceau dans un lieu de stockage près d’un transformateur.

Si l’antichristianisme ne prend pas toujours une forme aussi brutale, il semble toutefois bien imprégné dans le discours public dominant. On l’a encore vu dans une étrange publicité de Monoprix qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux cette semaine. À l’approche des fêtes de fin d’année, formule qui se substitue de plus en plus aux fêtes de Noël, l’entreprise invitait ses clients à réveillonner en s’affranchissant de la « tradition », qui ne tiendrait pas suffisamment compte de la diversité des situations familiales et qui nous enfermerait dans un calendrier usé, déphasé et désuet.



Étrange formulation, qui présente la tradition à la manière d’une contrainte symbolique dont les hommes de notre temps devraient s’affranchir pour vivre enfin libres. Le pragmatisme commercial masque ici une forme de relativisme déconstructeur. Que des publicitaires aient pu imaginer une telle manière de vendre leurs produits en dit beaucoup sur l’image qu’ils se font de la société française. Un jour, on en trouvera pour vouloir effacer toutes les références chrétiennes du calendrier, pour éviter qu’il ne soit discriminatoire envers ceux qui ne s’y reconnaissent pas. Pourquoi s’entêter à fêter Noël le 25 décembre ? Et pourquoi continuer de confondre l’an zéro avec la naissance du Christ ?

Ces manifestations d’antichristianisme primaire ont bien moins à voir avec la poursuite de la laïcité, dont nul ne contestera la nécessité pour reconstituer un monde commun dans une société fragmentée, qu’avec une forme d’aversion décomplexée à l’endroit de tout ce qui ressemble d’une manière ou d’une autre aux symboles historiques distinctifs de la civilisation occidentale. On prétend construire une société inclusive ouverte à toutes les croyances : en fait, on prépare un monde vide, hostile à son héritage, devenu étranger à lui-même.

Faut-il vraiment rappeler que le catholicisme, en France [et au Québec], n’est pas qu’une religion mais la matrice d’une civilisation ? Et si l’État doit sans le moindre doute être neutre devant les convictions de chacun, il ne saurait l’être par rapport à l’identité historique qui le fonde, à moins de consentir à sa désincarnation. On pourrait consacrer un long développement pour rappeler cette évidence mais il suffit de rappeler la portée symbolique de l’incendie de Notre-Dame de Paris en avril dernier pour s’en convaincre. Qu’il soit devenu audacieux de mentionner les racines chrétiennes de la France a quelque chose d’absurde.

L’antichristianisme primaire si complaisamment ignoré par les médias n’est peut-être rien d’autre qu’un autre symptôme de cette passion morbide bien singulière qu’est la haine de soi. Comme si une société progressait en s’effaçant. Comme si elle s’humanisait en se dénoyautant. Comme si elle grandissait en se déracinant.

Voir aussi

Crèche vivante brusquement arrêtée par cinquante « anti-fascistes »

Saint-Nicolas — agression contre le Père Fouettard devant des enfants à Bruxelles

France — 90 % du vandalisme et profanations de lieux de cultes visent des églises (deux par jour !)

Premier ministre Trudeau directement impliqué dans discrimination contre camps d’été confessionnels

Bibliothèque nationale escamote Jésus Christ qui explique la vision de l’univers du Moyen Âge

ECR — Élève : à Noël on fête la naissance de Jésus, enseignant : c’est faux (rediff)

Un sympathisant de gauche tire sur l’agent de sécurité d’une organisation familiale conservatrice

Québec — « La complaisance pour l’extrême gauche » (à l'université, dans les médias)

Les musulmans de France semblent se radicaliser avec le temps


Unanimité, signe d'une erreur potentielle ?

Le sociologue Christian Morel, auteur de plusieurs ouvrages sur les décisions absurdes et comment la division du travail et la technocratie en crée sans doute davantage, le rappelle :

Dans le Talmud, il est question d’un tribunal, le Sanhédrin. Composé de 23 juges, il intervient en matière pénale avec une règle fort étrange à première vue : si les 23 magistrats décident la condamnation à mort d’un accusé, donc à l’unanimité, l’accusé est automatiquement acquitté. Parce que les sages juifs de l’Antiquité se sont dit : « Si tout le monde est d’accord, c’est qu’il n’y a pas eu véritablement discussion, donc que l’erreur n’est pas loin. »

C’est en quelque sorte comparable au principe de l’avocat du diable, présent dans la religion catholique pour la béatification de saints, mais aujourd’hui utilisé pour éviter les décisions absurdes.

Lorsque les Israéliens ont failli perdre la guerre du Kippour parce que le renseignement militaire a dysfonctionné, ils ont créé au sein même de l’armée israélienne un bureau des avocats du diable composé de deux colonels chargés de porter un regard critique sur les informations qui venaient du terrain et les analyses qui en étaient faites pour voir si on ne s’était pas fourvoyé. Au fond, exercer le contradictoire réduit le risque d’erreur.

Voir aussi

Tous du même avis ? Trop beau pour être vrai ? Indication d’une erreur ?

Le cours ECR, école de l’unanimisme politiquement correct


Les enfants non religieux sont-ils vraiment plus altruistes ?

Supplément ECR pour contrer l’unanimisme du prêt-à-penser écologiste des manuels

Affaire Michaud : 51 députés péquistes reconnaissent avoir eu tort (voir aussi ce livre qui y est consacré)

Comment Pauline Marois modifie une constitution... et une charte (à l’unanimité et à toute vapeur, malgré des promesses contraires faites au préalable)


Divergences au sommet de l'Église catholique

Extraits d’un article de Constance Colonna-Cesari dans Marianne, magazine en rien de droite, avec quelques corrections éditoriales et des remarques supplémentaires.

À quelques jours des fêtes et de son traditionnel discours de Noël, le premier pape issu du continent américain doit faire face à une vague d’attaques sans précédent.

[Alors que la fréquentation du culte est demeurée constante dans les églises protestantes, celle de la messe s'est effondrée sous le pape argentin. Pour plus de détails, voir Religion — baisse de la fréquentation de la messe sous le pape François, stabilité chez les protestants.


]


Alors que les finances du Vatican sont en berne, ses positions en faveur des migrants, sa volonté de dialogue avec l’islam et son discours antilibéral lui valent la haine tenace d’une partie de l’épiscopat.

Jorge Mario Bergoglio, qui a soufflé ses 83 bougies le 17 décembre 2019, subit des attaques comme jamais aucun pape avant lui. Et la fatigue commence à se lire sur son visage. Triste Noël, que rien n’évoque à Rome, mis à part le sapin et la crèche récemment installés sur le parvis de Saint-Pierre. Au moins n’ont-ils pas été facturés 300 000 €, comme il y a quelques années !

C’est ce qu’avait révélé un certain Mgr Vigano, alors un inconnu. Il ne l’est plus depuis que, au mois d’août 2018, cet ancien nonce apostolique aux États-Unis a fait paraître une lettre ouverte, véritable bombe contre le pontife élu concernant sa campagne de « tolérance zéro » anticorruption et antipédophilie. Carlo Maria Viganò y dénonçait la responsabilité supposée du pape dans la protection du cardinal McCarrick, ancien archevêque de Washington, en affirmant l’avoir informé, en personne, des innombrables abus et harcèlements commis par ce prélat sur de jeunes séminaristes ainsi que sur deux mineurs.

Selon Jean-Pierre Dickès, « Le 4 octobre au Vatican, le pape a fait organiser un raout avec des Indiens de l’Amazonie ; il y fit une déclaration à la fois syncrétiste (toutes les religions méritent d’exister : air connu depuis la réunion à la mosquée du Caire) et panthéiste (Dieu est dans tout, c’est le culte à Gaïa). Après que François ait planté un chêne, les cardinaux se sont regroupés pour faire leurs dévotions d’adoration à la déesse Pachamama avec les Indiens, quelques Blancs et un moine ».

Voix hostiles

Conclusion de son « J’accuse ! » : une demande de démission de François, démarche sans précédent ! McCarrick sera réduit à l’état laïque, mais trop tard. Les fonds de Legatus, de la Fondation Centesimus annus, de la Papal Foundation, richissimes organismes caritatifs américains, n’arrivent plus au Saint-Siège : un déficit de plusieurs centaines de millions d’euros, soit 50 % de recettes en moins, avec pour conséquence la soudaine paralysie de certains secteurs clés de l’activité de l’Église.

Quant à l’affaire de détournement des dons des fidèles ayant débouché, début octobre, sur l’arrestation, à la secrétairerie d’État du Vatican (la plus haute instance du gouvernement central de l’Église), de cinq personnes soupçonnées d’opaques placements spéculatifs, elle tombe mal elle aussi. Quoi que le pape en dise, notamment lorsqu’il précise que, pour la première fois, cela ne vient pas de l’extérieur, mais que l’enquête a été diligentée de l’intérieur : cette unique ligne de défense ne peut suffire à redorer ni son blason ni les finances de son État…

L’argent est le nerf de cette guerre anti-François, mais pas seulement. Frondes doctrinales, menaces de schisme, accusations d’hérésie, voire d’apostasie, instrumentalisation effrénée des scandales de pédophilie, tout est désormais bon pour tirer sur le pape argentin. Ainsi, sur la scène politique italienne, Matteo Salvini, le dirigeant de la Ligue, l’attaque sans relâche, un chapelet à la main, ou revêtu d’un tee-shirt au slogan clair comme de l’eau bénite : « Mon pape, c’est Benoît ! »

Pour Matteo Salvini, chef de file de la droite italienne, son pape est Benoît.



Difficile de ne pas entendre toutes ces voix hostiles. Elles portent loin et font mal. Même le cardinal Parolin, le secrétaire d’État du Vatican, l’a reconnu implicitement, en le déplorant, lors d’une audience à une délégation de chefs d’entreprise français, fin novembre. On dénaturerait le message du pontife, s’est-il désolé. C’est ce que répète aussi Mgr Duffé, le secrétaire du dicastère (l’équivalent d’un ministère) pour le Développement humain intégral, officieusement le nouveau centre de gravité du pontificat, puisque c’est là que se déploie cette double priorité de l’accueil des migrants et de l’écologie. 

Priorité du pape François : les immigrants, en grande partie musulmans



[...]

Benjamin Harnwell est l’associé anglais de Steve Bannon (ex-conseiller de Trump et figure de la droite américaine), pour lequel François est l’ennemi juré. À deux pas de Rome, il a fondé Dignitatis Humanae, un réseau pensant conservateur dans lequel gravitait jusqu’à peu le cardinal américain Raymond Burke, l’opposant numéro un du pape à la curie. À cet institut est adossé le projet de fondation d’une école de formation des élites populistes européennes dans la chartreuse médiévale de Trisulti, à une centaine de kilomètres à l’est de Rome, dans le Latium, où réside Harnwell. Ce dernier, tout comme Bannon, est en croisade pour la défense de la vie et de la famille, et la sauvegarde des fondements de l’Occident judéo-chrétien. « Salvini a raison : l’Italie aux Italiens », tonne cet Anglais qui a voté pour le Brexit. Parmi ses pires griefs : le combat pontifical en faveur des migrants, son dialogue avec l’islam ou ses préoccupations écologiques, mais aussi les attaques de François contre « l’économie qui tue », un discours antilibéral irrecevable pour les Anglo-Saxons. « L’Église doit s’occuper de sauver les âmes, pas se mêler de politique, dit-il. Le pape se trompe sur le capitalisme, sur le climat et sur l’islam, qu’il continue de regarder comme s’il s’agissait d’une religion pacifique ! » Autre voix largement relayée, celle de Roberto de Mattei, l’historien à la tête de la Fondation Lepante, un mouvement de reconquête catholique abrité dans une église des premiers siècles sur le mont Aventin. Pour ce leader d’opinion de la galaxie traditionaliste, François menace depuis le début de son règne l’avenir de l’Église et celui de l’Europe. [Europe que le pape François n'aime pas selon Odon Vallet, voir vidéo ci-dessous.]





Menace de schisme

[...  Le] dernier acte [du pape], le Document sur la fraternité, un engagement signé en février 2019 aux Émirats arabes unis entre le pape et le recteur de l’université Al-Azhar du Caire, plaidoyer pour un dialogue islamo-chrétien plus ouvert que jamais, engagerait l’Église trop loin. « Moi, catholique militant romain, je ne veux pas d’un schisme, mais je le vois pourtant venir », avertit le professeur, dont les voyages aux États-Unis se multiplient. À l’unisson des évêques de ce pays, ou de l’archevêque d’Astana, au Kazakhstan, Roberto de Mattei égrène la longue série d’hérésies pontificales, dont celle contenue dans l’exhortation apostolique Amoris laetitia de 2016 consacrée à l’amour dans la famille : selon lui, un premier coup de canif au magistère de l’Église et aux sacrements du mariage. C’est à sa suite que quatre cardinaux de la curie, dont Burke, avaient émis des dubia (« doutes »), puis des correctio, soit, en d’autres termes, une menace de schisme.

Le récent synode sur l’Amazonie a réactivé toutes les inquiétudes dans ce camp de l’Église. Ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, remercié en 2017, le cardinal allemand Gerhard Ludwig Müller en parle avec d’autant plus de réticence que ce sont les fonds de l’Église allemande qui ont financé l’événement, en mettant à son agenda la question de l’ordination possible dans cette région d’hommes mariés (viri probati) comme celle de femmes diacres. Cela, afin d’ouvrir une brèche visant à introduire ces sujets sensibles dans le propre synode de l’Église allemande, prévu pour débuter en janvier. Une Église allemande décidément bien trop audacieuse et progressiste pour Müller, ancien gardien du dogme.

Les statuettes de la Pachamama, installées dans une église de Rome pour les représentants amazoniens du synode, puis dans les jardins du Vatican, et enfin dans la basilique Saint-Pierre, avant d’être volées par un jeune et fervent catholique autrichien, qui s’est filmé en les jetant dans le Tibre, ont créé un ramdam sur Internet. Pour Roberto de Mattei, intervenant dans une vidéo défendant l’acte de l’Autrichien, cette adoration idolâtre d’un autre culte admise sous la coupole de Saint-Pierre relève de l’apostasie… [plus de détails ici].

La fin de règne de François pourrait être agitée alors que le prochain conclave se fomente déjà et que de puissants lobbys médiatico-financiers américains y travaillent avec beaucoup de moyens. Baptisé « Red Hat report », leur projet promet une campagne à l’américaine, avec investigations et révélations des moindres éventuelles « casseroles » de tout cardinal de la ligne « bergoglienne » ayant un profil de papabile. Pour cette Amérique [...] la plus va-t-en-guerre contre François, le pape péroniste, sinon même marxiste, il serait bon que son successeur soit ouvertement pro-vie, moins pro-homo, qu’il ne se mêle ni des questions migratoires ni du réchauffement climatique et qu’il arrête de dialoguer avec l’islam. [...]

Voir aussi

Confondre hospitalité légitime temporaire et droit à l’immigration définitive

Rémi Brague : « Non, la parabole du bon samaritain ne s’applique pas aux États ! »

Vatican II, « déclencheur » de l’effondrement de la pratique catholique ? (M-à-j vidéos)

Église catholique et l’immigration — le grand malaise

L’Église catholique — pour qui sonne le glas ? (M-à-j)

Laurent Dandrieu : « Les souffrances des Européens sont sorties du champ de vision de l’Église »

Rémi Brague : Y a-t-il un islam des Lumières ?

Houellebecq et Lejeune sur l’histoire, la religion, Zemmour, le catholicisme

L’idée banale selon laquelle il suffirait d’oublier ce qui sépare ne mène à rien…

Le pape Benoît XVI : révolution sexuelle, relativisme moral, absence de Dieu et rejet de la Tradition à l’origine de la crise des abus sexuels

vendredi 20 décembre 2019

France — La carrière d'enseignant de moins en moins courue

Benjamin Briand, professeur de philosophie en Île-de-France, a tweeté :



Après 5 ans de carrière, il explique sur France 24 :

« J’avais besoin de le dire, car cela faisait longtemps que je refoulais cette décision ». « J’en peux plus, j’ai donné tout ce que je pouvais, je n’ai plus la foi. Mes missions de transmettre un savoir et d’accompagner le développement des esprits des élèves sont devenues impossibles à atteindre ».

« Mon métier, je l’aime énormément ». « Enseigner, j’adore ça, il y a des moments extraordinaires comme par exemple, expliquer quelque chose à un élève et voir son regard s’illuminer, son cerveau s’éveiller parce qu’il a compris. Cela vaut tout l’or du monde, mais ce qui me peine c’est que ces moments sont de plus en plus rares ».

Aujourd’hui, Benjamin Briand, qui enseigne dans deux lycées d’Argenteuil, en banlieue parisienne, estime ne plus réussir à préparer ses élèves en vue du cycle supérieur.

« J’ai l’impression de récupérer des blessés de guerre qui sont en manque de savoir et qu’il est aujourd’hui impossible de les aider à aller vers l’avenir. J’ai le sentiment de les envoyer à l’abattoir ».

« Le rapport entre nous et eux est de plus en plus tendu. Avant, les lycéens qui avaient le sentiment que l’école les méprisait prédominaient dans les filières techniques. Aujourd’hui, ce mal-être s’est étendu aux classes générales ».

La première réforme qui a heurté Benjamin Briand est celle du collège, menée en 2015 par Najat Vallaud-Belkacem.

« Dans les faits, elle a considérablement appauvri les enseignements fondamentaux ». « Les bases de français ne sont pas acquises. Tout comme en mathématiques, où les élèves accusent d’énormes lacunes ». « Comment voulez-vous construire un nouvel étage d’apprentissage si les niveaux inférieurs de l’édifice ne sont pas solides ? » « Le retard est souvent trop important pour être résorbé. Et nous, on n’a pas assez de temps pour y remédier ».

En 2017, l’arrivée d’un ancien recteur d’académie rue de Grenelle a suscité une vague d’espoir.

« Jean-Michel Blanquer remplaçait la très politique Najat Vallaud-Belkacem, qui était hors des réalités. On a cru qu’il allait réparer les erreurs passées ».

Mais rien n’a changé.

« Il en a rajouté une couche ». « En clair, dès la seconde, les élèves devaient avoir une idée des options à prendre pour la première et la terminale. Sauf que leur demander de choisir plus tôt que d’habitude avec moins de savoir, cela donne un cocktail explosif de tensions et de pressions ».

« Je suis trop jeune pour me sentir visé par les retraites, mais cette question affecte beaucoup de mes collègues qui, entre la perte de sens du métier et le salaire qui n’est pas mirobolant, nous accable et nous décourage encore plus. Avec un avenir si sombre, je ne peux pas rester. J’ai l’impression de sortir d’un grand théâtre dans lequel tout le monde joue la comédie ».

Le nombre de candidats au Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (CAPES) de 2020 est en recul de près de 8 % et chute à 30 883. Soit le chiffre le plus faible depuis 2013.

Le régime de Kagamé essaie de réécrire l'histoire


En rendant, l’an dernier, un non-lieu en faveur de proches du président rwandais Paul Kagamé poursuivis pour leur rôle dans l’attentat contre le Falcon de l’ancien chef d’État hutu Juvénal Habyarimana, la justice française a officiellement clos vingt ans d’enquête chaotique sur l’événement déclencheur du génocide de 1994. L’équipe Macron avait également obtenu d’imposer une Rwandaise à la tête de la Francophonie alors que le régime de Kagamé (exilé éduqué en anglais à l’étranger revenu au Rwanda, francophobe notoire) a remplacé d’autorité le français par l’anglais dans l’administration et l’enseignement ! 

Le régime autoritaire de Kagamé est accusé d’avoir trafiqué ses statistiques économiques pour présenter sous un jour favorable son bilan. Il est « très probable » que les chiffres relatifs à la pauvreté aient été manipulés au Rwanda, selon le quotidien britannique Financial Times. La Banque mondiale aurait été alertée par plusieurs de ses employés dès 2015 sur ce fait. Le miracle économique rwandais a été remis en cause à plusieurs reprises par les universitaires, notamment en 2015, après la publication de statistiques montrant un taux de pauvreté qui avait baissé de six points entre 2011 et 2014.

Des chercheurs et historiens poursuivent néanmoins leur travail, à rebours des « vérités » martelées par le régime de Kigali et de nombreux médias français. C’est le cas de Charles Onana, un proche du journaliste d’enquête Pierre Péan (disparu en juillet 2019).  Nourri par des archives inédites, il vient de publier une somme sur l’intervention controversée de la France, et plus largement sur la stratégie de conquête du pouvoir du Front patriotique rwandais (FPR) de Kagamé. 
 
Entretien avec le chercheur et journaliste Charles Onana.

Marianne — C’est votre sixième ouvrage traitant de la tragédie rwandaise. Pourquoi ?

Charles Onana — Par curiosité intellectuelle et parce qu’un immense doute m’habite sur le brouillard entretenu autour de l’assassinat de deux chefs d’État, Juvénal Habyarimana, du Rwanda, et Cyprien Ntaryamira, du Burundi, et de l’ensemble de l’équipage français du Falcon, le 6 avril 1994. Les zones d’ombre et la censure palpable dès que l’on commence à poser des questions sur cet assassinat m’ont convaincu de chercher davantage. En 2005, la procureure générale du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Carla Del Ponte, à La Haye, m’a fait des confidences sur les obstacles déployés par Paul Kagamé, l’ONU et les États-Unis contre les enquêtes spéciales qu’elle avait lancées sur le rôle des membres du FPR dans les massacres. Elles ont achevé de me convaincre qu’il fallait aller plus loin et être patient pour découvrir la vérité. Selon vous, tout ce qui a été écrit sur l’opération « Turquoise », l’intervention française au Rwanda, relevait de mensonges.

— Quels nouveaux éléments apportez-vous pour le démontrer ?

Les accusations contre les militaires et les dirigeants français de l’époque ont toujours été considérées comme des évidences. Pourtant, leur examen serré prouve qu’aucune ne résiste au doute cartésien. Après les avoir étudiées pendant plus de dix ans, je suis obligé de constater qu’elles relèvent tantôt du mensonge, tantôt de la calomnie, voire des deux. Par exemple, soutenir que les militaires de l’opération Turquoise ont exfiltré les membres du gouvernement intérimaire au Zaïre en 1994 n’est corroboré par aucun fait précis, aucun document, ni aucune preuve. Autre exemple, le régime de Kigali et plusieurs journalistes, dont Patrick de Saint-Exupéry, ont prétendu que les militaires de Turquoise auraient livré des armes aux militaires des Forces armées rwandaises (FAR) au Zaïre. Mais ils ne présentent aucun élément rigoureux ! Même l’officier de Turquoise Guillaume Ancel, venu soutenir avec beaucoup de zèle cette accusation, est incapable de donner des détails sur ces allégations. Les archives américaines auxquelles j’ai eu accès montrent que les services de renseignement des États-Unis n’ont trouvé aucune preuve tangible de ces livraisons d’armes.

En revanche, celles de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar) révèlent que des officiers supérieurs [y compris le Canadien Dalaire qui a beaucoup à se reprocher] de la mission d’observation de l’ONU savaient que le FPR, pendant les accords de paix d’Arusha [entre le FPR et l’État rwandais], faisait entrer des armes clandestinement au Rwanda, via la frontière ougandaise, pour préparer la guerre contre le régime du président Habyarimana. De même, après l’assassinat de ce dernier, le FPR a bénéficié de l’aide militaire et diplomatique des États-Unis pour asseoir son pouvoir et diaboliser ses adversaires politiques, en les traitant collectivement de « génocidaires ». Beaucoup ont néanmoins été acquittés de cette accusation devant le TPIR. D’autres puissances, comme le Royaume-Uni ou la Nouvelle-Zélande, ont suivi Washington dans cette stratégie visant à installer le FPR et Kagamé au pouvoir par la violence, plutôt que d’appliquer les accords de paix qui consacraient le partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis.


L’Histoire inédite du Rwanda reportage de la BBC interdit de diffusion au Rwanda

— Vous relisez la tragédie d’un point de vue politique et social, et pas seulement ethnique, et la resituez parmi les enjeux internationaux, plutôt qu’à l’aune d’une vision franco-française…

Les chercheurs qui ont pris le génocide comme centre d’explication de la tragédie rwandaise sont hors sujet. Ce n’est pas le génocide qui permet de comprendre ce qu’il s’est passé au Rwanda, mais plutôt la conquête du pouvoir par les armes et, ensuite, le contrôle des ressources minières du Zaïre, car ceux qui ont soutenu le FPR comptaient se faire payer sur les mines de coltan et de diamant de l’est du Zaïre. Plusieurs pays et puissances étaient donc impliqués dans cette tragédie, pas seulement la France. Soyons clairs : c’est la décision du FPR, en octobre 1990, de renverser militairement le régime de Habyarimana qui a conduit la France à intervenir pour empêcher un bain de sang dans le pays. Et pour inciter en même temps ce régime à ouvrir des négociations avec l’opposition armée et non armée. Le FPR a d’ailleurs remercié le président François Mitterrand pour cette dernière initiative ! En outre, c’est pour éviter que la conquête du pouvoir ne dégénère en affrontement armé entre le gouvernement hutu et la rébellion tutsie que la Minuar a été instaurée en 1993 au Rwanda. Enfin, si l’opération Turquoise a été enclenchée, c’est bien en raison du désastre humanitaire provoqué par l’effondrement de l’État, après l’assassinat de Habyarimana, le 6 avril 1994, suivi de la lutte armée et des massacres de civils. Ceux qui cherchent des explications uniquement à travers le génocide ne les trouveront jamais. C’est ce que deux chercheurs américains de l’université du Michigan, Allan Stam et Christian Davenport, ont démontré, créant un grand malaise parmi leurs collègues, surtout les plus dogmatiques, qui ont bâti leur notoriété sur le génocide. Ces deux spécialistes des conflits armés sont censurés au Rwanda, aux États-Unis et en Europe alors qu’ils ont creusé un sillon pour faire évoluer le débat scientifique sur les massacres de 1994. C’est dans la même optique que je propose de sortir d’une polémique stérile franco-rwandaise ou franco-française pour analyser la dimension politique et géopolitique du conflit rwandais et ses conséquences sur l’impunité de certains acteurs majeurs dans le drame qui pèse encore sur la région des Grands Lacs plus de vingt-cinq ans après.

— Le développement du Rwanda depuis la victoire de Kagamé ne rend-il pas très compliquée la tâche de ceux qui s’obstinent à établir la responsabilité du FPR avant et après 1994 ?

Le régime de Kagamé essaie de réécrire l’histoire en étouffant la vérité et en intimidant, grâce à ses relais, des journalistes et des chercheurs s’opposant à la version officielle des faits. De plus, il a profité de la paralysie des gouvernements français et européens sur le génocide pour jouer de l’émotion suscitée par les horreurs diffusées par les médias en 1994. Accepter d’interroger froidement la réalité du développement apparent du Rwanda, comme celle des tragiques événements de 1994, revient à interroger le rôle de Kagamé et celui de ses soutiens dans le massacre de millions de Congolais, révélé, depuis 2001, par des rapports d’experts de l’ONU, et dans le pillage de la République démocratique du Congo [et ses millions de morts qui ne sont, eux, pas instrumentalisés...]


Source : Marianne

 


Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise :
Quand les archives parlent
de Charles Onana
paru le 30 octobre 2019

chez L’Artilleur
à Paris
688 pp.
ISBN-13 : 978-2810009176


Ces médias de grand chemin qui se plaisaient à annoncer la chute prochaine du méchant Boris Johnson

Texte de Samuel Piquet, blogueur et ancien professeur de lettres, créateur de quamel.eklablog.com. Ces médias, souvent massivement subventionnés, aiment faire la leçon sur les « infox », bobards et autres fausses nouvelles des petits médiaux sociaux. Ces gros médias semblent ne pas être gênés par leur patent parti-pris et leurs prédictions si souvent démenties.


Comme après l’élection de Trump ou le referendum sur le Brexit, la victoire écrasante du parti de Boris Johnson aux élections législatives du Royaume-Uni a une nouvelle fois laissé place à une immense remise en question des médias et des analystes politiques.


« Brexit : le chemin de croix politique et familial de Boris Johnson » titrait Le Monde en septembre avant de nous avertir en novembre : « Élections britanniques : Boris Johnson, menacé dans sa propre circonscription ». « Boris Johnson pourrait bien devenir l’occupant le plus rapide du 10 Downing Street » nous expliquait le journal Les Échos en octobre, ajoutant : « De jour en jour les chances de parvenir à un accord entre Londres et Bruxelles s’amenuisent.



Boris Johnson tente de trouver un bouc émissaire pour un probable échec ». La veille du scrutin, L’Obs titrait même : « Jeremy Corbyn, l’inflexible idéaliste qui a sorti la gauche britannique du coma », se révélant aussi doué pour les prédictions qu’Alain Minc. L’article en lui-même vaut son pesant d’or : « le leader du Parti travailliste fait trembler l’Angleterre libérale et secoue l’aile modérée du Labour », annonce la journaliste, avant de s’interroger : « Et si, par un jeu d’alliances, Jeremy Corbyn devenait Premier ministre après les élections du 12 décembre ? ». Puis d’expliquer que les circonstances avaient permis d’« ouvrir une autoroute à ce candidat improbable ». En fait d’autoroute, c’était plutôt le tunnel sous la Manche avant sa construction.

DIABOLISATION

Le Parti conservateur du Premier ministre a remporté une majorité absolue de 365 sièges sur les 650 de la chambre basse du Parlement. Jamais depuis 1987, au sommet du règne de Margaret Thatcher, les Tories n’avaient bénéficié d’un tel rapport de force.

Devant cette erreur de diagnostic, cette incapacité à discerner le réel, cette tendance à sous-estimer constamment la colère du peuple, journalistes et analystes se sont empressés de faire profil bas. Le Parisien a évoqué « un étonnant retournement ». C’est vrai que 53 % de « Yes » en juin 2016, ce n’était pas très clair, beaucoup moins en tout cas que le traité de Lisbonne qu’avait fait ratifier Nicolas Sarkozy, modèle français de limpidité, 2 ans après le non au referendum de 2005.

Quant aux Inrocks, ils ont opté pour la flagellation en titrant « “You f*cking idiots” [en anglais, ils sont anglomanes aux Inrocks] : les musiciens s’insurgent contre la victoire des conservateurs au Royaume-Uni ». Dans cet article, ils citent le membre de Portishead Geoff Barrow qui gazouille : « Je souhaite personnellement à nouveau la bienvenue à la réintroduction du système féodal », un tweet qui a fait rire les journalistes « malgré (eux) ». L’article se termine par une analyse politique brillante de la situation de Lily Allen, « dévastée sur Instagram », qui pointe le « racisme et la misogynie » du candidat, puis par cette sentence pleine de clairvoyance et de hauteur de vue des Inrocks : « C’est beaucoup d’amertume et de désespoir qui se dégagent des témoignages plus ou moins humoristiques de ces célébrités — parmi tant d’autres. Autant essayer de trouver un peu de réconfort dans leurs mots : la jeunesse britannique risque de subir un changement de vie radical dans les années à venir ». Difficile, en effet, de ne pas verser une petite larme en pensant aux futures invasions normandes que la sortie de l’UE aura permises.

Mais c’est sans doute la réaction du politologue Philippe Marlière sur Twitter qui est la plus éclairante. Empreinte de retenue et de lucidité, elle est un mea culpa digne du Confiteor romain : « 10 ans d’austérité féroces + un Premier ministre qualifié par presque tous de charlatan et de menteur + un Brexit qui n’est plus majoritaire chez les électeurs = la plus grande majorité conservatrice depuis Margaret Thatcher. Besoin de comprendre... ».

La veille de l’élection, Radio-Canada et l’AFP (l’Agence France Presque) évoquaient la possibilité d’un gouvernement minoritaire travailliste... le lendemain ces mêmes travaillistes étaient réduits à leurs pires résultats depuis 1935. Ah, ces médias sérieux et subventionnés !


Comment ? Les médias vous disent que Boris Johnson est un charlatan et un menteur et ça ne vous suffit pas ? Que voudriez-vous en plus des critiques et des insultes ? Des arguments ? Le Monde vous l’a dit : « la stratégie de Boris Johnson paraît toujours aussi illisible ». Et que dire du personnage en lui-même ? C’est « le roi de la gaffe et des dérapages » (LCI), il est « controversé », capable de se contredire, provocateur, inflexible et adepte de promesses électoralistes » (France TV Infos), il est « machiste » (Mediapart), « coutumier des remarques acerbes, voire carrément racistes », ce « Trump britannique n’a rien à envier au président américain en termes de formules-chocs », d’ailleurs, « après l’annonce de son élection à la tête du parti conservateur, mais surtout du pays, un mot-croisillon a notamment vu le jour sur Twitter : #NotMyPM » (Le Huffpost).

Comment après tout ça, des citoyens oseraient-ils encore lui donner leur voix ? Impossible, de même qu’il était impossible, selon de nombreux médias, que Trump l’emporte. Alors, certes, les citoyens ont une nouvelle fois mal voté, mais ils sont très certainement en train de se repentir et de se fouetter le torse avec des drapeaux européens en réclamant à cor et à cri un nouveau referendum pour hurler leur amour de l’UE et leur haine du Brexit.




Voir aussi

Étude (Journal of Personality and Social Psychology) — Plus on est « progressiste », plus idéaliserait-on ou nierait-on la réalité ?


Médias — Membre de l'équipe chasseur d'intox du Monde condamné pour intox

Petite nouvelle ironique. Le journal Le Monde de Paris a été condamné pour son article du 16 mars 2017 d’Adrien Sénécat sur l’industrie de la désinformation. Adrien Sénécat était un des membres fondateurs de l'équipe des Décodeurs du Monde. Cette équipe a comme tâche de débusquer les fausses nouvelles, de traquer les désinfomateurs.

Mais, voilà, c'est un peu l'histoire de l'arroseur arroseur, du débusqueur de désinformation qui désinforme lui-même.

Dans deux jugements du 17 décembre 2019, le Tribunal de Paris a condamné le Monde et Samuel Laurent pour diffamation envers Olivier Berruyer.

I. Condamnation du journal Le Monde

Le Monde a été condamné (par l’intermédiaire de son Directeur de publication, Louis Dreyfus) pour son article du 16 mars 2017 d’Adrien Sénécat sur l’industrie de la désinformation (que nous avions démonté dans ce billet : L’Intox du Monde sur mes soi-disant 600 “articles erronés supprimés”), qui nous accusait à tort d’avoir supprimé 600 articles (ce qui est faux !), et ce pour cacher des erreurs (imaginaires…)

Le journal n’a pu démontrer la réalité de ses graves accusations (ce qu’on appelle “la base factuelle”) :


et a donc été condamné :



II. Condamnation de Samuel Laurent

Samuel Laurent a été condamné pour son tweet du 16 février 2017, dans lequel il me traitait de faussaire, reprenant sans vérification les accusations du livre de Cécile Vaissié (qui a également été condamnée en juin dernier) qui reprenait sans vérification les accusations délirantes de Bruno Zéni…

Comme il n’a pas pu démontrer la réalité de ses graves accusations :



Il a été condamné :




Source

jeudi 19 décembre 2019

Climat/Météo — Les catastrophes naturelles moins coûteuses et moins mortelles en 2019

Les pertes économiques liées aux catastrophes naturelles et aux désastres humains ont été moins élevées en 2019, soit 140 milliards de dollars, qu’en 2018, 176 milliards, selon une première estimation du réassureur suisse Swiss Re, publiée jeudi.

À elles seules, les catastrophes naturelles ont occasionné environ 133 milliards de dommages, en baisse de 20 % par rapport à 2018. Les 7 milliards restants résultent des désastres causés par les humains (tels que les incendies ou les accidents industriels), en baisse de 31 %.

En ce qui concerne les pertes humaines, quelque 11 000 personnes sont décédées ou ont été portées disparues à l’échelle mondiale.

Les pertes prises en charge par les compagnies d’assurance ont avoisiné les 56 milliards de dollars, soit un chiffre inférieur à la moyenne des dix dernières années.

Léger réchauffement climatique accompagné d’un effondrement des morts dus aux aléas climatiques

La température de la Terre s’est réchauffée depuis un siècle d’environ un (1) degré Celsius.

Ce léger réchauffement s’est en fait accompagné d’un effondrement des morts causées par des événements météorologiques. Les données du graphique sont bien connues et proviennent de la base de données sur les catastrophes internationales. Bjorn Lomborg a mis en graphique ces données.



Même en prenant les chiffres absolus illustrés ci-dessous (alors que la population mondiale a quadruplé de 1920 à 2018 !), le nombre de morts causés par des catastrophes météorologiques (ou climatiques) est en net déclin. Ces 11 000 décès pour 2019 confirment cette tendance à la baisse.



Voir aussi

Quarante-neuf prédictions écoapocalyptiques qui ne se sont jamais réalisées


2019 bonne année pour féminisme, peu de place pour les difficultés masculines

Chronique de Mario Dumont sur l’année 2019 et le manque de place réservée aux difficultés des garçons et des hommes dans le débat public.

On retiendra que 2019 aura été une année exceptionnelle pour le féminisme. Le discours féministe a occupé un large espace dans le public. La rhétorique féministe s’est imposée dans une relecture de l’histoire comme dans la compréhension du présent.

Il y a une solide raison : pendant des années, les femmes n’ont pas eu leur place et les jeunes femmes n’ont pas eu les mêmes opportunités. La montée d’un nouveau discours féministe chez les jeunes s’est bien sentie ces dernières années. Et s’accompagne d’une certaine radicalisation.

On ne peut reprocher à des jeunes femmes de vouloir repousser les dernières limites d’une recherche d’égalité. Ni de vouloir mettre fin aux désolants et révoltants épisodes de violence envers les femmes. Plusieurs ont trouvé la mort cette année encore, dans des circonstances indicibles.

Je me permets quand même de constater la conséquence de la montée d’une approche féministe plus radicale. Il devient interdit ou même insidieux de parler des problèmes des hommes. Le sous-entendu du cri féministe, c’est que les hommes vont bien. Pouvoir, argent, bonheur, l’homme blanc d’Amérique va particulièrement bien. Le jeune homme voit devant lui une vie remplie de promesses.

Pourtant.

Chiffres troublants

Un peu plus du trois quarts des suicides commis au Québec l’ont été par des hommes.

Selon les dénombrements effectués ces dernières années, les trois quarts des itinérants sont des hommes.

Les garçons sont 13 % moins nombreux que les filles à obtenir leur diplôme du secondaire après les cinq années normales de scolarité. Si l’on ajoute deux années supplémentaires pour terminer son secondaire, l’écart diminue, mais demeure de 10 %.

Un jeune gars sur quatre va quitter l’école sans diplôme de niveau secondaire. Que leur réserve le marché du travail dans cette économie du savoir ?

L’université inégalitaire

Les hommes ne représentent plus que 42 % des étudiants universitaires. Ils sont minoritaires dans 9 des 10 grands champs d’études universitaires, incluant les sciences pures.

Il ne reste que les sciences appliquées où les hommes sont encore en majorité. La chose est perçue comme un problème majeur au point où le gouvernement finance le programme « Chapeau les filles ».

Est-ce que quelqu’un s’inquiète de la présence très faible d’hommes, qui ne représentent même pas le tiers des diplômés dans plus de la moitié des grands champs d’études ? Rien vu.

Dans un rapport où l’on constate la dominance des femmes à l’université, le Conseil du statut de la femme s’interroge sur l’écart salarial qui persiste pour un diplôme dit équivalent. C’est en effet un questionnement valable. Mais qui s’interroge sur la sous-représentation des hommes à l’université ? Sur leur quasi-disparition d’un grand secteur comme la santé ? Personne.

La vraie question est la suivante : est-ce permis de parler des problèmes des hommes ? Est-ce que je commets un outrage social en signant ce texte ?

Je reste optimiste. Peut-être approchons-nous du jour où nous élirons comme Première ministre une femme, mère de garçons, qui osera nommer les problèmes pour leur avenir.

Liens connexes


Jordan Peterson sur la crise de la masculinité (manque d’encouragement des jeunes hommes) la gauche radicale

Greta Thunberg : le colonialisme, le racisme et patriarcat ont causé la crise climatique

Le Canada vu de loin : un pays avec un singulier manque d’adultes

Biologie — L’expression de 6 500 différences génétiques distingue l’homme de la femme.

Violence entre partenaires intimes : les hommes plus souvent victimes

« Guerre contre les femmes » ? Plutôt, une guerre contre les enfants

L’hypothèse de l’homme jetable

« Femmes célibataires sans enfant sont plus heureuses » ? Les données montrent plutôt l’inverse...

Réforme Blanquer : en 2021, le programme de philosophie « sera féminisé et deviendra plus multiculturel qu’il ne l’est actuellement »

Histoire — l’ex­clusion des femmes du suffrage fut davantage le fait de l’idéologie progressiste que de la pensée réactionnaire.

L’État se féminise (60 % de femmes...) et se « diversifie »


mardi 17 décembre 2019

Garderie — Pas d'argent aux parents, mais davantage au secteur subventionné

Certains prétendent que la Coalition Avenir Québec (CAQ) est un parti de droite, conservateur parfois.

La CAQ valorise pourtant, non pas l’aide directe aux parents, mais l’aide au secteur subventionné (et syndicalisé). Créant de la sorte un énorme pouvoir, un énorme monopole qui empêche toute remise en question du réseau de garderies extrêmement coûteux et donc toute remise en question de la politique familiale québécoise qui n’a, notamment, aucun impact sur la natalité ni même sur les résultats scolaires (les résultats du Québec dans les tests internationaux n’ont pas augmenté depuis leur mise en place).

C’est de nouveau le cas avec le plus récent dans le cas des parents qui demandaient un crédit d’impôt pour les enfants fréquentant une garderie non subventionnée, mais déjà, le ministre de la Famille dit non.

Il en coûte actuellement quatre fois plus cher pour envoyer son enfant dans une garderie non subventionnée au Québec. Actuellement, près de 69 000 enfants fréquentent ces garderies.

Des parents dénoncent cette situation et ont mis sur pied le Regroupement de parents utilisateurs de garderies non subventionnées. Ils demandent au gouvernement provincial un crédit d’impôt supplémentaire pour que le coût soit le même, peu importe le type de garderie fréquentée.

Joint au téléphone, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe (ci-contre), a indiqué qu’il ne compte pas répondre aux demandes du groupe de parents. Il souhaite plutôt convertir des garderies non subventionnées en garderies subventionnées. Il considère que cette mesure répond au problème dénoncé par les parents (pas l’absence de choix pourtant).

Rappelons que les parents qui osent garder eux-mêmes leurs enfants en bas âge ne reçoivent aucune aide et ne bénéficie d’aucun crédit d’impôt par décision idéologique (il ne faut surtout pas que les femmes restent au foyer, il faut qu’elles aillent turbiner au plus vite).
Quelles différences entre la CAQ et le PQ ou le PLQ dans ce dossier ? Très peu au niveau fondamental, contrairement à ce que proposait l’ADQ à son époque.


Voir aussi

Le syndicalisme CPE : « un des pouvoirs les plus forts au Québec » (Mario Dumont)

Russie — généreuse prime à la naissance, allocation mensuelle et hypothèque moins chère pour les familles

La politique du « boni bébé » instaurée par les libéraux de Robert Bourassa fut fort décriée par les féministes à la fin des années 90. La ministre de la Famille et de l’Enfance de 1998 à 2001, Nicole Léger (PQ), avait ainsi qualifié ce programme « d’échec lamentable ». Le diagnostic peu nuancé de la ministre Léger s’expliquait sans doute par des réticences fréquentes exprimées par le Conseil de la femme à toute politique nataliste efficace. En 1982, Claire Bonenfant, la très féministe présidente du Conseil de la Femme, s’était déjà interrogée, au sujet d’une politique avec de timides conséquences natalistes : « Cette politique sera-t-elle une politique nataliste déguisée cherchant à nous retourner aux berceaux et aux fourneaux ou bien se présente-t-elle comme une politique de justice sociale ? »

Le PQ décida donc d’instaurer un programme nettement plus cher et moins universel : les centres de la petite enfance (CPE). Si le programme universel d’allocations à la naissance avait coûté 186 millions de dollars à son apogée en 1994, dès la première année les CPE en 1997 coûteront 221 millions de $. En 2014, les coûts des CPE avaient été multipliés par onze (11 !), sans que leur efficacité démographique, sociale ou pédagogique auprès des enfants ait été démontrée...