vendredi 7 septembre 2018

Le secret des mariés : ils sont plus riches et plus heureux, on n'en parle pas...

Dans un sondage récent de l’Institut Angus Reid, environ 56 % des Canadiens ont déclaré que « le mariage n’est tout simplement plus nécessaire » pour former une relation à vie. Presque la même proportion (57 %) a poursuivi en disant que lorsqu’un couple non marié a des enfants, il n’est pas important que le couple se marie.

Plusieurs voix se sont élevées contre cette vision et souvent elles furent celles de gens qui ne sont ni socialement conservateurs ni religieux. Robert Fulford écrivait dans le National Post du 11 mai que « le mariage crée une sorte de mini-État, une république à échelle réduite avec ses propres règles, ses propres secrets et sa propre histoire. Les enfants, citoyens de ce mini-État, en tirent leurs premières notions de la hiérarchie, la finance, la responsabilité et l’ambition. »

Dans Macleans, Peter Shawn Taylor affirmait que le mariage rend plus heureux et plus riche, citant de nombreuses sources pour étayer cette thèse. Nous en reprenons plusieurs dans notre billet ci-dessous.

Enfin, Brian Lee Crowley et Sean Speer ont également prêché les vertus et l’importance du mariage, écrivant dans le Toronto Sun du 10 mai : « les faits montrent que la structure familiale est un facteur déterminant de réussite économique et sociale. »

La preuve que l’institution du mariage est en déclin au Québec ne doit plus être faite. Le taux de nuptialité baisse depuis des décennies. En 1981, plus de 60 % des Canadiens de plus de 15 ans étaient mariés. Aujourd’hui, ce pourcentage est tombé à 45 % au Canada alors que le nombre de concubins et les familles monoparentales progressent. Au Québec, d’après Statistiques Québec, seuls 27 % des hommes et 29 % des femmes se marieront au moins une fois avant leur 50e anniversaire. Ces indices ont diminué légèrement au cours des quatre dernières années. Ils étaient demeurés plutôt stables entre 2001 et 2012, autour de 29 % pour les hommes et de 32 % pour les femmes, stabilisation qui faisait suite à trois décennies de baisse. La situation actuelle contraste fortement avec celle observée au début des années 1970, quand les indices avoisinaient 90 %. En outre, la proportion de naissances issues de parents non mariés est de 63 % au Québec en 2016, quasiment le triple de la Suisse (23 %). La conclusion logique de cette tendance est qu’une majorité de Québécois pense aujourd’hui que le mariage est une institution désuète.

Et pourtant, un examen plus approfondi de la recherche suggère que les Canadiens ne comprennent peut-être pas les véritables implications de « se caser » officiellement. Au-delà des alliances échangées et de la cérémonie nuptiale, le mariage offre des avantages substantiels et persistants en termes de santé, de richesse et de bien-être pour les deux conjoints et leurs enfants. Bon nombre de ces avantages n’existent pas au même degré dans les autres formes de cohabitation — même si les Québécois ne voient apparemment aucune différence entre les deux types de relations. En d’autres termes, les avantages du mariage méritent d’être soulignés. Et pourtant personne n’en pipe mot. Surtout pas à l’école.

Les questions financières occupent une place prépondérante dans l’enquête Angus Reid pour expliquer le déclin de l’intérêt pour le mariage par les couples. Près de la moitié (47 %) des jeunes hommes âgés de 18 à 34 ans ont déclaré que l’absence de stabilité financière était la principale raison pour laquelle ils ne sont pas actuellement mariés. Pour les femmes du même âge, l’insuffisance des ressources financières était la principale raison de 39 %. Quand on demande aux sondés s’il était probable que plus de gens se marieraient si les dépenses associées aux noces n’étaient pas aussi élevées, 61 % des répondants ont répondu par l’affirmative.

Des chaînes de télévision entières semblent se consacrer à promouvoir l’idée que les mariages sont devenus incroyablement complexes et coûteux. Mais ce serait une grave erreur de retarder ou d’abandonner le mariage simplement à cause du coût d’une pièce montée ou de la robe de mariée. Si les couples cherchent la stabilité financière, le meilleur conseil à leur donner est de se marier le plus rapidement possible. Plutôt qu’un fardeau économique, le mariage constitue statistiquement une police d’assurance contre la pauvreté.

Cardus, un groupe de réflexion religieux basé à Hamilton, en Ontario, est l’un des rares « réseaux pensants » au Canada à valoriser ouvertement les avantages du mariage. Dans son rapport de 2014 intitulé « L’écart de mariage entre riches et pauvres Canadiens », Philip Cross, ancien économiste en chef de Statistique Canada, et Peter Jon Mitchell, chercheur, ont analysé les liens entre le mariage, le revenu et l’inégalité. Et ceux qui sont mariés ont nettement plus de chance de mieux s’en sortir sur ces trois plans.

« La différence de statut matrimonial entre les groupes de revenus est assez impressionnante », observe l’étude.

La part des couples mariés dans le quartile inférieur des revenus (les 25 % qui gagnent le moins) représente que 12 % de l’ensemble des couples. Dans les deux groupes à revenu intermédiaire, les couples mariés représentent 49 % de toutes les familles. Et dans le quartile supérieur (les 25 % qui gagnent le plus donc), 86 % des ménages étaient mariés.

De manière significative, ces résultats ne sont pas simplement dus au fait que le premier quartile est rempli de couples plus âgés et plus performants. Les couples mariés de tous âges ont tendance à se retrouver dans des tranches de revenu plus élevées. Le mariage est donc un marqueur de réussite, et non d’âge. Les auteurs montrent également que l’effet « nuptial » sur la répartition des revenus augmente avec le temps. L’inégalité, de ce point de vue, est exacerbée par la forte baisse des taux de mariage parmi les groupes à faible revenu. Car, comme le soulignait déjà Charles Murray, ce sont surtout les plus pauvres qui abandonnent le mariage et d’autres comportements (religieux ou autres) que les plus nantis conservent.

Bien que vivre en couple (mariés ou non) puisse offrir de nombreux avantages en termes économiques (un seul loyer plutôt que deux par exemple), de nombreuses recherches confirment d’importantes différences entre les conjoints mariés et les concubins, notamment en ce qui concerne les arrangements financiers. Les couples mariés, par exemple, sont beaucoup plus susceptibles de mettre leur argent dans un pot commun et de traiter leurs finances conjointes comme une seule unité de planification cohérente. Cela rationalise la budgétisation et marque un engagement plus profond envers les priorités familiales. Les conjoints de fait sont moins susceptibles de mettre leur argent en commun et affichent donc une forme d’engagement familial plus faible.

L’écart de planification financière entre les couples mariés et non mariés existe même lorsque la cohabitation devient le type dominant de formation de la famille. C'est le cas du Québec, où les attitudes à l’égard du mariage diffèrent sensiblement de celles du reste du Canada : une importante majorité de bébés au Québec, par exemple, naissances de conjoints de fait plutôt que de couples mariés. Pourtant, la recherche dans le Journal of Marriage and Family trouve les mêmes différences dans la mise en commun des ressources entre les couples mariés et cohabitants au Québec et ailleurs au Canada.

Aux États-Unis, où le succès relatif des groupes raciaux est un domaine d’intérêt particulier, les recherches de la Brookings Institution indiquent que la « séquence de réussite » est un facteur clé pour éviter la pauvreté. Il s'agit du processus en plusieurs étapes qui consiste à d’abord terminer ses études secondaires, puis à obtenir un emploi, se marier et enfin avoir des enfants. Suivre ces étapes dans cet ordre augmente considérablement les chances d’entrer dans la classe moyenne ou supérieure, quelle que soit sa race.

Des travaux récents de l’Institute for Family Studies montrent que, parmi les Américains âgés de 28 à 34 ans qui n’ont pas suivi cette séquence dans l’ordre, 53 % étaient pauvres. À titre de comparaison, ceux qui ont suivi le cheminement traditionnel vers l’âge adulte avaient 90 % de chance de se retrouver dans la classe moyenne ou supérieure. Le mariage est l’aspect central de cette séquence ; et, en tant que moyen de défense contre la pauvreté, il s’agit d’une option accessible à tous. Bradford Wilcox, sociologue à l’Université de Virginie et co-auteur du rapport cité ci-dessus, affirme que le mariage allie « sexe, parentalité, coopération économique et intimité émotionnelle » à une union permanente. En outre, il vous rend statistiquement plus heureux.

En effet, une étude publiée l’an dernier par deux économistes de la Vancouver School of Economics de l’Université de Colombie-Britannique examine l’impact que le mariage peut avoir sur les niveaux de satisfaction et de bonheur déclarés des couples. « Ceux qui se marient sont plus satisfaits que ceux qui restent célibataires », affirment les professeurs Shawn Grover et John Helliwell. De manière significative, le mariage offre un rempart bienvenu contre une crise de la fin de la quarantaine. Les enquêtes sur le bonheur menées dans le monde entier montrent systématiquement une trajectoire en forme de U pour la satisfaction de la vie, le point le plus bas se situant à la fin de la quarantaine ou au début de la cinquantaine. « Le soutien social fourni par un conjoint contribue à calmer le démon de midi », rapportent les auteurs. Et alors que les couples vivant en union de fait négocient mieux que les célibataires la crise de la fin de la quarantaine, les couples mariés s’en sortent encore sensiblement mieux.

Une étude canadienne fondée sur des données longitudinales a révélé que parmi les enfants de 10 ans et moins, ceux qui étaient nés d’un couple marié étaient trois fois moins susceptibles de connaître la séparation de leurs parents que leurs homologues nés de parents concubins. Ce manque de stabilité nuit aux enfants.

Compte tenu de cette longue liste d’avantages découlant du mariage, pourquoi toutes ces informations ne sont-elles pas plus largement diffusées dans les médias et les écoles ? Quand a-t-on expliqué pour la dernière fois aux jeunes Québécois les avantages supplémentaires substantiels que procure le mariage par rapport au concubinage ?

Certes, le mariage n’est pas pour tout le monde, mais une société qui n’ose plus parler de mariage perd de nombreux avantages. Le mariage lie sexe, intimité, procréation, parentalité et collaboration économique dans une relation permanente qui devrait être valorisée par la société. Il marque aussi l’entrée dans l’âge adulte.

L’absence de débat politique sur les avantages liés au mariage est frappante. Nos gouvernements n’hésitent pas à nous dire comment vivre nos vies à bien d’autres égards. Nous sommes constamment incités, poussés et cajolés à faire des choix sains, à éviter des comportements malsains : que manger, que ne pas manger, comment se déplacer, comment traiter les LGBT, les immigrants, comment aller au travail, combien faire de l’exercice, que recycler, comment traiter son voisin, etc. Et pourtant, quand il s’agit d’informer le public et les enfants sur les énormes avantages personnels et sociaux découlant du mariage… silence total.

Pendant des décennies, les Québécois se font dire — dès l’école ! – que la santé, la richesse et la stabilité ont peu à voir avec le mariage, qu’il s’agit d’une institution surannée, d’un reliquat de la Grande Noirceur en quelque sorte. L’effondrement de la famille au Québec et la prévalence de la pauvreté dans les familles monoparentales devraient pourtant faire réfléchir et se demander s’il ne vaudrait pas la peine de défendre le mariage, y compris à l’école. Ce ne semble pas être le choix du nouveau programme d’éducation à la sexualité.

Voir aussi

Comment la monogamie a fait de nous des humains

Idées reçues sur les blancs américains, écart moral et culturel croissant des classes sociales : les classes moyennes supérieures sont plus religieuses, plus souvent traditionnelles, plus souvent encore mariées que les classes sociales moins nanties.

Richard Martineau : « L’école sert à extirper l’enfant de son milieu familial et à l’exposer à d’autres valeurs » [sexuelles]. Permissives ?


Richard Martineau : « L’école sert à extirper l’enfant de son milieu familial et à l’exposer à d’autres valeurs » [sexuelles]

Chronique rageuse, voire hystérique, de Richard Martineau sur le programme gouvernemental d’éducation à la sexualité obligatoire (obligatoire, on est au Québec !) dès la rentrée 2018. Martineau enrage contre les parents qui pourraient (très hypothétiquement) demander à ce que leurs enfants en soient dispensés.

Rappelons que Richard Martineau passe pour être de « droite ». Nous y reviendrons, mais d’abord laissons la parole au chroniqueur du Journal de Montréal, ça vole haut :

Donc, c’est clair : l’éducation à la sexualité sera obligatoire pour tous les élèves du primaire et du secondaire dès la rentrée.

Mais les parents pourront retirer leurs enfants de ce cours pour deux raisons.

Un : le tort psychologique qui pourrait être causé à un élève (qui aurait été victime de violence sexuelle, par exemple).

Et deux : l’atteinte à des droits et libertés garantis par les chartes canadiennes et québécoises (comme la liberté de religion).

SUPERSTITITIONS 1 SCIENCE 0

Votre ami imaginaire qui vit sur un nuage considère la sexualité comme une chose sale ?

Il ne vous permet pas de parler de sexualité à vos enfants ?

Il trouve que les homosexuels sont des malades mentaux ?

Il croit que l’infidélité est un crime grave ?

Il nie à la femme le droit au plaisir ?

Il croit que le sexe ne sert qu’à la procréation ?

Il est contre la masturbation, la contraception, le sexe hors mariage et l’avortement ?

Eh bien, vous pourrez retirer votre enfant de ce cours sans aucun problème.

Le gouvernement abdiquera ses responsabilités et fera passer vos superstitions avant l’éducation.

C’est quoi la suite ?

Je ne veux pas qu’on enseigne la théorie de l’évolution à mon fils ?

Je ne veux pas qu’on dise à ma fille que la Terre tourne autour du soleil ?

Non, mais tant qu’à faire, allons-y !

Si on fait passer la religion AVANT la sexologie, qui est une science, pourquoi ne ferait-on pas passer la religion AVANT l’astronomie, l’anthropologie ou la biologie ?

Notons tout d’abord que, à notre connaissance, ces exemptions existent pour tous les cours, mais qu’il s’agit d’un « droit » très théorique. C’est celui qu’ont invoqué les parents de Drummondville pour demander à retirer leurs enfants du programme d’éthique et de culture religieuse (ECR). Les commissions scolaires ont simplement dit non à tous les parents qui ont invoqué ce droit pour faire exempter leurs enfants du cours ECR, reproduit les mêmes raisons préparées à l’avance pour refuser ces demandes, ne laissant plus au parent que la voie juridique pour contester ces refus. Plusieurs centaines de milliers de dollars plus tard, la Cour suprême du Canada ne leur a rien accordé, mais leur a notamment dit qu’ils avaient retiré leurs enfants trop tôt et qu’ils ne pouvaient donc prouver un tort à leurs enfants... alors que le but de l’article de loi invoqué est d’éviter tout tort préalable. Voir, notamment, le témoignage de la mère de Drummondville qui est allée en Cour suprême.

Bien évidemment, il s’agit-là de caricatures. Nous ne connaissons ainsi personne qui « croit que le sexe ne sert qu’à la procréation ». Pour l’Église catholique (les connaissances de M. Martineau semblent très lacunaires sur le sujet), les relations sexuelles sont aussi un moyen de parfaire l’union corporelle et spirituelle entre homme et femme. Voir Humanae Vitae, § 12, Deux aspects indissociables : union et procréation. Si des personnes prétendent que le « sexe ne sert qu’à la procréation », elles sont à notre avis ultraminoritaires parmi celles qui s’opposent au programme d’éducation à la sexualité. Par contre, nous connaissons des personnes qui s’opposent au fait que l’on veuille séparer « sexe » et « amour » et ne voir dans le sexe qu’un simple plaisir et que toute forme de sexualité se vaut dès lors qu’il y a plaisir. Ces opposants craignent que ce soit là précisément le message des programmes à la sexualité gouvernementaux que l’on promeut actuellement, c’était également le cas en Ontario. Il ne s’agit plus de simple cours de biologie ou de prophylaxie (ces informations sont déjà transmises à l’école québécoise...) mais de promotion d’une philosophie hédoniste et d’une invitation à la promiscuité.

Admirons ensuite l’amalgame qui consiste à mettre dans le même sac toutes les questions liées à la sexualité et à les assimiler à de la superstition religieuse. Comme si on ne pouvait pas, par exemple, s’opposer à l’avortement pour des raisons philosophiques (on ne peut mettre fin à la vie d’êtres humains innocents) ou même politiques (la natalité est catastrophique, si on rend plus difficile l’avortement, on augmentera celle-ci, c’était la politique du régime communiste roumain athée).

Passons sur le sophisme de la pente glissante : l’État permet de s’opposer à une vision de la sexualité enseignée dans ce programme, il permettra donc de s’opposer à l’enseignement que la Terre est ronde... Ajoutons au passage, car c’est un mythe commun chez certains, Richard..., que ni le catholicisme ni le Moyen Âge, époque si religieuse, n’ont prétendu que la Terre était plate.

Enfin, contemplons le chroniqueur qui se drape de science pour faire croire que toutes les questions anthropologiques ou morales doivent être confiées à experts qui détermineront unanimement ce que l’on doit penser sur ces sujets. C’est d’abord faire croire que le programme à la sexualité québécois a été conçu par de savants experts et qu’aucun spécialiste ne s’y opposerait. Cela reste à prouver. Nous sommes sceptiques. Voir ainsi l’opposition en France de près de 100 psychiatres et pédopsychiatres, 260 médecins, 35 pédiatres, plus de 1000 psychologues/psychothérapeutes et 1500 enseignants à un programme d’éducation à la sexualité gouvernemental, lire la lettre ouverte à ce sujet du pédopsychiatre Maurice Berger qui se dit athée. On ne nous fera pas croire que, à nouveau, la question de l’avortement peut être réglée « scientifiquement », c’est d’abord une question philosophique : la vie d’un enfant à naître, innocent par définition, prime-t-elle sur la faculté d’un adulte à s’en débarrasser ?

Sur un autre sujet évoqué par Martineau : quel scientifique pourra trancher le débat de l’importance de la fidélité en amour ?

Par contre, les études semblent bien indiquer que, pour éviter la pauvreté, il vaut mieux dans l’ordre finir l’école, se marier et puis avoir des enfants. Mais voilà ce genre de discours est absent des programmes d’éducation à la sexualité, sans doute parce qu’il prend à rebrousse-poil les féministes et autres progressistes. M. Martineau ne s’en offusque pas.

Notre intrépide chroniqueur poursuit sur sa lancée :

On va donc se retrouver avec différentes catégories d’élèves.

Des élèves qui sont exposés aux récentes découvertes scientifiques.

Et des élèves qui sont élevés selon des dogmes théologiques datant de 2000 ans.

L’école sert à extirper l’enfant de son milieu familial et à l’exposer à d’autres idées, d’autres faits et d’autres valeurs que ceux que ses parents lui enseignent à la maison.

Nous avons déjà parlé de la propension de Martineau à nommer dogmes théologiques ce qui peut être des positions philosophiques ou morales indépendantes de la religion. C’est ainsi que la réprobation envers l’homosexualité se retrouve sous tous les cieux à différentes époques historiques, peu importe la religion ou même l’absence de religion. Après un début hédoniste débridé, les communistes soviétiques athées condamneront l’homosexualité comme une « Tradition étrangère à la classe ouvrière », un « vice d’aristocrate », une « perversion bourgeoise et occidentale ». Il est étonnant que Martineau ne comprenne pas que l’homosexualité ait pu et puisse encore être considérée comme « contre nature » par certaines populations, sans aucun appel à la religion. Martineau semble dénué de culture historique ou d’imagination sur ce sujet. Richard Martineau paraît répéter une doxa urbaine contemporaine qu’il prend pour la « science ». Pour Éric Zemmour, les civilisations anciennes ont rejeté l’homosexualité parce que celles-ci craignaient pour leur survie démographique et les religions monothéistes n’ont fait que transcrire une réprobation commune. Incidemment, on observe une chute concurrente actuelle de la natalité dans les sociétés occidentales et une plus grande tolérance envers les « minorités sexuelles ». Quant à invoquer la science pour trancher la question, on ne voit pas très bien ce qu’elle pourrait dire si ce n’est que c’est une sexualité minoritaire et plus risquée sans protection supplémentaire puisque les parois anales sont nettement moins bien préparées à la pénétration que les parois vaginales.

Mais, passons sur cette manie de Martineau de tout ramener à la lutte entre la religion et la position « scientifique » qu’il incarnerait.

Le plus inquiétant est le glissement effectué entre l’utile apprentissage de faits nouveaux à l’école et la prétention que l’école sert à enseigner d’autres valeurs que celles des parents... Est-ce que Richard Martineau est d’accord avec ce qu’il vient de clamer avec une ferveur toute religieuse ? Y a-t-il réfléchi ? Est-il d’accord que l’école québécoise enseigne des valeurs à sa progéniture qui contredisent les siennes ? Bien sûr que non. C’est pourquoi il enrage contre le programme ECR. (Voir ÉCR — Un cours à jeter aux poubelles.) Martineau veut simplement que l’école d’État enseigne les valeurs qu’il chérit aux enfants des autres. Comme c’est facile ! Le tout au nom de la « science ».


Affiche soviétique de 1930 : « la religion est un poison, protégez vos enfants » avec l’église délabrée à gauche et l’école triomphante à droite


N’hésitant devant rien, le célèbre chroniqueur se fait alors latiniste amateur...

C’est ça la racine latine du mot « éducation » : conduire hors. Arracher.

Mais voilà qu’il confond deux verbes latins proches dans leur forme (educare et educere), l’un signifie « élever, nourrir, instruire » alors que l’autre a le sens de « tirer hors de, mettre dehors », bref une forme atténuée d’arracher. D’une part, éducation vient de educare et non du substantif de educere qui est « éduction » (action de faire sortir), mais d’autre part, même si on admet l’étymologie d’arracher, il faut encore préciser arracher à quoi, et là Martineau commet un contresens historique.

Voici ce qu’en dit Lexilogos :

Empr. au lat. class.educatio « action d’élever (des animaux et des plantes) ; éducation, instruction, formation de l’esprit ».

Et le grand Gaffiot :


L’éducation pour les anciens ne signifiait en rien qu’il fallait arracher l’enfant pour ne pas lui transmettre les valeurs familiales, mais bien au contraire de l’élever, de le sortir de sa condition infantile (in-fans, celui qui ne parle pas) informe pour en faire un citoyen en lui transmettant les valeurs traditionnelles de la Cité, valeurs partagées par les familles, puisque traditionnelles. Richard Martineau réécrit l’histoire, il est foncièrement progressiste dans ce sens : il veut faire « progresser » la société en utilisant la force coercitive de l’État et de l’école.

Richard Martineau poursuit sa diatribe :

Or, dans le cas de la sexualité, on dit : « On ne t’arrachera pas de ton milieu familial, car on juge qu’en matière d’éducation sexuelle et de biologie, le discours religieux est plus important que le discours scientifique. »

On ne voit pas ce que la biologie vient faire dans l’histoire. Quelle religion s’oppose à la biologie (l’anatomie des grenouilles, le cycle de Krebs) ? Il s’agit plutôt de la morale autour de la sexualité humaine, mais on l’aura compris, il s’agit d’un « truc », il faut créer un épouvantail, une caricature des opposants : ils ne sont mus que par la religion vieille « de 2000 ans », alors que le prêcheur rageur qui harangue ses lecteurs dans le Journal de Montréal incarnerait la science (la biologie et le discours scientifique).


Pourquoi ?

Pour les crinqués de religion, c’est une victoire éclatante.

Les crinqués [fous, furieux], rien que cela. Quant à la victoire, si seulement c’était vrai...

Richard Martineau est-il de droite ?

Richard Martineau est souvent présenté comme un homme de droite. Radio-Canada dit ainsi de lui qu’il est « un polémiste de droite ».

Sans doute parce qu’il critique l’immigration de masse et le multiculturalisme. Il nous semble à la lecture de certaines de ces chroniques qu’il est surtout libertaire sur le plan moral et que cela explique son aversion envers la religion et l’immigration récente souvent plus religieuse que la population québécoise ou du moins celle que fréquente Richard Martineau. Il y a dix ans, Richard Martineau trouvait que le programme ECR était bien. Voir la vidéo ci-dessous : « je trouve cela intéressant que mes enfants puissent justement s’ouvrir aux religions des autres, non ? »... (à 1 min 20 s) puis « Moi, j’ai pas eu la chance d’apprendre les autres religions ». Mais bon, à l’époque les catholiques conservateurs s’y opposaient par relativisme religieux, Martineau approuvait donc le cours ECR, semble-t-il, par anticatholicisme.



Aujourd’hui, Martineau s’oppose vigoureusement au même programme ECR... Pourquoi ? Parce que le programme ECR enseignerait le respect de toutes les religions. Le réflexe « droitier » antimigratoire et identitaire de Martineau semble prendre racine dans sa ferme opposition au message conservateur des religions sur le plan moral et social. Martineau est très permissif sur le plan de la morale. Comme on l’a vu, il est même animé d’un zèle missionnaire et progressiste qui le pousse à souhaiter que l’école rééduque les enfants des autres pour qu’ils adoptent ses valeurs morales et sexuelles. Le terme de « droite » nous semble donc peu approprié pour le qualifier. Polémiste, oui, de droite, pas vraiment.

Voir aussi

Le Devoir : « L’école n’est pas au service des parents. »

« Les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parents »

« Il ne revient pas à l’école de changer les mentalités »

Georges Leroux – le pluraliste jacobin (1 sur 2)

Les garçons éduqués dans le cadre d'une famille traditionnelle ont de meilleurs résultats scolaires

Enfants élevés par des couples homos deux fois plus susceptibles d'être déprimés et obèses

Étude révèle que les enfants vivant avec des homosexuels accusent un retard scolaire

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mardi 4 septembre 2018

France — Éducation sexuelle, la ministre qui fait « comme si »

Extraits d’une tribune du pédopsychiatre Maurice Berger parue dans Causeur. On comparera avec les méthodes et tactiques de chroniqueurs comme Richard Martineau et de sa femme Sophie Durocher, dès qu’ils parlent d’éducation à la sexualité et des opposants conservateurs à ceux-ci. Voir notamment Du grand journalisme : « Les Ontariens et le sexe »   ou Richard Martineau : « L’école sert à extirper l’enfant de son milieu familial et à l’exposer à d’autres valeurs »

Madame Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, a hérité d’un cadeau particulier de la part de Madame Vallaud-Belkacem, ex-ministre [socialiste] de l’Éducation nationale : la généralisation du plan d’éducation à la sexualité dans les établissements scolaires. Face à l’inquiétude des parents, elle s’élève contre les « fake news » [intox, bobards] qui attaqueraient ce programme, en utilisant une méthode étonnante. Après les « en même temps », voici les « comme si »…

Comme si je n’existais pas

Depuis quelques jours, Madame Schiappa fustige une pétition signée selon elle par des personnes qui voient dans ce programme l’intervention de Satan et par des conspirationnistes. Oui, parmi les 35 000 signataires, quelques-uns disent voir là l’intervention du diable, mais la secrétaire d’État fait « comme si » cette pétition n’avait pas été lancée par des professionnels de l’enfance, dont des professeurs de psychologie clinique, un membre du Conseil scientifique de la Société française de psychiatrie de l’enfant, etc. ; « comme si » elle n’avait pas recueilli l’accord de 95 psychiatres et pédopsychiatres, 260 médecins, 35 pédiatres, plus de 1000 psychologues/psychothérapeutes et 1500 enseignants. [...]

Madame Schiappa argue que ce programme a reçu l’aval d’organisations sérieuses, « comme si » elle ignorait que, volontairement, il n’a été demandé l’avis d’aucun clinicien spécialiste du développement affectif de l’enfant. D’où le résultat médiocre et dangereux.

Madame Schiappa rassure les parents en répétant à l’envi qu’il n’y aura aucun enseignement à la sexualité infantile en maternelle. Tant mieux. Mais elle fait « comme si » cette décision était spontanée. Or ce renoncement résulte de notre vigilance. La preuve : en 2017, sur le site internet de l’Académie de Grenoble, cet enseignement était programmé en grande section et il a été retiré dès que nous l’avons révélé publiquement. Lors du Congrès 2017 des enseignants de maternelle, la Planification familiale a ainsi animé un atelier intitulé « L’éducation sexualisée [sic] : les petits aussi ! ».

Comme s’il n’y avait rien d’inquiétant

La seule garantie concernant l’abandon de cette éducation précoce serait que le gouvernement décide clairement de retirer des textes officiels toute référence aux « standards européens d’éducation à la sexualité » qui préconisent que cette éducation débute avant 4 ans. [Selon ces standards,] Entre 4 et 6 ans devraient ainsi être abordées les sensations liées à la sexualité (plaisir, excitation) puis entre 6 et 9 ans, les menstruations, l’éjaculation, le plaisir lié au toucher de son propre corps, les relations sexuelles. Ces « standards » figurent sur le site Canopé de l’Éducation nationale. Qu’est-ce qui empêche Madame Schiappa de supprimer toute référence à ce texte nocif ? Mystère.

Madame Schiappa évoque la nécessité de lutter contre les effets des films pornographiques. « Comme si » décrire les six positions de pénétration vaginale et les sept de pénétration anale, dessins ludiques à l’appui — sur le site « onsexprime.fr » du ministère de la Santé destinés aux mineurs à partir de 12 ans — était vraiment la meilleure méthode.

Madame la secrétaire d’État explique que les intervenants dans ce domaine ont été formés sérieusement. Elle fait « comme si » nous n’avions pas publié de nombreux témoignages qui montrent les méthodes étranges utilisées par certains de ces intervenants. Ainsi, les jours des interventions sont dissimulés aux parents ou indiqués comme « activités diverses » sur l’emploi du temps. On ment parfois sur leur contenu : « Amenez le carnet de vaccination de votre enfant » — qui ne sera pas ouvert — ou en CM2 : « On va parler de la reproduction animale alors qu’est passé le film Le miracle de la vie de Lennart Nilsson, qui montre un pénis éjaculant dans le vagin d’une femme filmé par micro-caméra et un accouchement avec vue en gros plan sur le périnée de la parturiente. Quant aux films de la série Le bonheur de la vie, toujours en CM2, ils comprennent un dessin animé montrant un personnage enfantin féminin caressant le sexe d’un personnage masculin pour lui provoquer une érection en expliquant que le pénis doit être en érection pour permettre la pénétration dans le vagin.

Comme si les parents n’avaient pas leur mot à dire

L’imagination de certains formateurs n’est jamais à court : # ils prendraient la décision de s’opposer à la présence de leur enfant à ces cours, ou mettre ces cours début juillet, juste avant les vacances pour que les parents ne puissent pas exprimer ensuite leurs protestations, etc. Tout cela se fait “comme si” ce n’était pas contraire à la circulaire 2003-027 du 17 février 2003 indiquant que les parents d’élèves doivent être “informés et/ou associés” au projet éducatif.

Madame Schiappa fait “comme si” cette éducation, dont le but explicite est un nouveau paradigme, une sexualité synonyme de plaisir, respectait le rythme de développement affectif de chaque enfant alors qu’il est indiqué dans les “standards européens” qu’on doit aborder les sujets décrits ci-dessus avant que l’enfant ne se pose des questions à leur propos. Résultat : nous recevons de nombreux témoignages d’enfants choqués, traumatisés, présentant des insomnies, des cauchemars, des refus de retourner en classe, etc.

Madame Schiappa fait “comme si”, tel qu’est fait le programme actuel, un adulte en position d’enseignant qui parle de sexualité, n’allait pas provoquer une excitation interne chez l’enfant. Ce qui le rend plus susceptible d’être la proie d’un prédateur éventuel.

Dans leurs témoignages, les parents se plaignent d’être dépossédés de leur rôle de parent concernant l’éducation sexuelle. Enseigner de telles choses à des enfants à l’insu, à la place ou contre l’avis des parents et vouloir ainsi le bonheur de l’espèce humaine, cela ne vous rappelle rien ?

[...]

Démographie : la CAQ raye le mot « natalité » de son site internet

Dans le dossier « Peur de son ombre » et « autocensure à l’ère du correctivisme politique ».

La CAQ a retiré en catimini le mot natalité de son site web pour éviter que sa promesse de 1200 $ par année pour les deuxième et troisième enfants soit associée à un bébé-bonus. (Lequel avait côté nettement moins, de l'ordre de 10 fois moins, que les CPE et la politique familiale actuelle mais avait abouti à une hausse de la natalité...)

« Un gouvernement de la CAQ soutiendra les personnes qui souhaitent agrandir leur famille. Parmi les solutions envisagées : une bonification du soutien pour le deuxième et troisième enfant, le rétablissement du programme de procréation assistée et un encadrement digne de ce nom pour l’adoption », peut-on lire sous l’onglet « natalité » d’une ancienne version du site web de la CAQ.


« Aider les familles »

Cet énoncé a été retiré le 29 août. Deux jours plus tôt, François Legault affirmait pourtant que sa promesse de donner jusqu’à 1200 $ par enfant à partir du deuxième enfant n’avait rien à voir avec un désir d’augmenter la population du Québec.

« Est-ce que le but de votre mesure est de stimuler la natalité ? » a demandé une journaliste. « Non, c’est d’aider les familles », a rétorqué M. Legault. « Le but, c’est vraiment d’aider les familles. Si ça a un impact dans le choix des familles d’avoir plus d’enfants, tant mieux, mais le but recherché, c’est de mieux aider les familles », a-t-il aussi affirmé.

Incompréhensible

Rappelons que la natalité québécoise est très mauvaise pour une communauté ultraminoritaire à l’échelle continentale. Qu’y a-t-il de mal à vouloir plus de gens nés au Québec et donc, a priori, facilement intégrables ?

Classification des partis politiques québécois selon la Boussole électorale
Rappelons en outre que le paysage politique à droite (nationaliste, pro-français, identitaire et non étatiste) est grand ouvert alors que tous les partis semblent se concentrer au centre-gauche qui ne peut que démobiliser les électeurs conservateurs au Québec.


Voir aussi

Québec — Jamais aussi peu de naissances depuis 10 ans, jamais autant de décès

Russie — généreuse prime à la naissance, allocation mensuelle et hypothèque moins chère pour les familles

Québec — « La légende noire du clérico-natalisme »

Étude sur les garderies qui se paieraient d’elles-mêmes : la multiplication des pains (l’économiste Martin Coiteux)

Russie — la démographie expliquerait-elle le retour au conservatisme ?

Démographie : même taux de natalité au Canada qu’au Québec, sans « politique familiale » (CPE + congés)

Étude suggère augmentation du nombre d’adolescentes transgenres est en partie un phénomène social

JANETTE(*) MILLER n’a pas été très surprise lorsque sa fille est devenue transgenre il y a cinq ans. Une féministe qui porte rarement des maquillages ou des robes, elle a élevé sa fille Rachel(*) à ignorer les stéréotypes de genre. Enfant, Rachel aimait la bagarre, adolescente, elle sortait avec une fille. Ce qui a choqué Mme Miller, c’est la déclaration de sa fille selon laquelle elle souhaitait que son corps devienne plus masculin en prenant de la testostérone et en pratiquant une mastectomie. « Elle n’a jamais une seule fois dit : “Je me sens garçon” », déclare Mme Miller. « Elle aimait être une fille. »

Après s’être renseignée sur les conséquences d’une transition médicale, Mme Miller a dit à sa fille « qu’elle pouvait s’identifier au sexe qu’elle désirait », mais qu’elle ne lui permettrait pas de prendre de la testostérone, dont certains effets sont irréversibles, pas plus que de subir une « Chirurgie haute » avant qu’elle n’ait 18 ans. Elles se sont déchirées à ce sujet pendant des mois.

En règle générale, les adolescents présentent d’abord des symptômes de dysphorie de genre, terme clinique désignant la détresse causée par le sentiment que son corps ne correspond pas à son sexe à l’enfance. Mais au cours des dix dernières années, les cliniques des pays occidentaux [notons que c’est un phénomène occidental] ont signalé qu’un nombre croissant d’adolescents commençait à éprouver une dysphorie de genre pendant ou peu après la puberté. Et alors que ces jeunes adultes étaient auparavant surtout des hommes, de plus en plus de jeunes femmes disent éprouver ce mal-être. En 2009, 41 % des adolescents référés au Service britannique de développement de l’identité de genre étaient des femmes ; alors qu’en 2017 69 % l’étaient.

Lisa Littman, professeur adjointe en sciences comportementales et sociales à la très progressiste Université Brown, était curieuse de savoir ce qui causait ces changements. Elle avait lu sur des forums en ligne les récits de parents qui décrivaient de nouveaux comportements : des adolescents sans antécédents de dysphorie de genre à l’enfance annonçaient qu’ils étaient transgenres après une période d’immersion sur des sites protransgenres ou après des annonces similaires de la part de leurs amis. Son étude suggère que ces enfants sont peut-être aux prises avec ce qu’elle appelle une « dysphorie de genre à apparition rapide ».

Pour son étude, Mme Littman a recruté 256 parents d’enfants dont les symptômes de dysphorie de genre sont apparus soudainement pour la première fois à l’adolescence. Ces parents, parmi lesquels Mme Miller, ont participé anonymement à un sondage en ligne comprenant 90 questions. Les conclusions de Mme Littman suggèrent qu’un processus de « contagion sociale entre camarades » pourrait jouer un rôle. Selon les parents interrogés, 87 % des enfants sont devenus transsexuels après avoir passé plus de temps en ligne, après des « épidémies » de dysphorie de genre dans des groupes d’amis, ou les deux. Dans un tiers des groupes d’amis, la moitié ou plus des individus sont devenus transgenres ; en revanche, seulement 0,7 % des Américains âgés de 18 à 24 ans seraient transgenres. La plupart des enfants qui ont déclaré être transgenres sont devenus plus populaires. Rachel, la fille de Mme Miller, dit que lorsqu’elle déclara à ses amis, qu’elle avait tous rencontrés en ligne, ils l’avaient félicitée : « C’était, comme s’ils me souhaitaient la bienvenue à la maison ».

Mme Littman pense que certains adolescents peuvent adopter l’idée qu’ils sont transgenres pour faire face à des symptômes liés à un problème sous-jacent différent. Près des deux tiers des enfants étaient diagnostiqués d’un ou plusieurs troubles psychiatriques ou développementaux avant l’apparition de la dysphorie de genre ; près de la moitié d’entre eux avaient subi un traumatisme ou s’était mutilé. Ceci est cohérent avec d’autres études sur la dysphorie de genre quand elle se produit pendant la puberté. Certaines personnes cherchent à oublier leur douleur émotionnelle en buvant, en prenant de la drogue, en se coupant ou en se privant de nourriture. Mme Littman suggère que, pour certains adolescents, la dysphorie de genre pourrait également rentrer dans cette catégorie.

Se déclarer transgenre semble aggraver les choses

Lisa Littman poursuit : « La constatation la plus fréquente est que la santé mentale de l’adolescent ou du jeune adulte et la relation parent-enfant se sont dégradées après la déclaration d’être transgenre ».

De fait, les adolescents transgenres rapportent une série de conséquences de leur décision, parmi lesquelles une méfiance manifestée envers elles par les personnes non transgenres (22,7 %), la réduction du temps passé avec des personnes non transgenres (25 %), la volonté de s’isoler de leurs familles (49,4 %) et celle de n’accepter d’informations sur le changement d’identité sexuelle qu’à partir de sources transgenres. Lisa Littman s’est interrogée sur la raison pour laquelle le nombre de jeunes filles parmi les transgenres au Royaume-Uni avait bondi de 41 % à 69 % entre 2009 et 2017. Elle a ainsi relevé que parmi ces adolescentes sans histoire ancienne de perturbation identitaire cliniquement établie, leur décision survenait « après une période d’immersion dans des sites internet de niches, consécutive à l’annonce de décisions similaires par des amies ».

L’apparition de troubles du genre, explique Lisa LIttman, « semble survenir dans un contexte d’appartenance à un groupe de pairs dans lequel une, plusieurs ou même toutes les amies disent être avoir pris conscience de leur perturbation ou être devenues transgenres dans le même laps de temps ».

Contagion et autres troubles mentaux

Près des deux tiers des adolescents transgenres dont les parents ont participé à l’étude ont été diagnostiqués d’au moins un trouble mental du développement préalable à leur affirmation d’une volonté de changement d’identité sexuelle. Par exemple, près de la moitié ont tenté de se blesser ou ont subi un traumatisme important. « La contagion par des pairs est associée avec des syndromes dépressifs, des troubles de l’alimentation, des agressions, des brimades ou l’usage de drogues », explique Littman. En matière de troubles de l’alimentation, elle cite en particulier les sites internet qui prônent des pertes de poids excessives, font de ces troubles des éléments d’identification, offrant des stratégies de contournement de l’action des parents et des médecins pour continuer à perdre du poids. « Si ces mécanismes sont mis en œuvre dans un contexte de troubles de l’identité sexuelle, cela complique grandement l’évaluation et le traitement des adolescents et jeunes adultes concernés », relève l’auteur de l’étude.

Côté statistiques, l’étude a établi que 76,5 % des parents considèrent que leur enfant transgenre commet une erreur. Selon son évaluation, 33,7 % des adolescents et jeunes adultes concernés avaient dit avoir sollicité une modification médicale ou chirurgicale simultanément à l’annonce de leur décision de changer d’identité sexuelle, ce qui est particulièrement inquiétant. 67,2 % ont dit à leurs parents qu’ils souhaitaient recevoir des traitements hormonaux, et 53,4 % qu’elles souhaitaient une opération chirurgicale. Près du tiers (31,2 %) ont évoqué l’argument du suicide pour convaincre leurs parents d’accepter leur traitement. 55,9 % estiment que leur changement de sexe résoudra leurs problèmes sociaux, universitaires, professionnels ou de santé mentale.

Critiques et réplique

L’étude a suscité de vives critiques. Certaines légitimes. Bien qu’il s’agisse d’une première tentative étayée de décrire un phénomène récent, il est qualitatif plutôt que quantitatif et repose uniquement sur des entretiens avec des parents et non avec les enfants. Mme Littman a publié des liens vers son enquête sur trois sites Web où les parents et les cliniciens avaient décrit l’apparition soudaine de la dysphorie des adolescents : 4thWaveNow, Transgender Trend et Youthtranscriticalprofessionals.

Se référant à ces sites comme « anti-trans », Diane Ehrensaft, directrice de la santé mentale dans une clinique du genre à San Francisco, a écrit que « ce serait comme choisir des sites du Ku-Klux-Klan ou de l’extrême droite pour démontrer que les Noirs forment vraiment une race inférieure ». La professeur Littman répond que 88 % des parents dans son étude ont déclaré que les personnes transgenres méritaient les mêmes droits que les autres, ce qui est conforme à l’opinion nationale. La recherche sociale, en particulier quand elle porte sur les enfants, utilise souvent une méthodologie similaire.

La réaction à la publication de l’étude a dépassé ce que l’on pouvait attendre d’une différence d’opinion ordinaire entre universitaires. Brown a retiré de son site Web un communiqué de presse annonçant l’étude de la professeur Lisa Littman, notant que PLOS ONE, la revue dans laquelle l’étude avait été publiée, cherchait à obtenir une « expertise supplémentaire ». Dans une déclaration ultérieure, l’université a déclaré : « Il existe une obligation supplémentaire de vigilance dans la conception et l’analyse de la recherche chaque fois qu’il existe des implications pour la santé des communautés au centre de la recherche et des études. Des parents et universitaires ont en conséquence accusé l’université Brown de céder à la pression des activistes trans.

Censurer la recherche dans ce domaine risque de nuire à la santé de nombre d’adolescentes en difficulté. Rachel, maintenant âgée de 21 ans, croit qu’elle s’est accrochée à une identité trans dans le but de faire face à une dépression bipolaire, après avoir été abusée sexuellement pendant son enfance. Après avoir reçu un traitement, sa dysphorie de genre a disparu. Si sa mère avait cédé quand sa fille avait 16 ans, comme plusieurs thérapeutes du sexe l’avaient exhortée, Rachel se serait lancée dans une transition médicale qu’elle ne souhaitait pas après tout.

Source : The Economist et l’étude sur PLoS One

(*) Les noms ont été changés.

Voir aussi

Jordan Peterson et les jeunes “trans” (M-à-j avis de Debra Soh sur l’augmentation de ceux-ci)

Élève à la télévision : “J’en parlais avec mes amis trans à l’école...”

Urgence québécoise : “Adapter l’école aux écoliers transgenres”

Le genre et l’université : une chape de plomb s’abat


lundi 3 septembre 2018

États-Unis : les jeunes femmes adultes sceptiques envers le féminisme militant et l'avortement

Au début du mois d’août, Refinery29 a publié un sondage effectué auprès de plus de 2 000 femmes de la génération Y (nées entre 1983 et l’an 2000) en collaboration avec CBS News, en les interrogeant sur un éventail de questions politiques.
La plus grande partie de la couverture médiatique a porté sur le fait qu’un faible pourcentage de ces femmes âgées de 18 à 35 ans soutiennent le président Donald Trump.

Le sondage contient cependant aussi des résultats intéressants sur les attitudes des femmes du millénaire envers le féminisme et l’avortement. Le sondage a notamment révélé que seuls 46 % des femmes de la génération Y se disent féministes.

Refinery29 a publié un article ultérieur sur cette partie du sondage, pour y inclure des entretiens de suivi avec certaines femmes interrogées. Une femme a déclaré qu’elle croyait que les féministes accordaient trop d’importance à des questions telles que l’avortement et la contraception, tandis que d’autres ont déclaré qu’elles désapprouvaient la manière dont certaines féministes acceptent les choix provocateurs en matière de vêtements et la valorisation de la promiscuité sexuelle. Une femme a déclaré que les féministes modernes ignorent les besoins des femmes appartenant à des minorités. D’autres ont déclaré croire que la plupart des femmes se débrouillent bien sur le plan économique et que, par conséquent, les plaintes féministes sont dépassées. Le sondage a également révélé que seuls 28 % des femmes de la génération Y que l’avortement devrait être autorisé dans tous les cas [comme c’est le cas au Canada actuellement] tandis que 72 % pensent qu’il devrait y avoir des protections légales pour les enfants à naître.

Fait intéressant, la firme de sondage Pew et Gallup a posé des questions similaires sur l’avortement et a obtenu des résultats comparables parmi le grand public. Contrairement à l’opinion de nombreux commentateurs professionnels, les attitudes des femmes de la génération Y envers l’avortement sont globalement conformes à celles de la société en général. En outre, le sondage a révélé que le problème politique le plus important pour ces femmes était en réalité les soins de santé — et non l’avortement. Les résultats des sondages ont également indiqué que seuls 29 % des femmes du millénaire sont « heureuses » ou « satisfaites » de la présidence de Donald Trump. De même, seuls 30 % des personnes interrogées estiment que le pays va dans la bonne direction et que les femmes de la génération Y veulent que le parti démocrate prenne le contrôle du Congrès en 2018. D’une manière générale, le sondage Refinery29 concorde avec la plupart des sondages. Ces données montrent que la génération actuelle de jeunes adultes est sceptique face au féminisme militant et sympathique à l’instauration de protections pour les enfants à naître, même si les jeunes adultes sont moins enclins que les autres groupes démographiques à soutenir les candidats politiques républicains.

Québec — Que penser du nouveau programme obligatoire d'éducation à la sexualité ?

Que penser de l'éducation sexuelle obligatoire ?


Soirée d'information sur le nouveau programme pour le primaire et secondaire sur l'apprentissage en éducation à la sexualité.



Mardi le 4 septembre à 19 h 00

223, rue Saint-Charles Sud

Granby (Québec)

Animatrice : Josée PERRIER

Responsable du ministère des enfants

Église de la Victoire

France — Inertie de l'école publique et nécessité des écoles libres

[Note du carnet : les écoles libres françaises — non subventionnées — bénéficient de nettement plus de libertés que les écoles québécoises. Pas de programme de morale et de vision du fait religieux imposé contrairement au Québec avec son cours d'éthique et de culture religieuse imposé à tous les élèves ou de ses manuels officiels scrutés et nécessairement approuvés par le Bureau d'approbation du matériel didactique.]

Depuis l’arrivée de Jean-Michel Blanquer, le bon sens est revenu dans le discours de la rue de Grenelle. Et l’on pourrait croire que les écoles privées hors contrat sont moins nécessaires. C’est illusoire à vrai dire, parce que, dans un ministère gérant 12,4 millions d’élèves et 1,1 million de professeurs, il y a un pas difficile à franchir entre discours et réalité. L’Inspection, les syndicats, les inerties et l’hypercomplexité administratives et même certains membres du cabinet, gardiens de la ligne Hollande, font obstacle à ce que les idées marquées au coin du bon sens de notre ministre passent réellement dans les faits. Ainsi le latin et le grec n’ont pas été relevés, la réforme des programmes est anecdotique, celle du bac [DEC au Québec] et du lycée une usine à gaz coûteuse et liberticide, sans parler de celle de l’affectation des étudiants dans le supérieur, qui est un fiasco. La personnalité du ministre, manifestement brillant, n’y est pour rien. Les structures et les corporatismes sont tout.

S’impliquer dans l’éducation


Dans ce contexte, la Fondation pour l’école mène une action de longue haleine pour encourager les parents et la société civile à compter plus sur eux-mêmes que sur l’État, et à s’impliquer davantage dans l’éducation. La multiplication des écoles indépendantes est au cœur de ce processus de réappropriation du champ éducatif par les parents. Une autre école est possible que celle de l’Éducation Nationale. Nos enfants ne sont pas condamnés à boire son déprimant breuvage. Les ouvertures d’écoles indépendantes augmentent de 32 % l’an : une croissance exponentielle ! Les parents ont ainsi plus de chances de trouver une école adaptée aux besoins réels de chacun de leurs enfants. Une petite école Montessori catholique pour tel enfant désireux d’apprendre vite et par lui-même, sans subir le diktat des besoins moyens du groupe classe, une école utilisant tous les savoirs neuro-développementaux pour enseigner les enfants dys- ou hyperactifs, ou encore une école réservant beaucoup de temps à la pratique artistique, qui fait grandir aussi sûrement l’âme que les leçons de maths comme à l’Académie Anne de Guigné ou à celle de Liesse ! Une école au cœur de la France rurale dévitalisée pour rendre leur fierté à de jeunes ruraux en déshérence, à l’instar du Cours Clovis à La Fère…

La Fondation pour l’école fait tout pour garantir la qualité et la pérennité de ces écoles : outre les 3 millions (et même 5,8 millions en intégrant les subventions octroyées par ses fondations abritées) de subventions qu’elle alloue annuellement, elle forme avec soin les créateurs et directeurs d’école, elle pousse les écoles à la qualité en leur proposant de travailler à leur labellisation Qualité et en imposant le respect de sa charte de protection des mineurs.

Surtout, la Fondation investit dans la formation des équipes éducatives : à l’Institut libre de formation des maîtres (ILFM), elle forme instituteurs et éducateurs ; dans la toute récente Académie du Professorat, elle forme en mathématiques, français, histoire et géographie les professeurs en poste dans les collèges et lycées hors ou sous contrat ; à l’École professorale de Paris, c’est à l’agrégation et au Capes qu’on se prépare, avec un taux de réussite cette année de 100 % de reçus au CAPES de lettres, histoire et maths et 2/3 à l’agrégation de lettres modernes par exemple. Les récents rapports officiels sont clairs : la France doit relever sa formation initiale et continue de toute urgence si elle veut réussir la réforme de son école. Mais l’État n’est pas prêt à liquider l’héritage des IUFM, devenus ESPE, bien que sa nocivité soit reconnue du ministre lui-même.

Un rôle capital à jouer

Dans ce contexte, nos instituts de formation ont un rôle capital à jouer. Notre diplôme principal est reconnu au plus haut niveau (équivalant à un Master II [deuxième année de maîtrise]). Pour diffuser les meilleures pratiques pédagogiques au-delà des seules écoles indépendantes, nous avons développé une plateforme de partage de cours très performante, entièrement numérique et gratuite : www.laplateformeduprofesseur.com Elle répond au mot d’ordre « des cours, pas des discours ! » Nous avons créé des fondations à l’étranger (aux États-Unis et en Belgique, pour toute l’Europe) pour bénéficier de la forte dynamique internationale en faveur de la liberté scolaire et permettre aussi aux expatriés de soutenir la transformation du système éducatif de leur pays natal.

Enfin, c’est aussi un long travail politique que nous poursuivons. Au Sénat, en juin, nous avons sensibilisé des responsables politiques de tous bords à la nécessité de donner plus de place à la liberté scolaire pour assurer l’égalité des chances de chaque enfant, même peu scolaire ou faiblement soutenu par sa famille. Nous travaillons activement sur les solutions de type chèque-éducation permettant d’éviter la double imposition des familles investissant dans l’éducation de leurs enfants, au prix d’importants sacrifices. Pour toutes ces actions, nous comptons vraiment sur votre soutien fidèle.

Anne Coffinier
Directrice générale de la Fondation pour l’école.


vendredi 31 août 2018

Éducation à la sexualité : ThéoVox s'entretient avec M. Raymond Ayas

Cette semaine, ThéoVox s’est entretenu avec un invité qui maîtrise bien le nouveau programme d’éducation à la sexualité imposé par le gouvernement dans nos écoles. Il siège comme membre élu du conseil de l’établissement de l’école de ses enfants. Il est membre du comité de parent du Montreal English School Board et est également Membre de l’APCQ (Association des parents catholiques de Québec).

M. Raymond Ayas est activement impliqué dans le milieu scolaire et il ne tarit pas d’opinions sur ce programme d’éducation à la sexualité.



jeudi 30 août 2018

L’autonomie des écoles, un levier contre l’échec scolaire

Les meilleures écoles sont celles disposant d’une grande autonomie sur le recrutement des professeurs. Il faut offrir cette liberté à nos établissements pour redresser le niveau des élèves.

L’OCDE a récemment publié un rapport PISA qui tord le cou a plusieurs idées reçues. Cette étude insiste sur le fait que la qualité de l’école est d’abord celle de ses enseignants et que les écoles en milieu défavorisé parviennent à relever le niveau de leurs élèves en attirant les meilleurs d’entre eux plus qu’en réduisant la taille des effectifs des classes.

Le rapport montre aussi que les pays où les populations désavantagées bénéficient d’enseignants de qualité sont globalement ceux où les écoles ont une plus grande autonomie d’embauche, voire de licenciement, des professeurs. Ceci n’est pas le cas dans les pays du sud de l’Europe, où l’enseignement public est dominant, avec des enseignants bénéficiant d’un statut prévoyant leur avancement plus à l’ancienneté qu’au mérite et dans un cadre très contraint.

Selon cette étude, dans 13 des 19 pays les plus performants sur le plan scolaire, plus de 80 % des élèves de 15 ans étudient dans des écoles dont la gouvernance a la responsabilité de recruter ses enseignants, et dans 9 de ces 19 pays, de s’en séparer. Il y a des exceptions, et la plus notable est la Suède, qui dispose d’un vaste réseau d’écoles privées ou associatives dont les parents ont le libre choix au travers d’un bon scolaire. Mais le système scolaire suédois peine à faire face à un afflux considérable de migrants ces dernières années, jusqu’à 160 000 en 2016, l’équivalent en termes de population de 1,3 million pour l’Allemagne. [Notons aussi que les écoles privées suédoises — comme les Québécois (essayez de ne pas enseigner ECR !) — bénéficient de peu de liberté quant au programme d’enseignement.]

Expérimentation britannique

L’autonomie des écoles favorise tout à la fois l’adaptation des rémunérations en fonction de la performance, et peut-être plus encore des organisations plus souples et plus attentives aux besoins des élèves et aux préoccupations des enseignants. Les conditions de travail, la formation permanente, l’évaluation régulière et la participation au projet de l’école en sont les principaux exemples.

Le Royaume-Uni a amélioré de 9 points son classement PISA

Le Royaume-Uni a expérimenté l’intérêt de cette autonomie en favorisant l’émergence d’un nouveau type d’établissement : les académies. Indépendantes, mais subventionnées, elles représentent désormais plus du quart des établissements financés par l’État. Dans le même temps, le Royaume-Uni a amélioré de 9 points son classement PISA (moyenne des trois disciplines), tandis que le budget alloué à l’éducation par rapport au PIB diminuait de 21,54 % selon Eurostat.

Dans le classement PISA 2015, la France était 25e en moyenne et, au sens de l’OCDE, son système serait peu performant et inégalitaire. Ces résultats sont confirmés par le dernier Programme international de recherche en lecture scolaire, réalisé en 2016 auprès des élèves de 50 pays du monde, à la fin de leur quatrième année de scolarité obligatoire — en CM1 donc, pour la France. Celle-ci est en 34e position.

Écoles hors contrat (non subventionnées et libres)

Les efforts de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale pour faire bouger le « mammouth » sont courageux et encourageants. Mais suffiront-ils face aux terribles résistances intérieures qui risquent de s’y opposer ? Une vraie et profonde autonomie, nécessaire, a peu de chances d’être mise en œuvre dans un milieu sclérosé par son statut. Sauf peut-être à favoriser la concurrence qui l’obligerait à réagir pour survivre et encouragerait de nouvelles expériences éducatives, en même temps qu’elle susciterait une offre plus large pour s’adapter aux besoins des enfants.

À cet effet, l’État pourrait, sous un certain contrôle, accorder aux écoles hors contrat un montant par élève équivalent au coût supporté pour les élèves des écoles privées sous contrat. Ce qui serait justice, car l’État n’a pas à financer que « ses » écoles, mais faire en sorte que tous les enfants soient instruits dans le respect du choix éducatif de leurs parents.

Jean-Philippe Delsol,
Président de l’Institut de recherches économiques et fiscales (Iref).

Voir aussi

Suède — La baisse du niveau scolaire en partie imputable à l’immigration ?

Essor des écoles indépendantes et du chèque scolaire au Royaume-Uni

La jeunesse québécoise adhère au multiculturalisme par l’école selon Mario Dumont
Angleterre : retour de la sélection dès l’entrée dans le secondaire, disparue depuis 50 ans

Rapport : les élèves passés par ECR connaissent mal les religions, mais sont tolérants envers les signes religieux

Angleterre — Toutes les écoles publiques deviendront des « académies » d’ici 2020 (17 mars 2016)

Angleterre — La révolution des académies et des écoles libres

Les « écoles libres » en Grande-Bretagne : des écoles vraiment autonomes et subventionnées par l’État

« L’avenir de notre école passe par l’autonomie »