mercredi 2 janvier 2019

Québec — Congédier la messagère, mais ministre Roberge promet de changer les choses

Au début décembre 2018, Patrice Lagacé rapportait dans La Presse :
Le 25 octobre dernier, l’enseignante Kathya Dufault m’a raconté les maux de l’école moderne, comme elle les a vécus dans ses classes. Elle m’a raconté ces maux à visage découvert et j’ai publié son histoire parce que les constats de Kathya Dufault rejoignent ceux que j’entends depuis trois ans, depuis que j’écris sur l’école.


Pour cela, Kathya Dufault fait face à une procédure de congédiement de la part de la commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles (CSSMI).

L’enseignante a reçu l’avis de procédure de congédiement du nom d’« intention de résiliation d’engagement selon l’article 5-7.00 de l’Entente locale » jeudi dernier, avec copie conforme à son syndicat.

La lettre, signée par François Grégoire, directeur adjoint aux ressources humaines de la CSSMI, fait la nomenclature des déclarations et constats de l’enseignante Dufault dans ma chronique, dans sa lettre à La Presse publiée le même jour et dans des entrevues subséquentes avec Paul Arcand au 98,5 FM et Denis Lévesque, de LCN.

On ne reproche pas à Kathya Dufault d’avoir dit des choses fausses. On lui reproche d’avoir parlé, point.

Là où elle parlait d’élèves en difficulté qui ne devraient pas être dans des classes ordinaires — un constat si répandu que le nouveau ministre de l’Éducation promet d’agir là-dessus rapidement —, la commission scolaire lui reproche de les avoir décrits... « de façon péjorative ».

Là où elle constate que les directions d’école n’ont pas été en mesure de l’aider quand elle a demandé de l’aide, la commission scolaire lui reproche d’avoir « critiqué publiquement [son] employeur ».


Là où Kathya Dufault m’a décrit ce que j’ai qualifié dans la chronique du 25 octobre de niveau « épouvantablement faible » de ses élèves en français — preuves à l’appui —, la commission scolaire y a vu une tromperie à l’égard du public, une preuve de déloyauté et un manquement à un devoir de confidentialité envers la CSSMI.

(J’ai parlé à Mme Dufault, dimanche, elle a préféré ne pas m’accorder d’entrevue.)

La lettre de menace de congédiement reproche à l’enseignante Dufault d’avoir, je cite : « miné le lien de confiance des parents envers l’école publique »...

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, veut briser la « loi du silence » dans le réseau scolaire. Il souhaite ajouter dans les prochaines conventions collectives une clause garantissant la liberté de parole des enseignants qui veulent « dénoncer les travers » du système.

Notons qu’aujourd’hui les politiques des commissions scolaires musèlent souvent les professeurs, ils ne peuvent dénoncer ces travers. Il ne fait pas saper la confiance envers l’école publique. Voir les dénonciations de cet instituteur :

Le Prof muselé ?

Lors de la première journée pédago, le directeur nous a fait une présentation à propos de la nouvelle politique de la commission scolaire concernant l’éthique.

Sur le coup, j’ai immédiatement trouvé l’initiative intéressante, surtout si elle permet d’éviter les conflits d’intérêts. Or, j’ai été plutôt traumatisé par ce qui a suivi.

À l’intérieur de son code d’éthique, la CS a imbriqué ce qu’elle appelle un « devoir de loyauté ». En clair, tout employé qui critique la commission scolaire s’expose à des réprimandes. J’ai fermé ma gueule, évidemment, mais ça m’a immédiatement hérissé au plus haut point ! J’ai horreur des gens qui tentent d’atteindre à ma liberté d’expression

TA YEULE !

Comme ça a été le cas l’an passé, ma nouvelle directrice a profité de la première réunion de l’année pour nous parler du « code d’éthique » des employés de la commission scolaire. La plupart des trucs qui y sont mentionnés sont des évidences qui concernent l’intégrité, l’honnêteté et l’équité, comme si on avait besoin de se faire dire que voler ou accepter des pots de vin, c’est pas bien.

À mon avis, ce code d’éthique a été créé uniquement pour faire mieux passer une clause de « loyauté » dans laquelle on peut lire que l’employé doit :

– Respecter l’autorité hiérarchique

– Éviter tout comportement ou attitude pouvant causer du tort ou discréditer l’organisation

– Travailler dans l’intérêt de la commission scolaire et éviter de critiquer l’employeur.



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