mercredi 7 octobre 2020

Déclaration de Great Barrington (18 600 médecins et experts) sur la Covid-19 — il existe une autre façon de faire

Trois éminents épidémiologistes se sont réunis dans le Massachusetts pour établir une meilleure stratégie face à la pandémie de la Covid-19 et mettre fin à ce long supplice qu'est devenue la gestion de cette pandémie.

PAR SUNETRA GUPTA, JAY BHATTACHARYA ET MARTIN KULLDORFF

La déclaration de Great Barrington (4 octobre 2020)

En tant qu’épidémiologistes des maladies infectieuses et scientifiques de la santé publique, nous sommes gravement préoccupés par les effets néfastes sur la santé physique et mentale des politiques actuelles pour lutter contre la COVID-19 et nous recommandons une stratégie que nous appelons la protection ciblée.

De gauche et de droite, venus du monde entier, nous avons consacré notre carrière à la protection des personnes. Les politiques de confinement actuelles ont des effets dévastateurs sur la santé publique à court et à long terme. Ces effets (pour n’en nommer que quelques-uns) comprennent des taux de vaccination infantile plus faibles, une aggravation des maladies cardiovasculaires, moins de dépistages du cancer et une détérioration de la santé mentale — conduisant à une surmortalité accrue dans les années à venir. La classe ouvrière et les plus jeunes seront les principales victimes. Exclure les élèves de l’école est une grave injustice.

Maintenir ces mesures en place jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible causera des dégâts irréparables et infligera des dommages disproportionnés aux personnes défavorisées.


Heureusement, nous comprenons désormais mieux le virus. Nous savons que le taux de mortalité à la COVID-19 est plus de mille fois plus élevé pour les personnes âgées et infirmes comparé aux celui des jeunes. En effet, pour les enfants, le COVID-19 est moins dangereux que de nombreux autres maux, y compris la grippe.

Au fur et à mesure que l’immunité s’accroît dans la population, le risque d’infection pour tous — y compris les personnes vulnérables — diminue. Nous savons que toutes les populations finiront par atteindre l’immunité collective, c’est-à-dire le point auquel le taux de nouvelles infections est stable — un vaccin peut permettre de l’atteindre (sans être nécessaire). Notre objectif devrait donc être de minimiser la mortalité et les dégâts sociaux jusqu’à ce que nous atteignions l’immunité collective.

La stratégie la plus compatissante pour parvenir à cette immunité collective, tout en équilibrant les risques et les avantages, est de permettre à ceux qui courent un risque mortel minime de vivre normalement afin qu’ils développent une immunité au virus par le biais d’une infection naturelle, tout en protégeant mieux ceux qui sont les plus à risque. Nous appelons cela la protection ciblée.

L’adoption de mesures pour protéger les personnes vulnérables devrait être l’objectif central des actions de santé publique contre la COVID-19. À titre d’exemple, les maisons de retraite [par exemple CHSLD au Québec, EPHAD en France] devraient utiliser du personnel immunisé et effectuer fréquemment des tests PCR sur les autres membres du personnel et tous les visiteurs. La rotation du personnel devrait être minimisée. Les retraités vivant à la maison devraient se faire livrer leurs produits d’épicerie et autres articles de première nécessité à leur domicile. Lorsque cela est possible, ils devraient rencontrer les membres de leur famille à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur. Une liste complète et détaillée de mesures, y compris des stratégies pour les foyers multigénérationnels, peut être mise en œuvre et s’inscrit parfaitement dans le champ de compétences des professionnels de santé publique.

Ceux qui ne sont pas vulnérables devraient être immédiatement autorisés à reprendre une vie normale. Des mesures d’hygiène simples, telles que le lavage des mains et le fait de rester à la maison en cas de maladie, devraient être pratiquées par tous pour réduire le seuil d’immunité du troupeau. Les écoles et les universités devraient être ouvertes à l’enseignement en personne. Les activités parascolaires, telles que les sports, devraient être reprises. Les jeunes adultes à faible risque devraient travailler normalement, plutôt que de chez eux. Les restaurants et autres commerces devraient ouvrir. Les arts, la musique, le sport et les autres activités culturelles devraient reprendre. Les personnes les plus à risque peuvent y participer si elles le souhaitent, tandis que la société dans son ensemble bénéficie de la protection conférée aux personnes vulnérables par ceux qui ont acquis une immunité collective.

Ceux qui ne sont pas vulnérables devraient être immédiatement autorisés à reprendre une vie normale. Des mesures d’hygiène simples, telles que le lavage des mains et le fait de rester à la maison en cas de maladie, devraient être pratiquées par tous pour réduire le seuil d’immunité du troupeau. Les écoles et les universités devraient être ouvertes à l’enseignement en personne. Les activités parascolaires, telles que les sports, devraient être reprises. Les jeunes adultes à faible risque devraient travailler normalement, plutôt que de chez eux. Les restaurants et autres commerces devraient ouvrir. Les arts, la musique, le sport et les autres activités culturelles devraient reprendre. Les personnes les plus à risque peuvent participer à ces activités si elles le souhaitent, tandis que la société dans son ensemble bénéficie de la protection conférée aux personnes vulnérables par ceux qui ont acquis une immunité collective.

Rédigée et signée le 4 octobre 2020 à Great Barrington aux États-Unis par :


 

Dr Martin Kulldorff, professeur de médecine à l’Université Harvard, biostatisticien et épidémiologiste spécialisé dans la détection et la surveillance des épidémies de maladies infectieuses et les évaluations de l’innocuité des vaccins.

Dre Sunetra Gupta, professeur à l’Université d’Oxford, épidémiologiste avec une expertise en immunologie, en développement de vaccins et en modélisation mathématique des maladies infectieuses.

Dr Jay Bhattacharya, professeur à la faculté de médecine de l’Université de Stanford, médecin, épidémiologiste, économiste de la santé et spécialiste des politiques de santé publique se concentrant sur les maladies infectieuses et les populations vulnérables.




Signez la déclaration


Cosignataires

Scientifiques et praticiens en médecine et en santé publique

Prof. Sucharit Bhakdi, ém. Professeur de microbiologie médicale, Université de Mayence, Allemagne

Dr Rajiv Bhatia, MD, MPH, médecin de l'AV, épidémiologie, pratique de l'équité en santé et évaluation de l'impact des politiques publiques sur la santé, États-Unis

Professeur Stephen Bremner,Professeur de statistiques médicales, Brighton and Sussex Medical School, Université de Sussex, Royaume-Uni

Prof.Anthony J Brookes, Département de génétique et de biologie du génome, Université de Leicester, Royaume-Uni

Dre Helen Colhoun, professeur d'informatique médicale et d'épidémiologie, et médecin de santé publique, avec une expertise en prévision des risques, Université d'Édimbourg, Royaume-Uni

Prof. Angus Dalgleish, MD, FRCP, FRACP, FRCPath, FMedSci, Département d'oncologie, St. George's, Université de Londres, Royaume-Uni

Dr Sylvia Fogel, experte en autisme et psychiatre au Massachusetts General Hospital et instructeur à la Harvard Medical School, États-Unis.

Dr Eitan Friedman, MD, PhD. Fondatrice et directrice, Unité d'oncogénétique Susanne Levy Gertner, Institut Danek Gertner de génétique humaine, Centre médical Chaim Sheba et professeur de médecine, Département de médecine interne et département de génétique humaine et de biochimie, Université de Tel-Aviv, Israël

Dr Uri Gavish, expert en analyse d'algorithmes et consultant biomédical

Prof. Motti Gerlic, Département de microbiologie clinique et d'immunologie, Université de Tel Aviv, Israël

Dr Gabriela Gomes, professeur, mathématicienne spécialisée dans la dynamique des populations, la théorie de l'évolution et l'épidémiologie des maladies infectieuses. Université de Strathclyde, Glasgow, Royaume-Uni

Prof. Mike Hulme, professeur de géographie humaine, Université de Cambridge, Royaume-Uni

Le Dr Michael Jackson, PhD, est écologiste et chercheur à l'Université de Canterbury, en Nouvelle-Zélande.

Dr David Katz, MD, MPH, président, True Health Initiative et fondateur et ancien directeur du Centre de recherche de la prévention de l'Université Yale

Dr Andrius Kavaliunas, épidémiologiste et professeur adjoint à l'Institut Karolinska, Suède

Dr. Laura Lazzeroni, PhD., Biostatisticienne et data scientist, professeur de psychiatrie et de sciences du comportement et de science des données biomédicales. École de médecine de l'Université de Stanford, États-Unis

Le Dr Michael Levitt, PhD est biophysicien et professeur de biologie structurale. Le Dr Levitt a reçu le prix Nobel de chimie 2013 pour le développement de modèles multi-échelles pour des systèmes chimiques complexes. Université de Stanford, États-Unis

Prof. David Livermore, professeur, microbiologiste avec une expertise en épidémiologie des maladies, résistance aux antibiotiques et diagnostic rapide. Université d'East Anglia, Royaume-Uni

Dr Jonas Ludvigsson, pédiatre, épidémiologiste et professeur à l'Institut Karolinska et médecin principal à l'hôpital universitaire d'Örebro, Suède.

Dr Paul McKeigue, professeur d'épidémiologie et médecin de santé publique, avec une expertise en modélisation statistique de la maladie. Université d'Édimbourg, Royaume-Uni

Dr Cody Meissner, professeur de pédiatrie, expert en développement de vaccins, efficacité et sécurité. École de médecine de l'Université Tufts, États-Unis

Prof.Ariel Munitz, Département de microbiologie clinique et d'immunologie, Université de Tel Aviv, Israël

Prof.Yaz Gulnur Muradoglu, Professeur de Finance, Directeur du Behavioral Finance Working Group, School of Business and Management, Queen Mary University of London, Royaume-Uni

Prof. Partha P. Majumder, PhD, FNA, FASc, FNASc, FTWAS National Science Chair, Distinguished Professor and Founder National Institute of Biomedical Genomics, Kalyani, professeur émérite à l'Institut de statistiques indien, Calcutta, Inde

Prof.Udi Qimron, Président, Département de microbiologie clinique et d'immunologie, Université de Tel Aviv, Israël

Prof. Matthew Ratcliffe, professeur de philosophie spécialisé en philosophie de la santé mentale, Université de York, Royaume-Uni

Dr Mario Recker, professeur agrégé de mathématiques appliquées au Centre de Mathématiques et environnement, Université d'Exeter, Royaume-Uni

Dr Eyal Shahar, MD professeur (émérite) de santé publique, médecin, épidémiologiste, avec une expertise en inférence causale et statistique. Université d'Arizona, États-Unis

Prof.Karol Sikora MA, PhD, MBBChir, FRCP, FRCR, FFPM, directeur médical de Rutherford Health, oncologue et doyen de médecine, Royaume-Uni

Dr Matthew Strauss, médecin de soins intensifs et professeur adjoint de médecine, Université Queen’s, Canada

Dr Rodney Sturdivant, PhD. professeur agrégé de biostatistique. Directeur du Baylor Statistical Consulting Center. Spécialiste de la propagation et le diagnostic des maladies infectieuses. Université Baylor, États-Unis

Dr Simon Thornley, PhD, épidémiologiste, biostatistique et analyse épidémiologique, maladies transmissibles et non transmissibles. Université d'Auckland, Nouvelle-Zélande.

Pr Ellen Townsend, Groupe de recherche sur l'automutilation, Université de Nottingham, Royaume-Uni.

Prof. Lisa White, Professeur de modélisation et d'épidémiologie Nuffield Department of Medicine, Université d'Oxford, Royaume-Uni

Pr Simon Wood, professeur, statisticien avec une expertise en méthodologie statistique, statistique appliquée et mathématique







lundi 5 octobre 2020

Pourquoi amputer l’histoire de l’Occident ?

Texte de Nathan Murray, Enseignant, doctorant en histoire ancienne, à l'Université Laval et à Paris Nanterre.

Désolante nouvelle : les cégépiens qui effectuent leur rentrée seront parmi les derniers à recevoir quelques petites heures d’enseignement obligatoire sur l’histoire de l’Antiquité ou du Moyen Âge. C’est que, dans la prochaine mouture du programme de sciences humaines, c’est près de la moitié du contenu du désormais défunt cours d’Initiation à l’histoire de la civilisation occidentale qui passera à la trappe, débité par une assemblée frileuse de profs et par un comité ministériel un brin trop zélé.

La décision a été prise il y a quelques mois. Des enseignants ont protesté, en vain, contre cette grossière amputation d’un programme déjà anémique. Avec raison. Car le principal problème de ce seul cours d’histoire obligatoire du cursus de sciences humaines est bien connu : il est impossible d’enseigner trois millénaires d’histoire occidentale, des Grecs anciens à l’hégémonie américaine, en 45 heures. La matière est trop riche, le temps, trop court.

Il faudrait mieux former les maîtres à l’université, doubler le temps d’enseignement, ajouter une session, diviser le contenu en deux grands blocs. Cela demanderait évidemment un patient travail de recomposition de la formation et du programme, de même que des négociations serrées avec les lobbys et autres coteries disciplinaires qui protègent férocement leurs acquis.

Les profs d’histoire ayant massivement rejeté le statu quo lors d’un vote, la formule actuelle était sérieusement compromise. Et voici donc la solution du ministère et de son comité : couper plus des deux tiers de l’ancien espace chronologique, qui était déjà réduit, en pratique, au tiers de l’enseignement effectif.

Raisonnement absurde

Derrière la petite politique scolaire se cachent deux autres éléments-clés. Le premier est bassement pragmatique et répond à la logique de l’intérêt de l’étudiant (comprendre : du client) : comme celui-ci ne s’intéresse pas au passé lointain, donnons-lui ce qu’il veut. C’est en grande partie faux, bien entendu, mais l’argument est populaire.

Le second élément est plus pernicieux : les décideurs eux-mêmes (et certains enseignants) sont convaincus que l’enseignement des périodes historiques reculées est moins profitable que celui du passé récent. En d’autres termes : l’histoire de l’Antiquité et du Moyen Âge ne serait pas nécessaire à la compréhension du présent, cette réflexion sur les enjeux contemporains devenant le seul objectif valable du cours.

Le raisonnement est absurde : l’histoire est affaire de continuité et de nombreux phénomènes contemporains trouvent leurs racines dans les civilisations anciennes ou le monde féodal, dont nous sommes les héritiers. Couper l’étudiant de ces éléments, c’est le priver des bases essentielles d’une réflexion historique et de références culturelles qui ont toujours cours. C’est penser petit : trop petit.

La volonté de rattacher l’enseignement à l’actualité est évident : on veut mettre l’élève en contact avec ce qu’il connaît et éviter à tout prix ce qu’il ne connaît pas. Or, l’histoire, paradoxalement, est aussi faite de ruptures : les mondes anciens étaient radicalement autres. Les escamoter, c’est contribuer à réduire radicalement les horizons des étudiants qui, non seulement seront privés d’une culture humaniste, mais aussi des outils qui leur auraient permis de penser le changement et la diversité historiques, de découvrir que les hommes et les femmes ont déjà vécu autrement, en d’autres temps, en d’autres lieux. Rien de plus étonnant qu’un Romain de l’Empire, rien de plus dépaysant que le féodalisme, pour peu qu’on s’y attarde.

Mesure entraînera une désaffection

Au-delà même de sa justification calamiteuse, cette nouvelle réforme entraînera aussi, selon toute vraisemblance, une désaffection encore plus vive des étudiants envers les sciences humaines, l’histoire en particulier. Mis en contact avec un univers de plus en plus réduit, et donc de moins en moins susceptible d’éveiller leur intérêt ou même de susciter leur vocation, les cégépiens obtiendront, à terme, une formation de moindre qualité.

Tel étudiant qui, allumé par trois séances sur l’histoire du Moyen Âge dans le cadre du cours Initiation à l’histoire de la civilisation occidentale, se serait inscrit la session suivante à un cours à option en histoire médiévale, ne pourra plus vivre cet éveil fondateur. Privés de cet apport, certains cours au choix, suivant une tendance déjà lourde, ne seront plus offerts, faute de participants.

Selon la même logique, les conséquences de cette décision à courte vue se feront aussi sentir à l’université, entraînant la mort lente et prévisible de programmes d’histoire et d’études anciennes et médiévales, souvent déjà exsangues. Les maîtrises et les doctorats dans ces domaines se feront plus rares. La perte d’expertise sera concrète et les prochaines générations d’enseignants seront encore moins bien outillées que celles qui, aujourd’hui, doivent renoncer ou renoncent d’elles-mêmes à transmettre et à faire comprendre un passé fascinant, mais complexe.

Ce qu’on risque d’introduire aujourd’hui, c’est un appauvrissement généralisé du savoir et de la culture historiques. Par fidélité aux idéaux humanistes, qui sont aussi ceux de notre système d’éducation, le ministre doit refuser de donner son aval à cette refonte borgne, riche de dangers.


Source: Le Devoir

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mercredi 30 septembre 2020

France — Réforme du bac, seuls 20 % choisissent spécialités maths et physique-chimie

LA RÉFORME du baccalauréat de Jean-Michel Blanquer prend de la couleur. Cette année, les élèves de terminale seront les premiers à passer les épreuves du nouveau bac. En mars, ils commenceront par les deux épreuves dites de « spécialités ». Parmi le catalogue des 11 spécialités proposées dans la voie générale, quelles sont celles qui ont rencontré le plus de succès auprès des élèves ? Sans surprise, les mathématiques arrivent en tête (41 %), suivies de la physique-chimie (34 %) et des sciences économiques (33 %), selon des chiffres exclusifs donnés par le ministère de l’Éducation nationale. Honneur aux sciences, donc. Pour autant, « les anciennes filières (S, ES et L) se sont très peu reconstituées », se félicite le ministre de l’Éducation. L’objectif de la réforme était d’ouvrir le champ des possibles et d’éviter une orientation massive en filière S, dictée non pas par amour des maths, mais pour voir s’ouvrir toutes les portes de l’enseignement supérieur.

Dans l’ancien système, 55 % des lycéens faisaient ce choix. Aujourd’hui, ils sont 20 % à avoir choisi, en terminale, les spécialités mathématiques et physique chimie. Juste derrière (14 %), arrive la combinaison faite d’histoire-géographie et de géopolitique et sciences sociales, une nouveauté qui rencontre un franc succès. Par ailleurs, 9 % des élèves sont sortis des combinaisons classiques, en imaginant des doublettes d’un nouveau genre, comme mathématiques et arts.
 
Les filles et les garçons ne choisissent pas les mêmes spécialités 
 
Dans cette nouvelle dynamique, certaines choses restent immuables, à commencer par l’orientation selon le sexe. En première — où les lycéens doivent choisir trois spécialités —, les jeunes filles ne sont que 51 % à demander la spécialité mathématiques, contre près de 70 % pour les garçons. En terminale, elles sont 50 % à l’abandonner, contre seulement 30 % chez les garçons. A contrario, elles sont plus nombreuses à vouloir suivre l’enseignement « humanité, littérature et philosophie ». Une spécialité conservée en terminale par seulement 9 % des élèves. Étrangement, le ministre promet que ces données « plus fines » permettront de mettre en place des stratégies pour inciter les filles à se diriger vers les filières porteuses. Comment sait-il que les humanités ne seront pas porteuses ?

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Stéréotypes à l’école : au nom de l’égalité des filles, on veut les empêcher de choisir ce qu’elles veulent

Stéréotypes à l'école : au nom de l'égalité des filles, on veut les empêcher de choisir ce qu'elles veulent

Zemmour s’oppose à ce que l’État lutte contre « les stéréotypes » à l’école. Il faut respecter les choix et ne pas prendre les filles pour des pantins. Car, enfin, au nom de l’égalité des filles, on veut les empêcher de choisir ce qu’elles veulent et si elles préfèrent encore aujourd’hui les matières littéraires (les derniers chiffres le confirment) ce serait, selon cette vision constructiviste paternaliste, parce qu’elles sont débiles ou manipulées. En outre, rien ne prouve à l’ère de l’automatisation généralisée qui risque de supprimer de nombreux emplois techniques que les humanités ne seront pas ce qui sera le plus recherché.


La lutte contre les stéréotypes à l’école ou comment on prive les filles de liberté au nom de l’égalité

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Ces maires de gauche qui veulent « dégenrer » les cours de récréation (m. à j. vidéo)

Mathieu Bock-Côté : La volonté de rééduquer l'homme occidental (L'homme surnuméraire) 
 

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Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)

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Cerveau masculin et cerveau féminin

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lundi 28 septembre 2020

Angleterre : enfants blancs défavorisés moins aidés que ceux des minorités ethniques

Les enfants blancs de la classe ouvrière sont les élèves les plus démunis du Royaume-Uni — et ils seront également les plus durement touchés par les retombées de Covid, préviennent les députés 

  •  La recherche a été soumise au Comité spécial de l’éducation du Comité ;
  •  Les enfants blancs admissibles à des repas scolaires gratuits ont deux fois moins de chances de réussir dans les GCSE (examens à 15/16 ans) que les personnes pauvres non blanches ;
  • Un professeur de l’Université d’Oxford a déclaré que le sort des enfants blancs de la classe ouvrière était considéré comme « démodé ».

Une nouvelle étude révèle que les enfants blancs de la classe ouvrière sont les laissés-pour-compte du système scolaire, ils sont confrontés à une vie de désavantage économique et seraient les plus touchés par la crise du coronavirus.

 

 

Malgré cela l’aide à l’amélioration des niveaux éducatifs est souvent destinée à des zones ethniquement diverses et à des élèves issus de minorités — ce qui ne fait que truquer le jeu contre les garçons et les filles blancs et pauvres, selon les universitaires.

Un professeur de l’université d’Oxford a déclaré que la situation critique des enfants blancs de la classe ouvrière était considérée comme « pas à la mode » et « n’en valant pas la peine ». Et il a suggéré que le fait même de soulever la question était « taboue », en particulier dans les cercles universitaires, car elle était associée à la « pensée politique de la droite dure ».

L’étude, soumise à la Commission de l’Éducation des Communes, révèle que les élèves blancs ayant droit à des repas scolaires gratuits ont deux fois moins de chances que leurs camarades issus de minorités ethniques pauvres d’obtenir de bons résultats dans les huit sujets du GCSE utilisés pour les tableaux de classement des écoles. Ils sont également plus susceptibles de fréquenter une école en échec et de vivre dans des communautés en difficulté dans le Nord et dans les Midlands.

Les enfants blancs pauvres s’en sortiraient nettement moins bien en partie parce que le financement de l’éducation est ciblé sur les grandes villes avec des populations plus ethniquement diversifiées, ont fait valoir des universitaires. Ils ont accusé le ministère de l’Éducation d’avoir rendu difficile pour les experts d’analyser les résultats insuffisants des élèves blancs parce que cela « ne correspondait pas » à l’orientation du gouvernement.

Selon ces universitaires, le financement scolaire profite de manière disproportionnée aux enfants de Londres tandis que l’argent pour l’éducation préscolaire et la garde d’enfants gratuites est également plus généreusement dépensé à Londres. Mais le financement est plus faible dans les comtés ruraux, les petites villes et les communautés côtières où la majorité des enfants sont blancs, affirment-ils.

Lee Elliot Major, professeur de mobilité sociale à l’université d’Exeter, a averti les députés que ces élèves souffriront le plus des effets de la pandémie et porteront une « cicatrice éducative et économique permanente ».

Malgré le poids des preuves montrant que ces élèves sont les laissés-pour-compte du système scolaire, les programmes visant à relever les normes les négligent souvent.

Des chercheurs de l’université de Plymouth ont cité un projet pilote de frais de scolarité soutenu par le gouvernement et destiné aux grandes villes ayant des populations diverses, ainsi que des règles de la bienfaisance subventionnée exigent un pourcentage de participants issus de minorités ethniques.

Ils affirment que de tels programmes excluent de fait les zones à prédominance blanche, comme les villes côtières défavorisées. Le Dr Alex Gibson, chercheur senior à Plymouth, a déclaré dimanche au Daily Mail que le manque d’aide pour les enfants blancs de la classe ouvrière pourrait s’expliquer, en partie, par « une volonté d’être insensible à l’origine ethnique ».

Le professeur Peter Edwards, responsable de la chimie inorganique à Oxford, a déclaré que la recherche ne laissait « aucun doute » sur le fait que les enfants blancs de la classe ouvrière, et les garçons en particulier, étaient abandonnés.

« Le sort des jeunes enfants blancs défavorisés est largement ignoré », a-t-il déclaré. C’est encore un sujet tabou dans de nombreux domaines où il doit être abordé.

Le choc économique de la crise de la Covid — et potentiellement du Brexit qui se dessine — entraîne un besoin urgent de nouvelles réflexions et de nouvelles actions ».

Il a ajouté que le mantra progressiste selon lequel le fait d’être blanc confère « un avantage ou un privilège inhérent » avait contribué à ce que les garçons britanniques blancs pauvres se retrouvent au bas de l’échelle de l’éducation.

Le professeur Edwards a mis en garde contre « de graves conséquences socio-économiques et sociopolitiques si cette large cohorte de jeunes au Royaume-Uni ne se voit pas offrir le type d’“actions positives” et les avantages évidents que d’autres groupes ont au nom de l’inclusion, de la diversité et de l’égalité ».

« Cela conduira à des perceptions troublantes et à un cercle vicieux », a-t-il déclaré. Je crois que c’est un point tout à fait critique ; non seulement pour utiliser l’énorme potentiel inexploité qu’il doit y avoir, mais aussi vis-à-vis de la menace réelle de déstabilisation du tissu même du pays ».

Le professeur Elliot Major a déclaré que les décideurs politiques devraient se concentrer sur des options d’éducation professionnelle au cursus privilégié par la « classe moyenne, enseignement supérieur » qui mène aux diplômes universitaires.

Les universitaires de Bristol ont déclaré que les 1 300 livres sterling (2200 dollars canadiens, 1430 euros) que les écoles reçoivent pour chaque enfant en repas scolaires gratuits pourraient être ajustées afin d’orienter davantage de fonds vers les élèves blancs les plus pauvres.

La Commission des Communes a lancé son enquête sur les « groupes laissés pour compte » plus tôt cette année, lorsque son président, Robert Halfon, a déclaré qu’il y avait une « tendance inquiétante à ce que les élèves blancs issus de milieux pauvres aient des résultats inférieurs à ceux de leurs camarades », ajoutant : « Il faut faire plus pour lutter contre cette injustice sociale très réelle. »

Lors des examens du CGSE de l’année dernière, la dénommée « note de progression » des élèves blancs avait chuté alors que celui de la plupart des autres ethnies s’était amélioré.

Le programme national de tutorat du gouvernement, d’une valeur de 380 millions d’euros, permettra de payer les frais de scolarité des élèves les plus défavorisés.

Sources : Daily Mail et Times


Le wokisme : des protestants puritains athées

Un grand entretien avec Joseph Bottum publié dans Le Figaro. Professeur à l’université du Dakota du Sud, Joseph Bottum est essayiste et spécialiste du phénomène religieux en politique. Dans son livre « An Anxious Age, the Post-Protestant Ethic and the Spirit of America », écrit il y a six ans, il explique qu’on ne peut comprendre la fureur idéologique qui s’est emparée de l’Amérique, si l'on ne s’intéresse pas à la centralité du fait religieux et à l’effondrement du protestantisme, « ce Mississippi » qui a arrosé et façonné si longtemps la culture américaine et ses mœurs. Bottum décrit la marque laissée par le protestantisme à travers l’émergence de ce qu’il appelle les « post-protestants », ces nouveaux puritains sans Dieu qui pratiquent la religion de la culture « woke » et de la justice sociale, et rejettent le projet américain dans son intégralité. Il voit à l’œuvre une entreprise de « destruction de la modernité » sur laquelle sont fondés les États-Unis. Son regard offre un éclairage saisissant sur les élections américaines, dont il craint qu’elles ne dégénèrent en guerre civile si Trump est réélu.

LE FIGARO. — Dans votre livre « An Anxious Age », vous revenez sur l’importance fondamentale du protestantisme pour comprendre les États-Unis et vous expliquez que son effondrement a été le fait sociologique central, mais sous-estimé, des 50 dernières années. Vous dites que ce déclin a débouché sur l’émergence d’un post-protestantisme qui est un nouveau puritanisme sans Dieu, qui explique la rage quasi religieuse qui s’exprime dans les rues du pays. De quoi s’agit-il ? 

Joseph BOTTUM. — Quand j’ai écrit mon livre, je suis retourné à Max Weber et à Alexis de Tocqueville, car tous deux avaient identifié l’importance fondamentale de l’anxiété spirituelle que nous éprouvons tous. Il me semble qu’à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, nous avons oublié la centralité de cette anxiété, de ces démons ou anges spirituels qui nous habitent. Ils nous gouvernent de manière profondément dangereuse. Norman Mailer a dit un jour que toute la sociologie américaine avait été un effort désespéré pour essayer de dire quelque chose sur l’Amérique que Tocqueville n’avait pas dit ! C’est vrai ! Tocqueville avait saisi l’importance du fait religieux et de la panoplie des Églises protestantes qui ont défini la nation américaine. Il a montré que malgré leur nombre innombrable et leurs querelles, elles étaient parvenues à s’unir pour être ce qu’il appelait joliment « le courant central  des manières et de la morale ». Quelles que soient les empoignades entre anglicans épiscopaliens et congrégationalistes, entre congrégationalistes et presbytériens, entre presbytériens et baptistes, les protestants se sont combinés pour donner une forme à nos vies : celle des mariages, des baptêmes et des funérailles ; des familles, et même de la politique, en cela même que le protestantisme ne cesse d’affirmer qu’il y a quelque chose de plus important que la politique. Ce modèle a perduré jusqu’au milieu des années 1960.

— Qu’est-ce qui a précipité le déclin du protestantisme ? La libération des mœurs des années 1960, l’émergence de la théologie de la justice sociale ? 


— Pour moi, c’est avant tout le mouvement de l’Évangile social qui a gagné les Églises protestantes, qui est à la racine de l’effondrement. Dans mon livre, je consacre deux chapitres à Walter Rauschenbusch (ci-contre), la figure clé. Mais il faut comprendre que le déclin des Églises européennes a aussi joué. L’une des sources d’autorité des Églises américaines venait de l’influence de théologiens européens éminents comme Wolfhart Pannenberg ou l’ancien premier ministre néerlandais Abraham Kuyper, esprit d’une grande profondeur qui venait souvent à Princeton donner des conférences devant des milliers de participants ! Mais ils n’ont pas été remplacés. Le résultat de tout cela, c’est que l’Église protestante américaine a connu un déclin catastrophique. En 1965, 50 % des Américains appartenaient à l’une des 8 Églises protestantes dominantes. Aujourd’hui, ce chiffre s’établit à 4 % ! Cet effondrement est le changement sociologique le plus fondamental des 50 dernières années, mais personne n’en parle. Une partie de ces protestants ont migré vers les Églises chrétiennes évangéliques, qui dans les années 1970, sous Jimmy Carter, ont émergé comme force politique. On a vu également un nombre surprenant de conversions au catholicisme, surtout chez les intellectuels. Mais la majorité est devenue ce que j’appelle dans mon livre des « post-protestants », ce qui nous amène au décryptage des événements d’aujourd’hui. Ces post-protestants se sont approprié une série de thèmes empruntés à l’Évangile social de Walter Rauschenbusch. Quand vous reprenez les péchés sociaux qu’il faut selon lui rejeter pour accéder à une forme de rédemption — l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe… vous retrouvez exactement les thèmes que brandissent les gens qui mettent aujourd’hui le feu à Portland et d’autres villes. Ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu ! Quand je dis à mes étudiants qu’ils sont les héritiers de leurs grands-parents protestants, ils sont offensés. Mais ils ont exactement la même approche moralisatrice et le même sens exacerbé de leur importance, la même condescendance et le même sentiment de supériorité exaspérant et ridicule, que les protestants exprimaient notamment vis-à-vis des catholiques.

— La génération « woke » est une nouvelle version du puritanisme ? 

— Absolument ! Mais ils ne le savent pas. En fait, l’état de l’Amérique a été toujours lié à l’état de la religion protestante. Les catholiques se sont fait une place, mais le protestantisme a été le Mississippi qui a arrosé le pays. Et c’est toujours le cas ! C’est juste que nous avons maintenant une Église du Christ sans le Christ. Cela veut dire qu’il n’y a pas de pardon possible. Dans la religion chrétienne, le péché originel est l’idée que vous êtes né coupable, que l’humanité hérite d’une tache qui corrompt nos désirs et nos actions. Mais le Christ paie les dettes du péché originel, nous en libérant. Si vous enlevez le Christ du tableau en revanche, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. Bien sûr, les jeunes radicaux n’utilisent pas le mot « péché originel ». Mais ils utilisent exactement les termes qui s’y appliquent. Ils parlent d’« une tache reçue en héritage » qui « infecte votre esprit ». C’est une idée très dangereuse, que les Églises canalisaient autrefois. Mais aujourd’hui que cette idée s’est échappée de l’Église, elle a gagné la rue et vous avez des meutes de post-protestants qui parcourent Washington DC, en s’en prenant à des gens dans des restaurants pour exiger d’eux qu’ils lèvent le poing. Leur conviction que l’Amérique est intrinsèquement corrompue par l’esclavage et n’a réalisé que le Mal, n’est pas enracinée dans des faits que l’on pourrait discuter, elle relève de la croyance religieuse. On exclut ceux qui ne se soumettent pas. On dérive vers une vision apocalyptique du monde qui n’est plus équilibrée par rien d’autre. Cela peut donner la pire forme d’environnementalisme, par exemple, parce que toutes les autres dimensions sont disqualifiées au nom de « la fin du monde ». C’est l’idée chrétienne de l’apocalypse, mais dégagée du christianisme. Il y a des douzaines d’exemples de religiosité visibles dans le comportement des protestataires : ils s’allongent par terre face au sol et gémissent, comme des prêtres que l’on consacre dans l’Église catholique. Ils ont organisé une cérémonie à Portland durant laquelle ils ont lavé les pieds de personnes noires pour montrer leur repentir pour la culpabilité blanche. Ils s’agenouillent. Tout cela sans savoir que c’est religieux ! C’est religieux parce que l’humanité est religieuse. Il y a une faim spirituelle à l’intérieur de nous, qui se manifeste de différentes manières, y compris la violence ! Ces gens veulent un monde qui ait un sens, et ils ne l’ont pas.

 


 

— Les post-protestants peuvent-ils être comparés aux nihilistes russes qui cherchaient aussi un sens dans la lutte révolutionnaire et le marxisme ? 

— Oui et non. Le marxisme est une religion par analogie. Certes, il porte cette idée d’une nouvelle naissance. Certaines personnes voulaient des certitudes et ne les trouvant plus dans leurs Églises, ils sont allés vers le marxisme. Mais en Amérique, c’est différent, car tout est centré sur le protestantisme. Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, avec génie et insolence, prend Marx et le met cul par-dessus tête. Marx avait dit que le protestantisme avait émergé à la faveur de changements économiques. Weber dit l’inverse. Ce n’est pas l’économie qui a transformé la religion, c’est la religion qui a transformé l’économie. Le protestantisme nous a donné le capitalisme, pas l’inverse ! Parce que les puritains devaient épargner de l’argent pour assurer leur salut. Le ressort principal n’était pas l’économie, mais la faim spirituelle, ce sentiment beaucoup plus profond, selon Weber. Une faim spirituelle a mené les gens vers le marxisme, et c’est la même faim spirituelle qui fait qu’ils sont dans les rues d’Amérique aujourd’hui.

  

Incident à Middlebury College (Vermont) en 2017 lors de la venue de Charles Murray. Credo, psalmodies, slogans, rites, danses et rejet du rationalisme.

 — Trump se présente comme le protecteur du projet américain, ses adversaires le diabolisent… Comment jugez-vous la tournure religieuse prise par la campagne ? 

— Je n’ai pas voté pour Trump. Bien que conservateur, je fais partie des « Never Trumpers ». Mais je vois potentiellement une guerre civile à feu doux éclater si Trump gagne cette élection ! Car les parties sont polarisées sur le plan spirituel. Si Trump gagne, pour les gens qui sont dans la rue, ce ne sera pas le triomphe des républicains, mais celui du mal. Rauschenbusch, dans son Évangile, dit que nous devons accomplir la rédemption de notre personnalité. Ces gens-là veulent être sûrs d’être de « bonnes personnes ». Ils savent qu’ils sont de bonnes personnes s’ils sont opposés au racisme. Ils pensent être de bonnes personnes parce qu’ils sont opposés à la destruction de l’environnement. Ils veulent avoir la bonne « attitude », c’est la raison pour laquelle ceux qui n’ont pas la bonne attitude sont expulsés de leurs universités ou de leur travail pour des raisons dérisoires. Avant, on était exclu de l’Église, aujourd’hui, on est exclu de la vie publique… C’est pour cela que les gens qui soutiennent Trump, sont vus comme des « déplorables », comme disait Hillary Clinton, c’est-à-dire des gens qui ne peuvent être rachetés. Ils ont leur bible et leur fusil et ne suivent pas les commandements de la justice sociale.

— Trump a-t-il gagné en 2016 parce qu’il s’est dressé contre ce nouveau catéchisme ? 

— Avant même que Trump ne surgisse, avec Sarah Palin, et même sous Reagan, on a vu émerger à droite le sentiment que tout ce que faisaient les républicains pour l’Amérique traditionnelle, c’était ralentir sa disparition. Il y avait une immense exaspération, car toute cette Amérique avait le sentiment que son mode de vie était fondamentalement menacé par les démocrates. Reagan est arrivé et a dit : « Je vais m’y opposer ». Et voilà que Trump arrive et dit à son tour qu’il va dire non à tout ça. Je déteste le fait que Trump occupe cet espace, parce qu’il est vulgaire et insupportable. Mais il est vrai que tous ceux qui s’étaient sentis marginalisés ont voté pour Trump parce qu’il s’est mis en travers de la route. C’est d’ailleurs ce que leur dit Trump : « Ils n’en ont pas après moi, mais après vous. » [Autre version : « Ce n’est pas moi qu’ils visent, c’est vous ; je suis juste dans le chemin. »] Il faut comprendre que l’idéologie « woke » de la justice sociale a pénétré les institutions américaines à un point incroyable. Je n’imagine pas qu’un professeur ayant une chaire à la Sorbonne soit forcé d’assister à des classes obligatoires organisées pour le corps professoral sur leur « culpabilité blanche », et enseignées par des gens qui viennent à peine de finir le collège. Mais c’est la réalité des universités américaines. Un sondage récent a montré que la majorité des professeurs d’université ne disent rien. Ils abandonnent plutôt toute mention de tout sujet controversé. Pourtant, des études ont montré que la foule des vigies de Twitter qui obtient la tête des professeurs excommuniés, remplirait à peine la moitié d’un terrain de football universitaire ! Il y a un manque de courage.

Quand je dis à mes étudiants qu’ils sont les héritiers de leurs grands-parents protestants, ils sont offensés. Mais ils ont exactement la même approche moralisatrice et le même sens exacerbé de leur importance.
— Vous dites qu’à cause de la disparition des Églises, il n’y a plus de valeurs partagées et donc plus de but commun. Cela explique-t-il la remise en cause du projet américain lui-même ? 
 
— La France a fait beaucoup de choses bonnes et glorieuses pour faire avancer la civilisation, mais elle a fait du mal. Si l'on croit au projet historique français, on peut démêler le bien du mal. Mais mes étudiants, et tous ces post-protestants dont je vous parle, sont absolument convaincus que tous les gens qui ont précédé étaient stupides et sans doute maléfiques. Ils ne croient plus au projet historique américain. Ils sont contre les « affinités électives » qui, selon Weber, nous ont donné la modernité : la science, le capitalisme, l’État-nation. Si la théorie de la physique de Newton, Principia, est un manuel de viol, comme l’a dit une universitaire féministe, si sa physique est l’invention d’un moyen de violer le monde, cela veut dire que la science est mauvaise. Si vous êtes soupçonneux de la science, du capitalisme, du protestantisme, si vous rejetez tous les moteurs de la modernité la seule chose qui reste, ce sont les péchés qui nous ont menés là où nous sommes. Pour sûr, nous en avons commis. Mais si on ne voit pas que ça, il n’y a plus d’échappatoire, plus de projet. Ce qui passe aujourd’hui est différent de 1968 en France, quand la remise en cause a finalement été absorbée dans quelque chose de plus large. Le mouvement actuel ne peut être absorbé, car il vise à défaire les États-Unis dans ses fondements : l’État-nation, le capitalisme et la religion protestante. Mais comme les États-Unis n’ont pas d’histoire prémoderne, nous ne pouvons absorber un mouvement vraiment antimoderne.

Le chaos des rues américaines traduit une faim spirituelle ; les gens cherchent pas un sens, mais ils n’en ont pas.
 — Comment sort-on de cette impasse ? 
 
— Je n’en sais rien. Il y a une phrase de Heidegger qui dit que « seulement un Dieu pourrait nous sauver » ! On a le sentiment qu’on est aux prémices d’une apocalypse, d’une guerre civile, d’une grande destruction de la modernité. Est-ce à cause de la trahison des clercs ? Pour moi, l’incapacité des vieux libéraux à faire rempart contre les jeunes radicaux, est aujourd’hui le grand danger. Quand j’ai vu que de jeunes journalistes du New York Times avaient menacé de partir, parce qu’un responsable éditorial avait publié une tribune d’un sénateur américain qui leur déplaisait, j’ai été stupéfait. Je suis assez vieux pour savoir que dans le passé, la direction aurait immédiatement dit à ces jeunes journalistes de prendre la porte s’ils n’étaient pas contents. Mais ce qui s’est passé, c’est que le rédacteur en chef a été limogé.


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jeudi 24 septembre 2020

Immigration et islamisme — le ministre de l'éducation français songe à pouvoir fermer administrativement les écoles libres

Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école, évoque le volet scolaire du futur projet de loi de lutte contre le séparatisme. Le ministre de l’Éducation en France songe à pouvoir fermer les écoles libres par simple décision administrative, sans devoir passer par un juge. Une fois de plus, on remarque que le grand et joyeux vivre-ensemble dans nos chatoyantes sociétés enrichies par des vagues d'immigrations bigarrées aboutissent à considérer de nouvelles mesures coercitives pour assurer la cohésion sociale mise à mal et menacée de séparatisme.

« Alors que se dessinent, en coulisses, les contours du projet de loi sur le séparatisme, L’Express révélait en exclusivité, cette semaine, les mesures en discussion au sein du ministère de l’Éducation nationale. Le gouvernement pourrait, à l’avenir, exiger des écoles privées hors contrat qu’elles déclarent chaque année l’origine de leurs fonds, en distinguant clairement les ressources en provenance de l’étranger. Autre piste à l’étude : la possibilité de fermer administrativement une école privée hors contrat en cas de suspicion d’irrégularité. Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école, qui a pour vocation de conseiller et de soutenir les établissements privés hors contrat, réagit à ces annonces.

Le gouvernement envisagerait d’obliger les écoles privées hors contrat à déclarer l’origine de leurs fonds chaque année. Est-ce une bonne idée selon vous ?

La loi impose déjà aux établissements libres de donner, dans leur dossier de déclaration d’ouverture, “un état prévisionnel qui précise l’origine, la nature et le montant des principales ressources dont disposera l’établissement pour les trois premières années de son fonctionnement”. Ce que le gouvernement cherche à préciser, dans le projet de loi sur le séparatisme, ce sont les fonds d’origine étrangère, qui le préoccupent en particulier dans le cas de certaines écoles musulmanes. L’adage “qui paie commande” n’a rien perdu de son actualité, et il redoute l’influence de l’Arabie saoudite et de la Turquie. C’est sans doute cette dernière qui mérite le plus d’attention de la part du gouvernement, parce qu’elle dispose d’un réseau d’écoles important. Mais il sera difficile d’améliorer le dispositif légal existant : dès lors qu’un État, ou qu’un acteur lucratif ou non lucratif étranger, passe par une structure-écran qui a son siège en France, l’origine des fonds devient difficile à tracer. La rédaction de la disposition juridique devra donc être très soignée pour que le changement législatif soit opérationnel. Surtout, il faut que ce changement se concrétise sur le terrain par des contrôles accrus.

L’autre mesure, qui rendrait possible la fermeture administrative d’une école privée hors contrat, ne risque-t-elle pas d’aller à l’encontre du principe intangible de la liberté d’enseignement ?

Quand le ministre de l’Éducation nationale a souhaité faire fermer l’école Al Badr de Toulouse, il a dû multiplier les procédures laborieuses sans arriver tout à fait à ce qu’il voulait. Il a tiré de cette expérience la volonté d’accroître les pouvoirs de l’État en la matière. Pour autant, rendre possible une fermeture administrative n’est pas selon moi une bonne idée. La loi permet aujourd’hui à l’administration de vider une école de ses élèves, en mettant en demeure les parents d’inscrire leurs enfants ailleurs quand l’État juge que l’école n’est pas en règle. La procédure est simple, et la mesure redoutablement efficace. En pratique, une telle mesure, quand elle est appliquée, revient à fermer une école. Pour des libertés aussi importantes que les libertés d’enseignement, d’entreprise et d’association — qui sont ici concernées au premier chef —, il me semble nécessaire, dans un État de droit, de bénéficier de la garantie d’une intervention du juge et de voies de recours administratives et contentieuses. Cette idée de fermeture administrative n’est pas plus convaincante aujourd’hui que ne l’était hier le projet de la Ministre Najat Vallaud-Belkacem de transformer le régime de déclaration en vigueur pour ouvrir une école en régime d’autorisation préalable. Le juge constitutionnel s’y était opposé. Il me semble que ce dernier ne pourra que censurer aujourd’hui une loi qui tenterait d’instaurer des fermetures administratives sans la garantie de l’intervention d’un juge. Nous sommes dans un État de droit.

Quelles autres mesures préconisez-vous pour mieux lutter contre le séparatisme à l’école ?

Le 14 octobre prochain, la Fondation Kairos pour l’innovation éducative, abritée par l’Institut de France, organise un colloque sur le séparatisme, intitulé “Une école ambitieuse, meilleur antidote au séparatisme ?” Ce sera l’occasion de faire le bilan de la situation et de proposer des mesures ambitieuses pour lutter contre le séparatisme. Notre intuition fondamentale est que c’est la montée de l’insignifiance dans notre système éducatif commun qui a conduit à la situation actuelle. Il est certain que l’effort de lutte contre le séparatisme en matière éducative doit porter aussi sur les structures périscolaires ou les écoles qui sont aujourd’hui sous contrat d’association avec l’État, alors même qu’elles sont identifiées comme étant directement rattachées à des mouvances problématiques. Concentrer la lutte contre le séparatisme sur les écoles hors contrat serait une manière hypocrite de traiter le problème auquel notre Nation doit faire face, alors que l’État dispose déjà des moyens juridiques approfondis pour contrôler ces écoles, récemment durcis par la loi Gatel d’avril 2018. Il serait sans doute judicieux qu’il associe plus le ministère de l’Intérieur à ses inspections et qu’il forme et délègue des inspecteurs particulièrement formés aux enjeux de séparatisme. En soi, la liberté d’enseignement n’est certainement pas une menace pour le “pacte républicain”, pour reprendre les mots du Président de la République. Elle contribue aujourd’hui de manière intéressante à l’égalité des chances dans notre République, en permettant aux enfants de plus en nombreux qui ne trouvent pas leur place dans l’école publique de trouver malgré tout la voie de la réussite. Elle constitue un précieux aiguillon pour notre école publique, qui doit oser aussi se remettre en cause et se réformer. »


Source


mercredi 23 septembre 2020

La CAQ pour l'agrandissement du cégep anglophone Dawson et de l'université anglophone McGill à Montréal

La CAQ vient de publier sa liste de projets « priorisés » dans le cadre du nouveau projet de loi 61 « Loi concernant l’accélération de certains projets d’infrastructure ». L’agrandissement de Dawson College (au moins 50 M$) ET l’agrandissement de McGill sur le site du Royal Victoria (au moins 700 M$) y sont inscrits.

L'agrandissement du vétuste hôpital Maisonneuve-Rosemont n'est pas priorisé par le projet de loi 61. Cet hôpital est situé dans l'est de Montréal et dessert une clientèle principalement francophone.

Certains pensaient que la CAQ était un parti de droite et nationaliste, berné sans doute par un projet de laïcité timide et sans véritable effet positif. (Le problème est démographique, la laïcité en France nettement moins timide n’empêche pas les problèmes de coexistence en France.) Espérons que les nationalistes qui avaient des yeux de Chimène pour la CAQ seront enfin désabusés.


Montréal l’anglicisante : le collège Dawson (Montréal) accueille des élèves et enseignants du gymnase Rotteck à Fribourg en Allemagne en anglais.


Le gouvernement « nationaliste » de François Legault mise donc sur l’anglicisation du système collégial à Montréal. Pourtant, le gouvernement de M. Legault connaît la réalité inquiétant des chiffres linguistiques à Montréal. L’aile affairiste et fédéraliste (qui a payé les dettes de l’ADQ, environ 800 K$ ?) triomphe. L’aile profrancisation devant se contenter de 50 employés supplémentaires pour l’Office de la langue française.


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La « westislandisation » pour les nuls : entretien avec Frédéric Lacroix 

Québec va financer l’agrandissement du Collège [fin lycée] anglophone Dawson, à Montréal 

« À Montréal, l’anglais a déclassé le français comme langue des études postsecondaires »

 Aller au cégep anglais pour apprendre l’anglais ? Vraiment ?  

Les enfants de la loi 101, l’école en français : une immersion forcée, ensuite ruée vers l’anglais

 


Pro renovatione occidentis

Immigration de masse, déclin des valeurs, théorie du genre, radicalisation, sociétés parallèles, cartels politiques, polarisation sociale, crise de la dette — où que l’on regarde, l’Europe semble se désintégrer devant nos yeux : l’universalisme politiquement correct nous a menés au bord du gouffre. Il est grand temps pour un retour à ces valeurs qui, jadis, furent à la racine de la grandeur de l’Occident, si nous voulons éviter les pires scénarios.

Ceci ne sera possible que grâce à un renouveau fondamental de l’Europe sur base d’une idéologie politique que nous voudrions appeler « hespérialisme » : d’un côté, nous avons besoin d’une Europe assez forte pour protéger l’État-nation individuel contre la montée de la Chine, l’explosion démographique de l’Afrique, les relations difficiles avec la Russie et la radicalisation du Proche Orient. Mais d’un autre côté, une telle Europe ne sera acceptée par le citoyen que si elle reste fidèle aux traditions historiques de l’Occident au lieu de les combattre au nom d’un universalisme multiculturel chimérique.

Défense de la famille naturelle, régulation sévère de l’immigration, retour à la Loi Naturelle, protection d’un modèle économique socialement responsable, implémentation radicale du principe de subsidiarité, renforcement des racines culturelles de notre identité et renouveau de notre sens de la beauté - voici, en quelques mots, les bases d’une nouvelle Europe « hespérialiste ».

« En lisant Engels, il m’est venu cette idée bizarre, et même incongrue, que Nietzsche, s’il vivait aujourd’hui, serait peut-être le premier à souhaiter un renouveau du catholicisme. Alors qu’il a combattu avec acharnement le christianisme comme “religion des faibles”, il se rendrait compte, aujourd’hui, que toute la force de l’Europe résidait dans cette “religion des faibles” ; et que, sans elle, l’Europe est condamnée… »

MICHEL HOUELLEBECQ

Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l’Europe
sous la direction de David Engels,
et les contributions de Chantal Delsol, David Engels, Alvino-Mario Fantini, Birgit Kelle, Zdzisław Krasnodębski, András Lánczi, Max Otte, Jonathan Price et Justyna Schulz,
paru aux éditions du Cerf,
à Paris,
le 16 juillet 2020,
232 pages,
ISBN-13 : 978-2204140355



David Engels : « Le déclin de l’Occident n’est pas un accident de parcours »

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN —Inquiet de voir la civilisation européenne dépérir, l’historien David Engels livre ses réflexions et conseils personnels dans Que faire ? Vivre avec le déclin de l’Europe, un guide de survie à l’usage des amoureux de l’Occident.

David Engels est historien et professeur à l’Institut Zachodni en Pologne et à l’Université libre de Bruxelles. Il est l’auteur de plusieurs livres dont Le Déclin. La crise de l’Union européenne et la chute de la République romaine (Éditions du Toucan, 2013) et Que Faire ? Vivre avec le déclin de l’Europe (Blue Tiger Media, 2019).

FIGAROVOX. — Votre livre Que Faire ? Vivre avec le déclin de l’Europe [paru en 2019] relève plus du témoignage personnel que de l’essai politique. Pourquoi avez-vous voulu partager ces réflexions intimes ?

David ENGELS. — La situation est grave : ce n’est pas seulement un modèle politique, économique ou social qui est graduellement en train de disparaître, mais l’entièreté de ce qui fut, pendant mille ans, « l’Occident ». Cette évolution est tout sauf un fait divers dont il suffirait de prendre bonne note avant de continuer comme si de rien n’était : le déclin massif de l’Europe en tant que civilisation est une véritable tragédie historique qui nous concerne tous, non seulement en tant que collectif, mais aussi en tant qu’individus. Personnellement, je souffre énormément de la fin annoncée de la civilisation occidentale que j’aime de tout mon cœur, et je sais que je suis loin d’être le seul dans ce cas, bien que beaucoup de contemporains ne se rendent pas encore tout à fait compte de la nature gravissime de cette évolution ou n’osent pas en tirer les conséquences qui s’imposent. C’est pour eux que j’ai écrit ce livre, afin de partager avec eux mes réflexions pour savoir comment nous, amoureux de l’Occident, de son histoire, de son patrimoine et de ses traditions, pouvons faire pour rester fidèle, dans un monde post-européen, à nos convictions intimes, et pour les léguer à nos descendants.

— Vous rappelez l’analogie entre le déclin actuel du monde occidental et le déclin du monde gréco-romain que vous aviez étudié dans l’un de vos livres précédents. En quoi la comparaison tient-elle ?

— L’honnêteté avec elle-même doit être la vertu suprême pour toute civilisation qui se respecte. En effet : le déclin de l’Occident, comme l’ont montré de nombreux historiens comme Oswald Spengler ou Arnold Toynbee, n’est pas un accident de parcours : il est inscrit dans la logique de l’Histoire elle-même qui a déjà connu la montée et le déclin de nombreuses autres civilisations. Dans mon livre Le Déclin, d’ailleurs tout juste sorti en édition de poche avec une nouvelle préface il y a quelques semaines, j’ai tenté de montrer à quel point la crise actuelle de l’Europe rappelait celle de la République romaine du premier siècle, quand, atteinte par une crise politique, économique, démographique, ethnique et sociale sans précédent, elle fut déchirée par des émeutes endémiques se muant en véritables guerres civiles avant de basculer vers un État autoritaire stabilisant, certes, la crise, mais au prix d’une réduction drastique de la liberté politique et d’une certaine stagnation culturelle. Je suis convaincu que cette évolution nous attend également durant les deux prochaines décennies et ne peux qu’appeler mes lecteurs à se préparer à ces événements.

— Vous pointez du doigt le fait que peu de gens osent vraiment évoquer un « déclin ». Mais ne craignez-vous pas qu’en parler puisse avoir un effet performatif ?

— C’est comme en médecine : aimeriez-vous être soigné par un médecin qui traitera votre cancer comme un rhume, de peur de l’impact psychosomatique de vous faire part de la véritable situation ? Ainsi, je crois surtout que l’honnêteté avec elle-même doit être la vertu suprême pour toute civilisation qui se respecte. Taire volontairement la réalité des processus culturels qui se déroulent actuellement — que ce soit l’immigration de masse, le vieillissement de la population, l’islamisation, l’intelligence artificielle, la dissolution des États Nations, l’auto-destruction du système scolaire et universitaire, l’immense retard de l’Europe sur la Chine, la transformation de la démocratie en technocratie — revient, à mon avis, à un acte de haute trahison avec des conséquences durables. Car quand la vérité — c’est-à-dire la nature de plus en plus irréversible du processus — éclatera au grand jour, même les derniers restes de confiance en notre système politique se trouveront fracassés, tout comme la solidarité sociale entre les différents groupes sociaux et culturels qui composent notre société. Ce n’est qu’en analysant sincèrement et froidement la situation actuelle que nous pouvons déterminer les marges de manœuvre (de plus en plus réduites) qui nous restent et tenter d’envisager les réformes nécessaires pour sauver et stabiliser ce qui persiste de notre civilisation, comme l’a d’ailleurs très bien remarqué Michel Houellebecq quand il a écrit son appréciation de mon livre pour la quatrième de couverture.

— Ce déclin civilisationnel semble plus vous inquiéter que les discours qui nous alarment quant à l’urgence climatique…

— L’Occident ne pourra stabiliser son déclin actuel que s’il renoue à la fois avec ses racines et reste solidaire et uni. Au contraire : bien que je reste sceptique concernant la prétendue urgence climatique et encore plus de l’impact de l’humain dans le cadre de cette théorie, l’exploitation outrancière de nos ressources naturelles et la spoliation de la diversité et de la beauté de la nature à tous les niveaux font partie intégrale de notre déclin civilisationnel, comme ce fut d’ailleurs le cas vers la fin de la République romaine. C’est aussi pourquoi je suis convaincu qu’il est essentiel de ne pas s’attaquer à des symptômes, mais aux véritables causes : ce n’est pas seulement en diminuant le CO2 ou d’autres matières problématiques, mais en travaillant sur l’idéologie matérialiste, consumériste, égoïste du monde moderne que nous pouvons espérer trouver un nouvel équilibre avec la nature — tout en sachant que le véritable danger pour notre environnement ne vient plus de l’Europe qui a déjà fait des immenses progrès, mais plutôt de l’Asie… D’ailleurs, dans ce contexte, je m’étonne toujours du double langage de nombreux écologistes : alors que, sur le plan écologiste, ils préfèrent défendre un « conservatisme » de plus en plus radical, sur le plan culturel, ils défendent un constructivisme extrême : on dirait que, pour beaucoup d’entre eux, la disparition d’une espèce de grenouille est plus importante que celle de la civilisation européenne… C’est aussi pour sensibiliser l’opinion publique sur la richesse de notre culture et le risque de la voir diluée ou disparaître définitivement que j’ai écrit ce livre.

— Le Brexit serait-il le premier signe concret du délitement de l’Europe que vous redoutez ?

— Entre nous, j’avoue n’être toujours pas convaincu que le Brexit aura véritablement lieu, bien que la nomination de Boris Johnson puisse faire changer la situation. Mais il ne faut pas confondre « Europe » et « Union européenne » : pendant des siècles, l’Occident a été politiquement et culturellement plus uni que maintenant. Une disparition ou transformation de l’Union européenne en tant que telle ne signifierait donc nullement un délitement de l’Europe en tant que civilisation. Ce délitement vient surtout de l’intérieur, non de l’extérieur. La destruction de la famille traditionnelle, le relativisme culturel, le masochisme historique, la pensée politiquement correcte, la tendance à censurer tout avis déplaisant, le remplacement de communautés homogènes et donc solidaires par une juxtaposition de groupements cherchant uniquement leur propre profit, la polarisation sociale, le cynisme avec lequel toute notion de vérité absolue est remplacée par des « compromis » négociés — voilà les véritables raisons du délitement de l’Europe. Les événements politiques que nous voyons aujourd’hui — la transformation de l’Union européenne en le défenseur principal de ce que je viens d’énumérer ainsi que la volonté non seulement des Britanniques, mais aussi des « populistes » partout en Europe, de sacrifier l’unité européenne afin de protéger, au moins, leur propre identité — n’en sont que les conséquences déplorables. Car la véritable réponse vient d’ailleurs : l’Occident ne pourra stabiliser son déclin actuel que s’il renoue à la fois avec ses racines et reste solidaire et uni. Malheureusement, ce message ne sera entendu que quand il sera trop tard.

— Vous dites ne pas vouloir vous laisser aller au catastrophisme. Pour autant vous n’êtes pas ce que l’on pourrait appeler un optimiste…

— Si nous voulons conserver notre identité à travers les crises, il faut commencer par la renforcer et la défendre au quotidien. En premier lieu, je me considère comme historien et ne peux éviter le constat que toutes les grandes civilisations humaines connaissent des cycles historiques plus ou moins analogues. Pourquoi l’Occident serait-il une exception à cette règle millénaire ? Puis, je crois être un observateur assez sensible des processus qui affectent actuellement notre société : il suffit de se promener à travers les banlieues de Paris, de Londres ou de Bruxelles ; de voyager à travers les campagnes de plus en plus désertes ; de voir de ses propres yeux le niveau d’éducation des écoles et universités ; d’étudier l’évolution des taux d’intérêt ; de discuter avec les administrateurs politiques nationaux et européens de plus en plus déconnectés des réalités ; de sentir le désarroi et le désamour de plus en plus d’Européens pour leur système politique, pour voir que l’Occident est en train de se transformer radicalement, et pas pour un mieux. L’éclatement de la grande crise que nous attendons tous pourra peut-être, être encore repoussé, à grands frais, de quelques mois ou années. Mais une fois que les caisses seront vides et que la sécurité sociale s’écroulera, nous verrons que les « gilets jaunes » n’auront été que le prélude à des conflits nettement plus violents. L’Europe qui en émergera n’aura plus grand-chose à faire avec celle dont nous connaissons actuellement les derniers soubresauts. Si nous voulons commencer à conserver du moins quelques restes de ce qui nous tient à cœur de cette civilisation déclinante, le moment, c’est maintenant…

— Finalement, ce petit livre peut se lire comme un guide de survie à usage individuel (vous y tenez). N’y a-t-il vraiment plus de moyens d’action collective pour contrer un déclin qui, à vous lire, semble inéluctable ?

— Si, absolument ! D’ailleurs, j’insiste plusieurs fois sur le fait que ce petit guide ne remplace nullement l’activité politique et collective ; tout au contraire : « vita activa » et « vita contemplativa » doivent se compléter pour former une société véritablement stable. Mais il faut bien se rendre compte que l’Europe va très mal et que même dans le meilleur des cas, elle se retrouvera radicalement changée par rapport à l’Europe dans laquelle la plupart d’entre nous avons été socialisés. Si nous voulons vraiment conserver notre identité à travers les crises qui nous attendent, il est grand temps de ne pas renvoyer la responsabilité vers un monde politique largement indifférent, voire hostile à la véritable culture européenne — et qu’il ne sera pas facile de déboulonner du jour au lendemain —, mais de commencer par défendre et renforcer notre propre identité au quotidien. En effet, nous constatons de plus en plus la force interne de ces « sociétés parallèles » qui dominent désormais nos métropoles : si nous n’œuvrons pas rapidement à raffermir notre propre identité, nous n’aurons bientôt même plus droit à notre propre « société parallèle »… Désormais, le temps où nous pouvions compter sur la stabilité à la fois de notre système politique et culturel est révolu ; si nous voulons protéger notre héritage, la lutte doit désormais être double : d’un côté, nous devons transformer chaque individu, chaque famille, chaque groupe d’amis en une petite forteresse aux valeurs et identités soudées ; d’un autre côté, nous devons développer une nouvelle idéologie politique alliant conservatisme culturel et lutte pour une Europe unie (non nécessairement identique à l’Union européenne). C’est d’ailleurs le sujet de mon dernier livre Renovatio Europae, paru il y a quelques semaines en version allemande et, durant les prochains mois, en traduction française, anglaise, polonaise, italienne et espagnole, et qui fait diptyque avec Que faire ?


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