La langue française est-elle menacée par la
toute-puissance de l’anglais ? C’est la théorie
soutenue par Jean-Paul Nassaux, historien et
politologue, dans la revue française Les Cahiers de
psychologie politique. Cet article intitulé « Le recul
de la francophonie », engagé mais abondamment
sourcé, s’est intéressé à la situation de la langue
de Molière dans les instances européennes, dans
le monde académique mais aussi, en particulier, à
Bruxelles.
Cet auteur, qui collabore par ailleurs avec le
Crisp (Centre de recherche et d’information socio-politiques), plaide pour « un rééquilibrage linguistique où de grandes langues intermédiaires,
dont le français, ne sont pas écrasées ».
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| S’exprimer en français à Bruxelles deviendra-t-il « de plus en plus comme parler wallon », ainsi que l’a prophétisé le philosophe Philippe Van Parijs ? |
M. Nassaux juge incertain l’avenir de la langue
française. « Il peut prendre la forme d’un basculement vers une position de simple langue vernaculaire ou se présenter sous un jour plus favorable avec
la préservation d’un statut de langue mondiale. »
S’exprimer en français deviendra-t-il « de plus en
plus comme parler wallon », ainsi que l’a prophétisé
le philosophe Philippe Van Parijs ?
« Organismes rebaptisés en anglais »
Sur le cas de notre capitale, le politologue estime qu’« on assiste à une forme de renoncement
francophone », citant l’influence des milieux économiques, naturellement convertis à l’anglais,
mais aussi des politiques.
« On peut situer un tournant politique lors du
changement de ministre -Président à la Région de
Bruxelles-Capitale, Rudi Vervoort, socialiste, succédant à un autre socialiste, Charles Picqué
(mai 2013), souligne Jean-Paul Nassaux. Le gouvernement régional a rebaptisé une série d’organismes publics d’un nom anglais, aux dépens de leur
double appellation française et néerlandaise. La Société de développement régional de Bruxelles (SDRB) est ainsi devenue Citydev. brussels ; l’Agence bruxelloise pour l’entreprise (ABE), Impulse. brussels ; le
Port de Bruxelles, Port of Brussels ; talent. brussels,
perspective. brussels, etc. »
Le cabinet Vervoort précise que ce choix témoigne
« d’un souci de simplification
et de compréhension pour
les citoyens ». « SDRB ou
GOMB, c’est moins compréhensible que Citydev. » L’argument peut s’entendre. [Bof, il suffit de donner des noms plus courts et plus parlants en français à la place de sigles abscons.]
Jean-Paul Nassaux
pointe par ailleurs les différences idéologiques entre les communautés, jugeant que « la Flandre, très
majoritairement à droite, entend s’engager résolument dans les modifications structurelles prescrites
par le néolibéralisme alors que la Wallonie, plus
marquée à gauche, oppose une certaine résistance à
une telle évolution ». De cette différence de visions
découleraient bien des conséquences puisque « la
propagation du néolibéralisme s’accompagne d’une
expansion de l’anglais qui expulse progressivement
les autres langues de diverses sphères de la vie sociale ».
Ce politologue et historien relève encore que,
depuis 2000, un « nouveau mouvement bruxellois » s’est développé en mettant l’accent sur le multilinguisme, plutôt que le bilinguisme.
Or, selon M. Nassaux, « l’insistance répétée à mettre l’accent sur la multiculturalité bruxelloise peut
être comprise comme une façon de minimiser le caractère francophone de Bruxelles ».
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Féliciter les Congolais (nombreux à Bruxelles) en anglais alors que leur langue nationale officielle est le français… Pascal Smet est un politicien socialiste flamand. Il est, depuis le 18 juillet 2019, secrétaire d’État bruxellois à l’urbanisme.
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« Une stratégie de certains Flamands »
Charles Picqué, ex-ministre -Président bruxellois, prolonge l’analyse. « L’usage exagéré de l’anglais peut aussi être une stratégie chez certains Flamands. Certains se disent : “On ne peut flamandiser
cette ville, mais alors on va la
défranciser”, souligne-t-il.
J’ai par exemple été très
étonné de voir, dans les textes
préparatoires de “Bruxelles 2030, Capitale de la culture”,
évoqués les mérites du multilinguisme de notre capitale.
Or, ce multilinguisme a pour
vocation et comme résultat
d’affaiblir le français. Il faut
être attentif à garder un
équilibre sur la question de l’identité bruxelloise. »
Les revendications flamandes sont toutefois
loin d’apparaître comme centrales dans le chef de
ministres bruxellois. « Non, nous ne renonçons pas
à la francophonie au profit de l’anglais, réagit la
porte-parole de Rudi Vervoort. Bruxelles est une
région bilingue à vocation internationale. Et lorsqu’on parle de promotion du multilinguisme
aujourd’hui, c’est toujours d’abord la promotion du
bilinguisme français/néerlandais, avant les autres
langues, dont l’anglais, dans l’éducation ou l’apprentissage des langues. » [Mais pas dans l’affichage ou les noms d’entreprises ou de politiques, visiblement…]
Source : La Libre (Belgique).
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Et l’angliche des eurocrates, c’est pour bientôt la sortie ?