mercredi 17 février 2021

Le communisme, cette religion profane

Éric Zemmour fait la recension du témoignage d’un ancien cadre du PCF qui revisite son parcours et sa rupture avec le Parti. Et se montre injustement sévère envers Georges Marchais, coupable, à ses yeux, d’avoir été hostile à l’immigration. L’auteur, Jean-Merle Argelès, est né en 1936. Professeur d’allemand, il fut, de 1966 à 1979, un des premiers dirigeants de la fédération parisienne du Parti communiste français. Après sa rupture avec son parti, il participa à la recherche sur l’Allemagne et le communisme, notamment à la revue Communisme. Il poursuit actuellement une carrière de traducteur.

Il y a des modes pour les livres comme pour les vêtements. Les récits de communistes défroqués étaient encore en vogue il y a trente ans. Ils faisaient la une dans les années 1970 ; apparaissaient comme des événements mondiaux dans les années 1950 ; sont désormais remisés au rayon hors d’âge. Le communisme est mort depuis la chute de l’Union soviétique ; les récits de ceux qui l’ont quitté sont sortis du temps politique pour rentrer dans celui de l’Histoire.

Ce temps-là va bien au teint de Jean-Marie Argelès. L’auteur est largement inconnu aujourd’hui. Il eut pourtant sa petite notoriété dans les milieux politiques des années 1970. Il était alors une des chevilles ouvrières du communisme parisien, à l’époque où Henri Fiszbin ferraillait avec talent et pugnacité contre Jacques Chirac. C’était un de ces « permanents » qui faisaient tourner le Parti ; un de ces « apparatchiks » à la fois craints et admirés par leurs adversaires gaullistes. Argelès essaie de répondre à la question qui taraude tous les communistes : « Pourquoi n’avons-nous pas su ce que nous savions ? » Il a pourtant 20 ans quand les chars russes rentrent à Budapest ; 30 quand ils rentrent à Prague. À chaque fois, notre homme s’aveugle volontairement. Il est particulièrement doué dans l’exercice puisqu’il nous avoue qu’il n’a « découvert » la soumission volontaire du PCF à l’égard du grand frère soviétique qu’avec l’ouverture des archives russes après la chute du mur de Berlin et de l’URSS.

Idéologie soixante-huitarde

Pour bien (se) comprendre, notre auteur revient à son enfance dans la région de Grenoble : les premiers souvenirs pendant la Seconde Guerre mondiale ; les restrictions alimentaires ; l’école primaire avec les claques des instituteurs ; sa famille de petit-bourgeois, avec une fratrie chaleureuse et un père contrôleur des impôts. Argelès n’est pas un brillant intellectuel, mais n’est pas un ouvrier non plus. C’est en revanche un athlète de haut niveau, rival malheureux du mythique Michel Jazy. Un germaniste reconnu aussi, prof d’allemand qui deviendra traducteur émérite, fréquentant à l’occasion entraîneurs sportifs et huiles du Parti communiste en Autriche, puis en RDA.

Mais le cœur politique du récit se situe au tournant des années 1970, quand il devient un permanent de la fédération communiste de Paris. À l’époque, le PCF est hégémonique au sein de la gauche dans la capitale. Dix ans plus tard, les socialistes ont pris la main, et Argelès, poussé à la démission, n’achète plus L’Huma. Deux mouvements tectoniques furent à l’œuvre : un grand remplacement sociologique, qui chasse ouvriers et employés français de l’est parisien, auxquels se substituent bobos et immigrés ; la montée en puissance de l’idéologie soixante-huitarde, avec ses thématiques « sociétales », portées par les mouvements féministes et LGBT. Les deux mouvements sont bien sûr liés.

Aujourd’hui, la messe est dite : Hidalgo est maire de Paris et son adjoint communiste est Ian Brossat, représentants revendiqués des groupes de pression LGBT et immigrationniste. Argelès nous raconte avec drôlerie la résistance vaine des communistes, le « vous êtes des malades » jeté par Jacques Duclos à des provocateurs homosexuels, et la très fine perception par le Parti du féminisme, qui va saper la solidarité de classe, au profit de la lutte contre le patriarcat, à la plus grande joie des patrons.

Mais justement, Argelès est dans le camp de ceux qui souhaitent que le Parti communiste courre après ces évolutions. Il est avec Fiszbin et Paul Laurent contre la direction du parti. Mais il craint physiquement la brutalité de Georges Marchais et doit se soumettre et se démettre. Il est encore convaincu aujourd’hui que Marchais a eu tort. Tort aussi de protester contre les Marocains trafiquants de drogue et de réclamer la fin de l’immigration « clandestine et légale ». Argelès ne comprend pas que Marchais avait raison. Qu’il défendait, lui, la classe ouvrière française qui, de guerre lasse, abandonnera les communistes pour le Front national de Jean-Marie Le Pen.

Argelès a fini sa carrière de prof dans les 18e et 19e arrondissements, en 2000, peu avant la publication du fameux rapport Obin sur « Les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires », mais il se contente de nous dire pudiquement : « Trois années difficiles, animées dirais-je, mais instructives pour le doyen que j’étais alors dans ces trois collèges. J’aurais beaucoup à raconter sur ce sujet… » Mais il ne raconte rien !

Culpabilité et l’humanisme

Notre homme est toujours en retard d’une guerre, toujours en retard sur l’horloge de l’Histoire. Pour comprendre ce retard persistant à l’allumage, il faut plonger dans le récit qu’il fait de son enfance. Pourquoi est-il devenu communiste ? Quand il voit, enfant, passer devant sa fenêtre les femmes ouvrières qui vont chercher leurs gamins à l’école, il écrit : « Je regardais avec envie la gaieté et la cordialité qui semblaient régner entre ces femmes circulant en groupe, envie mêlée d’un certain sentiment de culpabilité à l’égard de la condition ouvrière (…) J’ai le sentiment que je vivais mal cette dichotomie entre le monde ouvrier et le mien, le monde de la petite bourgeoisie (…) »

La culpabilité et l’humanisme. Tout est là. Son communisme est la foi religieuse d’un « catholique aspiré par une foi nouvelle doublée de la promesse d’enfin rencontrer en toute fraternité sur un pied d’égalité, le monde ouvrier, la jeunesse ouvrière ». Argelès est un « croyant » qui croit en son Église universelle, dont la capitale a été déplacée de Rome à Moscou, et qui aime à se réchauffer l’âme « à la chaude solidarité de compagnons et de gens d’un autre milieu que le mien ».

La France est la grande absente de son livre. Dès 1956, il avoue qu’à ses yeux, la « défaite de Diên Biên Phu, c’est la victoire des colonisés », pas la défaite des armées françaises. Argelès est un ultramontain. C’est un curé. Il en a l’onctuosité, la finesse, la probité intellectuelle mais aussi l’art de la dissimulation. L’ingénuité aussi. Il se croit citoyen du monde mais est profondément français. Avec son universalisme abstrait, et cette ingénuité qui ne peut s’empêcher de mettre du sentiment dans la politique. La vraie cause, qu’il persiste à ignorer, de tous ses aveuglements.

Longtemps (trop ?) j’ai cru aux matins…
par Jean-Marie Argelès,
paru au Bord de l’eau,,
à Paris,
le 21 janvier 2021,,
215 pages,
ISBN-10 : 2 356 877 517
ISBN-13 : 978-2356877512
20 €


Covid — Floride se félicite d'avoir gardé les écoles ouvertes

Le gouverneur de la Floride, Ron de Santis, s’est félicité que les écoles soient restées ouvertes en Floride : « Nos enfants doivent être à l’école et la décision de la Floride de garder les écoles ouvertes était la bonne. Comparée à d’autres États de taille similaire, la Floride compte moins de tests positifs à la Covid chez les enfants par 100 000 habitants. » Près 99,8 % des élèves suivent une scolarité en personne en Floride, alors que seuls 5,4 % des élèves en Californie en bénéficient. 

Il a accompagné son intervention sur les médias sociaux de ces graphiques :

Les syndicats dans les États démocrates de l’Illinois, de la Californie et de l’État de New York se sont fortement opposés à une réouverture des écoles. (Lire Procès à San Francisco, menaces de grève à Chicago : la pression s’accentue depuis quelques jours aux États-Unis sur les enseignants et leurs syndicats pour obtenir la réouverture rapide des écoles, dont beaucoup sont totalement fermées depuis 11 mois à cause de la gestion de la pandémie. et La rentrée en présentiel des écoles publiques new-yorkaises prévue cette semaine sera-t-elle à nouveau reportée ? Le principal syndicat des responsables d’établissements a demandé dimanche à ce que la mairie de New York soit dessaisie de son autorité sur les établissements, la jugeant incapable de gérer leur réouverture pendant la pandémie.)

Danse de la part d’enseignantes syndiquées à Chicago pour protester contre la réouverture des écoles. La vidéo est accompagnée de ce message :

Six professeurs de danse de base se réunissent pour utiliser leur forme d’art pour exprimer leur désir de se sentir en sécurité dans le cadre de la politique de retour des enseignants des Écoles publiques de Chicago (CPS). Comme d’autres, ces enseignantes déclarent que tout projet des Écoles publiques de Chicago et du maire devrait avoir du sens. Elles restent déterminées à continuer à enseigner.

Certaines enseignantes dansent avec leurs enfants, y compris Diana Muhammad, enseignante à l’école élémentaire de Beasley, dont la fille a surmonté une forme mortelle du syndrome inflammatoire multisystémique chez l’enfant (en période de Covid-19)

Elles sont toutes solidaires des éducateurs en danger, car personne ne devrait avoir à choisir entre son gagne-pain et la vie.

Par rapport à la Floride, 38 autres États des États-Unis déplorent une mortalité liée à la COVID plus importante chez les personnes âgées de 65 ans et plus par habitant.

Comparaison les taux d'hospitalisations par million d'habitants entre la Floride (peu de restrictions) et la Californie et New York (fortes restrictions)

 



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Profs américains s'opposent à l'ouverture des écoles malgré les leçons européennes

 
 

 

mardi 16 février 2021

Royaume-Uni — le gouvernement s’attaque à la censure et l'intimidation dans les universités

Le gouvernement britannique a annoncé des mesures pour « garantir la liberté d’expression » dans les établissements d’enseignement supérieur.

Le gouvernement britannique a annoncé ce mardi 16 février des mesures pour « garantir la liberté d’expression » dans les universités et tempérer les effets de la « culture du bâillon » (cancel culture) qui priverait de parole certains universitaires, s’attirant des accusations d’ingérence dans le fonctionnement des établissements.

Avec son projet de loi, le gouvernement veut ainsi éviter que des universitaires ne perdent leur emploi pour avoir exprimé des positions controversées, mais aussi empêcher que les pressions étudiantes ne conduisent à l’annulation de certains orateurs invités à des conférences, et décriés pour ces mêmes raisons.

« Je suis profondément inquiet de l’effet paralysant sur les campus d’une censure et d’un silence inacceptables », a déclaré mardi le ministre de l’Éducation Gavin Williamson. « Nous devons renforcer la liberté d’expression dans l’enseignement supérieur, en renforçant les obligations légales existantes et en veillant à ce que des mesures énergiques soient prises en cas de violation ».

Le gouvernement envisage donc de nommer un « champion de la liberté d’expression » pour enquêter sur les cas où cette liberté a été violée, mais aussi de permettre aux universitaires qui ont perdu leur emploi dans des litiges similaires d’éventuellement réclamer une indemnisation.


« La liberté d’expression est au cœur même de notre démocratie », a estimé le Premier ministre Boris Johnson (ci-contre) sur Twitter. « Il est tout à fait juste que nos grandes universités — lieux historiques de la liberté de penser — voient désormais cette liberté protégée et renforcée par des protections juridiques plus solides ».

Ces propositions ont été saluées par un groupe de chercheurs dans le quotidien conservateur The Times. « Ces dernières années, trop d’universitaires ont été marginalisés parce qu’ils ont des opinions peu orthodoxes sur des questions comme le genre, le Brexit et l’héritage de l’Empire » britannique, peut-on lire dans leur lettre ouverte.

« Des orateurs stimulants ont été désinvités (de débats) et les universités font souvent passer la “sécurité émotionnelle” des étudiants avant la liberté d’enquêter », poursuivent-ils. « La plus grande menace contre la liberté d’expression ne provient pas du personnel ou des étudiants, ou de ce qu’on appelle la “culture du bâillon”, mais bien des tentatives du gouvernement de contrôler ce qui peut être dit ou pas sur le campus », a critiqué Jo Grady, secrétaire générale du syndicat des Universités et Colleges.

Selon Hillary Gyebi-Ababio, vice-présidente du Syndicat national des étudiants, « il n’existe pas de preuve d’une crise de la liberté d’expression sur les campus ». Selon une étude récente, 0,06 % des conférences et des événements organisés dans les universités britanniques ont été interrompus ou annulés en raison de l’opinion des intervenants.

Parmi les orateurs visés, on trouvait le pro-Brexit Nigel Farage, la journaliste de la BBC Jenni Murray accusée de transphobie ou encore feu le philosophe Roger Scruton, à qui sont reprochées des positions islamophobes et antisémites.

Source : Le Figaro étudiant

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Legault parle de garantir la liberté de débat à l’université, Martine Delvaux de l’UQAM parle de « police » gouvernementale

L’Alberta exige une plus grande liberté d’expression sur les campus.

dimanche 14 février 2021

Aucun décès dû à une éclosion de Covid dans une école canadienne

Alors que les taux d’échec explosent dans les écoles secondaires du Québec et que la santé mentale des jeunes se détériore de jour en jour à cause des restrictions sanitaires qui bouleversent leurs vies, le gouvernement fédéral nous informe qu’il n’a pas été en mesure d’associer un seul décès à une éclosion de grippe chinoise en milieu scolaire (voir le tableau ci-dessous basé sur les chiffres du 30 janvier 2021).

Qu’en est-il des restaurants, que le gouvernement Legault refuse de laisser rouvrir dans les zones dites rouges? Les éclosions reliées aux commerces d’aliments, de boissons et de détail (ce qui inclut autant les restaurants que les épiceries et les quincailleries) auraient causé la mort de 3 personnes.

Quant à ces affreux gyms, tout ce qu’on peut affirmer à l’heure actuelle, c’est que la catégorie autre dont ils font partie serait responsable de 4 décès en près d’un an dans un pays de 37,5 millions d’habitants.

À vous de juger si cela mérite qu’on détruise des pans entiers de l’économie…

Source: Horizon Québec Actuel

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Covid-19 : étude affirme que confinement et fermeture des commerces ont peu d'utilité une fois mesures plus douces prises  

Québec — Données inédites suggèrent fortement que les écoles ne sont pas un moteur de l’épidémie

 Covid — Baisse de cas malgré les Fêtes et les vacanciers dans le Sud (plateau dès avant couvre-feu) 

Suède — l’effet des écoles restées ouvertes pendant la pandémie sur la santé sur les élèves et les enseignants

Bobard — Selon le Wall Street Journal la Suède abandonne son modèle et met désormais en place des restrictions obligatoires 

Covid-19 : baisse radicale des cas en Inde depuis plusieurs mois malgré levée des restrictions

Vague de suicides dans le Nevada force une ouverture partielle des écoles

Suède et Suisse — Enfants peu à risques et peu contagieux

Étude — la fermeture des écoles et universités causerait plus de décès, mais aplatirait les courbes

Déclaration de Great Barrington (13 600 médecins et experts) sur la Covid-19 — il existe une autre façon de faire (mettre fin au long supplice pour tous, il faut considérer l’ensemble des effets des politiques actuelles et pas uniquement les cas de la Covid-19)

Covid : la Suède impassible face à la deuxième vague  

COVID-19 — les gens « de gauche » plus à risque de développer de l’anxiété

Plus d’un jeune sur trois souffre d’anxiété ou de dépression

« Il y a une augmentation de l’anxiété [chez les jeunes] dans nos cabinets, on voit que le recours à la médication augmente. La toxicomanie bat des records et on ne parle pas de l’usage pathologique de l’Internet », a fait savoir lundi le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre au CHU Sainte-Justine et porte-parole de l’Association des pédiatres du Québec. Or, selon celle-ci dernier, les jeunes sont devenus des cibles faciles pour rassurer la population, inquiétée par le discours gouvernemental sur la résurgence des infections.

Covid-19 — impact direct sur l’espérance de vie en France relativement bas (-0,2 an pour hommes, -0,1 an pour femmes)

Allemagne — pas de solutions uniques face au coronavirus pour la rentrée

New York reporte encore la rentrée en personne dans les écoles publiques

 

Sénat du Mississippi approuve loi interdisant aux hommes de participer à des événements sportifs féminins

« Hannah » Mouncey, biologiquement mâle, joue 
dans une équipe féminine de football australien
Le Sénat de l’État du Mississippi a approuvé une loi interdisant aux hommes biologiques de participer à des événements sportifs féminins.

Le projet de loi, connu sous le nom de projet de loi du Sénat 2536, a été adopté par la chambre contrôlée par les républicains par une marge de 34 à 9 jeudi soir sans grande discussion, selon l’Associated Press.

Si la loi est signée, les athlètes transgenres ne pourront pas participer à des compétitions sportives féminines dans les écoles et universités du Mississippi.

Le projet de loi doit être approuvé par la Chambre de l’État. Il est également contrôlé par les républicains.

« J’ai eu de nombreux entraîneurs à travers l’État qui m’ont appelé et je pense qu’ils estiment qu’il y a un besoin d’une politique dans le Mississippi parce qu’ils commencent à avoir des inquiétudes d’avoir à faire face à cela », a déclaré la sénatrice républicaine Angela Hill, marraine du projet de loi.

Une législation similaire est à l’étude dans plusieurs États, notamment au Texas et en Utah.

Les hommes biologiques qui concourent dans les sports féminins sont devenus un problème brûlant aux États-Unis depuis 2017, lorsque deux athlètes mâles qui se disent femmes du Connecticut ont affronté plusieurs femmes biologiques et remporté 15 titres de championnes à eux deux.

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Biden signe décret qui permet aux étudiants nés hommes de concourir chez les femmes s’ils se sentent femmes

Joe Biden — pour que les enfants de 8 ans puissent décider d’être transgenres

Théorie du genre — les fauteurs de trouble de la gauche woke

 


samedi 13 février 2021

Collèges privés pour étudiants étrangers anglophones, une filière d'immigration

Filière d’immigration 

Au cours des dernières années, des milliers d’étudiants étrangers ont été recrutés, en Inde principalement, par une poignée de collèges, dont ils sont devenus la principale, voire la seule clientèle. Ils déboursent près de 25 000 $ pour une formation professionnelle d’environ 2 ans, avec à la clef la possibilité d’obtenir un permis de travail au Canada. Permis de travail qui ouvre sur l’immigration au Canada. Ces collèges aux diplômes douteux (selon Yves-François Blanchet) sont donc une filière d’immigration déguisée contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Rappelons  que sur Twitter, Yves-François Blanchet a quant à lui évoqué un racket de l’immigration sous prétexte de diplôme douteux [qui] contourne la loi et nuit aux intérêts du Québec.

Vers une interdiction du paiement en liquide

Que compte faire Québec ? Selon nos informations, le gouvernement Legault devrait resserrer la Loi sur l’enseignement privé. Comme l’admet la ministre McCann, des failles potentielles y figurent.

Alors que le gouvernement a déjà fait part de ses préoccupations concernant la qualité de l’enseignement fourni par ces établissements, Québec s’inquiète aussi de l’argent qui circule au sein de ce marché très lucratif.

Paiement en espèces

Selon Radio-Canada, toutes les semaines, les étudiants déposaient des milliers de dollars. Selon la direction, c’était mieux de payer en espèces.

Je n’ai jamais eu accès à un budget transparent, officiel, qui ventile exactement d’où vient et où va l’argent. Aussitôt qu’il y a un manque de transparence, ça amène des doutes, affirme un haut responsable d’un établissement, en évoquant ses patrons.

La ministre Danielle McCann parle d’une situation « très préoccupante » dans le réseau des collèges privés non subventionnés.

À l’heure actuelle, cette pratique n’est cependant pas interdite. Rien n’empêche les collèges, dans les lois québécoises, de demander ces frais en espèces.

Je ne suis pas sûre que ce soit normal, rétorque néanmoins la ministre McCann. On va se pencher sur cette question et établir des règles encore plus claires dans le futur.

Il faut qu’on mette des garde-fous pour que les choses se passent le mieux possible, dans les règles de l’art.

Québec, qui y voit un dérapage potentiel, pourrait ainsi imiter la Colombie-Britannique, qui a interdit, en 2019, aux établissements d’enseignement de recevoir en espèces les frais de scolarité, afin de limiter les risques de blanchiment d’argent.

C’est un bon exemple. C’est très intéressant, admet Danielle McCann.

Une pratique illégale 

D’autres éléments sont dans la mire du gouvernement. Des collèges réclament par exemple le paiement en avance des frais de scolarité, ce qui est interdit au Québec.

Chez nous et dans d’autres établissements, cette pratique a lieu, reconnaît ce haut responsable d’un collège privé montréalais. Cette demande est faite aux étudiants par les agents de recrutement ou directement avec certaines directions qui ont moins de scrupules, détaille-t-il.

On va exiger de faire un dépôt, ce qui contrevient à la loi. On va même parfois jusqu’à demander aux agents [de recrutement] de demander un dépôt aux étudiants. Et comme ce n’est pas l’école qui le demande, on essaie de contourner à ce niveau-là. 

 Rising Phoenix International

Dans une demande d’autorisation de recours collectif déposée fin octobre en Cour supérieure, des étudiants indiens reprochent à la firme de recrutement Rising Phoenix International et au Collège de l’Estrie (CDE) l’impossibilité d’obtenir un remboursement complet avant le début des cours.

Cette firme de recrutement, Rising Phoenix International, et le CDE étaient alors dirigés, notamment, par Carol Mastantuono et sa fille, Christina Mastantuono. Ces dernières ont récemment été accusées de fraudes par l’Unité permanente anticorruption (UPAC), dans le cadre de leurs activités au sein de la Commission scolaire Lester-B.-Pearson, entre 2014 et 2016. L’UPAC les suspecte d’avoir établi un stratagème de fraude en lien avec le recrutement d’étudiants étrangers et le processus d’immigration.

À la suite de ces accusations, en décembre, Carol Mastantuono et Christina Mastantuono ont quitté leurs postes au sein des collèges privés et entreprises qu’elles dirigeaient.

Vers une plus grande vérification des antécédents

À l’heure actuelle, avant d’accorder un permis à des collèges privés, le ministère de l’Enseignement supérieur s’assure, selon un porte-parole, qu’aucun dirigeant n’a été déclaré coupable ou ne s’est reconnu coupable, dans les trois ans précédant sa demande, d’une infraction à la Loi sur l’enseignement privé ou d’un acte criminel commis à l’occasion de l’exercice des activités d’un établissement d’enseignement.

À l’avenir, ce processus pourrait être revu et durci, admet la ministre McCann. C’est un autre aspect de la loi qu’il va falloir regarder. On va avoir besoin de l’avis de nos contentieux pour nous guider, reprend-elle.



Malaise autour du prétendu « art contemporain »

L’Art dit « contemporain », enfant involontaire de Marcel Duchamp, est né au détour des années 60, détrônant l’Art moderne à coups de surenchère progressiste, provocatrice, libertaire. Il n’a pas tardé à se révéler liberticide, vide et officiel. Car, depuis ses débuts, il n’aura consisté qu’en stratégies, manipulations et mirages. C’est le secret de ce nihilisme que dévoile ici, avec érudition et ironie, Christine Sourgins.
À tous ceux qui sont perdus dans les dédales de ce labyrinthe, elle offre enfin un fil d’Ariane, en montrant de manière implacable comment une telle entreprise, trop vite qualifiée de farce, menace ceux qui s’en moquent tout autant que ceux qui s’en enchantent. Car l’Art contemporain, qu’il se veuille critique, ludique ou didactique, relève toujours de l’instrumentalisation, de la subversion, et du radicalisme. Quels que soient les prétextes esthétiques, politiques ou moraux qu’il se donne, il attaque en fait l’humanité même de l’homme.
 
 Les mirages de l’Art contemporain
Brève histoire de l’Art financier
par Christine Sourgins
paru le 21 mai 2018
à La Table Ronde
à Paris,
320 pages, ISBN-10 2 710 388 294
ISBN-13 978-2710388296
 

Un autre livre est paru récemment sur le sujet, celui de Benjamin Olivennes: L'autre art contemporain : Vrais artistes et fausses valeurs.

Selon l’éditeur, cet opuscule, « écrit par un non-spécialiste passionné, s’adresse à tous, et entend fournir un manuel de résistance au discours sur l’art contemporain. » Ce dernier fonde son emprise sur une vision mythifiée de l’histoire de l’art : le XXe siècle aurait été avant tout le siècle des avant-gardes, chacune ayant été plus loin que la précédente dans la remise en cause de notions comme la figuration, la beauté, et même l’œuvre. Or non seulement ces notions anciennes ont continué d’exister dans les arts dits mineurs, mais surtout, il y a eu un autre XXe siècle artistique, une tradition de peinture qui s’est obstinée à représenter la réalité et qui réémerge aujourd’hui, de Bonnard à Balthus, de Morandi à Hopper, de Giacometti à Lucian Freud.

Peinture de Chiara Gaggiotti, artiste figurative dont parlent Benjamin Olivennes et Natacha Polony

Cet essai présente cette autre histoire de l’art, dont l’existence infirme le discours, le mythe… et le marché de l’art contemporain. Cette histoire s’est prolongée secrètement jusqu’à nous : il y a eu en France, au cours du dernier demi-siècle, de très grands artistes, dont certains sont encore vivants, qui ont continué de représenter le monde et de chercher la beauté. Connus d’un petit milieu de collectionneurs, de critiques, de poètes, mais ignorés des institutions culturelles et du grand public, ces artistes sont les sacrifiés de l’art contemporain, les véritables artistes maudits de notre époque. Comme les artistes maudits de jadis, ce sont eux pourtant qui rendent notre modernité digne d’être aimée et sauvée. Ils sont la gloire de l’art français.

 

Peinture de Chiara Gaggiotti, artiste figurative dont parlent Benjamin Olivennes et Natacha Polony

Extrait de L’autre art contemporain : Vrais artistes et fausses valeurs.

Le sens commun se révolte contre ce qu’on rassemble aujourd’hui sous le nom d’art contemporain, et il a bien raison.

Autour de ce tout qu’on désigne sous cette appellation, il y a un discours, une idéologie, entretenus par le marché, les critiques, et, en France à tout le moins, les institutions. Les tenants de ce discours sont en position de force : ce sont les collectionneurs les plus riches, les musées d’État, les Écoles des beaux-arts. S’opposer à cet art contemporain, ce n’est pas s’opposer à l’art, c’est opposer un contre-pouvoir à ce qui aujourd’hui domine.

Quand je parle d’art contemporain, je sais bien que je me livre à une généralisation, et donc que je m’expose au risque d’être injuste. Mais cet art contemporain existe comme système, comme idéologie, comme horizon d’attente. Il y a un monde de l’art contemporain, qui a ses lieux, son discours, et ses valeurs, ses critères de jugement. C’est ce monde que dans ce livre j’appelle l’« art contemporain ». Le fait qu’il y ait des artistes véritables, de grands artistes, — Anselm Kiefer, Baselitz, Peter Doig, Ron Mueck — qui fassent partie de ce circuit et tirent leur épingle du jeu ne saurait empêcher une critique globale de ce système. Comme le montrent leurs voisins d’exposition, ils sont là malgré l’idéologie de l’art contemporain, et non grâce à elle. Je sais que l’on m’accusera, selon la célèbre expression, de jeter le bébé avec l’eau du bain, mais ce n’est pas ce que je veux faire : je voudrais libérer le bébé.

Ce que j’appelle l’art contemporain, on peut s’en faire une idée en regardant les salles consacrées aux années 1960 et suivantes dans la plupart des musées d’art moderne, ou dans les musées spécifiquement dévolus à l’art contemporain ; en regardant les dernières expositions des galeries d’art dont la presse dit qu’elles comptent le plus (en gardant à l’esprit qu’elles exposent toujours un artiste véritable au milieu de dix escroqueries pour se légitimer) et le gros de ce qu’on peut voir dans les principales foires d’art contemporain (Cassel, Bâle, Venise, FIAC) ; en voyant ce qu’achètent les Fonds régionaux et nationaux, les artistes à qui l’État ou les régions ou les mairies passent commande ; en voyant ce qui est valorisé chez les jeunes étudiants en art, ce qu’on les encourage à faire ou ce qu’on les décourage de faire.

Je ne citerai pas de noms, car je veux privilégier l’éloge — des artistes véritables — à la critique — des fausses gloires d’aujourd’hui.

Si j’en citais, néanmoins, il faudrait distinguer entre les grandes stars du marché mondial (Jeff Koons, Maurizio Cattelan, Paul McCarthy, Damien Hirst, Anish Kapoor), mauvais mais nageant comme des poissons dans l’eau dans ce système, et les Français qu’on invente pour essayer de leur ressembler et de les concurrencer (Buren, Morellet, Claude Lévèque), tout aussi nuls mais, qui plus est, fades — peut-être, on y reviendra, parce que le goût français est particulièrement éloigné de cet art contemporain.

Qu’a-t-il pour déplaire, cet art contemporain pris comme un tout, comme nous pouvons en faire l’expérience dans une foire ou un musée ? Il est, la plupart du temps, insignifiant ; moche ; fonctionnant à la provocation, souvent sexuelle, mais une provocation banale et triste ; n’impliquant aucun métier, aucun savoir-faire, aucun travail ; quand il y a création d’un objet neuf, celui-ci est produit en usine par un « artiste » qui ne pose pas les mains sur l’œuvre. Il se reconnaît aussi aux critères d’évaluation qu’il se donne à lui-même et aux commentaires qu’il suscite : « c’est marrant », ou le sempiternel « c’est intéressant ». Qui ne voit que dire d’une œuvre d’art qu’elle est « intéressante », c’est avouer qu’elle est insignifiante, car l’œuvre d’art devrait nous bouleverser, nous émouvoir, nous saisir, nous éclairer ? Souvent il me prend l’envie de demander à ceux qui disent de telle ou telle exposition d’art contemporain que « ouais non là, j’ai trouvé ça vachement intéressant, tu vois » s’ils aimeraient avoir ce qu’ils viennent de voir dans leur chambre : cette mise à l’épreuve aiderait à distinguer le bon grain de l’ivraie.

Ce qui disparaît dans cet art contemporain, c’est l’admiration, et l’admiration pour un objet singulier : l’œuvre. Les artistes du passé dont le nom est parvenu jusqu’à nous suscitaient l’admiration, et cette admiration se portait sur les œuvres qu’ils étaient capables, et eux seuls, de produire. J’admire Michel-Ange car j’admire l’auteur de la Pietà. C’est la rencontre avec la Pietà qui m’émerveille et me fait me demander qui est l’homme qui a bien pu produire cela. Dans l’art contemporain l’ordre s’inverse : on ne nous parle jamais d’œuvres, mais bien d’« artistes » (ou prétendus tels), les œuvres sont secondes, elles sont là comme signes de l’existence d’un artiste et non pour elles-mêmes. De tel bidule auquel on ne prêtait pas attention et qui n’avait aucun intérêt, on nous dit soudainement avec componction que « c’est un Ryman » ou que « c’est un Buren », et soudain tout change, il faut les aborder avec un respect sacré, l’objet insignifiant se nimbe d’une aura magique. On quitte alors le critère de l’admiration, et de l’admiration pour un objet, critère qui était celui de tous les arts. Ainsi, on sait que l’immense majorité des trésors qui sont dans les musées, statues grecques, africaines, ou gothiques, sont des chef-d’œuvre anonymes. Ils n’ont pas besoin d’avoir un auteur pour qu’on les admire, l’œuvre seule compte. Or un chef-d’œuvre-anonyme-d’art-contemporain représente une double impossibilité théorique. Car pour paraphraser la blague juive « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple », on pourrait dire que dans l’art contemporain, il n’y a pas de chef-d’œuvre, mais il est signé. Un musée d’art contemporain, s’il liste son catalogue, peut produire une liste de noms prestigieux. Mais comme accumulation d’œuvres qu’on regarde et qu’on chérit, il est condamné à décevoir. Circulez, il n’y a rien à voir.

Pourquoi un Jeff Koons a-t-il soudainement surgi dans le champ de l’art, au point de devenir l’artiste le plus cher de notre début de siècle, et pourquoi m’autorisé-je à en penser du mal ? Dans le New York des années 1980, Koons a représenté une rupture avec l’austérité du minimalisme et du conceptuel. Il passait non seulement pour le retour de la figuration, mais aussi pour l’irruption rafraîchissante du fun et du sexuel dans le monde compassé de l’art new-yorkais de l’époque. Qu’il ait représenté une nouveauté et un bol d’air frais à un moment donné dans un monde déjà bien mal en point ne signifie pas qu’il ait une valeur artistique quelconque. Il y a une trouvaille maligne chez Jeff Koons, qui consiste à créer des objets en acier qui donnent l’illusion d’être de la baudruche (Balloon Dog) ou de la pâte à modeler (Play-Doh). Mais une fois sa trouvaille matérielle, réalisée par des ouvriers en usine, connue et constatée, quel intérêt a son œuvre ? Que nous dit-elle du monde, des hommes, quel plaisir, esthétique ou de connaissance, peut-on y trouver ? Peut-on imaginer un enfant, trouvant le Balloon Dog dans un musée ou dans un livre, se dire, ébloui, que lui aussi veut être artiste ?

Rien de plus triste que la visite d’un musée d’art contemporain (Dia : Beacon à New York par exemple), ou des salles contemporaines d’un musée d’art : l’impression d’un immense foutage de gueule, d’une absence complète de sens, de la disparition de la beauté, du travail, de l’œuvre. Il faudrait également analyser les motifs récurrents de cet ensemble d’objets, son répertoire systématique : la merde, la pisse, le sperme, tout ce qui a trait au sexe, toutes les sécrétions corporelles, le doigt d’honneur, le mot « fuck », la cruauté envers les animaux. Il y a là un bréviaire de figures imposées par lesquelles passent nécessairement tous les artistes contemporains officiels, tout en ayant l’impression d’être follement originaux et subversifs. La vérité est qu’ils ne choquent plus personne. Ce qui nous choque est que des institutions d’État prennent ces clowneries au sérieux.

La tristesse, la détresse que nous ressentons en visitant un musée d’art contemporain ont également un sens politique : une civilisation qui met au sommet de ses valeurs l’art (c’est notre cas, disons depuis le romantisme) et appelle désormais « art » ce qui est évidemment, et de manière revendiquée, du non-art ne peut que nous sembler perdue.

Fallait-il, d’ailleurs, donner à l’art une telle importance ? Le monde pré-moderne adorait des dieux ou un Dieu. Le monde moderne, né de la Renaissance puis des Lumières, mettait au pinacle la raison, la beauté et la culture — d’où la création de ces lieux étranges que sont les musées, églises de notre nouveau culte. De plus radicaux que moi voudraient croire que, dès le passage du monde de la foi au monde des Lumières, le ver était dans le fruit ; qu’un monde sans Dieu, où l’art était libéré de toute contrainte et devenait une valeur en soi, allait nécessairement déboucher sur le narcissisme et le nihilisme d’aujourd’hui. C’est sans doute en partie vrai. Il n’en demeure pas moins que, toute critiquable que soit l’ère moderne, elle représente trois ou quatre siècles où l’Europe a ébloui le monde — ce qui n’est tout de même pas négligeable, et qu’il y a peu de risque qu’elle fasse désormais si elle continue de prendre les rayures de Buren pour de l’art.


L’autre art contemporain : Vrais artistes et fausses valeurs
par Benjamin Olivennes

paru le 20 janvier 2021,
chez Grasset,
à Paris,
168 pages
ISBN-10 : 2 246 823 978
ISBN-13 : 978-2246823971

Voir aussi

« Ce n’est pas beau, c’est symétrique » 

L’art contemporain, son « discours » et sa mission « provocatrice »  (Radio-Canada) 

L’« art contemporain » et les masses laborieuses

 

Legault parle de garantir la liberté de débat à l'université, Martine Delvaux de l'UQAM parle de « police » gouvernementale

Le Premier ministre du Québec, François Legault a publié ce samedi matin un texte encourageant sur Facebook.

On entend beaucoup parler de liberté académique et de liberté d’expression ces temps-ci. Je pense notamment à l’histoire de l’Université d’Ottawa qui a choqué pas mal de monde, moi compris.

On voit qu’une poignée de militants radicaux essaient de censurer certains mots et certaines œuvres. On voit arriver ici un mouvement parti des États-Unis et franchement, je trouve que ça ne nous ressemble pas.

Ce qui est vraiment inquiétant, c’est que de plus en plus de gens se sentent intimidés. Ils se sentent forcés de s’autocensurer, de peur de se faire insulter et dénoncer sur la place publique.

Des professeurs se font demander d’effacer des œuvres de certains de nos grands écrivains, comme Anne Hébert, Réjean Ducharme, Dany Laferrière ou Pierre Vallières. C’est absurde. Ça va à l’encontre de l’idée même de l’université.

Et puis ça ne se limite pas aux campus. À l’automne, j’en ai moi-même fait l’expérience quand des militants ont essayé de censurer mes suggestions de lecture parce que j’avais recommandé un livre de Mathieu Bock-Côté, qui portait justement sur les dérives du politiquement correct.

Récemment, une chargée de cours à l’université témoignait dans un journal qu’elle s’était fait dénoncer et harceler pour avoir utilisé les mots « homme » et « femme » !

Ça va trop loin. La situation est en train de déraper. Je pense que c’est le temps qu’on ait une sérieuse discussion tous ensemble. L’utilisation de certains mots peut blesser, et il faut reconnaître la douleur de ceux qui la ressentent. Par contre, leur juste cause ne doit pas être détournée par des radicaux qui veulent censurer, museler, intimider et brimer notre liberté de parole. Entre blessure et censure, on doit tracer une ligne.

S’il peut être sain de remettre en question certaines conceptions ou certains comportements et d’éviter de choquer ou de blesser, on ne doit pas pour autant sacrifier notre liberté d’expression. On doit se tenir debout pour que les personnes intimidées sachent qu’elles ont le droit d’exposer des faits et des idées, et qu’on sera là pour les défendre.

Même chose pour les personnes victimes de racisme. Elles doivent savoir qu’on ne laissera pas passer les propos haineux, les actes racistes ou la discrimination.

La liberté d’expression fait partie des piliers de notre démocratie. Si on se met à faire des compromis là-dessus, on risque de voir la même censure déborder dans nos médias, dans nos débats politiques. On ne voudra plus rien dire. Personne n’osera parler d’immigration, par exemple, si chaque fois qu’on aborde ce sujet, on se fait crier des bêtises. Personne ne veut ça. Pas moi, en tout cas.

Ce problème-là est parti de nos universités, et je pense que c’est là qu’on va devoir le régler en premier. La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, est en train de se pencher là-dessus avec les milieux universitaires pour agir rapidement. Nos universités devraient être des lieux de débats respectueux, de débats sans censure et de recherche de vérité, même quand la vérité peut choquer ou provoquer. On va faire ce qu’il faut pour aider nos universités à protéger notre liberté d’expression.

Mais on a aussi une responsabilité là-dedans. On a tous le devoir de défendre nos principes fondamentaux devant les tentatives d’intimidation. Si on commence à s’autocensurer par peur de se faire insulter, ou si on ne défend pas quelqu’un qui est victime de ça, on joue le jeu des radicaux. Je comprends que ça puisse faire peur, mais on doit se tenir debout, rester fermes. Plus on sera nombreux à refuser de céder à l’intimidation d’une minorité de radicaux, plus la peur reculera.

Bon samedi tout le monde.

Votre Premier ministre

Voyons si ce texte sera suivi d’effets.

Martine Delvaux, professeure/professoresse/professeuse d’« études littéraires » à l’UQAM, qui avait déjà défendu les étudiants wokes dans ce dossier (voir Universités : après le mot « nègre » devenu tabou, le bannissement de « femme » et « homme » pour transphobie ?) a immédiatement réagi sur le même médium en invoquant le spectre de la police gouvernementale.

Ironique de voir ces partisans du zéro tolérance invoquer le fait que la censure, le harcèlement et l’intimidation ne seraient que des exceptions. Comme si c’était une excuse pour ces gens qui ne tolèrent pas la moindre « microagression »…    

L’appartenance de Martine Delvaux au Département d’études littéraires pourrait faire croire qu’elle s’intéresse de manière érudite à la littérature, aux grands classiques, il n’en est rien. Elle se spécialise dans la « douleur au féminin », les « études féministes », « Jacques Derrida » et la « littérature des femmes ». Sur Derrida et les autres « déconstructeurs », lire Épidémie d’occidentalophobie semble avoir frappé le monde universitaire anglo-saxon et Parodier le vocabulaire des études de genre : un nouveau genre à succès ?

Les commentaires des partisans de Martine Delvaux valent leur pesant d’or :

Rappelons que le gouvernement conservateur albertain exige que les établissements d’enseignement postsecondaires en Alberta se plient aux principes de Chicago. Les principes de Chicago ont été rédigés en 2014 par le Comité sur la liberté d’expression de l’Université de Chicago et publiés en janvier 2015. Ils réitèrent l’importance de la plus grande liberté d’expression possible sur les campus. Selon ses promoteurs, les universités, par nature, doivent s’abstenir de limiter la propagation d’idées mêmes blessantes ou désagréables. La limite c’est que les lois soient respectées et qu’il n’y ait donc ni diffamation, ni menaces, ni harcèlement. Plus de détails ici : L’Alberta exige une plus grande liberté d’expression sur les campus.

Nous pensons cependant qu’il faut aller au-delà de cette nécessaire liberté d’expression. Il faut s’interroger sur le financement public des universités et de départements d’études idéologiques (femmes, genre, races) dont la valeur pour le contribuable est plus que de douteux.

Nadia El-Mabrouk sur Facebook rappelle que : « Il est vrai que la prise gouvernementale sur le déroulement de la recherche universitaire est bien mince. En particulier, le gouvernement du Québec n'a pas de contrôle sur le fonctionnement des revues scientifiques ou sur les paramètres des subventions fédérales à la recherche. Par contre, il serait très judicieux de se pencher sur les subventions provinciales et ministérielles octroyées, et s'interroger sur la responsabilité du gouvernement, par l'intermédiaire de ces subventions, dans le blanchissement d'idées non-fondées scientifiquement et la capture institutionnelle de théories fumeuses. »

 


Extrait de la réaction de Mathieu Bock-Côté

C’est aussi une très bonne chose de voir la classe politique annoncer qu’elle lui tiendra tête, comme vient de le faire François Legault, qui expliquait dans ses mots aujourd’hui que l’intolérance idéologique qui se présente sous le signe de la vertu est un vrai danger pour l’esprit démocratique. La question de la liberté d’expression en général et de la liberté académique en particulier s’impose au cœur de la vie publique. La liberté d’expression doit être défendue ardemment et nous ne pouvons que nous réjouir de voir le premier ministre s’emparer personnellement de cet enjeu, en en faisant une priorité nationale. Il y a quelques mois, d’ailleurs, Paul St-Pierre Plamondon avait déjà plaidé pour une action sur la question. Quelle que soit leur nuance de bleu, les nationalistes s’entendent pour défendre la démocratie contre la mouvance woke.

La réaction paniquée de la mouvance woke, qui se drape derrière le principe de l’autonomie universitaire pour dissimuler son emprise sur une institution qu’elle a détournée pour en faire une machine de guerre idéologique est révélatrice. Certains nous disent que l’université est capable de se réguler elle-même. Elle a pourtant fait la preuve du contraire depuis des années, et de la manière la plus grotesque qui soit. Plusieurs recteurs eux-mêmes, et bien des professeurs, sont tentés aujourd’hui par une censure à prétention vertueuse. Bien des étudiants souffrent de cet environnement qui fonctionne selon les règles du contrôle idéologique. À travers son emprise sur l’université, et surtout, sur les départements de sciences sociales, la gauche woke exerce une véritable hégémonie idéologique sur la société: elle maîtrise les conditions de production de l’idéologie dominante, et cela, bien au-delà des départements de sciences sociales.

Mais ce serait une erreur de croire que cette mouvance est simplement le fait de militants radicaux qu’il suffirait de confronter pour que le débat civilisé reprenne ses droits. Nous ne sommes pas seulement devant des hurluberlus isolés. La mouvance woke, je le redis, ne représente que la nouvelle vague du déploiement du politiquement correct, qui est hégémonique dans l’université depuis bien plus longtemps. Le wokisme, en quelque sorte, est un politiquement correct radicalisé et fanatisé. Il ne s’agit pas, toutefois, d’une dérive inattendue, mais de l’expression la plus achevée de l’idéologie dominante dans le milieu universitaire. Nous ne devrions pas parler des dérives du wokisme, mais du wokisme comme dérive. Mais pour le savoir, il faut s’intéresser à la guerre culturelle qu’il mène dans le monde des idées ainsi qu’à ses méthodes.

Cette idéologie domine aussi les milieux culturels, les organismes subventionnaires qui les soutiennent, et est très présente dans le milieu médiatique, comme on le voit à Radio-Canada qui soumet ses employés à des ateliers de rééducation idéologique obligatoires. Cette idéologie se retrouve aussi à différents degrés dans la fonction publique et plus largement, dans les départements de marketing et de ressources humaines de plusieurs entreprises, qui normalisent sa rhétorique sans vraiment savoir ce qu’ils font. L’autoritarisme aime se draper derrière les plus nobles intentions. Au nom de ce qu’elle appelle la «diversité», la gauche woke entraîne notre société dans une régression racialiste. Elle fabrique des interdits, transforme des mots en tabous et rend imprononçable le titre de certaines œuvres.

Il faut donc avoir une vision d’ensemble de la situation. Ceux qui, dans les médias, dénoncent les étudiants censeurs sans s’intéresser aux fondements idéologiques de leur prétention à la censure, sans même se rendre compte qu’il leur arrive de les embrasser, participent à la confusion générale. De ce point de vue, si on veut vraiment tenir tête au wokisme et entreprendre une reconquête démocratique de l’espace public, il faut comprendre les mécanismes institutionnels par lesquels il exerce une telle emprise sur l’université, qu’il transforme en machine à endoctriner et à embrigader, en plus de fabriquer trop souvent un faux savoir pseudo-scientifique, mais authentiquement délirant qui continue de bluffer un trop grand nombre d’acteurs sociaux même si, de temps en temps, des canulars universitaires bien montés révèlent sa grotesquerie.

Comment fonctionnent aujourd’hui les organismes subventionnaires? Comment le processus d’embauche des professeurs favorise-t-il la création de coteries idéologiques n’ayant plus rien à voir avec la liberté universitaire? Comment les associations étudiantes fanatisées se permettent-elles d’avoir un comportement milicien sur les campus? Il ne faudra pas se contenter de prendre la pose pour défendre la liberté d’expression: il faudra restaurer l’institution qui n’aurait jamais dû la trahir. C’est au nom de la liberté qu’il faut s’engager. La liberté de penser, de débattre, de réfléchir. Cette bataille, qui doit être menée, nous permettra de dire que le Québec sait résister au délire idéologique nord-américain et confirme, de la plus belle façon qui soit, sa réputation de village gaulois.

Ancien ministre : l'expertise au ministère de l'Éducation est surtout idéologique

Extrait d’un article sur le ministre de l’Éducation (le Monopole) du Québec :

Ces deux anciens ministres [anonymes] font toutefois un constat commun : la machine administrative au ministère de l’Éducation est particulièrement résistante aux changements. Les meilleurs fonctionnaires, dit l’un d’eux, sont aux Finances et au Conseil du Trésor, où l’expertise est impérative. Il ajoute qu’à l’Éducation, c’est plutôt une expertise idéologique, et ces idéologues pensent qu’ils savent tout.

Source : SRC


 

Mario Dumont avait déjà déclaré lors d’une réunion en 2008 que le Ministère de l’Éducation était un État dans l’État. À la même époque, alors qu’il s’opposait au cours d’éthique et de culture religieuse  comme manifestation du multiculturalisme, il avait déclaré à Granby que ce programme était un « produit dérivé des dérapages bureaucratiques » orchestrés par les bureaucrates du ministère de l’Éducation. »

Comment se fait-il que la bureaucratie semble toujours grossir ? 

Max Weber avait une vision particulière sur la chose.

Le terme de bureaucratie est apparu au XVIIIe siècle et, dès l’origine, il eut une signification plutôt péjorative : l’influence excessive, abusive ou usurpée des bureaux de l’administration sur le cours ordinaire des choses. Il désignait donc d’emblée une manière de déprécier l’organisation administratrice moderne, une plaie de notre société, sans que l’on se soit donné la peine d’expliquer ou de comprendre le phénomène et sans se demander pourquoi il est apparu dans la société moderne. Aussi assiste-t-on durant le XIXe siècle à une kyrielle de dénonciations de la bureaucratie…

L’essor du marxisme n’a fait que renforcer le préjugé contre la bureaucratie. En effet, Marx la considérait comme un des moyens dont use l’État pour opprimer les hommes, au même titre que la police, l’armée ou l’organisation judiciaire.

Notons à ce stade que nous ne pensons pas que l’éducation dirigée par l’État soit nécessairement un domaine où l’efficacité centralisée aille de soi (les écoles publiques coûtent cher aux parents et aux contribuables). En outre, l’efficacité ne doit pas primer aux dépens d’une instruction de qualité qui respecte les choix légitimes des parents.  Voir Les preuves s’accumulent : la présence d’écoles privées profite à tous, Les règles imposées par l’État à l’école privée sont responsables de la sélection pratiquée et Les causes de la « Révolution tranquille » en matière d’éducation, ses conséquences

Depuis le XIXe siècle, voire plus tôt, l’idée selon laquelle une économie de marché s’oppose à un gouvernement dirigiste a été utilisée pour justifier des politiques économiques de laissez-faire conçues pour réduire le rôle de ce gouvernement. Et pourtant les politiques dites libérales ne semblent jamais avoir de réels effets sur la taille de la bureaucratie. C’est ainsi que le libéralisme anglais n’a pas conduit à une réduction de la bureaucratie étatique. Au contraire, on a vu apparaître des panoplies entières de juristes, de greffiers, d’inspecteurs, de notaires et de policiers dont le rôle (réel ou annoncé) est de rendre possible la vision libérale d’un monde tissé par des individus autonomes qui concluent librement des contrats entre eux. Il ne fait aucun doute que le maintien d’une économie de marché moderne nécessite mille fois plus de paperasse qu’une monarchie comme celle du Grand Siècle de Louis XIV.

Selon une école de pensée, la développement de la bureaucratie obéit à une logique interne perverse, mais incontournable. L’argument est le suivant : si vous créez une structure bureaucratique pour traiter un problème, cette structure finira invariablement par créer d’autres problèmes qui paraîtront, eux aussi, ne pouvoir être résolus que par des moyens bureaucratiques. On créera par exemple une couche bureaucratique supplémentaire pour s’attaquer à l’excès de bureaucratie.

Une version légèrement différente de l’argument consiste à dire que, une fois une administration créée, elle cherchera immédiatement à se rendre indispensable à quiconque tentera d’exercer le pouvoir, peu importe ce qu’il souhaite en faire. Le principal moyen d’y parvenir est toujours d’essayer de monopoliser l’accès à certains types d’informations clés.

Comme le grand sociologue allemand du début du XXe siècle Max Weber l’écrivait : « Toute bureaucratie cherche à accroître la supériorité de ses membres en gardant secrètes leurs connaissances et leurs intentions […] L’administration bureaucratique tend à être une administration qui exclut la publicité. La bureaucratie dérobe à la critique, autant que possible, son savoir et ses agissements ».

Un effet secondaire, comme Weber l’observe également, est qu’une fois qu’on crée une bureaucratie, il est presque impossible de s’en débarrasser. Les toutes premières bureaucraties que nous connaissons se trouvaient en Mésopotamie et en Égypte, et celles-ci ont continué d’exister, en grande partie inchangées, lorsqu’une dynastie ou une élite dirigeante en a remplacé une autre, pendant des milliers d’années. De même, les vagues successives d’envahisseurs n’ont pas suffi à déloger la fonction publique chinoise, avec ses bureaux, ses rapports et son système d’examen. Les mandarins sont restés fermement en place, peu importe qui revendiquait le mandat du ciel. Le seul vrai moyen de se débarrasser d’une bureaucratie établie, selon Weber, est simplement de trucider tous les bureaucrates, comme le fit Alaric le Goth dans la Rome impériale, ou Gengis Khan dans certaines parties du Moyen-Orient. Laissez en vie un nombre important de fonctionnaires et, dans quelques années, ils finiront inévitablement par gérer votre royaume…

Il ne faut pas en conclure que Max Werber considérait nécessairement la bureaucratie comme un mal.

Car une autre raison qui expliquerait que la bureaucratie s’incruste et s’accroit est qu’elle devient non seulement indispensable aux dirigeants, mais qu’elle présente aussi un véritable attrait pour ceux qu’elle administre. L’explication la plus simple de l’attrait des procédures bureaucratiques réside dans leur impersonnalité. Les relations froides, impersonnelles et bureaucratiques ressemblent beaucoup aux transactions en espèces : elles sont sans âmes, simples, prévisibles et traitent tout le monde plus ou moins de la même manière. Dans cette optique, la bureaucratie permet de traiter avec d’autres personnes sans avoir à se préoccuper de relations personnelles complexes et épuisantes à la longue.

L’une des raisons pour lesquelles Weber a pu décrire la bureaucratie comme l’incarnation même de l’efficacité rationnelle est que, dans l’Allemagne wilhelmienne, les institutions bureaucratiques fonctionnaient très bien. L’institution phare, la fierté et la joie de la fonction publique allemande, était sans doute la poste. À la fin du XIXe siècle, le service postal allemand était considéré comme l’une des grandes merveilles du monde moderne.

Le service postal a été, pour l’essentiel, l’une des premières tentatives d’appliquer au bien public des formes d’organisation militaire descendante. Historiquement, les services postaux ont pris naissance dans l’armée et les États. Ils étaient à l’origine le moyen de transmettre des rapports de terrain et des ordres sur de longues distances. Par la suite, ils permirent d’assurer la cohésion des empires conquis. D’où le célèbre passage d’Hérodote sur les messagers impériaux persans : « Rien ne parvient plus vite au but que ces messagers royaux, de tout ce qui est mortel. Voici le système qu’ont inventé les Perses : ils établissent, dit-on, sur la route à parcourir autant de relais avec hommes et chevaux qu’il y a d’étapes journalières à assurer, à raison d’un homme et d’un cheval par journée de marche. Neige, pluie, chaleur ou nuit, rien n’empêche ces hommes de couvrir avec une extrême rapidité le trajet qui leur a été assigné ; sa course achevée, le premier courrier transmet le message au second, le second au troisième et ainsi de suite : les ordres passent de main en main, comme le flambeau chez les Grecs aux fêtes d’Héphaïstos… » L’Empire romain avait un système similaire et à peu près toutes les armées fonctionnaient avec des systèmes de courrier postal jusqu’à ce que la France misa sur le télégraphe de Chappe dans la foulée de la Révolution française.

L’une des grandes innovations de l’administration du XVIIIe et surtout du XIXe siècle a été d’étendre au public ce qui était autrefois un système réservé à l’armée. Ce furent d’abord les commerces qui utilisèrent ce nouveau service postal élargi, avant qu’il ne soit adopté pour la correspondance personnelle ou politique. En peu de temps, dans de nombreux États-nations émergents d’Europe et des Amériques, la moitié du budget gouvernemental était consacrée — et plus de la moitié à la fonction publique employée — au service postal.

Timbre commémorant le service postal des Tour et Taxis (ou Tassis, le x étant bourguignon prononcé ss comme dans Bruxelles) avec leur blason qui incorpore un blaireau (tasso en italien, tassi au pluriel).

En Allemagne, on pourrait même faire valoir que la nation a été créée, plus que toute autre chose, par la poste. Sous le Saint Empire romain germanique, le droit de gérer un système de courrier postal dans les territoires impériaux avait été accordé à une famille noble originaire de Milan, connue plus tard sous le nom de barons de Tour et Taxis (un descendant de cette famille, selon la légende, aurait été l’inventeur du taximètre, c’est pourquoi les taxis ont fini par porter son nom). L’empire prussien a racheté le monopole des Tour et Taxis en 1867 et l’a utilisé comme base pour le nouveau poste national allemand.

La grande efficacité du système postal devint l’objet de fierté nationale. Et en effet, la poste allemande de la fin du XIXe siècle offrait un service inégalé, avec jusqu’à cinq voire neuf livraisons du courrier par jour dans les grandes villes. À Berlin, un vaste réseau de tubes pneumatiques livrait des lettres et des petits colis presque instantanément sur de longues distances grâce à un système d’air comprimé. Mark Twain, qui vécut brièvement à Berlin entre 1891 et 1892, fut tellement emballé par ce système qu’il composa l’un de ses seuls essais non satiriques connus, « Postal Service », juste pour célébrer sa merveilleuse efficacité. Londres et Paris avaient aussi leur poste pneumatique.

Il n’était pas non plus le seul étranger à être subjugué. Quelques mois seulement avant le déclenchement de la révolution russe, Vladimir Ilitch Lénine écrivait : « Un spirituel social-démocrate allemand des années [18]70 a dit de la poste qu’elle était un modèle d’entreprise socialiste. Rien n’est plus juste. La poste est actuellement une entreprise organisée sur le modèle du monopole capitaliste d’État. L’impérialisme transforme progressivement tous les trusts en organisations de ce type. […] Toute l’économie nationale organisée comme la poste, de façon que les techniciens, les surveillants, les comptables reçoivent, comme tous les fonctionnaires, un traitement n’excédant pas des “salaires d’ouvriers”, sous le contrôle et la direction du prolétariat armé : tel est notre but immédiat. Voilà l’État dont nous avons besoin, et sa base économique. »

Et voilà ! L’organisation de l’Union soviétique était directement calquée sur la bureaucratie et plus particulièrement sur le service postal allemand…



Éric Zemmour : « Le déclin de l’empire américain ? Mais c’est aussi le nôtre ! »

Pour Éric Zemmour, l’Occident, jadis terre de conquérants et de baroudeurs, semble transformé en petite chose craintive et oublieuse de son grand passé.

Décidément, la presse américaine n’en rate pas une. Time, qui a consacré Assa Traoré en icône de la liberté contre une France raciste et islamophobe, a aussi dressé un bilan catastrophiste de l’année 2020 : « La pire année de l’Histoire. »

 On reste pantois devant une telle hyperbole. La pire, vraiment ? Pire que 1916, l’année de Verdun ? Pire que 1918, l’année de la grippe espagnole ? Pire que 1942, l’année de Stalingrad ? Pire que 1871, « l’année terrible », quand les Parisiens assiégés par l’armée prussienne mangeaient des rats ? Pire que 1709, l’année du « grand hiver », quand la famine tuait en masse dans la France de Louis XIV ? Et encore on ne parle que de l’Europe, et surtout de la France.

L’hiver de 1709, appelé grand hiver de 1709, fut un épisode de froid intense en Europe, qui marqua durablement les esprits, car il provoqua une crise de subsistance qui entraîna une famine. Cet épisode commença brutalement le jour de l’Épiphanie 1709, par une soudaine vague de froid qui frappa l’Europe entière.

En France cet hiver fut particulièrement cruel. À Paris, les températures furent très basses (Paris n’en connaîtrait de plus basses que bien plus tard notamment en décembre 1879). Les régions du Sud et de l’Ouest de la France furent sévèrement touchées avec la destruction quasi complète des oliveraies et de très gros dégâts dans les vergers. De plus, l’événement prit la forme de vagues de froid successives entrecoupées de redoux significatifs. Ainsi, en février, un redoux de deux semaines fut suivi d’un froid assez vif qui détruisit les blés et provoqua une crise frumentaire.

Environ 600 000 personnes moururent en France à la suite de ces intempéries, que ce soit directement du froid, de la faim ou en raison des épidémies particulièrement meurtrières sur une population sous-alimentée. La mortalité fut aggravée par la situation économique précaire engendrée par la guerre de Succession d’Espagne.

On nous avait dit que le niveau scolaire avait baissé aux États-Unis autant qu’en France et on n’y croyait pas. On nous avait dit que la presse américaine, que les journalistes français admirent tant, était désormais aux mains de jeunes trentenaires qui se qualifient de « woke » (éveillés), sensibles à l’écologie, au féminisme, à l’antiracisme et aux thèses décoloniales. On avait oublié qu’ils étaient sensibles tout court, génération qui n’avait pas connu la guerre, et qui avait été biberonnée dans les universités américaines aux « avertisseurs de sensibilité » qui les alertaient sur les œuvres du passé contrevenant aux règles de bienséance du politiquement correct.

La grande famine de 1693-1694 est due à un hiver très rigoureux en 1692, suivi en 1693 d’une récolte très médiocre, causée par un printemps et un été trop pluvieux, causant une flambée des prix des céréales et une sous-alimentation qui favorise les épidémies comme le typhus, jusqu’en 1694. La France, qui avait alors 20 millions d’habitants, eut 1 300 000 morts en plus de la mortalité normale, selon Emmanuel Leroy-Ladurie.

En français d’avant, on les aurait traités de « chochottes », mais ce mot sent trop fort la langue du monde d’hier, pleine de préjugés patriarcaux. Et puis, en réfléchissant, cette presse américaine, dont on aime se gausser autant qu’elle aime nous sermonner, c’est nous. Nous qui nous sommes enfermés et avons mis notre économie à terre pour une épidémie qui tue 0,5 % des personnes contaminées [au pire, sans traitement, ni vaccin; ce sera bientôt nettement moins donc]. Nous qui sommes tétanisés par la trouille et le principe de précaution. Nous qui sacrifions tout à la sauvegarde de la « vie nue », tout ce qui fait le plaisir de la vie. Nous qui menaçons, par juges interposés, les politiques qui n’oseraient pas tout faire pour nous protéger. Et nos politiques qui, rendus fous par la crainte des juges et par l’hubris de la toute-puissance, enferment tout un peuple de bien portants, régentant jusqu’à nos salles à manger.

Les grands esprits du XIXe, qui avaient vu les débuts de notre monde moderne, nous avaient prévenus : Auguste Comte avait prédit que la révolution technologique provoquerait l’avènement des valeurs féminines : pacifisme, recherche du consensus, principe de précaution, etc. L’inventeur de la sociologie, Émile Durkheim, avait annoncé que l’importance accordée aux questions économiques irait de pair avec l’anomie de sociétés individualistes et sans ressort.

Mais c’est surtout l’Occident qui semble touché par ces symptômes. L’Asie s’est déjà ressaisie et est repartie dans sa course en avant industrielle. L’Afrique semble rire de cette épidémie, ridicule par rapport au virus Ebola qui a ravagé le continent et ne ralentit pas son expansion démographique. L’Occident, jadis terre de conquérants et de baroudeurs intrépides et cruels, semble transformé en petite chose craintive et oublieuse de son grand passé. Comme un Empire romain décadent et émollient.


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