samedi 5 janvier 2019

Chine — Malgré la fin de la politique de l'enfant unique, la natalité continue de baisser

Des démographes chinois ont déclaré que le nombre de nouveau-nés en 2018, la troisième année après la mise en œuvre complète de la politique en faveur des deux enfants, aurait peut-être diminué de plus de 2 millions et que le nombre de naissances continuera de diminuer. Le nombre de bébés nés en 2018 aurait chuté de plus de deux millions par rapport à 2017, qui avait déjà connu une chute de 3,5 % par rapport à l’année précédente.

La Chine sera-t-elle vieille avant d’être riche ? Contrairement au Japon qui a commencé à vieillir après être devenu riche, ce qui est plus facile à gérer.

L’âge médian de la Chine était de 22 ans en 1980. En 2018, il était de 40 ans. Il passera à 46 ans en 2030 et à 56 ans en 2050. Aux États-Unis, l’âge médian était de 30 ans en 1980 et de 38 ans en 2018. En 2030, il sera de 40 et 44 ans en 2050. L’âge médian au Québec a atteint 42 ans en 2016, par rapport à 34 ans en 1991 et à 26 ans en 1971. À titre de comparaison, l’Inde avait un âge médian de 20 ans en 1980 et de 28 ans en 2018.

« Bien que les données nationales sur la naissance de nouveau-nés n’aient pas encore été publiées, les données révélées par les services de santé locaux ont montré que le nombre de nouveau-nés en 2018 avait diminué d’au moins 15 % par rapport à l’année précédente », a déclaré mardi He Yafu au Global Times. He Yafu est démographe et auteur d’un livre sur l’impact de la politique de population de la Chine.

« Le nombre de naissances en 2017 était de 17,23 millions. Selon les calculs actuels, le nombre de nouveau-nés à travers le pays pourrait chuter de plus de 2 millions », a-t-il prédit.

Il a ajouté que le nombre de naissances en 2018 pourrait tomber en dessous de 15 millions de personnes, citant une source proche de la Commission nationale de la santé.

Yi Fuxian, chercheur à l’Université du Wisconsin à Madison, et Su Jian, directrice du Centre national de recherche économique de l’Université de Pékin, ont également déclaré au Global Times que le nombre de nouveau-nés en 2018 diminuerait de plus de 2 millions, une baisse qui contredit les prédictions optimistes des autorités de la santé chinoises. La plus haute autorité sanitaire du pays avait également prévu que le nombre de nouveau-nés en 2018 dépasserait de 790 000 naissances celui de 2017, alors qu’on assisterait plutôt à une baisse trois plus forte.

Baisse de la population en 2018 de 1,27 million

On apprend également une nouvelle qui serait une première en 70 ans ! La population de la Chine a baissé l’an dernier. Les chiffres officiels ne seront connus que courant janvier, mais le spécialiste Yi Fuxian, chercheur basé aux États-Unis à l’université du Wisconsin-Madison, estime que la population de la Chine a reculé l’an dernier de 1,27 million de personnes. Une paille par rapport à une population totale de 1,39 milliard d’habitants…

Dogme de l’enfant unique

Décidé afin d’éviter qu’un accroissement trop rapide de la population ne freine le développement économique, l’impopulaire dogme de l’enfant unique, introduit en 1979, a provoqué de terribles dérives, comme les stérilisations et les avortements forcés. Même si elle comportait des exceptions, cette politique répressive a également dangereusement accéléré le vieillissement de la population chinoise. D’où le revirement du gouvernement dès fin 2013 : les couples dont l’un des membres est enfant unique ont eu le droit d’avoir un deuxième rejeton. Deux ans plus tard, cette possibilité était étendue à l’ensemble des foyers, pour une entrée en application début 2016.

La Chine est confrontée à une véritable bombe à retardement. Le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus devrait atteindre 487 millions en 2050, soit près de 35 % de la population, contre 241 millions fin 2017, selon des estimations des autorités chinoises. De quoi mettre en péril les fragiles systèmes de santé et de retraite du pays. Et menacer l’économie nationale. La population en âge de travailler (de 16 à 59 ans) a en effet chuté de près de 5,5 millions de personnes en 2017, déclinant pour la sixième année consécutive.

Véritable politique nataliste

L’assouplissement de la réglementation n’a pour l’instant pas eu les effets attendus. Après un rebond des naissances en 2016, leur nombre a chuté en 2017. Plus de 53 % des couples ayant déjà un enfant n’ont pas l’intention d’agrandir la famille, selon une enquête réalisée en 2016 par l’Association des femmes de Chine. Le coût de l’éducation, de la santé et du logement décourage notamment les parents. « De nombreux jeunes Chinois n’ont pas envie d’avoir d’enfant du tout ou de deuxième enfant, car ils craignent de faire chuter leur niveau de vie », souligne Chen Youhua, professeur à l’université de Nanjing, pour qui la multiplication des enfants uniques a contribué au développement de l’« individualisme » et de l’« hédonisme » en Chine. Les réticences sont particulièrement fortes au sein de la classe moyenne, précise-t-il. « La génération née après 1979 a grandi avec la propagande de l’enfant unique : l’idée d’avoir peu de descendants est ancrée dans leur mentalité », complète Yi Fuxian, démographe à l’université du Wisconsin à Madison.

Beaucoup d’experts estiment que la Chine va devoir se lancer tôt ou tard dans une véritable politique nataliste. « Il faut des réformes draconiennes dans toute la société », avec un système de sécurité sociale qui encourage les naissances, une baisse des coûts de l’immobilier, d’éducation et de santé, ou une prise en charge du congé maternité par l’État et non par l’employeur, insiste Yi Fuxian.

Mais, « quelles que soient les mesures, elles n’auront pas de réelle efficacité durant les trente ou cinquante prochaines années », indique le professeur Chen Youhua, tant la faiblesse du taux de fécondité est structurelle. « Des dizaines d’années de planification familiale ont dévasté la structure démographique de la Chine. Les problèmes ne peuvent pas être résolus du jour au lendemain », renchérit Yi Fuxian, qui rappelle que les enfants nés aujourd’hui n’entreront sur le marché du travail que dans une vingtaine d’années au plus tôt…


Québec — Passer aux actes pour défendre la langue française

Robert Dutrisac souligne avec justesse dans le Devoir de ce 5 janvier :

François Legault a eu beau exprimer ses craintes quant à l’avenir du français au Québec, son discours d’ouverture ne mentionnait aucune mesure pour défendre ou promouvoir la langue française. Manifestant la même préoccupation, la ministre Nathalie Roy a écarté d’emblée tout renforcement de la loi 101, promettant seulement de se montrer plus ferme dans l’application des règlements actuels sur la langue d’affichage commercial, comme si c’était suffisant.

Pendant près de quinze ans, les libéraux se sont refusés à affermir la Charte de la langue française (CLF) ; ils l’ont plutôt assouplie, en encadrant les écoles passerelles ou l’affichage des marques de commerce anglaises. En matière de langue de travail, ils n’ont rien fait, sinon déployer avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain une « stratégie commune d’intervention », faite de mesures volontaires, dans le but d’inciter les plus petites entreprises à se franciser, stratégie dont les résultats ont été des plus modestes. Mais au moins, la passivité libérale s’expliquait [au mieux] par une vision jovialiste de la situation de la langue française au Québec.

Pour l’heure, la stratégie linguistique du gouvernement Legault repose essentiellement sur une meilleure francisation des immigrants.

Suite ici

Comme en éducation, on attend un vrai changement plutôt que des mesurettes qui ne modifient rien sur le fond.


vendredi 4 janvier 2019

Accès à l'université — Sélectivité et égalité sont-elles antithétiques ?

La sélectivité et l’égalité sont souvent considérées comme antithétiques ; mais il y aurait des preuves contraires dans le domaine de l’éducation. The Economist s’est penché sur la question.

Le mois dernier, parmi les demandes des Gilets Jaunes qui défilaient dans les rues de France, certains étudiants protestaient contre la manière dont le gouvernement avait modifié le système d’admission à l’université, en passant d’un système qui admettait à peu près tout le monde à un système qui mettait en place un minimum de sélectivité.

Les mécontents se plaignent que les changements sont inégalitaires. Mais les chiffres de l’OCDE semblent démontrer que certains pays parmi les plus égalitaires d’Europe ont les systèmes universitaires les plus sélectifs, et inversement. Voir le graphique ci-dessous.


L’enseignement supérieur finlandais est l’un des plus sélectifs d’Europe. Seul un tiers des candidats sont acceptés. La Finlande a également l’un des niveaux les plus élevés de mobilité intergénérationnelle en Europe, qu’il soit mesuré par les résultats scolaires ou par la différence entre les classes sociales des parents et des enfants. L’enseignement supérieur finlandais jouit d’un degré d’autonomie inhabituel : la plupart de ses universités sont indépendantes de l’État.

En revanche, le système universitaire français est une branche de l’État depuis que Napoléon l’a décrété en 1808, et c’est l’un des systèmes les moins sélectifs de l’Europe. Notons, toutefois, que les universités sont les parents pauvres de l’éducation supérieure en France, alors que les prestigieuses grandes écoles françaises sont extrêmement sélectives. Mais cette étude de l’OCDE est intéressante pour les pays où l’accès à l’université est très peu sélectif. L’entrée à l’université en France est considérée comme un droit dès lors qu’ils réussissent le baccalauréat (le DEC au Québec). Or le taux de passage au bac ne fait qu’augmenter : il était de 87,9 % en 2017 pour tous les candidats qui s’y présentaient, allant jusqu’à 90,6 pour le baccalauréat général, premier diplôme universitaire. Les bacheliers français peuvent s’inscrire dans des filières et pour des matières dont ils ne connaissent rien. Les réformes de l’année dernière, qui permettent aux universités d’obliger les étudiants à suivre des cours de rattrapage s’ils le jugent nécessaire, n’auront que peu de conséquences.

Pourtant, malgré ce système tertiaire français inclusif, la mobilité intergénérationnelle est faible en France, qu’il soit mesuré par les résultats scolaires ou par la catégorie professionnelle. C’est peut-être en partie parce que seuls 40 % des étudiants en France obtiennent leur diplôme dans les délais prévus, ce qui représente un gaspillage financier important. Les taux d’abandon ont tendance à être plus élevés chez les étudiants défavorisés.

L’approche universitaire finlandaise est également rentable sur le plan de la qualité. Le pays se classe en tête de l’indice Universitas 21, qui classe 50 pays en fonction de la qualité de leur université et du PIB par habitant. La France arrive en 19e place, derrière la Grèce et la Chine.

Source : The Economist

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La hausse des taux d’obtention du diplôme de fin d’études secondaires aux États-Unis semble exagérée. 

Arne Duncan,
de Chicago comme Barack Obama
À une époque, la performance des écoles secondaires publiques de Washington (DC) était considérée avec émerveillement. Malgré une pauvreté généralisée (trois élèves sur quatre sont issus de familles pauvres) et la ségrégation raciale, la capitale des États-Unis avait considérablement augmenté le taux de diplomation de ses élèves sous Barack Obama. En 2012, seuls 56 % des élèves du secondaire avaient obtenu leur diplôme de fin d’études. En 2017, ce taux avait grimpé jusqu’à 73 %. Arne Duncan (ci-contre), secrétaire à l’éducation de Barack Obama, avait précédemment présenté les résultats du district comme un exemple de « ce qui peut se produire lorsque les écoles adoptent des réformes novatrices ».

Puis la vérité a émergé. Cela a commencé par des reportages dans les médias sur des manigances à l’école secondaire Ballou, une école secondaire uniquement fréquentée par des élèves non blancs ou de milieu pauvre située dans le coin sud-est de la capitale nationale. Le taux de diplomation y était passé de 50 % en 2012 à 64 % en 2017. Lorsque des évaluateurs externes se sont penchés sur les dossiers du district, ils ont constaté que 34 % de tous les diplômes obtenus en 2017 avaient été délivrés de manière irrégulière. Un grand nombre de ces diplômes couronnaient ainsi les efforts d’élèves qui ne se présentaient que rarement à l’école. Le taux de diplomation à l’école secondaire Ballou est depuis retombé sur Terre.

À l’échelle nationale, les taux de diplomation au secondaire ont augmenté de façon constante, alors même que d’autres mesures d’apprentissage et de réussite — examens internationaux, tests standardisés prescrits par l’État, scores aux tests d’admission à l’université — restaient inchangées, voire diminuaient légèrement. Cela pourrait être dû au fait que les enfants s’en tirent mieux, mais uniquement à l’école et dans les examens locaux, ou parce que les écoles sont moins exigeantes.

Il existe des cas de réussite réelle : les écoles à chartes très performantes dans les villes ont permis la réussite de nombreux élèves de familles peu nanties ou de minorités ethniques, les plus à risque de décrocher s’ils étaient restés dans des écoles publiques traditionnelles. Mais pour le reste du pays, les témoins virent peu à peu au rouge. L’État de l’Alabama, qui avait enregistré une augmentation remarquable de 17 points de pourcentage du taux de diplomation entre 2011 et 2015, a depuis admis que ce nombre avait été gonflé. De Charlotte (Caroline du Nord) à Atlanta (Géorgie), en passant par New York et Los Angeles, surgissent des accusations plausibles d’inflation du taux de diplomation.

Un élément omniprésent dans ces cas d’augmentation rapide des taux de diplomation est le recours aux classes de rattrapage en ligne. Il s’agit de cours de rattrapage dispensés par ordinateur que les étudiants peuvent suivre s’ils échouent au cours, au lieu de suivre des classes pendant l’été ou de redoubler. Jeremy Noonan, un ancien professeur de sciences du comté de Douglas, en Géorgie, a eu comme mission de surveiller ces cours de « récupération de crédits » (qui augmentent la note finale) en 2016. M. Noonan a déclaré qu’un collègue lui avait dit que son mandat était de gérer le cours de sorte que les étudiants obtiennent une note moyenne d’au moins 80 %, ce qui leur permettrait d’obtenir leur diplôme même s’ils échouaient aux examens de fin de trimestre.

Le programme informatique utilisé pendant ces cours de rattrapage permettait aux étudiants de repasser des examens qu’ils avaient ratés, en présentant souvent les mêmes questions. « J’ai tout de suite compris qu’il ne s’agissait que de manipuler le système », dit-il. « La plupart des enseignants ont simplement donné aux élèves les réponses sans prendre la peine d’expliquer le contenu du cours », explique Ayde Davis, ancienne enseignante dans une école publique de Del Rio, au Texas, qui a signalé ces abus à l’agence texane de l’éducation. « Les étudiants pouvaient terminer leurs cours à un rythme accéléré, l’administration était heureuse et les professeurs du programme de rattrapage qui coopéraient étaient félicités publiquement. »

Les étudiants ont passé les examens à une vitesse beaucoup trop rapide : l’un d’entre eux a terminé un examen de physique en quatre minutes et a obtenu une note de 80 %, selon les documents officiels qu’elle a conservés. Les documents de Mme Davis montrent que pendant l’année scolaire 2015-2016, 144 crédits ont été accordés pour des cours de rattrapage terminés en moins de dix heures. Selon les concepteurs du logiciel de récupération de crédits, chaque cours dure entre 60 et 75 heures.

On ne sait à quel point ces programmes de recouvrement de crédits sont utilisés comme usines à diplômes. Mais l’usage de ces cours en ligne est désormais très fréquent. L’Institut Fordham, un groupe de réflexion sur l’éducation, estime que 69 % de toutes les écoles secondaires américaines les utilisent. Dans certaines écoles secondaires, plus de la moitié des élèves sont inscrits à des programmes de récupération de crédits. Ils sont particulièrement populaires dans les écoles secondaires urbaines fréquentées par des élèves pauvres ou appartenant à des minorités ethniques — en d’autres termes, précisément dans les endroits où les taux de diplomation ont augmenté le plus rapidement.

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http://www.pouruneécolelibre.com/2015/06/quebec-enseignants-incites-gonfler-les.html

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mercredi 2 janvier 2019

Québec — le programme ECR serait là pour de bon selon le ministre Roberge

Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a été catégorique au sujet du cours d’Éthique et culture religieuse (ÉCR) lors de son entrevue à l’émission Les Francs-tireurs, le 12 décembre dernier : pas question d’abolir cette matière enseignée dans les écoles primaires et secondaires du Québec depuis 2008. L’entretien fut très cordial.

Richard Martineau implore à genou le ministre Roberge d’abolir le controversé programme ECR, il répliquera d’un bref « non » suivi de lieux communs pour défendre ledit programme

M. Roberge, qui a donné le cours d’ÉCR lorsqu’il était instituteur au primaire, concède qu’il y a « des affaires à corriger ».

Rappelons que si la CAQ avait bien décidé en congrès en 2012 à Victoriaville d’abroger le controversé programme d’ECR au primaire. M. Roberge s’était alors publiquement élevé contre cette abolition avant de perdre le vote à main levée de la part des militants. M. Roberge a toujours été un fervent partisan de cet « apprentissage » multiculturaliste imposé par l’État. [Voir La CAQ vote pour l’abolition du programme ECR au primaire].

Selon le ministre du Monopole de l’Éducation du Québec, le programme ÉCR comporte un volet « philosophique » encourageant les élèves à « pratiquer le dialogue ». À ses yeux, le cours d’ÉCR permet donc d’amener les étudiants à « décoder lorsque leur interlocuteur [...] prend un stéréotype, prend un raccourci intellectuel » et à comprendre « l’autre ». M. Roberge résume ce volet du programme comme équivalent à faire de la philosophie avec les « ados ». À 6, 7, 8, 9, 10, 11 ans ?



S’il est vrai que le programme comprend un pan qui enseigne les principaux « sophismes » et paralogismes à éviter (notamment comme ne faire ressortir que de bons points annexes pour excuser un tout critiquable...), on ne voit pas très bien l’utilité de ce pan au primaire ni comment il peut servir à justifier le reste du programme, car on peut facilement enseigner ces notions dans d’autres sujets comme le français (techniques de débats, apprentissage de textes argumentatifs), l’histoire ou même, de manière plus surprenante peut-être, en mathématiques.

Pour ce qui est de la lutte aux « stéréotypes » qu’évoque le ministre du Monopole de l’Éducation, notons, tout d’abord, que le volet religieux d’ECR valorise une vision stéréotypée des croyants (voici à quoi ressemble un musulman, il se vêt ainsi, il pense ceci, il fait ces gestes rituels).  D’autre part, la « lutte aux stéréotypes » est un outil très prisé par les féministes (Roberge ressort l’éculée importance des « femmes en sciences »), les progressistes et la coterie LGBT pour remettre en question les traditions culturelles et sociales de nos sociétés considérées comme misogynes, patriarcales ou transphobes par ces groupes influents. Voir à ce sujet Détourner la lutte contre l’intimidation et intimider les hétérosexistes et programme gouvernemental interministériel de lutte contre l’hétérosexisme.

Par ailleurs, M. Roberge explique que le Programme comprend un volet s’adressant à la lutte contre l’intimidation. C’est vrai. Mais ce n’est, à nouveau qu’un aspect secondaire et l’on peut se demander comment cette lutte est mise en œuvre dans une école et un programme d’enseignement politiquement correct. S’opposer à l’islamisme ou même l’islam serait-il de la « discrimination » ? Ne pas s’extasier devant l’immigration serait-il acceptable (se rappeler le Controversé projet scolaire sur l’immigration à une école secondaire de Karoumaska et des sorties enflammées de politiciens comme M. Trudeau en Beauce quand on critique l’immigration) ? Quid d’une désapprobation du transgenrisme ? Etc.

Quant aux notions d’histoire des religions, elles peuvent s’apprendre en histoire, en univers social. Et sans doute pas au primaire quand on considère les lacunes des écoliers québécois en français par exemple. M. Roberge n’hésite pas à avancer que le cours ECR permettra à comprendre les raisons des guerres dans le Levant, c’est fort peu probable, car le programme est très superficiel et qu’il n’est précisément pas un programme d’histoire des religions. Notons que le même genre d’argument avait été soutenu à l’époque de l’imposition du controversé programme ECR. Lors d’une réunion à Valcourt en 2008, les représentants du ministère prétendirent que ce programme devait permettre de comprendre les cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin... Gageons que ce ne fut pas le cas ou que cela aurait pu être fait dans un cours de géographie ou d’histoire. Les éléments de langage du Monopole de l’Éducation ne changent décidément pas...

M. Roberge insiste : « si on essaye de transmettre la foi [par l’entremise du programme ÉCR], j’ai un gros problème, un très gros problème », déclare-t-il avec fermeté toute télévisuelle.

Comment appelle-t-on cette ruse rhétorique qui consiste à présenter la position de son adversaire de façon erronée ? Ah, oui, le paralogisme de l’épouvantail. Aucun parent à notre connaissance n’a critiqué le programme ECR en disant que ce cours tente de transmettre la foi catholique... De quelle foi parle donc le ministre Roberge ? M. Roberge veut-il dire une vague spiritualité ? Les parents s’opposaient plutôt à ce qu’on dévalorise leur religion, qu’on la mette sur le même pied que les mythes amérindiens, le père Noël, Superman, les autres religions aux yeux des enfants et cela dès six ans. Ils affirmaient que « présenter des doctrines religieuses fondamentalement incompatibles comme étant aussi légitimes et crédibles l’une que l’autre pourrait impliquer qu’elles sont toutes les deux également fausses. » Ce que leur concèderont les juges de la Cour suprême dans le second procès ECR (Loyola).



Pour l’avocat Me Mark Phillips, ECR est tout sauf un cours d’histoire des religions. En réalité, le programme ECR interdit de donner un tel cours. Ainsi, le programme ECR interdit de présenter les religions de manière séquentielle et linéaire, mais prescrit qu’elles doivent être présentées en juxtaposition entre elles et avec des êtres mythiques et surnaturels. Ce qui ne veut pas dire, en passant, que tous les professeurs suivent ces prescriptions.

Mais surtout M. Roberge oublie de considérer les critiques quant au fait que le programme ECR est un cours de multiculturalisme 101. Il fait comme si ces critiques n’existaient pas. Voir Joëlle Quérin et « La face cachée du cours Éthique et culture religieuse ».

Le sociologue Gary Caldwell sur le cours d’éthique et de culture religieuse (1re partie)

Enfin, Roberge écarte de la main les manuels approuvés par le Bureau d’approbation du matériel didactique, officine du Monopole de l’Éducation. Ils ne représenteraient pas le programme ECR (Madame Courchesne dès janvier 2010 disait la même chose aux évêques catholiques inquiets de ce qu’ils voyaient dans le matériel didactique du programme ECR, M. Roberge fait décidément dans la continuité). M. Roberge n’est pas contredit dans l’entretien très bienveillant de Richard Martineau. Pourtant, des questions viennent immédiatement à l’esprit. Pourquoi ces manuels si souvent critiqués ont-ils donc été approuvés par le Monopole de l’Éducation ? C’est bien que le programme ECR peut s’enseigner ainsi, non ? Notons aussi que l’enseignant peut utiliser en classe des cahiers d’activités non approuvés qui sont souvent pires, plus caricaturaux que les manuels approuvés. La liberté d’interprétation du programme (très vague, en rien « encyclopédique ») permet à des enseignants militants tous les excès : l’enseignante qui donne son cours d’ECR habillée en femme prêtre pour dénoncer le patriarcat catholique, faire venir ses sectes préférées (Hari Krichna) ou affirmer à petite fille croyante : « Marie s’est fait violer, elle a inventé l’histoire du Saint-Esprit, Joseph a gobé son histoire », les cérémonies wiccan (sorcières modernes) comme activités pédagogiques, etc.

 
Activité ECR dans une école privée sur l’île de Montréal. On remarquera l’épée, la cape et, sur la table drapée, le crâne et les bougies très wiccan.

Finalement, sur le plan de l’éducation morale et religieuse, le programme n’est en rien complet, il est au mieux inutilement contraignant pour des écoles et des parents qui voudraient insuffler à leur enfant autre chose que le correctivisme politique et le multiculturalisme correct. C’était d’ailleurs le grief principal du collège Loyola : même dans un cours d’éthique et de culture religieuse une école catholique doit pouvoir affirmer la morale et la tradition catholique comme préférable, cela lui était interdit. Évidemment, Richard Martineau, virulemment athée, ne pouvait aborder cet aspect...

Pour ce qui est du ministre Roberge, il semble être un très bon élément continuateur, un ministre « conservateur » comme l’aiment ceux qui imposent le monopole pédagogique d’en haut aux enfants des autres. Rien ne changera fondamentalement. On le laissera s’amuser à réformer les structures, à mieux payer les jeunes enseignants, ce n’est pas l’essentiel.


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ECR — Dix ans plus tard, le ministère considère corriger les manuels qu’il a pourtant approuvés

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Réflexions sur la « victoire » du collège Loyola

Gain de cause pour Loyola en Cour suprême

Québec — Congédier la messagère, mais ministre Roberge promet de changer les choses

Au début décembre 2018, Patrice Lagacé rapportait dans La Presse :
Le 25 octobre dernier, l’enseignante Kathya Dufault m’a raconté les maux de l’école moderne, comme elle les a vécus dans ses classes. Elle m’a raconté ces maux à visage découvert et j’ai publié son histoire parce que les constats de Kathya Dufault rejoignent ceux que j’entends depuis trois ans, depuis que j’écris sur l’école.


Pour cela, Kathya Dufault fait face à une procédure de congédiement de la part de la commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles (CSSMI).

L’enseignante a reçu l’avis de procédure de congédiement du nom d’« intention de résiliation d’engagement selon l’article 5-7.00 de l’Entente locale » jeudi dernier, avec copie conforme à son syndicat.

La lettre, signée par François Grégoire, directeur adjoint aux ressources humaines de la CSSMI, fait la nomenclature des déclarations et constats de l’enseignante Dufault dans ma chronique, dans sa lettre à La Presse publiée le même jour et dans des entrevues subséquentes avec Paul Arcand au 98,5 FM et Denis Lévesque, de LCN.

On ne reproche pas à Kathya Dufault d’avoir dit des choses fausses. On lui reproche d’avoir parlé, point.

Là où elle parlait d’élèves en difficulté qui ne devraient pas être dans des classes ordinaires — un constat si répandu que le nouveau ministre de l’Éducation promet d’agir là-dessus rapidement —, la commission scolaire lui reproche de les avoir décrits... « de façon péjorative ».

Là où elle constate que les directions d’école n’ont pas été en mesure de l’aider quand elle a demandé de l’aide, la commission scolaire lui reproche d’avoir « critiqué publiquement [son] employeur ».


Là où Kathya Dufault m’a décrit ce que j’ai qualifié dans la chronique du 25 octobre de niveau « épouvantablement faible » de ses élèves en français — preuves à l’appui —, la commission scolaire y a vu une tromperie à l’égard du public, une preuve de déloyauté et un manquement à un devoir de confidentialité envers la CSSMI.

(J’ai parlé à Mme Dufault, dimanche, elle a préféré ne pas m’accorder d’entrevue.)

La lettre de menace de congédiement reproche à l’enseignante Dufault d’avoir, je cite : « miné le lien de confiance des parents envers l’école publique »...

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, veut briser la « loi du silence » dans le réseau scolaire. Il souhaite ajouter dans les prochaines conventions collectives une clause garantissant la liberté de parole des enseignants qui veulent « dénoncer les travers » du système.

Notons qu’aujourd’hui les politiques des commissions scolaires musèlent souvent les professeurs, ils ne peuvent dénoncer ces travers. Il ne faut pas saper la confiance envers l’école publique. Voir les dénonciations de cet instituteur :

Le Prof muselé ?

Lors de la première journée pédago, le directeur nous a fait une présentation à propos de la nouvelle politique de la commission scolaire concernant l’éthique.

Sur le coup, j’ai immédiatement trouvé l’initiative intéressante, surtout si elle permet d’éviter les conflits d’intérêts. Or, j’ai été plutôt traumatisé par ce qui a suivi.

À l’intérieur de son code d’éthique, la CS a imbriqué ce qu’elle appelle un « devoir de loyauté ». En clair, tout employé qui critique la commission scolaire s’expose à des réprimandes. J’ai fermé ma gueule, évidemment, mais ça m’a immédiatement hérissé au plus haut point ! J’ai horreur des gens qui tentent d’atteindre à ma liberté d’expression

TA YEULE !

Comme ça a été le cas l’an passé, ma nouvelle directrice a profité de la première réunion de l’année pour nous parler du « code d’éthique » des employés de la commission scolaire. La plupart des trucs qui y sont mentionnés sont des évidences qui concernent l’intégrité, l’honnêteté et l’équité, comme si on avait besoin de se faire dire que voler ou accepter des pots de vin, c’est pas bien.

À mon avis, ce code d’éthique a été créé uniquement pour faire mieux passer une clause de « loyauté » dans laquelle on peut lire que l’employé doit :

– Respecter l’autorité hiérarchique

– Éviter tout comportement ou attitude pouvant causer du tort ou discréditer l’organisation

– Travailler dans l’intérêt de la commission scolaire et éviter de critiquer l’employeur.



mardi 25 décembre 2018

Pause des fêtes de Noël et de l'an nouveau




Le carnet Pour une école libre au Québec prend quelques jours de congé pour fêter dignement en famille les fêtes de Noël et de nouvel an.

Nous souhaitons à nos lecteurs, de plus en plus nombreux, les meilleurs vœux pour 2019 !

Militia est vita hominis super terram



lundi 24 décembre 2018

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?

Selon une dépêche de l’AFP, les espèces de la Grande barrière de corail qui ont survécu au blanchissement dû à l’augmentation de la température de l’eau sont plus résistantes face aux nouveaux épisodes de réchauffement l’année suivante, ont indiqué mardi des scientifiques voyant « le bon côté des choses » pour cet écosystème en danger. La Grande barrière de corail, ensemble de récifs de 2300 km situé au nord-est de l’Australie et classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, avait été frappée par deux vagues consécutives de blanchissement, en 2016 et 2017.

Sous la pression de facteurs environnementaux inhabituels, comme le réchauffement de l’eau, les coraux stressés expulsent les petites algues avec lesquelles ils ont une relation symbiotique, qui leur donnent couleur et énergie.

Le blanchissement est un phénomène de dépérissement qui est réversible, puisque les coraux touchés peuvent ensuite retrouver leur couleur si la température de l’eau baisse et que les algues expulsées s’y implantent de nouveau.

En 2016 et 2017, des bandes entières de corail ont été endommagées ou sont mortes durant une vague d’événements climatiques sans précédent, en particulier parmi les ramifications en forme de plateaux qui sont les plus sensibles à la chaleur.

Mais une récente étude publiée dans la revue scientifique britannique Nature Climate Change a montré que la réponse du récif avait varié entre les deux années.

« Nous étions stupéfaits de trouver moins de blanchissement en 2017, alors que les températures étaient encore plus hautes que l’année précédente », a expliqué le professeur Terry Hughes de l’Université James Cook (Australie), qui a dirigé l’étude.

La partie nord de la barrière, qui avait le plus souffert en 2016, a « beaucoup moins » blanchi en 2017, bien que certains récifs aient été soumis à des niveaux de stress thermique similaires les deux étés.

Dans les zones centrales du récif, les scientifiques ont observé les mêmes niveaux de blanchissement en 2016 et 2017, alors même que la zone a été plus exposée à la chaleur en 2017.

En outre, les coraux de la zone sud — la moins touchée de la Grande barrière —, qui avaient souffert d’un blanchissement minime la première année, n’ont fait état d’aucun blanchissement la seconde.

« Cela nous a surpris, parce que si les coraux de la zone sud s’étaient comportés de la même façon la deuxième année que la première, 20 à 30 % d’entre eux auraient dû blanchir et ça n’a pas été le cas », a expliqué Terry Hughes à l’AFP.

« Il semblerait donc que la trace des expériences subies la première année a renforcé les coraux de façon à les acclimater à de plus fortes chaleurs la deuxième année... C’est en quelque sorte le bon côté des choses. »

Selon le professeur Hughes, il est encore trop tôt pour dire si le plus grand récif corallien du monde sera frappé début 2019 par une nouvelle vague de blanchissement, après le printemps caniculaire qui a touché le Queensland, un État australien qui borde la Grande Barrière.

Des études plus anciennes ont montré que les récifs coralliens risquent l’extinction à l’échelle mondiale si la température à la surface de la Terre augmente de deux degrés Celsius par rapport aux niveaux de l’ère préindustrielle.

Les récifs coralliens constituent moins de 1 % de l’environnement marin sur la Terre, mais sont reconnus comme l’habitat naturel d’environ 25 % de la vie marine, jouant le rôle de berceau pour de nombreuses espèces de poissons.

Le cas de Peter Ridd également de l’université James Cook

Article du 29 mai 2017 du Télégraph de Londres :
la Grande barrière de Corail ne peut plus être sauvée
Quand l’océanographe biologiste Peter Ridd a soupçonné que quelque chose clochait avec des photographies utilisées pour souligner le déclin rapide de la Grande Barrière de Corail, il a fait ce que tout bon scientifique devrait faire : il a envoyé une équipe sur place vérifier les faits.


Après avoir tenté d’alerter le public sur ce que son équipe avait trouvé — des coraux en bonne santé —, le professeur Ridd a été censuré par l’Université James Cook, elle l’a menacé de limogeage s’il parlait encore de ce sujet, puis l’a finalement licencié pour « manquement à la discipline collégiale ». (Il a intenté un procès contre son université lequel devrait commencé en février 2019)

Ainsi donc, après une enquête de l'université, le professeur Ridd — un ardent défenseur du renommé du Laboratoire de géophysique marine de la JCU en faveur d'une assurance de la qualité des recherches sur le corail — a été reconnu coupable « de ne pas avoir agi de manière collégiale et dans l’esprit universitaire de l’institution ».

Son crime était d’avoir mis en doute les dires de deux des plus grandes institutions reliées aux récifs australiens, le Centre d’excellence pour les études coralliennes et l’Autorité du parc marin de la grande barrière de corail et de leur avoir signalé les photographies qu’ils avaient publiées et qui prétendaient illustrer la mort à long terme du récif pouvaient être trompeuses et erronées... Les photographies ont été prises près de Stone Island, près de Bowen. Une photographie prise à la fin du 19e siècle montrait des coraux sains. Une photo en vis-à-vis censée représenter le même récif en 1994 le montrait nu et dépourvu de corail. Le professeur Ridd a expliqué qu’on ne pouvait qu’estimer, à un ou deux kilomètres près, l’endroit où la photo originale avait été prise, mais qu’il n’était pas inhabituel de trouver un récif de corail en excellente santé à endroit, alors qu’il n’y avait aucun corail à un kilomètre de là. C’était ce que ses chercheurs avaient ramené de leurs observations. Il n’était pas non plus possible de dire ce qui avait tué le corail dans la photo de 1994.

Pourtant, dès 2016, une étude des récifs au nord du Queensland a révélé une augmentation de la quantité de coraux en dépit du récent blanchissement survenu dans la grande barrière de corail. Des scientifiques de l’Institut australien des sciences de la mer (AIMS) ont examiné 12 récifs au large de la côte de Townsville, entre le nord de Hinchinbrook et le cap Bowling Green. L’AIMS a découvert que 11 récifs avaient continué de se rétablir depuis leur destruction par le cyclone Yasi en 2011. Les scientifiques ont également découvert que la couverture corallienne de sept récifs était à son plus haut niveau depuis leur étude, il y a 30 ans...

Plus d'un milliard de subventions par an à l’œuvre. Radio-Canada en 2016 dans son rôle écocatastrophiste habituel.

Il n’est pas étonnant que Peter Ridd se demande si l’on n’assiste pas simplement de la part de l’université James Cook et de Terry Hugues à un lent rétropédalage... Nous proposons la traduction d’un billet qu’il a publié sur cette nouvelle étude :

Les nouvelles alarmistes au sujet de la Grande Barrière de corail ont commencé dans les années 1960, lorsque les scientifiques ont commencé à travailler sur le récif. Depuis, ils ne cessent de crier au loup.

Des scientifiques de l’Université James Cook viennent de publier un article sur le blanchiment et la mort des coraux sur la Grande Barrière de Corail (GBC). Ils ont été surpris de constater que le taux de mortalité était inférieur à leurs attentes en raison de la capacité d’adaptation des coraux aux changements de température. On dirait plutôt qu’ils ont exagéré leurs revendications initiales et qu’ils rétropédalent tranquillement. En paraphrasant Oscar Wilde, exagérer une fois est de la malchance, le faire deux fois ressemble à de la négligence, mais le faire à plusieurs reprises ressemble à un manque de fiabilité systémique impardonnable de la part de certaines de nos principales organisations scientifiques.

Il est bien connu que les coraux peuvent s’adapter très rapidement aux températures élevées et que si vous les chauffez une année, ils ont tendance à être moins susceptibles de surchauffer les années suivantes. C’est la raison pour laquelle les coraux sont l’une des espèces les moins susceptibles d’être touchées par le changement climatique, que vous croyiez ou non que le climat change en raison de fluctuations naturelles ou d’influences humaines.

Les coraux ont une façon unique de gérer les changements de température en modifiant les plantes microscopiques qui y vivent. Ces plantes microscopiques appelées zooxanthelles transforment par photosynthèse le rayonnement du soleil en énergie et la fournissent au corail en échange d’une maison confortable à l’intérieur du corail. Mais quand l’eau devient chaude, ces petites plantes deviennent effectivement des poisons pour le corail et le corail rejette ces plantes, le corail blanchit alors. Mais la plupart du temps, le corail se remettra du blanchissement. Grâce à une astuce : ils prennent de nouvelles zooxanthelles, qui flottent dans l’eau tout à fait naturellement, et peuvent sélectionner différentes espèces de zooxanthelles pour qu’elles soient mieux adaptées au temps chaud. La plupart des autres organismes doivent modifier leur constitution génétique pour faire face aux changements de température, ce qui peut prendre plusieurs générations. Mais les coraux peuvent le faire en quelques semaines en changeant simplement les plantes qu’ils hébergent. Les coraux ont appris une chose ou deux en quelques centaines de millions d’années d’évolution.

Le problème ici est que les scientifiques ont complètement induit en erreur le monde sur les effets du blanchiment et ont rarement mentionné la reprise spectaculaire qui se produit. Par exemple, l’événement de blanchiment de 2016 aurait tué 95 %, 50 % ou 30 % du récif, selon les titres de presse ou le scientifique alarmiste sur lequel vous tombez. Mais les scientifiques ne se sont penchés que sur les coraux d’eaux très peu profondes - moins de 2 mètres sous la surface, ce qui ne représente qu’une petite fraction de tous les coraux, mais de loin les plus susceptibles à réchauffer sous le soleil tropical. Une étude récente a révélé que le corail d’eau profonde (jusqu’à plus de 40 m) subissait beaucoup moins de blanchissement qu’escompté. J’estime que moins de 8 % des coraux de la GBC sont morts. Cela peut encore sembler beaucoup, mais étant donné qu’il y a eu une augmentation de 250 % des coraux entre 2011 et 2016 pour l’ensemble de la zone sud de la GBC, une diminution de 8 % n’est pas inquiétante. Le corail se rétablit rapidement.

Mais ce n’est là que la pointe de l’iceberg alarmiste. Certains scientifiques très éminents affirment qu’aucun blanchiment n’a jamais eu lieu avant les années 1980 et qu’il s’agit d’un phénomène entièrement artificiel. C’est une proposition tout simplement ridicule. Une étude récente sur des coraux vieux de 400 ans a révélé que le blanchissement avait toujours eu lieu et qu’il n’était pas plus courant maintenant que par le passé. Les scientifiques ont également affirmé qu’il y avait eu une réduction de 15 % du taux de croissance des coraux. Cependant, certains de mes collègues et moi-même avons démontré que leur travail était entaché d’erreurs graves et qu’il y avait eu une légère augmentation du taux de croissance des coraux au cours des 100 dernières années. C’est ce à quoi on pourrait s’attendre dans un climat qui se réchauffe doucement. Les coraux croissent deux fois plus vite dans les eaux plus chaudes de la Papouasie–Nouvelle-Guinée et du nord de la GBC que dans le sud de la GBC. Je pourrais aligner nombre d’autres exemples de ce type.

Ce manque de fiabilité de la science est désormais un scandale largement accepté dans de nombreux autres domaines d’étude et porte désormais un nom. « La crise de la réplication ». Lorsqu’on effectue des contrôles pour reproduire ou confirmer les résultats scientifiques, on constate régulièrement que près de la moitié présente des défauts. C’est une situation incroyable et scandaleuse et je ne suis pas le seul à le dire, des rédacteurs d’éminents journaux et de nombreuses institutions scientifiques s’en scandalisent aussi. On déploie actuellement de considérables efforts pour résoudre ce problème, en particulier dans les sciences biomédicales où, pour la première fois, on a reconnu publiquement l’existence de ce problème.

Mais pas pour la recherche qui porte sur la GBC. Les institutions scientifiques nient l’existence d’un problème et ne corrigent pas leurs recherches erronées. Lorsque Piers Larcombe et moi avons écrit un article dans une revue scientifique suggérant qu’il fallait mieux vérifier la recherche entourant la GBC, de nombreux scientifiques très éminents ont répondu qu’il n’en était rien et que cela n’était pas nécessaire. Tout était pour le mieux. Je ne suis pas sûr s’il s’agit là d’un optimisme béat et aveugle ou d’une négligence volontaire, mais pourquoi quelqu’un s’opposerait-il à ce qu’on vérifie plus les résultats ? Cela ne coûterait que quelques millions de dollars, une infime fraction de ce que les gouvernements dépenseront pour le récif.

Mais la vérité finira par percer. Les histoires alarmistes concernant la Grande barrière de corail (GBC) ont commencé dans les années 1960, lorsque les scientifiques ont débuté leurs travaux sur le récif. Depuis, ils ne cessent de crier au loup. Mais les données continuent à arriver et, oui, parfois, beaucoup de coraux meurent de manière spectaculaire au son de la fanfare funèbre des médias. C’est comme un feu de brousse sur le continent, c’est terrible au premier abord, mais la brousse se régénère rapidement, sans fanfare, prête pour l’incendie suivant que les scientifiques expliqueront à nouveau dans des termes apocalyptiques.

Dr Peter Ridd
Jusqu’à son licenciement cette année, le Dr Ridd était physicien au laboratoire de géophysique marine de l’Université James Cook.


Voir aussi

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples.

Danemark — chanson traditionnelle sur une « fille blonde » interdite car prof d’origine étrangère se dit offensée

Une chanson traditionnelle a récemment suscité la controverse. Une enseignante de l’École de commerce de Copenhague (CBS) s’est dite offensée par les paroles d’une chanson interprétée lors d’une réunion universitaire. Elle a dit se sentir « exclue » par la chanson. L’enseignante est qualifiée de « brune » par le Kristeligt Dagblad et d’« une ethnie autre que danoise » par le diffuseur étatique DR.

Le titre de la chanson est « Den danske sang er en ung blond pige » (« La chanson danoise est une jeune fille blonde ») — une chanson évoquant la beauté et l’âme du Danemark et des Danois. La chanson est un classique du Recueil de chansons du collège (Højskolesangbogens).

L’école de commerce s’est rapidement excusée, a fait savoir que ce classique ne serait plus chanté dans l’établissement et a remercié l’enseignante pour sa vigilance.




Premier quatre vers de la chanson.

La chanson danoise est une jeune fille blonde
Elle fredonne en marchant dans la maison de la nation,

Là où les hêtres écoutent la musique des ondes,
Enfant du royaume bleu marin, chargée d’émotions.




Le Premier ministre Lars Løkke Rasmussen a fait part de son incrédulité au sujet de cette affaire : « Je suis conciliant et je ne juge pas quelqu’un en fonction de sa couleur de peau ou de sa religion, mais il ne peut tout simplement pas être admis que nous ne puissions plus chanter des chansons traditionnelles dans cet établissement universitaire », écrit Rasmussen sur Facebook (réaction reproduite ci-dessus).



Chœur de jeunes filles danoises chantant Dejlig er den himmel blå (Beau est le ciel bleu)



dimanche 23 décembre 2018

L'informatique peut améliorer l'enseignement dans certains pays pauvres

Tusome — « Lisons », en souahéli — est un énorme programme financé par l’USAID, l’Agence gouvernementale des États-Unis pour le développement international, à hauteur de 74 millions de dollars sur cinq ans.

Il a été adopté par le gouvernement kényan et est utilisé par 3,4 millions d’enfants dans 23 000 écoles primaires et 1 500 écoles privées. Un de ses éléments est un programme scolaire basé sur la méthode phonétique (largement utilisé dans les écoles des pays développés). Vingt-trois millions de livres ont été distribués, ainsi que des plans de cours détaillés pour faciliter la vie des enseignants.

Les coûts liés à ce programme sont bas — environ 4 dollars par enfant et par an — et les résultats sont impressionnants. Au cours de la première année d’exploitation de Tusome, la proportion d’élèves de 2e année capables de lire 30 mots à la minute est passée d’environ un tiers à deux tiers. Notons, toutefois, que selon les normes des pays riches, ces niveaux sont médiocres : les jeunes écoliers américains doivent savoir lire 60 mots à la minute au début de la 2e année et 90 mots par minute à la fin. Même en tenant compte de la difficulté d’utiliser une deuxième langue (une langue européenne comme le français, le portugais ou l’anglais en Afrique), l’écart entre les pays riches et les pays pauvres, dès le début de leur scolarité, est ahurissant.

L’objectif n° 2 du millénaire pour le développement de l’ONU visait à ce que tous les enfants, garçons et filles, partout dans le monde, puissent bénéficier d’ici 2015 d’un cycle complet d’études primaires. Grâce à ces objectifs, presque tous les enfants du monde ont droit à une éducation primaire complète.

Mais dans beaucoup de ces écoles, les enfants n’apprennent presque rien. Des recherches effectuées par la Banque mondiale dans sept pays d’Afrique subsaharienne, par exemple, ont montré la faiblesse des acquis scolaires dans la région : trois quarts des élèves de deuxième année évalués sur leurs compétences en calcul dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne étaient incapables de compter au-delà de 80 et 40 % ne parvenaient pas à effectuer une addition simple à un chiffre. En lecture, entre 50 et 80 % des élèves de deuxième année ne pouvaient pas répondre à une seule question tirée d’un court passage lu et un grand nombre étaient incapables de lire le moindre mot. La moitié des élèves de 4e année ne peuvent pas lire un mot simple ; près des trois quarts ne peuvent pas lire tous les mots dans une phrase simple ; 12 % ne peuvent pas reconnaître les chiffres ; 24 % ne peuvent pas ajouter des chiffres uniques ; et 70 % ne peuvent pas soustraire les doubles chiffres. Ce problème ne se limite pas qu’à l’Afrique. Une étude récente réalisée en Inde montre que 38 % des enfants de 3e année dans les écoles publiques ne peuvent pas lire des mots simples et que 27 % seulement peuvent effectuer une soustraction à deux chiffres.

Le gros problème, ce sont les enseignants : souvent trop peu nombreux, trop ignorants ou tout simplement absents.

Des visites inopinées de la Banque mondiale dans des classes de sept pays d’Afrique subsaharienne ont révélé que dans près de la moitié d’entre eux, l’enseignant était absent.

Beaucoup d’enseignants qui se présentent sont étonnamment sous-qualifiés. Au Bihar, dans le nord de l’Inde, par exemple, seuls 11 % des enseignants des écoles publiques pourraient résoudre un problème de division à trois chiffres par un chiffre et indiquer les étapes à suivre pour le résoudre.

Payer davantage les enseignants n’est pas de nature à améliorer la situation. Comme le montrent les recherches de Justin Sandefur du Center for Global Development, les enseignants des pays pauvres ont tendance à être remarquablement bien payés, selon les normes locales (voir graphique ci-dessus).

Et des preuves provenant de pays aussi divers que l’Indonésie et le Pakistan suggèrent que les niveaux de rémunération des enseignants ont peu d’impact sur l’apprentissage.

Idéalement, les gouvernements devraient investir dans une formation appropriée des enseignants, leur donner de l’avancer ou les licencier en fonction de leurs performances. Mais la première de ces ambitions requiert une volonté politique absente dans de nombreux pays en développement et une planification qui dépasse le court terme qui constitue l’horizon de nombreux gouvernements élus. Le second est souvent irréaliste du point de vue politique : les syndicats d’enseignants peuvent être extrêmement puissants pour diverses raisons, notamment le fait que les bureaux de vote se trouvent souvent dans des écoles et sont gérés par des enseignants. C’est, notamment, ce qui explique la faiblesse de l’enseignement en Afrique du Sud depuis l’apartheid malgré des dépenses très importantes dans ce domaine : les syndicats d’enseignants y ont réussi à embaucher de très nombreux enseignants sous-qualifiés à la fin de l’Apartheid et se sont toujours opposés à leur licenciement. [Voir Afrique du Sud — Les enseignants en colère, Nouveau scandale dans le système éducatif d’Afrique du Sud, pour Nadine Gordimer l’éducation est « un désastre » et Curiosité du jour : augmenter de 25 % les notes de tous les finissants sud-africains ?]

L’informatique ne remplace pas des enseignants qualifiés et motivés, mais, utilisée à bon escient, elle peut atténuer les problèmes. Cette précision est importante. En 2006, Nicholas Negroponte, fondateur du MIT Media Lab, a lancé l’initiative Un ordinateur portable par enfant (OLPC) visant à mettre les ordinateurs entre les mains des enfants pauvres du monde. Il avait alors déclaré : « Nous allons prendre ces tablettes et littéralement les larguer par hélicoptères. » Elles ne furent pas larguées ; mais même lorsque les ordinateurs portables bon marché ont été livrés (par la route) aux écoles des pays pauvres, ils n’ont pas améliorer pas les niveaux d’apprentissage. En Uruguay, par exemple, 1 million de ces tablettes a été distribué, mais ces ordinateurs n’ont eu aucune incidence sur les résultats aux examens scolaires.

Le cas d’OLPC illustre ce que Michael Trucano, spécialiste en technologies de l’information à la Banque mondiale, considère comme une loi fondamentale des interventions technologiques : « Si vous larguez du matériel informatique dans les écoles et vous vouez attendez à de la magie, il n’en sera rien. » Mais il pense également que « les solutions qui réussissent sont ceux qui échouent, tirent les leçons de l’échec et apportent des améliorations sur la base de ce qui a été appris. »

Des études récentes suggèrent que certains endroits ont enfin réussi — et que l’informatique est la plus utile dans les pays pauvres. Une étude des initiatives informatiques en éducation dans le monde entier réalisée par George Bulman et Robert Fairlie de l’Université de Californie à Santa Cruz, publiée par le National Bureau of Economic Research de l’Amérique, un groupe de réflexion, a révélé que les preuves d’effets positifs semblent être les plus fortes dans les pays en développement ». Ils ont suggéré que cela pourrait être dû au fait que « ces programmes informatiques remplacent une instruction médiocre dans ces pays ».

L’informatique peut aider à résoudre nombre des problèmes auxquels sont confrontés les systèmes éducatifs des pays en développement. Prenez l’absentéisme des enseignants. Les données enregistrées par le tutoriel Tusome sur sa tablette, combinées aux données GPS, indiquent au directeur régional de l’éducation si l’enseignant et le formateur étaient sur place. Certaines régions ignorent ces données ; certains l’utilisent pour demander des comptes aux enseignants. (Les enseignants n'ont pas été licenciés — leur syndicat est trop puissant — mais certains formateurs l’ont été.)

La technologie peut également aider les enseignants à gérer un large éventail de capacités dans une classe. En Inde, par exemple, plus de la moitié des élèves de 5e année ne savent pas lire au niveau 2. Les enfants qui n’apprennent jamais à lire correctement sont condamnés économiquement. Mindspark, un logiciel interactif mis au point en Inde, a permis de faire une grande différence parmi les enfants choisis au hasard dans les écoles publiques de Delhi. Il adapte le niveau de difficulté des leçons au niveau initial des écoliers. Les enfants les plus faibles en ont bénéficié le plus. Si un logiciel peut aider à empêcher les enfants de décrocher, c’est un gain énorme.

La technologie peut également alléger le fardeau d’enseignants surchargés. Un logiciel interactif produit par Onebillion, un groupe britannique à but non lucratif, a été testé au Malawi, où la classe moyenne du primaire compte 76 élèves. Andrew Ashe, cofondateur de Onebillion, a déclaré avoir assisté à une classe de 250 élèves... Pour le lancement du logiciel, les enfants ont quitté leur classe surpeuplée et placés en groupes de 25 et dotés de tablettes contenant un logiciel de calcul ; Des groupes de taille similaire ont reçu des tablettes sans le logiciel de mathématiques, afin de contrôler la possibilité que les enfants puissent tirer profit de toute instruction donnée dans des groupes plus petits. Ceux avec le logiciel de mathématiques ont fait des gains significatifs.

Voir aussi

L’école au service de l’apprentissage en Afrique (PDF, 70 pages)