jeudi 4 octobre 2018

L'université aujourd'hui : face à face de deux « polémiques »

À gauche ce qu’il advient lorsqu’un professeur de sexe masculin met en doute le dogme féministe sur les femmes dans la science.

À droite, ce qu’il se passe lorsqu’une professeure fantasme sur la mutilation des hommes blancs.

Le CERN « a suspendu » sa collaboration avec un scientifique italien qui a tenu des propos « choquants » où il s’élevait contre la discrimination censément « positive » en science.

Vendredi dernier, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) a organisé un atelier à Genève intitulé « Théorie des hautes énergies et genre [le sexe] », auquel Alessandro Strumia, (ci-dessous) scientifique italien de l’Université de Pise, était invité.

Le professeur de l’université de Pisa a dénoncé le fait que « les hommes font face à une discrimination croissante dans le domaine de la physique. »

Il explique que le rôle croissant des femmes dans les emplois liés à la physique n’est pas lié à leur qualification, mais à la multiplication des débats sur les questions de genre et de parité.

« La physique n’est pas sexiste envers les femmes. Mais la vérité n’a pas d’importance, parce que ça fait partie d’une bataille politique venant de l’extérieur. On ne sait pas qui va gagner ».

Interrogé par Associated Press, Alessandro Strumia a évoqué un malentendu et dit ne pas penser que les hommes soient meilleurs que les femmes en physique. Il a toutefois relevé qu’il y a « un groupe politique qui veut faire croire aux femmes, et à d’autres personnes, qu’elles sont des victimes ».

Le professeur a encore estimé que le CERN faisait une erreur : « Ils m’ont suspendu parce que c’est vrai... et que c’est contraire à la ligne politique ».


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L’université Georgetown a défendu la liberté d’expression de la professeure en sciences politiques Christine Fair.

Celle-ci avait affirmé (voir le gazouillis ci-dessous)  que les sénateurs qui défendent le juge Kavanaugh « formaient un concert d’hommes blancs privilégiés qui justifiait le privilège dont s’arroge un violeur en série. » Ce violeur en série serait le juge Kavanaugh. On ne comprend pas très bien ce que la race des sénateurs, du juge, ou des accusatrices viendrait faire dans l’histoire. Tous sont blancs...

L’éminente professeure de la non moins prestigieuse université de Washington (historiquement catholique et même jésuite) poursuivait :  « Tous méritent des morts misérables sous les rires des féministes alors qu’ils expirent. Bonus : on castre leurs dépouilles et on les jette aux porcs ? Oui. »

Sanction : nulle. L’université s’est précipitée pour soutenir la liberté d’expression de son employée tout en lui demandant de rester objective en classe.

Fair était auparavant connue pour être un faucon (belliciste) en matières militaires et en particulier pour sa défense vigoureuse de la guerre par drones.

Ce n’est pas première fois que Christine Fair est au centre de polémiques. En janvier 2018, elle a causé un incident à l’aéroport de Francfort en Allemagne lors d’un contrôle de sécurité. La police allemande a déclaré que Mme Fair avait été peu coopérative dans la mesure où elle avait traité des agents de sexisme, de nazis, de voyous en uniforme et autres injures. Fair a été accusé d’injures calomnieuses en vertu de la loi allemande sur la diffamation.

Voir aussi

The trouble with feminism (L’ennui avec le féminisme), en anglais, 9000 mots




mercredi 3 octobre 2018

Le cannabis aurait des «effets négatifs et persistants» sur les capacités cognitives des ados

La consommation de cannabis provoque des « effets négatifs et persistants » plus graves que ceux de l’alcool sur les capacités mentales des adolescents, selon une étude réalisée par des chercheurs du CHU Sainte-Justine et de l’Université de Montréal.

Cette étude vient d’être publiée dans l »American Journal of Psychiatry.

Elle démontre que « les effets concomitants et persistants de la consommation de cannabis chez les adolescents peuvent être observés sur des fonctions cognitives importantes et semblent être plus prononcés que ceux observés pour l’alcool », a écrit l’Université de Montréal, mercredi, sur son portail.

Pour les besoins de l’étude, les chercheurs se sont intéressés à 3826 adolescents fréquentant 31 écoles secondaires de la région de Montréal.

« Très peu d’études ont été conçues pour étudier cette question du point de vue du développement. Notre étude est unique en ce sens, car elle a suivi un large échantillon d’élèves de la première à la quatrième année du secondaire », a indiqué la professeure Patricia Conrod, auteure principale de l’étude et chercheuse au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal.

Autre conclusion de l’étude : la consommation de cannabis est un facteur de risque dans le développement d’autres dépendances.

« Certains de ces effets (sur les autres dépendances) sont encore plus prononcés lorsque la consommation commence précocement à l’adolescence », a précisé Jean-François G. Morin, un des coauteurs de l’étude et étudiant au doctorat à l’Université de Montréal.

Bien que des études aient établi que l’abus d’alcool et de cannabis était lié à une altération de la cognition chez les jeunes, elles n’étaient pas conçues pour comprendre cette relation et déterminer si la consommation de cannabis était la cause ou la conséquence des troubles cognitifs. Une nouvelle étude dirigée par des chercheurs au CHU Sainte-Justine et à l’Université de Montréal, publiée dans l’American Journal of Psychiatry, démontre que, au-delà du rôle de la cognition dans la vulnérabilité à la toxicomanie, les effets concomitants et persistants de la consommation de cannabis chez les adolescents peuvent être observés sur des fonctions cognitives importantes et semblent être plus prononcés que ceux observés pour l’alcool.

Outre ses effets intoxicants aigus, l’abus d’alcool et de cannabis a été associé à des altérations sur les plans de l’apprentissage, de la mémoire, de l’attention et de la prise de décisions, ainsi qu’à de faibles résultats scolaires. « Bien que de nombreuses études aient rapporté des différences de performances cognitives entre les jeunes consommateurs et les non-consommateurs, il reste à déterminer les effets causaux et durables de l’usage de substances chez les adolescents sur leur développement cognitif », explique Jean-François G. Morin, coauteur de l’étude et étudiant au doctorat à l’Université de Montréal. La professeure Patricia Conrod, auteure principale de l’étude et chercheuse au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’UdeM, mentionne que « très peu d’études ont été conçues pour étudier cette question du point de vue du développement. Notre étude est unique en ce sens, car elle a suivi un large échantillon d’élèves de la première à la quatrième année du secondaire afin de recueillir des mesures cognitives et sur la consommation de substances. En utilisant une grande base de données, nous avons pu modéliser la nature complexe de la relation entre ces ensembles de variables ».

Pour comprendre la relation entre l’alcool, la consommation de cannabis et le développement cognitif chez les adolescents à tous les niveaux de consommation (abstinents, consommateurs occasionnels ou grands consommateurs), l’équipe de recherche a suivi un échantillon de 3826 adolescents canadiens sur une période de quatre ans. En utilisant un modèle statistique prenant en compte le développement cognitif, les auteurs ont étudié les relations entre les changements d’une année à l’autre dans la consommation de substances et le développement parmi un certain nombre de domaines cognitifs, tels que la mémoire de rappel, le raisonnement perceptuel, l’inhibition et la mémoire de travail. Une analyse de régression multiniveau a été utilisée pour tester conjointement la vulnérabilité et les effets concomitants et persistants sur chaque domaine cognitif. L’étude a montré que la vulnérabilité à la consommation de cannabis et d’alcool à l’adolescence était associée à une performance généralement inférieure dans tous les domaines cognitifs.

Le cannabis se démarque de l’alcool

« Cependant, une nouvelle augmentation dans la consommation de cannabis, mais pas dans la consommation d’alcool, a montré des effets concomitants et durables supplémentaires sur les fonctions cognitives, comme le raisonnement perceptuel, la mémoire de rappel, la mémoire de travail et l’inhibition comportementale », souligne Patricia Conrod. « Le fait que la consommation de cannabis ait été associée à des effets durables sur la mesure de l’inhibition comportementale, qui est un facteur de risque pour d’autres comportements toxicomanogènes, est particulièrement préoccupant et pourrait expliquer pourquoi la consommation précoce de cannabis est un facteur de risque pour d’autres dépendances, ajoute Jean-François G. Morin. Certains de ces effets sont encore plus prononcés lorsque la consommation débute précocement à l’adolescence. »

Dans un contexte où les politiques et les attitudes concernant l’usage de substances sont repensées, ces résultats mettent l’accent sur l’importance de protéger les jeunes des effets négatifs de la consommation en investissant davantage dans les programmes de prévention.

« Il sera important de mener des analyses semblables avec cette cohorte ou des cohortes similaires lors de la transition vers l’âge adulte, lorsque la consommation d’alcool et de cannabis devient plus importante », indique Patricia Conrod. « Ceci pourrait être particulièrement pertinent pour les effets de l’alcool : bien que cette étude n’ait pas associé les effets de la consommation d’alcool chez les adolescents au développement cognitif, des effets neurotoxiques peuvent être observés dans certains sous-groupes différenciés en fonction du niveau de consommation, du sexe ou de l’âge, poursuit Jean-François G. Morin. Nous souhaitons également déterminer si ces effets sur le développement du cerveau sont liés à d’autres complications telles que les difficultés scolaires, les dommages neuroanatomiques et le risque de dépendance ou de troubles mentaux futurs. »

À propos de l’étude


L’article intitulé « A Population-Based Analysis of the Relationship between Substance Use and Adolescent Cognitive Development » a été publié dans l’American Journal of Psychiatry en octobre 2018. Le premier coauteur est Jean-François G. Morin, étudiant au doctorat sous la supervision de Patricia Conrod. L’auteur principal est Patricia Conrod, chercheuse et directrice du laboratoire Venture au CHU Sainte-Justine, professeure titulaire au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire Dr Julien/Fondation Marcelle et Jean Coutu en pédiatrie sociale en communauté de l’Université de Montréal. La présente étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, le Fonds de recherche du Québec ‒ Santé, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et le Programme des chaires de recherche du Canada.

Auteurs : Jean-François G. Morin, Mohammad H. Afzali, Josiane Bourque, Sherry H. Stewart, Jean R. Séguin, Maeve O’Leary-Barrett et Patricia J. Conrod.



mardi 2 octobre 2018

Quand feu Antoine Sfeir condamnait l’imposture du dialogue interligieux

La vidéo est extraite d’une émission française, C dans l’air, consacrée au « forum islamo-chrétien » et diffusée en novembre 2008. À cette occasion, Antoine Sfeir — journaliste et professeur franco-libanais, ancien directeur des Cahiers de l’Orient, décédé cette semaine déclarait :

— On a donné à cette rencontre un titre assez bizarre d’ailleurs, le « forum ». On ne pouvait quand même pas parler de « dialogue interreligieux », alors que tout le monde veut en parler. le dialogue entre islam et chrétiens...

— Parce que c’est autre chose ?

— Mais, bien entendu. Parce que c’est de l’imposture intellectuelle, le dialogue islamo-chrétien. Ou on est croyant, et à ce moment-là chacun pense que sa religion, c’est la vérité. Donc, parler avec l’autre, c’est vouloir le convertir. Ou alors on n’est pas croyant, et on n’est pas concerné par ce « dialogue » interreligieux ou islamo-chrétien, appelons-le comme on veut. Si on veut savoir à quoi croit l’autre, c’est du dialogue interculturel, uniquement. Alors ça, autant qu’on veut. Bien entendu. Il faut dialoguer culturellement et continuer à le faire. Ce qui me gêne dans tout ça...



— Vous pensez quoi, que c’est hypocrite ?

— Ah, totalement. Totalement. La preuve c’est qu’on a quand même essayé de dire : « On a parlé des choses qui fâchent ». On a parlé de la liberté de conscience, mais du côté musulman, on n’a pas précisé ce que c’était, la liberté de conscience. On n’a pas parlé de véritables choses qui fâchent. [...] Ce vouloir-vivre-ensemble aujourd’hui, quoi qu’en disent ce forum et ce communiqué, n’existe pas. En tout cas dans la région que je connais un peu, qui est l’espace arabe.

samedi 29 septembre 2018

Zemmour (vidéos) : gouvernement des juges, concordances entre hier et aujourd'hui, Napoléon, Algérie, sentiments dans la politique

Soirée avec Éric Zemmour à l’occasion de la sortie de son livre « Destin français » tenue le mardi 25 septembre 2018 à Versailles au théâtre Montansier. La salle était comble.



Début de la transcription

[Applaudissements]

— Je tiens à vous rassurer, contrairement à l’ensemble des journalistes qui vous reçoivent sur leurs plateaux de radios ou télévisions depuis la sortie de votre livre, je ne vais pas vous psychanalyser. On se souvient de Rachida Dati il y a quelques années vous recommandant d’aller vous soigner et j’ai entendu Caroline Mécary la semaine dernière affirmer que votre obsession identitaire confinait à la névrose. Éric Zemmour ce sera ma première question est ce qu’on ne déplace pas aujourd’hui le terrain des idées et de la politique sur le champ psychiatrique et pourquoi ?

Zemmour. — Ce n’est pas d’aujourd’hui, ça fait plusieurs années. Déjà quand j’ai sorti le Suicide français, si vous vous souvenez bien, j’avais exactement les mêmes réflexions : j’avais des névroses des obsessions je devrais me faire psychanalyser, psychiatriser, je ne m’aimais pas, j’aimais qu’on me haïsse, voyez.

vendredi 28 septembre 2018

Le féminisme radical est la dernière utopie progressiste décomplexée

Dans un essai revigorant et courageux, Le Porc émissaire (Les Éditions du Cerf), Eugénie Bastié, journaliste du Figaro, analyse les ressorts profonds du nouveau désordre sexuel né de la vague Me Too et Balance ton porc. Elle en pointe les contradictions, les limites et les excès, plaidant pour une redécouverte apaisée et dépolitisée des mystères du corps, de l’amour et du désir.

Extraits choisis.


« Au tout début octobre 2017, lorsqu’ils révélèrent une série d’accusations en harcèlements, agressions sexuelles et viols mettant en cause le producteur Harvey Weinstein, les journalistes du New York Times et du New Yorker ignoraient qu’ils venaient d’enclencher une vague d’indignation planétaire qui serait vite qualifiée de tournant historique. La grande idéologie du temps, le féminisme, était en panne de bourreaux. À Cologne, en 2016, elle était restée aveugle aux viols commis par des migrants sur des femmes allemandes. [La police allemande avait même voulu cacher ce scandale.] À Washington, elle avait échoué à faire élire son égérie Hillary Clinton, laissant un affreux misogyne, Donald Trump, s’installer à la Maison-Blanche. 2017 allait sonner l’heure de la revanche. En fin, on allait pouvoir prouver que l’Occident n’avait aucune leçon à donner au reste du monde en matière d’égalité des sexes. Des années de militantisme, de luttes et de revendications n’avaient-elles pas fait de l’Europe un havre de paix et de sécurité pour les femmes ? Que nenni ! Avec des yeux horrifiés, nous allions découvrir soudainement que derrière le vernis d’une égalité de droit, le patriarcat exerçait encore quotidiennement sa férule sur la gent féminine. Que derrière le masque des relations consenties se tapissait, sournois, le rictus menaçant de la domination masculine.

Nous pensions être libres, mais en réalité, nous étions encore prises dans les rets d’une tyrannie d’autant plus fourbe qu’elle prenait l’apparence d’une libération des mœurs. Bref, l’Occident était un enfer pour les femmes. Dans une catharsis mondialisée, le bon grain était séparé de l’ivraie. Le torrent victimaire emportait tout sur son passage, du viol à la remarque insistante en passant par le harcèlement de rue, la main aux fesses et les relations non consenties a posteriori. Le sexe, la violence, la religion, l’infrastructure primitive de nos sociétés avancées était mobilisés au service d’une gigantesque psychanalyse collective. “C’est une révolution”, affirmaient les unes, tandis que d’autres agitaient le spectre de dérives liberticides.

Le fait divers devint fait de société, et le fait de société, événement historique. En mai 2018, on annonça que la remise du prix Nobel de littérature serait différée au motif qu’une dizaine de jeunes femmes accusait le mari d’une des académiciennes d’agressions sexuelles répétées. Fait historique, pour la première fois en 1949, hormis sa suspension lors de la Seconde Guerre mondiale, le Nobel n’avait pas été attribué faute d’un candidat ayant recueilli l’unanimité du jury. Quel meilleur symbole pouvait-on trouver du grand passage de l’ère du public au temps du privé ? Désormais, la lutte contre le harcèlement devait prendre l’importance qu’avaient hier les con fl its géopolitiques. Oh, certes, on continuerait de se massacrer dans les coins déshérités du globe. Mais la guerre qui empêchait les puissants de dormir était celle qui se déroulait sur l’oreiller. […] »

Préférer les mots aux actes

« Avec Me Too hélas, c’est la culture de la parole réparatrice qui allait l’emporter sur le vieux monde des tragédies intimes. Dans la société du spectacle, parler c’est agir et dénoncer c’est faire, les moyens ne se distinguant pas de la fin et la liberté d’expression revêtant par soi une vertu thérapeutique.

Il est d’ailleurs frappant d’observer que la libération de la parole, lorsqu’elle touche à la parole “raciste” ou plus simplement à la légitime inquiétude culturelle, est condamnée unanimement par cette même gauche qui encense la parole libérée des femmes. De même, la pratique de l’“amalgame”, sans cesse reprochée à ceux qui évoquent la radicalisation islamiste ou le terrorisme est utilisée ici sans complexe. Les mêmes qui rappellent sans cesse qu’il ne faut pas dire “les musulmans” vont durant cette séquence essentialiser sans complexes “les hommes” dans une entité diabolisée.

Aussi, le mouvement Me Too allait pousser jusqu’au bout ce que Saint-Exupéry appelait la “culture du manifeste”, cette propension à préférer les mots aux actes. La révolution est tout entière numérique, tout entière parole, tout entière virtuelle. Elle se montre, se donne en spectacle, comme ces actrices conspuant le patriarcat dans leurs robes noires conçues par des couturiers de luxe aux Golden Globes. Ou bien cette publicité, vue dans le magazine Voici : une femme, le poing levé, cheveux dans le vent avec ce titre “Liberté d’expression !”, et ce sous-titre : “Révolution capillaire avec ces trois coiffures en trois mouvements, signé Machin-Chose, hair stylist”. On parle, on s’étale, on “dit les choses”. On énonce, on dénonce, on twitte. On répand le feu de la révolte à coups de hashtags. Chacun veut en être, et quiconque n’a pas de porc à balancer se retrouve comme un gamin sans billes à la récré. Se taire faisait de vous un “allié·e·s” des porcs, une complice abusée et résignée inapte à se révolter ou une bourgeoise puissante et privilégiée incapable de solidarité. […] »

Libertaires et puritaines : même combat ?

« Entre un libertarisme pour lequel le corps ne compte que comme objet à la merci de la volonté et un puritanisme qui surévalue l’importance de la chair au point d’y enchaîner la conscience, faut-il vraiment choisir ? Entre un libertinage qui voit dans la relation érotique un jeu de consommation guidé par le seul plaisir et un rigorisme qui n’y perçoit qu’un rapport de domination uniquement gouverné par le pouvoir, faut-il vraiment opter ? Entre les liaisons dangereuses et les contractualisations mortifères, faut-il vraiment trancher ? Ou se pourrait-il que le féminisme existentialiste et le néoféminisme déconstructiviste s’opposent pour mieux converger ? Les libertaires et les puritaines font preuve d’une même erreur : celle du dualisme qui dissocie l’âme du corps et le corps de l’âme.


Pire encore, ces deux mouvements se nourrissent mutuellement. Le libéralisme libertaire vindicatif produit sa propre némésis sous la forme d’un politiquement correct liberticide. Ainsi que le pointe Jean-Claude Michéa dans Impasse Adam Smith, l’un des paradoxes du libéralisme est qu’il aboutit, sous couvert de proclamer la liberté, à une société d’interdits sans précédent. Comment une époque qui a autant renoncé à toute conception de la vie bonne peut-elle autant faire la morale ? En raison d’une judiciarisation tous azimuts qui est la conséquence directe de la volonté d’organiser la société autour d’une éthique minimale, à l’image de celle que professe Ruwen Ogien : n’avoir pour tout dogme qu’“il ne faut jamais nuire à autrui” aboutit à “tout ce qui pourrait nuire à autrui est susceptible d’être proscrit”.

Surgit alors le politiquement correct, cette euphémisation du langage destinée à pallier l’absence de décence commune. Surgissent alors la multitude des revendications victimaires et identitaires, chacun essayant de sanctuariser son ressenti dans un monde éclaté où règne la loi du plus fort. Surgit alors ce que Jean-Claude Michéa appelle la “guerre de tous contre tous par avocats interposés”. Dans un monde où on a impitoyablement désentravé le désir, il ne reste plus que les tribunaux pour régler les conflits, y compris sexuels. L’auteur du Complexe d’Orphée résume magnifiquement ce paradoxe : “Quand donc la tyrannie du politiquement correct en vient à se retourner contre la tyrannie du plaisir, on assiste au spectacle étrange de Mai 68 portant plainte contre Mai 68, du parti des conséquences mobilisant ses ligues de vertu pour exiger l’interdiction de ses propres prémisses.” Ce renversement définit à merveille les ambiguïtés du mouvement Me Too : les rejetons des déconstructeurs se plaignent d’un monde où, l’idée de civilisation ayant été abolie, la régulation des désirs ne peut s’exercer que par l’entremise du droit ou du marché. […] »

La malsaine politisation de Me Too

« Il est certain que le mouvement Me Too révèle un véritable malaise dont je n’entends pas nier l’ampleur. Simplement, une politisation excessive en corrode les ressorts profonds. Si la formule de Bossuet sur ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes a une application, c’est bien ici. Le concept central de Me Too est celui du consentement et il renvoie en dernière instance à la liberté de l’individu telle qu’elle est comprise et exercée dans les sociétés libérales occidentales. Nous avons placé au cœur de la révolution sexuelle la liberté de choix, le pro choice ainsi que se définissaient les militantes pour le droit à l’avortement. Or, l’illusion d’une autonomie totale, déliée de tout rapport à l’autre, bute sur la complexité du rapport amoureux et de l’altérité radicale qu’il implique. L’illusion d’une banalisation de l’acte sexuel échoue sur le caractère tragique de la condition humaine. Telle est la vérité archaïque que nous voyons resurgir sous nos yeux, qu’il n’y a pas de sexe complètement libre, qu’il n’y a pas d’amour sans risque ni possibilité de tragédie. Nous redécouvrons que la liberté ne subsiste pas dans l’absence de contraintes car elle devient rapidement soumission à la loi du plus fort, mais qu’elle ne peut s’épanouir que dans la loi morale. Dans son livre L’Autre Héritage de 68. La face cachée de la révolution sexuelle, l’historienne Malka Marcovich fait tinter un autre son de cloche que les carillons commémoratifs qui ont retenti lors du cinquantenaire de Mai. À partir d’un grand nombre d’entretiens avec les acteurs de l’époque, elle reconstitue le voile jeté sur les dérives d’une fausse liberté. La revendication d’une liberté sexuelle totale, assortie au goût affiché pour la transgression, engendra alors de terribles excès : incestes entre frères et sœurs, entre parents et enfants, détournements d’élèves par leurs maîtres et actes pédophiles. Le climat intellectuel de l’époque portait au pinacle l’affranchissement, l’expérience et la précocité de la sexualité. Ainsi, dans une lettre ouverte publiée par Le Monde le 26 janvier 1977, des intellectuels tels que Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir ou Roland Barthes prirent la défense de trois pédophiles accusés d’avoir eu des relations sexuelles avec des enfants de 13 et 14 ans en qualifiant les faits de “simple affaire de mœurs”.

Tel est le monde dont nous avons hérité. Et ce sont aujourd’hui les descendants de ces déconstructeurs qui viennent pleurer sur le cadavre à la renverse de l’utopie sexuelle ? Les démons ne se jettent pas tout seuls à la mer. […] »

L’utopie démiurgique de façonner un homme nouveau

« La fin du communisme et le recul de la social-démocratie, la défaite du politiquement correct sur l’immigration ou l’islam et la victoire des populismes aux États-Unis ou en Europe ont fait que le féminisme a repris le flambeau de la contestation radicale de l’ordre établi. Il reste le dernier espoir d’un monde réconcilié. La dernière utopie progressiste.

Convaincu de sa mission civilisatrice, il espère expulser la part irréductible du tragique dans les rapports amoureux ainsi que la logique du don qui n’implique ni symétrie absolue, ni totale égalité dans les relations. “Nous allons mettre fin aux violences sexuelles.” Ainsi prophétise, l’index levé au ciel, une militante féministe sur un plateau de télévision. Comment lui dire ? Comment lui faire comprendre qu’il n’en sera rien ? Comment ne pas passer à ses yeux pour un esprit cynique qui se satisfait de l’ordre des choses ? Pourtant, aussi sûr que deux et deux font quatre et que le paradis n’est pas de ce monde, nous n’éradiquerons jamais les violences sexuelles. Parce que la perfectibilité morale de l’humanité n’existe pas. Parce qu’elle restera toujours la même. Parce qu’encadrer davantage les pulsions par le droit civil et la réprobation collective ne signifiera jamais les avoir supprimées.

Aucun gouvernement ne promet la fin de l’assassinat ou de la pédophilie. Si les responsables politiques affirment tous leur volonté de lutter contre ces fléaux, il n’y a qu’en matière de crimes sexuels, et plus précisément concernant les hétérosexuels, qu’ils affichent comme objectif une éradication complète et définitive. Chaque meurtre de femme, requalifié en “féminicide”, est jugé comme la permanence intolérable d’un “vieux monde” en train de s’effondrer, mais pas encore assez rapidement. Le domaine des violences sexuelles reste le seul où perdure l’utopie démiurgique de façonner un homme nouveau, débarrassé pour toujours de ses tares. »

Le porc émissaire : Terreur ou contre-révolution,
de Eugénie Bastié,
aux Éditions du Cerf,
à Paris,
paru le 28 septembre 2018,
175 pages,
ISBN-13 : 978-2204128384.

Voir aussi

Le néoféminisme dynamité

Vos impôts à l’œuvre : Télé-Québec et le féminisme extrémiste

Télé-Québec la chaîne de télévision québécoise publique à vocation « éducative » et culturelle paie des capsules militantes qui font la chasse aux mal pensants, aux hommes qui ne partageraient pas les opinions du féminisme radical. Ces hommes deviennent des « masculinistes ». Vos impôts à l’œuvre...

Alors, sans plus tarder, voici les chasseresses et leurs discours caricaturaux (patriarcat, taille de la queue, inégalité des résultats, la négation — elles parlent de « négationnisme » — de l’importance de la biologie et donc de différences d’intérêts légitimes entre les sexes) :



Les deux auteurs de cette capsule sont Lili Boisvert et Judith Lussier. Pour Lili Boisvert, « la chose que j’ai faite dont je suis le plus fière, c’est la fois où je me suis promenée dans la rue seins nus, dans le cadre de mon travail, pour parler de l’absurdité de la censure des seins féminins dans l’espace public. » Lili Boisvert est également animatrice. Elle a étudié en sciences politiques à l’Université de Montréal. Judith Lussier est animatrice et titulaire d’un baccalauréat en Communication et Sciences politiques de l’Université de Montréal. Elle a récemment fait parler d’elle quand elle a annoncé que, face aux critiques acerbes sur les réseaux sociaux, elle abandonnait sa chronique d’opinion largement consacrée aux idées féministes. On comprend qu’il est plus facile d’être subventionnée et de faire la leçon par le truchement d’une vidéo sans crainte d’être contredite à égalité de moyens (subventionnés).

Sur le patriarcat, la difficulté de définir l’égalité notamment salariale, des différences d’intérêt innées et légitimes entre hommes et femmes, une vidéo (millions de vues) de la part d’un professeur d’université, Jordan Peterson :



Voir aussi

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre (rediff)

Davantage de cours en anglais à l'université Laval

Le Journal de Québec nous l’annonçait le 26 septembre : « L’Université Laval pourrait offrir plus de cours en anglais ».

Première surprise : presque 2 % des cours de l’université Laval sont déjà donnés en anglais. 6,5 % des cours de la Faculté d’administration sont en anglais. La rectrice affirme : « C’est une réflexion qu’on a à avoir, c’est demandé dans certains secteurs, surtout aux études supérieures ».

Il faut bien prendre conscience que l’anglicisation en cours des cégeps va servir de tremplin et d’accélérateur à l’anglicisation des universités qui, comme on le constate, est déjà en cours.  Considérons la chute de popularité du MBA en français aux HEC depuis l’ouverture d’un programme en anglais.

Nous avons changé d’époque. Encore récemment, certains se rassuraient en disant benoîtement qu’il régnerait une « paix linguistique » et que la situation linguistique au Québec avait atteint un « point d’équilibre ».

Point d’équilibre fictif qui s’est accompagné d’une bilinguisation croissante à Montréal et à un apprentissage intensif de l’anglais intensif dès le primaire (alors que le nombre d’heures de français a été coupé au fil du temps, car le nombre d’heures de classe est limité) et le cégep en anglais ou en « bilingue » alors que dans certains quartiers de Montréal (et ailleurs), la majorité des enfants n’ont plus le français comme langue maternelle.

Comment espérer imposer le français comme langue commune de travail alors que la formation dans nos institutions d’enseignement se fait de plus en plus en anglais et que les universités anglaises (très largement financées par les contribuables francophones) forment de plus en plus de spécialistes — restons polis — mal à l’aise en français. Les exemples pourraient être multipliés.

Ne serait-il pas l’heure de revenir à une idée simple : pour que le français soit effectivement la langue commune, il faut que nos politiques scolaires et universitaires reflètent cette volonté dans les faits.

Voir aussi

Chute importante prévue du français dans les foyers québécois

Québec — Les immigrés allophones s’anglicisent rapidement

Recensement 2016 — recul du français, bilinguisme et anglais en hausse au Québec, bilinguisme stable dans le reste du Canada

Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal

Québec : le problème grave de réussite des garçons francophones

Québec, faiblesse en français et valorisation de l’anglais


(l’île de) Laval s’anglicise


La francisation des immigrants au Québec est un échec

Nombre d’heures de français en diminution alors qu’une majorité de décrocheurs en 5e secondaire échoue en français

Démographie — En 15 ans, les minorités visibles sont passées au Québec de 7 % à 13 % de la population

Moins d’heures de français à l’école : le niveau de grammaire et d’orthographe baisse

Un Québec moins français et moins scolarisé...

Le Québec a-t-il besoin de tant d’immigrants ?

Éric Zemmour sur l'avortement

Lors d’une conférence donnée à guichet fermé mardi soir à Versailles, l’écrivain Éric Zemmour a déclaré :
Il y a 200 000 avortements par an. 1/5e des enfants à naître. C’est autant que la mortalité infantile au XVIIIe siècle. Tous les progrès médicaux pour supprimer la mortalité infantile sont supprimés par l’avortement.


Dans son dernier ouvrage (n° 1 des ventes), Destin français, Éric Zemmour rappelle :
Depuis le Ier siècle de l’ère chrétienne, l’Église a d’abord mené un combat contre la société romaine et son dédain pour le mariage, sa préférence pour le concubinage et le divorce ; elle a interdit les infanticides, les avortements et « ces enfants qu’on exposait sur des tas d’ordures pour être dévorés par les chiens et les chacals1 ». La crise démographique dans l’Empire romain a été une des causes majeures de l’invasion barbare, mais aussi de la crainte démesurée que suscitent ces vagues migratoires qui ne dépassent pourtant jamais quelques centaines de milliers de personnes.
1. Michel Rouche, Clovis, Fayard, 1996.





La conférence (vidéo) complète est ici (1 h 30)



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jeudi 27 septembre 2018

« Les fausses statistiques » du taux de réussite au Québec

Selon Marc-Nicolas Kobrynsky, diplômé de HEC Montréal et titulaire d’une maîtrise en gestion de la London School of Economics, qui tient un blogue à lactualite.com :


Le plan stratégique 2009-2013 comprend un indicateur : le taux de réussite aux épreuves uniques de français, langue d’enseignement, pour les écoles du secondaire, avec une cible de 90 %. C’est le seul indicateur de l’ensemble du plan qui montre la capacité du système d’éducation à former avec succès les élèves en français, primaire et secondaire confondus. Par extension, c’est le seul indicateur sur lequel le simple citoyen peut mesurer la santé future de la langue française dans la province, qui est au cœur de l’identité et de la pérennité du peuple québécois.

Lors de l’analyse de ce plan, en 2017, l’indicateur attire mon attention, parce que le taux de passage ne cesse de chuter entre les années 2009 et 2013, pour passer de 91,9 % à 90,6 %. L’indicateur disparaît ensuite du plan pour les années subséquentes. Avec une tendance négative claire, sa disparition semble à tout le moins surprenante.

Les premiers documents fournis par le Ministère montrent que ce taux s’établit à 90,9 % pour 2015. Bien que l’indicateur soit légèrement incomplet, sans la moyenne des notes à l’examen, 90 % des élèves qui obtiennent au moins la note de passage au test de français, c’est réconfortant, non ?

Réconfortant si on ne creuse pas plus loin. Et que l’on ne remet surtout pas en question les hypothèses ou les méthodes de calcul du Ministère. Parce qu’un petit coup de pelle et le portrait change de façon draconienne.

Primo, le taux de passation global est de 90,9 %, mais c’est seulement 88,7 % au public. Déjà, l’ensemble du système public n’atteint pas la cible du Ministère, mais il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Après tout, une fois que tous les élèves de la province seront passés au privé, ce genre de détail disparaîtra.

Deuxio, la présence aux examens de français est 14 % plus basse que le nombre d’élèves inscrits. En gros, pour 100 élèves inscrits en 5e secondaire, seulement 86 se présenteront à l’examen de français. Mais voyez-vous, le Ministère ne compte pas ces 14 absents comme des échecs. Parce que, comme nous répond le Ministère, il ne faut pas considérer cet indicateur comme un taux de réussite aux épreuves des élèves inscrits en cinquième secondaire.

C’est fou comme l’éducation évolue rapidement. Dans mon temps, quand tu ne te présentais pas à un examen, tu avais un échec. Aujourd’hui, c’est incroyable, l’absence à un examen te fait simplement disparaître.

Réponse du Ministère à cette incohérence : l’élève peut avoir décroché.

En gros, on se retrouve avec deux possibilités, aussi graves l’une que l’autre. Dans un premier cas, 14 % d’élèves décrochent entre le début et la fin de la 5e secondaire, ce qui serait une catastrophe. Mais comme le Ministère s’entête à utiliser un indicateur de décrochage sur une base de sept ans, cette situation n’est jamais connue du grand public.

Dans le deuxième cas, 14 % ne se présentent pas à l’examen parce qu’ils savent qu’ils n’ont aucune chance de le réussir. Parce qu’ils sont découragés de s’y présenter par leurs professeurs, les directions d’école et les commissions scolaires, pour ne pas, justement, faire descendre la sacro-sainte moyenne. Parce que leur combustion spontanée et leur subséquente disparition servent bien le ministère de l’Éducation.

Dans les deux cas, le Ministère continue à bien paraître.
Mais la réalité, elle, est tout autre. Indépendamment des raisons, un élève sur quatre ne passe pas son examen de français de 5e secondaire. C’est un désastre sur le plan individuel, sachant qu’un DEC est maintenant nécessaire pour la plupart des emplois, mais aussi pour le peuple québécois. Quel est l’avenir du français comme fondation de notre identité si 25 % de notre jeunesse est incapable de passer l’examen de 5e secondaire ?

Tant qu’à être dans le sujet, ce taux augmente à 30 % pour la région de Montréal. Et 18 écoles sur les 30 qui obtiennent un taux d’échec de 20 % ou plus sont situées dans l’île.

Mais c’est tellement plus réconfortant de dire que le taux de réussite aux épreuves uniques de français, langue d’enseignement, est de 90,9 %. Les résultats du système public, les élèves qui ne se présentent pas à l’examen et la situation particulièrement inquiétante de Montréal ne méritent aucune mention.

Si les fausses allégations du Ministère en ce qui concerne la taille des classes sont inquiétantes, celles de la réussite de l’examen du français en 5e secondaire sont parfaitement scandaleuses.

Dans le premier cas, le Ministère laisse faussement croire qu’il a procédé à des améliorations dans le but de favoriser la réussite scolaire. Mais comme celui-ci publie un indicateur de réussite scolaire, aussi alambiqué soit-il, il est toujours possible de constater l’échec global de ses politiques à ce sujet.

Dans le deuxième cas, le Ministère laisse faussement croire que la situation du français est plus positive que la réalité dans le système scolaire. En publiant des statistiques fallacieuses sur le taux de réussite en français, le Ministère lèse irrémédiablement la population qu’il prétend servir, en la trompant sur ses compétences et sur la gravité d’un enjeu qui est fondamental à la pérennité du peuple québécois.

Le pape du pédagogisme français se moque du monde

Chronique d’Éric Zemmour sur le plus récent ouvrage du pape du pédagogisme Philippe Meirieu La Riposte, pamphlet contre Blanquer et plaidoyer pro domo. Dans lequel, selon le chroniqueur du Figaro, il se moque du monde.

On s’était donc trompé. On croyait avoir affaire à un bourreau alors que c’était une victime. On croyait tenir le Staline de l’éducation nationale, détruisant tout de son idéologie totalitaire ; on avait le François Bayrou du pédagogisme. On croyait qu’il trônait Rue de Grenelle, tyrannisant ministres et profs ; on le découvre timidement assis sur un strapontin, que personne n’écoute : « J’ai été amené, comme d’autres, à faire des propositions de réforme. Mais […] aucune des propositions auxquelles j’ai travaillé n’a été étudiée sérieusement ni reprise par le ministère de l’Éducation nationale. »

Philippe Meirieu se moque du monde. Il joue au sentimental à la larme facile ; il se pare des atours de Rousseau brocardé dans les salons, tandis qu’il nous fait plutôt penser à Calimero. Il écrit un pamphlet anti-Blanquer, en conservant une posture objective. Il veut faire croire que le combat se situe entre les réacs anti-pédagogistes qui rejettent toute expression des enfants et les hyper-pédagos qui refusent toute autorité. Lui est au milieu : un modéré, un centriste.

Tout le livre est construit autour de ce faux clivage, qui lui permet de mettre à égale distance, comme deux extrémismes également condamnables, le spontanéisme de l’élève qui « construit seul son savoir » et le cours magistral. Faux clivage, fausse opposition, faux extrêmes. Fausse objectivité mais vraie idéologie. Le passage le plus intéressant se situe au début de l’ouvrage lorsque, plantant le décor, Meirieu retrace la généalogie des pédagogistes, plongeant dans l’histoire des adeptes des méthodes éducatives nouvelles (Maria Montessori, Célestin Freinet et d’autres moins connus) « pédagogues (qui) se sont bien souvent retrouvés en pleine tourmente, n’accédant que fort rarement à un strapontin universitaire, victimes d’attaques tous azimuts, payant très cher en invectives de toutes sortes la petite notoriété à laquelle ils parvenaient parfois ».

Nos pédagogistes, selon la bonne vieille logique mafieuse, ont fait de l’entrisme Rue de Grenelle, noyauté les principaux postes et, profitant admirablement de la centralisation administrative française, diffusé leurs « méthodes nouvelles »

Au-delà du baragouin victimaire, on comprend bien que le pédagogisme est, comme toute idéologie, dépendant des conditions historiques de sa naissance, en l’occurrence les années 1920, après la Première Guerre mondiale : le pédagogisme sera donc pacifiste, humaniste, internationaliste, socialiste. Ses adversaires seront la guerre, l’armée, la discipline, l’autorité, la nation, la France, le drapeau, le patriotisme. Il sera avec les pacifistes des années 1930 (dont la plupart finiront dans la Collaboration en 1940 au nom de la paix et de l’Europe), avec les communistes en 1945 et les antiracistes depuis les années 1980. Trois pacifismes, trois universalismes, qui se jettent, comme le fleuve se jette dans la mer, dans l’alliance avec trois totalitarismes, noir, rouge, vert.

Meirieu a raison de brocarder ses contempteurs qui situent l’acte de naissance du pédagogisme en Mai 68. Il avait pris le pouvoir dès 1945 avec la mainmise communiste sur l’éducation nationale, incarnée par le fameux rapport Langevin-Wallon, que Meirieu révère encore aujourd’hui. Notre auteur nous résume son principe avec obligeance : « école unique pour l’organisation, éducation nouvelle pour la pédagogie ».

On ne peut être plus clair : nos pédagogistes, selon la bonne vieille logique mafieuse, ont fait de l’entrisme Rue de Grenelle, noyauté les principaux postes et, profitant admirablement de la centralisation administrative française, diffusé leurs « méthodes nouvelles » dans tout le corps du mammouth !

De la belle ouvrage. Quand le général de Gaulle revenu au pouvoir en 1958 s’est aperçu de la catastrophe, il a tenté de revenir en arrière (si on en croit les Mémoires de son conseiller pour l’éducation, Jacques Narbonne), mais n’a jamais réussi à se faire obéir de ses ministres, aux mains des syndicats. Avant même Mai 68, de Gaulle lui-même a cédé, comme on le comprend en relisant les propositions très « modernistes » de son ministre de l’Éducation, Alain Peyreffite. Mai 68 n’est pas l’origine du pédagogisme, mais son triomphe : plus personne ne résiste aux nouveaux maîtres de l’école. L’objectif est bien l’annihilation de toute autorité et de tout enseignement des grandes œuvres françaises. Le mot d’ordre est alors de « détruire la culture bourgeoise ».


Le succès sera total. Dans la deuxième partie de son livre, Meirieu retrouve son naturel ennuyeux et jargonnant. Il confond obéissance et soumission, sélection et inégalité, noyant la transmission des savoirs dans « un collectif qui travaille vraiment », exaltant « l’école inclusive », mettant dans le même sac la mixité culturelle dans les lycées internationaux et dans les maternelles de banlieue « avec des bénéfices intellectuels et sociaux considérables pour les intéressés ». On comprend qu’il se moque de la culture dont il fait l’éloge hypocrite : « Que la connaissance en soi ne fascine plus, et c’est peut-être alors l’infinie richesse des miroitements du connaître qui pourra mobiliser nos élèves. Que la culture en tant que telle ne soit plus attractive n’est peut-être pas une mauvaise chose. »



Il nous explique que le but de toute éducation est de se « dégager de l’emprise du capitalisme pulsionnel promu par le néolibéralisme triomphant ». Il n’a pas lu les travaux de l’Américain Christopher Lasch qui avait analysé avec une rare finesse comment les industriels américains, passant d’un capitalisme de production à un capitalisme de consommation, avaient délibérément sapé toutes les structures qui enserraient l’individu roi : famille, patriarcat, église, patrie. Comme par hasard, cette mutation anti-autoritaire datait des années 1920, années de naissance des « méthodes éducatives nouvelles » chères aux pédagogistes à la Meirieu ! Ce dernier rejette aussi avec véhémence la démonstration, faite de livre en livre, par Jean-Claude Michéa, de l’alliance entre libéraux et libertaires, pour abattre toute discipline, toute autorité, toute transmission, dans la famille, comme dans l’école, afin que règne le seul individualisme, et cette fameuse « emprise du capitalisme pulsionnel » que Meirieu dénonce avec des larmes dans les yeux. Larmes de crocodile. On rit pour ne pas pleurer. On est passé de Calimero au Docteur Folamour.

La Riposte,
par Philippe Meirieu,
aux éditions Autrement,
Paris, 2018
286 pages,
17 euros.